Après un premier article « La Tech, une (macro)économie entièrement nouvelle », paru dans variances en décembre 2021, Philippe Delmas nous livre ici le second volet de ses réflexions inspirées de son livre « Un pouvoir implacable et doux, La Tech ou l’efficacité pour seule valeur »* publié chez Fayard en 2019. L’auteur analyse dans un contexte historique les transformations politiques inévitables engendrées par l’économie particulière de la Tech.


La Tech : un pouvoir politique furtif

La Tech a eu 50 ans en 2019. C ’est un anniversaire que personne n’a célébré, au contraire de l’autre. En juillet 1969, les hommes sont allés sur la Lune – sans microélectronique. Ce fut l’apogée de la Révolution Industrielle. A l’automne 1969 sortaient la première mémoire Dram et le premier microprocesseur. La Révolution Numérique commençait. Ce recul de 50 ans permet un constat fondamental qui est le fil de mon propos : la Tech est différente. Ce n’est pas l’étape suivante de la modernité technique entamée avec la Révolution industrielle. Non seulement du point de vue économique mais plus encore politique.

Passer de la Révolution Industrielle à la Révolution Numérique, c’est passer d’un système d’examens à un système de concours. Dans le premier, il y a un continuum de performances avec une courbe de Gauss dont la bosse rassemble le gros des troupes aux performances moyennes. Nos sociétés sont basées sur ces gros blocs de « moyens ».  La société de La Tech est celle du concours, vous êtes gagnant ou perdant. « Average is over ». Les conséquences pour nos sociétés sont colossales car les classes moyennes en sont le cœur. La Tech est en train de liquider le pacte politique qui liait nos sociétés depuis la Révolution Industrielle. Et cela résulte de sa nature même : la Tech est spontanément et radicalement inégalitaire.

Dans les années 1970-1980, la Tech a commencé par modifier la nature et les performances de nos outils. Au cours des années 1980-1990, cela a transformé l’économie des entreprises si bien que, à partir des années 2000, c’est celle des salaires qui a muté à son tour. Depuis 2005 environ, et dans tous les pays développés, le pouvoir d’achat des seuls revenus du travail (avant tout transfert) stagne pour plus des deux tiers des salariés. C’est sans précédent depuis 80 ans. Pour l’OIT comme pour l’OCDE, cela est presque exclusivement dû à la Tech.

Pourtant, au cours de ces années-là, nos débats ne portaient pas sur ce sujet, mais sur les risques de chômage provoqué par la Tech, c’est-à-dire une discussion du xixe siècle. Cela montre à quel point nous ne comprenons pas combien la Tech est différente. Sa nature tectonique nous échappe. Les changements en cours nous paraissent relever de la météo, pas de la sismique, nous voyons une tempête là où se produit un tsunami. L’une perturbe, l’autre remodèle. Cette erreur d’appréciation mène à des débats ou des décisions politiques erronées.

La Tech est en train de liquider la construction politique de la Révolution Industrielle

En trente ans, la Tech a entièrement refaçonné les économies. Depuis dix ans, l’accumulation et la nature de ces changements remodèlent les sociétés avec la puissance indifférente des séismes qui efface ce que nous avons bâti. Dans nos pays, il s’agit de la démocratie sociale, construite en un siècle et demi d’efforts. Elle a été fondée sur un contrat moral essentiel qui était que la richesse créée était, dans une certaine mesure, partagée. Étendre cette mesure, la garantir contre les aléas, se traduisit par l’invention d’une fiscalité redistributive, de la protection sociale financée par la richesse créée et par la mise en place d’institutions démocratiques permettant à tous une certaine participation à cette construction collective. La Tech est en train d’y mettre fin.

Pas plus que dans un tremblement de terre, il n’y a là de malice cachée, de main invisible néfaste. De la mécanique seulement. À toutes les échelles – pays, régions, villes, entreprises, individus – la Tech sépare les vainqueurs et les autres. La notion de « moyenne » lui est étrangère. Or elle est le socle de nos démocraties : les classes moyennes, avec leurs qualifications moyennes et leurs rémunérations moyennes, les villes moyennes, les entreprises moyennes constituent la plus large part et la plus stable assise de nos pays. Toutes ces moyennes sont effacées par la dynamique de la Tech. Cela se mesure avec précision. Depuis une trentaine d’années que la Tech réorganise l’économie américaine, à chaque récession plus de 90 % des emplois supprimés furent à qualification et salaire moyens et ils ne sont pas recréés après. Le même phénomène se constate en Europe et dans les pays émergents, il touche la Turquie ou les Philippines autant que le Danemark ou la France : l’économie de la Tech est universelle. De même, alors que de 1950 à 1985 la richesse des habitants des villes moyennes rattrapait celle des grandes agglomérations, le mouvement s’est arrêté puis inversé lorsque la Tech a commencé à transformer l’économie. Malgré des organisations territoriales très différentes, l’Allemagne, les États-Unis, le Royaume-Uni ou la France, ont en commun une croissance rapide de la richesse des grandes agglomérations et la stagnation des autres. Et cette dynamique est entièrement due à la Tech, qui concentre la création de richesses et d’emplois là où se trouvent les talents et les capitaux.

Ce choc sismique est amplifié depuis 2010 par l’évolution de la démocratie

Les effets de ces forces hercyniennes sont amplifiés par les évolutions que nos démocraties connaissent au même moment. En effet, elles évoluent comme Tocqueville l’avait prévu en 1835. Il jugeait que la nature de la démocratie entraînerait une individualisation des sociétés : « L’individualisme est d’origine démocratique », écrivait-il, parce que « l’égalité place les hommes les uns à côté des autres sans lien commun qui les retienne ». Chacun serait porté à « se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis de telle sorte qu’après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même ». Le paradoxe est que lorsque Tocqueville écrit ses lignes, l’histoire prend le chemin opposé. Pendant un siècle et demi, on assistera, au contraire, à une « désindividualisation du monde ». Celle-ci résulte de la Révolution Industrielle, qui enrichit mais brutalise nos pays, suscitant des organisations politiques et sociales destinées à faire valoir les droits de tous : syndicats, parlements, sécurité sociale, fiscalité des revenus sont autant de liens qui soudent des solidarités durement acquises. Elles deviendront le ciment de nos pays dans lesquels la création de richesse n’est plus jamais conçue comme strictement individuelle.

Pourtant, Tocqueville a fini par avoir raison. Dès les années 1960, la sécurité et la prospérité de nos sociétés permettent les évolutions individualistes qu’il avait anticipées. Dans les années 2000, les outils de la Tech donnent une nouvelle ampleur à ce mouvement. Car l’individualisme est au cœur des produits et des services qu’elle apporte : de l’ordinateur personnel, répandu dès le milieu des années 1990, au smartphone, objet individualiste et intime par excellence, devenu universel dès 2010, en passant par Internet et les réseaux sociaux, la Tech a donné le moyen de créer ces « petites sociétés » anticipées par Tocqueville. Sa prescience est stupéfiante : les réseaux sociaux renforcent, parfois follement, la méfiance envers les paroles d’autorité et « chacun entreprend de se suffire et met sa gloire à se faire sur toutes choses des croyances qui lui soient propres ». Le discrédit des religions, caractéristique des millennials, la diminution de leurs comportements empathiques, l’accroissement massif du narcissisme (« chaque homme tourne ses sentiments vers lui seul ») ou la moindre confiance envers autrui ont été pressentis par Tocqueville comme effets de l’individualisme démocratique et ils sont aujourd’hui massivement attestés chez les millennials. Aux États-Unis, la moitié d’entre eux se disent sans affiliation politique, contre moins d’un tiers pour la génération précédente, par rapport à laquelle leur engagement dans des ONG a baissé de moitié. Tocqueville n’avait pas anticipé la Tech, mais la dérive des démocraties qu’il prévoyait n’attendait qu’elle pour s’incarner en société.

Après le séisme, quelle vie politique ?

Les conséquences humaines de ces évolutions sont énormes, mais ce n’est pas le cœur du séisme. Celui-ci se trouve dans la conjonction de la logique des vainqueurs, devenue le modèle économique et social imposé par la Tech, et de la conséquence que Tocqueville avait pressentie de l’évolution individualiste de la démocratie, à savoir « la concurrence de tous contre tous ». Ces deux mouvements, indépendants dans leurs origines, sont terriblement complémentaires dans leurs effets. Dans un tel monde, chacun est responsable de lui-même et les effets de l’échec sont radicaux, car il n’y a plus de place pour les résultats moyens. Dès lors, le maître mot est l’efficacité – pour chacun et pour la collectivité. De celle-ci, il est avant tout attendu qu’elle donne à tous les meilleures chances de faire partie des vainqueurs et nul ne croit plus qu’elle lui évitera les conséquences d’échouer. C’est le fondement de mouvements comme celui des Gilets jaunes et de ses équivalents aux États-Unis, en Espagne ou ailleurs. Leurs militants ne sont pas les laissés-pour-compte de la société, mais des membres de la classe moyenne qui mesurent le risque de glisser du mauvais côté de l’histoire et leurs enfants aussi.  En France, les classes moyennes sont les plus lucides et les plus exigeantes sur leurs attentes envers l’école.

Dans le monde entier – quels que soient le régime et le niveau de développement –, les citoyens accordent la priorité à l’efficacité de l’État sur la démocratie. Une étude sur plus de cent pays montre que si l’efficacité n’est pas au rendez-vous, la démocratie est plutôt vue comme un obstacle par les citoyens. L’Asie du Sud et de l’Est – qui regroupe l’essentiel de la classe moyenne jeune et en croissance dans le monde – est gouvernée presque partout par des régimes qui disent vouloir fonder leur légitimité sur leurs résultats. Et cela n’est pas particulier à ces pays en devenir. Dans les nôtres aussi, les jeunes générations sont les plus convaincues de cette priorité donnée à l’efficacité. Si 75 % des sexagénaires pensent indispensables de vivre en démocratie, ce n’est le cas que de 30 % des millennials dans tous les pays de l’OCDE[1]. En Europe comme aux États-Unis, ils sont une large majorité à considérer que, en cas d’inefficacité manifeste, un gouvernement démocratiquement élu peut être remplacé par des dirigeants qui ne le sont pas.

Cette tectonique engendrée par la Tech est la trame unique de ces quarante dernières années. À partir de l’émergence d’outils nouveaux, elle a complètement transformé l’économie des entreprises, puis des salariés, des territoires et des États, pour rencontrer finalement l’évolution de la démocratie prévue par Tocqueville. Celle-ci est tout à fait indépendante de la Tech, mais cette dernière s’est inscrite dedans comme un virus et l’a transformée. C’est elle qui a fait de l’efficacité LA priorité politique qui précède l’intérêt pour la forme démocratique ou non des gouvernements. En symbiose avec l’évolution « à la Tocqueville » de la démocratie, la Tech renforce l’individualisme et réduit l’intérêt pour le collectif. Les deux sont entrées en résonance, se sont cumulées et sont en train de faire disparaître la démocratie sociale née de la Révolution Industrielle du xixe siècle qui ne correspond plus aux attentes du xxie.

La victoire de Tocqueville

En se combinant avec l’évolution spontanée de nos démocraties, la Tech est en train d’y mettre fin. Le monde entre dans une forme politique qui peut se qualifier de « despotisme démocratique ». De l’un, il retient l’efficacité d’un pouvoir simplifié et, de l’autre, le souci de donner à chacun le sentiment d’être compris. Il y a un souci permanent d’afficher le respect pour le peuple souverain et ses attentes. Cette souveraineté est virtuelle, mais l’opinion compte et elle est utilisée. Elle ne constitue pas une source de légitimité politique, mais un thermomètre jamais perdu de vue. Rodrigo Duterte, Vladimir Poutine, Viktor Orban ou Narendra Modi sont de vrais hommes politiques dont la popularité est réelle. Ils connaissent finement leur pays et les rapports de force qu’ils peuvent bâtir. Par tous les moyens, certes, mais ce ne sont pas des dictateurs à l’ancienne. Le despotisme démocratique est une organisation politique fondée sur la recherche de la plus grande efficacité pour répondre aux attentes des citoyens – et pour les façonner. Il n’est pas ennemi des libertés, mais la liberté civique est l’une d’entre elles, ni plus ni moins.

La grande découverte politique de la Révolution Industrielle fut que la liberté est source de puissance. Celle de la Révolution Numérique est que la limitation des libertés est source d’efficacité, nouvelle condition de la puissance économique, mais aussi politique. La crise sanitaire en cours l’illustre à merveille dans tous les pays démocratiques. Le débat est celui de la recherche d’efficacité grâce à la Tech et des limites qui peuvent y être mises au nom des libertés. La page est tournée des grands débats politiques des xixe et xxe siècles. Il s’agit désormais de passer les tests d’efficacité qu’imposent des citoyens exigeants. Ce modèle politique gouverne 80 % de la classe moyenne mondiale en devenir, qui a les mêmes repères que la nôtre : elle voit ce qu’elle a gagné et qu’elle redoute de perdre, et elle sait ce qu’elle attend. Pour elle, l’efficacité de l’État est le maître mot pour que l’économie de la Tech devienne un moteur et pas un cercueil.

L’émergence du despotisme démocratique se mesure. Depuis 2006, The Economist classe les Etats du monde en trois groupes : les régimes démocratiques, autoritaires et intermédiaires. Ces derniers se partagent entre des « démocraties imparfaites » et des « régimes hybrides » ; dans les deux cas il s’agit d’un mélange de démocratie et d’autorité, dont les proportions définissent la catégorie. Ces deux groupes sont une bonne approximation du despotisme démocratique car ils représentent une forme intermédiaire des régimes « purs » : démocratie dégradée pour l’un, autoritarisme tempéré pour l’autre. En 2017, les « démocraties imparfaites » représentent 75% des démocraties et les « régimes hybrides » 45% des autoritaires ; dans les deux cas c’est dix points de plus qu’en 2006.

La sociologie politique de la Révolution Numérique n’a plus rien à voir avec celle de la Révolution Industrielle. Alors, l’émergence de la classe moyenne portée par le progrès technique engendrait la démocratie parlementaire et la solidarité sociale, la « désindividualisation du monde ». Aujourd’hui, cette même émergence privilégie toute forme efficace de gouvernement capable de rassurer et de soutenir dans un monde réindividualisé et concurrentiel. Le partage du monde n’est plus entre États plus ou moins libres, mais entre États plus ou moins efficaces. La plupart des milliers de citoyens d’Amérique centrale qui risquent leur vie pour aller aux États-Unis ne fuient plus des régimes tyranniques et violents, mais des démocraties inefficaces qui mettent leur population hors jeu. Sans efficacité il n’y a pas de développement et sans développement pas d’ordre durable.

La démocratie sociale : une nostalgie ou un rêve ?

L’organisation des démocraties avancées, les valeurs qu’elles portent ont été le rêve de millions de personnes pendant plus de deux siècles. Ce n’est qu’au terme de multiples révolutions et combats que ces rêves se sont matérialisés. De bout en bout, ce long chemin est étroitement associé au progrès technique qui a fait muter les sociétés matériellement et qui a accéléré les changements sociaux et politiques.

Notre situation avec la Tech n’est pas différente, de ce point de vue. Elle est une force autonome, mais qui interagit puissamment avec l’évolution propre des sociétés. En revanche, elle n’est pas la poursuite de la Révolution Industrielle. Ne pas le comprendre est au cœur de nos difficultés actuelles car, de ce fait, les conséquences politiques de sa nature originale nous échappent. Ce n’est pas très surprenant car la Tech a longtemps cheminé et transformé le monde à bas bruit : les tremblements de terre sont la fin du processus tectonique.

Cependant, ce n’est qu’en ayant l’histoire en tête, ses erreurs, et surtout le sens qui guidait nos efforts que nous saurons réinventer une vie politique avec la Tech. Le débat qui a eu lieu en 2019 entre les côtes Ouest et Est des États-Unis en est une illustration. Ce fut, au fond, la réinvention de la querelle des Anciens et des Modernes, dont Marc Fumaroli a si bien expliqué que la vraie modernité n’était pas du côté de ceux qui s’en faisaient titre.

En 2018, plusieurs grands dirigeants de la Tech, côte Ouest, ont expliqué que les entreprises devaient assurer une responsabilité sociale et multiplié les propositions pour financer le logement à San Francisco, créer un revenu universel, etc. C’était une approche d’efficacité au premier degré, très similaire à celle de leurs homologues européens dans les années 1850. C’était une logique de charité, c’est-à-dire tout sauf une pensée politique. En 2019, leurs collègues des « vieilles » industries, sur la côte Est, faisaient le même constat de responsabilité sociale. Mais leur longue histoire a inscrit dans la mémoire de leurs gènes managériaux une forme de vigilance politique. Ils n’ont pas proposé un catalogue de mesures sociales, mais une réflexion sur ce qu’était l’objet même d’une entreprise, sa raison sociale au plein sens du mot, dans une démarche proche du travail mené en France à ce sujet. Ils ont enterré Milton Friedman qui, dans un célèbre article du New York Times de 1970, expliquait que « la responsabilité sociale des entreprises était d’augmenter leurs profits ». Les « Anciens » ont compris que c’était l’organisation même de l’économie et de sa place dans la société qui était en jeu quand les Modernes n’ont vu qu’un système d’amortisseurs à mettre en place – pensée de jeunes ingénieurs.

Notre travail politique est de prendre la pleine mesure de la nature de la Révolution Numérique et de la gérer de manière à protéger la substance de nos rêves – pas leur forme actuelle. Qu’il s’agisse de s’adapter à l’esprit et aux attentes des jeunes générations qui sont des digital natives, de la transformation de l’économie et du salariat ou de la conception et des formes de la solidarité, nous allons devoir réinventer plus que moderniser.

Par exemple, la protection sociale, et notamment la requalification des salariés déplacés par la Tech, ne va pas pouvoir continuer à être essentiellement financée à partir de la masse salariale alors que la part de celle-ci dans la richesse des pays et des entreprises diminue régulièrement. C’est le capital qui va devoir être mis à contribution, technique comme financier. De même, la propriété intellectuelle, conçue au xixe siècle pour protéger les innovateurs est devenue, dans la Tech, une productrice de rentes voire d’oligopoles. Elle va devoir évoluer en profondeur. Comme le droit de la concurrence. Une nouvelle génération de juristes a commencé à le repenser pour l’adapter au monde de la Tech. La nomination d’une jeune juriste comme Lina Khan à la tête de la Federal Trade Commission américaine, les décisions du Bundeskartelamt et de la Cour constitutionnelle en Allemagne, les évolutions de la Commission européenne sont décisives et ne s’arrêteront pas.

Pour novateur qu’il soit, ce travail exige aussi une mémoire vivante du parcours réussi pendant la Révolution Industrielle. À l’erreur de ne pas voir la nature intrinsèquement différente de la Révolution Numérique, il ne faut pas ajouter celle de la croire « hors sol », un en-soi indépendant de tout passé, comme si sa différence technique ou économique était une discontinuité radicale, une sorte de matin du monde. Un tel esprit favorise de dangereuses erreurs de jugement politiques comme l’illustrent les jeunes dirigeants californiens de la Tech. Car le parcours de l’humanité est une trame continue, dont la mémoire est une composante ontologique.

 

Mots-clés : Big Tech – révolution numérique – logique des vainqueurs – droit de la concurrence – inégalités – démocratie menacée

*« Un pouvoir implacable et doux, La Tech ou l’efficacité pour seule valeur », aux éditions Fayard.


[1] (cf. The troubling charts that show young people losing faith in democracy – Alex Gray – World Economic Forum, December 1st, 2016).

Philippe Delmas
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