{"id":79,"date":"2016-03-23T21:23:46","date_gmt":"2016-03-23T19:23:46","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=79"},"modified":"2017-01-23T16:13:24","modified_gmt":"2017-01-23T14:13:24","slug":"le-climat-et-la-macroeconomie-comment-surmonter-le-divorce","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=79","title":{"rendered":"Le climat et la macro\u00e9conomie : comment surmonter le divorce ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"margin-left: 155pt\"><span style=\"color:#a62624\">Ga\u00ebl Giraud (1992), directeur de la Chaire Energie et Prosp\u00e9rit\u00e9, directeur de recherche CNRS, \u00e9conomiste en chef de l&rsquo;Agence Fran\u00e7aise de D\u00e9veloppement.<span style=\"color:black\"><br \/>\n\t\t\t<\/span><\/span><\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un article publi\u00e9 dans la revue <span style=\"font-family:Palatino Linotype\"><em>Nature <\/em><\/span>en 2012<span style=\"font-size:5pt\">1 <\/span>lan\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 une alerte signifi ative \u00e0 la communaut\u00e9 internationale : les d\u00e9gradations que le mode de vie de l&rsquo;humanit\u00e9 infl e aux \u00e9cosyst\u00e8mes plan\u00e9taires provoquent des fran- chissements de seuil en partie irr\u00e9versibles et susceptibles de mener \u00e0 une catastrophe huma- nitaire avant la fi de ce si\u00e8cle. Pour r\u00e9pondre intelligemment \u00e0 un tel avertissement parmi tant d&rsquo;autres<span style=\"font-size:5pt\">2<\/span>, la communaut\u00e9 internationale a \u00e9videmment besoin de pouvoir s&rsquo;appuyer sur des outils de mod\u00e9lisation macro\u00e9conomique quantitatifs, capables d&rsquo;indiquer  -ne  f\u00fbt-ce qu&rsquo;en tendance et en ordre de grandeur- les cons\u00e9quences \u00e9conomiques raisonnablement pr\u00e9visibles de l&rsquo;inaction et, inversement, de tel ou tel plan de r\u00e9duction des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre ou d&rsquo;adaptation au change- ment climatique. Or la communaut\u00e9 des \u00e9co- nomistes, depuis le rapport Stern de 2006<span style=\"font-size:5pt\">3<\/span>, est en partie enlis\u00e9e dans d&rsquo;interminables d\u00e9bats au sujet, entre autres points litigieux, du taux d&rsquo;escompte \u00e0 l&rsquo;aune duquel il conviendrait d&rsquo;\u00e9valuer la gravit\u00e9 des dommages que le d\u00e9r\u00e8- glement climatique promet d&rsquo;infl er \u00e0 l&rsquo;\u00e9co- nomie mondiale. La r\u00e9ponse conventionnelle \u00e0 cette question d&rsquo;\u00e9cole (qui a eu pour effet de d\u00e9tourner partiellement l&rsquo;attention des mes- sages clefs du rapport Stern) est pourtant rela- tivement simple : une approche utilitariste de la maximisation du bien-\u00eatre des g\u00e9n\u00e9rations implique que ledit taux d&rsquo;escompte devrait \u00eatre choisi \u00e9gal au taux de croissance r\u00e9el, <span style=\"font-family:Palatino Linotype\"><em>g<\/em><\/span>, de l&rsquo;\u00e9co- nomie mondiale<span style=\"font-size:5pt\">4<\/span>. H\u00e9las, cette r\u00e9ponse ne fait que d\u00e9placer la question vers celle, tout aussi  controvers\u00e9e, de l&rsquo;estimation du taux, <span style=\"font-family:Palatino Linotype\"><em>g, <\/em><\/span>auquel l&rsquo;\u00e9conomie-monde doit s&rsquo;attendre.\n<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; margin-left: 11pt\">Si l&rsquo;on en croit les diff\u00e9rentes versions de la th\u00e8se de la stagnation s\u00e9culaire introduite par Larry Summers et Robert Gordon, <span style=\"font-family:Palatino Linotype\"><em>g <\/em><\/span>devrait, sinon \u00eatre nul, du moins rester tr\u00e8s faible, dans les d\u00e9cennies \u00e0 venir. De sorte qu&rsquo;il conviendrait d&rsquo;escompter les d\u00e9g\u00e2ts climatiques \u00e0 venir \u00e0 un taux quasiment nul. A ce compte, le point de vue de l&rsquo;ensemble des \u00e9conomistes aurait quelque chance de converger vers celui, nettement plus alarmiste, du reste de la communaut\u00e9 scientifi . Or, neuf ans apr\u00e8s la pu- blication du rapport Stern, une telle convergence est loin d&rsquo;\u00eatre acquise. Certains articles continuent de d\u00e9fendre une vision particuli\u00e8rement panglos- sienne de l&rsquo;avenir, fond\u00e9e sur des hypoth\u00e8ses assez extravagantes o\u00f9 de simples \u00ab\u00a0coups de pouce\u00a0\u00bb mo- n\u00e9taires suffi ont \u00e0 permettre aux prix de march\u00e9s (notamment un impossible prix unique mondial du carbone) de piloter la transition \u00e9cologique. Si les incitations mon\u00e9taires sont effectivement d\u00e9ci- sives, climatologues et physiciens ne se retrouvent pas moins souvent d\u00e9sarm\u00e9s face \u00e0 l&rsquo;impasse dans laquelle s&rsquo;est enferm\u00e9 en partie le d\u00e9bat \u00e9cono- mique, ramenant des enjeux aussi essentiels de l&rsquo;avenir de l&rsquo;humanit\u00e9 \u00e0 des questions m\u00e9taphy- siques du type : \u00ab\u00a0\u00e0 combien d&rsquo;euros d&rsquo;aujourd&rsquo;hui \u00e9valuez-vous un euro de 2025 ?\u00a0\u00bb.\n<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; margin-left: 11pt\">Comment, dans ces conditions, la communaut\u00e9 des \u00e9conomistes peut-elle \u00e9laborer un langage qui lui permette d&rsquo;entrer v\u00e9ritablement en dia- logue avec celle des scientifiques qui se pr\u00e9oc- cupent du climat ?\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; margin-left: 11pt\">\u00a0<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; margin-left: 42pt\"><span style=\"color:#a62624; font-family:Calibri; font-size:12pt\"><strong>L&rsquo;approche multisectorielle<\/strong><span style=\"color:black\"><br \/>\n\t\t\t<\/span><\/span><\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un tel langage suppose que nous renoncions au court-circuit favori qui consiste \u00e0 ramener toute r\u00e9alit\u00e9 sociale ou physique \u00e0 des grandeurs mon\u00e9taires. Il est vrai que convertir le monde en euros est un moyen \u00e9l\u00e9gant d&rsquo;additionner des carottes et des ordinateurs mais il faut croire que la mani\u00e8re dont nous op\u00e9rons cette conversion n&rsquo;est pas tr\u00e8s efficace puisque, d&rsquo;une bonne par- tie des mod\u00e8les macro\u00e9conomiques en vigueur dans la d\u00e9cennie 1970, celui qui s&rsquo;av\u00e8re, <span style=\"font-family:Palatino Linotype\"><em>ex post<\/em><\/span>, avoir le mieux anticip\u00e9 l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;\u00e9cono- mie-monde observ\u00e9e depuis quarante ans, c&rsquo;est le mod\u00e8le du couple Meadows associ\u00e9 au Club de Rome. Les conclusions de ce mod\u00e8le de 1972, qui ne comportait pourtant pas une ligne d&rsquo;\u00e9co- nomie, s&rsquo;av\u00e8rent en effet plus performantes que celles que pouvaient obtenir les mod\u00e8les sophis- tiqu\u00e9s de la macro\u00e9conomie de l&rsquo;\u00e9poque<span style=\"font-size:5pt\">5<\/span>. Est-ce \u00e0 dire qu&rsquo;il est pr\u00e9f\u00e9rable de renoncer \u00e0 traduire la totalit\u00e9 du r\u00e9el en euros pour avoir quelque chance de le d\u00e9crire intelligemment ?\n<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pareille conclusion implique qu&rsquo;il ne sera plus imm\u00e9diatement possible d&rsquo;additionner une tonne de ciment avec un kilom\u00e8tre de c\u00e2ble \u00e9lectrique ou une heure de cours d&rsquo;anglais. Autrement dit, qu&rsquo;il faudra d\u00e9sagr\u00e9ger l&rsquo;\u00e9cono- mie en diff\u00e9rents secteurs non-substituables. Or, aujourd&rsquo;hui encore, \u00e0 de rares exceptions pr\u00e8s sur lesquelles nous allons revenir tout de suite, l&rsquo;\u00e9crasante majorit\u00e9 des \u00e9conomistes rai- sonne dans un monde o\u00f9 l&rsquo;ensemble du capital et des biens de consommation peuvent s&rsquo;agr\u00e9- ger en une quantit\u00e9 (mon\u00e9taire) unique : depuis la quasi-totalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9norme litt\u00e9rature suscit\u00e9e par le rapport Stern jusqu&rsquo;aux derniers \u00e9crits de Piketty.\n<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette convention n&rsquo;est pas innocente : elle repose sur le postulat que la conversion d&rsquo;une quantit\u00e9 physique en un prix n&rsquo;induit pas de distorsion majeure dans l&rsquo;appr\u00e9ciation de sa \u00ab\u00a0valeur \u00e9co- nomique\u00a0\u00bb. Postulat dont nous savons qu&rsquo;il ne repose sur aucune analyse scientifiquement rece- vable<span style=\"font-size:5pt\">6 <\/span>et qui conduit \u00e0 l&rsquo;aberration de mod\u00e8les o\u00f9, par exemple, une voiture produite dans une usine est interchangeable avec l&rsquo;usine elle-m\u00eame qui l&rsquo;a produite.\n<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Force est donc d&rsquo;en revenir \u00e0 un monde peupl\u00e9 d&rsquo;usines <span style=\"font-family:Palatino Linotype\"><em>et <\/em><\/span>de voitures, de carottes distingu\u00e9es des betteraves. La construction de mod\u00e8les macro\u00e9conomiques multisectoriels est \u00e9videm- ment ancienne : sans remonter jusqu&rsquo;au <span style=\"font-family:Palatino Linotype\"><em>\u00ab <\/em><\/span>Ta- bleau \u00bb de Quesnay, sa g\u00e9n\u00e9alogie passe bien entendu par les travaux de Wassily Leontieff. Il existe aujourd&rsquo;hui une multitude de d\u00e9clinaisons de l&rsquo;approche multisectorielle. Peu d&rsquo;entre elles, n\u00e9anmoins, incluent des boucles de r\u00e9troaction climatiques. Pour ne citer que quelques exemples fran\u00e7ais : le mod\u00e8le Imaclim d\u00e9velopp\u00e9 par le CIRED ou encore ThreeMe (OFCE), en d\u00e9pit de leurs qualit\u00e9s intrins\u00e8ques, n&rsquo;int\u00e8grent pas la fa\u00e7on dont une trajectoire macro\u00e9conomique donn\u00e9e influencera le d\u00e9r\u00e8glement climatique qui, \u00e0 son tour, r\u00e9troagira sur ladite trajectoire. D&rsquo;autres mod\u00e8les multisectoriels tentent cette gageure, \u00e0 l&rsquo;instar du programme italien WIT- CH<span style=\"font-size:5pt\">7<\/span>. Or, \u00e0 la suite du rapport Canfin-Grand- jean sur les solutions de financement innovantes de la transition \u00e9nerg\u00e9tique au Sud, remis au Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique le 18 juin dernier, <span style=\"font-size:5pt\">8 <\/span>Madame S\u00e9gol\u00e8ne Royal a demand\u00e9 \u00e0 ses coll\u00e8- gues de Bercy de faire en sorte que les mod\u00e8les macro\u00e9conomiques sur lesquels s&rsquo;appuient sur les pr\u00e9visions fournies au gouvernement int\u00e8grent les r\u00e9troactions climatiques. Ce n&rsquo;est pas le cas, \u00e0 ce jour, d&rsquo;un mod\u00e8le comme MESANGE utilis\u00e9 \u00e0 Bercy<span style=\"font-size:5pt\">9<\/span>.\n<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Par cons\u00e9quent, la voie \u00e9troite explor\u00e9e notam- ment par WITCH est bel et bien celle que la communaut\u00e9 des \u00e9conomistes doit apprendre aujourd&rsquo;hui \u00e0 arpenter si elle veut pouvoir dialo- guer avec celle des sciences \u00ab\u00a0dures\u00a0\u00bb et conseiller utilement la puissance publique.\n<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p style=\"margin-left: 155pt\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/032316_2122_Leclimatetl1.png\" alt=\"\"\/><span style=\"font-family:Calibri\"><br \/>\n\t\t<\/span><\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-size:12pt\"\/>En revenir aux kWh et \u00e0 la tonne, en-de\u00e7\u00e0 de leur conversion en euros, est aussi un excellent moyen de prendre conscience d&rsquo;un r\u00e9el que la traduction mon\u00e9taire tend syst\u00e9matiquement \u00e0 occulter. En t\u00e9moigne le fait que l&rsquo;\u00e9tude des quantit\u00e9s physiques d&rsquo;\u00e9nergie primaire consom- m\u00e9e r\u00e9v\u00e8le que, dans la plupart des pays de l&rsquo;OCDE, l&rsquo;\u00e9lasticit\u00e9 du PIB \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie primaire est de l&rsquo;ordre de 60 % environ, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;approche conventionnelle par le prix de l&rsquo;\u00e9nergie fait im- manquablement conclure \u00e0 un petit 8-10 %<span style=\"font-size:5pt\">10<\/span>.\n<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On comprend pourtant facilement l&rsquo;enjeu d&rsquo;une telle estimation : dans un monde dont la crois- sance du PIB d\u00e9pend de mani\u00e8re n\u00e9gligeable de l&rsquo;\u00e9nergie (encore aujourd&rsquo;hui essentiellement fossile \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle plan\u00e9taire), un d\u00e9couplage est relativement facile \u00e0 concevoir. Dans le monde r\u00e9el, celui o\u00f9 presque les deux tiers de la crois- sance proviennent de l&rsquo;usage de l&rsquo;\u00e9nergie, la question de la compatibilit\u00e9 d&rsquo;une n\u00e9cessaire transition vers un mix d\u00e9carbon\u00e9 et du maintien d&rsquo;un objectif de croissance du PIB devient net- tement probl\u00e9matique.\n<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color:#a62624; font-family:Calibri; font-size:12pt\"><strong>quelques obstacles<\/strong><span style=\"color:black\"><br \/>\n\t\t\t<\/span><\/span><\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Plusieurs obstacles compliquent la r\u00e9conciliation des sciences dures avec la macro\u00e9conomie. Le premier d&rsquo;entre eux est le probl\u00e8me de \u00ab\u00a0passage du global au local\u00a0\u00bb qui, pour \u00eatre bien connu n&rsquo;en est pas moins embarrassant. Les mod\u00e8les clima- tiques (distingu\u00e9s des mod\u00e8les m\u00e9t\u00e9orologiques) rendent compte en effet des perturbations pla- n\u00e9taires globales qu&rsquo;induit d\u00e9j\u00e0 le d\u00e9r\u00e8glement (mont\u00e9e des eaux, hausse de la fr\u00e9quence des \u00e9v\u00e9nements climatiques extr\u00eames, acidification des oc\u00e9ans, etc.) mais sont \u00e0 la peine d\u00e8s qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;examiner une r\u00e9gion sp\u00e9cifique : certes, il y aura de plus en plus de typhons dans l&rsquo;ave- nir mais avec quelle fr\u00e9quence vont-ils frapper les Philippines plut\u00f4t que le Mexique ? Or, \u00e0 moins de mod\u00e9liser la macro\u00e9conomie du globe entier, ce dont les \u00e9conomistes ont besoin, c&rsquo;est bien d&rsquo;une vision territoriale de l&rsquo;impact du cli- mat sur le capital et les conditions de vie. Les \u00e9tudes locales de l&rsquo;impact climatique ne sont pas inexistantes : en t\u00e9moigne le rapport de Herv\u00e9 Le Treut sur le bassin aquitain<span style=\"font-size:5pt\">11<\/span>. Mais ce type d&rsquo;approche fait encore souvent d\u00e9faut dans la plupart des autres r\u00e9gions du globe<span style=\"font-size:5pt\">12<\/span>.\n<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Deuxi\u00e8me difficult\u00e9 : le versant \u00e9conomique de la mod\u00e9lisation de l&rsquo;impact lui-m\u00eame. Une \u00e9tude r\u00e9cente parue dans <span style=\"font-family:Palatino Linotype\"><em>Science <\/em><\/span>en 2015 sur la d\u00e9gradation des \u00e9cosyst\u00e8mes oc\u00e9aniques<span style=\"font-size:5pt\">13<\/span>, dans la droite ligne de l&rsquo;article de <span style=\"font-family:Palatino Linotype\"><em>Nature <\/em><\/span>cit\u00e9 <span style=\"font-family:Palatino Linotype\"><em>supra<\/em><\/span>, contient en creux une critique s\u00e9v\u00e8re de la fa\u00e7on dont nous autres, \u00e9conomistes, mod\u00e9lisons les impacts climatiques : nos \u00ab\u00a0fonctions de dom- mage\u00a0\u00bb, \u00e0 l&rsquo;instar d&rsquo;une vision monochrome o\u00f9 les voitures sont substituables aux usines, sont le plus souvent impropres \u00e0 rendre compte de mani\u00e8re r\u00e9aliste de leur objet. De nouveau, il s&rsquo;agit d&rsquo;un probl\u00e8me de conversion de tonnes et de centim\u00e8tres en dollars.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; margin-left: 11pt\">\u00a0<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"font-family:Palatino Linotype\"><em>Tertio<\/em><\/span>, d\u00e8s que l&rsquo;on s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 la compr\u00e9hen- sion des trajectoires macro\u00e9conomiques de la transition vers une \u00e9conomie bas-carbone, surgit la question de la coexistence de diff\u00e9rentes g\u00e9n\u00e9- rations de capital : il ne suffit pas, en effet, de comprendre qu&rsquo;une voiture \u00e9lectrique n&rsquo;est pas substituable \u00e0 une voiture munie d&rsquo;un moteur \u00e0 explosion, il faut aussi tenir compte du fait que le parc du second type d&rsquo;engins comporte envi- ron 1,6 milliards de v\u00e9hicules aujourd&rsquo;hui, qui ne dispara\u00eetront pas par enchantement. De m\u00eame, le parc nucl\u00e9aire fran\u00e7ais comporte 58 r\u00e9acteurs REP dont l&rsquo;entretien et\/ou le d\u00e9mant\u00e8lement doivent \u00eatre inclus dans toute analyse de la tran- sition \u00e9nerg\u00e9tique fran\u00e7aise. Cela signifi que, pour la plupart des secteurs de l&rsquo;\u00e9conomie envi- sag\u00e9s, il faut adopter une approche dite <span style=\"font-family:Palatino Linotype\"><em>putty- clay <\/em><\/span>du capital, consciente du fait qu&rsquo;un r\u00e9acteur REP n&rsquo;est pas substituable \u00e0 un r\u00e9acteur EPR<span style=\"font-size:5pt\">14<\/span>.\n<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quatri\u00e8me diffi , et non des moindres, la dynamique macro\u00e9conomique sous-jacente elle- m\u00eame. L&rsquo;examen des donn\u00e9es statistiques r\u00e9v\u00e8le facilement un grand nombre de paradoxes que tr\u00e8s peu de mod\u00e8les macro\u00e9conomiques contem- porains sont en mesure de reproduire. Pour ne citer que quelques-uns des plus r\u00e9cents : le fait que la dette publique d&rsquo;un Etat (les Etats-Unis notamment) puisse exploser sans qu&rsquo;aussit\u00f4t son <span style=\"font-family:Palatino Linotype\"><em>spread <\/em><\/span>sur les march\u00e9s de la dette souveraine, ne suive une trajectoire analogue ; le fait que la quantit\u00e9 de monnaie en circulation (mesur\u00e9e \u00e0 travers l&rsquo;agr\u00e9gat M1, par exemple) puisse, elle aussi, s&rsquo;envoler sans \u00eatre accompagn\u00e9e d&rsquo;une in- flation domestique correspondante ; ou encore, le fait qu&rsquo;en zone euro, depuis 2008, plus les efforts consentis en termes de contraction bud- g\u00e9taire sont importants, plus le PIB s&rsquo;est effon- dr\u00e9 rapidement ou tarde \u00e0 retrouver son niveau ant\u00e9rieur \u00e0 la crise financi\u00e8re de 2007-201\u2026 Un autre exemple, le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9routant de la d\u00e9- flation, illustre peut-\u00eatre de mani\u00e8re exemplaire ce quatri\u00e8me type d&rsquo;obstacle : on le sait au moins depuis les travaux d&rsquo;Irving Fisher au d\u00e9but des ann\u00e9es trente, l&rsquo;accumulation de dette priv\u00e9e (et non pas publique) peut provoquer une paralysie de l&rsquo;investissement, une atonie de la demande, l&rsquo;effondrement du taux directeur de la Banque Centrale \u00e0 z\u00e9ro (voire en dessous, comme c&rsquo;est le cas d\u00e9sormais au Japon) et la disparition de l&rsquo;inflation. Dans une telle trappe \u00e0 liquidit\u00e9, in- jecter davantage de monnaie dans l&rsquo;\u00e9conomie ne sert \u00e0 rien : sa vitesse de circulation est, elle aussi, en chute libre. En outre, augmenter la produc- tivit\u00e9 du travail, au lieu d&rsquo;am\u00e9liorer les affaires, aggrave la situation (<span style=\"font-family:Palatino Linotype\"><em>paradox of thrift<\/em><\/span>). Aucun des mod\u00e8les macro\u00e9conomiques quantitatifs qui servent actuellement d&rsquo;outils d&rsquo;aide \u00e0 la d\u00e9cision publique n&rsquo;incorpore ce ph\u00e9nom\u00e8ne (pourtant illustr\u00e9 par les ann\u00e9es trente autour du bassin atlantique Nord, le Japon depuis deux d\u00e9cennies et, \u00e0 pr\u00e9sent, le sud de l&rsquo;Europe)<span style=\"font-size:5pt\">15<\/span>.\n<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Or, si le <span style=\"font-family:Palatino Linotype\"><em>saving glut <\/em><\/span>(l&rsquo;exc\u00e8s d&rsquo;\u00e9pargne sur l&rsquo;in- vestissement) observ\u00e9 au niveau mondial au- jourd&rsquo;hui constitue la pr\u00e9misse d&rsquo;un enlisement de l&rsquo;\u00e9conomie-monde dans une gigantesque trappe \u00e0 liquidit\u00e9, il est de la plus haute im- portance d&rsquo;en tenir compte pour mod\u00e9liser de mani\u00e8re pertinente les trajectoires de transition \u00e9nerg\u00e9tique qui nous permettront, ou non, de ne pas exc\u00e9der trop violemment les +2\u00b0C en fin de si\u00e8cle.\n<\/p>\n<p>\n\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Beaucoup reste donc \u00e0 faire, depuis la collecte de donn\u00e9es pertinentes jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9criture m\u00eame de la dynamique macro\u00e9conomique. La Chaire Energie et Prosp\u00e9rit\u00e9, parmi d&rsquo;autres, s&rsquo;attelle \u00e0 ce chantier, passionnant et exigeant, en parte- nariat notamment avec l&rsquo;Agence Fran\u00e7aise de D\u00e9veloppement, et sous la tutelle acad\u00e9mique de l&rsquo;ENSAE, de l&rsquo;Ecole Normale Sup\u00e9rieure et de l&rsquo;Ecole Polytechnique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ga\u00ebl Giraud (1992), directeur de la Chaire Energie et Prosp\u00e9rit\u00e9, directeur de recherche CNRS, \u00e9conomiste en chef de l&rsquo;Agence Fran\u00e7aise de D\u00e9veloppement. \u00a0 \u00a0 Un article publi\u00e9 dans la revue Nature en 20121 lan\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 une alerte signifi ative \u00e0 la communaut\u00e9 internationale : les d\u00e9gradations que le mode de vie de l&rsquo;humanit\u00e9 infl e [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[122,9],"tags":[123],"class_list":["post-79","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-climat","category-economie","tag-climat","et-doesnt-have-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/79","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=79"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/79\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=79"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=79"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=79"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}