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La volonté de retrait du projet européen exprimée par les électeurs britanniques le 23 juin dernier pourrait bien faire des vagues sur l’échiquier politique d’autres grands pays européens, en donnant un coup de pouce aux formations eurosceptiques, et en particulier en Italie, où le Mouvement 5 étoiles a de plus en plus le vent en poupe.

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En novembre, les électeurs italiens seront amenés à se prononcer par référendum sur la réforme constitutionnelle portée par Matteo Renzi. Les principaux points de la réforme sur lesquels portera le référendum sont : 1) une réforme territoriale renforçant les pouvoirs de l’Etat au détriment des régions et 2) une réforme du Sénat qui réduirait le nombre de sénateurs de 321 à 100, non plus élus au suffrage direct mais par les conseillers régionaux.

Les enjeux du référendum sont élevés :

  • Sur le long terme. L’instabilité politique constitue une vraie faiblesse pour un pays qui doit faire face à de nombreux défis (vieillissement de la population, marasme économique) et qui devra prendre des mesures structurelles de grande ampleur dans les années à venir. Depuis 1946, pas moins de 63 gouvernements se sont succédé, avec une durée moyenne à peine supérieure à un an. Le record de longévité n’est que de 3 ans et 10 mois (le gouvernement Berlusconi 2 entre juin 2001 et avril 2005). Aucun gouvernement n’est parvenu à atteindre la durée « normale » de la législature qui est de 5 ans. Cette instabilité constitue naturellement un frein à l’adoption de réformes d’envergure.
  • Sur le court terme. Une victoire du « non » pourrait précipiter la chute de Matteo Renzi. En effet, ce dernier a fait de ce référendum un test de soutien de la population à son action en déclarant qu’il démissionnerait en cas d’échec, ce qui pourrait donner lieu à une nouvelle période d’instabilité politique. Il est par la suite revenu sur ses déclarations en disant par exemple le 21 mai : « Les Italiens doivent savoir que ça n’est pas la réforme d’une seule personne mais une réforme qui aidera l’Italie » et plus récemment, le 21 août : « les élections générales auront lieu en 2018, quelle que soit l’issue du referendum ».

Que disent les sondages ?

Au départ, les sondages donnaient le « oui » gagnant mais le « oui » et le « non » sont désormais dans un mouchoir de poche depuis fin juin. La part des indécis est encore considérable, aux alentours de 35 % des sondés. Mais la victoire du Brexit au Royaume-Uni semble avoir modifié le rapport de forces bien au-delà de la question de la réforme constitutionnelle.

La victoire du Brexit a donné des ailes au Mouvement 5 étoiles !

La victoire du Brexit a donné des ailes au très eurosceptique Mouvement 5 étoiles de l’humoriste Beppe Grillo. Ce dernier a indiqué le 22 juin, veille du vote sur le Brexit, qu’il souhaitait un référendum sur l’euro ; or il convient d’avoir à l’esprit que l’Italie est le pays de la zone euro pour lequel l’attachement des citoyens à la monnaie commune est le plus faible. L’issue d’un référendum sur l’appartenance à l’euro serait très incertaine et un résultat négatif serait potentiellement explosif pour l’Europe. 

Ce coup de vent dans le dos du mouvement 5 étoiles que constitue la victoire du Brexit est très clair dans les sondages. En effet, si des élections générales étaient tenues aujourd’hui, le Parti Démocrate et le Mouvement 5 étoiles finiraient largement en tête au premier tour, sans toutefois obtenir 40 % des suffrages. Au second tour, les sondages donneraient le Mouvement 5 étoiles gagnant. Notons que le Mouvement 5 étoiles a connu une accélération dans les sondages suite au vote des Britanniques sur le Brexit. Notons également au passage  que le vétéran de la scène politique italienne Silvio Berlusconi n’aurait pas intérêt à des élections anticipées car son parti ne tourne qu’à environ 10 % des intentions de votes alors qu’il avait obtenu 29,5 % des suffrages lors des élections générales de 2013.

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Matteo Renzi a manifestement bien compris qu’il était une mauvaise idée de trop lier son destin et celui de son gouvernement à ce référendum constitutionnel. C’est vraisemblablement pour cela qu’il est revenu sur des déclarations de démission dans l’hypothèse où le « non » l’emporterait lors du référendum. Qu’il démissionne ou non, il est probable que le président de la république Sergio Mattarella fasse en sorte qu’il n’y ait pas d’élections anticipées et un possible triomphe du Mouvement 5 étoiles. Cependant, deux éléments sont à garder à l’esprit :

  • La victoire du Brexit a indéniablement déjà eu un impact sur la scène politique italienne (marche arrière de Renzi) et peut donner un coup de pouce aux mouvements eurosceptiques un peu partout en Europe.
  • Les prochaines élections italiennes, prévues pour 2018, arriveront bien assez tôt et l’hypothèse d’un gouvernement dirigé par le Mouvement 5 étoiles d’ici quelques années a gagné en probabilité… avec toutes les incertitudes que cela impliquerait au niveau du projet européen.

Bastien Drut

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