{"id":7992,"date":"2024-03-18T07:12:16","date_gmt":"2024-03-18T06:12:16","guid":{"rendered":"https:\/\/variances.eu\/?p=7992"},"modified":"2024-03-18T07:25:02","modified_gmt":"2024-03-18T06:25:02","slug":"progressiste-ou-conservatrice","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=7992","title":{"rendered":"Progressiste ou conservatrice ?"},"content":{"rendered":"<p>Cl\u00e9mence Royer (1830-1902) est une f\u00e9ministe fran\u00e7aise, bien connue gr\u00e2ce au livre de Genevi\u00e8ve Fraisse (<em>Cl\u00e9mence Royer : philosophe et femme de sciences<\/em>, La D\u00e9couverte, 1985). Parfaite autodidacte, Royer est l\u2019auteure d\u2019une \u0153uvre importante en sciences sociales, en biologie et en physique mais, faute de position acad\u00e9mique, elle exer\u00e7a successivement les m\u00e9tiers d\u2019enseignante de fran\u00e7ais et de musique, de brodeuse, de conf\u00e9renci\u00e8re, de romanci\u00e8re, de traductrice.<\/p>\n<p>Nous t\u00e2cherons de r\u00e9pondre \u00e0 la question du titre en fin d\u2019article.<\/p>\n<h3><strong>Une analyse singuli<\/strong><strong>\u00e8<\/strong><strong>re de l<\/strong><strong>\u2019<\/strong><strong>imp\u00f4t<\/strong><\/h3>\n<p>En 1860, le canton de Vaud, en Suisse, veut r\u00e9former sa fiscalit\u00e9 et ouvre un concours international sur l\u2019imp\u00f4t\u00a0; Cl\u00e9mence Royer soumet un m\u00e9moire de 400 pages. Un congr\u00e8s international est r\u00e9uni \u00e0 l\u2019occasion \u00e0 Lausanne\u00a0; Cl\u00e9mence Royer \u00e9coute les orateurs depuis la tribune du public, les femmes n\u2019\u00e9tant pas admises \u00e0 participer aux d\u00e9bats. Les principales questions abord\u00e9es concernent les duos habituels\u00a0: imp\u00f4ts directs ou indirects\u00a0? sur le capital ou le revenu\u00a0? unique ou multiple\u00a0? r\u00e9el ou personnel\u00a0? proportionnel ou progressif\u00a0?<\/p>\n<p>Le prix et les deux accessits du concours ne sont pas attribu\u00e9s, mais transform\u00e9s en quelques gratifications : le socialiste Proudhon re\u00e7oit 1000 francs ; l\u2019avocat Lassaut, 800 francs ; Royer, 400 francs. Royer publie son manuscrit deux ans plus tard et elle est depuis consid\u00e9r\u00e9e comme une \u00e9conomiste \u00e0 part enti\u00e8re. Elle devient m\u00eame la premi\u00e8re femme admise \u00e0 la r\u00e9union mensuelle de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9conomie politique, alors que l\u2019heure tardive semblait incompatible avec une honn\u00eate pr\u00e9sence f\u00e9minine.<\/p>\n<p>Cl\u00e9mence Royer adopte les grands principes des \u00e9conomistes lib\u00e9raux de son temps. L\u2019imp\u00f4t juste devrait donc \u00eatre <em>proportionnel <\/em>\u00e0 la \u00ab\u00a0richesse\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire au capital. Elle r\u00e9clame n\u00e9anmoins une imposition <em>progressive<\/em>, avec un argument original\u00a0: l\u2019imp\u00f4t doit compenser les in\u00e9galit\u00e9s familiales constitu\u00e9es <em>pr\u00e9c\u00e9demment<\/em> de mani\u00e8re ill\u00e9gitime. Jadis, par exemple en France dans l\u2019Ancien R\u00e9gime, l\u2019\u00c9tat aurait favoris\u00e9 indument certaines familles au d\u00e9triment des autres\u00a0; ces familles auraient progressivement accumul\u00e9 un capital mat\u00e9riel et moral consid\u00e9rable leur permettant, aujourd\u2019hui, d\u2019\u00eatre beaucoup plus riches que si elles n\u2019avaient d\u00fb compter que sur leurs m\u00e9rites propres. Il conviendrait donc, <em>momentan<\/em><em>\u00e9ment<\/em>, que les h\u00e9ritiers de ces anciennes familles favoris\u00e9es restituent les avantages indus re\u00e7us jadis.<\/p>\n<p>Mais Royer ne promeut pas l\u2019\u00e9galit\u00e9 des conditions individuelles. L\u2019imp\u00f4t doit \u00eatre progressif pour r\u00e9parer les injustices pass\u00e9es mais, une fois la soci\u00e9t\u00e9 devenue \u00e9quitable, il devra \u00eatre proportionnel\u00a0; chacun sera alors r\u00e9compens\u00e9 selon son m\u00e9rite individuel et selon le co\u00fbt de la protection que lui assure l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<h3><strong>L\u2019\u00e9volutionnisme<\/strong><\/h3>\n<p>Cl\u00e9mence Royer adh\u00e8re avec enthousiasme aux th\u00e8ses que d\u00e9veloppe Charles Darwin dans <em>L<\/em><em>\u2019<\/em><em>Origine des esp<\/em><em>\u00e8<\/em><em>ces <\/em>en 1859. Elle en donne la premi\u00e8re traduction en fran\u00e7ais en 1862. Dans une longue pr\u00e9face et de nombreuses notes, elle d\u00e9veloppe ses propres th\u00e8ses\u00a0; en particulier, Darwin n\u2019oserait pas l\u2019affirmer, mais sa th\u00e9orie s\u2019appliquerait parfaitement \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 et elle serait radicalement oppos\u00e9e au christianisme. Car la s\u00e9lection naturelle, chez les humains, serait entrav\u00e9e par une charit\u00e9 aveugle qui\u00a0\u00ab\u00a0sacrifie ce qui est fort \u00e0 ce qui est faible, les bons aux mauvais, les \u00eatres bien dou\u00e9s d&rsquo;esprit et de corps aux \u00eatres vicieux et malingres.\u00a0\u00bb Darwin rejette ces interpr\u00e9tations dans une nouvelle \u00e9dition, qu\u2019il confie \u00e0 un nouveau traducteur en fran\u00e7ais \u00e0 partir de 1873.<\/p>\n<p>Cl\u00e9mence Royer applique syst\u00e9matiquement, dans ses analyses sociales, deux id\u00e9es darwiniennes majeures\u00a0: d\u2019abord, le progr\u00e8s r\u00e9sulterait du \u00ab\u00a0<em>struggle for life<\/em> \u00bb ; ensuite, le r\u00f4le de la <em>diversit<\/em><em>\u00e9<\/em> serait majeur dans l\u2019\u00e9volution. Elle applique ces deux id\u00e9es \u00e0 une \u00ab\u00a0nation\u00a0\u00bb compos\u00e9e d\u2019individus, \u00e0 une \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb compos\u00e9e de plusieurs nations, et \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, faite de multiples \u00ab\u00a0races\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On en d\u00e9duit que \u00ab\u00a0c&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 la victoire des groupes nationaux des plus parfaits, \u00e0 la disparition des groupes inf\u00e9rieurs, \u00e0 l&rsquo;\u00e9mulation des groupes \u00e9gaux, que la moyenne totale du d\u00e9veloppement sp\u00e9cifique se trouve constamment \u00e9lev\u00e9e\u00a0\u00bb. Royer souligne l\u2019extr\u00eame diversit\u00e9 des races humaines, depuis les plus civilis\u00e9es, comme les \u00ab\u00a0races occidentales\u00a0\u00bb, jusqu\u2019aux \u00ab\u00a0races inf\u00e9rieures\u00a0\u00bb. Par exemple, l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 attribu\u00e9e aux Australiens serait due \u00e0 l\u2019absence de gibier dangereux, comme ces mammouths qui nous auraient oblig\u00e9s \u00e0 perfectionner des armes et des strat\u00e9gies complexes. Royer souligne tellement la diversit\u00e9 des races qu\u2019elle en vient \u00e0 contester l\u2019unit\u00e9 de l\u2019esp\u00e8ce humaine :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On peut m\u00eame dire sans crainte, qu&rsquo;au point de vue intellectuel, un Mincopie, un Boschiman, un Papou ou m\u00eame un Lapon est plus proche parent, non-seulement du singe ou du kangourou, que d&rsquo;un Descartes, d&rsquo;un Newton, d&rsquo;un Goethe ou d&rsquo;un Lavoisier\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019esp\u00e8ce humaine \u00e9tant compos\u00e9e de plusieurs races et plusieurs nations tr\u00e8s diverses, il faudrait que les plus \u00ab\u00a0\u00e9volu\u00e9es\u00a0\u00bb \u00e9liminent ou dominent les autres, mais pas trop, pour\u00a0conserver une certaine <em>diversit<\/em><em>\u00e9<\/em>, une certaine \u00ab\u00a0\u00e9mulation\u00a0\u00bb entre elles. N\u00e9anmoins, la m\u00eame auteure d\u00e9nonce le traitement que des colons infligent aux indig\u00e8nes \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, par exemple \u00e0 Madagascar, leur imposant leur religion et accaparant leurs richesses.<\/p>\n<p>Cl\u00e9mence Royer croit d\u00e9montrer \u00ab\u00a0scientifiquement\u00a0\u00bb la sup\u00e9riorit\u00e9 de la race europ\u00e9enne et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, elle situe la France au sommet de \u00ab\u00a0la race latine\u00a0\u00bb et au-dessus des \u00ab\u00a0Germains modernes\u00a0\u00bb. Au m\u00eame moment, l\u2019\u00e9conomiste allemand Gustav Schmoller, avec des pr\u00e9misses et des m\u00e9thodes aussi \u00ab\u00a0scientifiques\u00a0\u00bb, conclut que les Germains seraient nettement sup\u00e9rieurs aux Latins\u2026<\/p>\n<p>Cl\u00e9mence Royer consid\u00e8re les structures familiales pass\u00e9es sans jugement moral au sens habituel. L\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00ab\u00a0transmission h\u00e9r\u00e9ditaire des facult\u00e9s intellectuelles\u00a0\u00bb est importante dans son \u00e9volutionnisme. Gr\u00e2ce \u00e0 cette transmission, l\u2019humanit\u00e9 pourrait non seulement progresser par l\u2019\u00e9limination des \u00ab\u00a0races inf\u00e9rieures\u00a0\u00bb mais, au sein des \u00ab\u00a0races civilis\u00e9es\u00a0\u00bb, chaque g\u00e9n\u00e9ration pourrait advenir avec des dispositions intellectuelles sup\u00e9rieures \u00e0 celles de la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L&rsquo;\u00e9ducation peut modifier nos habitudes\u00a0; mais si l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 n&rsquo;agit pas, si la s\u00e9lection n&rsquo;accomplit pas son \u0153uvre, si \u00e0 chaque g\u00e9n\u00e9ration l&rsquo;homme nouveau croise sa jeune race avec des femmes qui continuent d&rsquo;appartenir au vieux monde, jamais l&rsquo;habitude ne deviendra instinct\u00a0: chaque si\u00e8cle aura \u00e0 recommencer l&rsquo;\u00e9ternelle toile de P\u00e9n\u00e9lope que l&rsquo;humanit\u00e9 tisse depuis les premiers essais de sociabilit\u00e9 intelligente.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 des caract\u00e8res acquis \u00e9tait admise par les premiers \u00e9volutionnistes au XIXe si\u00e8cle, mais cette h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 concernait initialement des caract\u00e8res physiques, comme la longueur du cou des girafes, et elle n\u2019\u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement pas admise pour les caract\u00e8res moraux comme l\u2019intelligence\u00a0; certes, bien des g\u00e9nies ont eu des parents tr\u00e8s intelligents, mais leur \u00e9ducation suffirait \u00e0 expliquer leurs dons. Francis Galton, en interpr\u00e9tant une sorte d\u2019enqu\u00eate men\u00e9e dans son entourage en 1865, conclut que les qualit\u00e9s morales, elles aussi, seraient h\u00e9r\u00e9ditaires. Darwin confirme rapidement le r\u00e9sultat de son cousin\u00a0: \u00ab Nous savons \u00e0 pr\u00e9sent, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019admirable travail de M.\u00a0Galton, que le g\u00e9nie [\u2026] tend \u00e0 se transmettre h\u00e9r\u00e9ditairement\u2005\u00bb.<\/p>\n<p>Selon Royer, le niveau d\u2019une civilisation pourra donc progresser si une \u00e9lite am\u00e9liore ses capacit\u00e9s intellectuelles et parvient \u00e0 les transmettre, un peu comme les girafes aux longs cous transmettaient leurs avantages selon Lamarck.<\/p>\n<p>Cl\u00e9mence Royer consid\u00e8re la structure familiale en relation avec l\u2019\u00e9volution des soci\u00e9t\u00e9s. Elle croit que la famille patriarcale ne s\u2019est pas impos\u00e9e d\u2019embl\u00e9e, que d\u2019autres structures familiales \u2013 par exemple le matriarcat \u2013\u00a0 lui succ\u00e8deront, plus respectueuses de la libert\u00e9 des femmes et plus conformes au progr\u00e8s social.<\/p>\n<p>Pour anticiper cette \u00e9volution, Cl\u00e9mence Royer propose une analyse audacieuse dans le tr\u00e8s lib\u00e9ral <em>Journal des \u00e9conomistes<\/em>, en 1869. Elle affirme comme id\u00e9al \u00e9conomique \u00ab\u00a0l\u2019ouvrier nomade avec sa famille, comme les peuples pasteurs qui suivaient leurs troupeaux o\u00f9 croissait l\u2019herbe pour les nourrir\u00a0\u00bb. Comment y parvenir\u00a0? Il faudrait construire des logements identiques, pr\u00e8s des usines, avec cantines et magasins \u00e0 proximit\u00e9\u00a0; ainsi, un ouvrier qui voudrait changer d\u2019emploi quittera son logement facilement pour rejoindre un autre situ\u00e9 ailleurs. Mais que deviendrait sa famille si son \u00e9pouse pr\u00e9f\u00e9rait garder son travail actuel\u00a0? Le couple se s\u00e9parerait paisiblement, avant que chacun retrouve rapidement un nouveau conjoint. Pour cela, \u00ab\u00a0il faut briser l\u2019indissolubilit\u00e9 du mariage, en faire un contrat civil, un contrat libre, dont la dur\u00e9e soit toujours subordonn\u00e9e \u00e0 la volont\u00e9 et aux int\u00e9r\u00eats des contractants\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Quant aux enfants, ils appartiendraient \u00e0 leurs m\u00e8res, tandis que les p\u00e8res auraient l\u2019obligation de contribuer financi\u00e8rement \u00e0 leur \u00e9ducation.<\/p>\n<p>Mais, plus tard, Cl\u00e9mence Royer jugera impossible pour les femmes de concilier efficacement leurs t\u00e2ches professionnelles et domestiques. Les jeunes couples devraient donc vivre en collectivit\u00e9 et chaque m\u00e8re, par exemple, s\u2019occuperait \u00e0 tour de r\u00f4le de la surveillance de tous les enfants.<\/p>\n<h3><strong>Les doctrines sociales <\/strong><\/h3>\n<p>Cl\u00e9mence Royer adopte beaucoup de principes des \u00e9conomistes lib\u00e9raux : elle envisage l\u2019imp\u00f4t un peu comme eux ; elle d\u00e9teste le socialisme ; elle est r\u00e9publicaine, elle glorifie la R\u00e9volution de 1789. Comme la plupart d\u2019entre eux, elle d\u00e9nonce le Second Empire\u00a0et sera dreyfusarde\u00a0; comme certains d\u2019entre eux, elle est libre penseuse et surtout tr\u00e8s anticl\u00e9ricale. Elle est aussi <em>utilitariste<\/em>, tout en rejetant paradoxalement <em>l<\/em><em>\u2019<\/em><em>individualisme\u00a0<\/em>:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ainsi que nous l&rsquo;avons \u00e9tabli, ce qui limite le droit de l&rsquo;individu dans l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, comme dans toute autre esp\u00e8ce, ce ne peut \u00eatre que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;esp\u00e8ce elle-m\u00eame, int\u00e9r\u00eat collectif auquel tout autre doit \u00eatre sacrifi\u00e9\u00a0; c&rsquo;est l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;\u00c9tat, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de salut public. Lois, institutions, codes, constitutions, police, magistrature, arm\u00e9e, morale, tout cela n&rsquo;a pour but que d&rsquo;assurer la d\u00e9fense de cet int\u00e9r\u00eat contre la r\u00e9pugnance ou l&rsquo;hostilit\u00e9 de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat individuel \u00e9go\u00efste qui le menace sans cesse, et qui n&rsquo;est l\u00e9gitime que dans la mesure o\u00f9 il ne nuit pas \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat collectif et au contraire lui est utile\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On se trouve l\u00e0 \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 des th\u00e8ses individualistes et lib\u00e9rales des \u00e9conomistes fran\u00e7ais<em>\u00a0<\/em>: l\u2019individu n\u2019est pas tout, l\u2019\u00c9tat n\u2019est pas rien. En particulier, \u00ab\u00a0le r\u00e9gime de l\u2019int\u00e9r\u00eat priv\u00e9 libre et illimit\u00e9\u00a0\u00bb valoriserait exag\u00e9r\u00e9ment le pr\u00e9sent au d\u00e9triment de l\u2019avenir. A trop s\u2019y fier, on risquerait par exemple la disparition de certaines vari\u00e9t\u00e9s, inutiles actuellement mais qui pourraient s\u2019av\u00e9rer utiles \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 dans un avenir \u00e9loign\u00e9. La diversit\u00e9 biologique devrait \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9e \u00e0 tout prix, car nul ne sait comment les techniques \u00e9volueront et de quels ingr\u00e9dients elles auront besoin, alors que l\u2019initiative individuelle serait incapable de prendre ainsi en compte l\u2019incertitude de l\u2019avenir.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9al social affich\u00e9 par Cl\u00e9mence Royer est celui du <em>progr<\/em><em>\u00e8<\/em><em>s<\/em>, mais celui de l\u2019esp\u00e8ce <em>pas<\/em> celui de l\u2019individu. Elle illustre cette id\u00e9e avec un exemple animalier. Au sein d\u2019un troupeau, les b\u00e9liers faibles ont certes une vie moins agr\u00e9able, car les b\u00e9liers robustes les privent de brebis, mais le troupeau sera ainsi de plus en plus fort. Et le m\u00eame raisonnement s\u2019appliquerait aux troupeaux faibles par rapport aux troupeaux forts, au d\u00e9triment des uns mais au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019esp\u00e8ce. Mais une grande diff\u00e9rence existerait entre les animaux et les humains. S\u2019il \u00ab\u00a0est de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;esp\u00e8ce, consid\u00e9r\u00e9e en totalit\u00e9, que les races sup\u00e9rieures se substituent progressivement aux races inf\u00e9rieures\u00a0\u00bb, il ne serait pas bon, au sein d\u2019une m\u00eame race ou d\u2019une m\u00eame nation, que les individus inf\u00e9rieurs soient \u00e9limin\u00e9s au profit des individus sup\u00e9rieurs. En effet, les soci\u00e9t\u00e9s humaines progresseraient gr\u00e2ce \u00e0 <em>la division du travail<\/em> et elles b\u00e9n\u00e9ficieraient donc de la <em>diversit<\/em><em>\u00e9<\/em> des capacit\u00e9s individuelles. D\u2019ailleurs, cette diversit\u00e9 serait tr\u00e8s grande chez les individus des races sup\u00e9rieures, et faible chez les animaux comme chez les individus des races inf\u00e9rieures.<\/p>\n<p>Royer veut d\u00e9velopper les qualit\u00e9s de l\u2019esp\u00e8ce humaine, mais plus pr\u00e9cis\u00e9ment les qualit\u00e9s d\u2019une \u00e9lite dont il faudrait favoriser la reproduction. Par exemple, elle veut que les individus dou\u00e9s donnent plus d\u2019enfants \u00ab\u00a0intelligents et robustes\u00a0\u00bb\u00a0; quant aux individus les plus mal lotis, il faudrait leur interdire de procr\u00e9er. A d\u00e9faut, \u00ab\u00a0si l&rsquo;avortement et l&rsquo;infanticide peuvent \u00eatre autoris\u00e9s, c&rsquo;est en pareil cas seulement.\u00a0\u00bb Cette id\u00e9e figure dans un projet d\u2019article que la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019anthropologie de Paris refusa de publier (Royer fut la premi\u00e8re femme admise \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9, en 1870).<\/p>\n<p>Cl\u00e9mence Royer encourage la diversit\u00e9 qui favoriserait la <em>division du travail<\/em>, et la <em>concurrence<\/em> qui inciterait chacun \u00e0 mieux faire. Le plus grand bonheur collectif n\u00e9cessite donc de grandes in\u00e9galit\u00e9s sociales, \u00e0 condition que celles-ci correspondent aux in\u00e9galit\u00e9s de talents. <em>A contrario<\/em>, le principe <em>d\u2019\u00e9galit\u00e9<\/em> serait \u00e0 la fois nocif et irrationnel, issu du christianisme et de sa variante moderne, le socialisme\u00a0: \u00ab\u00a0Tout homme n&rsquo;est donc point \u00e9gal \u00e0 un autre homme, pas plus que l&rsquo;animal n&rsquo;est \u00e9gal \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9, parce qu&rsquo;il na\u00eet, vit, meurt, mange et dort comme elle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cl\u00e9mence Royer d\u00e9nigre f\u00e9rocement presque tous ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs imm\u00e9diats en philosophie sociale\u00a0; chacun serait profond\u00e9ment inculte, encore impr\u00e9gn\u00e9 d\u2019id\u00e9es chr\u00e9tiennes et incapable du moindre apport scientifique. <em>Un seul<\/em> est \u00e9pargn\u00e9 : Saint-Simon, aussi admirable comme homme que comme penseur. Quelles id\u00e9es reprend-elle du grand homme\u00a0? L\u2019importance du progr\u00e8s d\u2019abord, associ\u00e9 \u00e0 l\u2019industrie, \u00e0 la Raison et \u00e0 la science\u00a0; et la division de la soci\u00e9t\u00e9 en deux classes oppos\u00e9es, celle des oisifs et celle des actifs\u00a0; la Raison et la justice commandent de promouvoir les seconds\u00a0au d\u00e9triment des premiers. Tous les individus doivent \u00eatre jug\u00e9s et r\u00e9compens\u00e9s selon leurs m\u00e9rites individuels et selon leurs apports \u00e0 la civilisation. Le pouvoir politique devrait appartenir \u00e0 une \u00ab\u00a0aristocratie intellectuelle\u00a0\u00bb, pas forc\u00e9ment \u00e0 ceux que la concurrence \u00e9conomique placerait spontan\u00e9ment au sommet. De m\u00eame, Royer se m\u00e9fiera de la d\u00e9magogie et de l\u2019incomp\u00e9tence des assembl\u00e9es \u00e9lues au suffrage universel.<\/p>\n<p>La R\u00e9volution a heureusement d\u00e9truit les anciennes castes privil\u00e9gi\u00e9es, mais elle aurait eu tort de le faire au nom de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et non du m\u00e9rite. Elle n\u2019aurait fait que reprendre une erreur bien plus ancienne. L\u2019\u00c9vangile aurait en effet enseign\u00e9 cette \u00ab\u00a0doctrine invraisemblable\u00a0\u00bb de la sup\u00e9riorit\u00e9 morale des classes inf\u00e9rieures.<\/p>\n<h3><strong>La population<\/strong><\/h3>\n<p>Cl\u00e9mence Royer admire Malthus et admet ses lois, mais elle raisonne dans une autre perspective, avec deux motifs d\u2019inqui\u00e9tude tr\u00e8s banals \u00e0 la fin du si\u00e8cle. Elle craint d\u2019abord que les \u00ab\u00a0races inf\u00e9rieures\u00a0\u00bb l\u2019emportent en nombre, en particulier avec les Asiatiques, si industrieux, si prolifiques et si frugaux\u00a0; elle craint ensuite, au sein d\u2019une nation \u00e9volu\u00e9e comme la France, la moindre f\u00e9condit\u00e9 des classes riches. Elle pr\u00f4ne donc le d\u00e9veloppement de la population fran\u00e7aise, et en particulier celui de sa partie \u00e9duqu\u00e9e. Contre toute vraisemblance, elle accuse l\u2019\u00c9glise de freiner la natalit\u00e9, certes moins maintenant qu\u2019hier, en mettant en avant la chastet\u00e9 et la vie monacale.<\/p>\n<p>Royer explique la f\u00e9condit\u00e9 par la volont\u00e9 des familles\u00a0:\u00a0 celles-ci r\u00e8gleraient le nombre de leurs enfants sur la pr\u00e9vision de leurs situations futures et sur le co\u00fbt de leur \u00e9ducation. Or, une famille pauvre pourrait avoir plusieurs enfants sans un co\u00fbt excessif pour les nourrir, et aucun d\u2019eux ne sera plus pauvre que ses parents. Alors qu\u2019une famille riche chercherait par exemple \u00e0 loger chaque enfant dans une chambre s\u00e9par\u00e9e, et que le modeste capital initial de chaque enfant ne se multipliera pas aussi ais\u00e9ment que celui de leur p\u00e8re.<\/p>\n<p>A c\u00f4t\u00e9 du co\u00fbt des enfants et du souci de leur avenir, Royer impute la baisse de la natalit\u00e9 \u00e0 la structure familiale de son temps. Ses arguments concernent implicitement les familles de la grande bourgeoisie. Elle souligne la d\u00e9gradation des m\u0153urs de son \u00e9poque, comme beaucoup d\u2019autres apr\u00e8s 1870, mais en l\u2019associant \u00e0 une structure familiale pr\u00e9cise\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La famille ferm\u00e9e, \u00e9troite, compos\u00e9e exclusivement d&rsquo;un couple et de leurs enfants, telle qu&rsquo;elle est constitu\u00e9e de nos jours, c&rsquo;est la mort de la soci\u00e9t\u00e9 dans l&rsquo;individualisme \u00e9go\u00efste ; c&rsquo;est aussi la d\u00e9population, car elle entra\u00eene les mariages tardifs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Royer d\u00e9nonce <em>l\u2019\u00e9go<\/em><em>\u00ef<\/em><em>sme<\/em> de l\u2019\u00e9pouse moderne. Les femmes\u00a0devraient plut\u00f4t se mettre au service, surtout pas de leurs \u00e9poux, mais de l\u2019esp\u00e8ce humaine\u00a0; et la soci\u00e9t\u00e9 devrait leur en donner les moyens, juridiques et mat\u00e9riels :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il faut enfin que la femme, dans le mariage comme dans l&rsquo;amour, cesse de voir un commerce plus ou moins agr\u00e9able ou plus ou moins lucratif ; qu&rsquo;elle comprenne que le mariage n&rsquo;a pas pour but de lui fournir occasion de para\u00eetre en voile blanc et couronn\u00e9e de fleurs, d&rsquo;effacer par sa toilette du lendemain ses compagnes de la veille ou m\u00eame de faire promener un poupon dans les promenades au bras d&rsquo;une nourrice enrubann\u00e9e ; mais de donner \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat des citoyens pour le d\u00e9fendre, de les \u00e9lever s\u00e9rieusement, fortement, avec raison autant qu&rsquo;avec c\u0153ur, de s&rsquo;affranchir elle-m\u00eame des pr\u00e9jug\u00e9s s\u00e9culaires, au lieu de les leur inculquer, et de s&rsquo;instruire pour diriger leur instruction. Il faut qu&rsquo;elle comprenne que la maternit\u00e9 est pour la femme l&rsquo;\u00e9quivalant du service militaire, qu&rsquo;elle a comme ce dernier des p\u00e9rils et des privations qui doivent \u00eatre support\u00e9s avec courage. Il faut qu&rsquo;elle se dise qu&rsquo;elle doit \u00e0 la race des repr\u00e9sentants intelligents et robustes, audacieux et sains pour aller un jour disputer de nouvelles terres \u00e0 d&rsquo;autres races inf\u00e9rieures, et ces pionniers de la civilisation auront \u00e0 payer aux climats contraires de non moins rudes tributs que ceux que la guerre continuera \u00e0 lever sur eux \u00bb.<\/p>\n<p>En 1890, Cl\u00e9mence Royer propose \u00ab\u00a0la d\u00e9population de la France\u00a0\u00bb comme th\u00e8me de d\u00e9bat \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019anthropologie de Paris. Elle incrimine surtout l\u2019accaparement excessif des jeunes m\u00e8res par leurs enfants, d\u2019o\u00f9 le sentiment des maris d\u2019\u00eatre d\u00e9laiss\u00e9s, d\u2019o\u00f9 le recours \u00e0 la prostitution. Les m\u00e8res produiraient \u00ab\u00a0des enfants g\u00e2t\u00e9s, de petits monstres de perversit\u00e9 : des paquets de nerfs irritables et sans cesse irrit\u00e9s, secou\u00e9s \u00e0 tout propos de convoitises, d&rsquo;envie et d&rsquo;acc\u00e8s de col\u00e8re, qui auront grande chance, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 des enfants insupportables de devenir des adultes \u00e9go\u00efstes\u00a0\u00bb. La faute \u00e0 Rousseau, une de ses b\u00eates noires, et \u00e0 ses \u00ab\u00a0principes p\u00e9dagogiques\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3><strong>Progressiste ou conservatrice\u00a0<\/strong><strong>?<\/strong><\/h3>\n<p>Les analyses et les pr\u00e9conisations sociales et politiques de Cl\u00e9mence Royer constituent un <em>syst<\/em><em>\u00e8<\/em><em>me<\/em> grandiose et coh\u00e9rent. Demandons-nous, de fa\u00e7on r\u00e9solument anachronique, si Cl\u00e9mence Royer serait jug\u00e9e progressiste ou conservatrice selon le sens courant de ces deux mots en 2024. Deux r\u00e9ponses peuvent convenir :<\/p>\n<p>\u2014 Cl\u00e9mence Royer est <em>progressiste<\/em> parce que r\u00e9publicaine, anticl\u00e9ricale, dreyfusarde\u00a0; pacifiste, favorable \u00e0 l\u2019instruction populaire publique, f\u00e9ministe radicale\u00a0; la science est son seul guide, elle est hostile aux privil\u00e8ges de la naissance, elle r\u00e9clame que la richesse ne r\u00e9compense que le talent et la vertu\u00a0; elle croit que les march\u00e9s, dans des cas importants, s\u2019opposent \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et que l\u2019\u00c9tat devrait l\u00e9gitimement intervenir.<\/p>\n<p>\u2014 Cl\u00e9mence Royer est <em>conservatrice<\/em> parce qu\u2019elle croit que les in\u00e9galit\u00e9s sociales refl\u00e8tent d\u00e9sormais les in\u00e9galit\u00e9s de talents, elle vante la concurrence qui promeut les meilleurs et stimule l\u2019activit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, elle est \u00e9litiste, elle d\u00e9teste l\u2019\u00e9galitarisme et les utopies socialistes, elle oppose \u00ab\u00a0les races inf\u00e9rieures\u00a0\u00bb \u00e0 celles des occidentaux, elle veut interdire aux individus les moins qualifi\u00e9s de se marier et sugg\u00e8re de tuer les enfants qu\u2019ils pourraient engendrer, elle d\u00e9nonce l\u2019\u00e9ducation permissive dispens\u00e9e par des m\u00e8res trop modernes et l\u2019\u00e9go\u00efsme des parents qui ne veulent pas s\u2019encombrer de nombreux enfants.<\/p>\n<p>Ces deux fa\u00e7ons anachroniques de qualifier Cl\u00e9mence Royer sont \u00e0 la fois vraies et fausses. Parce que les sch\u00e9mas politiques du XIXe si\u00e8cle ne sont plus tout \u00e0 fait les n\u00f4tres.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Mots-cl\u00e9s : Royer &#8211; Sociobiologie &#8211; Imp\u00f4t &#8211; Lib\u00e9ralisme &#8211; F\u00e9minisme<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Le divorce reste interdit en France jusqu\u2019en 1884. C\u2019est sans doute pourquoi Royer n\u2019a pas \u00e9pous\u00e9 l\u2019homme avec lequel elle vivait.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cl\u00e9mence Royer (1830-1902) est une f\u00e9ministe fran\u00e7aise, bien connue gr\u00e2ce au livre de Genevi\u00e8ve Fraisse (Cl\u00e9mence Royer : philosophe et femme de sciences, La D\u00e9couverte, 1985). Parfaite autodidacte, Royer est l\u2019auteure d\u2019une \u0153uvre importante en sciences sociales, en biologie et en physique mais, faute de position acad\u00e9mique, elle exer\u00e7a successivement les m\u00e9tiers d\u2019enseignante de fran\u00e7ais [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":483,"featured_media":7995,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-7992","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-economie","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7992","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/483"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7992"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7992\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7994,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7992\/revisions\/7994"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/7995"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7992"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7992"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7992"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}