{"id":7467,"date":"2023-08-28T07:10:05","date_gmt":"2023-08-28T05:10:05","guid":{"rendered":"https:\/\/variances.eu\/?p=7467"},"modified":"2023-08-28T07:30:14","modified_gmt":"2023-08-28T05:30:14","slug":"lexclusion-des-athletes-russes-et-bielorusses-de-paris-2024-est-elle-compatible-avec-les-valeurs-olympiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=7467","title":{"rendered":"L\u2019exclusion des athl\u00e8tes russes et bi\u00e9lorusses de Paris 2024 est-elle compatible avec les valeurs olympiques ?"},"content":{"rendered":"<p>Depuis le d\u00e9but de l&rsquo;intervention arm\u00e9e d\u00e9clench\u00e9e par le gouvernement russe en Ukraine en 2022, le sport est devenu un levier pour le pouvoir ukrainien afin de faire valoir son statut de victime et celui d&rsquo;agresseur de la Russie. \u00c0 cet effet, tous les fronts m\u00e9diatiques et institutionnels sont utilis\u00e9s, notamment en demandant l&rsquo;exclusion des sportifs et \u00e9quipes russes des comp\u00e9titions internationales et, lorsque cela n&rsquo;est pas possible, en appelant au boycott des matchs, rencontres et \u00e9preuves impliquant des Russes. Cette approche porte des fruits contrast\u00e9s. Si l&rsquo;Union Europ\u00e9enne des Associations de Football (UEFA) a exclu temporairement les \u00e9quipes russes des comp\u00e9titions continentales, ce n&rsquo;est pas le cas de tous les sports, et force est de constater qu&rsquo;il ne semble pas y avoir une r\u00e8gle commune dans le traitement du sport russe en Europe comme \u00e0 l&rsquo;international. Preuve en est le cas des Jeux Olympiques et Paralympiques (JOP) de Paris 2024 pour lesquels l&rsquo;appel \u00e0 exclusion a entra\u00een\u00e9 des r\u00e9actions vari\u00e9es, souvent contrast\u00e9es et toujours prudentes des acteurs, des autorit\u00e9s publiques et du CIO.<\/p>\n<p>Cette situation met en \u00e9vidence deux \u00e9l\u00e9ments importants dans la g\u00e9opolitique du sport qui refl\u00e8tent les relations internationales contemporaines : il n&rsquo;existe pas un consensus dans la communaut\u00e9 internationale pour condamner l&rsquo;action militaire russe contre l&rsquo;Ukraine, les valeurs atlantistes (europ\u00e9ennes et nord-am\u00e9ricaines) qui fondent l&rsquo;olympisme ne sont pas ou plus h\u00e9g\u00e9moniques.<\/p>\n<p>La critique de la volont\u00e9 de certains pays, dont l&rsquo;Ukraine, de voir les athl\u00e8tes russes et bi\u00e9lorusses exclus des Jeux de Paris 2024 est d&rsquo;autant plus l\u00e9gitime que les autres conflits majeurs ou r\u00e9pressions \u00e0 caract\u00e8re ethnocidaire ou g\u00e9nocidaire ne font pas l&rsquo;objet d&rsquo;un m\u00eame traitement. Pourquoi ne pas exclure les athl\u00e8tes chinois alors que le gouvernement de la Chine fait subir aux Ou\u00efghours un g\u00e9nocide connu et document\u00e9 depuis au moins la fin des ann\u00e9es 2000 ? Pourquoi ne pas exclure les athl\u00e8tes \u00e9thiopiens dans le cadre de la guerre men\u00e9e contre sa province s\u00e9paratiste au Tigr\u00e9 ? Pourquoi accorde-t-on les Jeux asiatiques d&rsquo;hiver \u00e0 l&rsquo;Arabie Saoudite en pleine guerre au Y\u00e9men ?<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse est aussi simple que d\u00e9routante : les Jeux sont avant tout un outil et un instrument de la diffusion des valeurs lib\u00e9rales europ\u00e9ennes, et chaque crise de l&rsquo;olympisme correspond peu ou prou \u00e0 une remise en cause de celles-ci. La demande d&rsquo;exclusion de la Russie et de la Bi\u00e9lorussie met en lumi\u00e8re l&rsquo;incompatibilit\u00e9 d&rsquo;une telle sanction avec la volont\u00e9 de promouvoir une institution sportive universaliste et neutre.<\/p>\n<h3><strong>Les valeurs de l&rsquo;olympisme : un cadre europ\u00e9en, universaliste et lib\u00e9ral<\/strong><\/h3>\n<p>Lorsque les Jeux Olympiques (ils ne seront paralympiques qu&rsquo;apr\u00e8s la seconde guerre mondiale) sont r\u00e9instaur\u00e9s en Sorbonne en 1894, il s&rsquo;agit de promouvoir un terrain de comp\u00e9tition entre les nations sur la base du sport et des individualit\u00e9s. Les premiers comp\u00e9titeurs viennent majoritairement des d\u00e9mocraties occidentales et tout particuli\u00e8rement de France, de Grande-Bretagne (et de ses dominions), du Benelux, des \u00c9tats-Unis et des pays scandinaves. Les comp\u00e9titeurs d&rsquo;Europe Centrale puis du Japon seront rapidement int\u00e9gr\u00e9s aux comp\u00e9titions qui sont quasi exclusivement masculines avant la premi\u00e8re guerre mondiale.<\/p>\n<p>Les Jeux de cette premi\u00e8re phase mettent en valeur la culture europ\u00e9enne, en promouvant la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale et l&rsquo;h\u00e9ritage grec antique et mythifi\u00e9, l&rsquo;individualit\u00e9 et son expression dans un cadre national puisque chaque comp\u00e9titeur est s\u00e9lectionn\u00e9 sur des crit\u00e8res individuels ou par \u00e9quipe, mais dans le cadre d&rsquo;une repr\u00e9sentation nationale. La modernit\u00e9 industrielle et militaire est aussi sur le devant de la sc\u00e8ne, avec des \u00e9preuves \u00e0 destination des corps de pompiers et secouristes, ou encore de tir au canon. Cette modernit\u00e9 occidentale est aussi \u00e0 la base de la constitution d&rsquo;une bourgeoisie qui s&rsquo;adonne \u00e0 ce que nous appelons aujourd&rsquo;hui le sport, et qui \u00e0 cette \u00e9poque prenait la forme de pratiques ludiques teint\u00e9es d&rsquo;hygi\u00e9nisme. Les d\u00e9buts des Jeux sont marqu\u00e9s par une tentative de d\u00e9finition et de red\u00e9finition de ces pratiques, de leur institutionnalisation en parall\u00e8le \u00e0 d&rsquo;autres sports comme le cricket, le football, le rugby, le tennis, etc. Jusqu&rsquo;aux Jeux de Paris 1924, les r\u00e8gles sont floues, tout comme les conditions d&rsquo;organisation. Les sports et \u00e9preuves d\u00e9pendent de chaque organisateur et des moyens disponibles. Cette phase de stabilisation passe aussi par un renforcement de l&rsquo;image des Jeux contemporains. \u00c0 Paris en 1900, les Jeux sont organis\u00e9s en parall\u00e8le \u00e0 l&rsquo;Exposition Universelle afin de tirer profit de l&rsquo;image de ce qui \u00e9tait le premier m\u00e9ga-\u00e9v\u00e9nement de l&rsquo;\u00e9poque industrielle. Mais, quatre ans plus tard, le choix d&rsquo;organiser les premiers Jeux am\u00e9ricains au sein de l&rsquo;Exposition coloniale de Saint-Louis (en lieu et place de Chicago qui avait \u00e9t\u00e9 initialement choisie) am\u00e8ne \u00e0 associer l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement a une volont\u00e9 de d\u00e9montrer la sup\u00e9riorit\u00e9 de la race blanche sur les races colonis\u00e9es.<\/p>\n<p>Ce rappel historique montre que depuis sa r\u00e9apparition, l&rsquo;olympisme n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 dissoci\u00e9 de son environnement institutionnel. Dans une soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne et am\u00e9ricaine patriarcale, raciste et coloniale, il est tout \u00e0 fait \u00e9vident que les premiers Jeux contemporains mettent en valeur l&rsquo;humanit\u00e9 blanche, dont les repr\u00e9sentants masculins sont \u00e0 la fois les comp\u00e9titeurs d\u00e9sign\u00e9s et les organisateurs d&rsquo;un simulacre de conflits entre nations conduit par des individus parfois regroup\u00e9s en \u00e9quipe.<\/p>\n<h3><strong>De crise en crise, l&rsquo;olympisme appara\u00eet \u00e0 la fois fragile et particuli\u00e8rement agile<\/strong><\/h3>\n<p>Les Jeux de Saint-Louis associ\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Exposition coloniale n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 accueillis avec un grand enthousiasme. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, bien qu&rsquo;encore faiblement m\u00e9diatis\u00e9, donne lieu \u00e0 des critiques notamment dans les milieux socialistes europ\u00e9ens et am\u00e9ricains. Cependant, la page est rapidement tourn\u00e9e et les Jeux sont ensuite organis\u00e9es \u00e0 Londres en 1908, puis \u00e0 Stockholm en 1912. La guerre interrompt l\u2019\u00e9v\u00e9nement, le si\u00e8ge du CIO d\u00e9m\u00e9nage de Paris \u00e0 Lausanne pour assurer une forme de neutralit\u00e9 et, \u00e0 la sortie de la Grande Guerre, des Jeux dits de la Reconstruction seront organis\u00e9s \u00e0 Anvers en Belgique. Ces Jeux marquent l&#8217;empreinte de l&rsquo;atlantisme, dans le sens de la configuration d&rsquo;une alliance entre d\u00e9mocraties et empires coloniaux de l&rsquo;Ouest europ\u00e9en avec les Etats-Unis d&rsquo;Am\u00e9rique. Les pays vaincus en 1918 sont absents, tout comme l\u2019URSS. Les \u00e9ditions suivantes sont l&rsquo;occasion d&rsquo;institutionnaliser les Jeux en codifiant et en p\u00e9rennisant les sports afin de les faire co\u00efncider avec les pratiques de l&rsquo;\u00e9poque et de les mettre en spectacle. Paris en 1924 construit le premier village des athl\u00e8tes et, la m\u00eame ann\u00e9e, les premiers Jeux Olympiques d&rsquo;hiver sont organis\u00e9s en France \u00e0 Chamonix. Le nombre de pays participants \u00e0 Paris, puis Amsterdam en 1928 est de plus en plus important. Les Jeux de Los Angeles seront moins pris\u00e9s du fait de leur situation g\u00e9ographique et des moyens de transports \u00e0 disposition en 1932. Cependant, l\u2019\u00e9v\u00e9nement prend une toute nouvelle envergure en 1936, tout en sombrant dans les bras du nazisme \u00e0 Berlin. La d\u00e9rive du CIO est alors d&rsquo;autant plus marqu\u00e9e que les Jeux de 1940 sont attribu\u00e9s au Japon sous un gouvernement imp\u00e9rialiste, en guerre avec une grande partie de l&rsquo;Asie de l&rsquo;Est et sous un r\u00e9gime proche des gouvernements fascistes europ\u00e9ens qui deviendront son alli\u00e9. Les Jeux de Tokyo et Sapporo sont finalement annul\u00e9s en 1938, et le CIO est contraint d&rsquo;annuler les Jeux attribu\u00e9s \u00e0 Londres pour 1944. De nouveau, l&rsquo;image de l\u2019\u00e9v\u00e9nement et de ses acteurs est nettement d\u00e9grad\u00e9e par cette s\u00e9quence.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les deuxi\u00e8mes Jeux de la reconstruction \u00e0 Londres en 1948, l&rsquo;image de l\u2019\u00e9v\u00e9nement et la marque olympique sont port\u00e9es par une s\u00e9rie de r\u00e9ussites\u00a0: la cr\u00e9ation des Jeux Paralympiques en r\u00e9ponse \u00e0 une demande d&rsquo;inclusion de plus en plus forte (bien que les pays sovi\u00e9tiques refusent de participer avant les ann\u00e9es 1970 dans un contexte de marginalisation des personnes en situation de handicap), le retour sur la sc\u00e8ne internationale des pays vaincus en 1945 (Rome 1960, Tokyo 1964, Munich 1972), et les premiers Jeux en Asie et en Am\u00e9rique Latine. Au cours de cette p\u00e9riode, le nombre de pays participants cro\u00eet fortement, mais, de nouveau \u00e0 partir de 1968, plusieurs \u00e9v\u00e9nements viennent jeter une ombre sur l&rsquo;olympisme. La pr\u00e9paration des Jeux de Mexico est men\u00e9e dans un cadre r\u00e9pressif tr\u00e8s violent entra\u00eenant la mort de dizaines de manifestants. L\u2019\u00e9v\u00e9nement en lui-m\u00eame sera utilis\u00e9 comme un levier par certains athl\u00e8tes pour d\u00e9noncer la s\u00e9gr\u00e9gation raciale aux \u00c9tats-Unis. Quatre ans plus tard, ce sont des activistes palestiniens qui vont utiliser le levier olympique pour mettre en lumi\u00e8re le conflit isra\u00e9lo-palestinien \u00e0 travers une attaque terroriste \u00e0 Munich. Les candidatures pour les JOP diminuent et cela est accentu\u00e9 par les boycotts successifs de Montr\u00e9al par les nations africaines en r\u00e9ponse \u00e0 l&rsquo;apartheid sud-africain, puis par les pays alli\u00e9s aux Etats-Unis \u00e0 Moscou en 1980 et r\u00e9ciproquement par les pays du bloc sovi\u00e9tique pour les Jeux de Los Angeles en 1984. Le CIO et les Jeux souffrent alors d&rsquo;une perte de cr\u00e9dibilit\u00e9 au point que seules quelques villes se portent candidates. Los Angeles n&rsquo;a pas de concurrente. S\u00e9oul pour 1988 est oppos\u00e9e \u00e0 Nagoya.<\/p>\n<p>La fin de la Guerre Froide et le retour de la comp\u00e9tition interurbaine comme moteur de l&rsquo;\u00e9conomie mondiale entra\u00eenent une nouvelle \u00e8re pour les Jeux. C&rsquo;est entre les Jeux de Los Angeles et ceux de S\u00e9oul que de nouvelles villes entrent dans la course \u00e0 l&rsquo;accueil des Jeux. Ces villes sont pour la plupart des m\u00e9tropoles r\u00e9gionales qui ne sont pas au sommet de la hi\u00e9rarchie urbaine selon les crit\u00e8res \u00e9tablis par le GaWC (<em>Globalization and World Cities<\/em>) \u00e0 la suite des travaux de Saskia Sassen<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>, mais pr\u00e9tendent \u00e0 une place au sein de la bataille pour l&rsquo;attractivit\u00e9 et le rayonnement international. Il s&rsquo;agira dans un premier temps de Barcelone qui bat Paris pour l&rsquo;obtention des Jeux de 1992, puis d&rsquo;Atlanta, Sydney, Ath\u00e8nes et P\u00e9kin en 2008. Chacune de ces villes porte une transformation de l&rsquo;image de l&rsquo;olympisme. Barcelone et Sydney incarnent un projet de r\u00e9novation et de requalification urbaine mettant en valeur la ville dans la continuit\u00e9 de taux de croissance \u00e9conomique et d\u00e9mographique forts depuis plusieurs d\u00e9cennies. Ath\u00e8nes devait s&rsquo;inscrire dans la lign\u00e9e de ces deux \u00e9v\u00e9nements, mais l&rsquo;ambition trop \u00e9lev\u00e9e ainsi qu&rsquo;une mauvaise anticipation de l&rsquo;utilisation de sites et de leur co\u00fbt apr\u00e8s les Jeux ont mis en lumi\u00e8re la fragilit\u00e9 et l&rsquo;incompatibilit\u00e9 de son projet urbain olympique avec les besoins locaux. Enfin, les Jeux d&rsquo;\u00e9t\u00e9 de P\u00e9kin refl\u00e8tent aussi bien l&rsquo;ouverture du CIO \u00e0 la Chine et de la Chine au monde, que les difficult\u00e9s de faire co\u00efncider les valeurs de l&rsquo;olympisme avec un r\u00e9gime autoritaire conduisant un nettoyage culturel violent dans la r\u00e9gion du Tibet, et une politique ethnocidaire envers les populations Ou\u00efghours plus au nord du pays. Ces critiques envers le gouvernement chinois et le CIO n&rsquo;ont pas emp\u00each\u00e9 l&rsquo;attribution des Jeux d&rsquo;hiver \u00e0 P\u00e9kin pour 2022 dans un contexte encore plus ill\u00e9gitime au regard de l&rsquo;impact environnemental de ces derniers.<\/p>\n<p>Les m\u00eames causes produisent les m\u00eames effets, et l&rsquo;histoire des crises de l&rsquo;olympisme b\u00e9gaie. Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, les instances olympiques et les organisateurs sont critiqu\u00e9s successivement pour le d\u00e9tournement des valeurs de l&rsquo;olympisme au b\u00e9n\u00e9fice de r\u00e9gimes autoritaires (P\u00e9kin 2008 et 2022, Sotchi 2014, Arabie Saoudite 2029) et ou de pays fortement in\u00e9galitaires comme avec Rio 2016. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne n&rsquo;est cependant pas propre aux Jeux puisque la FIFA et l&rsquo;UEFA sont aussi sous le feu des critiques pour avoir organis\u00e9 la Coupe du Monde de Football au Br\u00e9sil en 2014, en Russie en 2018, au Qatar en 2022, et\u00a0 pour avoir nou\u00e9 des partenariats avec des entreprises russes comme Gazprom. D&rsquo;autres critiques r\u00e9\u00e9mergent comme celles relatives aux d\u00e9penses publiques engendr\u00e9es par la pr\u00e9paration de l\u2019\u00e9v\u00e9nement renvoyant au fiasco budg\u00e9taire de Montr\u00e9al 1976, ou \u00e0 un accroissement des politiques s\u00e9curitaires au d\u00e9triment des libert\u00e9s individuelles. Seule la critique de l&rsquo;impact environnemental des Jeux est nouvelle au sens o\u00f9 ce sujet n&rsquo;\u00e9tait pas encore suffisamment ancr\u00e9 dans l&rsquo;agenda public avant les ann\u00e9es 2000 pour \u00eatre appliqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;olympisme et au sport professionnel en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<h3><strong>Que signifie le d\u00e9bat actuel sur <\/strong><strong>l&rsquo;int<\/strong><strong>\u00e9gration des athl\u00e8tes russes et bi\u00e9lorusses ?<\/strong><\/h3>\n<p>Que nous apprend ce rappel des p\u00e9rip\u00e9ties des Jeux et des villes olympiques\u00a0? Tout d&rsquo;abord, la capacit\u00e9 de contorsion et de flexibilit\u00e9 dont fait preuve l&rsquo;olympisme doit nous mettre en garde contre tout jugement h\u00e2tif sur son devenir. R\u00e9guli\u00e8rement accul\u00e9s face \u00e0 leurs contradictions, soumis aux critiques de leurs contemporains, et malmen\u00e9s par les frasques des relations internationales comme des contextes locaux, les Jeux Olympiques et Paralympiques sont en mutation permanente et l&rsquo;institution a toujours rebondi.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;olympisme montre aussi qu&rsquo;un incident international peut toujours avoir une influence sur les Jeux. La tension apparue avec les demandes \u00a0d&rsquo;interdire aux athl\u00e8tes russes et bi\u00e9lorusses de venir concourir \u00e0 Paris en 2024 est la suite d&rsquo;une longue s\u00e9rie de tentatives d&rsquo;utiliser les Jeux comme un levier de m\u00e9diatisation et de pression d&rsquo;une partie sur une autre.<\/p>\n<p>Dans ce cadre, pourquoi devrait-on exclure les athl\u00e8tes russes et bi\u00e9lorusses\u00a0? Si on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l&rsquo;argument du gouvernement ukrainien, \u00e0 savoir que la Russie et la Bi\u00e9lorussie poss\u00e8dent le statut d&rsquo;agresseur, la question retour serait de savoir pourquoi ne pas g\u00e9n\u00e9raliser cette demande pour tous les pays agresseurs\u00a0? Il ne resterait plus beaucoup de comp\u00e9titeurs une fois la liste dress\u00e9e, et il est fort probable qu&rsquo;une partie de la sc\u00e8ne internationale pourrait consid\u00e9rer le prochain pays h\u00f4te, la France, comme un agresseur \u00e0 divers titres, depuis ses op\u00e9rations en Afrique \u00e0 celui de pays colonisateur en Nouvelle-Cal\u00e9donie.<\/p>\n<p>Un autre argument allant \u00e0 l&rsquo;encontre de l&rsquo;exclusion est celui qui est aux fondements des Jeux, \u00e0 savoir que l&rsquo;engagement des athl\u00e8tes se fait au sein d&rsquo;un cadre national, mais \u00e0 titre individuel. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il existe une banni\u00e8re pour les athl\u00e8tes non-affili\u00e9s et ou r\u00e9fugi\u00e9s\/exil\u00e9s. Lors des Jeux pr\u00e9c\u00e9dents, la banni\u00e8re russe n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9e du fait du dopage syst\u00e9matique pratiqu\u00e9 par les autorit\u00e9s, mais les athl\u00e8tes russes \u00e9taient autoris\u00e9s \u00e0 int\u00e9grer l&rsquo;\u00e9quipe du Comit\u00e9 Olympique Russe. Ainsi, le CIO pouvait appliquer une sanction \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l\u2019\u00c9tat russe sans entraver la libert\u00e9 individuelle. Mais cette solution s&rsquo;appliquait \u00e0 une probl\u00e9matique sportive (bien que politique) li\u00e9e au dopage.<\/p>\n<p>Enfin, le dernier argument est que depuis les Jeux de Mexico en 1968, le CIO et les institutions sportives internationales ont largement encadr\u00e9 la prise de parole et de position des sportifs dans les ar\u00e8nes de comp\u00e9tition. Un athl\u00e8te qui souhaite exprimer une opinion politique en est largement emp\u00each\u00e9 et risque l&rsquo;exclusion \u00e0 titre individuel.<\/p>\n<p>Il y a ainsi peu de raisons pour que la Russie et la Bi\u00e9lorussie soient totalement priv\u00e9es des Jeux. Cependant, le CIO reste une institution profond\u00e9ment marqu\u00e9e par son origine europ\u00e9enne et le fait que les Jeux aient lieu \u00e0 Paris et que cette guerre soit men\u00e9e sur le continent, rend la situation d&rsquo;autant plus complexe et instable. Rien n&rsquo;indique pour l&rsquo;heure que l&rsquo;exclusion soit act\u00e9e, mais tout indique que, quel que soit le r\u00e9sultat de ce bras de fer entre les gouvernements russes et ukrainiens, l&rsquo;olympisme en sera marqu\u00e9 et, de toute \u00e9vidence, qu&rsquo;il trouvera (encore) une nouvelle fa\u00e7on de rebondir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Cet article a \u00e9t\u00e9 initialement publi\u00e9 le 25 mai.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><em><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Saskia Sassen, 1991, The Global City: New York, London, Tokyo, Princeton University Press<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis le d\u00e9but de l&rsquo;intervention arm\u00e9e d\u00e9clench\u00e9e par le gouvernement russe en Ukraine en 2022, le sport est devenu un levier pour le pouvoir ukrainien afin de faire valoir son statut de victime et celui d&rsquo;agresseur de la Russie. \u00c0 cet effet, tous les fronts m\u00e9diatiques et institutionnels sont utilis\u00e9s, notamment en demandant l&rsquo;exclusion des [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":182,"featured_media":7469,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[137],"tags":[],"class_list":["post-7467","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-sport","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7467","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/182"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7467"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7467\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/7469"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7467"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7467"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7467"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}