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Dans le cadre du dossier sur l’engagement publié par Variances, Jérémy Gallet décrit différentes façons dont un particulier ou une entreprise peuvent contribuer aux actions d’une ONG, en s’appuyant sur sa propre expérience au sein d’Electriciens sans frontières.

Il existe en France de nombreuses structures qualifiées d’Organisations Non Gouvernementales, même si ce terme ne connait aucune définition juridique précise. Dans son utilisation courante, ce sigle désigne des associations qui mettent en œuvre des actions de solidarité internationale pour aider les populations les plus démunies de la planète.

Parmi les ONG françaises les plus connues, on peut citer les quatre grandes organisations humanitaires fondées dans les décennies 1970-1980 par les French Doctors : Médecins sans frontières, Médecins du monde, Action contre la faim et Handicap International. Cependant, en France le secteur de la solidarité internationale se caractérise par son éclatement : plusieurs centaines d’autres organisations d’envergure nationale sont aujourd’hui recensées, sans compter les associations d’envergure locale (par exemple des comités de jumelage).

Si les ONG françaises de solidarité internationale couvrent un spectre d’actions très large, la plupart des organisations sont spécialisées dans des thématiques (santé, nutrition, micro-crédit, énergie, etc.) et dans des temporalités d’action (allant des interventions d’urgence, enclenchées en quelques heures ou quelques jours pour faire face à une crise humanitaire, jusqu’aux projets d’appui au développement, qui peuvent être menés sur le long terme).

A titre d’exemple, l’association Electriciens sans frontières dont je suis délégué général, mène depuis 1986 des projets d’accès à l’énergie et à l’eau dans une cinquantaine de pays ; elle regroupe aujourd’hui environ 1300 bénévoles en France, capables d’intervenir à la fois dans des situations d’urgence (notamment en partenariat avec le Ministère chargé des affaires étrangères et avec la Fondation de France, avec laquelle nous travaillons depuis 2017 sur des projets aux Antilles suite au passage des ouragans Irma et Maria) mais aussi dans des projets au long cours. Les réalisations d’Electriciens sans frontières reposent sur le déploiement d’énergies renouvelables, pour permettre le développement économique et humain dans les zones rurales isolées.

Quelles possibilités d’engagements pour un particulier ?

La première possibilité pour un particulier de s’engager dans le secteur du développement consiste bien sûr à y consacrer son activité professionnelle. Pour un.e diplômé.e de l’ENSAE par exemple, la plupart des postes accessibles sont situés au sein des institutions, au vu de leurs activités en économie, en finance et en statistiques. Cela concerne en particulier les centres de recherches (par exemple l’IRD, le CERDI ou le J-Pal), les institutions financières (par exemple l’AFD ou la Banque mondiale), ou diverses organisations internationales (par exemple l’OCDE ou l’ONU). Au sein des ONG, des possibilités d’emploi existent mais sont plus restreintes : quelques ONG sont capables de mener des travaux économiques (par exemple l’organisation britannique Oxfam), mais les postes qui sont au cœur du métier des ONG (en réalisation et suivi de projets, gestion, management, etc.) font l’objet d’une concurrence importante, dans un secteur où de nombreuses formations spécialisées existent.

Une autre voie consiste à s’engager en tant que bénévole, pour les ONG qui y font appel (ce qui n’est pas la situation générale, même pour des organisations qui ont un statut associatif), sachant que les modalités de recours au bénévolat varient fortement selon les structures.

Dans certaines ONG, le bénévolat est vu comme un moyen d’appuyer le travail fourni par les salariés, par exemple en allant rechercher des fonds, en communiquant localement ou en réalisant des petites tâches d’administration ou de gestion. Par exemple, Médecins Sans Frontières dispose d’un réseau de bénévoles qui organisent des réunions de sensibilisation ou d’information, et mettent en place des opérations de communication locales et régionales ; tandis qu’Oxfam France fait appel à des bénévoles pour aider à l’organisation d’évènements sportifs ou accompagner les salariés responsables de l’exploitation de magasins.

Dans d’autres ONG, les bénévoles sont en charge de la réalisation directe des missions sociales de l’organisation, en étant responsables de projets et en se rendant sur les terrains d’intervention. Dans ce modèle, les salariés jouent dès lors un rôle d’appui et de soutien aux bénévoles. C’est le modèle retenu par Electriciens sans frontières depuis sa création : des professionnels du secteur de l’énergie s’engagent bénévolement pour piloter des actions de solidarité, monter des projets et garantir leur bonne réalisation sur le terrain. Par exemple, c’est dans ce cadre que des équipes de bénévoles ont été mobilisées pour intervenir suite à des catastrophes naturelles en Haïti, au Népal, aux Philippines ou plus récemment en Dominique, en Indonésie et au Mozambique : après le passage d’un ouragan ou d’un séisme, des membres d’Electriciens sans frontières sont capables de partir du jour au lendemain pour aider au rétablissement des systèmes électriques, directement auprès des populations réfugiées ou en appui aux autres ONG présentes sur place. Certains bénévoles sont également en charge de piloter des projets de taille importante, comme par exemple Michel Crémieux (ENSAE 1974) qui nous le raconte :

Michel Crémieux

« Après plus de 40 ans de carrière dans l’énergie (ADEME, EDF, EDISON et ENEL en Italie), je reste passionné par le développement de projets, activité que j’exerce aujourd’hui bénévolement au sein de la société Voltalia qui réalise des centrales d’énergie renouvelable à travers le monde. Lorsque je travaillais en Italie, j’ai constaté qu’il n’existait pas de structure équivalente à Electriciens sans frontières dans le pays. Alors, en 2014, j’ai décidé de fonder « Elettrici senza frontiere » et je l’ai présidée jusqu’en 2017 avec naturellement l’appui de l’ONG française. Notre cousine italienne a rapidement réalisé de beaux projets. Redevenu parisien, je me suis investi dans Electriciens sans frontières, avec une première mission au Congo. Puis le pilotage du projet « SISAM » (Solution d’Irrigation Solaire Améliorée) dont l’objectif est d’équiper de pompes solaires les puits des petits maraichers qui s’échinent à tirer l’eau avec des seaux et des cordes parfois de 15 m de profondeur, pour arroser leurs cultures. Projet complexe, sur trois pays (Bénin, Burkina Faso, Togo), avec une super équipe de bénévoles. Un an de préparation et aujourd’hui la satisfaction de voir des centaines de maraîchers qui puisaient chaque jour l’eau à la main pendant des heures et qui sont désormais libérés de cette corvée d’eau. »

Enfin, une façon bien connue de s’engager – qui fait l’objet de nombreuses campagnes de communication et de sollicitation, dans les médias comme dans les rues – consiste simplement à soutenir financièrement une ONG : faire un don ponctuel ou régulier, accorder une donation ou un legs, relève d’un engagement très concret, qui permet à une organisation de poursuivre ses réalisations. Même dans les ONG qui reposent sur le bénévolat et qui limitent au maximum les déplacements, des coûts sont inévitables (il n’est hélas pas possible de faire certifier ses comptes par un commissaire aux comptes bénévole ; et il est indispensable de disposer de salariés qualifiés pour les organisations d’une certaine taille). Le don effectué par un particulier traduit un engagement fort vis-à-vis de la cause défendue par l’ONG et de son mode d’action ; en retour, il engage bien sûr l’organisation sur l’utilisation qui est faite du montant perçu. Le label « Don en Confiance » est accordé aux organisations qui s’engagent à respecter une charte de déontologie et à se soumettre à un contrôle continu, afin de garantir une relation de confiance à l’égard des donateurs.

À noter qu’un don accordé à un organisme d’intérêt général donne droit à une réduction d’impôt sur le revenu ou d’impôt sur la fortune immobilière, respectivement à hauteur de 66 % et 75 % du montant du don (avec des plafonds fixés respectivement à 20 % des revenus nets imposables et à 50 000 €).

Mon entreprise peut-elle s’engager ?

En France, une entreprise peut choisir de soutenir des actions de solidarité de différentes façons, en fonction de sa politique de responsabilité sociale ou de mécénat, et de son secteur d’activité.

Elle peut bien sûr assurer un soutien financier : de nombreuses entreprises financent des ONG dont les actions font écho à leur domaine d’activité et aux thématiques sur lesquelles elles souhaitent communiquer. Cela concerne des entreprises de toute taille, des grands groupes internationaux comme des PME ; par ailleurs, ce soutien peut être accordé soit directement par l’entreprise elle-même, soit indirectement via une « fondation d’entreprise », structure juridique dédiée à la réalisation d’une œuvre d’intérêt général.

Par exemple, Electriciens sans frontières bénéficie à la fois d’un soutien financier de la part de la fondation du groupe EDF, qui est l’une des principales fondations d’entreprises en France, mais également de l’entreprise Novea Énergies, PME angevine spécialisée dans les lampadaires solaires.

Une entreprise peut également fournir un soutien matériel ou logistique. Par exemple, le siège social d’Electriciens sans frontières est hébergé gracieusement par la FIEEC (syndicat professionnel des technologies de l’énergie et du numérique), tandis que les bureaux de son équipe salariée sont prêtés par Legrand, qui fournit également du matériel électrique à titre gracieux, en complément des câbles donnés par Prysmian ou des kits solaires confiés par Signify.

Une autre forme précieuse d’engagement consiste à prêter de la main d’œuvre, en permettant à des salariés de l’entreprise de consacrer une partie de leur temps de travail à l’activité d’une ONG. Cette forme de soutien, appelée « mécénat de compétences », permet d’allier l’engagement de l’entreprise avec l’engagement de ses collaborateurs, en évitant que la politique de mécénat d’une société soit perçue comme « hors sol » par ses salariés. C’est ainsi que des salariés de Schneider Electric, de Legrand, d’EDF, d’Enedis ou de RTE peuvent préparer les projets de l’ONG ou partir en mission en partie sur leur temps de travail. En partie seulement, car Electriciens sans frontières défend le fait que l’engagement ne saurait venir du seul employeur et doit être un acte partagé avec le salarié-bénévole.

Une entreprise peut même choisir de mettre des salariés à disposition d’une ONG sur une durée longue, à temps partiel ou à temps plein. Cette forme de mécénat de compétences existe aujourd’hui chez plusieurs grandes entreprises, telles Schneider Electric, Air Liquide, la Banque postale, EDF, Renault, la Société générale, Total ou Orange. Les modalités pratiques dépendent de chaque employeur, le principe général étant que le contrat de travail est maintenu, mais que le salarié dépend hiérarchiquement de l’organisation auprès de laquelle il est mis à disposition. Ce type de dispositif est en plein développement, particulièrement pour viser des salariés « senior », dans le cadre de la transition entre leur activité professionnelle et leur départ en retraite.

Au cours des dernières années, notre ONG a ainsi bénéficié de la mise à disposition à mi-temps d’un salarié d’Orange, et à plein temps de salariés de Schneider Electric et d’EDF. Dans mon cas, après presque 10 ans passés chez EDF, j’ai souhaité rejoindre Electriciens sans frontières en tant que délégué général, cette possibilité étant prévue dans la convention de partenariat qui lie nos deux organisations. J’occupe ainsi un poste à plein temps au sein de l’ONG, où je manage l’équipe du Siège et contribue aux relations institutionnelles et à la gouvernance de l’organisation, sous l’autorité de son président ; cela tout en restant salarié d’EDF, mais sans exercer aucune fonction dans cette entreprise et sans y avoir de référent hiérarchique.

Enfin, une piste d’engagement consiste à faire bénéficier une ONG d’un soutien à la communication, en lui donnant de la visibilité auprès des parties prenantes de l’entreprise (clients, fournisseurs, salariés, etc). Plusieurs partenaires d’Electriciens sans frontières relaient ainsi ses appels à dons en cas d’intervention humanitaire, à travers leur communication interne et externe. Autre exemple : récemment de nombreux acteurs de la grande distribution ont déployé des solutions d’« arrondi en caisse », consistant à proposer à leurs clients de faire un petit don au moment du passage en caisse.

Ces différentes formes d’engagement auprès d’une ONG porteuse d’une cause peuvent bien sûr s’additionner et se compléter. Si elles sont mises en œuvre de façon désintéressée (en particulier si elles ne constituent pas un élément de politique commerciale, si elles ne donnent pas lieu à une contrepartie publicitaire), elles sont alors considérées comme des actions de « mécénat », et ouvrent droit à des réductions fiscales, qui sont nécessairement bien inférieures au montant du don lui-même. En l’état actuel de la loi, une réduction de l’impôt sur les sociétés est accordée à hauteur de 60 % du montant du don, pris dans la limite de 5 pour mille du chiffre d’affaires HT. Des subtilités sont à prendre en compte pour établir la valeur d’un don qui n’est pas financier, des garde-fous encadrant les méthodes de valorisation d’un don de matériel, d’un prêt de locaux ou de la mise à disposition d’un salarié.

L’engagement partagé permet de rassembler autour d’une cause commune

Si le milieu associatif joue clairement un rôle fédérateur dans notre société, en créant des rapports humains distincts des liens familiaux et des liens professionnels, cette caractéristique est sans doute encore plus prégnante dans le cas de l’engagement dans une « grande cause » telle la solidarité internationale. Les ONG qui sont actives dans le secteur de la solidarité et qui font appel au bénévolat constituent des lieux de rassemblement et de collaboration pour des bénévoles issus de milieux et de classes très différents, unis autour d’un même objectif qui les pousse à se dépasser et à dépasser les clivages qui pourraient les opposer.

De même, les entreprises qui s’engagent auprès d’une même cause se retrouvent assises à la même table, non pas pour jouer leurs rapports habituels de concurrence ou de clients/fournisseurs, mais pour contribuer de la façon la plus efficace possible au soutien des populations démunies. Il existe peu de lieux où des acteurs industriels majeurs comme EDF et Total, Legrand et Schneider Electric, Nexans et Prysmian, peuvent permettre de faire avancer des projets communs : dans le cadre de leur soutien à une ONG, des dizaines d’entreprises savent à cette occasion laisser de côté leurs différends et s’engager dans une même voie.

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