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Inutile de préciser que rien, dans l’article qui va suivre, ne permettra d’atteindre ce que le titre promet. On se propose d’explorer un premier paradoxe, quand il s’agit de mesurer l’engagement associatif. Celui-ci est massif : près d’un adulte sur deux participe à une association. Mais l’engagement est si multiforme et mal défini que l’on en mesure difficilement les contours, a fortiori l’impact social et économique. Ce n’est pas faute des souhaits des acteurs (engagés), des pouvoirs publics, pourtant régulièrement exprimés, de mieux connaître la participation associative, l’économie sociale et solidaire ou encore l’aide apportée aux proches, entre autres formes d’engagement. Nous tentons ici de faire un rapide point de situation.

Mesurer l’engagement : un objectif d’intérêt public

Fin 2018, le CNIS, Conseil National de l’Information Statistique, émettait les avis qui servent d’orientations au service statistique public (principalement l’Insee et les différents services statistiques ministériels) pour le lustre 2019-2023. Parmi ceux-ci figure la recommandation de « progresser dans la connaissance de l’économie sociale et solidaire ». Le CNIS précise que : « l’économie sociale et solidaire est un secteur en expansion, mais [que] sa définition reste encore imprécise et sa connaissance parcellaire. Le CNIS note avec satisfaction les analyses effectuées sur les associations. Il soutient les efforts de la statistique publique pour bien préciser le périmètre de l’économie sociale et solidaire et souhaite qu’elle poursuive ses travaux pour décrire et caractériser l’ensemble du secteur».

Rappelons que le CNIS est le lieu de rencontre des statisticiens publics et de la société civile.

L’avis démontre (au moins) que d’une part, un lien est fait entre les activités associatives et l’économie sociale et solidaire. D’autre part, si le monde des associations n’est pas méconnu, il reste beaucoup à faire pour l’appréhender de façon satisfaisante, au moins du point de vue statistique. Cet article propose un tour d’horizon de la connaissance statistique des associations, complété par une courte évocation de ce que l’on connaît de l’économie sociale et solidaire.

De façon concrète, l’Insee va réaliser une enquête sur les associations fin 2019, qui permettra d’affiner et de mettre à jour les données présentées dans [I] (connaissance des personnes participant à la vie associative) et [II] (description des associations).

Près d’un adulte sur deux participe à la vie d’une association

La participation des adultes à la vie associative fait l’objet d’enquêtes régulières, menées par l’Insee, la DREES[1], … On s’appuie ici sur une analyse [III] datant de 2013, mais il s’est confirmé depuis [I et II] que beaucoup de conclusions sont « structurelles ».

Ainsi, de 40 à 45 % des adultes, soit 25 millions de personnes selon le dernier chiffre connu (2016, [II]) déclarent participer à au moins une association. Très majoritairement (60 %), cette participation se limite à une seule association. Les femmes participent un peu moins que les hommes mais l’écart diminue tendanciellement depuis trente ans. Les principales différences de participation observées relèvent de l’âge (plus on est âgé, plus on s’engage), du diplôme (plutôt des gens diplômés), de la catégorie socio-professionnelle (davantage de cadres) ou du revenu (le quartile des personnes les plus aisées), sachant que ces trois dernières caractéristiques sont liées. En revanche, la région ou la taille de la commune de résidence ne sont pas corrélées à des écarts importants de participation.

Quelques facteurs interviennent spécifiquement suivant le type d’association : associations à but religieux ou sportif si l’on a soi-même une pratique de cette nature, associations à but éducatif si l’on est mère de famille nombreuse, …. On relève encore que « l’héritage » est perceptible : on a plus de chances de participer à la vie associative si nos parents l’ont fait.

Les domaines et modalités de l’engagement associatif

Les associations ont des buts très divers. Esquisser une typologie des finalités de celles-ci n’est pas normé, on propose donc un classement « ad hoc » et une répartition des engagements associatifs selon les types d’association (en suivant [III]).

(Il est à noter que le total des parts selon les types d’associations sera supérieur à 100 en raison de participations éventuelles à plusieurs associations).

Un premier domaine relève d’associations sportives ou culturelles. Le sport concerne (en 2013) 45 % des participants à une association, avec un déséquilibre sensible entre hommes (plutôt jeunes) et femmes. Ce domaine explique à lui seul l’écart de participation associative entre hommes et femmes. Cependant la participation croissante des femmes aux associations sportives est notable. Par ailleurs, la part des associations culturelles est de 20 % dans l’engagement associatif.

Deuxième domaine, les loisirs et les clubs de troisième âge (avec des parts de participation de l’ordre de 25 % chacune). On relève ici que l’une des motivations importantes à rejoindre une association de ce type est l’envie de rencontrer des pairs.

Troisième domaine, les associations dédiées à la défense de droits ou d’intérêts ou de causes (dont la part s’établit à 28 %), desquelles se rapprochent les associations à buts d’action sociale, caritative ou humanitaire (18 %) ou syndicale (15 %) ; enfin, de façon plus marginale, la participation à des associations à but éducatif ou religieux.

(Les pourcentages de la population française qui participe à ces différents types d’associations sont à retrouver dans [III]).

Diverses motivations conduisent à s’engager dans une association. Elles mélangent des buts individuels (épanouissement personnel) et altruistes (s’engager pour une cause, défendre des droits collectifs, être utile aux autres). Chacune de ces deux motivations est citée par près de 60 % des participants à une association, une fréquence sensiblement égale à la motivation de rencontrer des pairs.

On mentionnera encore que les domaines sont plutôt cloisonnés. Essentiellement, les personnes participent à une ou quelques associations d’un domaine donné, très rarement à diverses associations relevant de domaines différents.

Enfin, il est difficile de « graduer » la participation : celle-ci se présente comme un continuum entre la simple adhésion sans participation ni action, l’engagement bénévole, la participation active comme donateur, financeur ou acteur, ou enfin le salariat.

Valoriser l’engagement : une esquisse d’évaluation du poids économique des activités associatives

On passera outre ici les réticences à mettre un prix à l’altruisme. Détournons l’adage : « l’altruisme ne vaut rien mais rien ne vaut l’altruisme[2] ». Et donnons deux exemples, l’État, c’est-à-dire la collectivité, délègue massivement aux associations la conduite de ses propres politiques publiques en matière d’actions en faveur des personnes en situation de handicap ou d’accueil des populations allogènes (les « migrants »). Cela n’épuise pas la mesure de l’engagement. Ainsi, par exemple, plus de huit millions de personnes sont identifiées comme aidants familiaux d’un proche (conjoint, ascendant), produisant un bien-être « estimé » à plus de dix milliards d’euros, en dehors de toute structure institutionnelle ou associative[3].

Mesurer le poids économique de l’engagement associatif reste une gageure. En comptabilité nationale, on identifie un « secteur institutionnel[4] » : le secteur des institutions sans but lucratif au service des ménages. Celui-ci est hélas défini plus par défaut qu’autre chose et regroupe des entités économiques que l’on a pu classer par ailleurs. Le besoin de mieux connaître le secteur associatif est réitéré régulièrement, comme l’illustre la remarque liminaire relative à l’avis du CNIS.

On compte 1,3 million d’associations actives en 2013. Seulement 12 % des associations emploient des salariés, le plus souvent un ou deux. La majorité des salariés des associations se concentre dans l’action sociale, humanitaire ou caritative, l’hébergement social ou médico-social et la santé. Par ailleurs, du personnel mis à disposition par d’autres organismes concourt souvent à l’activité des associations employeuses de l’enseignement et de la formation. Au total, le travail salarié effectué dans les associations représenterait 7 % de celui réalisé dans l’ensemble de l’économie, en équivalent temps plein. Les bénévoles interviennent dans l’ensemble des domaines d’activité et dans la quasi-totalité des associations, même employeuses. Le volume de travail qu’ils y consacrent correspondrait à 680 000 emplois en équivalent temps plein. Évaluées au total à 104 milliards d’euros, les ressources financières sont très concentrées dans les associations employeuses, en particulier dans l’action sociale, humanitaire ou caritative, l’hébergement social ou médico-social, la santé et l’enseignement. Elles résultent essentiellement de recettes d’activité, d’origine privée ou publique.

Une nouvelle forme d’engagement : l’économie sociale et solidaire ?

(Cette partie reprend les principaux enseignements de [IV])

La loi n°2014-856 du 31 juillet 2014 définit officiellement le périmètre de l’économie sociale et solidaire (ESS). Celle-ci comprend les quatre familles traditionnelles en raison de leur régime juridique (associations, fondations, coopératives et mutuelles) et inclut une nouvelle catégorie, les entreprises de l’ESS, adhérant aux mêmes principes :

  • poursuivre un but social autre que le seul partage des bénéfices ;
  • une lucrativité encadrée (notamment des bénéfices majoritairement consacrés au maintien et au développement de l’activité) ;
  • une gouvernance démocratique et participative.

Pour faire publiquement état de leur qualité d’entreprise de l’économie sociale et solidaire, les unités doivent être valablement enregistrées au registre du commerce et des sociétés sous cette dénomination. Un périmètre plus restreint est constitué des coopératives, mutuelles, associations et fondations employeuses, repérées par leur catégorie juridique. En sont exclus les administrations publiques, les organisations patronales et consulaires, les syndicats de salariés et les organisations politiques ou religieuses. Ce périmètre est généralement celui suivi sous l’appellation «économie sociale» distinguée de l’« économie solidaire » (entreprises d’insertion, du commerce équitable…). Sous réserve de ces exclusions, il correspond au socle premier défini par la loi du 31 juillet 2014, en l’attente de la mise en œuvre des dispositions correspondant aux sociétés commerciales se réclamant dans leurs statuts de l’économie sociale et solidaire.

En 2012, ces quatre familles de l’économie sociale : coopératives, mutuelles, associations et fondations, mais restreintes au périmètre de l’économie solidaire, emploient 2,3 millions de salariés et versent 60 milliards d’euros de rémunération. Elles génèrent 90 milliards d’euros de valeur ajoutée, provenant en majorité d’activités marchandes. Associations et fondations interviennent surtout dans l’action sociale, la santé et l’enseignement. Les coopératives sont des acteurs essentiels de la banque et de la filière agroalimentaire. Elles prolongent par ailleurs leur activité avec des filiales situées hors de l’économie sociale. Les mutuelles concentrent leur intervention dans les complémentaires santé et l’assurance des biens et des personnes. Les conditions de rémunération et la gestion de l’emploi différencient également les familles de l’économie sociale : le monde associatif recourt ainsi davantage dans certains secteurs aux contrats aidés et au temps partiel. Les quatre familles sont présentes sur tout le territoire, mais comptent particulièrement dans l’emploi des zones peu industrielles.

* *  *

Vie associative, activités sociales et solidaires ne pèsent qu’assez peu dans les indicateurs de l’économie. A fortiori, d’autres formes d’engagement sont encore plus difficilement mesurables. Pour autant, mobilisant un Français sur deux, sans doute davantage, ces activités contribuent de façon essentielle au bien-être de tous et pourvoient à nombre de « besoins » et aspirations qui donnent structure et sens à notre société.


Sources :

[I] Burricand C., Gleizes F., « Trente ans de vie associative : une participation stable mais davantage féminine », Insee  Première n° 1580, janvier 2016.

[II] Reynaert L., d’Isanto A. , Neuf associations sur dix fonctionnent sans salarié, Insee  P r e m i è r e n° 1587, mars 2016.

[III] L. Prouteau, F.-C. Wolff, « Adhésions et dons aux associations : permanence et évolutions de 2002 à 2010 », Économie et Statistique n° 459, 2013.

[IV] Bisault L., Deroyon J., « L’économie sociale, des principes communs et beaucoup de diversité », Insee Première n° 1522, novembre 2014.


[1] La Drees, direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, est le service statistique ministériel du ministère de la santé : https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/etudes-et-statistiques/la-drees/qui-sommes-nous/

[2] Malraux : « la vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie »

[3] https://www.ocirp.fr/actualites/les-chiffres-cles-sur-les-aidants-en-france

[4] Les principaux secteurs institutionnels sont les entreprises non financières, les entreprises financières, les administrations publiques, les ménages en tant qu’entrepreneurs ou employeurs et donc, les « ISBLSM ». Notons qu’une institution sans but lucratif au service des entreprises est difficilement classable…

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