{"id":7932,"date":"2024-02-22T00:01:42","date_gmt":"2024-02-21T23:01:42","guid":{"rendered":"https:\/\/variances.eu\/?p=7932"},"modified":"2024-02-22T00:05:42","modified_gmt":"2024-02-21T23:05:42","slug":"les-enjeux-politiques-au-bresil-apres-un-an-de-presidence-lula","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=7932","title":{"rendered":"Les enjeux politiques au Br\u00e9sil apr\u00e8s un an de pr\u00e9sidence Lula"},"content":{"rendered":"<p><em>Cet article propose une analyse de la situation et des perspectives politiques et \u00e9conomiques du Br\u00e9sil fin 2023, treize mois apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9lection de Luiz In\u00e1cio Lula da Silva (\u00ab\u00a0Lula\u00a0\u00bb).<\/em><\/p>\n<p><em>Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit pour l&rsquo;Institut Fran\u00e7ais des Relations internationales (IFRI), qui l&rsquo;a publi\u00e9, dans une version plus longue, en janvier 2024. <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.ifri.org\/fr\/publications\/briefings-de-lifri\/enjeux-politiques-bresil-apres-un-de-presidence-lula\">https:\/\/www.ifri.org\/fr\/publications\/briefings-de-lifri\/enjeux-politiques-bresil-apres-un-de-presidence-lula<\/a><\/span><\/span><\/em><\/p>\n<hr \/>\n<h3><strong>1. Le Br\u00e9sil fin 2023 <\/strong><\/h3>\n<p>Lula a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique le 30 octobre 2022, apr\u00e8s un second tour plus serr\u00e9 qu&rsquo;attendu, avec 50,9% des suffrages exprim\u00e9s, et seulement 2,1\u00a0millions de voix d&rsquo;avance sur le pr\u00e9sident sortant, Jair Bolsonaro. Son vice-pr\u00e9sident est Geraldo Alckmin, issu du centre-droit. Cependant, lors des \u00e9lections l\u00e9gislatives men\u00e9es simultan\u00e9ment, les partis soutenant Lula (Parti des Travailleurs \u2013 PT, PSOL, PSB, et au second tour PDT et Solidariedade) n&rsquo;obtiennent qu&rsquo;une minorit\u00e9 des voix et seulement 130 d\u00e9put\u00e9s sur 513, et 8 gouverneurs d&rsquo;Etat sur 27. Lula est investi pour un troisi\u00e8me mandat le 1er janvier 2023 mais, d\u00e8s le 8 janvier, des milliers de partisans de Bolsonaro ne reconnaissant pas sa victoire envahissent le Congr\u00e8s national, le palais pr\u00e9sidentiel du Planalto et le Tribunal supr\u00eame f\u00e9d\u00e9ral (STF) et vandalisent les lieux. Apr\u00e8s un certain flottement des autorit\u00e9s (pro-Bolsonaro) du district f\u00e9d\u00e9ral, les militants sont d\u00e9log\u00e9s le jour m\u00eame par les forces de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>Les performances \u00e9conomiques du Br\u00e9sil ont \u00e9t\u00e9 convenables en 2023. Alors qu&rsquo;en octobre 2022 le FMI n&rsquo;anticipait qu&rsquo;une croissance de 1%, celle-ci pourrait \u00eatre l\u00e9g\u00e8rement sup\u00e9rieure \u00e0 3%. Les perspectives pour 2024 sont cependant beaucoup plus incertaines. L&rsquo;inflation est revenue \u00e0 4,6% en d\u00e9cembre (par rapport \u00e0 d\u00e9cembre 2022), permettant un d\u00e9but de d\u00e9crue des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, mais le taux directeur, le Selic, reste tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 \u00e0 11,75%. Les comptes ext\u00e9rieurs sont eux aussi sains\u00a0: le d\u00e9ficit courant sera inf\u00e9rieur \u00e0 2% du PIB, et est ais\u00e9ment financ\u00e9 par les investissements directs \u00e9trangers, permettant de maintenir les r\u00e9serves en devises \u00e0 un niveau \u00e9lev\u00e9 (340\u00a0mds USD), contribuant ainsi \u00e0 la stabilit\u00e9 du real. Le seul point noir est le niveau du d\u00e9ficit des finances publiques\u00a0: le gouvernement anticipait pour 2023 un d\u00e9ficit primaire de 1,3% du PIB, mais vient d&rsquo;admettre qu&rsquo;il sera plut\u00f4t de l&rsquo;ordre de 1,7%, ce qui conduira, compte tenu de la charge d&rsquo;int\u00e9r\u00eats sur la dette publique, \u00e0 un d\u00e9ficit global sup\u00e9rieur \u00e0 7% difficilement soutenable.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><u>Br\u00e9sil\u00a0: quelques indicateurs \u00e9conomiques <\/u><\/p>\n<p><strong> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7933\" src=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/t1.png\" alt=\"\" width=\"1058\" height=\"249\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/t1.png 1058w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/t1-300x71.png 300w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/t1-1024x241.png 1024w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/t1-600x141.png 600w\" sizes=\"(max-width: 1058px) 100vw, 1058px\" \/><\/strong><\/p>\n<h3><strong>2. La politique \u00e9conomique : ce que voudrait Lula<\/strong> <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/h3>\n<p>Le Lula \u00e9lu en octobre 2022 n&rsquo;est pas le Lula \u00e9lu en 2002. Il a 20 ans de plus, mais surtout il a pass\u00e9 580 jours en prison entre avril 2018 et novembre 2019, condamn\u00e9 par le juge Moro, de Curitiba, pour corruption dans l&rsquo;affaire dite \u00ab\u00a0Lava Jato\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Il a toujours rejet\u00e9 les accusations, et consid\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une man\u0153uvre politique de la droite br\u00e9silienne pour emp\u00eacher sa candidature \u00e0 l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2018, venant apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9viction, \u00e0 ses yeux tout aussi contestable, de Dilma Rousseff en 2016. Lula veut donc toujours se voir comme un rassembleur, mais il est conscient qu&rsquo;il a aujourd&rsquo;hui face \u00e0 lui une opposition beaucoup plus d\u00e9termin\u00e9e, repr\u00e9sentant une partie de la population pour qui la haine du PT et de lui-m\u00eame est la principale conviction politique, et dont une partie est, les \u00e9v\u00e8nements du 8 janvier l&rsquo;ont montr\u00e9, pr\u00eate \u00e0 tout pour revenir au pouvoir.<\/p>\n<p>Ses objectifs ont toutefois peu chang\u00e9, et restent plus sociaux que politiques\u00a0: sa priorit\u00e9 est de sortir de la pauvret\u00e9 une partie des 71 millions<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> de Br\u00e9siliens (33% de la population) qui la subissent. L&rsquo;exp\u00e9rience de ses deux premiers mandats a convaincu Lula que cet objectif de r\u00e9duction de la pauvret\u00e9 pouvait \u00eatre atteint en conjuguant une croissance forte et une politique de transferts directs vers la population la plus pauvre.<\/p>\n<p>Les transferts directs et conditionnels (\u00e0 la condition de revenu s&rsquo;ajoutent notamment des obligations de scolarisation et de vaccination) ont surtout consist\u00e9 en 2023 en un renforcement du programme \u00ab\u00a0<em>Bolsa Familia<\/em>\u00ab\u00a0, qui atteint pr\u00e8s de 21\u00a0millions de familles (55\u00a0milllions de personnes) pour un montant total de 175\u00a0milliards de BRL (1,6% du PIB). Le programme d&rsquo;aide au logement \u00ab\u00a0<em>Minha Casa, minha vida<\/em>\u00a0\u00bb a aussi \u00e9t\u00e9 relanc\u00e9. Ces programmes n&rsquo;avaient pas \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9s, mais seulement renomm\u00e9s par le gouvernement Bolsonaro (\u00ab\u00a0<em>Auxilio Brasil<\/em>\u00a0\u00bb avait remplac\u00e9 <em>Bolsa Familia<\/em>, et \u00ab\u00a0<em>Casa Verde e Amarela<\/em>\u00a0\u00bb s&rsquo;\u00e9tait substitu\u00e9 \u00e0 <em>Minha casa, minha vida<\/em>)\u00a0: ils \u00e9taient en effet consid\u00e9r\u00e9s comme indispensables au soutien d&rsquo;une partie de la population, et avaient m\u00eame \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rablement \u00e9tendus en 2022 dans la perspective des \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales d&rsquo;octobre<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>S&rsquo;il existe un consensus plus ou moins enthousiaste sur les programmes de transferts sociaux, la strat\u00e9gie de croissance fait l&rsquo;objet d&rsquo;un d\u00e9bat bien plus vif. Pendant ses deux premiers mandats, Lula a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;une conjoncture mondiale globalement porteuse (sauf en 2009) avec des prix des mati\u00e8res premi\u00e8res en hausse, et la croissance moyenne du Br\u00e9sil sur la p\u00e9riode 2002-2010 a atteint 4,1%. Le contexte international est aujourd&rsquo;hui bien moins favorable, et le FMI, peut-\u00eatre pessimiste, n&rsquo;anticipe pour le Br\u00e9sil qu&rsquo;une croissance annuelle de 2% d&rsquo;ici \u00e0 2028, qui n&rsquo;apporterait qu&rsquo;une contribution modeste \u00e0 la r\u00e9duction de la pauvret\u00e9. La tentation pourrait donc \u00eatre forte pour Lula de chercher \u00e0 mettre en \u0153uvre une politique \u00e9conomique visant \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer cette croissance, dans une forme de \u00ab\u00a0d\u00e9veloppementalisme\u00a0\u00bb. Il convient ici de s&rsquo;arr\u00eater sur ce risque, et sur les accusations d'\u00a0\u00bb\u00e9tatisme\u00a0\u00bb voire de \u00ab\u00a0communisme\u00a0\u00bb d&rsquo;une partie de la droite br\u00e9silienne (et d&rsquo;ailleurs\u00a0: cf. Javier Milei). Les derni\u00e8res ne sont pas s\u00e9rieuses\u00a0: on chercherait en vain, dans la pratique des deux premiers gouvernements Lula, quelque chose ressemblant \u00e0 du \u00ab\u00a0communisme\u00a0\u00bb, sauf \u00e0 consid\u00e9rer que les transferts sociaux en sont une caract\u00e9ristique (mais alors, Bolsonaro aussi\u00a0?). Quant \u00e0 celles d'\u00a0\u00bb\u00e9tatisme\u00a0\u00bb, si elles \u00e9taient fond\u00e9es dans le cas de Dilma Rousseff (2011-2016), elles sont beaucoup plus contestables dans le cas de Lula\u00a0: la seule d\u00e9cision de ne pas privatiser Petrobras, annonc\u00e9e quelques jours apr\u00e8s la prise de fonctions de Lula, ne suffit pas pour le qualifier d'\u00a0\u00bb\u00e9tatiste\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>Notre conviction est que Lula est essentiellement pragmatique\u00a0: il est favorable \u00e0 toute politique susceptible d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer la croissance et de cr\u00e9er des emplois. Son \u00ab\u00a0\u00e9galitarisme\u00a0\u00bb ne va pas beaucoup plus loin que la volont\u00e9 de corriger des situations particuli\u00e8rement injustes\u00a0: ainsi les mesures prises par un gouvernement PT en faveur des employ\u00e9es domestiques (Dilma Rousseff, en 2012). Mais si des associations public\/priv\u00e9 peuvent dynamiser l&rsquo;\u00e9conomie br\u00e9silienne, par exemple en renfor\u00e7ant les infrastructures, il les approuvera<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. Lula ne semble m\u00eame pas avoir de \u00ab\u00a0vision social-d\u00e9mocrate\u00a0\u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 br\u00e9silienne, comme peuvent en avoir une partie des militants du PT, et en particulier son ministre des finances Fernando Haddad. Il ne semble ainsi jamais avoir envisag\u00e9 de r\u00e9former des structures politiques pourtant corrompues et n\u00e9potistes, m\u00eame quand il aurait peut-\u00eatre pu le faire pendant son second mandat<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, confiant dans le fait que ses talents de n\u00e9gociateur lui permettraient d&rsquo;en g\u00e9rer les tares. La r\u00e9forme fiscale n\u00e9goci\u00e9e avec le Congr\u00e8s par son ministre des Finances est pour lui beaucoup plus un instrument pour \u00ab\u00a0boucler les comptes\u00a0\u00bb qu&rsquo;un outil pour un peu plus de justice sociale.<\/p>\n<p>Lula est en effet conscient des contraintes pesant sur les finances publiques. Quand il acc\u00e8de \u00e0 la pr\u00e9sidence le 1er janvier 2003, la dette publique atteint 76% du PIB, et en 2003 les int\u00e9r\u00eats sur cette dette repr\u00e9sentent 9% du PIB, un pr\u00e9l\u00e8vement exorbitant et un transfert inacceptable \u00e0 ses yeux vers les cr\u00e9anciers \u00e9trangers et la frange la plus riche de la population br\u00e9silienne. Il veille donc, aid\u00e9 par une conjoncture internationale favorable et une croissance forte, \u00e0 ce que les budgets d\u00e9gagent un exc\u00e9dent primaire suffisant (en moyenne 3% du PIB sur ses deux mandats) pour faire baisser la dette publique, qui est d&rsquo;ailleurs ramen\u00e9e \u00e0 62% du PIB fin 2010. La dette publique atteint aujourd&rsquo;hui 88% du PIB, gonfl\u00e9e par les politiques budg\u00e9taires laxistes de Dilma Rousseff et de Michel Temer et par la crise du Covid-19, et la politique de taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat men\u00e9e par la banque centrale conduit \u00e0 des paiements d&rsquo;int\u00e9r\u00eats de pr\u00e8s de 6% du PIB en 2023. Lula et son ministre des Finances se sont donc engag\u00e9s \u00e0 revenir \u00e0 un solde primaire nul en 2024 et un exc\u00e9dent primaire de 1% du PIB en 2026. Le march\u00e9 ne croit pas \u00e0 l&rsquo;objectif pour 2024, et Lula lui-m\u00eame a exprim\u00e9 son scepticisme. Mais le retour \u00e0 une politique budg\u00e9taire orthodoxe est une quasi-certitude, malgr\u00e9 l&rsquo;obstruction du Congr\u00e8s.<\/p>\n<h3><strong>3. Les contraintes politiques : ce que Lula peut faire <\/strong><\/h3>\n<p>Le Congr\u00e8s br\u00e9silien, compos\u00e9 d&rsquo;un S\u00e9nat et d&rsquo;une Chambre des d\u00e9put\u00e9s, est un obstacle s\u00e9rieux \u00e0 la mise en \u0153uvre d&rsquo;une politique \u00e9conomique, quelle qu&rsquo;elle soit. Au-del\u00e0 des difficult\u00e9s sp\u00e9cifiques rencontr\u00e9es par le gouvernement Lula face aux assembl\u00e9es majoritairement conservatrices \u00e9lues en octobre 2022, tout gouvernement se heurte \u00e0 une pratique selon laquelle un grand nombre de parlementaires du \u00ab\u00a0<em>centr<\/em><em>\u00e3<\/em><em>o<\/em>\u00ab\u00a0(litt\u00e9ralement\u00a0: le \u00ab\u00a0gros centre\u00a0\u00bb), un ensemble de partis repr\u00e9sentant des int\u00e9r\u00eats particuliers, sectoriels ou g\u00e9ographiques, n&rsquo;accordent leur appui qu&rsquo;en \u00e9change de financements qui leur permettent de renforcer leur base \u00e9lectorale, parfois g\u00e9ographiquement assez \u00e9troite. La pratique est ancienne\u00a0: le premier gouvernement Lula avait mis en place le m\u00e9canisme du \u00ab\u00a0<em>mensal<\/em><em>\u00e3<\/em><em>o<\/em>\u00a0\u00bb (les \u00ab\u00a0grosses mensualit\u00e9s\u00a0\u00bb) dans lequel certains parlementaires recevaient des paiements personnels r\u00e9guliers en \u00e9change de leur appui. Il a \u00e9t\u00e9 prolong\u00e9 et amplifi\u00e9 (y compris pendant les gouvernements Rousseff et Temer) par le \u00ab\u00a0<em>petrol<\/em><em>\u00e3<\/em><em>o<\/em>\u00a0\u00bb avec des financements apport\u00e9s par Petrobras, qui b\u00e9n\u00e9ficiaient aussi aux partis politiques (dont mais pas seulement le PT). Certains b\u00e9n\u00e9ficiaires de <em>mensal<\/em><em>\u00e3<\/em><em>o<\/em> et du <em>petrol\u00e3o<\/em> ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s par la justice. La pratique a donc chang\u00e9 pendant le gouvernement de Jair Bolsonaro\u00a0: l&rsquo;appui des parlementaires est obtenu \u00e0 partir de 2020 par la concession \u00e0 certains parlementaires de \u00ab\u00a0budgets secrets\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<em>or\u00e7amentos secretos<\/em>\u00ab\u00a0) d&rsquo;utilisation libre et non publique\u00a0: le congressiste obtient de l&rsquo;ex\u00e9cutif un transfert \u00e0 une mairie contr\u00f4l\u00e9e par un alli\u00e9<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, et d\u00e9termine son utilisation sans qu&rsquo;aucun examen de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de cette d\u00e9pense ne soit r\u00e9alis\u00e9; en outre, les biens et services ainsi achet\u00e9s sont g\u00e9n\u00e9ralement surfactur\u00e9s. Entre 2020 et 2022, 54\u00a0milliards de BRL (10 milliards d&rsquo;EUR) ont ainsi \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9s du budget. Au total, l&rsquo;<em>or\u00e7amento secreto<\/em> et ses d\u00e9riv\u00e9s sont peut-\u00eatre moins ill\u00e9gaux que la corruption \u00ab\u00a0simple\u00a0\u00bb du <em>mensal\u00e3o<\/em> et du <em>petrol\u00e3o<\/em>, mais leur co\u00fbt est <em>in fine<\/em> plus \u00e9lev\u00e9, et leur impact \u00e9conomique plus n\u00e9gatif. Cette pratique a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e par le STF en d\u00e9cembre 2022, mais elle s&rsquo;est pourtant poursuivie pendant la premi\u00e8re ann\u00e9e du gouvernement Lula, sous la forme de \u00ab\u00a0transferts minist\u00e9riels\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cela a en particulier \u00e9t\u00e9 le cas lors de l&rsquo;examen de la r\u00e9forme fiscale. En juillet 2023, le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 a accord\u00e9 17,9 millions de BRL pour un h\u00f4pital de Macei\u00f3 (Alagoas) dont la directrice financi\u00e8re\u00a0 est la cousine d&rsquo;Artur Lira, d\u00e9put\u00e9 de l&rsquo;Alagoas, pr\u00e9sident de la Chambre et principal organisateur et b\u00e9n\u00e9ficiaire du syst\u00e8me de l&rsquo;<em>or\u00e7amento secreto<\/em><a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. Les parlementaires ont aussi exig\u00e9, pour accepter de voter cette r\u00e9forme, des exemptions fiscales avec des justifications parfois \u00e9tonnantes, en faveur de secteurs tels que l&rsquo;h\u00f4tellerie, le football, et les professionnels ind\u00e9pendants (avocats, ing\u00e9nieurs, comptables\u2026). L&rsquo;appui d&rsquo;Arturo Lira a \u00e9t\u00e9 encore plus couteux\u00a0: il a demand\u00e9, et obtenu, la pr\u00e9sidence de la Caixa Econ\u00f4mica Federal, une grande banque publique, pour un de ses prot\u00e9g\u00e9s, et cela \u00ab\u00a0\u00e0 portes ferm\u00e9es\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<em>a portas fechadas<\/em>\u00ab\u00a0), ce qui signifie qu&rsquo;il a la ma\u00eetrise compl\u00e8te du personnel de la banque. La r\u00e9forme a cependant \u00e9t\u00e9 vot\u00e9e en novembre 2023, et apporte deux modifications majeures au syst\u00e8me fiscal\u00a0: un accroissement des recettes et une simplification. La r\u00e9forme devrait en effet apporter \u00e0 terme des recettes suppl\u00e9mentaires pour 1,5% du PIB, en r\u00e9duisant des \u00ab\u00a0niches\u00a0\u00bb fiscales dont b\u00e9n\u00e9ficiaient certains fonds d&rsquo;investissement, en durcissant la taxation sur les dividendes, et en \u00e9liminant les d\u00e9ductions connues comme les \u00ab\u00a0int\u00e9r\u00eats sur fonds propres\u00a0\u00bb. La simplification, bien re\u00e7ue par les entreprises, consiste en un remplacement de cinq imp\u00f4ts sur la consommation (trois f\u00e9d\u00e9raux \u2013 PIS, Cofins et IPI \u2013 et deux per\u00e7us par les \u00e9tats et les municipalit\u00e9s \u2013 ICMS et ISS) par une TVA en deux volets, l&rsquo;un f\u00e9d\u00e9ral (CBS), l&rsquo;autre local (IBS), \u00e0 un taux moyen cependant tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 (27,5%).<\/p>\n<p>Les difficult\u00e9s de la \u00ab\u00a0gestion\u00a0\u00bb des parlementaires illustrent la m\u00e9diocrit\u00e9 de la gouvernance au Br\u00e9sil. Si l&rsquo;on se r\u00e9f\u00e8re aux World Governance Indicators de la Banque mondiale, le Br\u00e9sil se situe certes, pour l&rsquo;indicateur \u00ab\u00a0Rule of Law\u00a0\u00bb dans une position l\u00e9g\u00e8rement plus favorable que la Colombie, l&rsquo;Argentine, le P\u00e9rou et le Mexique (en ordre d\u00e9croissant), mais tr\u00e8s loin de l&rsquo;Uruguay et du Chili. Pour l&rsquo;indicateur \u00ab\u00a0Control of Corruption\u00a0\u00bb, le Br\u00e9sil passe m\u00eame derri\u00e8re la Colombie et l&rsquo;Argentine. En outre, la tendance est pour les deux indicateurs \u00e0 la d\u00e9gradation, les meilleurs r\u00e9sultats du Br\u00e9sil ayant \u00e9t\u00e9 obtenus dans les deux cas en 2010, \u00e0 la fin du second mandat de Lula. Avec un peu d&rsquo;optimisme, on peut esp\u00e9rer qu&rsquo;il pourra \u00e0 nouveau am\u00e9liorer la perception du pays. Mais il est sur ce point dans une position bien plus difficile que lors de ses deux premiers mandats, \u00e9tant lui-m\u00eame consid\u00e9r\u00e9 comme personnellement corrompu par la moiti\u00e9 des Br\u00e9siliens, m\u00eame si la justice a annul\u00e9 ses condamnations.<\/p>\n<p>Le mandat de Jair Bolsonaro a donn\u00e9 un nouveau r\u00f4le politique \u00e0 la justice br\u00e9silienne, qui pourrait devenir inconfortable. Elle n&rsquo;est pas sortie indemne des abus des procureurs et juges de Curitiba dans la poursuite du justiciable Lula, et des atermoiements du STF lui-m\u00eame dans le traitement de l&rsquo;affaire. Elle a aussi tergivers\u00e9 dans la condamnation de la pratique de l&rsquo;<em>or\u00e7amento secreto<\/em>\u00a0: elle l&rsquo;a fait assez mollement, condamnant la pratique mais se gardant de mettre en cause les responsables l&rsquo;ayant mise en \u0153uvre. Peut-\u00eatre est-elle r\u00e9ticente \u00e0 endosser ce nouveau r\u00f4le politique de vigilance et de sanction des abus du Congr\u00e8s. Le STF et le Tribunal Supr\u00eame Electoral (TSE) ont cependant eu la main plus ferme dans la condamnation (8 ans d&rsquo;in\u00e9ligibilit\u00e9) de la mise en cause <em>ex ante<\/em> par Jair Bolsonaro de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du processus \u00e9lectoral br\u00e9silien, et dans les lourdes peines de prison inflig\u00e9es \u00e0 certains participants \u00e0 l&rsquo;invasion et au saccage des institutions de la capitale, le 8 janvier 2023, sans jusqu&rsquo;ici mettre en cause les responsables de cette tentative de coup d&rsquo;Etat.<\/p>\n<p>Lula se repr\u00e9sentera-t-il pour un quatri\u00e8me mandat en 2026\u00a0? Cela d\u00e9pendra de sa propre envie (de son \u00e2ge \u2013 il aura alors 81 ans \u2013 et de son \u00e9tat de sant\u00e9), mais aussi de l&rsquo;\u00e9conomie et des sondages. Si ces deux derniers, qui sont li\u00e9s car le candidat alternatif le plus vraisemblable de la gauche est Fernando Haddad, le ministre des Finances, sont favorables, il pourrait alors choisir de se retirer et d&rsquo;appuyer son ministre. Mais si les sondages sont adverses et si son \u00e9tat le lui permet, il pourrait \u00eatre une nouvelle fois candidat contre le candidat de droite, qui pourrait \u00eatre Tarcisio de Freitas, l&rsquo;actuel gouverneur de l&rsquo;\u00e9tat de S\u00e3o Paulo, ou Romeu Zema, celui du Minas Gerais. Le gouverneur de S\u00e3o Paulo prend grand soin de courtiser la droite bolsonariste, et manifeste \u00e0 chaque occasion son respect pour l&rsquo;ancien pr\u00e9sident, mais son \u00e9ventuel acc\u00e8s \u00e0 la pr\u00e9sidence serait plus un retour de la droite traditionnelle conservatrice qu&rsquo;un avatar du bolsonarisme et de ses exc\u00e8s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Mots-cl\u00e9s : Br\u00e9sil &#8211; Lula &#8211; Finances publiques &#8211; Corruption &#8211; Pauvret\u00e9<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 The Economist a publi\u00e9 le 30 septembre 2022 une longue interview de Lula, tr\u00e8s \u00e9clairante sur ses intentions s&rsquo;il \u00e9tait \u00e9lu. <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.economist.com\/the-americas\/2022\/09\/30\/how-luiz-inacio-lula-da-silva-would-govern-brazil\">https:\/\/www.economist.com\/the-americas\/2022\/09\/30\/how-luiz-inacio-lula-da-silva-would-govern-brazil<\/a><\/span><\/span><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La peine initiale de 9 ans et demi a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e et aggrav\u00e9e (\u00e0 12 ans et un mois) par un Tribunal R\u00e9gional F\u00e9d\u00e9ral. Une demande d&rsquo;<em>habeas corpus<\/em> est rejet\u00e9e par la Cour Supr\u00eame F\u00e9d\u00e9rale (Supremo Tribunal Federal \u2013 STF). Lula est \u00e0 nouveau condamn\u00e9 en 2019 \u00e0 12 ans et 11 mois de prison, pour avoir \u00ab\u00a0b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;avantages indus\u00a0\u00bb, peine confirm\u00e9e par le STF, avant que celui-ci ne change d&rsquo;avis en novembre 2019, en statuant que la prison \u00e9tait inconstitutionnelle tant que les recours n&rsquo;\u00e9taient pas \u00e9puis\u00e9s, puis en annulant en 2021 toutes les condamnations pour \u00ab\u00a0incomp\u00e9tence du tribunal de Curitiba\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0partialit\u00e9 du juge Moro\u00a0\u00bb, entre temps devenu ministre de la Justice de Bolsonaro.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le nombre de pauvres d\u00e9pend du seuil de pauvret\u00e9 retenu. Ce chiffre est issu de travaux de l&rsquo;Instituto Jones dos Santos Neves (IJSN) de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;Espirito Santo (<span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/ijsn.es.gov.br\/noticias\/dez-milhoes-sairam-da-pobreza-no-brasil-em-2022\">https:\/\/ijsn.es.gov.br\/noticias\/dez-milhoes-sairam-da-pobreza-no-brasil-em-2022<\/a><\/span><\/span>), qui se r\u00e9f\u00e8re aux seuils de pauvret\u00e9 et pauvret\u00e9 extr\u00eame de la Banque mondiale (respectivement 6,85 et 2,15\u00a0USD\/jour aux prix de 2017), en les transformant en parit\u00e9 de pouvoir d&rsquo;achat aux prix de 2022, ce qui correspond au Br\u00e9sil \u00e0 665 et 209\u00a0BRL\/mois. Sur la base de donn\u00e9es officielles (Instituto Brasileiro de Geografia e Estat\u00edstica \u2013 IBGE), l&rsquo;IJSN estime le nombre de pauvres \u00e0 70,9\u00a0millions (33% de la population) et de personnes dans la pauvret\u00e9 extr\u00eame \u00e0 13,7\u00a0millions (6,4%). L&rsquo;\u00e9tat le plus pauvre est le Maranh\u00e3o (respectivement\u00a0: 58,9% et 15,9%), et le moins pauvre le Santa Catarina (13,9% et 1,9%) qui est aussi le moins in\u00e9galitaire (avec un Gini de 0,419 vs. 0,518 pour l&rsquo;ensemble du pays).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En 2022, 16,9% des familles br\u00e9siliennes ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;<em>Auxilio Brasil<\/em>, contre 8,6% en 2021.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce qui n&#8217;emp\u00eache pas que Lula, peut-\u00eatre en raison de son pass\u00e9 d&rsquo;ouvrier m\u00e9tallurgiste, peut avoir quelques marottes \u00e9conomiquement discutables, comme sa passion pour la construction au Br\u00e9sil des plateformes p\u00e9troli\u00e8res dont Petrobras a besoin. Passion qui ne semble pas partag\u00e9e par l&rsquo;entreprise\u00a0: en mai 2023, son directeur de l&rsquo;ing\u00e9nierie exposait \u00e0 Reuters son scepticisme sur l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de construire les coques des plateformes au Br\u00e9sil.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cf. interview de The Economist cit\u00e9e plus haut.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dilma Rousseff l&rsquo;a en revanche envisag\u00e9, et c&rsquo;est sans doute une des principales raisons de la r\u00e9bellion parlementaire qui a conduit \u00e0 sa destitution.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pendant la p\u00e9riode 2020-2021, seulement 4% des <em>or\u00e7amentos secretos<\/em> ont \u00e9t\u00e9 accord\u00e9s \u00e0 l&rsquo;opposition (source\u00a0: <em>Estad<\/em><em>\u00e3<\/em><em>o<\/em>, 11\/2\/2022).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Sur les 7 premiers mois de 2023, 29% de ces transferts du minist\u00e8re de la Sant\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 destin\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;Alagoas, dont la population repr\u00e9sente 1,5% de la population totale du Br\u00e9sil.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article propose une analyse de la situation et des perspectives politiques et \u00e9conomiques du Br\u00e9sil fin 2023, treize mois apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9lection de Luiz In\u00e1cio Lula da Silva (\u00ab\u00a0Lula\u00a0\u00bb). Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit pour l&rsquo;Institut Fran\u00e7ais des Relations internationales (IFRI), qui l&rsquo;a publi\u00e9, dans une version plus longue, en janvier 2024. https:\/\/www.ifri.org\/fr\/publications\/briefings-de-lifri\/enjeux-politiques-bresil-apres-un-de-presidence-lula 1. 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