{"id":8182,"date":"2024-07-11T07:47:21","date_gmt":"2024-07-11T05:47:21","guid":{"rendered":"https:\/\/variances.eu\/?p=8182"},"modified":"2024-07-11T07:47:21","modified_gmt":"2024-07-11T05:47:21","slug":"la-france-en-parcelles-partie-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=8182","title":{"rendered":"La France en parcelles &#8211; Partie 2"},"content":{"rendered":"<p><em>Cet article a \u00e9t\u00e9 initialement publi\u00e9 <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/jackyfayolle.net\/2024\/06\/24\/la-france-en-parcelles\/\">sur le site de l\u2019auteur<\/a><\/span><\/span>.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><em>La <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/variances.eu\/?p=8180\">premi\u00e8re partie de ce texte<\/a><\/span><\/span> situait la transformation des dynamiques territoriales au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies dans la longue p\u00e9riode qui a construit l\u2019unit\u00e9 fran\u00e7aise et synth\u00e9tisait les caract\u00e9ristiques de cette transformation.<\/em><\/p>\n<h3><strong>Territoires productifs, territoires r\u00e9sidentiels, une partition soutenable\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>Laurent Davezies, dans un livre publi\u00e9 en 2012, a utilis\u00e9 deux crit\u00e8res \u2013 la d\u00e9pendance du revenu disponible brut des m\u00e9nages par rapport aux ressources non marchandes, la dynamique nette des emplois au cours des ann\u00e9es 2000 \u2013 pour proposer une partition suggestive du territoire fran\u00e7ais en quatre types de territoires, en fonction de la dominante marchande ou non marchande de leur \u00e9conomie et de leur situation dynamique ou en difficult\u00e9<a href=\"https:\/\/jackyfayolle.net\/la-france-en-parcelles\/#_ftn7\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Une vision instantan\u00e9e et statique pourrait sembler rassurante : 20% de la population\u00a0\u2013\u00a0ce qui est d\u00e9j\u00e0 beaucoup mais reste minoritaire \u2013 vit dans les territoires en difficult\u00e9, et au sein de ces 20%, 8% dans ceux \u00e0 dominante marchande (les territoires soumis \u00e0 restructuration industrielle et ne disposant que d\u2019une main d\u2019\u0153uvre m\u00e9diocrement qualifi\u00e9e) et 12% dans ceux \u00e0 dominante non marchande (qui peuvent \u00eatre \u00ab l\u2019avenir \u00bb des pr\u00e9c\u00e9dents lorsque les licenci\u00e9s d\u2019hier deviennent les retrait\u00e9s modestes d\u2019aujourd\u2019hui). 80% de la population vit dans la France des territoires dynamiques, de type marchand et productif (36%) et de type non marchand (44%). Ce dernier groupe de territoires, le plus important en termes de population, constitue \u00ab l\u2019\u00e9conomie r\u00e9sidentielle \u00bb qui tire largement ses ressources de la redistribution publique normale (par exemple les pensions vers\u00e9es aux retrait\u00e9s qui vont s\u2019installer au soleil ou au vert) et qui b\u00e9n\u00e9ficie donc aussi des stabilisateurs automatiques en temps de r\u00e9cession. La prosp\u00e9rit\u00e9 de ces territoires r\u00e9sidentiels est assise sur la redistribution publique, elle offre des march\u00e9s et des opportunit\u00e9s attractives aux entreprises (par exemple dans le domaine de la sant\u00e9). De pair avec leurs ressources de tous ordres, ce sont des territoires accueillants pour les individus et les entreprises\u2026 tant que la redistribution publique assure cette prosp\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais cette prosp\u00e9rit\u00e9 est-elle durable si la coupure s\u2019aggrave avec les territoires productifs plus directement expos\u00e9s \u00e0 la concurrence internationale ? A la fois la duret\u00e9 de l\u2019exigence comp\u00e9titive et les contraintes pesant sur la redistribution publique peuvent menacer l\u2019\u00e9quilibre qui s\u2019est \u00e9tabli dans les d\u00e9cennies r\u00e9centes entre la \u00ab France productive \u00bb, source de croissance, et la \u00ab France r\u00e9sidentielle \u00bb, plus h\u00e9doniste: ne compter, pour l\u2019avenir, que sur les actuels facteurs d\u2019attractivit\u00e9 de la seconde pourrait s\u2019av\u00e9rer un calcul \u00e0 courte vue.<\/p>\n<p>Dans un ouvrage ult\u00e9rieur publi\u00e9 en 2019, Laurent Davezies rel\u00e8ve la tension croissante entre la concentration m\u00e9tropolitaine du syst\u00e8me productif et la diminution tendancielle des in\u00e9galit\u00e9s inter-r\u00e9gionales de revenu, gr\u00e2ce au soutien de l\u2019Etat, mais au prix du d\u00e9ficit et de l\u2019endettement publics<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. La crise de 2008-2009, ses s\u00e9quelles et ses r\u00e9pliques, ont contribu\u00e9 \u00e0 renforcer cette tension, en constituant un choc persistant sur les secteurs et les territoires d\u00e9j\u00e0 vuln\u00e9rables, y compris certaines grandes villes\u00a0: il y a \u00ab\u00a0concentration dans la concentration\u00a0\u00bb, en mati\u00e8re de cr\u00e9ation de valeur ajout\u00e9e et d\u2019emplois, au profit d\u2019un nombre restreint de m\u00e9tropoles, et de leurs centres, qui accaparent, en les agglom\u00e9rant, les activit\u00e9s industrielles et servicielles de haute technologie. Dans les territoires et les villes restant \u00e0 l\u2019\u00e9cart de cette dynamique \u00e9conomique, voire franchement p\u00e9nalis\u00e9s, les transferts publics et priv\u00e9s (les retraites, les salaires publics, les salaires priv\u00e9s des \u00ab\u00a0navetteurs\u00a0\u00bb, le tourisme, etc.) soutiennent l\u2019\u00e9conomie r\u00e9sidentielle, sans que pour autant une v\u00e9ritable \u00e9galit\u00e9 territoriale soit garantie, d\u00e8s lors que ces transferts se r\u00e9partissent sur de larges zones, bien moins denses que les m\u00e9tropoles. L\u2019in\u00e9galit\u00e9 inter-territoriale des revenus disponibles, apr\u00e8s redistribution, est contenue comparativement \u00e0 celle, croissante, des revenus primaires d\u2019activit\u00e9. Mais l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des services cruciaux, comme ceux de sant\u00e9, s\u2019av\u00e8re davantage in\u00e9galitaire.<\/p>\n<p>L\u2019Etat central reste le niveau pertinent de gestion des solidarit\u00e9s et de r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s. Mais si la capacit\u00e9 de la redistribution publique s\u2019\u00e9rode et si la difficult\u00e9 \u00e0 satisfaire les multiples int\u00e9r\u00eats sectoriels s\u2019accroit, a fortiori avec le retour \u00e0 la normale apr\u00e8s l\u2019\u00e9pisode exceptionnel du \u00ab\u00a0quoi qu\u2019il en co\u00fbte\u00a0\u00bb face \u00e0 la crise sanitaire, il en d\u00e9coule des arbitrages difficiles qui ne sont pas neutres \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00e9quilibres territoriaux. Baisser les d\u00e9penses publiques affecte plus directement les r\u00e9gions qui en d\u00e9pendent, augmenter les imp\u00f4ts p\u00e8se davantage sur les revenus primaires distribu\u00e9s en Ile de France et dans les grandes m\u00e9tropoles. La tol\u00e9rance \u00e0 la mondialisation, via la mutualisation publique implicite des risques, s\u2019effrite.<\/p>\n<p>Le redressement productif ne peut \u00eatre uniquement concentr\u00e9 dans les m\u00e9tropoles. Il suppose certes le renforcement de l\u2019attractivit\u00e9 des territoires marchands et productifs envers des activit\u00e9s \u00e0 haute valeur ajout\u00e9e, de nature industrielle comme servicielle, qui nourrissent la distribution primaire et secondaire des revenus en direction des m\u00e9nages et des collectivit\u00e9s publiques. Dans les territoires productifs globalement menac\u00e9s, la pr\u00e9sence de m\u00e9tropoles actives peut \u00eatre source d\u2019entra\u00eenement (Lille pour le Nord par exemple). L\u2019assise territoriale du redressement productif a deux piliers\u00a0: la capacit\u00e9 d\u2019action autonome de chaque territoire, mobilisant ses ressources de proximit\u00e9\u00a0; sa connexion \u00e0 une dynamique r\u00e9gionale et nationale misant sur les compl\u00e9mentarit\u00e9s ente territoires.<\/p>\n<h3><strong>Autonomie et connexion\u00a0: vers la m\u00e9tropole en r\u00e9seau ?<\/strong><\/h3>\n<p>Les derni\u00e8res d\u00e9cennies ont vu l\u2019affirmation des zones m\u00e9tropolitaines dans la dynamique de croissance. Si l\u2019\u00cele-de-France reste la r\u00e9gion leader, sa domination est moins unilat\u00e9rale : elle souffre, comparativement \u00e0 d\u2019autres m\u00e9tropoles r\u00e9gionales, de maux structurels mal trait\u00e9s (le logement, les transports, la congestion), en d\u00e9pit des efforts d\u2019investissement en cours sur l\u2019aire du grand Paris. Depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es, une redistribution productive s\u2019est op\u00e9r\u00e9e en direction des autres m\u00e9tropoles majeures, source de r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s entre grandes r\u00e9gions. La polarisation m\u00e9tropolitaine de la croissance a cependant partout des cons\u00e9quences, comme l\u2019\u00e9talement urbain, dont la soutenabilit\u00e9 sociale et \u00e9cologique fait probl\u00e8me. La dynamique de cette polarisation repose avant tout sur la capacit\u00e9 des foyers m\u00e9tropolitains \u00e0 rassembler une offre de comp\u00e9tences attractive pour les entreprises. Cette attractivit\u00e9 s\u2019appr\u00e9cie \u00e0 un niveau suffisamment fin : les diff\u00e9rences, dans le profil des qualifications disponibles, s\u2019att\u00e9nuent plut\u00f4t entre les grandes r\u00e9gions tandis qu\u2019elles peuvent se renforcer lorsque les territoires sont examin\u00e9s en haute r\u00e9solution. Le territoire performant sera plut\u00f4t un territoire pas trop sp\u00e9cialis\u00e9, apte \u00e0 accueillir une vari\u00e9t\u00e9 d\u2019activit\u00e9s et \u00e0 favoriser, via notamment les comp\u00e9tences disponibles, des synergies parfois inattendues entre elles.<\/p>\n<p>A cette polarisation m\u00e9tropolitaine des foyers de croissance, s\u2019ajoute \u2013 sur un mode plus prospectif \u2013 la constitution du territoire national comme \u00ab m\u00e9tropole en r\u00e9seau \u00bb, id\u00e9e ch\u00e8re \u00e0 Pierre Veltz (\u00ab l\u2019\u00e9quivalent fran\u00e7ais de Shanghai et de Sao Paulo, ce n\u2019est pas Paris, c\u2019est la France \u00bb). L\u2019effet TGV n\u2019est pas le moindre facteur de cette constitution, qui repose sur une armature logistique permettant une connexion fluide des foyers m\u00e9tropolitains. La capacit\u00e9 d\u2019une ville ou d\u2019une r\u00e9gion urbaine \u00e0 \u00eatre partie prenante active de ce r\u00e9seau m\u00e9tropolitain conditionne son attractivit\u00e9. La domination parisienne ne serait plus le probl\u00e8me de l\u2019heure : il s\u2019agit d\u2019assumer le territoire fran\u00e7ais comme une \u00ab m\u00e9tropole distribu\u00e9e \u00bb, en jouant les compl\u00e9mentarit\u00e9s et les synergies. Les atouts parisiens sont de l\u2019ordre du bien collectif. Mais ce peut encore \u00eatre de l\u2019ordre de l\u2019incantation lorsque de grandes villes, hors r\u00e9seau TGV, souffrent de liaisons ferroviaires d\u00e9faillantes (le cas de Clermont-Ferrand est typique).<\/p>\n<p>Si cette mani\u00e8re de concevoir le devenir du territoire national reste encore m\u00e9taphorique, ce serait parce que les institutions ne sont pas \u00e0 la hauteur de cette transformation qui s\u2019affirme pourtant dans les faits et les comportements. L\u2019\u00e9miettement des pouvoirs et la s\u00e9dimentation des instances, qu\u2019il s\u2019agisse de la France dans son ensemble ou de la seule r\u00e9gion parisienne, nourrissent les d\u00e9faillances urbaines. Cette immaturit\u00e9 institutionnelle mine la clart\u00e9 et la port\u00e9e des politiques d\u2019attractivit\u00e9. La r\u00e9organisation institutionnelle autour de grandes agglom\u00e9rations plus d\u00e9mocratiquement et efficacement g\u00e9r\u00e9es et de r\u00e9gions dot\u00e9es de pouvoirs v\u00e9ritablement op\u00e9rationnels para\u00eet une orientation raisonnable, dont la faisabilit\u00e9 politique est ind\u00e9termin\u00e9e \u00e0 horizon tangible. Le red\u00e9coupage des r\u00e9gions en 2015, fruit de marchandages \u00e0 l\u2019emporte-pi\u00e8ce, semble avoir cr\u00e9\u00e9 des g\u00e9ants impotents : on est encore loin de la capacit\u00e9 politique des\u00a0<em>L\u00e4nder<\/em>\u00a0allemands.<\/p>\n<p>La vuln\u00e9rabilit\u00e9 comp\u00e9titive affecte particuli\u00e8rement les entreprises commercialisant des produits standardis\u00e9s, ais\u00e9ment substituables, m\u00eame lorsqu\u2019elles b\u00e9n\u00e9ficient un temps d\u2019un avantage concurrentiel. Les territoires qui d\u00e9pendent de ces entreprises sont aussi rendus vuln\u00e9rables, notamment lorsque les activit\u00e9s sont intensives en main d\u2019\u0153uvre. C\u2019est le cas pour les vieux territoires industriels d\u00e9clinants mais aussi pour des territoires d\u2019industrialisation plus r\u00e9cente : pour prendre un exemple \u00e9tranger, le changement rapide des rapports de force concurrentiels dans l\u2019industrie moderne des t\u00e9l\u00e9communications a produit la ruine de l\u2019ex-leader Nokia, qui a affect\u00e9 tr\u00e8s directement ses sites industriels et leurs territoires d\u2019implantation en Finlande. \u00ab Ce ne sont plus les gros qui \u00e9crasent les petits, mais les rapides qui \u00e9vincent les lents \u00bb (Pierre Veltz). En Bretagne, le territoire de Lannion est typique de ces \u00e9volutions r\u00e9centes.<\/p>\n<p>L\u2019agilit\u00e9 productive et marchande, la capacit\u00e9 d\u2019apprentissage rapide, l\u2019aptitude \u00e0 la relation de service, l\u2019adaptabilit\u00e9 \u00e0 la demande et \u00e0 sa vari\u00e9t\u00e9 font partie des avantages dont peut se pr\u00e9valoir une entreprise dans les conditions concurrentielles d\u2019une \u00e9conomie mondialis\u00e9e et num\u00e9ris\u00e9e. La combinaison avec la mobilisation de ressources durables issues du territoire, les comp\u00e9tences en premier lieu, peut fonder la p\u00e9rennit\u00e9 du succ\u00e8s territorial. Mais ce couplage d\u2019un territoire et d\u2019une entreprise est plus contingent que ne l\u2019\u00e9tait la dynamique spatiale des vagues d\u2019industrialisation ant\u00e9rieures, qu\u2019elle soit li\u00e9e \u00e0 la disponibilit\u00e9 de mati\u00e8res premi\u00e8res et \u00e9nerg\u00e9tiques et \u00e0 l\u2019int\u00e9gration verticale (du charbon \u00e0 l\u2019acier, \u00e0 Saint-Etienne ou au Creusot) ou au volontarisme politique (le textile \u00e0 Lodz, l\u2019a\u00e9ronautique \u00e0 Toulouse, les t\u00e9l\u00e9com \u00e0 Lannion,\u2026). Ce couplage n\u2019est bien s\u00fbr pas un pur al\u00e9a, mais il est param\u00e9tr\u00e9 par certaines variables \u2013 par exemple le poids des op\u00e9rations en face \u00e0 face dans les processus productifs \u2013 dont la ma\u00eetrise rel\u00e8ve davantage des comp\u00e9tences techniques et relationnelles directement incorpor\u00e9es aux acteurs industriels eux-m\u00eames : ceux-ci pourraient les exercer ici comme ailleurs. Le territoire imaginatif saura donc entretenir les effets positifs d\u2019agglom\u00e9ration (la connexion ais\u00e9e et fructueuse avec les centres de R&amp;D et avec les p\u00f4les de comp\u00e9titivit\u00e9, par exemple) pour fid\u00e9liser l\u2019entreprise par des co\u00fbts de sortie dissuasifs, tout en respectant sa libert\u00e9 d\u2019\u00e9tablissement. Le d\u00e9terminisme des dynamiques territoriales est affaibli mais cette contingence est aussi cr\u00e9atrice d\u2019incertitude sur la place du territoire dans les r\u00e9seaux productifs. Et cette incertitude est dure \u00e0 vivre<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>La morphologie flexible des r\u00e9seaux professionnels et des chaines de valeur articule diff\u00e9rentes fonctions et segments, dont la logique de localisation n\u2019est pas uniforme. Les op\u00e9rations routini\u00e8res sont ais\u00e9ment d\u00e9localisables, celles dont l\u2019efficacit\u00e9 repose sur la qualit\u00e9 de la communication de proximit\u00e9 entre des interlocuteurs sont plus sensibles au choix pertinent de la localisation et aux co\u00fbts de sortie. La cha\u00eene de valeur combine des fonctions centralis\u00e9es et des segments d\u00e9localisables, si bien que la ma\u00eetrise logistique joue un r\u00f4le clef pour sa coh\u00e9rence d\u2019ensemble. Le facteur co\u00fbt propre \u00e0 chaque segment productif est un argument fort mais partiel pour le choix de sa localisation. Les logiques organisationnelles p\u00e8sent lourd pour d\u00e9cider de la comp\u00e9titivit\u00e9 des syst\u00e8mes de production et d\u2019\u00e9change que mettent en \u0153uvre les entreprises internationalis\u00e9es : les erreurs et d\u00e9ceptions associ\u00e9es aux choix de localisation font partie des risques, lorsque ces logiques sont d\u00e9faillantes.<\/p>\n<p>La capacit\u00e9 \u00e0 capter et fixer les segments strat\u00e9giques de certaines chaines de valeur, et \u00e0 ne pas seulement accueillir des implantations r\u00e9versibles, est un crit\u00e8re discriminant entre des territoires dont les dynamiques peuvent diverger \u00e0 long terme, au vu de la qualit\u00e9 et de la solidit\u00e9 des implantations qu\u2019ils accueillent : la croissance pr\u00e9caire et r\u00e9versible n\u2019est pas le d\u00e9veloppement endog\u00e8ne et cumulatif. On pourrait attendre des politiques publiques qu\u2019elles aident \u00e0 passer de l\u2019attractivit\u00e9 \u00e0 ce d\u00e9veloppement endog\u00e8ne, en incitant \u00e0 la cr\u00e9ation de ressources durables et accessibles.<\/p>\n<p>L\u2019hypoth\u00e8se de la m\u00e9tropole en r\u00e9seau, dont Pierre Veltz per\u00e7oit la gestation dans la dynamique g\u00e9ographique fran\u00e7aise, peut \u00eatre cependant suspect\u00e9e d\u2019une tentation ir\u00e9nique, lorsqu\u2019on la met en regard des forces fractales qui parcellisent la g\u00e9ographie \u00e9conomique et sociale\u00a0: entre les axes du r\u00e9seau, les trous noirs. Pour prendre consistance, \u00eatre plus qu\u2019une m\u00e9taphore mobilisatrice et constituer un v\u00e9ritable d\u00e9passement de la tendance \u00e0 la fractalisation par un effet d\u2019entrainement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 des territoires, cette hypoth\u00e8se n\u00e9cessite des conditions de r\u00e9alisation, politiques et institutionnelles, qui sont aujourd\u2019hui loin d\u2019\u00eatre r\u00e9unies. Dans leur parcours impressionniste de la France d\u2019aujourd\u2019hui, cartes en main, J\u00e9r\u00f4me Fourquet et Jean-Laurent Cassely proposent une approche certes moins syst\u00e9mique que celle des auteurs privil\u00e9gi\u00e9s dans cette note mais se montrent tr\u00e8s attentifs \u00e0 la mani\u00e8re dont les habitants vivent ces mutations<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Et c\u2019est \u00e9videmment un param\u00e8tre-clef, qui retentit sur le devenir de ces mutations elles-m\u00eames\u00a0: quand le vide productif est combl\u00e9 par les lotissements r\u00e9sidentiels, les\u00a0centres commerciaux, les entrep\u00f4ts logistiques, les parcs d\u2019attraction, au prix de r\u00e9gressions paysag\u00e8res et m\u00eame si c\u2019est avec un acc\u00e8s ais\u00e9 au r\u00e9seau autoroutier, ces activit\u00e9s drainent des flux de personnes et de marchandises, mais il n\u2019est pas s\u00fbr que les habitants s\u2019en trouvent plus ma\u00eetres du destin de leur territoire. Ils les vivent, quelque part entre l\u2019adaptation oblig\u00e9e \u00e0 des changements qui leur \u00e9chappent et l\u2019investissement dans des modes de vie qui leur conviennent, sans vraiment participer au pilotage de ces mutations. Pourtant, il ne manque pas aujourd\u2019hui d\u2019outils de conduite technocratique de ces mutations, comme les sch\u00e9mas territoriaux multiples et parfois redondants \u00e9labor\u00e9s au sein des instances politiques superpos\u00e9es, avec recours intensif aux cabinets-conseil. Et ce n\u2019est pas qu\u2019une affaire de formalisme d\u00e9mocratique\u00a0: pour que les ressources territoriales soient davantage mobilis\u00e9es au service d\u2019un d\u00e9veloppement endog\u00e8ne, couplant l\u2019initiative autonome et la connexion au monde, il faudra bien que les habitants, en pleine citoyennet\u00e9, en soient davantage partie prenante.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Mots-cl\u00e9s : Territoires &#8211; France &#8211; M\u00e9tropole &#8211; R\u00e9seau &#8211; Veltz &#8211; Davezies<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Laurent Davezies,\u00a0<em>La crise qui vient, la nouvelle fracture territoriale<\/em>, La R\u00e9publique des id\u00e9es, Seuil, 2012.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Laurent Davezies,\u00a0<em>L\u2019Etat a toujours soutenu ses territoires<\/em>, La R\u00e9publique des id\u00e9es, Seuil, 2019.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Ces \u00e9volutions ne sont \u00e9videmment pas propres \u00e0 la France. Elles se retrouvent,\u00a0<em>mutatis mutandis<\/em>\u00a0en fonction de la g\u00e9ographie, de l\u2019histoire et des institutions, dans d\u2019autres pays industrialis\u00e9s, \u00e0 commencer par les Etats-Unis. Voir \u00e0 cet \u00e9gard le passionnant ouvrage d\u2019Enrico Moretti, professeur \u00e0 Berkeley,\u00a0<em>The New Geography of Jobs<\/em>, Mariner Books, 2013. Sa th\u00e8se centrale pourrait \u00eatre r\u00e9sum\u00e9e comme suit : l\u2019\u00e9conomie contemporaine de la connaissance et de l\u2019innovation\u00a0 d\u00e9veloppe des forces d\u2019agglom\u00e9ration et d\u2019attraction in\u00e9dites qui concentrent localement les activit\u00e9s et les comp\u00e9tences et qui suscitent des divergences grandissantes entre territoires, avec des cons\u00e9quences lourdes pour la coh\u00e9sion \u00e9conomique et sociale de la nation qui les rassemble. Enrico Moretti ne se contente pas d\u2019observer et d\u2019analyser les processus en jeu, mais en tire des principes de politique publique. Pour une lecture plus compl\u00e8te de cet ouvrage, voir Jacky Fayolle, \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/jackyfayolle.net\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/b14_blog_72_pdf.pdf\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\">La nouvelle g\u00e9ographie des emplois<\/span><\/span>\u00a0<\/a>\u00bb, 2014.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> J\u00e9r\u00f4me Fourquet, Jean-Laurent Cassely,\u00a0<em>La France sous nos yeux. Economie, paysages, nouveaux modes de vie<\/em>, Seuil, 2021.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article a \u00e9t\u00e9 initialement publi\u00e9 sur le site de l\u2019auteur. La premi\u00e8re partie de ce texte situait la transformation des dynamiques territoriales au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies dans la longue p\u00e9riode qui a construit l\u2019unit\u00e9 fran\u00e7aise et synth\u00e9tisait les caract\u00e9ristiques de cette transformation. Territoires productifs, territoires r\u00e9sidentiels, une partition soutenable\u00a0? 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