{"id":7599,"date":"2023-09-28T07:20:56","date_gmt":"2023-09-28T05:20:56","guid":{"rendered":"https:\/\/variances.eu\/?p=7599"},"modified":"2023-09-28T07:26:14","modified_gmt":"2023-09-28T05:26:14","slug":"a-quoi-sert-la-toxicomanie-retour-sur-les-drogues-addictives","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=7599","title":{"rendered":"A quoi sert la toxicomanie ? Retour sur les drogues addictives"},"content":{"rendered":"<p>Le mot addiction indique dans son sens originel une soumission \u00e0 une volont\u00e9 autre qui nous commande, une suj\u00e9tion, c\u2019est l\u2019\u00e9tymologie d\u2019<em>ad-dictus<\/em>. Aussi la diffusion de drogues addictives dans les soci\u00e9t\u00e9s orient\u00e9es par des valeurs d\u2019autonomie est-elle \u00e9minemment troublante. Cette suj\u00e9tion entre en contradiction avec les normes sociales et morales pr\u00e9valentes des soci\u00e9t\u00e9s modernes individualis\u00e9es, elle ne se pr\u00e9sentait pas de cette mani\u00e8re dans les soci\u00e9t\u00e9s anciennes. Les politiques publiques, ciblant d\u2019abord les produits par l\u2019interdit et les comportements par des sanctions p\u00e9nales, se sont orient\u00e9es depuis quelques d\u00e9cennies vers une m\u00e9dicalisation croissante. La vision de l\u2019abus de drogue comme maladie \u00a0\u00a0substitue \u00e0 ce qui \u00e9tait autrefois pr\u00e9sent\u00e9 comme une figure du mal un mal-\u00eatre<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, cependant elle ne prive pas le toxicomane d\u2019un r\u00f4le actif. Nous oscillons entre deux attitudes qui d\u00e9finissent les polarit\u00e9s contraires de l\u2019id\u00e9al humaniste\u00a0: la tendance \u00e0 nous imputer ce qui nous arrive, comme l\u2019expression d\u2019une volont\u00e9 libre, en tous cas capable de surmonter des forces de l\u2019instinct et du milieu, et la tendance \u00e0 voir dans le milieu interne et externe une force capable de soumettre notre volont\u00e9. Les abus de drogues poussent cette tension \u00e0 un point extr\u00eame o\u00f9 le sujet disparait quasiment. Voir des individus se droguer parfois jusqu\u2019\u00e0 en mourir, sans que personne ne les y oblige est difficile \u00e0 comprendre et \u00e0 accepter.\u00a0Aussi attend-on que les neurologues et les psychiatres nous disent comment ce rapt de la volont\u00e9, cette destruction de l\u2019identit\u00e9 parvient \u00e0 s\u2019op\u00e9rer sans contrainte externe.<\/p>\n<p>Il est maintenant admis que la particularit\u00e9 de l\u2019effet des drogues chimiques chez l\u2019homme n\u2019est pas la puissance du plaisir qu\u2019elles donnent mais la subjugation qu\u2019elles suscitent.<\/p>\n<p>1-Je soutiens que l\u2019abus de drogue, s\u2019il n\u2019exon\u00e8re certes pas totalement notre responsabilit\u00e9, est une conduite o\u00f9 l\u2019on r\u00e9agit \u00e0 des pressions plus <em>internes<\/em> qu\u2019externes ; que cet abus est parent des troubles anxiod\u00e9pressifs. L\u2019abus de drogues, notamment stimulantes, remplit, dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales, une fonction de compensation du d\u00e9ficit de plaisir.<\/p>\n<p>2- Je soutiens que le basculement social des abus de drogue parmi les couches domin\u00e9es est l\u2019expression, quelque peu paradoxale, de l\u2019\u00e9mancipation de la raret\u00e9, et doit beaucoup \u00e0 la perte des solidarit\u00e9s typiques de la soci\u00e9t\u00e9 salariale que nous avons connue.<\/p>\n<h3><em>I Les limites de la r\u00e9compense<\/em><\/h3>\n<p>Il faut entrer dans le m\u00e9canisme pour saisir cette d\u00e9rive sp\u00e9cifiquement humaine par rapport \u00e0 ce que dicte l\u2019instinct. Les paquets de neurones qui irriguent les aires du cerveau et les neurom\u00e9diateurs qui y circulent sont les vecteurs des sensations et des \u00e9motions. Les aires sous-corticales sont les substrats o\u00f9 se comparent les valeurs accord\u00e9es aux \u00e9motions dans un \u00e9change \u00e0 double sens avec les zones corticales. Les drogues addictives abaissent le seuil de la r\u00e9compense, qui se trouve globalement plus \u00e9lev\u00e9 chez ceux qui sont attir\u00e9s par les drogues qu\u2019en moyenne. Cet abaissement du seuil sous l\u2019effet de la drogue para\u00eet surprenant quand on songe \u00e0 l\u2019accoutumance. Il n\u2019intervient qu\u2019avec le temps : pour un m\u00eame individu, l\u2019accoutumance au produit s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 mesure qu\u2019il r\u00e9it\u00e8re sa consommation, de sorte qu\u2019il lui faut effectivement une excitation plus forte, une dose plus \u00e9lev\u00e9e, pour avoir du plaisir.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-7600\" src=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/hl1.png\" alt=\"\" width=\"550\" height=\"712\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/hl1.png 1449w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/hl1-232x300.png 232w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/hl1-791x1024.png 791w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/hl1-600x776.png 600w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/hl1-1187x1536.png 1187w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/hl1-1080x1398.png 1080w\" sizes=\"(max-width: 550px) 100vw, 550px\" \/><\/p>\n<p>Les opiac\u00e9s en se diffusant dans le cerveau induisent des sensations distinctes selon les zones. Dans la partie m\u00e9diane du tractus m\u00e9so-t\u00e9lenc\u00e9phalique, les fibres dopaminergiques enregistrent des stimulations agr\u00e9ables, une augmentation de la r\u00e9compense c\u00e9r\u00e9brale, mais cet effet s\u2019att\u00e9nue jour apr\u00e8s jour, \u00e0 mesure qu\u2019une tol\u00e9rance se d\u00e9veloppe (figure A). Dans la partie lat\u00e9rale du tractus m\u00e9so-t\u00e9lenc\u00e9phalique<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, cette administration \u00e9l\u00e8ve le d\u00e9sagr\u00e9ment ressenti. Celui-ci augmente d\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre\u00a0: il y a croissance de l\u2019inhibition, c\u2019est-\u00e0-dire du d\u00e9plaisir avec les administrations successives (figure B)<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. La tonalit\u00e9 h\u00e9donique globale due aux drogues addictives est une combinaison des effets d\u00e9crits en A et B, ce n\u2019est pas une addition, car les voies ne sont pas identiques. Avec la chronicit\u00e9 des injections, les effets de r\u00e9compense diminuent et parall\u00e8lement des effets dysphoriques s&rsquo;intensifient. La pr\u00e9sence simultan\u00e9e des deux effets n\u2019est pas un plaisir att\u00e9nu\u00e9, si l\u2019on veut une analogie, c\u2019est ce que l\u2019on \u00e9prouve en \u00e9coutant un concert avec un d\u00e9but de rage de dents.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7601 alignleft\" src=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/hl2.png\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"517\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/hl2.png 1248w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/hl2-290x300.png 290w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/hl2-991x1024.png 991w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/hl2-600x620.png 600w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/hl2-1080x1116.png 1080w\" sizes=\"(max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/>De l&rsquo;impulsivit\u00e9 \u00e0 la compulsivit\u00e9, la consommation de drogue parcourt, selon Koob et Le Moal, \u00ab un cycle en trois \u00e9tapes : fr\u00e9n\u00e9sie\/intoxication, retrait\/affect n\u00e9gatif et pr\u00e9occupation\/anticipation. \u00bb \u00c1 mesure que les individus cheminent de l\u2019impulsif au compulsif, la motivation pour la consommation de drogue passe d&rsquo;un renforcement positif \u00e0 un renforcement n\u00e9gatif. Les circuits qui dominent dans la phase d&rsquo;addiction et de d\u00e9pendance diff\u00e8rent. \u00ab\u00a0Le premier impliquant des r\u00e9ponses h\u00e9doniques \u2026, se produit peu apr\u00e8s la pr\u00e9sentation de la drogue, il est \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;intensit\u00e9, \u00e0 la qualit\u00e9 et \u00e0 la dur\u00e9e [d\u2019action du produit] et traduit de la tol\u00e9rance<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. \u00bb Dans cette phase initiale la motivation \u00e0 ing\u00e9rer la drogue est renforc\u00e9e \u2013 les souris vont vers le lieu o\u00f9 elles ont \u00e9prouv\u00e9 du plaisir. \u00ab\u00a0Le second processus appara\u00eet \u00e0 la fin du premier. Il est lent \u00e0 se mettre en place\u2026 lent \u00e0 se stabiliser, et s&rsquo;amplifie avec une exposition r\u00e9p\u00e9t\u00e9e.\u00a0\u00bb La phase de plaisir se prolonge au cours de ce m\u00eame cycle par un processus aversif. La d\u00e9rive pathologique dans l\u2019addiction est un processus continu o\u00f9 interagissent la nature des drogues consomm\u00e9es, la fr\u00e9quence et les modes de consommation, le d\u00e9veloppement du syndrome de tol\u00e9rance et de retrait. L\u2019addiction et le retrait forment un cycle dont les phases s\u2019encha\u00eenent, la phase d\u2019accrochage implique notamment l\u2019aire ventrale tegmentale, tandis que la phase de retrait, aversive implique la zone p\u00e9riventriculaire (ou lat\u00e9rale).<\/p>\n<p>Les manifestations du manque chez le toxicomane ne sont pas analogues \u00e0 la d\u00e9pendance du diab\u00e9tique car, dans la phase de retrait, il y a un renforcement n\u00e9gatif, un rejet psychique de la drogue. Le syst\u00e8me nerveux central, qui est parvenu \u00e0 mod\u00e9rer l\u2019intensit\u00e9 des r\u00e9actions pendant quelque temps, \u00e9choue \u00e0 r\u00e9guler la conduite. Koob et Le Moal ont illustr\u00e9 empiriquement ces oscillations sans point d\u2019\u00e9quilibre, r\u00e9sultant de la conjugaison de motivations de sens oppos\u00e9s qui r\u00e9git les comportements chaotiques du toxicomane<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Il est remarquable que pendant la phase de chronicisation de l\u2019abus de drogues s\u2019op\u00e8re une d\u00e9r\u00e9gulation de l\u2019axe hypothalamus-hypophyse-surr\u00e9nales, il y a une sollicitation des hormones du stress analogue \u00e0 celui qui intervient face au danger physique<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>On sait depuis les exp\u00e9riences r\u00e9alis\u00e9e par Bozarth et Wise en 1982 que les rats s&rsquo;administrent volontiers des opiac\u00e9s dans le circuit de la r\u00e9compense, l\u2019aire tegmentale ventrale, sans que cette administration n&rsquo;entra\u00eene de d\u00e9pendance physique, qu\u2019inversement, des injections d&rsquo;opiac\u00e9s dans des aires post\u00e9rieures du tronc c\u00e9r\u00e9bral (le noyau dorsal du raph\u00e9) entra\u00eenent une d\u00e9pendance physique et des sympt\u00f4mes de sevrage. Mais comme le souligne Eliott Gardner (2011), les rats ne s&rsquo;auto-administrent pas d&rsquo;opiac\u00e9s dans cet endroit. La puissance de l\u2019imagination rend les drogues addictives redoutables pour l\u2019homme.<\/p>\n<p>Bien que l&rsquo;efflux dopaminergique m\u00e9solimbique associ\u00e9 \u00e0 la r\u00e9compense m\u00e9dicamenteuse ait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;\u00e9quivalent biologique du plaisir, il s\u2019av\u00e8re que l&rsquo;activation dopaminergique se produit \u00e9galement en pr\u00e9sence de stimuli inattendus et nouveaux (soit agr\u00e9ables, soit aversifs) et d\u00e9termine un \u00e9tat motivationnel de d\u00e9sir ou d&rsquo;attente. Les sensations imm\u00e9diates d\u2019euphorie sont encod\u00e9es par l\u2019hippocampe, le lieu de la m\u00e9moire, de sorte que ce plaisir \u00e9prouv\u00e9 est entour\u00e9 d\u2019indices, notamment le contexte de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la drogue, les personnes avec lesquelles on en a pris. Avec la r\u00e9p\u00e9tition de l\u2019exp\u00e9rience s\u2019\u00e9tablit un conditionnement pavlovien, les sc\u00e8nes rappelant l\u2019\u00e9pisode de prise de drogue suscitent une anticipation du plaisir de la drogue. Progressivement, la seule \u00e9vocation de ces contextes induit dans le cerveau des flux de dopamine et accessoirement de s\u00e9rotonine. Par conditionnement, un stimulus sans effet physiologique \u2013 la vue d\u2019une sc\u00e8ne de drogue \u2013 acquiert la capacit\u00e9 d&rsquo;augmenter le flux de dopamine<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. On pourrait penser que lorsque l\u2019arriv\u00e9e de la drogue ne suit pas, l\u2019annonce, devenue trompeuse, perd sa force. Ce n\u2019est pas le cas. Le renforcement de la consommation de psychotropes par le flux de dopamine est plus complexe que le simple codage de la r\u00e9compense par le signal. La force motivante du stimulus conditionn\u00e9 est d\u00e9finie par le niveau anticip\u00e9 de la r\u00e9compense<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Le flux de dopamine ne s\u2019accroit pas seulement en r\u00e9ponse au plaisir mais aussi, voire surtout, en regard de l\u2019anticipation du plaisr, y compris dans un \u00e9tat aversif. L\u2019aversion n\u2019emp\u00eache pas la qu\u00eate de drogue, parce que l\u2019image de la sc\u00e8ne de drogue prend en quelque sorte le pas sur le plaisir. Cette anticipation d\u00e9termine un d\u00e9sir de drogue (<em>wanting<\/em>), qu\u2019on doit distinguer d\u2019un plaisir \u00e0 la drogue (<em>liking<\/em>).<\/p>\n<p>\u00c1 partir de l\u00e0, les produits et les susceptibilit\u00e9s diff\u00e8rent. Les drogues induisent des processus d\u2019addiction\/intoxication et de retrait\/aversion d\u2019une intensit\u00e9 variable\u00a0: la nicotine, les amph\u00e9tamines et la coca\u00efne sont tr\u00e8s addictifs mais induisent moins d\u2019aversion que l\u2019alcool, les opiac\u00e9s et les barbituriques. Le syndrome de retrait\/aversion trouve son expression la plus nette avec les opiac\u00e9s<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. L\u2019opiomane qui a un usage chronique doit maintenir cet usage sous peine de souffrir d\u2019une mani\u00e8re peu tol\u00e9rable\u00a0; ce n\u2019est ni la pression des pairs, ni la vue du produit qui induit cette souffrance inscrite dans le corps et, s\u2019il n\u2019est peut-\u00eatre pas plus facile d\u2019arr\u00eater de fumer, le d\u00e9sagr\u00e9ment ressenti est moindre. La motivation de l\u2019h\u00e9ro\u00efnomane \u00e0 se tourner vers le produit alors qu\u2019il souffre est d\u2019abord neurophysiologique, pour l\u2019addict \u00e0 la coca\u00efne, l\u2019envie de recommencer est plus psychologique en raison de l\u2019intensit\u00e9 du flux de dopamine induit.<\/p>\n<p>Par ailleurs, certains individus sont plus que d\u2019autres inclin\u00e9s par leurs dispositions. De nombreuses donn\u00e9es biog\u00e9n\u00e9tiques obtenues sur des \u00e9chantillons tr\u00e8s contrast\u00e9s, ainsi que des m\u00e9ta-analyses et des \u00e9chantillons des bio-banques du Royaume-Uni r\u00e9v\u00e8lent de multiples localisations g\u00e9n\u00e9tiques communes au risque de d\u00e9pendance \u00e0 divers psychotropes. Les usages probl\u00e9matiques (abusifs) des substances psychotropes ont une signature g\u00e9n\u00e9tique diff\u00e9rente de l\u2019usage<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. D\u00e8s lors, \u00ab\u00a0\u00e9merge de ces travaux\u00a0la n\u00e9cessit\u00e9 de distinguer sur le plan biog\u00e9n\u00e9tique entre [l\u2019usage] de substances \u2013 qui peut impliquer niveaux de consommation faibles et sans d\u00e9pendance \u2013 et les usages probl\u00e9matiques, \u00e9crivent Gelernter &amp; Polimanti (2021)\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><em>Corr\u00e9lations g\u00e9n\u00e9tiques entre la consommation probl\u00e9matique d&rsquo;alcool, de cannabis, de coca\u00efne, d&rsquo;opio\u00efdes et de nicotine, et les troubles psychiatriques<\/em><\/p>\n<p><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-7602\" src=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/hl3.png\" alt=\"\" width=\"713\" height=\"186\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/hl3.png 713w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/hl3-300x78.png 300w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/hl3-600x157.png 600w\" sizes=\"(max-width: 713px) 100vw, 713px\" \/><\/em><\/p>\n<p><em>Source : adapt\u00e9 de Gelernter &amp; Polimanti, 2021. Les corr\u00e9lations dont la valeurs sont repr\u00e9sent\u00e9es par le centre des barres de couleur, portent sur le marquage g\u00e9n\u00e9tique commun aux troubles psychiatriques et aux abus de drogues.<\/em><\/p>\n<p>La comparaison des signatures g\u00e9n\u00e9tiques des abus de drogues et des troubles psychiatriques, r\u00e9alis\u00e9e par scannage du g\u00e9nome, montre qu\u2019il y a, l\u00e0 aussi, un marquage g\u00e9n\u00e9tique commun, c\u2019est-\u00e0-dire que les m\u00eames g\u00e8nes sont impliqu\u00e9s chez les individus qui pr\u00e9sentent un usage probl\u00e9matique \u00e0 divers psychotropes et chez ceux qui pr\u00e9sentent des troubles psychiatriques (repr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 gauche sur le graphique ci-dessus). Si l\u2019on se limite \u00e0 des usages occasionnels, on ne trouve pas de telles corr\u00e9lations. \u00a0L\u2019approche neurog\u00e9n\u00e9tique pointe ainsi l\u2019importance des effets g\u00e9n\u00e9tiques liant les abus de drogues et les troubles psychiatriques contemporains les plus r\u00e9pandus.<\/p>\n<h3><em>II La toxicomanie internalise une domination sociale <\/em><\/h3>\n<p>Une posture humaniste a conduit \u00e0 faire l&rsquo;hypoth\u00e8se que les comportements addictifs pourraient \u00eatre contr\u00f4l\u00e9s par un m\u00e9lange de pr\u00e9vention et de soins, cela s\u2019est av\u00e9r\u00e9 insuffisant. Ce point de vue a priori g\u00e9n\u00e9reux pour l\u2019homme n\u2019a pas eu les effets escompt\u00e9s. Je soutiens que les drogues addictives sont devenues un pansement, une compensation externalis\u00e9e d\u2019une domination sociale, comme la d\u00e9pression est une compensation internalis\u00e9e. Je ne dis pas que la domination sociale suffit \u00e0 d\u00e9terminer les abus de drogue mais contribue \u00e0 expliquer l\u2019ampleur des pratiques qui rel\u00e8vent de l\u2019addiction dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s.<\/p>\n<p>J\u2019en veux d\u2019abord pour preuve le fait que ces produits r\u00e9pondent aujourd\u2019hui \u00e0 des d\u00e9s\u00e9quilibres psychophysiologiques plus r\u00e9pandus parmi les groupes inf\u00e9rioris\u00e9s, stigmatis\u00e9s, en manque de reconnaissance sociale. Comme l\u2019indiquent les donn\u00e9es empiriques ces groupes sociaux sont aujourd\u2019hui plus souvent dans le cas d\u2019avoir des conduites d\u2019abus que les membres des groupes sociaux plus ais\u00e9s. L\u2019histoire de la toxicomanie \u2013 cannabis, opio\u00efdes et plus encore drogues stimulantes \u2013 indique qu\u2019au 19e si\u00e8cle et au premier 20e si\u00e8cle l\u2019usage de ces substances \u00e9tait le fait de milieux artistiques, d\u2019intellectuels et de bourgeois marginaux, il a ensuite investi largement les classes moyennes scolaris\u00e9es, puis s\u2019est diffus\u00e9 dans les strates populaires par les rassemblements festifs\u00a0et des go\u00fbts musicaux partag\u00e9s. Les donn\u00e9es sociologiques r\u00e9centes indiquent une inversion du gradient social dans l\u2019abus des psychostimulants. Il intervient au cours des ann\u00e9es 2000 en Am\u00e9rique du Nord, et au Royaume-Uni, un peu plus tard dans la majorit\u00e9 des pays d\u2019Europe dont la France. Les enqu\u00eates de l\u2019Office Fran\u00e7ais des Drogues et Tendances addictives retracent une baisse des consommations d\u2019alcool de 1995 \u00e0 la veille de la crise sanitaire de 2008 qui s\u2019op\u00e8re parall\u00e8lement chez les jeunes de tous milieux. Le tabagisme s\u2019est aussi tass\u00e9, fumer tous les jours n\u2019est plus le fait que de 5 % des jeunes en 2017 contre 12 % en 2002, et la diff\u00e9rence selon les milieux est t\u00e9nue. Si l\u2019\u00e9volution du cannabis depuis un quart de si\u00e8cle est plus sinueuse, si \u00e0 la fin du 20\u00e8 si\u00e8cle cette pratique, h\u00e9riti\u00e8re des tendances antiautoritaires des ann\u00e9es 1960,\u00a0est encore fr\u00e9quente chez les jeunes des milieux favoris\u00e9s, de 2002 \u00e0 2017, l\u2019usage r\u00e9gulier de cannabis<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a> tombe \u00e0 6 % chez les jeunes des milieux favoris\u00e9s, tandis que chez les apprentis la proportion d\u2019usagers r\u00e9guliers se stabilise \u00e0 un niveau presque trois fois plus \u00e9lev\u00e9, autour de 15 %. Et, parmi les jeunes en difficult\u00e9, \u00e0 la fois d\u00e9scolaris\u00e9s et sans activit\u00e9 professionnelle, elle atteint 21 %. Quant aux psychostimulants, comme la coca\u00efne, la demande a gliss\u00e9 vers les p\u00e9riph\u00e9ries urbaines pauvres o\u00f9 l\u2019on fume aussi le crack, d\u00e9riv\u00e9 tr\u00e8s destructeur souvent achemin\u00e9 par des r\u00e9seaux antillais en France. Jadis drogue de ceux qui voulaient \u00ab\u00a0croquer le monde\u00a0\u00bb, la coca\u00efne est aujourd\u2019hui souvent un rem\u00e8de\u00a0: on trouve deux fois plus d\u2019utilisateurs parmi les ch\u00f4meurs que parmi les actifs. Un changement de statut social des consommateurs des drogues les plus puissantes s\u2019est op\u00e9r\u00e9 au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies. Il est l\u2019indice d\u2019un changement de fonction des addictions.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu est de compenser un mal-\u00eatre qui n\u2019est pas purement physique mais psychophysique. Les animaux ne se droguent pas spontan\u00e9ment. Si les hommes font ce que les animaux ne font pas, s\u2019ils vont de mani\u00e8re h\u00e9g\u00e9lienne \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019instinct qui conduit \u00e0 arr\u00eater quand on n\u2019\u00e9prouve plus de plaisir, c\u2019est que la puissance de l\u2019imagination du plaisir constitue pour eux un motif plus puissant que la peine physique. L\u2019alcoolisation permettait autrefois l\u2019oubli de p\u00e9nibilit\u00e9 du travail, il pourrait s\u2019agir aujourd\u2019hui d\u2019effacer une mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart et de s\u2019affranchir du manque de plaisir de la vie au travail dans un contexte marqu\u00e9 par l\u2019affaiblissement des soutiens collectifs. Il s\u2019agit peut-\u00eatre pour une fraction des individus de s\u2019emparer dans l\u2019imaginaire de ce qui les subjugue chez les stars du spectacle, du sport, de la politique.<\/p>\n<p>Pour ceux que des circonstances de vie et des dispositions d\u00e9favorables ont conduit \u00e0 une chronicisation des abus de drogues, l\u2019id\u00e9e qu\u2019une instance, qu\u2019on l\u2019appelle vouloir ou d\u2019un autre nom, r\u00e9git nos actes est une fiction. Qui est ce qui veut quand on dit \u2018je veux\u2019 ou \u2018je ne veux pas\u2019\u00a0? La supposition d\u2019un poste de commandement, d\u2019un si\u00e8ge de la volont\u00e9 qui aurait le dernier mot n\u2019a gu\u00e8re de sens. Le cerveau se d\u00e9bat avec les sensations int\u00e9roceptives que l\u2019on se repr\u00e9sente \u00e0 tort sur le mode d\u2019une querelle des motifs arbitr\u00e9e par la raison.\u00a0Il faut penser en termes d\u2019\u00e9quilibres neuropsychiques polycentriques. N&rsquo;importe quelle repr\u00e9sentation du cerveau montre un \u00e9cheveau de voies o\u00f9 circulent des impulsions faisant intervenir les exp\u00e9riences pass\u00e9es et les attentes futures qui se m\u00ealent et se contrecarrent. Ce n\u2019est pas intentionnellement que le toxicomane omet les aspects n\u00e9gatifs qui pourraient le dissuader dans sa qu\u00eate. Il y a dans l\u2019abus de drogue, une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d\u2019agir pour trouver du plaisir. Comme chez les d\u00e9prim\u00e9s le contr\u00f4le des \u00e9motions par le cortex est l\u00e2che, ce qui implique aussi une moindre p\u00e9n\u00e9tration des zones corticales par les \u00e9motions agr\u00e9ables. En cela le toxicomane comme le d\u00e9prim\u00e9 questionnent la r\u00e9ussite mat\u00e9rielle et une philosophie de la volont\u00e9 centr\u00e9e sur la conscience vigile. \u00c0 quel prix\u00a0!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Mots-cl\u00e9s\u00a0: Cerveau \u2013 Drogues \u2013 Addiction &#8211; Social<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<h3>\u00a0Ref\u00e9rences<\/h3>\n<p>Gardner E., 2011 Introduction: Addiction and Brain Reward and Anti-Reward Pathways.\u00a0 <em>Adv Psychosom Med<\/em>. ; 30: 22\u201360<\/p>\n<p>Gelernter J. &amp; Polimanti R.\u00a0 2021. Genetics of substance use disorders in the era of big data <em>Nat Rev Genet.<\/em>; 22(11): 712\u2013729.<\/p>\n<p>Koob G.et le Moal M. 2008. Neurobiological\u00a0 mechanisms\u00a0 for\u00a0 opponent motivational\u00a0 processes\u00a0 in\u00a0 addiction. <em>Phil. Trans. R. Soc. B<\/em> ; , 3113\u20133123<\/p>\n<p>Koob G. 2011 Neurobiology of addiction. <em>Focus<\/em>\u00a0;\u00a0 Winter 2011, Vol. IX, No. 1<\/p>\n<p>OFDT (2019) Drogues, chiffres cl\u00e9s (8e \u00e9dition). Paris, OFDT<\/p>\n<p>Schultz W 2006\u00a0 Behavioral theories and the neurophysiology of reward . <em>Annu. Rev.\u00a0 Psychol<\/em>. 57:87\u2013115<\/p>\n<p>Spilka S., Le N\u00e9zet O., Janssen E., Brissot A., Philippon A. 2021. Vingt ans d\u2019\u00e9volutions des usages de drogues en Europe \u00e0 l\u2019adolescence. Tendances, OFDT, n\u00b0 143<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> On entend le traiter par des mol\u00e9cules chimiques plut\u00f4t que par des exorcismes. Si l\u2019id\u00e9e d\u2019une possession par le malin nous parait ridicule, est-elle au fond plus grotesque que l\u2019id\u00e9e\u2013 implicite dans nombre de visions la\u00efques \u2013 d\u2019une jouissance masochiste, n\u00e9cessairement pathologique ?<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Substantia nigra, raph\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> La tol\u00e9rance ou accoutumance d\u00e9signe le fait qu\u2019inject\u00e9es dans la partie m\u00e9diane du t\u00e9lenc\u00e9phale les m\u00eames doses de morphine produisent jour apr\u00e8s jour un \u00ab\u00a0high\u00a0\u00bb plus faible (A), et dans la partie lat\u00e9rale un d\u00e9sagr\u00e9ment plus fort (B).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Koob et le Moal 2008, ainsi que la citation suivante.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Ces deux auteurs consid\u00e8rent qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019employer des mots distincts, et pr\u00e9f\u00e8rent insister sur le cycle au sein duquel oscille le toxicomane. Cependant en concordance avec les analyses d\u2019auteurs comme Nestler, Volkow, Gardner, ils mettent en \u00e9vidence des flux de r\u00e9compense et d\u2019aversion distincts.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> \u00ab\u00a0L\u2019amygdale envoie des eff\u00e9rences \u00e0 la partie m\u00e9diane du pallidum ventral et vers l&rsquo;hypothalamus lat\u00e9ral, qui sont pr\u00e9cis\u00e9ment les zones c\u00e9r\u00e9brales assurant l&rsquo;interface entre les structures limbiques [et corticales], pr\u00e9cise Koob 2011.\u00bb\u00a0Les hormones du stress mentionn\u00e9es sont le CRH et l\u2019ACTH.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Dans le nucleus accumbens \u2013 une zone du striatum.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Des d\u00e9couvertes importantes ont \u00e9t\u00e9 faites par Schultz (1998), \u00e9tablissant l\u2019existence d\u2019un comportement sp\u00e9cifique li\u00e9 \u00e0 l\u2019anticipation des r\u00e9compenses. Il a montr\u00e9 que la r\u00e9ception d&rsquo;une r\u00e9compense impr\u00e9vue \u00e9tait associ\u00e9e \u00e0 une augmentation du taux d&rsquo;excitation des neurones dopaminergiques dans le m\u00e9senc\u00e9phale et le striatum, ce qui entra\u00eene une augmentation de la lib\u00e9ration phasique de dopamine dans ces r\u00e9gions. En revanche, lorsque la r\u00e9compense attendue est absente, l&rsquo;excitation des neurones dopaminergiques est supprim\u00e9e.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Toutefois, contrairement \u00e0 une id\u00e9e r\u00e9pandue, le traitement m\u00e9dical appropri\u00e9 de la douleur par les opiac\u00e9s n&rsquo;entra\u00eene pas de risque d&rsquo;accoutumance chez la grande majorit\u00e9 des patients douloureux. Premi\u00e8rement, la douleur chronique inhibe le comportement de recherche d&rsquo;opiac\u00e9s dans les mod\u00e8les animaux. Deuxi\u00e8mement, la douleur chronique inhibe la dopamine stimul\u00e9e par les opiac\u00e9s dans les circuits neuronaux de r\u00e9compense et de rechute de l&rsquo;aire tegmentale ventrale et du noyau accumbens (Gardner 2011).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Du moins tel qu\u2019il est observ\u00e9 avec des substances pour lesquelles il existe suffisamment de donn\u00e9es pour effectuer une comparaison (l&rsquo;alcool et le cannabis notamment), expliquent Gelernter &amp; Polimanti, 2021. Les manuels diagnostiques r\u00e9cents, DSM-IV ou V am\u00e9ricain comme la classification internationale CIDI-11, d\u00e9finissent-ils un trouble en ciblant l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 interrompre l&rsquo;utilisation, en la distinguant de l\u2019usage.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a>Dix fois par mois ou plus.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le mot addiction indique dans son sens originel une soumission \u00e0 une volont\u00e9 autre qui nous commande, une suj\u00e9tion, c\u2019est l\u2019\u00e9tymologie d\u2019ad-dictus. Aussi la diffusion de drogues addictives dans les soci\u00e9t\u00e9s orient\u00e9es par des valeurs d\u2019autonomie est-elle \u00e9minemment troublante. Cette suj\u00e9tion entre en contradiction avec les normes sociales et morales pr\u00e9valentes des soci\u00e9t\u00e9s modernes individualis\u00e9es, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":259,"featured_media":7604,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[120],"tags":[],"class_list":["post-7599","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-sante","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7599","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/259"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7599"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7599\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/7604"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7599"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7599"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7599"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}