{"id":7987,"date":"2024-03-14T07:20:58","date_gmt":"2024-03-14T06:20:58","guid":{"rendered":"https:\/\/variances.eu\/?p=7987"},"modified":"2024-03-14T07:37:24","modified_gmt":"2024-03-14T06:37:24","slug":"maroc-quelle-trajectoire-economique-et-sociale-et-quels-enjeux-quelques-elements-de-synthese","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=7987","title":{"rendered":"Maroc : quelle trajectoire \u00e9conomique et sociale et quels enjeux ? &#8211; Quelques \u00e9l\u00e9ments de synth\u00e8se"},"content":{"rendered":"<p>La Banque mondiale souligne dans son dernier rapport prospectif sur le Maroc (2019) que depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, des progr\u00e8s incontestables ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s tant sur le plan \u00e9conomique et social que sur celui des libert\u00e9s individuelles et des droits civiques et politiques. Ces avanc\u00e9es se sont notamment accompagn\u00e9es par une augmentation sensible du niveau de vie moyen de la population, une \u00e9radication de l\u2019extr\u00eame pauvret\u00e9, un acc\u00e8s quasi-universel \u00e0 l\u2019\u00e9ducation primaire et un d\u00e9veloppement consid\u00e9rable des infrastructures publiques. Gr\u00e2ce \u00e0 ces efforts, le Maroc a pu enclencher un processus de rattrapage \u00e9conomique vers les pays d\u2019Europe du sud, passant de la cat\u00e9gorie des pays \u00e0 faible revenu \u00e0 celle de pays \u00e0 revenu interm\u00e9diaire inf\u00e9rieur, mais il peine \u00e0 atteindre le statut de pays \u00e9mergent<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Avant d\u2019examiner les obstacles qui limitent la port\u00e9e des progr\u00e8s accomplis et handicapent le d\u00e9veloppement futur du pays, nous examinons rapidement les principales r\u00e9formes et orientations strat\u00e9giques prises par le Maroc au cours des 20 derni\u00e8res ann\u00e9es. Nous d\u00e9veloppons ensuite un diagnostic sur la trajectoire \u00e9conomique et sociale du pays en mettant l\u2019accent dans un premier temps sur les caract\u00e9ristiques du tissu \u00e9conomique, sur l\u2019ampleur des investissements publics et priv\u00e9s et sur la dualit\u00e9 des secteurs formel et informels, et dans un second temps sur le d\u00e9veloppement humain r\u00e9el mais in\u00e9galitaire. Une br\u00e8ve conclusion ach\u00e8ve cette pr\u00e9sentation<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<h3><strong>Des r\u00e9formes \u00e9conomiques et une ouverture sur la mondialisation<\/strong><\/h3>\n<p>Au cours des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, les autorit\u00e9s marocaines ont cherch\u00e9 \u00e0 s\u2019inscrire dans la mondialisation \u00e9conomique en levant nombre de mesures de protection du march\u00e9 int\u00e9rieur et en privil\u00e9giant des politiques publiques fond\u00e9es sur des incitations plut\u00f4t que sur des aides directes : c\u2019est notamment dans cette perspective qu\u2019ont \u00e9t\u00e9 conclus les accords de libre-\u00e9change avec l\u2019Union Europ\u00e9enne (2000) et les Etats-Unis (2004). Un ensemble de r\u00e9formes \u00e9conomiques et de r\u00e9gulation des march\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 introduites, favorisant la cr\u00e9ation d\u2019entreprises, soutenant davantage les PME et transformant notamment les grandes entreprises publiques en soci\u00e9t\u00e9s de droit priv\u00e9. Ces efforts ont permis au Maroc de progresser sensiblement dans nombre de classements internationaux, tel celui du Doing Business de la Banque mondiale, passant de la 129<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e0 la 53<sup>\u00e8me<\/sup> place entre 2010 et 2019.<\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, le Gouvernement marocain a mis en place une succession de plans de d\u00e9veloppement industriel volontaristes, notamment le Plan d\u2019acc\u00e9l\u00e9ration industrielle assorti, pour la p\u00e9riode 2014-2020, d\u2019un fonds de d\u00e9veloppement et d\u2019une Charte de l\u2019investissement en vue de mettre en place des \u00ab \u00e9cosyst\u00e8mes industriels \u00bb visant \u00e0 mieux int\u00e9grer les PME dans ces strat\u00e9gies sectorielles.<\/p>\n<h3><strong>Mais des entreprises marocaines du secteur formel souvent marqu\u00e9es par l<\/strong>\u2019<strong>aversion au risque et la recherche de rentes <\/strong><\/h3>\n<p>Pour autant, pour nombre d\u2019observateurs, un long chemin reste \u00e0 parcourir. En particulier, \u00ab le climat des affaires reste encore per\u00e7u par la plupart des acteurs comme trop impr\u00e9visible et bureaucratique, et n\u2019inspire pas le degr\u00e9 de confiance dont les op\u00e9rateurs \u00e9conomiques ont besoin pour investir \u00e0 moyen ou \u00e0 long terme \u00bb (Banque mondiale, 2019). De m\u00eame, au regard de l\u2019indice de perception de la corruption de Transparency International, le Maroc se classait en 2016 \u00e0 la 90\u00e8me place, devanc\u00e9 par plusieurs pays d\u2019Afrique et de la r\u00e9gion MENA<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>. Certains secteurs d\u2019activit\u00e9 sont enserr\u00e9s dans la logique de la \u00ab rente et de l\u2019entente \u00bb et l\u2019attribution de nombre de d\u00e9l\u00e9gations de services publics seraient accord\u00e9s hors de toute proc\u00e9dure d\u2019appel d\u2019offre publique \u00e0 des proches du pouvoir politique. Cela freine l\u2019\u00e9mergence de nouveaux acteurs entrepreneuriaux et favorise l\u2019apparition de rentes monopolistiques au d\u00e9triment d\u2019investissements visant une comp\u00e9titivit\u00e9 par la qualit\u00e9 et l\u2019incorporation de nouvelles techniques.<\/p>\n<p>Mis \u00e0 part l\u2019Office Ch\u00e9rifien des Phosphates (OCP) qui fait du Maroc le deuxi\u00e8me producteur mondial de cette mati\u00e8re premi\u00e8re et de ses d\u00e9riv\u00e9s, notamment les engrais phosphat\u00e9s, les grands groupes priv\u00e9s marocains sont peu engag\u00e9s dans l\u2019industrie et n\u2019investissent que marginalement dans les nouvelles fili\u00e8res porteuses, telles l\u2019agro-alimentaire, l\u2019industrie pharmaceutique, l\u2019automobile et l\u2019a\u00e9ronautique. Celles-ci sont port\u00e9es pour l\u2019essentiel par de grandes entreprises internationales (PSA et Renault d\u2019une part et Bombardier d\u2019autre part pour les deux derniers secteurs) et ont r\u00e9alis\u00e9 des performances remarquables \u00e0 l\u2019exportation, l\u2019automobile devenant le premier secteur exportateur du pays \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec les phosphates et engrais (un peu plus d\u2019un quart des exportations totales en 2022). De plus, peu de sous-traitants de premier rang de ces entreprises sont \u00e0 capital majoritaire marocain. Parall\u00e8lement une partie de l\u2019industrie correspondant aux secteurs traditionnels est en qu\u00eate d\u2019un nouveau positionnement (le textile notamment). Ajoutons qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019ensemble de l\u2019industrie, durant la p\u00e9riode 2009-2014, plus de 130 000 emplois nets ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits et la tendance se poursuit.<\/p>\n<p>Les acteurs \u00e9conomiques marocains ont souvent privil\u00e9gi\u00e9 l\u2019engagement dans d\u2019autres domaines d\u2019activit\u00e9, notamment la promotion immobili\u00e8re, les services ou le commerce, o\u00f9 ils ont pu \u00e9largir leurs marges b\u00e9n\u00e9ficiaires dans un contexte de croissance de la demande int\u00e9rieure et d\u2019expansion du cr\u00e9dit. C\u2019est ainsi dans le tertiaire que la cr\u00e9ation d\u2019entreprise est de loin la plus dynamique. Notons \u00e9galement le r\u00f4le dynamique du tourisme qui repr\u00e9sente 7 \u00e0 8% du PIB et constitue un facteur important de cr\u00e9ation d\u2019emplois et une source majeure de devises.<\/p>\n<p>Dans le domaine agricole, les entreprises du secteur formel ont fortement d\u00e9velopp\u00e9 les exportations vers l\u2019Europe et la France au premier chef, mais elles se trouvent confront\u00e9es \u00e0 une s\u00e9cheresse persistante qui remet en question la strat\u00e9gie de positionnement et les pratiques de cultures irrigu\u00e9es, alors que les productions destin\u00e9es au march\u00e9 int\u00e9rieur sont d\u00e9laiss\u00e9es.<\/p>\n<p>Au final, en 2019, le secteur primaire repr\u00e9sente 12% du de la valeur ajout\u00e9e nationale marocaine, le secondaire 28% et le tertiaire 60%<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<h3><strong>Des investissements importants principalement port\u00e9s par les pouvoirs publics et les entreprises \u00e9<\/strong><strong>trang\u00e8res<\/strong><\/h3>\n<p>La trajectoire macro\u00e9conomique marocaine est caract\u00e9ris\u00e9e par un taux d\u2019investissement \u00e9lev\u00e9 port\u00e9 pour une large part par les pouvoirs publics. Depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, ceux-ci sont engag\u00e9s dans une strat\u00e9gie volontariste d\u2019investissements massifs dans les infrastructures dont la r\u00e9alisation du port de Tanger Med et de la ligne de train \u00e0 grande vitesse sont embl\u00e9matiques. D\u2019apr\u00e8s la Banque Mondiale, sur la p\u00e9riode 2000-2014, l\u2019investissement a certes repr\u00e9sent\u00e9 pr\u00e8s de 31 % du PIB, soit parmi un panel de 30 pays \u00e9mergents, la troisi\u00e8me place derri\u00e8re la Chine (43 %) et la Cor\u00e9e du Sud (31 %) et bien devant la Turquie (20 %). Mais l\u2019effort incombe principalement au secteur public puisque sa part dans l\u2019accumulation du capital atteint 50 % au milieu des ann\u00e9es 2010 et, si l\u2019on retire la part des investissements directs venant de l\u2019\u00e9tranger, la part du priv\u00e9 dans l\u2019investissement total est modeste. Si, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, l\u2019intervention publique a su attirer des capitaux \u00e9trangers en recherche d\u2019installations industrielles profitables, la mobilisation du capital priv\u00e9 domestique s\u2019est av\u00e9r\u00e9e limit\u00e9e.<\/p>\n<p>A ce stade, les efforts d\u2019investissement n\u2019ont apport\u00e9 ni les gains de productivit\u00e9, ni l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de la croissance, ni les cr\u00e9ations d\u2019emplois qui en \u00e9taient attendus, comme nous le verrons plus loin. Certes, le rythme de croissance a augment\u00e9 dans les ann\u00e9es 2000 pour d\u00e9passer les 4% l\u2019an mais les gains se sont av\u00e9r\u00e9s modestes au regard des efforts consentis, sachant que des pays comme la Turquie et la Colombie ont obtenu des taux de croissance proches de ceux du Maroc avec des taux d\u2019investissement significativement plus faibles (de l\u2019ordre de 20 %).<\/p>\n<h3><strong>L<\/strong>\u2019<strong>emploi informel demeure majoritaire au Maroc, affecte toutes les activit\u00e9<\/strong><strong>s <\/strong><strong>\u00e9conomiques mais se diffuse aussi dans les entreprises du secteur formel<\/strong><\/h3>\n<p>Selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP), en 2013, les unit\u00e9s de production informelles (UPI, non tenues \u00e0 une comptabilit\u00e9 compl\u00e8te) \u00e9taient au nombre de 1,7 million (hors agriculture) alors que les entreprises formelles enregistr\u00e9es aupr\u00e8s de la CNSS (Caisse Nationale de S\u00e9curit\u00e9 Sociale) ne sont au nombre que de 252\u00a0000. Les premi\u00e8res sont essentiellement des micro-entreprises (les trois quarts sont unipersonnelles) relevant principalement des activit\u00e9s commerciales (70% du chiffre d\u2019affaires total de l\u2019informel), de l\u2019industrie (13%), des services (9%) et du BTP (8%). Ces unit\u00e9s \u00e9conomiques sont g\u00e9n\u00e9ralement fond\u00e9es sur l\u2019initiative individuelle et familiale et le niveau d\u2019instruction des entrepreneurs informels est faible (seuls un peu plus de 3% ont fr\u00e9quent\u00e9 l\u2019enseignement sup\u00e9rieur). En 2013, les UPI repr\u00e9sentent une contribution de l\u2019ordre de 12% de la production nationale mais davantage dans le commerce (57%) et le b\u00e2timent (27%).<\/p>\n<p>Comme le souligne le rapport du HCP, le secteur informel est un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019absence ou le retard d\u2019un processus de transformation des structures productives d\u2019une \u00e9conomie nationale et de sa faible productivit\u00e9 globale. La sph\u00e8re informelle s\u2019av\u00e8re, d\u00e8s lors, comme le milieu ad\u00e9quat des activit\u00e9s d\u2019aubaine profitant \u00e0 la demande de consommation et de services d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle en transition\u00a0\u00bb. De plus, le secteur informel vient r\u00e9pondre aux attentes de la population en termes d\u2019emploi, en raison d\u2019un taux de ch\u00f4mage \u00e9lev\u00e9 (plus de 10% en moyenne) et de l\u2019incapacit\u00e9 du secteur formel \u00e0 offrir des emplois en nombre suffisant.<\/p>\n<p>En 2013, l\u2019emploi dans le secteur informel repr\u00e9sentait 2,4 millions de personnes, principalement sous le statut de travailleur ind\u00e9pendant, soit 36% de l&#8217;emploi non-agricole \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale. Toutefois, il ne faut pas confondre secteur informel et emploi informel car d\u2019une part, au sein m\u00eame du secteur formel, l\u2019emploi informel est pr\u00e9sent (sans couverture sociale et\/ou sans contrat de travail formalis\u00e9) et, d\u2019autre part, le secteur agricole se compose principalement d\u2019emplois informels (sous la forme notamment des aides-familiaux). Au final, selon le HCP, l\u2019emploi informel p\u00e8se pour 68% de l\u2019emploi total en 2014, ce chiffre se r\u00e9partissant entre 28% pour le secteur informel, 2% pour le secteur formel et 38% pour l\u2019agriculture.<\/p>\n<p>On mesure l\u00e0 les enjeux de d\u00e9veloppement de l\u2019emploi de qualit\u00e9 ou de l\u2019emploi \u00ab\u00a0d\u00e9cent\u00a0\u00bb, pour reprendre la formulation de l\u2019OIT.<\/p>\n<h3><strong>Un d\u00e9veloppement humain r\u00e9<\/strong><strong>el mais in<\/strong><strong>\u00e9galitaire, doubl\u00e9 <\/strong><strong>d<\/strong>\u2019<strong>un acc\u00e8s \u00e0 l<\/strong>\u2019<strong>emploi fortement diff\u00e9<\/strong><strong>renci<\/strong><strong>\u00e9 selon le genre et l\u2019\u00e2<\/strong><strong>ge\u00a0 <\/strong><\/h3>\n<p>Comme en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement \u00e9conomique, le Maroc se trouve dans une situation ambivalente tant sur le plan social qu\u2019au regard de l\u2019emploi. Le rythme de croissance assez \u00e9lev\u00e9 du PIB par habitant depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 (autour de 3% en moyenne) a permis de r\u00e9duire significativement la pauvret\u00e9 mon\u00e9taire, notamment \u00ab extr\u00eame \u00bb mais elle reste end\u00e9mique en milieu rural,. Au regard des indices de d\u00e9veloppement humain, le Maroc se situait en 2015 au 126\u00e8me rang mondial (sur 188 pays), derri\u00e8re l\u2019\u00c9gypte (108\u00e8me) et la Tunisie (96\u00e8me), loin de la Turquie (72\u00e8me). Le Maroc est aussi marqu\u00e9 par un degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9 d\u2019in\u00e9galit\u00e9 dans la r\u00e9partition des richesses\u00a0: le rapport \u00ab Global Inequality 2022 \u00bb indique qu\u2019au Maroc, 10 % de la population poss\u00e8de plus de 63 % de la richesse totale, tandis que 50 % en poss\u00e8dent moins de 5 %.<\/p>\n<p>L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi cristallise ces difficult\u00e9s et in\u00e9galit\u00e9s. Sous l\u2019angle des \u00e9quilibres entre population en \u00e2ge de travailler et volume d\u2019emplois, l\u2019\u00e9conomie marocaine pr\u00e9sente un d\u00e9ficit persistant. Alors que chaque ann\u00e9e, environ 350 000 personnes &#8211; 280 000 en milieu urbain et 70 000 en milieu rural &#8211; s\u2019ajoutent \u00e0 la population en \u00e2ge de travailler, seuls 61 000 postes ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s annuellement entre 2010 et 2015. Ainsi, au regard de la taille de sa population, l\u2019\u00e9conomie marocaine cr\u00e9e deux fois moins d\u2019emplois que son homologue \u00e9gyptienne (Banque mondiale 2009).<\/p>\n<p>Corr\u00e9lativement, le taux d\u2019emploi (qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019emploi formel ou informel) est structurellement faible quand on le compare \u00e0 celui des pays \u00e9mergents et\/ou d\u00e9velopp\u00e9s (39% en 2022 versus 48% en Turquie et 68% en France). Les femmes sont les premi\u00e8res victimes de cette situation car leur taux d\u2019emploi est particuli\u00e8rement bas (16 % contre 63% pour les hommes), soit la moiti\u00e9 de ce qu\u2019il est dans les pays \u00e9mergents. Leur taux d\u2019activit\u00e9 est \u00e9galement tr\u00e8s bas\u00a0et tend \u00e0 se r\u00e9duire (19% alors qu\u2019il est de 70% pour les hommes). S\u2019exprime ainsi une forme de segmentation structurelle au d\u00e9triment des femmes qui p\u00e8se lourdement sur les capacit\u00e9s de d\u00e9veloppement humain et de d\u00e9veloppement \u00e9conomique.<\/p>\n<p>De plus, le march\u00e9 du travail se caract\u00e9rise par une faible capacit\u00e9 \u00e0 int\u00e9grer les jeunes dans l\u2019emploi : le taux d\u2019emploi de la classe d\u2019\u00e2ge des 25-35 ans est inf\u00e9rieur \u00e0 50%. En 2016, pr\u00e8s d\u2019un jeune sur trois \u00e2g\u00e9 de 15 \u00e0 29 ans n\u2019\u00e9tait ni en \u00e9ducation, ni en emploi, ni en formation<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>, que ce soit pour des raisons familiales ou par d\u00e9couragement compte tenu des d\u00e9cevantes opportunit\u00e9s offertes par le march\u00e9 du travail. Parmi ces personnes en marge de l\u2019emploi, les jeunes femmes \u00e9taient largement majoritaires. Se cumule donc un double processus de segmentation, selon le genre et selon l\u2019\u00e2ge, plus particuli\u00e8rement au d\u00e9triment des femmes alors m\u00eame que leur niveau d\u2019\u00e9ducation ne cesse de s\u2019\u00e9lever : elles sont d\u00e9sormais plus nombreuses que les hommes \u00e0 obtenir le baccalaur\u00e9at.<\/p>\n<p>Outre la faiblesse des taux d\u2019emploi et d\u2019activit\u00e9, le ch\u00f4mage touche plus de 10 % de la population active, dont la grande majorit\u00e9 est \u00e2g\u00e9e de moins de 35 ans. En outre, au Maroc, comme parmi les autres pays de la zone MENA, la configuration du march\u00e9 du travail s\u2019av\u00e8re peu favorable aux jeunes dipl\u00f4m\u00e9s. Le fait que la d\u00e9tention d\u2019un dipl\u00f4me multiplie par trois le risque d\u2019\u00eatre au ch\u00f4mage est non seulement d\u00fb \u00e0 l\u2019offre trop restreinte d\u2019emplois qualifi\u00e9s et \u00ab d\u00e9cents \u00bb de la part du syst\u00e8me productif mais aussi aux d\u00e9faillances au sein du syst\u00e8me \u00e9ducatif et \u00e0 sa tr\u00e8s in\u00e9gale qualit\u00e9. Pour autant, il ne faudrait pas en d\u00e9duire que le fait de d\u00e9tenir un dipl\u00f4me, notamment de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, est un d\u00e9savantage sur le march\u00e9 du travail. En r\u00e9alit\u00e9, le dipl\u00f4me reste bien une ressource facilitant l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi de qualit\u00e9. Dans un contexte o\u00f9, rappelons-le, l\u2019informalit\u00e9 touche une grande partie des actifs occup\u00e9s (plus de 60% actuellement ne cotisent pas \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 sociale), en particulier les travailleurs en milieu rural, les femmes et les moins dipl\u00f4m\u00e9s, notamment parmi les jeunes.<\/p>\n<h3><strong>Conclusions<\/strong><\/h3>\n<p>Le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement marocain s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 jusqu\u2019ici gourmand en capital sans pour autant g\u00e9n\u00e9rer suffisamment de gains de productivit\u00e9 et d\u2019emplois de qualit\u00e9. Ce constat a conduit les acteurs publics \u00e0 redessiner r\u00e9cemment un \u00ab nouveau mod\u00e8le de d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019horizon de 2035 qui retient un objectif de modernisation, de diversification et de mont\u00e9e en gamme du syst\u00e8me productif marocain, avec le souci d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer la cr\u00e9ation d\u2019emplois de qualit\u00e9, d\u2019am\u00e9liorer le niveau de vie de la population marocaine et de financer les besoins en termes d\u2019investissements sociaux et en capital humain.<\/p>\n<p>Cela impliquera notamment d\u2019atteindre un taux de croissance d\u2019au moins 6% par et d\u2019augmenter significativement la valeur ajout\u00e9e industrielle de moyenne et haute technologie, mais aussi de restaurer les conditions d\u2019une concurrence saine, entrav\u00e9e par la pr\u00e9sence d\u2019un fort secteur informel. Il faudra \u00e9galement peser fortement sur le fonctionnement et la qualit\u00e9 du syst\u00e8me \u00e9ducatif et sur celui du march\u00e9 du travail afin d\u2019\u00e9lever les comp\u00e9tences et qualifications des jeunes actifs et de renforcer significativement la participation des femmes \u00e0 l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique. Objectifs de nature autant \u00e9conomiques, institutionnels que soci\u00e9taux dont l\u2019atteinte suppose des changements importants dans les comportements des jeunes, des familles, des employeurs et des pouvoirs publics.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Mots-cl\u00e9s : Maroc &#8211; \u00c9conomie &#8211; \u00c9conomie informelle &#8211; Emploi<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> La Banque mondiale place le Maroc en 2022 dans la cat\u00e9gorie des pays \u00e0 revenu interm\u00e9diaire inf\u00e9rieur, d\u00e9finie par un revenu par habitant situ\u00e9 entre 1136 et 4465 dollars. Il ne figure donc pas dans la cat\u00e9gorie des pays \u00e0 revenu interm\u00e9diaire sup\u00e9rieur (de 4466 \u00e0 13845 dollars de revenu par habitant), parmi lesquels se trouvent le Br\u00e9sil, l\u2019Afrique du Sud ou la Chine<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Les r\u00e9sultats pr\u00e9sent\u00e9s sont issus d\u2019un chantier de 5 ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes (2019- 2023) soutenu par la coop\u00e9ration am\u00e9ricaine, en lien avec le gouvernement marocain. L\u2019\u00e9quipe \u00e9tait compos\u00e9e d\u2019\u00c9ric Verdier (CNRS), directeur de projet, Sa\u00efd Hanchane (universit\u00e9 Mohammed VI), Mich\u00e8le Mansuy, Isabelle Recotillet, Saad Ellah Berhili et Fran\u00e7ois Aventur (consultants).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Zone Moyen-Orient et Afrique du Nord.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> Cette structure varie peu dans les ann\u00e9es plus r\u00e9centes, bien qu\u2019affect\u00e9e par les irr\u00e9gularit\u00e9s du secteur primaire, li\u00e9es aux bonnes ou mauvaises r\u00e9coltes, elles-m\u00eames fonction de la pluviom\u00e9trie. En 2019, 2020 et 2022, la valeur ajout\u00e9e du secteur primaire a chut\u00e9 de 5, 7 et 13% respectivement, alors qu\u2019en 2021 elle a progress\u00e9 de 21%.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> Il s\u2019agit de la cat\u00e9gorie des NEET\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0not in Education, Employment or Training\u00a0\u00bb, utilis\u00e9e en Europe et dans les institutions internationales comme la Banque mondiale<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Banque mondiale souligne dans son dernier rapport prospectif sur le Maroc (2019) que depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, des progr\u00e8s incontestables ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s tant sur le plan \u00e9conomique et social que sur celui des libert\u00e9s individuelles et des droits civiques et politiques. 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