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L’assurance repose sur le principe « the contribution of the many to the misfortune of the few » : elle cherche à regrouper des individus qui partagent un risque commun (une maison qu’ils souhaitent protéger, une automobile, ou leur santé) et elle leur demande d’apporter une contribution dont le montant est fixé a priori, en espérant que cela suffise pour indemniser les individus qui subiront une perte. Si chaque membre du groupe a une chance sur cent de tomber malades, dans un groupe de mille personnes, une dizaine devrait tomber malades. C’est la différence entre l’incertitude vue au niveau individuel, et la régularité qui s’observe sur un groupe important. On voit alors l’importance de la loi des grands nombres en assurance.  Une des conditions pour que l’assureur honore sa promesse d’indemniser est que ce dernier dispose de suffisamment de capital. Dans notre exemple, les primes vont permettre d’être à l’équilibre si dix personnes tombent malades, mais il ne faudrait pas que l’on vienne à manquer d’argent si treize personnes tombent malade. On demandera donc à l’assureur d’avoir un capital de côté, de manière à pouvoir tenir compte d’un aléa qui existe forcément. La variation autour de la valeur prédite rappelle le théorème central limite, et la notion associée (dans le jargon assurantiel) est celle de la solvabilité.

L’harmonisation des règles liées à la solvabilité a occupé les assureurs pendant les 10 dernières années, avec le projet Solvency II. Maintenant que l’essentiel des travaux liés à cette solidité financière des assureurs est derrière nous, il est temps de s’interroger sur les fondamentaux de l’assurance, dans un contexte général qui a énormément changé en quelques années. D’un point de vue social, la demande de couverture pour tous les risques n’a jamais été aussi forte : contre le risque terroriste, contre le risque de pandémie, contre le risque climatique, contre les retards de train (et cette demande d’indemnisation va au-delà d’une recherche de responsabilité). D’un point de vue économique, le cœur de l’activité d’un assureur est lié à l’actualisation de flux futurs aléatoires (on retrouve dans le mot actualisation la racine du métier d’actuaire) qui devient très incertaine lorsque les taux d’intérêt sont aussi bas que ceux que l’on observe actuellement. D’un point de vue technologique avec l’arrivée d’outils qui révolutionnent le métier d’assureur, avec les bracelets connectés, les voitures sans conducteur, et des données associées aux réseaux sociaux qui apportent des informations auxquelles les assureurs n’avaient pas accès jusqu’à présent.

Ce monde de l’assurance, qui change radicalement depuis plusieurs années, occupe une place particulière pour les alumni de l’ENSAE. Si les mots clés de l’école sont (depuis sa création) la statistique et l’économie, les assureurs ont été un employeur important d’anciens élèves depuis des années. Et faut-il le rappeler, depuis plus de 30 ans, l’école forme des actuaires avec une formation reconnue par l’Institut des Actuaires.

Nombre de membres de l’Institut des Actuaires, par promotion (issus de l’ENSAE), via https://www.institutdesactuaires.com/gene/main.php?base=354

 

Pourtant, tous les assureurs qui ont participé à des forums font part de la difficulté qu’ils ont à attirer les étudiants car c’est un monde (étrangement) mal connu. L’objectif de cette série d’articles autour de l’assurance est de présenter certains aspects peu connus de l’assurance, ainsi que de revenir sur des problèmes que rencontre le monde de l’assurance en 2017.

Nous avons voulu présenter des aspects méconnus de l’assurance, comme l’assurance des œuvres d’art ou des événements sportifs, mais aussi des aspects plus connus dans grand public (mais pas forcément dans leur dimension assurantielle) comme l’assurance du terrorisme, des catastrophes naturelles, ou encore du risque de pandémie et le risque biométrique. Nous avons également souhaité revenir sur des problématiques très actuelles dans le monde de l’assurance, comme l’assurance des véhicules autonomes, l’assurance santé quand des tests génétiques (bon marché) sont disponibles, l’assurance dans le contexte des données massives (boitiers et bracelets connectés, réseaux sociaux, etc) ou encore les dangers financiers impliqués par les taux d’intérêt historiquement très bas.

Ces articles n’offriront qu’un rapide état des lieux, dans un contexte qui évolue rapidement. Et l’ENSAE est un acteur important dans ces réflexions. Pour rappel, l’ENSAE accueillait en juin dernier la conférence R in Insurance qui a permis d’avoir une vision des outils statistiques utilisés aujourd’hui par les assureurs (et d’autres événements devraient être annoncés dans les mois à venir). Enfin, l’ENSAE est partenaire de deux chaires de recherche, la chaire PARI (programme de recherche sur l’appréhension des risques) et la chaire ACTINFO (valorisation et nouveaux usages actuariels de l’information).