{"id":8488,"date":"2025-01-09T07:01:36","date_gmt":"2025-01-09T06:01:36","guid":{"rendered":"https:\/\/variances.eu\/?p=8488"},"modified":"2025-01-09T07:24:33","modified_gmt":"2025-01-09T06:24:33","slug":"le-protectionnisme-colonial-et-le-developpement-economique-de-linde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=8488","title":{"rendered":"Le protectionnisme colonial et le d\u00e9veloppement \u00e9conomique de l\u2019Inde"},"content":{"rendered":"<p>La mondialisation, ces jours-ci, appara\u00eet moins heureuse dans les pays avanc\u00e9s et de multiples mesures protectionnistes se mettent en place. Essentiellement au d\u00e9triment des pays qui sont, ou qui \u00e9taient dans le cas de la Chine, en retard sur le monde occidental. D\u2019o\u00f9 cette remarque de Raghuram Rajan, ancien chef \u00e9conomiste du FMI et ancien gouverneur de la banque centrale d\u2019Inde <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/economie\/article\/2024\/12\/02\/les-prochaines-guerres-commerciales-lancees-par-donald-trump-vont-etre-bien-plus-graves_6426343_3234.html\">lors un r\u00e9cent interview<\/a><\/span><\/span>\u00a0: n\u2019est-ce pas un retour des choses\u00a0? Selon lui, les pays avanc\u00e9s ne veulent plus observer les r\u00e8gles qu\u2019ils imposaient au reste du monde lors de leur p\u00e9riode de mondialisation heureuse.<\/p>\n<p>Cette remarque stimule le besoin d\u2019aller y regarder de plus pr\u00e8s, notamment dans le cas de l\u2019Inde, un immense pays qui, \u00e0 compter du 18e si\u00e8cle, a subi le joug de la colonisation britannique.<\/p>\n<p>Deux livres formidables \u00e9crits par des auteurs indiens, aident \u00e0 y voir un peu plus clair.<\/p>\n<ul>\n<li><em><u>An economic history of early modern India<\/u><\/em>, par Tirthankar Roy, Routledge, 2013, et<\/li>\n<li><em><u>Why Europe GrewRich and Asia Did Not: Global Economic Divergence, 1600\u20131850<\/u><\/em>, par Prasannan Parthasarathi, Cambridge University Press, 2011.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les deux livres ont des points de vue partiellement oppos\u00e9s. L\u2019historiographie r\u00e9cente sur l\u2019Inde tend en effet \u00e0 opposer deux visions. Le retard d&rsquo;industrialisation est-il le produit du colonialisme, et donc le produit de causes externes, ou r\u00e9sulte-t-il de causes internes ? Allant \u00e0 l\u2019extr\u00eame, les externalistes observent que toutes les anciennes industries, qui avaient fait la r\u00e9putation de l&rsquo;Inde dans les temps anciens, ont d\u00e9clin\u00e9 sous l&rsquo;effet de la politique commerciale de la Compagnie des Indes orientales. Lorsque la reine Victoria est mont\u00e9 sur le tr\u00f4ne en 1837, l&rsquo;agriculture restait la seule industrie sur pied dans le pays, laissant \u00e0 un triste sort la vaste population des fabricants et artisans.<\/p>\n<p>Les internalistes donnent primaut\u00e9 \u00e0 des facteurs sociaux et culturels propres \u00e0 l\u2019histoire indienne. Ce sont les conventions religieuses et la stratification sociale rigide qui ont jou\u00e9 le r\u00f4le principal et qui ont emp\u00each\u00e9 un \u00e9change f\u00e9cond entre la puissance britannique, priv\u00e9e avec la English East India Company (la \u00ab\u00a0Company\u00a0\u00bb), puis publique \u00e0 compter des ann\u00e9es 1820, g\u00e2chant ainsi les chances du d\u00e9veloppement \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Le premier des auteurs cit\u00e9s est plut\u00f4t internaliste, avec de fortes critiques n\u00e9anmoins du r\u00f4le qu\u2019a jou\u00e9 l\u2019autorit\u00e9 britannique\u00a0; le second, comme le titre de son livre l\u2019indique, est davantage externaliste.<\/p>\n<h3><strong>\u00c0 grand traits<\/strong><\/h3>\n<p>Il y a peu de doutes d\u00e9sormais, et nos deux auteurs s\u2019y accordent, que le niveau de d\u00e9veloppement de l\u2019Inde au 17e si\u00e8cle \u00e9tait proche du niveau le plus avanc\u00e9 qu\u2019on trouvait en Europe d\u2019un point de vue \u00e9conomique, \u00e0 savoir l\u2019Angleterre. Dans de nombreux domaines, les techniques y \u00e9taient plus pouss\u00e9es : c\u2019est le cas de la fonderie du fer et donc des armes, dont les armes \u00e0 feu, de la construction navale et bien s\u00fbr du textile, reposant sur la fili\u00e8re coton, inconnue en Europe. En mati\u00e8re de tissage et de teinture, les artisans indiens surpassaient tout ce qu\u2019on voyait en Europe, avec leurs fameux calicots.<\/p>\n<p>La prospection maritime des Europ\u00e9ens dans l\u2019Oc\u00e9an indien et en Asie, initi\u00e9e par les Portugais, suivie par les Anglais et les Hollandais, puis enfin par les Fran\u00e7ais, avait de clairs buts commerciaux. Des comptoirs de commerce se sont install\u00e9s en Inde\u00a0: Calcutta, Bombay et Madras pour les Anglais\/Britanniques, Pondich\u00e9ry pour les Fran\u00e7ais, Cochin pour les Hollandais, Goa pour les Portugais. M\u00eame les Danois disposaient d\u2019un comptoir. Calcutta \u00e9tait de loin le plus pr\u00e9cieux parce qu\u2019install\u00e9 au milieu des riches terres du Bengale et donnant acc\u00e8s, via le Brahmapoutre et surtout le Gange aux \u00c9tats de l\u2019int\u00e9rieur. Ces comptoirs \u00e9taient \u00e0 l\u2019initiative de soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9s \u00e0 capital ouvert, levant des fonds aupr\u00e8s de riches particuliers. C\u2019est \u00e0 partir de ces comptoirs, mais aussi de l\u2019activit\u00e9 propre de marchands et armateurs indiens, que se sont formidablement d\u00e9ploy\u00e9es les exportations de textiles. Selon un commerce quadrangulaires regroupant Inde, Chine, Europe, et les c\u00f4tes africaines entre autres comme monnaie pour la traite esclavagiste.<\/p>\n<p>Politiquement, l\u2019Inde connaissait un choc majeur qui allait s\u2019\u00e9tendre sur tout le 18e si\u00e8cle, \u00e0 savoir la d\u00e9composition et la chute de l\u2019empire Moghol (fin du dernier Grand Moghol en 1707, avec le d\u00e9c\u00e8s d&rsquo;Aurangzeb<em>) <\/em>qui gouvernait tant bien que mal tout le nord de l\u2019Inde. La fragmentation politique intensifiait les conflits. Il s\u2019en est suivi un affaiblissement g\u00e9n\u00e9ral des \u00c9tats composant l\u2019empire, avec une perte de leur capacit\u00e9 fiscale, et donc de leur capacit\u00e9 de protection militaire, poussant chacun d\u2019eux \u00e0 des politiques d\u2019extorsion de leur population, de rapines et de conqu\u00eates dans les autres \u00c9tats.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8489\" src=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Image1.png\" alt=\"\" width=\"576\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Image1.png 576w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Image1-288x300.png 288w\" sizes=\"(max-width: 576px) 100vw, 576px\" \/><\/p>\n<p>Ce fut la chance des Europ\u00e9ens et surtout des Anglais. Ils b\u00e2tissaient sur leurs bouts de\u00a0 territoire une capacit\u00e9 assez efficace de lev\u00e9e d\u2019imp\u00f4t, ce qui leur donnait autonomie par rapport \u00e0 la m\u00e9tropole en Europe et assurait la s\u00e9curit\u00e9 des marchands qui affluaient pour s\u2019y prot\u00e9ger et b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019ouverture du commerce \u00e0 l\u2019international. La Company s\u2019est rapidement mise \u00e0 construire un proto-\u00c9tat au Bengale, finalement assez similaire \u00e0 ce que d\u2019autres \u00c9tats de l\u2019Inde faisait \u00e0 l\u2019\u00e9poque, avec sa propre force militaire, notamment pour contrer les menaces des autres Europ\u00e9ens. Tout ceci de fa\u00e7on autofinanc\u00e9e et en relative autonomie vis-\u00e0-vis du gouvernement britannique. Une bataille c\u00e9l\u00e8bre (Tuxar, 1764, contre des forces indiennes coalis\u00e9es et bien sup\u00e9rieures en nombre, mais peu coordonn\u00e9es) leur a permis de s\u2019assurer du contr\u00f4le du Bengale et rapidement de rendre un service de protectorat et de liens commerciaux exclusifs avec les \u00c9tats en amont du Gange, dont d\u00e9cisivement l\u2019Awadh. Cela \u00e9cartait les menaces militaires venus des Afghans et des \u00c9tats du Maratha, au centre du pays (carte). On peut dire qu\u2019apr\u00e8s cette bataille de Tuxar (et la r\u00e9pression d\u2019une r\u00e9volte majeure anti-britannique dans les ann\u00e9es 1857-58), la prise de contr\u00f4le par la Company, puis par l\u2019\u00c9tat britannique, s\u2019est faite de mani\u00e8re larv\u00e9e, par grignotage progressif, fort d\u2019une sup\u00e9riorit\u00e9 en mati\u00e8re fiscale et juridique, d\u2019app\u00e2t commercial, de simple menace militaire et d\u2019avantage financier donn\u00e9 aux soci\u00e9t\u00e9s de commerce coloniale financ\u00e9e par capitaux ouverts plut\u00f4t que sur un mode familial. M\u00eame si elle a compt\u00e9 des forbans et des pr\u00e9dateurs, c\u2019\u00e9tait en quelque sorte une conqu\u00eate \u00ab\u00a0commerciale\u00a0\u00bb, qui a su s\u2019attirer le soutien d\u2019une partie des classes marchandes et interm\u00e9diaires indiennes et qui n\u2019a pas eu le degr\u00e9 de violence qu\u2019a eu par exemple la conqu\u00eate fran\u00e7aise de l\u2019Alg\u00e9rie, qui n\u2019apportait d\u2019avantages \u00e0 aucune classe sociale du pays, sinon la domination pure et simple. Les Britanniques ont pu \u00e9galement tenir au large les autres Europ\u00e9ens et surtout les Fran\u00e7ais\u00a0: par le Trait\u00e9 de Paris de 1763 qui marquait la fin de la guerre de Sept ans et la reconnaissance par la France de l\u2019exclusivit\u00e9 britannique sur l\u2019Inde. Au fond, l\u2019empire britannique se substituait en relative douceur et assez efficacement \u00e0 l\u2019empire moghol d\u00e9faillant. \u00ab\u00a0<em>L&#8217;empire britannique en Inde n&rsquo;est pas n\u00e9 de la conqu\u00eate ou de l&rsquo;exploitation d&rsquo;une puissance faible par une puissance plus forte. Il est apparu au contraire en utilisant les faiblesses et en s&rsquo;appuyant sur les forces de l&rsquo;\u00e9conomie politique indienne de l&rsquo;\u00e9poque. La fiscalit\u00e9 \u00e9tait une faiblesse des \u00c9tats indig<\/em><em>\u00e8nes ; un monde des affaires robuste \u00e9tait leur force. La Company a r\u00e9solu le probl<\/em><em>\u00e8me de la fiscalit\u00e9 et a fait du monde des affaires son alli\u00e9.\u00a0<\/em>\u00bb (Thirthankar Roy, p. 12)<\/p>\n<p>Ce nouvel empire partageait m\u00eame certaines caract\u00e9ristiques avec l\u2019ancien. Le pouvoir moghol \u00e9tait d\u2019une nature diffuse et d\u00e9centralis\u00e9e, avec fluidit\u00e9 et m\u00eame capacit\u00e9 de contestation. Les Britanniques ont repris ce mod\u00e8le.<\/p>\n<h3><strong>Le renversement industriel<\/strong><\/h3>\n<p>Il y a eu au cours des deux si\u00e8cles commen\u00e7ant en 1700 un mouvement de bascule immense concernant l\u2019industrie textile en Inde. La premi\u00e8re phase de l\u2019implantation europ\u00e9enne a vu le d\u00e9veloppement majeur du textile, li\u00e9 au commerce quadrangulaire, qui rejaillissait sur d\u2019autres industries comme l\u2019industrie navale. Par exemple, les navires qui sortaient des chantiers indiens \u00e9taient plus \u00e9conomiques et fiables sur la dur\u00e9e que les Britanniques. Et un progressif repli \u00e0 partir de 1810, et plus rapide ensuite \u00e0 compter de la r\u00e9volution industrielle en Grande-Bretagne. Les deux historiens cit\u00e9s s\u2019accordent pour dire que ce repli n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le produit d\u2019une comp\u00e9titivit\u00e9 plus forte des manufactures de filage, de tissage, de confection et de teinture britannique permises par la m\u00e9canisation. Cela a r\u00e9sult\u00e9 d\u2019une politique protectionniste d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Au 17 et 18e si\u00e8cles, le coton indien rentrait assez librement au Royaume-Uni, pouss\u00e9 par le puissant lobby de la Company qui entendait habiller les classes ais\u00e9es du royaume avec des v\u00eatements indiens. Et ceci non sur la base d\u2019un prix plus bas, mais d\u2019une qualit\u00e9 beaucoup plus \u00e9lev\u00e9e. Des contre-lobbys sont intervenus, notamment celui des teinturiers, de sorte que seuls les v\u00eatements non teints, puis par la suite des tissus non confectionn\u00e9s, pouvaient rentrer dans le pays, laissant le public britannique avec des v\u00eatements en coton, et donc des v\u00eatements tout court, de qualit\u00e9 inf\u00e9rieure \u00e0 ce qu\u2019ils auraient plus obtenir par l\u2019importation.<\/p>\n<p>Mais avec la r\u00e9volution industrielle, il devenait possible \u00e0 l\u2019Inde de s\u2019\u00e9quiper de la m\u00eame technologie. La Company encourageait fortement ce processus, pouvant tout aussi bien vivre du commerce de machine que de celui de textile. Les Fran\u00e7ais, qui conservaient le petit territoire de Pondich\u00e9ry, avaient moins encore les scrupules des Britanniques \u00e0 construire une industrie concurrente dans le pays. Ils firent de Pondich\u00e9ry une place tout \u00e0 fait avanc\u00e9e en mati\u00e8re de confection textile. Le m\u00eame processus de m\u00e9canisation a concern\u00e9 aussi l\u2019industrie navale.<\/p>\n<p>Le couvercle est rapidement tomb\u00e9 avec la progressive dissolution de la Company au profit du <em>direct rule<\/em> de l\u2019\u00c9tat britannique. Vers 1820, la Company avait mis fin \u00e0 son commerce de tissus et ferm\u00e9 le r\u00e9seau d&rsquo;usines indiennes qui achetaient des cotons indiens depuis pr\u00e8s de deux si\u00e8cles. M\u00eame processus s\u2019agissant de l\u2019industrie m\u00e9canique et navale. En fait, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1730, la Company faisait construire des navires en Inde, d&rsquo;abord pour son commerce en Asie, puis pour les passages vers l&rsquo;Europe. \u00c0 la fin du 18e si\u00e8cle, m\u00eame l\u2019Amiraut\u00e9 britannique commandait des navires de guerre aux chantiers navals indiens, y compris non contr\u00f4l\u00e9s directement par la Company, preuve des comp\u00e9tences techniques indiennes. Les lobbys britanniques ont habillement fait valoir le ch\u00f4mage qui allait frapper les charpentiers anglais \u00ab\u00a0certainement r\u00e9duits \u00e0 la famine \u00bb tant qu\u2019on ne bloquerait pas cette concurrence indienne forc\u00e9ment \u00ab\u00a0d\u00e9loyale\u00a0\u00bb. Le Parlement s\u2019est pli\u00e9 \u00e0 ces pressions et a adopt\u00e9 en 1815 le Registry Act, qui imposait un droit de douane de 15 % sur toute marchandise import\u00e9e dans des navires construits en Inde. M\u00eame restriction dans l\u2019emploi de marins indiens. C\u2019\u00e9tait la fin de l\u2019industrie navale indienne.<\/p>\n<p>Sur le textile, le Royaume-Uni ne se contentait pas d\u2019imposer des droits \u00e0 l\u2019entr\u00e9e des marchandises venues d\u2019Inde\u00a0; il promouvait l\u2019importation de ses propres textiles. \u00c0 compter de 1813, les v\u00eatements faits localement au Bengale supportait un droit de 15% quand ils \u00e9taient commercialis\u00e9s dans les grandes villes du Bengale et dans d\u2019autres r\u00e9gions. Pour ceux venus de Grande-Bretagne, la taxe \u00e0 l\u2019importation \u00e9tait limit\u00e9e \u00e0 2,5%. M\u00eame chose dans le reste de l\u2019empire britannique, Ceylan, Afrique du sud ou Australie\u00a0: droits \u00e0 10% pour les marchandises indiennes, r\u00e9duits \u00e0 3 ou 4% pour les britanniques.<\/p>\n<p>Il est frappant de relever que ce d\u00e9but du 19e si\u00e8cle \u00e9tait propice en Grande-Bretagne au d\u00e9bat sur le protectionnisme, qui allait conduire aux fameuses Corn Laws de 1850, sous l\u2019influence d\u2019un courant lib\u00e9ral (Ricardo notamment) favorable \u00e0 l\u2019industrie. On voulait supprimer les droits de douane sur les c\u00e9r\u00e9ales, pour baisser le co\u00fbt du panier de consommation des ouvriers anglais et donc leurs salaires nominaux et ainsi d\u00e9velopper la comp\u00e9titivit\u00e9 de l\u2019industrie. Mais ce lib\u00e9ralisme pro-\u00e9changiste n\u2019allait pas jusqu\u2019aux biens industriels qu\u2019on prot\u00e9geait davantage au contraire.<\/p>\n<p>On a ainsi le contraste entre une Inde pr\u00e9coloniale dont les technicit\u00e9s pouvaient se comparer aux europ\u00e9ennes et ce qui a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 \u00e0 compter du 19e si\u00e8cle. Le niveau des connaissances locales aurait ais\u00e9ment pu favoriser un d\u00e9veloppement \u00e9conomique important, par transferts, y compris crois\u00e9s, de technologie. Et, en un si\u00e8cle, tous ces savoir-faire locaux se sont perdus, rendant beaucoup plus difficile un d\u00e9collage industriel dans les pays. Les politiques \u00e9ducatives suivies par l\u2019autorit\u00e9 britannique n\u2019allaient pas non plus dans le sens de l\u2019acquisition de savoir-faire techniques.<\/p>\n<p>Certains historiens \u00ab\u00a0internalistes\u00a0\u00bb \u00e9voquent souvent le r\u00e9gime de castes comme blocage aux changements sociaux. Le paradoxe est, indique la recherche plus r\u00e9cente, que c\u2019est \u00e0 partir du 19e si\u00e8cle qu\u2019on observe une application plus stricte de ce r\u00e9gime , peut-\u00eatre comme forme de r\u00e9action collective des classes nanties \u00e0 un cadre\u00a0 social plus frustrant parce que chapeaut\u00e9 par l\u2019autorit\u00e9 coloniale. Il s\u2019assimilait davantage dans les si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents au syst\u00e8me des guildes de l\u2019Ancien r\u00e9gime en Europe.<\/p>\n<p>Ainsi, on peut presque sugg\u00e9rer, en faisant hasardeusement de l\u2019histoire contrefactuelle, que si la grande r\u00e9bellion antibritannique de 1857 avait r\u00e9ussi \u2013 elle n\u2019avait aucune chance \u2013, l\u2019Inde arrivant alors \u00e0 se d\u00e9barrasser de la tutelle britannique, on aurait pu voir \u00e9merger au 19e si\u00e8cle et non \u00e0 la fin du 20e si\u00e8cle avec les pays d\u2019Extr\u00eame-Orient, une grande puissance industrielle en Inde, forte de son savoir-faire et d\u2019une main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e. L\u2019Inde aurait suivi la voie qu\u2019ont suivie les \u00c9tats-Unis \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, puissance \u00e9galement \u00e9mergente mais lib\u00e9r\u00e9e de la tutelle europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Revenant alors sur la nature de la colonisation britannique, oui, elle a \u00e9t\u00e9 peu violente au regard d\u2019autres processus de colonisation (dont celle des Am\u00e9riques). Mais sur la dur\u00e9e, sa violence a \u00e9t\u00e9 d\u2019ordre \u00e9conomique et sociale, en \u00e9touffant les possibilit\u00e9s d\u2019un d\u00e9veloppement endog\u00e8ne du pays. Les choses se retournent aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Car, revenant au protectionnisme, d\u00e9cid\u00e9ment une id\u00e9ologie de gagnant, les pays \u00e9mergents sont plus favorables au libre-\u00e9change parce qu\u2019ils sont devenus bien plus comp\u00e9titifs, poursuit Raghuram Rajan cit\u00e9 en d\u00e9but de ce texte. Vendre de grandes quantit\u00e9s de produits, \u00ab\u00a0<em>\u00e7a fonctionne dans les deux sens. Mais croire que vous pouvez garder tous vos avantages sans rien changer, alors, l\u00e0, c<\/em><em>\u2019est trop. Vous ne pouvez pas vouloir qu<\/em><em>\u2019un travailleur non qualifi\u00e9 en France ou en Allemagne s<\/em><em>\u2019en sorte mieux qu<\/em><em>\u2019un travailleur qualifi\u00e9 en Chine ou en Inde, ce n<\/em><em>\u2019est pas raisonnable. Le monde change et il faut que l<\/em><em>\u2019Occident en prenne conscience.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Mots-cl\u00e9s : Inde &#8211; Empire britannique &#8211; Coton &#8211; Protectionni<wbr \/>sme &#8211; Colonialisme<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La mondialisation, ces jours-ci, appara\u00eet moins heureuse dans les pays avanc\u00e9s et de multiples mesures protectionnistes se mettent en place. Essentiellement au d\u00e9triment des pays qui sont, ou qui \u00e9taient dans le cas de la Chine, en retard sur le monde occidental. D\u2019o\u00f9 cette remarque de Raghuram Rajan, ancien chef \u00e9conomiste du FMI et ancien [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":39,"featured_media":8491,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[220],"tags":[],"class_list":["post-8488","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-mondialisation","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8488","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/39"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8488"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8488\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8490,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8488\/revisions\/8490"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/8491"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8488"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8488"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8488"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}