{"id":8099,"date":"2024-10-28T07:02:33","date_gmt":"2024-10-28T06:02:33","guid":{"rendered":"https:\/\/variances.eu\/?p=8099"},"modified":"2024-10-28T07:54:34","modified_gmt":"2024-10-28T06:54:34","slug":"lenergie-dans-lhistoire-longue-des-societes-humaines-et-sa-contribution-a-la-lutte-contre-le-dereglement-climatique-et-pour-la-preservation-de-la-biodiversite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=8099","title":{"rendered":"L\u2019\u00e9nergie dans l\u2019histoire longue des soci\u00e9t\u00e9s humaines, et sa contribution \u00e0 la lutte contre le d\u00e9r\u00e8glement climatique et pour la pr\u00e9servation de la biodiversit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Le 7 mars 2024, ENSAE Alumni a re\u00e7u Jean-Paul Bouttes, auteur avec Dominique Bourg, philosophe de l\u2019environnement, du livre \u00ab\u00a0Energie\u00a0\u00bb <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.puf.com\/energie\">paru chez PUF<\/a><\/span>, pour un dialogue sur l\u2019\u00e9nergie. <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Jean-Paul Bouttes, X et ENSAE 1982, est ancien professeur d&rsquo;\u00e9conomie \u00e0 l&rsquo;Ecole Polytechnique, ancien membre du Comit\u00e9 des Etudes du Conseil Mondial de l\u2019Energie et ancien directeur de la strat\u00e9gie et de la prospective d&rsquo;EDF.<\/p>\n<p>Il est intervenu dans les instances nationales et internationales sur l&rsquo;ouverture des r\u00e9seaux dans les ann\u00e9es 90, dans les d\u00e9bats sur le Climat dans les ann\u00e9es 2000 et, plus r\u00e9cemment, dans les d\u00e9bats sur la transition \u00e9nerg\u00e9tique et l&rsquo;\u00e9cologie. Sur ces diff\u00e9rentes th\u00e9matiques, il a port\u00e9 la feuille de route des \u00e9lectriciens. Il a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;un des instigateurs de la Chaire D\u00e9veloppement Durable, premi\u00e8re chaire de l&rsquo;Ecole Polytechnique.<\/p>\n<p>Toutes ces exp\u00e9riences nourrissent le livre \u00ab\u00a0Energie\u00a0\u00bb paru chez PUF.<\/p>\n<p><strong>Variances : Quelles ont \u00e9t\u00e9 tes motivations pour \u00e9crire ce livre\u00a0<\/strong><strong>?<\/strong><\/p>\n<p>Le sujet \u00e9nergie et climat, comme celui de la transition \u00e9nerg\u00e9tique, suscitent des d\u00e9bats passionn\u00e9s. Les lecteurs potentiels ne savent pas forc\u00e9ment quels sont les sujets qui font consensus et sur quoi portent les sujets de divergence. Un des objectifs du livre est de poser les bases d&rsquo;un d\u00e9bat inform\u00e9 et de recentrer le d\u00e9bat sur les \u00ab\u00a0bons\u00a0\u00bb sujets, de clarifier les points d&rsquo;accord et de d\u00e9saccord sur le sujet de l\u2019\u00e9nergie, ce qui suppose de partager les donn\u00e9es cl\u00e9s et de challenger les positions.<\/p>\n<p>Ce livre est aussi l\u2019opportunit\u00e9 de dialoguer avec Dominique Bourg, sur les points de convergence et de divergence. Et ainsi de contribuer \u00e0 mettre en avant le besoin d\u2019une vision syst\u00e9mique de l\u2019\u00e9nergie \u00e0 la fois dans les soci\u00e9t\u00e9s et les \u00e9cosyst\u00e8mes\u00a0: nous allons y revenir dans la suite.<\/p>\n<p><strong>Variances : Dans<\/strong><strong> ce livre, tu remets en perspective l&rsquo;histoire longue des transitions \u00e9nerg\u00e9tiques. Mais auparavant : comment d\u00e9finir l&rsquo;\u00e9nergie ? Quel est son r\u00f4le pour nos soci\u00e9t\u00e9s humaines ?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9nergie est consubstantielle du m\u00e9tabolisme vivant, depuis l\u2019utilisation du feu chez les chasseurs-cueilleurs du pal\u00e9olithique sup\u00e9rieur, la biomasse des cultures et la force des animaux domestiques au n\u00e9olithique, l\u2019utilisation de l\u2019eau et du vent pour les grandes civilisations hydrauliques et maritimes de -3000 \u00e0 +1000, jusqu\u2019au charbon ou au p\u00e9trole et \u00e0 l\u2019atome plus r\u00e9cemment. Les donn\u00e9es historiques montrent que les r\u00e9volutions industrielles marquent un avant\/apr\u00e8s dans l\u2019histoire longue de l\u2019\u00e9nergie\u00a0: si la corr\u00e9lation entre croissance et consommation \u00e9nerg\u00e9tique a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s forte depuis la r\u00e9volution industrielle, ce n&rsquo;a pas toujours \u00e9t\u00e9 le cas: il y a eu de la croissance depuis le n\u00e9olithique jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es 1800, essentiellement li\u00e9e \u00e0 l\u2019augmentation de la population, avec une augmentation des tep<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><sup>\/<\/sup>habitant\/an faible, comme pour le ratio PIB\/hab ; on observe aujourd&rsquo;hui, depuis un peu plus d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es,\u00a0une croissance moins li\u00e9e \u00e0 une hausse des tep\/habitant\/an, en particulier dans les \u00e9conomies avanc\u00e9es.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, l\u2019\u00e9volution de la consommation globale d\u2019\u00e9nergie est d\u2019abord li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la d\u00e9mographie. En 1800 la population mondiale est d\u2019environ 1 milliard d\u2019habitants, la consommation d\u2019\u00e9nergie de 0,5 tep<sup>\/<\/sup>habitant et le niveau de vie autour de 600$\/habitant\u00a0; en 1950, 2,5 milliards d\u2019habitants et un niveau de vie sup\u00e9rieur \u00e0 2000$\/habitant <em>(extrait d\u2019une chronique longue en $ de 1990)<\/em>\u00a0; en 2015, 7,5 milliards d\u2019habitant, environ 2 tep\/habitant et un niveau de vie approchant les 9000$\/habitant.<\/p>\n<p>Les deux r\u00e9volutions industrielles, celle de 1820 \u00e0 1910 autour de l\u2019exploitation du charbon (dans un contexte, rappelons-le, d\u2019\u00e9puisement des for\u00eats) et de la sid\u00e9rurgie, avec en son c\u0153ur la machine \u00e0 vapeur, et celle de 1910 \u00e0 2020 autour du p\u00e9trole et de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, avec le moteur \u00e0 explosion et le moteur \u00e9lectrique, illustrent bien le r\u00f4le central des <strong>\u00ab\u00a0convertisseurs d&rsquo;\u00e9nergie\u00a0\u00bb<\/strong> qui permettent de capter, transformer, transporter, et utiliser l\u2019\u00e9nergie au bon endroit, sous la bonne forme, et au bon moment.<\/p>\n<ul>\n<li>La question centrale n&rsquo;est pas la raret\u00e9 des stocks d&rsquo;\u00e9nergie, mais l\u2019innovation dans les convertisseurs d\u2019\u00e9nergie\u00a0: comment capter l\u2019\u00e9nergie, la transporter, la transformer, et tout cela \u00e0 un co\u00fbt raisonnable?<\/li>\n<li>A noter que l\u2019on observe une d\u00e9corr\u00e9lation progressive entre consommation d\u2019\u00e9nergie et PIB sur les 20 derni\u00e8res ann\u00e9es, ce qui signifie que la d\u00e9croissance du PIB n&rsquo;est pas in\u00e9luctable en accompagnement de la transition \u00e9nerg\u00e9tique.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Variances :<\/strong> <strong>Quel r<\/strong><strong>\u00f4le des \u00ab\u00a0convertisseurs d&rsquo;\u00e9nergie\u00a0\u00bb aujourd\u2019<\/strong><strong>hui<\/strong><strong>\u00a0? quels enjeux industriels hier, aujourd&rsquo;hui et demain ?<\/strong><\/p>\n<p>Les convertisseurs d\u2019\u00e9nergie sont donc tous les syst\u00e8mes techniques qui permettent de capter l\u2019\u00e9nergie et de la transformer (les panneaux photovolta\u00efques pour le rayonnement du soleil ou les centrales nucl\u00e9aires pour l\u2019uranium), puis de la transporter (les transformateurs et les lignes \u00e9lectriques) et enfin de l\u2019utiliser chez le consommateur (une pompe \u00e0 chaleur, un moteur \u00e9lectrique\u2026).<\/p>\n<p>Une transition \u00e9nerg\u00e9tique r\u00e9ussie, c\u2019est la capacit\u00e9 \u00e0 mobiliser des savoir-faire scientifiques et techniques pour fabriquer efficacement ces convertisseurs\u00a0; c\u2019est donc aussi une r\u00e9volution industrielle.<\/p>\n<p>Cela est d\u2019autant plus vrai aujourd\u2019hui avec les progr\u00e8s scientifiques et l\u2019acc\u00e8s \u00ab th\u00e9orique \u00bb actuel \u00e0 toutes les \u00e9nergies, nucl\u00e9aire, solaire, chimique\u2026 L\u2019enjeu est l\u2019acc\u00e8s \u00ab \u00e9conomique et industriel \u00bb.<\/p>\n<p>Qu\u2019il s\u2019agisse de la premi\u00e8re r\u00e9volution industrielle ou, nous nous allons le voir, du programme nucl\u00e9aire fran\u00e7ais, ces transformations lourdes sont plus complexes que la vision simplifi\u00e9e souvent vulgaris\u00e9e d\u2019une simple d\u00e9couverte ; elles ont suppos\u00e9 un alignement de tous les acteurs permettant une industrialisation progressive de toutes les composantes de ces convertisseurs et assurer une baisse tr\u00e8s significative du co\u00fbt des services rendus par l\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n<p>Ainsi, un retour sur le programme nucl\u00e9aire\u00a0fran\u00e7ais permet de sortir des id\u00e9es re\u00e7ues :<\/p>\n<p>&#8211; le programme nucl\u00e9aire n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 une d\u00e9cision \u00ab\u00a0d\u2019un clic \u00bb en r\u00e9action au choc p\u00e9trolier de 1973, gr\u00e2ce \u00e0 la copie de la technologie am\u00e9ricaine et gr\u00e2ce \u00e0 la tradition \u00ab colbertiste \u00bb d\u2019intervention de l\u2019Etat,<\/p>\n<p>&#8211; il est au contraire pr\u00e9par\u00e9 de longue date de 1945 \u00e0 1975, avec une organisation de l\u2019Etat efficace et in\u00e9dite sur un ensemble de grands projets industriels civils, qui sait s\u2019ouvrir des options et d\u00e9cider au moment opportun, disposer des comp\u00e9tences et b\u00e2tir les ressources industrielles n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>Cet alignement de tous les acteurs est particuli\u00e8rement n\u00e9cessaire aujourd\u2019hui pour l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, meilleur vecteur \u00e9nerg\u00e9tique actuel en termes d\u2019usage (avec toutefois des enjeux importants sur le stockage), compte tenu notamment de l\u2019importance des \u00e9conomies d&rsquo;\u00e9chelles au niveau des moyens de production, ou encore du lissage et de la mutualisation des pics de consommation permis par la solidarit\u00e9 assur\u00e9e par les r\u00e9seaux de transport et de distribution.<\/p>\n<p>Pour g\u00e9n\u00e9raliser l\u2019usage des convertisseurs, il faut d\u2019une part passer au stade \u00ab industriel \u00bb\u00a0: l\u2019\u00e9nerg\u00e9ticien doit \u00eatre sid\u00e9rurgiste, chimiste, m\u00e9canicien, sp\u00e9cialiste des mat\u00e9riaux, de la thermo hydraulique\u2026 Il faut \u00e9galement s\u2019assurer de la coh\u00e9rence d\u2019ensemble et dans le temps entre ces cha\u00eenes de convertisseurs d\u2019\u00e9nergie, de leur coh\u00e9rence avec les enjeux environnementaux\u00a0ainsi que de la ma\u00eetrise industrielle n\u00e9cessaire pour les fabriquer et les exploiter avec des chaines de valeur suffisamment r\u00e9silientes et souveraines : le r\u00f4le de l\u2019Etat est donc central pour la gestion long terme de ces biens communs et dans cette approche syst\u00e9mique que j\u2019\u00e9voquais au d\u00e9but.<\/p>\n<p>Deux exemples de ces rebouclages syst\u00e9miques technologie-\u00e9conomie-soci\u00e9t\u00e9-environnement\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Une des solutions majeures pour la d\u00e9carbonation r\u00e9side dans les \u00e9nergies renouvelables comme le photovolta\u00efque ou l\u2019\u00e9olien. Ces technologies pr\u00e9sentent des caract\u00e9ristiques sp\u00e9cifiques\u00a0: elles ne sont pas pilotables et sont d\u00e9centralis\u00e9es. En cons\u00e9quence, elles demandent des moyens de production ou de flexibilit\u00e9 plus importants pour compenser les p\u00e9riodes sans vent et sans soleil et elles requi\u00e8rent plus de r\u00e9seau que les syst\u00e8mes fond\u00e9s sur les \u00e9nergies pilotables. Ceci a deux types d\u2019implications\u00a0socio-\u00e9conomiques majeurs : cela rench\u00e9rit leur co\u00fbt de mani\u00e8re croissante avec leur p\u00e9n\u00e9tration et cela pose la question pratique du d\u00e9veloppement des r\u00e9seaux, notamment en termes d\u2019acceptabilit\u00e9 et de rythme de d\u00e9veloppement.<\/li>\n<li>Par ailleurs, chaque technologie a des caract\u00e9ristiques propres en termes de besoin en espace (mesur\u00e9 par la surface des installations n\u00e9cessaire pour produire un kWh) ou de quantit\u00e9 de mat\u00e9riaux utilis\u00e9s (par exemple kg de cuivre, d\u2019acier ou de nickel n\u00e9cessaire par kWh produit). Ces besoins sont tr\u00e8s contrast\u00e9s entre les technologies d\u00e9carbon\u00e9es\u00a0: il faut, par exemple, 100 \u00e0 500 fois plus d\u2019espace et entre 3 et 10 fois plus de mat\u00e9riaux pour produire 1 kWh \u00e9olien ou photovolta\u00efque que pour produire 1 kWh nucl\u00e9aire. Ces caract\u00e9ristiques technologiques ont d\u2019importantes cons\u00e9quences sociales et environnementales\u00a0: en termes d\u2019acceptabilit\u00e9 ou d\u2019utilisation de l\u2019espace, d\u2019arbitrages entre utilisation de l\u2019espace pour l\u2019\u00e9nergie et pour l\u2019agriculture ou les for\u00eats, en termes de biodiversit\u00e9 ou encore d\u2019impact environnemental et social des mines n\u00e9cessaires aux diff\u00e9rents mix \u00e9nerg\u00e9tiques possibles.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Deux exemples actuels de r\u00e9ussite en termes de souverainet\u00e9 et de ma\u00eetrise industrielle\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>La Chine et la maitrise industrielle des technologies bas-carbone en particulier les panneaux photovolta\u00efques\u00a0: de premi\u00e8res usines test en 2000-2010, \u00e0 la ma\u00eetrise de tous les maillons de fabrication depuis 2015 (y compris les machines et robots des cha\u00eenes de fabrication actuellement) et un quasi-monopole sur le raffinage des mat\u00e9riaux critiques;<\/li>\n<li>Les Etats-Unis : leaders dans la pr\u00e9paration de l\u2019avenir avec leur pratique d\u2019une \u00ab\u00a0fus\u00e9e \u00e0 3 \u00e9tages\u00a0\u00bb pour leur plan d\u2019investissement d\u2019avenir (ARPA-E) : prospective technologique \u00e0 plusieurs d\u00e9cennies, plan strat\u00e9gique par technologie \u00e0 10 ans, appels d\u2019offre et financements (prototypes, d\u00e9monstrateurs). Le tout soutenu par une politique de souverainet\u00e9 industrielle vigoureuse avec l\u2019Inflation Reduction Act qui mobilise plusieurs centaines de milliards de dollars pour la relocalisation industrielle aux Etats-Unis.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Tant aux US qu\u2019en Chine, les d\u00e9cideurs qui allouent les subventions sont des commissions de tr\u00e8s haut niveau scientifique et industriel.<\/p>\n<p><strong>Variances : Quels sont les enjeux pour les prochaines d\u00e9cennies au niveau national et au niveau mondial ? quelle feuille de route pour d\u00e9<\/strong><strong>carboner l&rsquo;<\/strong><strong>\u00e9nergie et l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 <\/strong><strong>?<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Le sc\u00e9nario NetZero \u00e9tabli par l\u2019AIE en 2021 d\u2019atteinte d\u2019un niveau de r\u00e9chauffement de +1,5\u00b0C en 2100 par la neutralit\u00e9 carbone au niveau mondial en 2050 est int\u00e9ressant par la coh\u00e9rence des hypoth\u00e8ses, m\u00eame si on le sait aujourd\u2019hui largement impossible \u00e0 atteindre compte tenu de l\u2019inertie du syst\u00e8me \u00e9nerg\u00e9tique et des besoins et des comportements humains\u00a0: de tels sc\u00e9narios de \u00ab\u00a0backcasting\u00a0\u00bb o\u00f9 on s\u2019impose les r\u00e9sultats \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e ne sont donc utiles que par l\u2019explicitation des principales hypoth\u00e8ses pour pouvoir les questionner et les faire \u00e9voluer. D\u2019autres sc\u00e9narios plus r\u00e9cents ne pr\u00e9voient pas la neutralit\u00e9 carbone en 2050 et font l&rsquo;hypoth\u00e8se que l&rsquo;on compensera les exc\u00e8s d\u2019\u00e9missions dans la seconde moiti\u00e9 du si\u00e8cle par des \u00e9missions n\u00e9gatives (via le recours \u00e0 des centrales br\u00fblant de la biomasse avec capture et s\u00e9questration du CO<sup>2<\/sup>) pour tenir des objectifs climatiques ambitieux. Ce sont \u00e9galement des sc\u00e9narios de backcasting, sans certitude sur la capacit\u00e9 \u00e0 les mettre en oeuvre en pratique.<\/p>\n<p>Toutefois, quelques leviers rapides peuvent et sont mis en \u0153uvre, comme remplacer le charbon par le gaz\u00a0ou ne pas fermer les centrales nucl\u00e9aires existantes et prolonger leur dur\u00e9e de fonctionnement. Par ailleurs, selon les r\u00e9sultats du GIEC, on ne pourra pas se passer compl\u00e8tement des \u00e9nergies fossiles et le net z\u00e9ro n\u00e9cessitera donc des \u00e9missions n\u00e9gatives. Or les technologies de captage sont encore limit\u00e9es.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des incertitudes li\u00e9es \u00e0 notre capacit\u00e9 \u00e0 mettre en oeuvre les sc\u00e9narios les plus ambitieux, il faudra faire face \u00e0 de nouvelles difficult\u00e9s et de nouveaux risques\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>G\u00e9opolitiques : d\u00e9pendance aux Etats-Unis et \u00e0 la Chine en mati\u00e8re de technologies d\u00e9carbon\u00e9es et de leurs chaines de valeur des minerais.<\/li>\n<li>S\u00e9curit\u00e9 d\u2019approvisionnement en hydrocarbures\u00a0: comment l\u2019assurer dans un monde o\u00f9 les besoins baissent mais \u00e0 un rythme incertain\u00a0?<\/li>\n<li>Des questions non r\u00e9solues et des interrogations sur la pertinence de l&rsquo;utilisation de l&rsquo;hydrog\u00e8ne comme vecteur \u00e9nerg\u00e9tique (fuites, rendements<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, explosions, etc.).<\/li>\n<li>Concernant les pays en voie de d\u00e9veloppement, il est indispensable de les impliquer pour avoir un impact fort sur l\u2019\u00e9volution du climat. Dans le m\u00eame temps, il n\u2019est pas possible de leur imposer des r\u00e8gles qui ralentiraient leur d\u00e9veloppement ; pour ma\u00eetriser les co\u00fbts li\u00e9s \u00e0 un passage \u00e0 une \u00e9nergie d\u00e9carbon\u00e9e, les pays d\u00e9velopp\u00e9s devront leur proposer des transferts technologiques ou un soutien financier.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Malgr\u00e9 ces difficult\u00e9s, il existe bien des chemins pour atteindre des objectifs ambitieux aux horizons 2050-2100 concernant tout \u00e0 la fois la diminution des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une \u00e9nergie et \u00e0 une \u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 co\u00fbt qui demeure ma\u00eetris\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 des approvisionnements en \u00e9nergie des diff\u00e9rentes r\u00e9gions du monde.<\/p>\n<p>Mais il faut pour cela changer le regard et d\u00e9placer le questionnement\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>D\u2019abord en r\u00e9alisant le r\u00f4le central dans les soci\u00e9t\u00e9s humaines, comme dans le m\u00e9tabolisme du vivant, des \u00ab\u00a0convertisseurs d\u2019\u00e9nergie\u00a0\u00bb et donc des technologies de transformation, de transport et d\u2019usage des sources d\u2019\u00e9nergie dans leur relation \u00e9troite et multiforme avec nos soci\u00e9t\u00e9s comme avec nos \u00e9cosyst\u00e8mes. Cela implique alors de sortir d\u2019une vision manich\u00e9enne et id\u00e9ologique de ces syst\u00e8mes techniques.<\/li>\n<li>En accordant beaucoup plus d\u2019attention \u00e0 l\u2019analyse pr\u00e9cise des avantages et des inconv\u00e9nients des diff\u00e9rentes solutions de d\u00e9carbonation, aux conditions de r\u00e9ussite de leur mise en \u0153uvre industrielle et aux dimensions syst\u00e9miques des r\u00e9seaux d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et, demain, d\u2019hydrog\u00e8ne et de capture et transport de CO<sup>2<\/sup>.<\/li>\n<li>En articulant mieux les choix des soci\u00e9t\u00e9s sur la sobri\u00e9t\u00e9 et l\u2019organisation des villes et de l\u2019espace, par la planification \u00e0 long terme, avec les choix d\u2019infrastructures et des convertisseurs d\u2019usages adapt\u00e9s.<\/li>\n<li>Enfin, en int\u00e9grant les dimensions internationales climat-biodiversit\u00e9-g\u00e9opolitique pour permettre \u00e0 l\u2019ensemble des pays, en d\u00e9veloppement, \u00e9mergents et d\u00e9velopp\u00e9s, de contribuer de fa\u00e7on efficace et juste \u00e0 ces objectifs et de fa\u00e7on robuste aux conflits et confrontations futures.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Au fond, il s\u2019agit de transformer nos fa\u00e7ons de travailler ensemble sur ces sujets complexes qui engagent l\u2019avenir de nos soci\u00e9t\u00e9s et de nos \u00e9cosyst\u00e8mes. Ces d\u00e9fis globaux et d\u2019une complexit\u00e9 in\u00e9dite appellent de nouvelles formes de coop\u00e9ration et des cadres institutionnels renouvel\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des pays comme au plan international.<\/p>\n<p>Il nous faut \u00eatre plus professionnel et plus pr\u00e9cis et, surtout, traverser les lignes des diverses disciplines afin d\u2019impliquer l\u2019ensemble des comp\u00e9tences scientifiques, industrielles et prospectives au c\u0153ur de ces d\u00e9marches au service des citoyens.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Mots-cl\u00e9s : \u00c9nergie &#8211; Convertisseurs &#8211; D\u00e9carbonation &#8211; Environnement &#8211; Transition \u00e9nerg\u00e9tique &#8211; D\u00e9veloppement durable<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Cet article a \u00e9t\u00e9 initialement publi\u00e9 le 23 mai 2024.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> <em>Tep\u00a0: tonne \u00e9quivalent p\u00e9trole. 1 Tep vaut 42 GJ et 11,6 MWh<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> <em>La fabrication d\u2019hydrog\u00e8ne est aujourd\u2019hui un tr\u00e8s gros consommateur d\u2019\u00e9nergie (liqu\u00e9faction \u00e0 moins 253\u00b0C)<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 7 mars 2024, ENSAE Alumni a re\u00e7u Jean-Paul Bouttes, auteur avec Dominique Bourg, philosophe de l\u2019environnement, du livre \u00ab\u00a0Energie\u00a0\u00bb paru chez PUF, pour un dialogue sur l\u2019\u00e9nergie. Jean-Paul Bouttes, X et ENSAE 1982, est ancien professeur d&rsquo;\u00e9conomie \u00e0 l&rsquo;Ecole Polytechnique, ancien membre du Comit\u00e9 des Etudes du Conseil Mondial de l\u2019Energie et ancien directeur [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":490,"featured_media":8100,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[122,187],"tags":[],"class_list":["post-8099","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-climat","category-politique_energetique","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8099","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/490"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8099"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8099\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8358,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8099\/revisions\/8358"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/8100"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8099"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8099"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8099"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}