{"id":8953,"date":"2026-02-27T09:00:15","date_gmt":"2026-02-27T08:00:15","guid":{"rendered":"https:\/\/variances.eu\/?p=8953"},"modified":"2026-03-10T13:56:04","modified_gmt":"2026-03-10T12:56:04","slug":"la-naissance-de-la-science-demographique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=8953","title":{"rendered":"La naissance de la science d\u00e9mographique"},"content":{"rendered":"<h3><strong>1 &#8211; Les comptages de l\u2019Antiquit\u00e9<\/strong><\/h3>\n<p>Le nom de d\u00e9mographie est r\u00e9cent, d\u00fb \u00e0 Achille Guillard (1799 \u2013 1876), vice-pr\u00e9sident de la soci\u00e9t\u00e9 botanique de France. Le d\u00e9nombrement des peuples est, lui, fort ancien, remontant \u00e0 l\u2019\u00e8re n\u00e9olithique, en M\u00e9sopotamie. Il suit la s\u00e9dentarisation de clans de chasseurs-cueilleurs\u00a0: le site de Jericho est occup\u00e9 depuis le X<sup>\u00e8me <\/sup>mill\u00e9naire avant J.-C. L\u2019apparition d\u2019un habitat stable s\u2019accompagne des premiers \u00e9crits, dont le nombre de personnes par site par comptage des individus, parfois dans des regroupements comme l\u2019habitation, le \u00ab\u00a0feu\u00a0\u00bb (ou foyer), le m\u00e9nage, la famille.<\/p>\n<p>La connaissance pr\u00e9cise d\u2019un groupe humain s\u00e9dentaire aide \u00e0 la bonne gestion du village, cit\u00e9, r\u00e9gion ou \u00e9tat. La\u00a0logique est celle du recensement de tous les membres de la population. En M\u00e9sopotamie na\u00eet la dimension \u00ab\u00a0administrative\u00a0\u00bb\u00a0: des tablettes d\u2019argile prouvent le d\u00e9nombrement des habitants, en particulier des hommes \u2013 pour participer \u00e0 des arm\u00e9es ou travaux \u2013, et des richesses \u2013 assiette des imp\u00f4ts \u2013. D\u00e8s l\u2019origine, la connaissance de la taille d\u2019une population n\u2019est pas la seule finalit\u00e9 et s\u2019accompagne du sexe, de l\u2019\u00e2ge, des richesses.<\/p>\n<p>A partir du III<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire, les Egyptiens font des recensements, tout comme les Babyloniens, ou en Asie, les civilisations chinoise (II<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire) et indienne (fin du I<sup>er<\/sup> mill\u00e9naire). La Chine cr\u00e9e une administration sp\u00e9cifique sous l\u2019\u00e9gide de \u00ab\u00a0directeurs des multitudes\u00a0\u00bb, l\u2019Inde \u00e9galement sous l\u2019empire maurya.<\/p>\n<p>Les cit\u00e9s de la Gr\u00e8ce ne se pr\u00e9occupent pas trop du d\u00e9nombrement, m\u00eame si des traces existent, comme \u00e0 Ath\u00e8nes. Mais l\u2019organisation est complexe\u00a0: aux citoyens \u2013 au sens grec du mot \u2013 il faut ajouter les m\u00e9t\u00e8ques (personnes parlant grec, mais non originaires de la cit\u00e9), les barbares (ne parlant pas grec), les esclaves.<\/p>\n<p>Le comptage des citoyens existe \u00e0 Rome et les cit\u00e9s de droit latin, et est quinquennal. Le premier recensement des familles de \u00ab\u00a0citoyens romains\u00a0\u00bb, \u00e0 fin militaire, a lieu sous Servius Tullius, roi \u00e9trusque du VI<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant notre \u00e8re, avec des \u00e9l\u00e9ments d\u2019\u00e9tat civil\u00a0: d\u00e9claration des naissances et des d\u00e9c\u00e8s. Les donn\u00e9es recueillies aident \u00e0 d\u00e9finir les bases d\u2019imp\u00f4ts, de recrutement dans la l\u00e9gion et de hi\u00e9rarchisation des citoyens.<\/p>\n<p>Le verbe latin <em>censeo<\/em> signifie estimer, \u00e9valuer, <em>census<\/em> d\u00e9signe estimation, \u00e9valuation et aussi \u00ab\u00a0<em>recensement quinquennal des citoyens, des fortunes, qui permet de d\u00e9terminer les classes, les centuries, l\u2019imp\u00f4t<\/em>\u00a0\u00bb (Gaffiot). La fin d\u2019un recensement est marqu\u00e9e par une c\u00e9r\u00e9monie de nature religieuse, la <em>lustratio<\/em>, d\u2019o\u00f9 le nom de lustre en fran\u00e7ais pour une p\u00e9riode de cinq ans. Globalement, 41 recensements ont lieu entre \u2013 508 et + 47. Le champ s\u2019\u00e9largira aux provinces puis aux r\u00e9gions vassales ou conquises, comme la Jud\u00e9e et le c\u00e9l\u00e8bre recensement de Quirinius et les incertitudes autour de l\u2019ann\u00e9e de naissance du Christ. De leur c\u00f4t\u00e9, bien avant la romanisation, les peuples gaulois ont des comptages, au moins des \u00ab\u00a0adultes\u00a0\u00bb en \u00e2ge de porter les armes.<\/p>\n<h3><strong>2 &#8211; Le Moyen-\u00c2ge et l\u2019apparition des registres<\/strong><\/h3>\n<p>D\u00e8s le troisi\u00e8me si\u00e8cle et le d\u00e9clin de l\u2019Empire Romain, le temps n\u2019est plus propice aux recensements, lourds et co\u00fbteux. N\u00e9anmoins, la fin de l\u2019empire en 476 ne supprime pas leur existence. Les rois carolingiens dirigeant l\u2019Europe occidentale (787 \u2013 951, de P\u00e9pin le Bref et Charlemagne jusqu\u2019\u00e0 Lothaire) lancent un recensement des personnes de douze ans et plus et de leurs biens\u00a0: habitations, ressources agricoles, b\u00e9tail.<\/p>\n<p>Plus loin, au VII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, le calife d\u2019Arabie Omar ibn al-Khattab (584 \u2013 644) initie lui aussi un recensement. Nous avons la trace d\u2019un recensement en 1086 voulu par Guillaume le Conqu\u00e9rant en 1066, et aussi en 1183 dans le Royaume de J\u00e9rusalem.<\/p>\n<h5><strong><em>Les premiers recensements en France<\/em><\/strong><\/h5>\n<p>La France est peu active en connaissance du peuple, sauf pour la dimension fiscale\u00a0: un registre des tailles (imp\u00f4ts) existe \u00e0 Paris depuis 1292. La dimension militaire est peu pr\u00e9sente, car les arm\u00e9es sont alors souvent compos\u00e9es de mercenaires \u00e9trangers. Le droit de lever une arm\u00e9e du royaume sera instaur\u00e9 au XV<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle par Charles VII puis r\u00e9affirm\u00e9 par Henri III. La guerre de cent ans fait na\u00eetre le besoin de compl\u00e9ter les compagnies \u00e9trang\u00e8res soit par volontariat et professionnalisation (la future \u00ab\u00a0arm\u00e9e de m\u00e9tier\u00a0\u00bb), soit par conscription via un \u00ab\u00a0tirage au sort\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La grande innovation des XIII<sup>\u00e8me<\/sup> et XIV<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles\u00a0est due aux registres administratifs des feux. Sont d\u00e9nombr\u00e9s les feux puis les hommes, chefs de famille ou pas, en \u00e9tat et en \u00e2ge de porter les armes. Un autre usage est l\u2019imp\u00f4t \u00e9tabli par feu fiscal\u00a0; sept si\u00e8cles plus tard, nous parlons toujours de \u00ab\u00a0foyer fiscal\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le premier registre est \u00ab\u00a0<em>l\u2019\u00e9tat des parroisses et des feuz des baillies et senechauss\u00e9es de France<\/em>\u00a0\u00bb dress\u00e9 en 1328 par les \u00ab\u00a0officiers de finance\u00a0\u00bb de Philippe VI, roi de 1328 \u00e0 1350. Il n\u2019est pas un recensement des individus mais des feux, n\u2019est pas \u00e9galitaire et ne couvre pas la totalit\u00e9 du royaume\u00a0: il manque un quart des paroisses. En fait, l\u2019\u00e9tat de 1328 a pour origine la volont\u00e9 de Philippe VI de faire financer son arm\u00e9e. Dans les zones couvertes, l\u2019exhaustivit\u00e9 n\u2019est pas assur\u00e9e\u00a0: des paroisses manquent, d\u2019autres sont regroup\u00e9es, d\u2019autres encore sont affect\u00e9es \u00e0 des baillies ou s\u00e9n\u00e9chauss\u00e9es diff\u00e9rentes des v\u00e9ritables entit\u00e9s de rattachement. En outre, l\u2019objectif fiscal fait qu\u2019il est probable que le registre des feux ne comprenne pas les familles dispens\u00e9es d\u2019imp\u00f4ts (nobles, religieux).<\/p>\n<p>A la fin du XV<sup>\u00e8me <\/sup>si\u00e8cle et au d\u00e9but du XVI<sup>\u00e8me<\/sup>, nous avons des traces de la volont\u00e9 de Charles VIII (1492), de Louis XII (1503), et de Fran\u00e7ois I<sup>er<\/sup> (1525) de proc\u00e9der \u00e0 des recensements de feux\u00a0: mais aucune archive n\u2019existe. Par contre, il y a des initiatives locales : Strasbourg en 1470, Bourgogne en 1497, Avignon en 1539, Savoie en 1561, Berry en 1565, Paris en 1590, Franche-Comt\u00e9 en 1624.<\/p>\n<h5><strong><em>Les registres paroissiaux<\/em><\/strong><\/h5>\n<p>Au XIV<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle na\u00eet une deuxi\u00e8me source de d\u00e9nombrement : l\u2019\u00e9tat civil, venant de volont\u00e9s locales ou religieuses, par la cr\u00e9ation de registres de naissances et de d\u00e9c\u00e8s m\u00eame si enregistrer un d\u00e9c\u00e8s ne donne pas l\u2019\u00e2ge du d\u00e9funt.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le Concile de Trente (1545 \u2013 1563), les registres paroissiaux deviennent obligatoires pour les autorit\u00e9s eccl\u00e9siastiques. Le plus ancien en notre possession est celui de la commune de Givry, en Sa\u00f4ne-et-Loire\u00a0: naissances (via les bapt\u00eames), d\u00e9c\u00e8s, mariages, ainsi que les sommes vers\u00e9es lors de ces \u00e9v\u00e9nements, sur la p\u00e9riode de 1303 \u00e0 1357. Il sera suivi par d\u2019autres paroisses-communes\u00a0comme Saint Aignan en Charollais (actuel Saint Agnan), toujours en Sa\u00f4ne-et-Loire, en 1411, trois dans des paroisses d\u2019Ille-et-Vilaine, \u00e0 partir de 1451, 1454 et 1479, dans les C\u00f4tes d\u2019Armor (1467) ou le Var (1500).<\/p>\n<p>En ao\u00fbt 1539 l\u2019ordonnance de Villers-Cotter\u00eats de Fran\u00e7ois I<sup>er<\/sup> rend obligatoire le registre des naissances\u00a0; en 1579, Henri III \u00e9tend cette obligation aux mariages et aux d\u00e9c\u00e8s. En 1667, pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9 et \u00e9viter d\u2019\u00e9ventuelles fraudes, pertes ou destructions, Louis XIV exige une tenue en double des registres, la copie \u00e9tant conserv\u00e9e en s\u00e9n\u00e9chauss\u00e9e ou en bailliage.<\/p>\n<p>La statistique (m\u00eame si le mot n\u2019existe pas \u00e0 l\u2019\u00e9poque) administrativo-religieuse qu\u2019est l\u2019\u00e9tat civil est certes partielle, imparfaite, et s\u2019ajoute aux recensements rares et non exhaustifs. Une limite de cette nouvelle source est sa tenue par l\u2019Eglise catholique, et les actes concernant les croyants d\u2019autres religions ne sont pas pris en compte, d\u2019o\u00f9 des in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9gionales fortes. N\u00e9anmoins, en 1630, le mar\u00e9chal Antoine Co\u00ebffier de Ruz\u00e9 d\u2019Effiat, surintendant des finances de 1626 \u00e0 1632 sous Louis XIII, d\u00e9cide d\u2019exploiter les r\u00f4les de paroisses pour \u00e9tudier les feux, la population, les terres et les tailles.<\/p>\n<h3><strong>3 &#8211; Le XVII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle\u00a0: naissance de la science d\u00e9mographique <\/strong><\/h3>\n<p>Trois noms vont dominer cette p\u00e9riode\u00a0pendant laquelle la d\u00e9mographie devient une science : Vauban en France, Graunt et Petty en Angleterre.<\/p>\n<h5><strong><em>S\u00e9bastien Le Prestre marquis de Vauban (1633 \u2013 1707)<\/em><\/strong><\/h5>\n<p>En 1664, pour avoir une vision globale du royaume, Vauban demande aux intendants \u2013 repr\u00e9sentants de l\u2019administration royale \u2013 d\u2019\u00e9tablir l\u2019\u00e9tat le plus complet possible de la France, des provinces et des villes. En outre, l\u2019arriv\u00e9e de la France dans l\u2019est du Canada exporte la d\u00e9mographie. Jean Talon (1626 \u2013 1694), premier intendant de la Nouvelle-France, lance en 1666 un recensement des individus \u00ab\u00a0expatri\u00e9s\u00a0\u00bb, hors religieux, avec recueil du genre, l\u2019\u00e2ge, l\u2019\u00e9tat matrimonial, le statut, les ressources issues des for\u00eats et du sol, troupeaux d\u2019animaux, b\u00e2timents publics ou religieux.<\/p>\n<p>En 1676, Vauban, alors gouverneur de Valenciennes, lance un \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb recensement \u00ab\u00a0t\u00eate par t\u00eate\u00a0\u00bb couvrant le nombre et la qualification des individus\u00a0: profil socio-d\u00e9mographique\u00a0(sexe, enfants, personnel de service, \u00e9trangers). D\u2019autres villes prennent le relais\u00a0: Tours, Dunkerque, etc. Devenu gouverneur de Douai, Vauban y d\u00e9ploie un recensement local en 1682, avec deux innovations majeures\u00a0: abandon de la notion de feu, cr\u00e9ation d\u2019un formulaire de recueil standardis\u00e9.<\/p>\n<p>En 1694, un recensement national est d\u00e9cid\u00e9 par Louis II Ph\u00e9lypeaux comte de Pontchartrain, contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des finances depuis 1690.<\/p>\n<p>Connu pour ses travaux de d\u00e9fense militaire, Vauban a une vision de la mesure et du d\u00e9nombrement non limit\u00e9 \u00e0 la seule population\u00a0; il aborde les r\u00e9ussites ou les \u00e9checs \u00e9conomiques du pays et l\u2019\u00e9valuation des performances de son syst\u00e8me productif. Il est l\u2019auteur de <em>M\u00e9thode g\u00e9n\u00e9ralle et facile pour faire le d\u00e9nombrement des peuples<\/em> (publi\u00e9 en 1668) consid\u00e9r\u00e9 comme le premier livre \u00e9voquant la notion de sondage et d\u2019\u00e9chantillonnage.<\/p>\n<h5><strong><em>John Graunt<\/em><\/strong><\/h5>\n<p>En Angleterre, la dimension scientifique s\u2019affirme gr\u00e2ce \u00e0 deux amis, John Graunt (1620-1674) et William Petty (1623-1687), fondateurs de cette nouvelle science\u00a0: apparaissent des notions\u00a0de structures socio-d\u00e9mographiques, les premiers indicateurs prospectifs et projectifs pour d\u00e9passer la seule statistique et aller vers l\u2019analyse. Graunt cherche des rapports, si possibles constants, entre la taille d\u2019une population et le nombre de naissances ou le nombre de d\u00e9c\u00e8s, le nombre d\u2019habitants par feu, le nombre d\u2019habitants par immeuble, cr\u00e9ant ce qui sera appel\u00e9 la \u00ab\u00a0m\u00e9thode du multiplicateur\u00a0\u00bb. Il jette ainsi les bases de la statistique non pas en tant que recueil de donn\u00e9es mais comme science de l\u2019analyse de ces donn\u00e9es\u00a0; il cr\u00e9e la notion d\u2019estimation et formalise la science d\u00e9mographique, d\u00e9passant les comptages divers pour en tirer des g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s. Graunt et Petty fondent l\u2019\u00e9cole dite de l\u2019arithm\u00e9tique politique.<\/p>\n<p>John Graunt n\u2019est ni math\u00e9maticien, ni physicien ; il est \u00ab\u00a0simplement\u00a0\u00bb marchand de draps et \u00e9chevin de Londres. Vers 1660, probablement influenc\u00e9 par Petty, il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 plusieurs d\u00e9cennies de bulletins hebdomadaires de mortalit\u00e9 des paroisses londoniennes. A partir de ces donn\u00e9es, il recherche des r\u00e9gularit\u00e9s et des lois g\u00e9n\u00e9rales de comportement, comme le font les physiciens. Il publie en 1662 un ouvrage r\u00e9f\u00e9rence intitul\u00e9 <em>Natural and Political Observations&#8230; upon the Bills of Mortality<\/em>, ou \u00ab\u00a0Observations naturelles et politiques sur les bulletins de mortalit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div id=\"attachment_8954\" style=\"width: 383px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-8954\" class=\"wp-image-8954\" src=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/t1.jpg\" alt=\"\" width=\"373\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/t1.jpg 535w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/t1-186x300.jpg 186w\" sizes=\"(max-width: 373px) 100vw, 373px\" \/><p id=\"caption-attachment-8954\" class=\"wp-caption-text\">Page titre de John Graunt (Dom. Public)<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ainsi, il calcule la proportion de personnes n\u00e9es vivantes \u00e9tant encore en vie \u00e0 l\u2019\u00e2ge t. Sur 100 naissances, 64 personnes sont toujours vivantes \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 6 ans, 40 \u00e0 16 ans, 25 \u00e0 26 ans, 16 \u00e0 36 ans, etc, et 0 \u00e0 86 ans.<\/p>\n<p>Les tables de mortalit\u00e9 (et m\u00eame la fiabilit\u00e9) viennent de voir le jour, donnant un sens op\u00e9rationnel au concept de probabilit\u00e9 conditionnelle\u00a0: probabilit\u00e9 d\u2019\u00eatre encore en vie \u00e0 l\u2019\u00e2ge t\u2019 sachant qu\u2019on \u00e9tait en vie \u00e0 l\u2019\u00e2ge t, t &lt; t\u2019. Graunt trouve des r\u00e9gularit\u00e9s, notamment la saisonnalit\u00e9 des d\u00e9c\u00e8s (plus fr\u00e9quents l\u2019hiver que l\u2019\u00e9t\u00e9).<\/p>\n<h5><strong><em>William Petty<\/em><\/strong><\/h5>\n<p>William Petty est un homme polyvalent, m\u00e9decin, philosophe, scientifique, dot\u00e9 d\u2019un esprit tr\u00e8s rationnel. Comme Graunt, il est l\u2019un des p\u00e8res de la d\u00e9mographie et de l\u2019assurance. Plus diversifi\u00e9 cependant (certains historiens disent m\u00eame \u00ab\u00a0dispers\u00e9\u00a0\u00bb), il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la philosophie et \u00e0 une approche quantifi\u00e9e des math\u00e9matiques op\u00e9rant sur des ph\u00e9nom\u00e8nes mesurables avec pr\u00e9cision.<\/p>\n<div id=\"attachment_8955\" style=\"width: 370px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-8955\" class=\"wp-image-8955\" src=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/t2.jpg\" alt=\"\" width=\"360\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/t2.jpg 491w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/t2-180x300.jpg 180w\" sizes=\"(max-width: 360px) 100vw, 360px\" \/><p id=\"caption-attachment-8955\" class=\"wp-caption-text\">Page titre de \u00ab\u00a0The economic writings\u00a0\u00bb, William Petty<br \/>(Editeur Charles H. Hull, Cambridge, University Press, 1899) (Dom. Public)<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En arithm\u00e9tique politique, il publie trois livres. Le premier, en 1662, aborde la fiscalit\u00e9 (<em>Treatise of Taxes and Contributions<\/em>), que Vauban a peut-\u00eatre lu pour l\u2019\u00e9criture de son dernier livre, <em>La d\u00eeme royale<\/em>, paru quelques semaines avant sa mort en 1707. Le <em>Verbum Sapienti<\/em>\u00a0est publi\u00e9 en 1665\u00a0et traite des notions de revenu national et de richesse, estim\u00e9es sur des bases totalement innovantes, dressant les fondements de l\u2019analyse moderne du revenu et des facteurs de production, tout particuli\u00e8rement du travail. Il anticipe sur ce qui sera plus tard \u00ab\u00a0la comptabilit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb. Dans \u00ab\u00a0<em>Essai d&rsquo;Arithm\u00e9tique politique<\/em>\u00a0\u00bb (1682), il \u00e9tudie la th\u00e9orie mon\u00e9taire, la vitesse de circulation de la monnaie, la division du travail, le plein emploi et le r\u00f4le de l\u2019Etat dans ce domaine, ainsi que les \u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle.<\/p>\n<p>Personnalit\u00e9 riche, Petty est l\u2019initiateur de nombreux concepts d\u2019\u00e9tude et d\u2019analyse\u00a0; sa pens\u00e9e est dirig\u00e9e par les faits et les mesures, d\u00e9daignant les \u00ab\u00a0on dit\u00a0\u00bb, les anecdotes et les th\u00e9ories non prouv\u00e9es par la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<h3><strong>4 &#8211; La situation en France au XVIII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant la R\u00e9volution\u00a0<\/strong><\/h3>\n<p>La construction d\u2019un syst\u00e8me se poursuit, toujours pour l\u2019arm\u00e9e, la conscription et les imp\u00f4ts. Les \u00e9v\u00e9nements aident aussi au progr\u00e8s de la \u00ab\u00a0statistique administrative\u00a0\u00bb. En 1709, la France conna\u00eet un hiver glacial (le \u00ab\u00a0Grand Hyver\u00a0\u00bb)\u00a0: pendant plusieurs jours \u2013 16\u00b0 \u00e0 Montpellier, \u201317\u00b0 \u00e0 Marseille, entre \u2013 11\u00b0 et \u2013 17\u00b0 \u00e0 Paris. Les cultures sont d\u00e9truites, le nombre de morts est estim\u00e9 \u00e0 600\u00a0000, la famine survient. La mesure pr\u00e9cise de la population et des ressources devient prioritaire. Mais passer \u00e0 l\u2019action est difficile. Les initiatives des intendants sont locales. En 1760, le contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral du Royaume demande aux intendants un rapport sur l\u2019agriculture sur leurs territoires administratifs\u00a0: sur les 37 territoires, seulement trois rapports seront \u00e9tablis.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me partie du si\u00e8cle voit se d\u00e9velopper les m\u00e9thodes de Graunt et Petty, calculs et mod\u00e8les compl\u00e9tant les observations. Des noms : Jean-Joseph d\u2019Expilly (1719-1793), Louis Messance (1734-1796), Jean-Baptiste Moheau (1745 \u2013 1794), Joseph Terray (1715 \u2013 1778).<\/p>\n<p>Dans ses livres \u00ab\u00a0<em>De la population de la France<\/em>\u00a0\u00bb, puis \u00ab\u00a0<em>Dictionnaire g\u00e9ographique, historique et politique des Gaules et de la France<\/em>\u00a0\u00bb publi\u00e9s entre 1762 et 1770, Jean-Joseph d\u2019Expilly, religieux qui serait maintenant appel\u00e9 statisticien, recommande de d\u00e9passer le comptage des personnes et de s\u2019int\u00e9resser aux naissances, mariages et d\u00e9c\u00e8s annuels, ouvrant la voie, par la m\u00e9thode des multiplicateurs, aux estimations de population. Cette approche est reprise par Messance et par Terray qui demande en 1772 aux intendants de fournir ces \u00e9l\u00e9ments. Ce syst\u00e8me fonctionnera jusqu\u2019en 1788.<\/p>\n<p>La question de l\u2019unicit\u00e9 du coefficient multiplicateur, par exemple le nombre de personnes par feu ou par immeuble, se pose. Dans son livre de 1778 \u00ab\u00a0<em>Recherches et consid\u00e9rations sur la population de la France<\/em>\u00a0\u00bb, Moheau propose de corriger les d\u00e9fauts des recensements individuels en utilisant des variables d\u2019autres sources de registres (habitations, imp\u00f4ts), des ratios stables et fiables (par exemple le quotient mariages\/naissances), ou des variations saisonni\u00e8res constat\u00e9es comme le nombre de naissances et de d\u00e9c\u00e8s. Il \u00e9tudie aussi la stabilit\u00e9 de la proportion par genre fille-gar\u00e7on \u00e0 la naissance.<\/p>\n<p>Enfin, la d\u00e9mographie va s\u2019ouvrir et s\u2019int\u00e9resser au lien entre la croissance des populations et les capacit\u00e9s alimentaires. Les d\u00e9mographes-\u00e9conomistes les plus connus seront l\u2019italien Giammaria Ortes (1713-1790) et, bien s\u00fbr, l\u2019anglais Thomas Malthus (1766-1834).<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, les d\u00e9mographes sont \u00e9videmment les h\u00e9ritiers de cette histoire. Mais ils s\u2019inscrivent \u00e9galement dans un mouvement g\u00e9n\u00e9ral de transversalit\u00e9 et de d\u00e9cloisonnement des disciplines o\u00f9 statistique, \u00e9conomie, g\u00e9ographie, sociologie, voire psychologie, s\u2019interp\u00e9n\u00e8trent. L\u2019enjeu\u00a0: apporter des explications et proposer des mesures, au moment o\u00f9 de nombreux pays s\u2019interrogent sur les cons\u00e9quences de la baisse de la natalit\u00e9.<\/p>\n<hr \/>\n<h3><strong>Bibliographie <\/strong><\/h3>\n<p>Droesbeke Jean-Jacques, <em>La donn\u00e9e : des tablettes sum\u00e9riennes aux big data<\/em>, in Actes du colloque \u00ab\u00a0<em>Individus, donn\u00e9es et soci\u00e9t\u00e9 connect\u00e9e\u00a0: opportunit\u00e9s, risques et confiance<\/em>\u00a0\u00bb, Variances n\u00b053, oct. 2015<\/p>\n<p>Dup\u00e2quier Jacques, Dup\u00e2quier Michel, <em>Histoire des recensements<\/em>, Revue fran\u00e7aise d\u2019administration publique, num\u00e9ro th\u00e9matique \u00ab\u00a0Les recensements de population\u00a0: histoire, m\u00e9thodologie, aspects sociologiques et juridiques, exp\u00e9riences \u00e9trang\u00e8res\u00a0\u00bb, n\u00b036, 1985<\/p>\n<p>Gras Pierre, <em>Le registre paroissial de Givry (1334-1357) et la peste noire en Bourgogne<\/em>, Bibloth\u00e8que de l\u2019Ecole des Chartes, 100, 1939<\/p>\n<p>Hecht Jacqueline, <em>L\u2019id\u00e9e de d\u00e9nombrement jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9volution<\/em>, in \u00ab\u00a0<em>Pour une histoire de la statistique<\/em>\u00a0\u00bb, 2 volumes, (dir. Affichard Jo\u00eblle), Economica-INSEE, Paris, 1987<\/p>\n<p>Keynes Geoffrey, <em>A bibliography of Sir William Petty and of Observations on the Bills of Mortality by John Graunt<\/em>, Clarendon Presse, Oxford, 1971<\/p>\n<p>Lot Ferdinand, <em>L\u2019\u00e9tat des paroisses et des feux de 1328<\/em>, Biblioth\u00e8que de l\u2019Ecole des Chartes, 1929<\/p>\n<p>Mahieu Fran\u00e7ois-R\u00e9gis, <em>William Petty (1623 \u2013 1687)\u00a0: fondateur de l\u2019\u00e9conomie politique<\/em>, Economica, Paris, 1997<\/p>\n<p>Vauban S\u00e9bastien Leprestre (marquis de), <em>M\u00e9thode g\u00e9n\u00e9ralle et facile pour faire le d\u00e9nombrement des peuples<\/em>, Imprimerie de la veuve d\u2019Antoine Chrestien, rue d\u2019Escosse, Paris, 14 mai 1686<\/p>\n<p>Vilquin Eric, <em>Vauban, inventeur des recensements<\/em>, Annales de d\u00e9mographie historique, 1975<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<h6><\/h6>\n<h6>Dossier D\u00e9mographie &#8211; Sommaire :<\/h6>\n<ul>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ul>\n<li><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/variances.eu\/?p=9017\">\u00c9ditorial<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/variances.eu\/?p=8983\">\u00c9volutions r\u00e9centes de la d\u00e9mographie en France : plus de d\u00e9c\u00e8s que de b\u00e9b\u00e9s, une premi\u00e8re depuis 80 ans<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/variances.eu\/?p=8968\">Vouloir relancer la natalit\u00e9 pour sauver notre mod\u00e8le social est paradoxal<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/variances.eu\/?p=8958\">La d\u00e9mographie : composante cl\u00e9 du pilotage du syst\u00e8me \u00e9ducatif<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/variances.eu\/?p=8953\">La naissance de la science d\u00e9mographique<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/variances.eu\/?p=8966\">Les \u00e9volutions d\u00e9mographiques et leurs cons\u00e9quences \u00e9conomiques : anciennes et nouvelles questions<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/variances.eu\/?p=8973\">Quand la d\u00e9mographie rattrape la solidarit\u00e9 \u2013 Retraites et d\u00e9mographie : un mod\u00e8le con\u00e7u pour un autre monde<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/variances.eu\/?p=8964\">L\u2019Agirc-Arrco ou la dette impossible<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/variances.eu\/?p=8970\">D\u00e9mographie et retraites : Entretien avec Antoine Levy<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<li><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/variances.eu\/?p=9026\">Moins de naissances, plus de personnes d\u00e9pendantes : des mutations de nos soci\u00e9t\u00e9s \u00e9clair\u00e9es par les recherches de l\u2019Ined<\/a><\/span><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 &#8211; Les comptages de l\u2019Antiquit\u00e9 Le nom de d\u00e9mographie est r\u00e9cent, d\u00fb \u00e0 Achille Guillard (1799 \u2013 1876), vice-pr\u00e9sident de la soci\u00e9t\u00e9 botanique de France. Le d\u00e9nombrement des peuples est, lui, fort ancien, remontant \u00e0 l\u2019\u00e8re n\u00e9olithique, en M\u00e9sopotamie. 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