L’Insee a publié le 13 janvier 2026 son bilan démographique annuel. Ce bilan dresse un panorama des évolutions du nombre d’habitants résidant en France, ainsi que de la fécondité et de la mortalité de l’année qui vient de s’écouler.

Au 1er janvier 2026, la France compte 69,1 millions d’habitants, soit 0,25 % de plus qu’un an auparavant. Depuis 2018, la croissance de la population est principalement portée par le solde migratoire ; en 2025, elle l’est exclusivement, car le solde naturel devient négatif (‑6 000). C’est la première fois depuis la fin de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

En effet, d’une part, le nombre de naissances diminue depuis 2010 : 645 000 bébés sont nés en France en 2025, soit 2,1 % de moins qu’en 2024, et 23,6 % de moins qu’en 2010. D’autre part, le nombre de décès augmente, avec l’arrivée à des âges de forte mortalité des générations nombreuses du baby-boom ; en 2025, 651 000 personnes sont décédées, soit une hausse de 1,5 % par rapport à 2024 et de 17,9 % par rapport à 2010.

Il y a néanmoins de bonnes nouvelles sur le front de l’espérance de vie, qui n’a jamais été aussi élevée. Compte tenu de ces gains d’espérance de vie, et du vieillissement des générations du baby-boom, la part des seniors de 65 ans ou plus est, en 2026, quasiment la même que celle des jeunes de moins de 20 ans.

Plus de 69 millions d’habitants en France !

Au 1er janvier 2026, 69,1 millions de personnes résident en France, soit une hausse de +0,25 % sur un an. L’année 2025 marque un tournant sur le plan démographique : pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la croissance de la population est exclusivement portée par le solde migratoire, soit l’écart entre les entrées sur le territoire et les sorties. Quant au solde naturel, qui est l’écart entre le nombre de naissances et celui des décès, il devient négatif en 2025 : ‑6 000. Un solde naturel négatif avait déjà été observé lors des deux Guerres mondiales, et certaines années avant 1939 (par exemple 1929).

Ce résultat n’est cependant pas une surprise pour les démographes, qui se posaient la question du « quand » plutôt que la question du « si ». Les projections de population de l’Insee en 2021 avaient d’ailleurs prévu cette bascule, mais à une date plus lointaine.

En effet, le solde naturel diminue régulièrement depuis 2007. Cependant, ce qui frappe, c’est l’allure à laquelle le solde naturel s’est réduit sur la période récente : en 2019, il était encore de +140 000. La baisse s’est poursuivie ensuite, sous l’effet combiné d’une chute des naissances, et d’une hausse des décès. En 2025, 645 000 bébés sont nés en France, soit 2,1 % de moins qu’en 2024, et 23,6 % de moins qu’en 2010, dernier point haut des naissances. Parallèlement, 651 000 personnes sont décédées, soit une hausse de 1,5 % par rapport à 2024 et de 17,9 % par rapport à 2010.

Figure 1 : Naissances, décès et solde naturel en France depuis 1946

 

Pourquoi y a-t-il de moins en moins de bébés ?

Tout simplement parce que les femmes ont moins d’enfants ! En effet, les naissances dépendent de deux facteurs : du nombre de femmes en âge d’avoir des enfants, et de leur fécondité, c’est-à-dire des enfants qu’elles ont. Or, depuis 2016, le nombre de femmes en âge d’avoir des enfants ne diminue pas ; la baisse du nombre de naissances s’explique donc uniquement par le recul de la fécondité. Ce qui se voit avec l’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF), qui est le nombre d’enfants qu’aurait une femme tout au long de sa vie dans les conditions de fécondité de l’année. Or l’ICF recule depuis 2010 : il s’établit à 1,56 enfant par femme en 2025, contre 1,61 en 2024 et 2,03 en 2010 ; au plus haut du baby-boom, il était à plus de 3 enfants par femme. Il faut remonter à la fin de la Première Guerre mondiale pour retrouver un ICF aussi bas qu’en 2025.

Ce recul de la fécondité est-il lié à une baisse du souhait d’avoir des enfants, ou à une hausse de l’infertilité, ou aux deux ? Les données de l’état civil ne permettent évidemment pas de répondre à cette question, les informations y figurant étant sommaires. Cependant, d’autres études, réalisées à partir d’enquêtes, indiquent que le souhait d’enfants est clairement en recul. Quelles en sont les raisons ? Il semble que, entre autres, le contexte socio-économique, politique ou environnemental ait un impact : une étude récente de l’Ined indique par exemple que les personnes inquiètes face au changement climatique souhaitent avoir moins d’enfants que les autres. Une conception égalitaire des rôles de genre est également associée à de moindres intentions de fécondité. Une étude du haut conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge indique aussi que les femmes souhaiteraient être plus aidées en terme organisationnel (modes de garde) ou de modulation de temps de travail, que financièrement.

Enfin, dans la mesure où la période féconde est bornée, le décalage de l’âge à la maternité peut avoir une incidence sur le nombre d’enfants obtenus : après un certain âge, la fertilité diminue. En 2025, les femmes ont un enfant en moyenne à 31,2 ans (tous rangs de naissance confondus) ; en 2010, c’était à 29,9 ans.

Et les hommes dans tout ça ?

Les publications parlent souvent de la fécondité des femmes. Cependant, l’Insee publie également dans son bilan démographique des indicateurs sur la fécondité des hommes, même s’ils sont moins mis en avant. Et force est de constater que les femmes ne sont pas les seules à voir leur fécondité diminuer : l’ICF des hommes s’établit au même niveau que celui des femmes, soit 1,56 enfant par homme en 2025, contre 1,61 en 2024 et 2,03 en 2010. C’est également le plus bas niveau observé depuis la Première Guerre mondiale. Depuis le milieu des années 1960, l’ICF des hommes est très similaire à celui des femmes. Il a pu être différent dans le passé ; par exemple, l’ICF des hommes était nettement supérieur à celui des femmes juste après la Première Guerre mondiale, les hommes ayant été nombreux à mourir sur le champ de bataille ; aussi les naissances étaient réparties sur moins d’hommes.

Les hommes sont en moyenne plus âgés à la naissance de leurs enfants que les femmes : 34,1 ans en 2025, contre 31,2 ans pour les femmes. C’est la conséquence du fait que dans les couples de sexe différent, l’homme est en général plus âgé que la femme. Cet âge à la naissance de l’enfant recule également pour les hommes, dans les mêmes proportions que pour les femmes ; l’écart entre l’âge des mères et celui des pères est stable depuis le début des années 1970, autour de 3 ans.

La hausse des décès est inéluctable, mais de bonnes nouvelles sur l’espérance de vie

Côté décès, une grippe particulièrement meurtrière, une canicule, ou, bien sûr, une épidémie comme celle du Covid-19, peuvent impacter leur nombre. Mais indépendamment de ces événements, heureusement, ponctuels, les décès augmentent de façon structurelle depuis les années 2000, avec l’arrivée à des âges de forte mortalité des générations nombreuses du baby-boom, nées entre 1946 et 1974. Aussi, en 2025, 651 000 personnes sont décédées en France, soit une hausse de 1,5 % par rapport à 2024 et de 17,9 % par rapport à 2010.

Il y a néanmoins de bonnes nouvelles sur le front de l’espérance de vie, qui augmente tendanciellement depuis la fin du 19ᵉ siècle. Ainsi, une femme qui naît en 2025 peut espérer vivre 85,9 ans (dans les conditions de mortalité de 2025), et un homme 80,3 ans. En 1946, cette espérance de vie à la naissance s’établissait à 65 ans pour les femmes, et à 60 ans à peine pour les hommes ! Les femmes ont toujours vécu plus longtemps que les hommes. L’écart était de plus de 5 ans en 1946, et de plus de 8 ans en 1995 ; il se réduit depuis, notamment avec la convergence des modes de vie entre les hommes et les femmes, et atteint 5,6 ans en 2025.

L’espérance de vie augmente pour tous les âges, mais à un rythme différent selon les âges. Au cours du XXᵉ siècle, l’espérance de vie à la naissance a beaucoup augmenté ; c’est lié à la baisse considérable du taux de mortalité infantile, qui est le rapport entre le nombre d’enfants décédés avant l’âge d’un an et le volume de naissances. Il s’élève en 2025 à 4,0 décès pour 1000 naissances vivantes ; au début du XXᵉ siècle, il s’élevait à 140 ‰ en moyenne, soit plus de 120 000 décès d’enfants par an ! Cette réduction est la conséquence notamment de la révolution pasteurienne, la généralisation des antibiotiques et la mise en place des premières politiques de protection de la petite enfance. Cependant, depuis 2011, le taux de mortalité infantile ne baisse plus. Depuis une petite trentaine d’années, les gains d’espérance de vie sont plus dus à la baisse de la mortalité aux âges adultes puis élevés, grâce aux progrès médicaux, notamment dans le traitement des maladies cardio-vasculaires et des cancers.

Une pyramide des âges qui ne ressemble plus tellement à une pyramide

Le bilan démographique de l’Insee fournit également les pyramides des âges par année ; dans le bilan de 2025, la dernière disponible est celle au 1er janvier 2026. Une pyramide des âges est le reflet de toutes les évolutions démographiques du passé.

Cette pyramide, qui ne ressemble d’ailleurs plus tellement à une pyramide, permet de voir que le nombre de seniors augmente en France. Ce phénomène de vieillissement s’accélère depuis le début des années 2010. Il résulte de l’augmentation de l’espérance de vie, et s’accentue avec le vieillissement des générations du baby-boom. Et parallèlement le nombre de jeunes diminue sur la période récente, avec la baisse des naissances. Ainsi, au 1er janvier 2026, 22,2 % des habitants sont âgés de 65 ans ou plus, soit presque autant que la part des moins de 20 ans (22,5 %). En 2006, il y avait 16 % de personnes de 65 ans ou plus, et 25 % de personnes de moins de 20 ans. Concrètement, au 1er janvier 2026, cela représente 15,5 millions de jeunes de moins de 20 ans, et 15,3 millions de seniors de 65 ans ou plus.

Figure 2 : Pyramide des âges aux 1ers janvier 2026, 2016 et 2006

Hausse des mariages : une préférence pour faire la fête ?!

En 2025, 251 000 couples se sont mariés, dont 244 000 entre personnes de sexe différent et 7 000 entre personnes de même sexe. Le nombre de mariages augmente, de 1,4 % par rapport à 2024, après +2,7 % en 2024, alors que la tendance était plutôt à la baisse avant la crise sanitaire. Cette hausse du nombre de mariages fait suite à des années perturbées par la pandémie : les contraintes pesant sur l’organisation des mariages avaient alors entraîné un recul historique des mariages en 2020. L’avenir nous dira si la tendance s’est réellement inversée, ou s’il s’agit uniquement d’un rattrapage post-covid. Parallèlement, en 2024, 197 200 pactes civils de solidarité (pacs) ont été conclus, dont 186 800 entre personnes de sexe différent et 10 400 entre personnes de même sexe. Le nombre de pacs conclus est quasi stable par rapport à 2023.

Est-ce que cette hausse des mariages va donner plein de petits bébés ? Pas forcément : la part des naissances hors mariage est très élevée en France, à près de 60 % des naissances en 2024.

La France : une exception européenne ?

En 2025, la France rejoint le club pas si fermé des pays de l’Union européenne à 27 pays à avoir un solde naturel négatif. Cependant, la France se distingue toujours de ses voisins européens, avec une fécondité relativement élevée, du moins par rapport aux autres pays : les dernières données de comparaison européenne relatives à l’ICF datent de 2023, où la France se situe en deuxième position des pays avec l’ICF le plus élevé (1,65 enfant par femme en 2023, contre 1,38 en moyenne dans l’UE). Elle perd cependant la première place du podium, détenue depuis 2012, au profit de la Bulgarie, où l’ICF s’établit à 1,81 enfant par femme.

Forte de cette fécondité relativement élevée, en 2024, le solde naturel était encore positif en France, comme dans seulement 7 pays de l’UE ; en 2014 c’était le cas de 16 pays de l’UE. En moyenne dans l’UE, le solde naturel est négatif depuis 2012 ; en Allemagne par exemple, il est même négatif depuis 2011.

Côté espérance de vie, la France se situe structurellement dans les pays avec une espérance de vie à la naissance des femmes dans les plus élevées de l’UE, et autour de la 10ᵉ place pour les hommes.

Enfin, la part des personnes âgées de 65 ans ou plus en France se situe dans la moyenne européenne ; celle des jeunes se situe au-dessus de la moyenne européenne, grâce à la relativement bonne fécondité en France. C’est en Italie que la part des 65 ans ou plus est la plus élevée de l’UE, et que la part de jeunes est la plus faible.

 

Encadré : Que contient le bilan démographique, et comment est-il construit ?

Le bilan démographique annuel publié par l’Insee dresse un panorama des évolutions du nombre d’habitants résidant en France, ainsi que de la fécondité et de la mortalité de l’année qui vient de s’écouler. La population résidant en France est observée jusqu’au dernier recensement disponible, soit, pour le bilan 2025, au 1er janvier 2023 (pour la France hors Mayotte) et au 1er janvier 2017 (pour Mayotte). Ensuite, la population est estimée, en chaînant le dernier point connu avec le solde naturel, des estimations de solde migratoire et d’éventuels ajustements.

Le solde naturel est la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès. Ces informations, enregistrées par l’officier d’état civil, sont transmises en continu à l’Insee, qui produit et diffuse ces données. L’autre composante de l’évolution de la population, le solde migratoire est la différence entre le nombre d’entrées sur le territoire (de personnes immigrées comme de personnes non immigrées) et le nombre de sorties. Jusqu’à l’année précédant le dernier recensement disponible, le solde migratoire est définitif et mesuré indirectement par différence entre l’évolution du niveau de la population entre deux années successives, et le solde naturel et les éventuels ajustements statistiques. Au-delà, le solde migratoire est provisoire et est conventionnellement fixé à la moyenne des derniers soldes migratoires connus. Enfin, les ajustements statistiques visent à assurer, si nécessaire, la cohérence entre les variations de population entre deux recensements successifs (qui peuvent être affectées par des changements du protocole de collecte) et les composantes de cette variation (solde naturel et solde migratoire).

Hélène Thélot