{"id":8702,"date":"2025-06-03T08:00:48","date_gmt":"2025-06-03T06:00:48","guid":{"rendered":"https:\/\/variances.eu\/?p=8702"},"modified":"2025-06-03T10:20:52","modified_gmt":"2025-06-03T08:20:52","slug":"adolphe-quetelet-1796-1874-un-scientifique-audacieux-au-service-dune-belgique-en-quete-de-credibilite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=8702","title":{"rendered":"Adolphe Quetelet (1796-1874) &#8211; Un scientifique audacieux au service d\u2019une Belgique en qu\u00eate de cr\u00e9dibilit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Adolphe Quetelet (1796-1874) est un des inconnus les plus connus du monde scientifique. Math\u00e9maticien de formation litt\u00e9raire, astronome par amour des \u00e9toiles filantes, statisticien soucieux de contribuer \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement de son pays et \u00e0 sa renomm\u00e9e internationale, cet homme a laiss\u00e9 son nom dans l\u2019Histoire gr\u00e2ce, entre autres, \u00e0 son \u00ab\u00a0homme moyen\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019indice de masse corporelle ou encore au crat\u00e8re de la lune qui porte son nom.<\/p>\n<p>Cet homme prudent, attach\u00e9 aux biens\u00e9ances sociales, est loin d\u2019\u00eatre un r\u00e9volutionnaire. Pourtant, Quetelet a eu quelques moments d\u2019audace au cours de sa vie, qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 vains. Nous en pr\u00e9sentons deux d\u2019entre eux particuli\u00e8rement importants.<\/p>\n<p>Le premier se passe \u00e0 Paris, en septembre 1823. Quetelet est alors \u00e2g\u00e9 de 27 ans. Pour en comprendre l\u2019importance, il est n\u00e9cessaire de rappeler bri\u00e8vement le parcours de ce personnage durant ses premi\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<h3><strong>L\u2019\u00e9closion d\u2019un math\u00e9maticien <\/strong><\/h3>\n<p>En 1795, la premi\u00e8re R\u00e9publique fran\u00e7aise annexe les contr\u00e9es belges, alors sous domination autrichienne. La population a subi depuis 1789 six r\u00e9gimes politiques distincts, presqu\u2019aussi d\u00e9cevants les uns que les autres. La Belgique fran\u00e7aise dispara\u00eet en 1815, \u00e0 l\u2019issue de la bataille de Waterloo qui met fin \u00e0 l\u2019\u00e9poque napol\u00e9onienne. Le trait\u00e9 de Vienne la transforme cette ann\u00e9e-l\u00e0 en la partie m\u00e9ridionale du Royaume-Uni des Pays-Bas.<\/p>\n<p>Qu\u2019en est-il des activit\u00e9s scientifiques belges durant cette p\u00e9riode de vingt ans\u00a0? Elles sont pratiquement inexistantes. L\u2019Acad\u00e9mie de Bruxelles, fond\u00e9e en 1772 par l\u2019Imp\u00e9ratrice Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Autriche, a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e par les autorit\u00e9s fran\u00e7aises en 1794\u00a0; de plus, la seule universit\u00e9 locale, situ\u00e9e \u00e0 Louvain et devenue peu \u00e0 peu moribonde, dispara\u00eet \u00e0 son tour en 1797. L\u2019enseignement \u00e9l\u00e9mentaire se situe \u00e0 un niveau d\u00e9plorable.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce contexte que na\u00eet, \u00e0 Gand, Adolphe Quetelet, le 22 f\u00e9vrier 1796. Son p\u00e8re, qui poss\u00e8de une quincaillerie, meurt en 1803 alors que le petit Adolphe entame ses \u00e9tudes primaires dans un \u00e9tablissement priv\u00e9. Ses qualit\u00e9s de bon \u00e9l\u00e8ve lui permettent de suivre des \u00e9tudes secondaires essentiellement litt\u00e9raires dans le lyc\u00e9e de Gand nouvellement cr\u00e9\u00e9\u00a0; Quetelet ach\u00e8ve brillamment ces \u00e9tudes en 1813. Mais la joie est courte\u00a0; les contr\u00e9es belges sont occup\u00e9es par les Prussiens et les Cosaques suite \u00e0 la d\u00e9faite de Napol\u00e9on \u00e0 Leipzig, en octobre 1813. Quetelet trouve de petits emplois pour subvenir \u00e0 ses besoins\u00a0: un poste d\u2019enseignant primaire puis un autre dans un atelier de peinture. Apprenant qu\u2019un emploi de professeur de math\u00e9matiques \u00e9l\u00e9mentaires est vacant dans son ancien lyc\u00e9e devenu coll\u00e8ge, il pose sa candidature et est engag\u00e9, ce qui l\u2019arrange en raison du caract\u00e8re stable de la fonction, m\u00eame si l\u2019histoire et le latin l\u2019attirent davantage que les math\u00e9matiques. Il est nomm\u00e9 le jour de son 19<sup>e<\/sup> anniversaire, trois mois avant la bataille de Waterloo.<\/p>\n<p>Le trait\u00e9 de Vienne implique pour Quetelet un changement de nationalit\u00e9 \u2013 la Belgique fran\u00e7aise est devenue hollandaise \u2013 et lui offre l\u2019opportunit\u00e9 de faire des \u00e9tudes universitaires \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gand, cr\u00e9\u00e9e en 1816 par le gouvernement du Royaume-Uni des Pays-Bas. En juillet 1819, il devient le premier docteur en math\u00e9matiques de cette universit\u00e9, en r\u00e9digeant en latin une th\u00e8se consacr\u00e9e \u00e0 un sujet de g\u00e9om\u00e9trie, la \u00ab\u00a0focale\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Cela lui permet, d\u2019une part, d\u2019occuper un poste de professeur de math\u00e9matiques \u00e0 l\u2019Ath\u00e9n\u00e9e de Bruxelles \u2013 un \u00e9tablissement d\u2019enseignement secondaire \u2013 et, d\u2019autre part, d\u2019\u00eatre \u00e9lu membre de la classe des sciences de l\u2019Acad\u00e9mie royale de Bruxelles, r\u00e9habilit\u00e9e en 1816.<\/p>\n<p>Le mariage entre la Hollande marchande et protestante et la Belgique industrielle et catholique n\u2019est pas \u00e9quilibr\u00e9. La contestation se fait sentir dans les milieux intellectuels de la capitale belge. Une <em>Soci\u00e9t\u00e9 des Douze<\/em> voit le jour\u00a0; Quetelet en est un des douze membres fondateurs. Cette association \u00ab\u00a0litt\u00e9raire et gastronomique\u00a0\u00bb comporte en son sein des contestataires qui veulent tous combattre les in\u00e9galit\u00e9s entre le nord et le sud du royaume. Certains feront de la prison pour leurs prises de position. Quetelet choisit une autre mani\u00e8re d\u2019agir, plus conforme \u00e0 son caract\u00e8re\u00a0: \u00e9quiper les contr\u00e9es belges d\u2019une institution scientifique qui n\u2019existe que dans le nord, un observatoire astronomique.<\/p>\n<p>Quetelet convainc son ministre de tutelle du bien-fond\u00e9 de son projet\u00a0; ce dernier lui obtient, durant l\u2019\u00e9t\u00e9 1823, une bourse pour aller \u00ab\u00a0se perfectionner\u00a0\u00bb dans l\u2019un des centres astronomiques r\u00e9put\u00e9s de l\u2019\u00e9poque\u00a0: l\u2019Observatoire de Paris.<\/p>\n<div id=\"attachment_8703\" style=\"width: 174px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-8703\" class=\"wp-image-8703 size-full\" src=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Image1.jpg\" alt=\"\" width=\"164\" height=\"200\" \/><p id=\"caption-attachment-8703\" class=\"wp-caption-text\">Adolphe Quetelet, par le peintre Odevaere (1822)<\/p><\/div>\n<h3><strong>De l\u2019audace pour r\u00e9ussir<\/strong><\/h3>\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019en septembre 1823, notre jeune enseignant de math\u00e9matiques \u00e9l\u00e9mentaires s\u2019appr\u00eate \u00e0 gravir les escaliers de l\u2019Observatoire de Paris. Il vient \u00e0 la rencontre des hommes qui font partie d\u2019un c\u00e9nacle de tr\u00e8s haut niveau scientifique avec son projet. Quelle est la l\u00e9gitimit\u00e9 de sa d\u00e9marche\u00a0? Quels sont ses arguments\u00a0? Il n\u2019est pas astronome mais les \u00e9toiles filantes le font r\u00eaver. Il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la g\u00e9om\u00e9trie mais ses cours de math\u00e9matiques \u00e9l\u00e9mentaires, dispens\u00e9s \u00e0 des adolescents, sont assez loin de ce dont il aurait besoin pour justifier sa comp\u00e9tence dans un domaine o\u00f9 personne ne le conna\u00eet. En revanche, il va faire preuve pendant pr\u00e8s de trois mois d\u2019une audace qui va \u00eatre payante. Laissons la parole \u00e0 Quetelet qui s\u2019adresse \u00e0 son directeur de th\u00e8se dans une lettre dat\u00e9e du 21 octobre 1823\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab Je suis ici dans un paradis [&#8230;] Je vais quelquefois passer des journ\u00e9es enti\u00e8res \u00e0 l\u2019Observatoire ou chez Messieurs Mathieu et Bouvard o\u00f9 j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 plusieurs fois Monsieur Laplace. Je m\u2019occupe ensuite des exp\u00e9riences \u00e9lectrodynamiques chez Monsieur Amp\u00e8re, enfin je t\u00e2che de prendre tout ce que je puis prendre avec une avidit\u00e9 insatiable [&#8230;] J\u2019ai eu soin de vous rappeler au souvenir de Monsieur Lacroix [&#8230;] Je lui ai remis un m\u00e9moire que je destine \u00e0 notre Acad\u00e9mie. Il a bien voulu le revoir. Monsieur Poisson chez qui je vais de temps en temps m\u2019a parl\u00e9 de vous [&#8230;] Monsieur Cauchy ne tardera pas \u00e0 faire para\u00eetre son calcul int\u00e9gral. Il m\u2019a d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 toutes les premi\u00e8res \u00e9preuves avec ses corrections. Je compte aller le voir un de ces jours. [&#8230;] Je fais ici l\u2019emplette de quelques instruments de physique les plus nouveaux, savoir : l\u2019appareil de Monsieur Amp\u00e8re pour toutes les exp\u00e9riences \u00e9lectromagn\u00e9tiques, l\u2019appareil de Monsieur Fresnel pour les exp\u00e9riences sur la lumi\u00e8re [&#8230;] \u00bb.<\/p>\n<p>Dans cette lettre, Quetelet ne parle pas de ses autres rencontres avec l\u2019astronome Fran\u00e7ois Arago, le math\u00e9maticien Joseph Fourier ou encore le naturaliste Alexandre de Humboldt. Quelle audace, mais quel investissement\u00a0! Quetelet \u00e9coute tous ces savants avec passion, les interroge sans arr\u00eat, leur propose son aide pour lire un manuscrit ou leur fournir un renseignement. Son projet ne peut que leur plaire\u00a0! Il n\u2019est pas \u00e9tonnant que ces hommes l\u2019aident \u00e0 r\u00e9diger le rapport que cet enthousiaste doit remettre \u00e0 son ministre. Et l\u2019audace va payer\u2026 mais, lentement, car l\u2019observatoire ne sera pas termin\u00e9 avant 1832, ann\u00e9e pendant laquelle Quetelet s\u2019y installe avec le statut de directeur.<\/p>\n<h3><strong>C\u2019est aussi bien int\u00e9ressant, la statistique<\/strong><\/h3>\n<p>Devoir attendre huit ans pour voir son projet aboutir permet \u00e0 Quetelet de s\u2019adonner \u00e0 de nouvelles activit\u00e9s. Certaines font partie de sa strat\u00e9gie de persuasion\u00a0: enseigner l\u2019astronomie et la physique dans des cours publics pour adultes, cr\u00e9er une revue scientifique belge avec son directeur de th\u00e8se, utiliser l\u2019Acad\u00e9mie pour construire des r\u00e9seaux de savants\u2026 Parmi les autres activit\u00e9s, deux disciplines nouvelles rapport\u00e9es de Paris l\u2019attirent. Il s\u2019agit en premier lieu du calcul des probabilit\u00e9s dont il appr\u00e9cie l\u2019usage dans le domaine des assurances et qui lui donne l\u2019occasion de proposer des <em>Instructions populaires sur le calcul des probabilit\u00e9s<\/em>, remarquables d\u2019un point de vue p\u00e9dagogique<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Ce petit livre est publi\u00e9 en 1828, l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 le gouvernement le nomme astronome (sans observatoire\u00a0!) et lui demande de renoncer \u00e0 ses enseignements \u00e0 l\u2019Ath\u00e9n\u00e9e.<\/p>\n<p>Il y a par ailleurs la statistique que lui a fait d\u00e9couvrir Fourier. Ce dernier lui pr\u00e9sente le docteur Louis-Ren\u00e9 Villerm\u00e9, chirurgien pendant l\u2019\u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne qui s\u2019est reconverti en s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 l\u2019hygi\u00e8ne publique avec des analyses statistiques, dont un m\u00e9moire sur les prisons qui lui a permis d\u2019\u00eatre \u00e9lu \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie de m\u00e9decine de Paris, en 1823. Quetelet se lance dans des \u00e9tudes semblables en Belgique, ce qui lui permet d\u2019ajouter une corde \u00e0 son arc.<\/p>\n<p>En 1831, Quetelet r\u00e9dige trois m\u00e9moires importants, <em>Recherches <\/em><em>sur la loi de croissance de l&rsquo;homme<\/em>, <em>Recherches <\/em><em>sur le penchant au crime aux diff\u00e9rents \u00e2ges<\/em> et <em>Recherches <\/em><em>sur le<\/em> <em>poids de l\u2019homme aux diff\u00e9rents \u00e2ges<\/em>. Ces m\u00e9moires fournissent une partie importante des mat\u00e9riaux pour un ouvrage dont l\u2019impact sera important\u00a0: <em>Sur l&rsquo;homme et le d\u00e9veloppement de ses facult\u00e9s ou Essai de physique sociale <\/em>(1835).<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes statistiques contenues dans l\u2019ouvrage de 1835 ont pour objectif \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9tudier, dans leurs effets, les causes soit naturelles soit perturbatrices qui agissent sur le d\u00e9veloppement de l\u2019homme\u00a0\u00bb. L\u2019ouvrage est divis\u00e9 en quatre parties, portant respectivement sur la population (d\u00e9mographie), l\u2019anthropom\u00e9trie (taille, poids, force), la statistique morale (suicide et penchant au crime) et la notion d\u2019homme moyen \u00ab\u00a0consid\u00e9r\u00e9 comme une fraction de l\u2019esp\u00e8ce\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0d\u00e9pouill\u00e9 de son individualit\u00e9\u00a0\u00bb, r\u00e9duit \u00e0 \u00ab\u00a0\u00eatre dans la soci\u00e9t\u00e9 l\u2019analogue du centre de gravit\u00e9 dans les corps\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quetelet a renouvel\u00e9 la statistique de l\u2019\u00e9poque en recourant \u00e0 des observations \u2013 que l\u2019on qualifierait aujourd\u2019hui de <em>donn\u00e9es num\u00e9riques<\/em> \u2013 plus ou moins nombreuses pour d\u00e9velopper ce qu\u2019on appellerait, toujours aujourd\u2019hui, des <em>mod\u00e8les<\/em>. Le calcul des probabilit\u00e9s s\u2019est impos\u00e9 \u00e0 Quetelet dans ce r\u00f4le et a contribu\u00e9 \u00e0 fonder sa <em>Physique sociale.<\/em> C\u2019est par un usage \u00e9clair\u00e9 des donn\u00e9es num\u00e9riques r\u00e9sultant de ses observations, que le calcul des probabilit\u00e9s l\u2019a conduit aux concepts de <em>statistique morale<\/em> et d\u2019<em>homme moyen<\/em><a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Ce dernier concept est le r\u00e9sultat d\u2019une assimilation audacieuse, voire abusive, entre moyenne de mesures sur des individus distincts et moyenne de mesures multiples d\u2019un m\u00eame individu. Quetelet s\u2019est permis de transposer les r\u00e9sultats de la th\u00e9orie probabiliste des erreurs du domaine des sciences physiques et astronomiques \u00e0 celui des sciences sociales. Cet appui sur la loi des grands nombres et la loi de Laplace Gauss \u2013 que Quetelet appelle \u00ab\u00a0loi de possibilit\u00e9\u00a0\u00bb \u2013 r\u00e9sulte d\u2019un coup de force (l\u2019assimilation des deux types de moyennes) mais assure une plus grande efficacit\u00e9 des statistiques \u00e0 rendre compte des r\u00e9gularit\u00e9s observ\u00e9es et permet d\u2019\u00e9tendre son r\u00f4le conjectural dans les sciences<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, ce qui est pens\u00e9 par Quetelet d\u00e8s 1835 et d\u00e9montr\u00e9 dans un autre ouvrage magistral intitul\u00e9 <em>Lettres <\/em><em>\u00e0 S.A.R. le duc r\u00e9gnant de Saxe-Cobourg et Gotha, sur la th\u00e9orie des probabilit\u00e9s, appliqu\u00e9es aux sciences morales et politiques <\/em>(1846)<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>Le point central de l\u2019analyse r\u00e9alis\u00e9e par Quetelet est la n\u00e9cessit\u00e9 de disposer de documents exacts et comparables. Cet objectif se traduit dans la Belgique ind\u00e9pendante par la cr\u00e9ation, en 1841, d\u2019une <em>Commission centrale de statistique<\/em>. Quetelet en sera le pr\u00e9sident jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort, soit pendant trente-trois ans. L\u2019une des premi\u00e8res t\u00e2ches de la commission est d\u2019\u00e9tablir le \u00ab\u00a0chiffre de la population du royaume\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En 1849, le prince consort Albert d\u2019Angleterre d\u00e9cide d\u2019organiser \u00e0 Londres une exposition universelle qui doit se tenir deux ans plus tard. Il sollicite la collaboration de son ancien professeur pour pr\u00e9parer ce grand \u00e9v\u00e9nement. En 1851, Quetelet propose \u00ab \u2026d&rsquo;inviter \u00e0 se r\u00e9unir en un congr\u00e8s de statistique universelle, en septembre 1852, \u00e0 Bruxelles, les savants des diff\u00e9rentes parties du monde qui s&rsquo;occupent de statistique, afin d&rsquo;encourager et de d\u00e9velopper les travaux qui se rapportent \u00e0 cette science et, s&rsquo;il est possible, de les coordonner par l&rsquo;adaptation de bases uniformes\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. Le congr\u00e8s conna\u00eetra neuf sessions \u00e0 partir de 1853. C\u2019est le d\u00e9but des relations entre statisticiens math\u00e9maticiens et appliqu\u00e9s. Au niveau de la France, la <em>Soci\u00e9t\u00e9 de Statistique de Paris<\/em> est cr\u00e9\u00e9e en 1860 par Michel Chevalet, Louis-Ren\u00e9 Villerm\u00e9 \u2013 un ami tr\u00e8s proche de Quetelet \u2013 accompagn\u00e9s de quelques autres fondateurs\u00a0; elle fusionnera en 1997 avec l\u2019<em>Association pour la Statistique et ses Utilisations <\/em>et la <em>Soci\u00e9t\u00e9 Statistique de France<\/em> pour cr\u00e9er la <em>Soci\u00e9t\u00e9 Fran\u00e7aise de Statistique<\/em> (SFdS)<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. Au niveau mondial, le congr\u00e8s disparait en 1876, deux ans apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de Quetelet\u00a0; son int\u00e9r\u00eat est \u00e0 l\u2019origine de la cr\u00e9ation, en 1885, de l\u2019<em>Institut International de Statistique.<\/em><\/p>\n<h3><strong>Conclusions<\/strong><\/h3>\n<p>Les audaces de Quetelet ont d\u2019abord permis \u00e0 la Belgique nouvelle de disposer d\u2019un observatoire qui s\u2019est cr\u00e9\u00e9 une place remarqu\u00e9e dans le r\u00e9seau mondial des observatoires du milieu du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Par ailleurs, le recours os\u00e9 aux outils des astronomes dans le champ des sciences sociales a permis au nouvel \u00c9tat de jouir d\u2019une cr\u00e9dibilit\u00e9 scientifique qui s\u2019est \u00e9tendue au-del\u00e0 des seuls domaines de l\u2019astronomie et de la statistique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<h3><strong>Bibliographie<\/strong><\/h3>\n<p>Armatte M. et Droesbeke J.-J., \u00ab\u00a0La probabilit\u00e9 au service de la statistique morale de Quetelet\u00a0\u00bb, in Droesbeke J.-J. (\u00e9d.), <em>Puissance et impuissance du nombre, <\/em>Bruxelles, Acad\u00e9mie royale de Belgique, Collection Transversales, 2023a.<\/p>\n<p>Armatte M. et Droesbeke J.-J., <em>Quetelet . L\u2019\u0153uvre probabiliste <\/em>(1828-1873), Paris, Collection des Classiques de l\u2019\u00e9conomie et de la population, Institut National d\u2019\u00c9tudes D\u00e9mographiques, 2023b.<\/p>\n<p>Droesbeke J.-J., \u00ab\u00a0Les racines de la Soci\u00e9t\u00e9 Fran\u00e7aise de Statistique\u00a0\u00bb, <em>Journal de la Soci\u00e9t\u00e9 Fran\u00e7aise de Statistique<\/em>, tome 146, 2005, p. 5-22.<\/p>\n<p>Droesbeke J.-J., <em>Adolphe Quetelet. <\/em><em>Passeur d\u2019id\u00e9es<\/em>, Bruxelles, Acad\u00e9mie royale de Belgique, 2021. Quetelet A., \u00ab Recherches sur la loi de la croissance de l\u2019homme \u00bb, Nouveaux m\u00e9moires de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences et belles-lettres de Bruxelles, tome 7, 1831, 35 pages + 1 planche + 1 tableau.<\/p>\n<p>Quetelet A., <em>Instructions populaires sur le calcul des probabilit\u00e9s<\/em>. Bruxelles, Tarlier, 1828.<\/p>\n<p>Quetelet A., \u00ab Recherches sur le penchant au crime aux diff\u00e9rents \u00e2ges \u00bb, <em>Nouveaux m\u00e9moires de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences et belles-lettres de Bruxelles<\/em>, tome 7, 1831, 87 pages et 3 planches.<\/p>\n<p>Quetelet A., \u00ab Recherches sur le poids de l\u2019homme aux diff\u00e9rents \u00e2ges \u00bb, <em>Nouveaux m\u00e9moires de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences et belles-lettres de Bruxelles<\/em>, tome 7, 1831, 44 pages et 2 planches.<\/p>\n<p>Quetelet A., <em>Sur l\u2019homme et le d\u00e9veloppement de ses facult\u00e9s ou Essai de physique sociale<\/em>, 2 volumes, Paris, Bachelier, 1834.<\/p>\n<p>Quetelet A., <em>Lettres \u00e0 S.A.R. le duc r\u00e9gnant de Saxe-Cobourg et Gotha, sur la th\u00e9orie des probabilit\u00e9s, appliqu\u00e9es aux sciences morales et politiques<\/em>, Bruxelles, Hayez, 1846.<\/p>\n<hr \/>\n<h3>Notes<\/h3>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Pour plus de d\u00e9tails sur cette p\u00e9riode, voir (Droesbeke, 2021).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Voir (Armatte et Droesbeke, 2023).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Voir (Armatte et Droesbeke, 2023a et b).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Voir (Armatte et Droesbeke, 2023b) pour plus de d\u00e9tails.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> <em>Ibidem.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Bulletin de la Commission Centrale de Statistique, <em>Proc\u00e8s-verbaux des s\u00e9ances<\/em>, 1853, p. 23<em>.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Voir (Droesbeke, 2005).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Adolphe Quetelet (1796-1874) est un des inconnus les plus connus du monde scientifique. Math\u00e9maticien de formation litt\u00e9raire, astronome par amour des \u00e9toiles filantes, statisticien soucieux de contribuer \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement de son pays et \u00e0 sa renomm\u00e9e internationale, cet homme a laiss\u00e9 son nom dans l\u2019Histoire gr\u00e2ce, entre autres, \u00e0 son \u00ab\u00a0homme moyen\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019indice de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":301,"featured_media":8706,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[241,18],"tags":[],"class_list":["post-8702","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire","category-statistiques","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8702","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/301"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8702"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8702\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8707,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8702\/revisions\/8707"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/8706"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8702"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8702"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8702"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}