{"id":6441,"date":"2022-12-26T07:10:03","date_gmt":"2022-12-26T06:10:03","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=6441"},"modified":"2022-12-26T08:22:46","modified_gmt":"2022-12-26T07:22:46","slug":"peut-on-evaluer-linfluence-des-jeux-olympiques-et-paralympiques-sur-les-villes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=6441","title":{"rendered":"Peut-on \u00e9valuer l&rsquo;influence des Jeux Olympiques et Paralympiques sur les villes ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400;\"><em>Alors que les Jeux Olympiques d\u2019hiver viennent de s\u2019achever \u00e0 P\u00e9kin, Alexandre\u00a0Faure\u00a0revient pour nous sur les \u00e9volutions importantes en cours dans l\u2019organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques, et sur l\u2019\u00e9valuation de leurs impacts \u00e9conomiques et sociaux. Cet article vient compl\u00e9ter celui qu\u2019il nous a d\u00e9j\u00e0 propos\u00e9 l\u2019an dernier sur la comparaison des Jeux de Tokyo 2020 et Paris 2024 (<span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/variances.eu\/?p=6060\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=http:\/\/variances.eu\/?p%3D6060&amp;source=gmail&amp;ust=1645177563659000&amp;usg=AOvVaw3Oa-DwLRAIG6qexOfaEqVb\">https:\/\/variances.eu\/?p=6060<\/a><\/span><\/span>).<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><em>Bonne lecture.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Introduction. <\/strong>A Tokyo en 2021, les r\u00e8gles des Jeux Olympiques et Paralympiques (JOP) ont profond\u00e9ment chang\u00e9, remettant en cause l&rsquo;organisation de la comp\u00e9tition interurbaine et internationale pour l\u2019accueil du plus grand des \u00e9v\u00e9nements que Martin M\u00fcller (2015) a d\u00e9crit comme un <em>giga-event<\/em>. D\u00e9sormais, le Comit\u00e9 International Olympique (CIO) n&rsquo;organisera plus un processus de s\u00e9lection fond\u00e9 sur la libre comp\u00e9tition de villes souhaitant devenir olympiques, mais en ciblant \u00e0 l&rsquo;avance une ou plusieurs villes avec lesquelles le CIO n\u00e9gociera les conditions d&rsquo;organisation. Cette modification est une r\u00e9ponse \u00e0 une nette diminution de l&rsquo;attractivit\u00e9 de cet \u00e9v\u00e9nement avec une baisse du nombre de candidatures et une crise de son syst\u00e8me lors de l&rsquo;\u00e9lection conjointe de Paris et Los Angeles en 2017 \u00e0 Lima (Fabry, Zeghni, 2020\u00a0; Bourbill\u00e8res, Gasparini, Koebel, 2021).<\/p>\n<p>Ce d\u00e9clin de l&rsquo;aura des Jeux pour les villes est le r\u00e9sultat d&rsquo;un questionnement sur le b\u00e9n\u00e9fice qu&rsquo;elles peuvent tirer de cet \u00e9v\u00e9nement, tant sur le plan de l&rsquo;image que sur le plan \u00e9conomique. Si quelques villes historiques de l&rsquo;olympisme sont toujours \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt pour accueillir les Jeux (Londres, Tokyo, Paris et Los Angeles concentrent 12 des 32 \u00e9ditions des Jeux depuis 1896, dont 4 entre 2012 et 2028), d&rsquo;autres villes et pays moins regardants sur l&rsquo;environnement et les droits de l&rsquo;homme ternissent l&rsquo;image de cette marque lucrative. En effet, que ce soit Sotchi, P\u00e9kin, Rio de Janeiro ou encore Ath\u00e8nes, toutes ces \u00e9ditions ont particip\u00e9 \u00e0 une d\u00e9t\u00e9rioration de la r\u00e9putation des Jeux sur les plans sociaux, environnementaux, \u00e9conomiques et des relations internationales.<\/p>\n<p>Le CIO a tent\u00e9 de r\u00e9pondre aux critiques en mettant en place des conditions et des outils pour mesurer l&rsquo;impact des Jeux sur la soci\u00e9t\u00e9 et la ville h\u00f4te, valorisant de ce fait la notion d&rsquo;h\u00e9ritage, d&rsquo;abord pour caract\u00e9riser l&rsquo;utilisation \u00e0 venir des installations sportives construites lors de la pr\u00e9paration des Jeux, puis de mani\u00e8re extensive, les autres \u00e9l\u00e9ments associ\u00e9s aux Jeux, \u00e0 savoir les villages olympiques et des m\u00e9dias, le centre des m\u00e9dias, les infrastructures de transports, les parcs et abords de l&rsquo;ensemble de ces sites. La ville olympique n&rsquo;est plus seulement le c\u0153ur battant du sport mondial cl\u00f4turant une olympiade, mais la standardisation et la diffusion d&rsquo;un id\u00e9al de la ville \u00e9v\u00e9nementielle \u00e0 la crois\u00e9e entre les attentes des partenaires du CIO et les singularit\u00e9s des territoires h\u00f4tes. Dans ce contexte, l&rsquo;\u00e9valuation de la r\u00e9ussite ou de l&rsquo;\u00e9chec des Jeux, toutes relatives que soient ces notions, appara\u00eet d&rsquo;une grande difficult\u00e9 \u00e0 la hauteur de la complexit\u00e9 de la pr\u00e9paration, de l&rsquo;organisation et de la mise en h\u00e9ritage d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement r\u00e9unissant plus de quinze mille athl\u00e8tes, des dizaines de milliers de journalistes et membres des d\u00e9l\u00e9gations sportives et diplomatiques, et plusieurs millions de spectateurs aux attentes, contraintes et comportements parfois fondamentalement diff\u00e9rents.<\/p>\n<p><strong>Comparer l&rsquo;incomparable<\/strong>. La comparaison des villes candidates et h\u00f4tes est un d\u00e9fi pour les sciences sociales et en tout premier lieu concernant les donn\u00e9es et leur utilisation. Chaque ville candidate r\u00e9unit un comit\u00e9 de candidature identifi\u00e9 comme tel aupr\u00e8s du CIO, mais qui prend des habits institutionnels sp\u00e9cifiques \u00e0 chaque cadre national et en fonction des objectifs politiques d&rsquo;une candidature. Le CIO n&rsquo;impose pas qu&rsquo;une ville candidate seule, et ne met pas de limites concernant le niveau administratif en charge de la candidature. Ainsi, les comit\u00e9s de candidatures peuvent \u00eatre fond\u00e9s par des acteurs publics ou priv\u00e9s, et peuvent \u00eatre compos\u00e9s de mani\u00e8re tr\u00e8s diff\u00e9rente d&rsquo;une ville \u00e0 une autre. Traditionnellement, une ville phare est identifi\u00e9e (Paris, P\u00e9kin, Sydney, etc.) comme \u00e9picentre de la candidature, autour de laquelle orbitent un certain nombre de collectivit\u00e9s territoriales et de sites sportifs parfois distants de la ville h\u00f4te de plusieurs dizaines de kilom\u00e8tres ou m\u00eame situ\u00e9s \u00e0 l&rsquo;autre bout du monde comme pour le surf en 2024.<\/p>\n<p>Ainsi se pose la question du p\u00e9rim\u00e8tre d&rsquo;une comparaison\u00a0: doit-on comparer les villes centres et phares ou les agglom\u00e9rations\u00a0? Si un site est lointain, comment l&rsquo;int\u00e9grer dans ce sch\u00e9ma comparatif\u00a0? Doit-on retirer les sites des sports les plus compliqu\u00e9s \u00e0 adjoindre \u00e0 la ville phare pour mieux r\u00e9aliser la comparaison (voile, surf, kayak&#8230;)\u00a0? Peut-on comparer les Jeux d&rsquo;hiver et d&rsquo;\u00e9t\u00e9 en mettant au m\u00eame plan Lillehammer, Albertville, Atlanta, Rio et Londres\u00a0? La diversit\u00e9 des villes candidates, des contextes urbains, r\u00e9gionaux et nationaux, et des modes de gouvernement obligent \u00e0 une grande pr\u00e9caution dans les travaux de recherche et \u00e0 une prudence accrue pour \u00e9viter les raccourcis, les clich\u00e9s et les transpositions d&rsquo;un contexte social et politique d&rsquo;une candidature \u00e0 une autre (VanWynsberghe, 2016). De ce fait, si le CIO favorise l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9isation des candidatures et des publications produites dans ce cadre, il ne parvient pas \u00e0 gommer les profondes diff\u00e9rences entre les territoires candidats.<\/p>\n<p><strong>Chevauchement des temporalit\u00e9s olympiques<\/strong>. Une autre contrainte \u00e0 la comparaison est temporelle. Les Jeux ont lieu tous les 4 ans, l&rsquo;\u00e9lection de la ville h\u00f4te a lieu 7 ans avant les Jeux et les candidatures interviennent en g\u00e9n\u00e9ral entre 12 et 10 ans avant l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Ainsi, la candidature de Tokyo pour 2020 a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9e en 2011, quelques mois apr\u00e8s le tremblement de terre entrainant l&rsquo;accident nucl\u00e9aire de Fukushima et un tsunami d\u00e9vastateur, mais la candidature reprenait dans les grandes lignes celle pour 2016 initi\u00e9e en 2008, quelques mois avant la crise financi\u00e8re. Les candidatures ont chacune leur propre temporalit\u00e9 qui d\u00e9pend non seulement du calendrier du CIO, mais aussi des anciennes tentatives de la ville candidate d&rsquo;obtenir les Jeux, ou m\u00eame d&rsquo;autres m\u00e9ga-\u00e9v\u00e9nements (Coupe du Monde de la FIFA, Expo universelle, etc.) pouvant ainsi former des grappes d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements \u00e0 l&rsquo;image de celle qui avait \u00e9t\u00e9 initialement imagin\u00e9e par les \u00e9lus franciliens avec la Coupe du Monde de Rugby \u00e0 XV en 2023, les Jeux en 2024 et l&rsquo;Exposition Universelle en 2025. Une candidature peut aussi enjamber les d\u00e9cennies en proposant d&rsquo;utiliser les sites d&rsquo;une ancienne candidature \u00e9chou\u00e9e pour une candidature r\u00e9cente, comme c&rsquo;est le cas de Tokyo 2020 qui utilise des terrains initialement pr\u00e9vus pour accueillir l&rsquo;Exposition Universelle de 1994.<\/p>\n<p>S&rsquo;ajoutent \u00e0 ces temporalit\u00e9s propres aux villes candidates et aux m\u00e9ga-\u00e9v\u00e9nements, les transformations du CIO et des Jeux. Entre chaque \u00e9dition des JOP interviennent des modifications des attentes concernant le dossier de candidature, le projet urbain olympique et les sports pr\u00e9sents. Ces modifications sont notamment significatives sur la fa\u00e7on d&rsquo;\u00e9tablir le dossier de candidature. Par exemple, les dossiers pour les Jeux de 1996 ont eu pour la premi\u00e8re fois l&rsquo;obligation d&rsquo;int\u00e9grer un budget en dollars am\u00e9ricains. Puis en 2000 il a \u00e9t\u00e9 demand\u00e9 d&rsquo;ajouter la nature des sites choisis, et en 2008 de pr\u00e9ciser clairement si les constructions sont additionnelles, d\u00e9j\u00e0 planifi\u00e9es ou temporaires, ou si les sites sont existants et n\u00e9cessitent plus ou moins de travaux. Ainsi, ce n&rsquo;est qu&rsquo;au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 que le CIO a r\u00e9ussi \u00e0 imposer un format relativement uniforme aux dossiers de candidatures.<\/p>\n<h3><strong>Les tentatives pour \u00e9valuer l&rsquo;impact olympique<\/strong><\/h3>\n<p>Les interrogations sur l&rsquo;\u00e9valuation des Jeux et de leur impact sur les villes h\u00f4tes sont \u00e9troitement corr\u00e9l\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de la notion d&rsquo;h\u00e9ritage olympique au tournant des ann\u00e9es 2000. Auparavant, l&rsquo;\u00e9valuation \u00e9tait purement \u00e9conomique et budg\u00e9taire selon le mod\u00e8le nord-am\u00e9ricain, notamment apr\u00e8s le scandale du co\u00fbt des Jeux de Montr\u00e9al pour les habitants et la volont\u00e9 des organisateurs de Los Angeles en 1984 d&rsquo;afficher une forme de rentabilit\u00e9. Pour r\u00e9sumer, la question \u00e9tait de savoir quelle \u00e9tait la plus-value des Jeux en mati\u00e8re de PIB et combien d&#8217;emplois \u00e9taient imputables \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p><strong>Le CIO et les cabinets de consultants<\/strong>. D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1990, le CIO propose un ensemble d&rsquo;indicateurs obligatoires pour les villes h\u00f4tes, comprenant plus d&rsquo;une centaine d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments regroup\u00e9s dans un outil de communication nomm\u00e9 \u00ab\u00a0<em>Olympic Games Impact<\/em>\u00a0\u00bb. Cela a amen\u00e9 les organisateurs \u00e0 cr\u00e9er de nombreuses donn\u00e9es et \u00e0 se tourner vers des universitaires ou des cabinets de consultants afin d&rsquo;\u00e9crire des rapports visant \u00e0 justifier les d\u00e9penses et \u00e0 l\u00e9gitimer les travaux induits par l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. P\u00e9kin, Vancouver, mais surtout Londres signent des partenariats de recherche avec de nombreuses universit\u00e9s et participent \u00e0 l&rsquo;inflation de la litt\u00e9rature sur les Jeux (Girginov, 2013). Cette litt\u00e9rature n&rsquo;est pourtant pas parvenue \u00e0 proposer un cadre comparatif susceptible d&rsquo;apporter des r\u00e9ponses \u00e0 long terme sur l&rsquo;efficacit\u00e9 des mesures prises avant et pendant les Jeux afin de limiter les impacts n\u00e9gatifs sur l&rsquo;environnement et les populations. Ces travaux de recherche et les \u00e9tudes men\u00e9es par les cabinets de consultants sont avant tout des monographies concentr\u00e9es sur un \u00e9v\u00e9nement et sur un aspect de celui-ci comme le tourisme, l&rsquo;urbanisme, la pratique sportive, l&rsquo;engagement des b\u00e9n\u00e9voles, etc. (Chappelet, 2019). Dans ce contexte, il semblerait que seule une ville h\u00f4te (Vancouver) ait utilis\u00e9 l&rsquo;instrument du CIO dans son ensemble (VanWynsberghe, 2014). Londres, de son cot\u00e9, n&rsquo;a pas totalement adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ambition du CIO et a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 utiliser une m\u00e9thode d&rsquo;\u00e9valuation diff\u00e9rente, inspir\u00e9e par le \u00ab\u00a0<em>Global Reporting Initiative<\/em>\u00a0\u00bb, destin\u00e9e d&rsquo;abord aux entreprises priv\u00e9es et non pas sp\u00e9cifiquement aux \u00e9v\u00e9nements (Pelham, 2011).<\/p>\n<p>Dans un rapport paru en 2015, AMION Consulting Limited, un cabinet de consultant travaillant sur Londres 2012 propose en conclusion des pistes pour \u00e9tudier comment les Jeux ont chang\u00e9 la ville, quels sont les effets combin\u00e9s, mais aussi la durabilit\u00e9 des Jeux, l&rsquo;influence sur les habitants, l&rsquo;efficacit\u00e9 de la planification de l&rsquo;h\u00e9ritage, ou encore la r\u00e9novation des quartiers h\u00f4tes des sites. Le travail r\u00e9alis\u00e9 par ce cabinet a une port\u00e9e tr\u00e8s faible puisqu&rsquo;il ne r\u00e9pond \u00e0 aucune question de mani\u00e8re scientifique, ni ne propose une m\u00e9thode. Il est le reflet de l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;impact olympique au milieu des ann\u00e9es 2010, \u00e0 savoir l&rsquo;existence d&rsquo;un grand nombre de questionnements et une absence d\u2019instruments, d&rsquo;indicateurs, d&rsquo;outils syst\u00e9matiques pour les mesurer et les analyser quantitativement et comparativement.<\/p>\n<p>Cette inflation des rapports et des \u00e9valuations, mais aussi l&rsquo;augmentation des conditions \u00e9mises par le CIO pour les villes candidates, entrainent dans le m\u00eame temps un net accroissement du co\u00fbt d&rsquo;organisation des Jeux, tant dans la phase de candidature qu&rsquo;apr\u00e8s la tenue de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Le syst\u00e8me olympique int\u00e8gre d\u00e9sormais un ensemble de cabinets priv\u00e9s proposant leurs services aux villes pr\u00e9tendantes pour les aider dans la constitution des dossiers de candidatures, ainsi que pour mener des missions de conseil et d&rsquo;appui lors de la pr\u00e9paration et de l&rsquo;\u00e9valuation des Jeux. Le transfert d&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;une ville h\u00f4te aux villes candidates suivantes est un march\u00e9 lucratif.<\/p>\n<p><strong>Critiques et d\u00e9passements par le milieu acad\u00e9mique<\/strong>. Au cours des d\u00e9cennies 2000 et 2010, de nombreuses recherches en sciences sociales ont tent\u00e9 d&rsquo;\u00e9valuer des segments de l&rsquo;h\u00e9ritage olympique. Tout d&rsquo;abord, il faut noter d\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 2000 une critique venue du monde scientifique concernant la d\u00e9finition m\u00eame de la notion d&rsquo;h\u00e9ritage (Preuss, 2007). L&rsquo;h\u00e9ritage pose non seulement la question de savoir ce que l&rsquo;on entend par ce mot et ce concept, mais aussi celle de son interpr\u00e9tation aux diff\u00e9rents stades de la candidature et de l&rsquo;organisation des Jeux. Il regroupe aussi bien un h\u00e9ritage mat\u00e9riel (stades et \u00e9quipements sportifs, village olympique, infrastructures), que social (volontariat, pratique sportive, droits humains, handicap), environnemental (espaces verts, chantiers, empreinte carbone), ou politique (image \u00e0 l&rsquo;international, diplomatie, gouvernance).<\/p>\n<p>Les critiques des ann\u00e9es 2010 portent aussi bien sur les travaux scientifiques que sur les rapports venant des organisateurs et partenaires des JOP. Elles refl\u00e8tent le d\u00e9bat mis en avant au d\u00e9but de cet article, \u00e0 savoir le manque de vision \u00e0 long terme, l&rsquo;absence de grandes comparaisons et la pr\u00e9dominance des monographies, et les faiblesses m\u00e9thodologiques li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;accumulation de donn\u00e9es difficilement comparables. Face \u00e0 ce constat, plusieurs groupes de chercheurs ont tent\u00e9 de proposer un nouveau cadre comparatif et d&rsquo;\u00e9valuation. C&rsquo;est le cas concernant l&rsquo;\u00e9valuation de la pratique sportive dans les pays h\u00f4tes des Jeux en s&rsquo;attachant \u00e0 mesurer l&rsquo;influence des Jeux sur la mise \u00e0 disposition d&rsquo;\u00e9quipements sportifs pour les habitants et le d\u00e9ploiement de politiques publiques favorisant le sport \u00e0 tous les \u00e2ges (Jung, Legg, Chappelet et Tajima, 2020). D&rsquo;autres chercheurs ont essay\u00e9 de mesurer la qualit\u00e9 des projets urbains olympiques en \u00e9tudiant simultan\u00e9ment les impacts \u00e9cologiques, sociaux et \u00e9conomiques des Jeux d&rsquo;hiver et d&rsquo;\u00e9t\u00e9 depuis 1992 (M\u00fcller, Wolfe, Gaffney, Gogishvili, Hug et Leick, 2019). Enfin, un travail exploratoire a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 sur l&rsquo;influence des Jeux sur le prestige \u00e0 l&rsquo;international et les succ\u00e8s sportifs (Haut, Grix, Brannagan, van Hilvoorde, 2018).<\/p>\n<h3><strong>Les enjeux pour Tokyo, Paris, Los Angeles et Brisbane<\/strong><\/h3>\n<p><strong>Tokyo, P<\/strong><strong>\u00e9kin et la gestion de la pand\u00e9mie. <\/strong>Si les travaux comparatifs \u00e9mergeant depuis quelques ann\u00e9es sont prometteurs, les futures recherches devront avoir affaire avec de nouveaux enjeux in\u00e9dits dans les \u00e9tudes olympiques. Tokyo et P\u00e9kin sont confront\u00e9s \u00e0 de grandes incertitudes avec la pand\u00e9mie. Aucun visiteur, peu de spectateurs, voire aucun en vue \u00e0 P\u00e9kin, des d\u00e9l\u00e9gations diminu\u00e9es, une opacit\u00e9 dans les co\u00fbts li\u00e9s au protocole pand\u00e9mique, de grands doutes sur le retour \u00e0 la normale et donc sur la p\u00e9rennit\u00e9 des installations construites qui avaient vocation \u00e0 devenir des lieux d\u00e9di\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nementiel international culturel ou sportif, etc. En 1920, les Jeux d&rsquo;Anvers avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9crits comme les Jeux de la reconstruction (ceux de Tokyo 2020 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9crits par le Premier Ministre japonais comme \u00ab\u00a0les Jeux de la reconstruction\u00a0\u00bb), ou plut\u00f4t les Jeux du r\u00e9tablissement, mais dans le contexte contemporain, c&rsquo;est la premi\u00e8re fois que des Jeux se d\u00e9roulent sans c\u00e9l\u00e9bration populaire. Cela questionne non seulement la rentabilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, mais aussi son caract\u00e8re festif. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, cette situation va nettement am\u00e9liorer l&#8217;empreinte carbone de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p><strong>Paris ou l&rsquo;anti-Londres. <\/strong>Pour 2024, la pand\u00e9mie sera peut-\u00eatre un enjeu, mais au-del\u00e0 de l&rsquo;aspect sanitaire, ces Jeux parisiens, venant un si\u00e8cle apr\u00e8s la derni\u00e8re \u00e9dition, seront avant tout l&rsquo;expression d&rsquo;un changement parfois radical dans la fa\u00e7on d&rsquo;organiser l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Paris propose un mod\u00e8le fond\u00e9 sur un tr\u00e8s faible nombre de nouvelles constructions, peu ou pas d&rsquo;infrastructures de transports, l&rsquo;absence d&rsquo;un parc olympique d\u00e9di\u00e9, et une c\u00e9l\u00e9bration plus ouverte sur la ville. Ces \u00e9l\u00e9ments sont oppos\u00e9s au mod\u00e8le londonien de 2012 et participent \u00e0 une comp\u00e9tition interurbaine ancienne mais d&rsquo;actualit\u00e9 entre les deux m\u00e9tropoles europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p><strong>Los Angeles face <\/strong><strong>\u00e0 son mythe. <\/strong>Los Angeles, candidate pour 2024 a finalement obtenu les Jeux de 2028. La candidature est fond\u00e9e sur le mod\u00e8le londonien avec la promesse de d\u00e9velopper les transports en commun et les modes actifs (promesses qui r\u00e9pondent \u00e0 une urbanisation tentaculaire et pleinement d\u00e9di\u00e9e au trafic automobile), tout en affichant un objectif de rentabilit\u00e9 propre \u00e0 l&rsquo;h\u00e9ritage de 1984. A l&rsquo;\u00e9poque, l&rsquo;organisation des Jeux avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite comme les premiers de l&rsquo;histoire \u00e0 avoir produit un r\u00e9sultat budg\u00e9taire positif, bien que de nombreux postes de d\u00e9penses n\u2019aient pas \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement pris en compte, particuli\u00e8rement la s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Brisbane, le b\u00e9n\u00e9fice du long terme\u00a0<\/strong><strong>?<\/strong> L&rsquo;Australie accueillera l&rsquo;\u00e9dition de 2032 en ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9lue 11 ans avant l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement (tout comme Los Angeles). L&rsquo;\u00e9valuation de ces Jeux permettra de savoir si le fait d&rsquo;accorder plus de temps \u00e0 une ville h\u00f4te permet ou non de diminuer les co\u00fbts de la construction des sites qui \u00e9taient jusqu&rsquo;alors produits dans une relative urgence avec un d\u00e9lai tr\u00e8s court de 7 ann\u00e9es. Cet allongement devrait aussi favoriser une meilleure d\u00e9finition des conditions d&rsquo;accueil des athl\u00e8tes en collaboration avec le CIO et une meilleure capacit\u00e9 \u00e0 anticiper les besoins post-olympiques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Mots-clefs : Jeux Olympiques et Paralympiques &#8211; Tokyo &#8211; P\u00e9kin &#8211; Paris &#8211; Los Angeles &#8211; \u00e9valuation<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Cet article a \u00e9t\u00e9 initialement publi\u00e9 le 21 f\u00e9vrier 2022.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>AMION Consulting Limited (2015), <em>London 2012 Olympics. <\/em><em>Regeneration legacy evaluation framework<\/em>.<\/p>\n<p>Fabry Nathalie, Zeghni Sylvain (2020), \u00ab\u00a0Pourquoi les villes ne veulent-elles plus accueillir les Jeux Olympiques\u00a0? Le cas des JO de 2022 et 2024\u00a0\u00bb, <em>Revue Marketing Territorial<\/em>, 4.<\/p>\n<p>Bourbill\u00e8res Hugo, Gasparini William, Koebel Michel (2021), \u00ab\u00a0Local protests against the 2024 Olympic Games in European cities: the cases of the Rome, Hamburg, Budapest and Paris 2024 Bids\u00a0\u00bb, <em>Sport in Society<\/em>, 1-26 [13-08-2021]. DOI : <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/17430437.2021.1960312\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/17430437.2021.1960312<\/a><\/span><\/span><em>.<\/em><\/p>\n<p>Karadakis Kostas and Kaplanidou Kyriaki (2012), \u00ab\u00a0Legacy perceptions among host and non-host Olympic Games residents: a longitudinal study of the 2010 Vancouver Olympic games\u00a0\u00bb, <em>European Sport Management Quarterly<\/em>, 12, 243-264.<\/p>\n<p>Chappelet Jean-Loup (2019), \u00ab\u00a0Beyond Legacy: Assessing Olympic Games Performance\u00a0\u00bb, <em>Journal of Global Sport Management<\/em>, doi\u00a0: 10.1080\/24704067.2018.1537681<\/p>\n<p>Girginov Vassil (2014), \u00ab\u00a0UK National Governing Bodies of Sport leveraging of the 2012 London Olympic Games for building organisational capacity\u00a0\u00bb, <em>International Platform on Sport and Development<\/em>.<\/p>\n<p>Haut Jan, Grix Jonathan, Brannagan Paul Michael, van Hilvoorde Ivo (2018), \u00ab\u00a0International Prestige through &lsquo;Sporting Success&rsquo;\u00a0: an evaluation of the evidence\u00a0\u00bb, <em>European Journal for Sport and Society<\/em>, 1-16.<\/p>\n<p>Jung Kyung Su, Legg David, Chappelet Jean-Loup et Tajima Fumihiro (2020), \u00ab\u00a0Creating a Framework for Evaluation and Sport Policy within Medical and Health Legacies in the Paralympic Movement\u00a0\u00bb, <em>Sport and Society<\/em>, 11(4), 37-54.<\/p>\n<p>M\u00fcller Martin (2015), \u00ab\u00a0What makes an event a mega-event? Definitions and sizes\u00a0\u00bb, <em>Leisure Studies, <\/em>34, 627-642.<\/p>\n<p>M\u00fcller Martin, Wolfe Sven Daniel, Gaffney Christopher, Gogishvili David, Hug Miriam, Leick Annick, (2021), \u00ab\u00a0An evaluation of the sustainability of the Olympic Games\u00a0\u00bb, <em>Nature sustainability<\/em>, 4, 340-348.<\/p>\n<p>Pelham Fiona (2011), \u00ab\u00a0Sustainable Event Management\u00a0: The Journey to ISO 20121\u00a0\u00bb, In\u00a0: Jill Savery and Keith Gilbert (Eds.), <em>Sustainability and Sport<\/em>, Champaign, IL: Common Ground.<\/p>\n<p>Preuss Holger (2007), \u00ab\u00a0The Conceptualisation and Measurement of Mega Sport Event Legacies\u00a0\u00bb, <em>Journal of Sport and Tourism<\/em>, 12(3-4), 207-227.<\/p>\n<p>VanWynsberghe Rob (2014), \u00ab\u00a0The Olympic Games Impact (OGI) Study for the 2010 Winter Olympic Games: Strategies for evaluating sport mega-events&rsquo; contribution to sustainability\u00a0\u00bb, <em>International Journal of Sport Policy and Politics<\/em>, 7(1), 1-18.<\/p>\n<p>VanWynsberghe Rob (2016), \u00ab\u00a0Applying event leveraging using OGI data\u00a0: A case study of Vancouver 2010\u00a0\u00bb, <em>Leisure Studies,<\/em> 35, 583-599.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que les Jeux Olympiques d\u2019hiver viennent de s\u2019achever \u00e0 P\u00e9kin, Alexandre\u00a0Faure\u00a0revient pour nous sur les \u00e9volutions importantes en cours dans l\u2019organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques, et sur l\u2019\u00e9valuation de leurs impacts \u00e9conomiques et sociaux. Cet article vient compl\u00e9ter celui qu\u2019il nous a d\u00e9j\u00e0 propos\u00e9 l\u2019an dernier sur la comparaison des Jeux de Tokyo [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":182,"featured_media":6442,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[137],"tags":[],"class_list":["post-6441","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-sport","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6441","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/182"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6441"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6441\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6442"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6441"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6441"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6441"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}