{"id":7456,"date":"2023-05-19T07:15:18","date_gmt":"2023-05-19T05:15:18","guid":{"rendered":"https:\/\/variances.eu\/?p=7456"},"modified":"2023-05-19T07:41:38","modified_gmt":"2023-05-19T05:41:38","slug":"keynes-largent-la-politique-et-les-valeurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=7456","title":{"rendered":"Keynes\u00a0: l\u2019argent, la politique et les \u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Keynes a besoin d\u2019argent, de beaucoup d\u2019argent, pour lui permettre de mener notamment ses actions de m\u00e9c\u00e9nat pour les artistes, mais il n\u2019aime pas l\u2019argent en tant que tel\u00a0; en revanche, il aime le jeu et la sp\u00e9culation qui occuperont une grande partie de sa vie. Ayant une personnalit\u00e9 cliv\u00e9e, il m\u00e8nera souvent un \u00ab\u00a0double jeu\u00a0\u00bb, non seulement dans sa vie affective\u00a0mais aussi en politique. Tout au long de sa vie, il affirmera un grand d\u00e9dain de l\u2019argent\u00a0; et de l\u2019or\u00a0! Une fa\u00e7on d\u2019exprimer son \u00e9thique, au risque d\u2019\u00eatre parfois un peu na\u00eff ou de se contredire.<\/p>\n<h3><strong>Avoir de l&rsquo;argent et sp\u00e9culer<\/strong><\/h3>\n<p>Il d\u00e9teste le salariat. D&rsquo;une part c&rsquo;est une forme de d\u00e9pendance insupportable pour lui et il garde un souvenir particuli\u00e8rement p\u00e9nible de ses relations avec Lloyd George au cours de ses derniers mois au <em>Tresor<\/em>, \u00e0 Paris lors de la conf\u00e9rence de la paix en 1919. Il fut n\u00e9anmoins, pendant un certain nombre d\u2019ann\u00e9es, un salari\u00e9 en tant que haut fonctionnaire\u00a0: c\u2019\u00e9tait un pis-aller qui lui procurait des revenus bien sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux qu\u2019aurait pu lui procurer un poste de professeur<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, ce qu\u2019il aurait pu devenir \u00e0 Cambridge mais il ne le voulut pas\u00a0; ce n\u2019\u00e9tait pas seulement une question d\u2019argent. Il tenait beaucoup \u00e0 sa libert\u00e9 de mouvement, il \u00e9tait indispensable qu\u2019il soit \u00e0 Londres pendant une grande partie de la semaine\u00a0pour ses conseils d\u2019administration, pour sp\u00e9culer et s\u2019informer de la situation des march\u00e9s financiers, pour rencontrer des gens importants du monde de la presse et de la politique. Il m\u00e8ne \u00ab\u00a0grand train\u00a0\u00bb, pas du tout le genre de vie d\u2019un professeur. Il a beau manifester un certain m\u00e9pris pour l&rsquo;argent, il lui en faut beaucoup, qu&rsquo;il doit chercher ailleurs que dans l&rsquo;institution universitaire ou la fonction publique\u00a0: dans la sp\u00e9culation et la gestion des actifs financiers.<\/p>\n<p>Ce dernier point a son importance\u00a0; en 1919, ayant quitt\u00e9 le <em>Tresor<\/em>, Keynes a besoin de trouver de l&rsquo;argent, et beaucoup\u00a0; ce sera dans la finance et dans l\u2019\u00e9dition. Il sera donc non seulement un th\u00e9oricien mais aussi un praticien de l&rsquo;\u00e9conomie. En m\u00eame temps qu&rsquo;il \u00e9crit son essai sur la Paix de Versailles qui lui procurera une belle somme d\u2019argent, il se lance dans la sp\u00e9culation sur le march\u00e9 des devises<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, certaines mauvaises langues insinuent qu&rsquo;il profitait alors d&rsquo;informations confidentielles \u00e9manant du <em>Tresor<\/em><a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a><em>. <\/em>Il fonde pour cela, avec l\u2019aide de son ami et ancien coll\u00e8gue du <em>Tresor<\/em>, l&rsquo;actuaire Oswald Toynbee Falk, le <em>Syndicate<\/em> pour sp\u00e9culer sur les devises, en utilisant non seulement des fonds personnels mais aussi des fonds emprunt\u00e9s \u00e0 ses amis, notamment \u00e0 son p\u00e8re. Ses sp\u00e9culations s&rsquo;av\u00e9r\u00e8rent malheureuses\u00a0: il \u00e9tait loin d\u2019avoir atteint le savoir-faire de Falk qui venait de devenir \u00ab\u00a0partner\u00a0\u00bb dans la firme de courtage <em>Buckmaster and Moore<\/em><a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a><em>. <\/em>Il perdit beaucoup d\u2019argent et en fit perdre beaucoup \u00e0 ses proches, en 1920\u00a0; son p\u00e8re \u00e9tait furieux et le pria de ne pas recommencer de prendre des risques insens\u00e9s avec l\u2019argent des autres.<\/p>\n<p>Maynard avait introduit Falk au <em>Tresor<\/em>\u00a0: \u00e0 son tour, celui-ci le fit entrer en septembre 1919 au conseil d&rsquo;administration d&rsquo;une compagnie d&rsquo;assurance, la <em>National Mutual Life Assurance Society<\/em> dont il devint pr\u00e9sident d\u00e8s l\u2019ann\u00e9e 1921\u00a0: ses d\u00e9boires de 1920 n\u2019eurent aucun effet sur une carri\u00e8re qui continuait \u00e0 \u00eatre fulgurante. A la m\u00eame \u00e9poque, il contribua \u00e0 la cr\u00e9ation, avec le concours de la firme d&rsquo;investissement de Falk, de trois compagnies d&rsquo;investissement\u00a0: le <em>A.D. Investment Trust<\/em> form\u00e9 en juillet 1921, principalement avec ses anciens subordonn\u00e9s de la division A du <em>Tresor<\/em>, et dont il se retira en 1927, la <em>Independent Investment Company<\/em>, fond\u00e9e en janvier 1924, enfin la <em>R.P. Finance Company<\/em> mise sur pied en janvier 1923 et comptant parmi ses actionnaires de nombreux membres du <em>Bloomsbury set<\/em> et de sa famille<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. A l\u2019\u00e9vidence, Keynes \u00e9tait addict \u00e0 la sp\u00e9culation.<\/p>\n<p>Par ailleurs, \u00e0 la fin du mois de d\u00e9cembre 1923, Keynes devint membre du conseil d&rsquo;administration et pr\u00e9sident du comit\u00e9 financier de la <em>Provincial Insurance Company<\/em>\u00a0: il s&rsquo;agissait d&rsquo;une petite compagnie familiale d&rsquo;assurance dans le management dans laquelle il jouera un r\u00f4le important jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort. Pour lui, \u00ab\u00a0une soci\u00e9t\u00e9 mutuelle bien g\u00e9r\u00e9e, dont tous les b\u00e9n\u00e9fices appartiennent aux assur\u00e9s, est certainement l\u2019institution id\u00e9ale pour le placement de petites \u00e9conomies annuelles. Si seulement les soci\u00e9t\u00e9s mutuelles de ce pays pouvaient am\u00e9liorer leurs principes d\u2019investissement avec autant de succ\u00e8s qu\u2019elles ont perfectionn\u00e9 la science actuarielle, leur utilit\u00e9 sociale serait encore plus grande qu\u2019elle ne l\u2019a \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019ici\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. Keynes souhaite ainsi que les petits \u00e9pargnants puissent, gr\u00e2ce aux m\u00e9thodes modernes de l&rsquo;actuariat, obtenir un bon rendement pour leur \u00e9pargne, ce qu&rsquo;il r\u00e9alisa avec succ\u00e8s dans le cas de la <em>Provincial<\/em>, au prix toutefois d&rsquo;une prise de risque importante<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Ses conceptions en mati\u00e8re de placement de l&rsquo;\u00e9pargne et des choix pour proc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;investissement de cette \u00e9pargne sont expos\u00e9es \u00e0 l&rsquo;occasion des discours annuels qu&rsquo;il prononce en tant que pr\u00e9sident de la <em>National Mutual Life Assurance Society<\/em>\u00a0; ceux-ci b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;une tr\u00e8s large couverture m\u00e9diatique et constituent une sorte d&rsquo;\u00e9v\u00e9nement\u00a0: le journal <em>The Times<\/em> reprend m\u00eame int\u00e9gralement ses propos et d\u00e9veloppe des commentaires dans ses <em>City Notes<\/em>, une publicit\u00e9 gratuite pour cette compagnie. Keynes d\u00e9veloppe une id\u00e9e neuve pour l&rsquo;\u00e9poque, de fa\u00e7on implicite au d\u00e9but, selon laquelle les professionnels de la gestion d&rsquo;actifs des compagnies d&rsquo;assurance devraient inclure, dans les portefeuilles qu&rsquo;ils constituent, non seulement des obligations mais aussi des actions. Il y a ainsi l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;investissement doit \u00eatre stimul\u00e9, en m\u00eame temps que le risque qu&rsquo;il comporte doit \u00eatre socialis\u00e9\u00a0; l&rsquo;incertitude du lendemain doit \u00eatre assum\u00e9e, mais pas par des pratiques purement \u00ab\u00a0renti\u00e8res\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les risques financiers, Keynes en prend, avec des succ\u00e8s et aussi des d\u00e9boires, notamment en 1928, de sorte, remarque Dostaler, \u00ab\u00a0qu&rsquo;il n&rsquo;a plus beaucoup \u00e0 perdre dans le krach de 1929\u00a0\u00bb\u00a0; \u00e0 l&rsquo;occasion, il peut \u00eatre \u00ab\u00a0contrarien\u00a0\u00bb en mati\u00e8re de finance, ne cherchant pas toujours une position conforme au consensus du march\u00e9. Il \u00e9crit ainsi \u00e0 un ami banquier\u00a0: \u00ab\u00a0Le principe de base que je suis en mati\u00e8re d&rsquo;investissement consiste \u00e0 aller \u00e0 l&rsquo;encontre de l&rsquo;opinion g\u00e9n\u00e9rale, au motif que, si tous conviennent de son int\u00e9r\u00eat, in\u00e9vitablement le co\u00fbt de cet investissement est trop \u00e9lev\u00e9 et par cons\u00e9quent peu attrayant\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Ce \u00ab\u00a0principe de base\u00a0\u00bb n\u2019est pas toujours suivi par lui\u00a0: Keynes est pragmatique et ne craint pas de se contredire, tout est affaire de circonstances\u00a0! Il sp\u00e9cule sur tout\u00a0: les monnaies, les actions, \u00ab\u00a0les mati\u00e8res premi\u00e8res\u00a0: coton, plomb, \u00e9tain, cuivre, caoutchouc, bl\u00e9, sucre, huile et jute\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. Keynes a beaucoup sp\u00e9cul\u00e9 sur les monnaies entre 1919 et 1939\u00a0: des achats ou ventes de monnaies \u00e9trang\u00e8res, au comptant ou \u00e0 terme, donnant lieu \u00e0 354 ordres r\u00e9pertori\u00e9s dans ses livres personnels conserv\u00e9s au King\u2019s College\u00a0; il aurait r\u00e9ussi \u00ab\u00a0\u00e0 g\u00e9n\u00e9rer des profits cumul\u00e9s positifs \u00e0 la fin des deux p\u00e9riodes au cours desquelles <em>il a sp\u00e9cul\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>\u00a0: d\u2019ao\u00fbt 1919 \u00e0 mai 1927 et d\u2019octobre 1932 \u00e0 mars 1939.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, rien ne prouve qu\u2019il n\u2019ait pas sp\u00e9cul\u00e9 entre 1927 et 1932\u00a0: il est tr\u00e8s probable qu\u2019il a sp\u00e9cul\u00e9 contre la livre sterling, notamment en 1931 comme le lui avait propos\u00e9 avec insistance son ami Falk, mais il devait consid\u00e9rer cela comme politiquement tr\u00e8s incorrect, il ne fallait pas que cela laisse des traces.<\/p>\n<p>L\u2019un des sommets de sa carri\u00e8re de sp\u00e9culateur, si on peut dire, se situe en 1936\u00a0: il avait sp\u00e9cul\u00e9 pour le compte de l\u2019Universit\u00e9 de Cambridge. \u00ab\u00a0Il se trouve en possession d&rsquo;une quantit\u00e9 de bl\u00e9 \u00e9quivalente \u00e0 environ un mois de la consommation anglaise, qui arrive en bateau en provenance d&rsquo;Argentine et dont il est forc\u00e9 de prendre livraison. Il cherche \u00e0 louer la nef de la chapelle du <em>King&rsquo;s College<\/em>, pour en stocker une partie, ce qui lui est \u00e9videmment refus\u00e9 (\u2026) Il r\u00e9ussit \u00e0 gagner du temps (\u2026) et parvient \u00e0 vendre la cargaison avant d&rsquo;avoir \u00e0 en prendre livraison\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. Il ne doute de rien, a un culot monstre au point d&rsquo;imaginer de transformer la chapelle du <em>King&rsquo;s College<\/em> en silo \u00e0 bl\u00e9\u00a0: en d\u00e9pit de ce qu&rsquo;il \u00e9crit dans certains de ses courriers concernant son \u00e9thique, on dirait de nos jours qu&rsquo;il se comporte comme un \u00ab\u00a0requin de la finance\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<p>Mais, \u00e0 sa d\u00e9charge pourrait-on dire, il lui faut beaucoup d&rsquo;argent\u00a0: pour ses proches qu&rsquo;il aide financi\u00e8rement, pour ses achats de tableaux, pour sa vie mondaine et les f\u00eates qu&rsquo;il organise et, surtout, pour ses contacts et la diffusion de ses id\u00e9es. Pas seulement leur diffusion\u00a0: leur mise en application aussi et surtout, ce qu\u2019il souhaiterait, mais c\u2019est plus difficile\u00a0!<\/p>\n<h3><strong>L&rsquo;influence politique<\/strong><\/h3>\n<p>Il veut \u00eatre le \u00ab\u00a0meilleur\u00a0\u00bb \u00e9conomiste, pas seulement pour que son \u0153uvre puisse constituer un phare de la pens\u00e9e pour les g\u00e9n\u00e9rations futures car \u00e0 long terme il bien sait qu&rsquo;il sera mort, mais aussi et peut-\u00eatre surtout pour avoir de l&rsquo;influence sur les d\u00e9cisions politiques du moment, \u00e0 chaque instant de sa vie\u00a0; en cons\u00e9quence, il pourra, selon qu&rsquo;il est \u00e9cout\u00e9 ou non, persister dans l&rsquo;erreur ou revoir certains des sch\u00e9mas de pens\u00e9e qu&rsquo;il propose dans le domaine de la th\u00e9orie \u00e9conomique. Il est parfois difficile de s\u00e9parer, dans ses activit\u00e9s, ce qui rel\u00e8ve de l&rsquo;\u00e9laboration th\u00e9orique, de la vulgarisation des id\u00e9es \u00e9conomiques, de l&rsquo;expos\u00e9 d&rsquo;id\u00e9es politiques, des d\u00e9marches politiques aupr\u00e8s des hommes politiques ou bien, indirectement, de sa pr\u00e9sence dans de multiples comit\u00e9s au sein de l&rsquo;appareil de l&rsquo;Etat.<\/p>\n<p>La politique et l&rsquo;influence politique absorbent une grande part de son \u00e9nergie. Jeune, il se contente de \u00ab\u00a0militer\u00a0\u00bb, en lib\u00e9ral qu&rsquo;il est, pour le libre-\u00e9change commercial. Etant devenu haut fonctionnaire de l&rsquo;Etat, il fait ses premi\u00e8res armes avec l\u2019Inde\u00a0; l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;\u00e9conomie de ce pays le conduit \u00e0 imaginer un projet de syst\u00e8me mon\u00e9taire pour l&rsquo;ensemble des pays de l&rsquo;Empire britannique dans lequel chaque monnaie aurait une parit\u00e9 fixe (mais ajustable) par rapport \u00e0 la livre sterling, un projet peu diff\u00e9rent de ce qui fut d\u00e9cid\u00e9 plus tard \u00e0 Bretton Woods pour l&rsquo;ensemble du monde, \u00e0 ceci pr\u00e8s que le pivot fut le dollar et non pas la livre.<\/p>\n<p>Du fait de sa puissance de travail et de son intelligence, Keynes progresse tr\u00e8s rapidement dans la carri\u00e8re, principalement pendant la guerre. En 1915, d\u00e9sormais au <em>Tresor<\/em>, il est nomm\u00e9 secr\u00e9taire d&rsquo;un Comit\u00e9 sur les prix alimentaires qui est pr\u00e9sid\u00e9 par le premier ministre Asquith dont il est devenu l&rsquo;un des amis\u00a0; il est en m\u00eame temps membre d&rsquo;un Comit\u00e9 interminist\u00e9riel sur les approvisionnements en bl\u00e9 et farine. En f\u00e9vrier, il va \u00e0 Paris pour une rencontre financi\u00e8re des alli\u00e9s et, en mai, il accompagne le chancelier McKenna \u00e0 Nice pour une rencontre avec le ministre italien des finances\u00a0; \u00e0 la fin de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, il conseille un ministre pour les questions de finance internationale, notamment en ce qu&rsquo;elles concernent les relations entre les alli\u00e9s. Cela ne l&#8217;emp\u00eache pas de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des questions th\u00e9oriques touchant au taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat et aux fluctuations, notamment \u00e0 partir des \u00e9crits d&rsquo;un \u00e9conomiste su\u00e9dois dont il a d\u00e9j\u00e0 eu l&rsquo;occasion de s&rsquo;inspirer, Knut Wicksell qu&rsquo;il rencontre \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1915.<\/p>\n<p>En 1916, en pacifiste convaincu qu&rsquo;il est, hostile \u00e0 la conscription, conform\u00e9ment au manifeste de la <em>Fabian Society<\/em>, et favorable \u00e0 une paix imm\u00e9diate de compromis avec l&rsquo;Allemagne, il commence \u00e0 se livrer \u00e0 des calculs ayant pour but de d\u00e9montrer qu&rsquo;il serait absurde de continuer la guerre afin de \u00ab\u00a0faire payer l&rsquo;Allemagne\u00a0\u00bb car, pense-t-il, cela serait impossible\u00a0: il invente pour cela une notion tr\u00e8s discutable de \u00ab\u00a0capacit\u00e9 \u00e0 payer\u00a0\u00bb. Tout cela sera repris dans son livre de 1919 <em>Les cons\u00e9quences \u00e9conomiques de la paix<\/em>, dont la lecture de certains passages ne peut que laisser le lecteur tr\u00e8s perplexe, notamment le passage qui concerne l\u2019indemnit\u00e9 de guerre impos\u00e9e \u00e0 la France par le trait\u00e9 de Francfort et que celle-ci paya rubis sur l&rsquo;ongle<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. La probl\u00e9matique qui est la sienne en 1916 proc\u00e8de directement de ses options pacifistes et non pas d&rsquo;une d\u00e9marche purement scientifique.<\/p>\n<p>Les \u00e9changes d&rsquo;id\u00e9es, au-del\u00e0 des gens qui lui sont proches, lui semblent indispensables\u00a0: il participe au printemps 1917 \u00e0 la cr\u00e9ation du <em>Tuesday club<\/em> et, \u00e0 l\u2019automne, \u00e0 celle du <em>1917 club<\/em>\u00a0; cela contribue \u00e0 lui donner, en quelque sorte, une existence ind\u00e9pendante de celle du <em>Tresor<\/em>. Le premier de ces clubs est organis\u00e9 en juin 1917 par son ami Oswald Toynbee Falk qui dirige une soci\u00e9t\u00e9 de bourse\u00a0; <em>The Tuesday Club<\/em> r\u00e9unit, autour d&rsquo;un d\u00eener une fois par mois au <em>Caf\u00e9 Royal<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\"><sup><strong>[13]<\/strong><\/sup><\/a><\/em>, des banquiers, hommes d&rsquo;affaires, hauts fonctionnaires du <em>Tresor<\/em>, hommes politiques. <em>The 1917 Club<\/em> est plus politique\u00a0: cr\u00e9\u00e9 en d\u00e9cembre 1917 par Leonard Woolf et ses amis, c&rsquo;est un lieu de r\u00e9union pour des gens de gauche<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>, des admirateurs de la r\u00e9volution russe du printemps 1917 et m\u00eame, pour la plupart, du coup d&rsquo;\u00e9tat des Bolcheviks de l&rsquo;automne 1917.<\/p>\n<p>Keynes va continuer, dans le domaine de l&rsquo;influence politique\u00a0: d\u2019abord comme fonctionnaire avec les n\u00e9gociations pr\u00e9paratoires \u00e0 la paix et ses relations troubles avec Melchior, puis apr\u00e8s sa d\u00e9mission du <em>Tresor, <\/em>avec la publication de son livre <em>Les cons\u00e9quences \u00e9conomiques de la paix<\/em>, un succ\u00e8s de librairie et un instrument d&rsquo;influence politique qui eut effectivement une certaine efficacit\u00e9, notamment aux Etats-Unis dont le S\u00e9nat refusa de ratifier le trait\u00e9 de Versailles, le 19 mars 1920. On peut dire <em>a posteriori<\/em> que l\u2019influence de ce livre fut d\u00e9sastreuse\u00a0: non seulement aux Etats-Unis, mais aussi en encourageant par la suite en Angleterre la politique de \u00ab\u00a0l\u2019apaisement\u00a0\u00bb et en donnant, en Allemagne, des arguments \u00e0 la propagande nazie.<\/p>\n<p>Il persistera en signant, en janvier 1922, <em>A Revision of the Treaty, being a Sequel of the Economic Consequence of the Peace<\/em> ; il combat avec opini\u00e2tret\u00e9 le trait\u00e9 de Versailles et endosse donc une part de responsabilit\u00e9 dans la diffusion du mythe selon lequel ce trait\u00e9 aurait conduit le peuple allemand au nazisme et \u00e0 la guerre, tant il est vrai que ce fut plut\u00f4t sa non-application qui facilita ce r\u00e9sultat.<\/p>\n<p>Au printemps 1922, il assiste \u00e0 la conf\u00e9rence de G\u00eanes en tant que journaliste\u00a0; il rencontre alors Gueorgui Tchitcherine qui, au nom de la Russie sovi\u00e9tique, signe le Trait\u00e9 de Rapallo avec son homologue allemand Walther Rathenau qui confirme les accords militaires secrets marquant la volont\u00e9 de Weimar de ne pas respecter les dispositions du Trait\u00e9 de Versailles. Un peu plus tard, il va continuer \u00e0 jouer le double jeu assez trouble d\u2019une diplomatie parall\u00e8le entre l\u2019Angleterre et l\u2019Allemagne initi\u00e9 avec Karl Melchior\u00a0: il prodigue des \u00ab\u00a0bons conseils\u00a0\u00bb \u00e0 propos des dettes et de la politique mon\u00e9taire de Weimar par des lettres adress\u00e9es \u00e0 Melchior, qui fait suivre au Chancelier, le v\u00e9ritable destinataire, accompagn\u00e9es de suggestions pour des d\u00e9clarations publiques qui, une fois faites, sont comment\u00e9es par Keynes dans les journaux anglais avec des suggestions pour le Premier ministre de sa Majest\u00e9\u00a0! Il fait les questions et les r\u00e9ponses, se prenant peut-\u00eatre pour une r\u00e9incarnation de Talleyrand\u00a0!<\/p>\n<p>Keynes est partout, il donne son avis sur tout\u00a0; son agitation comme \u00e9lectron libre n&rsquo;a pas toujours beaucoup d&rsquo;effet sur le cours des \u00e9v\u00e9nements ni sur les d\u00e9cisions politiques qui sont prises dans son pays\u00a0: peu importe qu&rsquo;il soit ou non suivi dans les recommandations qu&rsquo;il formule, il devient, en tant qu&rsquo;\u00e9conomiste, incontournable. Il multiplie les conf\u00e9rences qu&rsquo;il donne ou auxquelles il participe (notamment une conf\u00e9rence internationale tenue \u00e0 Londres en 1924 sur le ch\u00f4mage), les articles dans les journaux, les publications<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>, les articles scientifiques\u00a0; il \u00e9tend son syst\u00e8me relationnel et se fait admettre en 1927 au<em> Other Club<\/em>, un club de parlementaires fond\u00e9 en 1911 par Winston Churchill. Plus que jamais il s&rsquo;int\u00e9resse au fonctionnement de l&rsquo;Etat et devient un membre important de nombreuses commissions, notamment la Commission sur la monnaie mise en place par le <em>Tresor<\/em>, la Commission sur la dette et la fiscalit\u00e9 (1924), la \u00ab\u00a0Commission MacMillan\u00a0\u00bb (<em>Committee on Finance and Industry)<\/em> en 1929, devant laquelle il pr\u00e9sentera les th\u00e8ses de son <em>Treatise on money<\/em>.<\/p>\n<p>Durant l\u2019hiver 1929-1930, cette Commission auditionne en effet de nombreuses personnalit\u00e9s, dont Keynes\u00a0; sa notori\u00e9t\u00e9 est telle que son pr\u00e9sident ne peut \u00e9viter de lui donner un temps de parole exceptionnel, exorbitant\u00a0: Keynes va parler durant dix heures en cinq s\u00e9ances, en f\u00e9vrier et mars 1930\u00a0; il ass\u00e8ne un v\u00e9ritable cours, s\u2019imaginant peut-\u00eatre que plus il parle, plus il pourra convaincre alors que c\u2019est le contraire qui est vrai\u00a0; il explique que, puisque le pays est en d\u00e9pression, il ne faut pas craindre de faire des grands travaux et des investissements pour moderniser certaines industries, quitte \u00e0 avoir un peu d\u2019inflation, mais les membres de la Commission n\u2019appr\u00e9cient pas d\u2019\u00eatre pris pour des \u00e9tudiants, ils n\u2019\u00e9coutent pas, d\u2019autant moins que le discours heurte par trop leurs id\u00e9es.<\/p>\n<p>La Commission d\u00e9cide la mise sur pied du <em>Economic Advisatory Council<\/em> (EAC) dans lequel si\u00e8gent des banquiers, des fonctionnaires et des politiques mais c\u2019est une \u00ab\u00a0maison de fous\u00a0\u00bb, pense Keynes qui ne se d\u00e9courage pas et suscite la cr\u00e9ation d&rsquo;un Comit\u00e9 sur les perspectives \u00e9conomiques, qu\u2019il pr\u00e9side, ainsi que d&rsquo;un \u00ab\u00a0Comit\u00e9 des \u00e9conomistes\u00a0\u00bb qu&rsquo;il pr\u00e9side aussi\u00a0; il est membre, en 1931, d&rsquo;un Comit\u00e9 sur l&rsquo;information \u00e9conomique de l&rsquo;EAC, puis en 1932, d&rsquo;un Comit\u00e9 de politique \u00e9conomique internationale charg\u00e9 de pr\u00e9parer la conf\u00e9rence de Londres de 1933.<\/p>\n<p>D\u00e8s les ann\u00e9es de guerre, puis par la suite, il multiplie les contacts avec les hommes politiques de tous les bords\u00a0; en Angleterre (Herbert Asquith, David Lloyd George, Neville Chamberlain, Andrew Bonar Law, Stanley Baldwin, Ramsay Mac Donald, Oswald Mostley, Winston Churchill, etc.) mais aussi \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger\u00a0: le pr\u00e9sident Hoover en 1931, le chancelier Br\u00fcning en 1932, le pr\u00e9sident Roosevelt en 1934 (\u00e0 qui il adressera par ailleurs de nombreuses lettres). A partir de la deuxi\u00e8me guerre mondiale, il est devenu \u00ab\u00a0incontournable\u00a0\u00bb.\u00a0 Toutefois, il est int\u00e9ressant de remarquer que son activit\u00e9 des ann\u00e9es 20 et des ann\u00e9es 30, dans le domaine de la politique, n&rsquo;est pas seulement guid\u00e9e par la volont\u00e9 d&rsquo;avoir de l&rsquo;influence aupr\u00e8s des gens importants\u00a0: il y a en effet une relation qu\u2019il voudrait \u00e9troite entre son activit\u00e9 d&rsquo;\u00e9laboration th\u00e9orique, ses principes \u00e9thiques et ses croyances, d\u2019une part, et les d\u00e9cisions qu&rsquo;il souhaiterait faire adopter par les responsables politiques avec lesquels il est en contact, d\u2019autre part\u00a0; en quelque sorte, il est un militant, un \u00ab\u00a0croyant\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3><strong>Keynes et ses \u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb<\/strong><\/h3>\n<p>Un peu partout, dans les r\u00e9cits de l&rsquo;\u0153uvre et de la vie de Keynes, on trouve ainsi des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 des principes \u00e9thiques\u00a0: des guides pour ses actes ou des justifications de ceux-ci. Tout en haut de son \u00e9chelle des valeurs se trouvent l&rsquo;art, l&rsquo;amour, le sexe, l&rsquo;amour universel entre les hommes, l&rsquo;amiti\u00e9, le pacifisme, le sens de la f\u00eate, et tout en bas se trouvent l&rsquo;amour de l&rsquo;argent, le d\u00e9sir de poss\u00e9der des biens mat\u00e9riels, l&rsquo;\u00e9pargne, l&rsquo;usure, la th\u00e9saurisation, le refus de vivre dans le pr\u00e9sent, l&rsquo;hypocrisie, l&rsquo;\u00e9go\u00efsme. Il en r\u00e9sulte une hi\u00e9rarchie implicite des m\u00e9tiers au sein de la soci\u00e9t\u00e9, un peu \u00e0 la fa\u00e7on dont proc\u00e9dait William Petty, mais \u00e0 la diff\u00e9rence de celui-ci qui \u00e9tablissait cela sur une base \u00e9conomique, Keynes utilise une base \u00e9thique. Tout en haut, il y a les artistes, puis les intellectuels, et puis les entrepreneurs, les \u00e9conomistes, les hommes d\u2019affaires. Les rentiers sont les derniers\u00a0! Dans la soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale dont il r\u00eave, les hommes ne seraient pas contraints par le besoin ni anim\u00e9s par la cupidit\u00e9\u00a0: la philosophie et l&rsquo;\u00e9thique remplaceraient l&rsquo;\u00e9conomique\u00a0; une soci\u00e9t\u00e9 communiste\u00a0?<\/p>\n<p>Ces \u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb auxquelles Keynes semble tr\u00e8s attach\u00e9 constituent donc un \u00e9l\u00e9ment de sa personnalit\u00e9\u00a0: elles \u00e9clairent largement les positions et les explications que celui-ci adopte ou \u00e9labore, dans les domaines de la politique et de l&rsquo;\u00e9conomie\u00a0; aussi bien ses \u00e9normes erreurs que ses g\u00e9niaux apports, dans tous les cas ses ambigu\u00eft\u00e9s. Son pacifisme ainsi que le souci de plaire \u00e0 ses amis, notamment \u00e0 ceux qui furent ses amants, le conduisent parfois \u00e0 des analyses \u00e9conomiques, politiques et g\u00e9opolitiques parfaitement fausses, particuli\u00e8rement en ce qui concerne la premi\u00e8re guerre mondiale et le trait\u00e9 de Versailles, et m\u00eame aussi \u00e0 des comportements peu \u00e9loign\u00e9s de ce qu&rsquo;on pourrait qualifier aujourd\u2019hui \u00ab\u00a0d&rsquo;intelligence avec l&rsquo;ennemi\u00a0\u00bb. Son go\u00fbt pour l&rsquo;art, le sexe, la f\u00eate, le conduisent \u00e0 donner bien davantage d&rsquo;importance au pr\u00e9sent qu&rsquo;au futur, \u00e0 privil\u00e9gier la prise de risque et l&rsquo;entrepreneuriat, \u00e0 m\u00e9priser les comportements d&rsquo;\u00e9pargne et de th\u00e9saurisation\u00a0: \u00e0 admettre tr\u00e8s vite que l\u2019\u00e9pargne puisse ne pas \u00eatre \u00e9gale \u00e0 l\u2019investissement, puis \u00e0 ne plus l\u2019admettre\u00a0! Les voies de sa \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb sont parfois imp\u00e9n\u00e9trables\u00a0!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Mots-cl\u00e9s :\u00a0<span class=\"il\">Keynes &#8211; <\/span>Sp\u00e9culation &#8211; Influence politique &#8211; l&rsquo;argent &#8211; \u00c9thique<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1] <\/a>Keynes veut bien \u00eatre un \u00ab universitaire \u00bb pour le statut intellectuel que cela lui conf\u00e8re, mais en \u00ab \u00e9lectron libre \u00bb ! Il ne veut surtout pas \u00eatre professeur : ce serait pour lui beaucoup trop de contraintes et un revenu insuffisant, une sorte de prison. Ses obligations de service au <em>King&rsquo;s College <\/em>furent extr\u00eamement r\u00e9duites (8 s\u00e9ances de cours par an \u00e0 partir de 1920).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Sur ses sp\u00e9culations sur le march\u00e9 des changes, on peut consulter, de Donald Edward Moggridge, <em>Maynard Keynes\u00a0: an Economist&rsquo;s Biography<\/em>, Routledge, 1992.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Roy Harrod (<em>The life of John Maynard Keynes<\/em>, Macmillan 1951) pr\u00e9tend qu&rsquo;il ne pouvait y avoir ce qui s&rsquo;appelle aujourd&rsquo;hui un conflit d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, puisque Keynes \u00e9tait, selon lui, d&rsquo;une honn\u00eatet\u00e9 scrupuleuse\u00a0; on peut se demander si Harrod ne confond pas biographie et hagiographie.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a><i> <\/i>\u00ab\u00a0Buckmaster and Moore\u00a0\u00bb est une firme de courtage fond\u00e9e en 1895 par les familles Buckmaster et Moore. Falk va devenir associ\u00e9 de Charles Armytage Moore (1880-1960) et de Walter Buckmaster (1872-1942). La soci\u00e9t\u00e9 a \u00e9t\u00e9 achet\u00e9e par le Cr\u00e9dit Suisse en 1987, r\u00e9organis\u00e9e puis finalement dissoute en 1996.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Gilles Dostaler, <em>Keynes et ses combats<\/em>, Albin Michel, 2009\u00a0; page 317.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Nigel Edward Morecroft, <em>The origins of Asset Management from 1700 to 1960\u00a0: towering investors<\/em>, Palgrave Macmillan, 2017\u00a0; page 161.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> N.E. Morecroft remarque, (The Origins\u2026)\u00a0: \u00ab\u00a0Keynes produced high returns for the Provincial but in a volatile fashion so that <em>Keynes&rsquo; management of the Provincial fund was a tour de force but it can be asked whether it was entirely appropriate for a general insurance company<\/em>\u00a0\u00bb. (citation en italique de Oliver Westall, 1992)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Dostaler, op.cit., page 318.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Dostaler, op.cit., page 315.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10] <\/a>Olivier Accominatti et David Chambers, <em>John Maynard Keynes, \u00e9conomiste et sp\u00e9culateur en devises<\/em>, Revue d\u2019\u00e9conomie financi\u00e8re, 2017\/4 (n\u00b0128)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Dostaler, op.cit., page 315.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Keynes est tellement d\u00e9sireux de montrer qu&rsquo;il ne faut pas demander une indemnit\u00e9 (ou que celle-ci doit \u00eatre tr\u00e8s faible) qu&rsquo;on en arriverait presque, en le lisant, \u00e0 croire qu&rsquo;une indemnit\u00e9 re\u00e7ue serait un handicap ! (Ce que remarque d&rsquo;ailleurs Etienne Mantoux).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a> C&rsquo;est au \u00ab\u00a0Caf\u00e9 royal\u00a0\u00bb que Keynes rencontre pour la premi\u00e8re fois le comte Charles de Lasteyrie avec lequel, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque (c&rsquo;\u00e9tait avant la guerre), ils \u00ab\u00a0manipulaient tous les deux\u00a0\u00bb, comme il le dit, la bourse espagnole\u00a0!<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14] <\/a>Le 1917 Club est fr\u00e9quent\u00e9 par des gens du <em>Labour<\/em>, du parti lib\u00e9ral, du Bloomsbury set\u00a0; par exemple\u00a0: Ramsay Mac Donald, Aldous Huxley, H.G. Wells, Clement Atlee, E.M. Forster, Oswald Mosley, etc.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> <em>The end of Laissez-faire<\/em> en 1924-26, <em>The Economic Consequences of Mr. Churchill<\/em> en 1925, <em>The Economic Possibilities for our Grandchildren<\/em> en 1928.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Keynes a besoin d\u2019argent, de beaucoup d\u2019argent, pour lui permettre de mener notamment ses actions de m\u00e9c\u00e9nat pour les artistes, mais il n\u2019aime pas l\u2019argent en tant que tel\u00a0; en revanche, il aime le jeu et la sp\u00e9culation qui occuperont une grande partie de sa vie. 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