{"id":6431,"date":"2022-08-11T07:20:36","date_gmt":"2022-08-11T05:20:36","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=6431"},"modified":"2022-08-11T07:50:25","modified_gmt":"2022-08-11T05:50:25","slug":"la-cybercriminalite-coute-cher-aux-banques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=6431","title":{"rendered":"La cybercriminalit\u00e9 co\u00fbte cher aux banques"},"content":{"rendered":"<p>Depuis le Far West jusqu\u2019aux cyberattaques, en passant par les casses m\u00e9morables, les banques, gestionnaires de l\u2019argent, ont, depuis leur cr\u00e9ation, suscit\u00e9 l\u2019avidit\u00e9 et la cr\u00e9ativit\u00e9 des escrocs et constitu\u00e9 une cible privil\u00e9gi\u00e9e. Avec la transformation num\u00e9rique, les attaques informatiques contre les banques se sont multipli\u00e9es. Il y a 25 ans, les relations avec les clients se d\u00e9roulaient essentiellement en agence par l\u2019interm\u00e9diaire de conseillers. Le d\u00e9veloppement d\u2019internet et la croissance des transactions \u00e9lectroniques ont certes permis de mieux contr\u00f4ler les risques op\u00e9rationnels gr\u00e2ce \u00e0 la diminution des facteurs d\u2019erreurs humaines ou op\u00e9rationnelles, mais il a \u00e9galement fait appara\u00eetre de nouveaux risques dont celui de la cybercriminalit\u00e9.<\/p>\n<p>La criminalit\u00e9 repr\u00e9sente aujourd\u2019hui un d\u00e9fi sans pr\u00e9c\u00e9dent pour les banques fran\u00e7aises en termes de s\u00e9curit\u00e9 des syst\u00e8mes d\u2019information, de continuit\u00e9 d\u2019activit\u00e9 et de protection des donn\u00e9es. Elle s\u2019appuie notamment sur de nouvelles failles potentielles li\u00e9es \u00e0 l\u2019explosion des donn\u00e9es (m\u00e9gadonn\u00e9es ou <em>big data<\/em>), \u00e0 l\u2019utilisation croissante des mobiles et applications bancaires et sur le d\u00e9veloppement des API (<em>Application Programming Interface<\/em>).<\/p>\n<p>La cartographie des risques, r\u00e9alis\u00e9e par le M\u00e9canisme de surveillance unique (MSU) pour 2020, illustre les grands facteurs de risque \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le syst\u00e8me bancaire sur un horizon de deux \u00e0 trois ans. Parmi ceux-ci, la \u00ab\u00a0<em>cybercriminalit\u00e9 et les carences informatiques\u00a0\u00bb<\/em> viennent en troisi\u00e8me position juste apr\u00e8s les \u00ab\u00a0<em>d\u00e9fis d<\/em>\u2019<em>ordre \u00e9conomique et politique et en mati\u00e8re de soutenabilit\u00e9 de la dette dans la zone euro<\/em>\u00a0\u00bb, et la \u00ab\u00a0<em>soutenabilit\u00e9 des mod\u00e8les d<\/em>\u2019<em>activit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb. Pour l\u2019\u00e9diteur de logiciels McAfee, la cybercriminalit\u00e9 serait le troisi\u00e8me plus grand fl\u00e9au \u00e9conomique dans le monde, derri\u00e8re la corruption dans le secteur public et le trafic de stup\u00e9fiants. Elle repr\u00e9senterait 1\u00a0000 milliards de dollars de chiffre d\u2019affaires par an, soit environ 1 % du produit int\u00e9rieur brut (PIB) mondial et toucherait en particulier les banques. D\u2019apr\u00e8s le Boston Consulting Group, les entreprises financi\u00e8res seraient 300 fois plus susceptibles d\u2019\u00eatre cibl\u00e9es. En outre, durant la crise sanitaire de la Covid-19, certains experts ont observ\u00e9 que les \u00e9tablissements bancaires ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement expos\u00e9s eu \u00e9gard \u00e0 un recours massif au t\u00e9l\u00e9travail.<\/p>\n<p>La cybercriminalit\u00e9 peut \u00e9maner d\u2019acteurs multiples, internes comme externes aux \u00e9tablissements bancaires. Les acteurs internes sont ceux qui ont acc\u00e8s aux donn\u00e9es cibles. Les acteurs externes sont par exemple des groupes sp\u00e9cialis\u00e9s dans le d\u00e9veloppement de programmes malveillants et virus informatiques\u00a0; des groupes en charge de l\u2019exploitation et de la commercialisation de services permettant de r\u00e9aliser des attaques informatiques\u00a0; des h\u00e9bergeurs malhonn\u00eates\u00a0; des groupes proposant la vente de donn\u00e9es vol\u00e9es.<\/p>\n<p>A ce jour, aucune d\u00e9finition universelle de la cybercriminalit\u00e9 n\u2019a \u00e9t\u00e9 admise, chaque nation ayant d\u00e9fini cette notion selon ses propres crit\u00e8res. Vincent Lemoine, chef du groupe cybercriminalit\u00e9 de la Brigade de recherches de Nanterre, d\u00e9finit la cybercriminalit\u00e9 comme \u00ab <em>un ensemble d<\/em>\u2019<em>atteintes aux biens ou aux personnes commises via l<\/em>\u2019<em>utilisation des nouvelles technologies<\/em> \u00bb. Apr\u00e8s avoir dress\u00e9 un \u00e9tat des lieux des cyberattaques \u00e0 l\u2019encontre des banques, nous \u00e9voquerons les initiatives pour lutter contre la cybercriminalit\u00e9.<\/p>\n<h3><strong>La cybercriminalit\u00e9 repr\u00e9sente d\u00e9sormais une v\u00e9ritable menace pour les banques<\/strong><\/h3>\n<h5><em><strong>La cybercriminalit\u00e9\u00a0: une menace bien r\u00e9elle<\/strong><\/em><\/h5>\n<p>Les transformations num\u00e9riques incitent tout le monde &#8211; les banques, les cybercriminels et les experts de la cybers\u00e9curit\u00e9 \u2013 \u00e0 innover. Les banques sont confront\u00e9es au d\u00e9fi de la transformation num\u00e9rique sous deux angles : l\u2019accroissement de la cybercriminalit\u00e9 et l\u2019engouement des particuliers pour toujours plus de num\u00e9risation des services bancaires. D\u2019apr\u00e8s la F\u00e9d\u00e9ration Bancaire Fran\u00e7aise, 55 % des Fran\u00e7ais ont t\u00e9l\u00e9charg\u00e9 au moins une application bancaire. 89 % d\u2019entre eux la consultent au moins une fois par semaine et pour pr\u00e8s de la moiti\u00e9 d\u2019entre eux chaque jour, que ce soit pour suivre l\u2019\u00e9volution de leurs comptes, g\u00e9rer leur budget ou leurs transactions. Les smartphones se m\u00e9tamorphosent progressivement en outil de paiement universel.<\/p>\n<p>Porteuse d&rsquo;opportunit\u00e9s, la transformation num\u00e9rique des banques a cependant renforc\u00e9 leurs vuln\u00e9rabilit\u00e9s. L\u2019explosion des donn\u00e9es (m\u00e9gadonn\u00e9es\/<em>big data<\/em>), l\u2019ouverture croissante des syst\u00e8mes (banque ouverte\/<em>open banking<\/em>) et l\u2019augmentation de la surface d\u2019attaque font na\u00eetre des cyberattaques inattendues. Ainsi la cybercriminalit\u00e9 ne cesse de cro\u00eetre\u00a0: intrusion, fuite, vol de donn\u00e9es, etc. Un rapport semestriel de la Banque de France intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Evaluation des risques du syst\u00e8me financier fran\u00e7ais\u00a0\u00bb publi\u00e9 en juin 2021 confirme que \u00ab\u00a0<em>l\u2019accroissement de la surface num\u00e9rique augmente l\u2019exposition aux cyberattaques<\/em>\u00a0\u00bb. Si la crise sanitaire li\u00e9e \u00e0 la Covid-19 a pouss\u00e9 les banques \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer leur transformation num\u00e9rique, elle a augment\u00e9 \u00e9galement les expositions aux cyberattaques. Dans le rapport pr\u00e9cit\u00e9, la Banque de France alerte sur le r\u00f4le que la crise de la Covid-19 a jou\u00e9 sur la forte augmentation de la cybercriminalit\u00e9.<\/p>\n<h5><em><strong>Etat des lieux des principales cyberattaques contre les banques<\/strong><\/em><\/h5>\n<p>Les cybermenaces ne cessent de se multiplier et touchent toutes les couches de l\u2019espace num\u00e9rique\u00a0comme les infrastructures et les donn\u00e9es.<\/p>\n<p><strong><em>Les cyberattaques au niveau de l<\/em><\/strong>\u2019<strong><em>environnement externe des banques <\/em><\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><strong><em>Le d\u00e9ni de service <\/em><\/strong>et <strong><em>le d\u00e9ni<\/em><\/strong><em> <strong>de service distribu\u00e9<\/strong> <strong>(DDOS)\u00a0: <\/strong><\/em>Le d\u00e9ni de service (DoS) est le refus temporaire d\u2019acc\u00e8s \u00e0 des ressources ou informations r\u00e9sultant d\u2019une malveillance et le d\u00e9ni de service distribu\u00e9 (DDoS) est une technique malveillante de diffusion massive de fausses requ\u00eates destin\u00e9e \u00e0 bloquer un syst\u00e8me. Par exemple, un pirate va lancer une attaque par \u00ab\u00a0d\u00e9ni de service\u00a0\u00bb pour emp\u00eacher les clients d\u2019une banque d\u2019acc\u00e9der \u00e0 son site web. Une attaque par d\u00e9ni de service ne met pas en p\u00e9ril les donn\u00e9es d\u2019une banque mais l\u2019interruption du service va lui co\u00fbter cher.<\/li>\n<li><strong><em>Des logiciels malveillants (\u00ab\u00a0malwares\u00a0\u00bb) sur les terminaux\u00a0: <\/em><\/strong>Les banques comptent un tr\u00e8s grand nombre de terminaux qui repr\u00e9sentent des points de vuln\u00e9rabilit\u00e9 pour les pirates. Les cybercriminels s\u2019attaquent en priorit\u00e9 aux canaux bancaires num\u00e9riques\u00a0: l\u2019espace bancaire en ligne, les applications mobiles, les paiements sur internet, les DAB, etc. Un exemple de ce type de cybercriminalit\u00e9 est le piratage de DAB (\u00ab\u00a0<em>jackpotting<\/em>\u00bb) qui permet de r\u00e9cup\u00e9rer les billets contenus dans un distributeur automatique de billets en installant un logiciel malveillant.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong><em>Le piratage des donn\u00e9es <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Avec le d\u00e9veloppement des services bancaires en ligne et mobiles, les banques se sont vu confier une quantit\u00e9 exponentiellement croissante de donn\u00e9es personnelles. Ces donn\u00e9es particuli\u00e8rement sensibles font du secteur bancaire une cible de choix pour les criminels.<\/p>\n<ul>\n<li><strong><em>Expansion du t\u00e9l\u00e9travail et augmentation de la cybercriminalit\u00e9\u00a0: <\/em><\/strong>Le t\u00e9l\u00e9travail, qui s\u2019est intensifi\u00e9 dans le contexte de la crise sanitaire et du confinement, a \u00e9t\u00e9 une porte ouverte aux cyberattaques. En effet, le t\u00e9l\u00e9travail en masse a parfois conduit au partage de donn\u00e9es sensibles de la client\u00e8le bancaire sur des r\u00e9seaux non s\u00e9curis\u00e9s, accroissant les fuites de donn\u00e9es. Une \u00e9tude intitul\u00e9e \u00ab\u00a0<em>Covid-19 and cyber risk in the financial sector<\/em>\u00bb (Bulletin n\u00b0 37 de la Banque des r\u00e8glements internationaux, 14 janvier 2021), met en \u00e9vidence une corr\u00e9lation positive entre intensit\u00e9 du t\u00e9l\u00e9travail et fr\u00e9quence des cyberattaques par secteur d\u2019activit\u00e9.<\/li>\n<li><strong><em>L\u2019hame\u00e7onnage ou \u00ab\u00a0phishing<\/em><\/strong><em>\u00bb\u00a0<\/em>: <strong>un v\u00e9ritable fl\u00e9au en plein essor\u00a0<\/strong>: L\u2019hame\u00e7onnage consiste \u00e0 envoyer massivement un faux courriel, apparemment authentique, utilisant l&rsquo;identit\u00e9 d&rsquo;une institution financi\u00e8re ou d&rsquo;un site commercial connu, dans lequel on demande aux destinataires de mettre \u00e0 jour leurs coordonn\u00e9es bancaires ou personnelles, en cliquant sur un lien menant vers un faux serveur Internet, copie conforme du site de l&rsquo;institution ou de l&rsquo;entreprise. Le pirate r\u00e9cup\u00e8re ensuite ces informations, en vue de les utiliser pour d\u00e9tourner des fonds \u00e0 son avantage. Les banques restent les principales victimes de l&rsquo;hame\u00e7onnage.<\/li>\n<li><strong><em>Cyberattaque par logiciel ran\u00e7onneur<\/em> (\u00ab\u00a0<em>ransomware<\/em>\u00bb)\u00a0: <\/strong>En 2021, des attaques par logiciel ran\u00e7on ont eu lieu toutes les deux secondes dans le monde, selon l\u2019agr\u00e9gateur de donn\u00e9es Cybersecurity Ventures. Le <em>ransomware<\/em> consiste \u00e0 verrouiller l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 un ordinateur ou \u00e0 des donn\u00e9es personnelles en les chiffrant. Pour d\u00e9chiffrer les donn\u00e9es avec une cl\u00e9 cryptographique ou disposer de l&rsquo;\u00e9quipement ou de la cl\u00e9 permettant de d\u00e9verrouiller la machine, la victime doit verser une ran\u00e7on, qui le plus souvent s&rsquo;effectue \u00e0 l&rsquo;aide de Bitcoins. Les pirates ont en effet recours le plus souvent \u00e0 un cryptoactif comme moyen de paiement de la ran\u00e7on pour \u00e9viter le syst\u00e8me bancaire traditionnel et le tra\u00e7age des virements. Un <em>ransomware<\/em> se propage de la m\u00eame mani\u00e8re qu&rsquo;un cheval de Troie. Un rapport sur l\u2019\u00e9tat des <em>ransomwares<\/em> dans le secteur des services financiers\u00a0publi\u00e9 par Sophos r\u00e9v\u00e8le que 34 % des entreprises du secteur financier ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9es par un <em>ransomware<\/em> en 2020.<\/li>\n<li><strong><em>Le risque de cyberattaque \u00e0 l\u2019heure du syst\u00e8me bancaire ouvert ou \u00ab\u00a0open banking\u00a0\u00bb\u00a0: <\/em><\/strong>Il s\u2019agit d\u2019un syst\u00e8me de partage des donn\u00e9es des clients entre banques et tiers, permettant aux clients de g\u00e9rer leurs diff\u00e9rents comptes ouverts aupr\u00e8s de prestataires multiples au sein d&rsquo;une seule et m\u00eame application et de comparer les offres. Les donn\u00e9es personnelles des clients constituent le patrimoine des banques traditionnelles. Leur divulgation, exig\u00e9e par la deuxi\u00e8me directive sur les services de paiement (DSP2) va g\u00e9n\u00e9rer des interconnexions croissantes entre les parties prenantes (banques, Fintechs, clients) et partant, accro\u00eetre les risques de cyberattaques.<\/li>\n<\/ul>\n<h5><em><strong>Les cons\u00e9quences de la cybercriminalit\u00e9 pour les banques <\/strong><\/em><\/h5>\n<p>Les cyberattaques sont devenues tellement r\u00e9currentes dans ce secteur que la cybercriminalit\u00e9 est d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9e comme un nouveau facteur de risque pour la stabilit\u00e9 financi\u00e8re.<\/p>\n<p><strong><em>Le co\u00fbt<\/em> <em>financier de la cybercriminalit\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Qu\u2019elles soient directes ou indirectes, les pertes li\u00e9es \u00e0 la cybercriminalit\u00e9 demeurent significatives. Les banques \u00e9tant soumises \u00e0 des exigences r\u00e9glementaires strictes ont un co\u00fbt moyen de violation de donn\u00e9es nettement sup\u00e9rieur \u00e0 celui des entreprises moins r\u00e9glement\u00e9es comme l\u2019h\u00f4tellerie, les m\u00e9dias et la recherche.<\/p>\n<p>Les cyberattaques, de plus en plus cibl\u00e9es, sont de plus en plus co\u00fbteuses. Elles entra\u00eenent des dommages li\u00e9s \u00e0 la perte d\u2019information, \u00e0 l\u2019interruption de services, \u00e0 la perte de revenus, au co\u00fbt des \u00e9quipements endommag\u00e9s dont les DAB, aux amendes li\u00e9es \u00e0 la fuite de donn\u00e9es. Dans son rapport d\u2019\u00e9valuation des risques du syst\u00e8me financier fran\u00e7ais de d\u00e9cembre 2021, la Banque de France d\u00e9clare que \u00ab\u00a0<em>le co\u00fbt global des pertes li\u00e9es \u00e0 la cybercriminalit\u00e9 est extr\u00eamement difficile \u00e0 \u00e9valuer mais une \u00e9tude du Center for Strategic and International Studies (CSIS) de 2020 estime qu\u2019il aurait augment\u00e9 de plus de 50 % en deux ans<\/em>\u00a0\u00bb. Pour Luc Tentillier et Eric Ciss\u00e9 (Accenture Security), \u00ab\u00a0<em>tous secteurs d<\/em>\u2019<em>activit\u00e9 confondus, le secteur financier (banques, march\u00e9s de capitaux et assurances) paye le plus grand tribut, avec un co\u00fbt de 18,5 millions de dollars en moyenne par entreprise, soit 40 % de plus que le co\u00fbt annuel moyen (13 millions de dollars). <\/em>De mars 2020 \u00e0 mars 2021, les attaques \u00e0 l\u2019encontre des institutions financi\u00e8res ont augment\u00e9 de 38 % dans le monde. La hausse est de 238 % entre f\u00e9vrier et avril 2020, p\u00e9riode qui correspond \u00e0 la survenance de la Covid-19.<\/p>\n<p><strong><em>R\u00e9putation en ligne des banques face \u00e0 la cybercriminalit\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le socle de la relation entre la banque et son client \u00e9tant la confiance, il est essentiel de la pr\u00e9server en mettant en \u0153uvre tous les moyens n\u00e9cessaires pour la s\u00e9curit\u00e9 des informations. Les clients attendent d\u2019une banque qu\u2019elle prot\u00e8ge les informations personnelles sensibles qui lui sont communiqu\u00e9es. La multiplication des cybermenaces nuit fonci\u00e8rement \u00e0 l\u2019image et \u00e0 la r\u00e9putation des banques.<\/p>\n<p><strong><em>Le risque cyber est devenu une menace pour la stabilit\u00e9 financi\u00e8re<\/em><\/strong><\/p>\n<p>En raison des fortes interconnexions financi\u00e8res et technologiques, de la num\u00e9risation croissante des activit\u00e9s bancaires, et avec des syst\u00e8mes de plus en plus ouverts, la cybercriminalit\u00e9 est devenue un risque syst\u00e9mique pour les banques. La Banque de France, dans son \u00e9valuation des risques du syst\u00e8me financier fran\u00e7ais publi\u00e9e le 10 janvier 2022, pr\u00e9sente la cybercriminalit\u00e9 comme l\u2019un des principaux dangers pour les acteurs de la finance en 2022, au c\u00f4t\u00e9 de la menace d\u2019un retournement boursier et de l\u2019endettement public et priv\u00e9.<\/p>\n<p>Au total, l\u2019imagination sans limite des pirates qui emploient des m\u00e9thodes de plus en plus sophistiqu\u00e9es et l\u2019apparition de nouveaux processus m\u00e9tiers dans l\u2019\u00e8re de la num\u00e9risation, augmentent la surface d\u2019attaque et d\u2019exploitation des vuln\u00e9rabilit\u00e9s. Comment lutter contre ces cyberattaques qui sont de v\u00e9ritables tsunamis et qui mettent les banques en p\u00e9ril\u00a0?<\/p>\n<h3><strong>Quels sont les moyens de lutte contre la cybercriminalit\u00e9\u00a0<\/strong><strong>?<\/strong><\/h3>\n<h5><em><strong>La r\u00e9silience des banques\u00a0<\/strong><\/em><\/h5>\n<p>Dans son rapport annuel sur les r\u00e9sultats du \u00ab\u00a0Processus de surveillance et d\u2019\u00e9valuation prudentielle\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<em>Supervisory Review and Evaluation Process\u00a0\u00bb<\/em>, SREP) de juillet 2021, la Banque centrale europ\u00e9enne (BCE) souligne notamment que beaucoup de services bancaires essentiels s\u2019appuient sur des technologies obsol\u00e8tes ou vuln\u00e9rables qui ne r\u00e9pondent pas aux exigences r\u00e9elles de la gestion des risques. Concernant la cybers\u00e9curit\u00e9 des \u00e9tablissements bancaires, elle n\u2019est pas la m\u00eame partout. Une \u00e9tude de D-rating<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> de juin 2020, r\u00e9v\u00e8le qu\u2019il existe des \u00e9carts importants au niveau des moyens mis en \u0153uvre par les diff\u00e9rents \u00e9tablissements bancaires pour se prot\u00e9ger des cyberattaques et que la France fait partie des mauvais \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<p>Cela \u00e9tant, les banques d\u00e9jouent quotidiennement les tentatives de cyber-attaques. Les sites internet des banques ou les ordinateurs des collaborateurs pouvant \u00eatre des cibles, depuis des ann\u00e9es, les banques r\u00e9alisent d\u2019importants investissements pour se pr\u00e9munir de tels risques, afin de maintenir un degr\u00e9 de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9lev\u00e9. Ainsi, pour accro\u00eetre l\u2019efficacit\u00e9 de leur cyber-r\u00e9silience, certains organismes bancaires ont mis l\u2019accent sur trois dimensions principales. Tout d\u2019abord, l\u2019int\u00e9gration de la gestion des vuln\u00e9rabilit\u00e9s et des risques au c\u0153ur de leur strat\u00e9gie de s\u00e9curit\u00e9 de mani\u00e8re \u00e0 ce que les moyens allou\u00e9s et les activit\u00e9s soient coordonn\u00e9es avec les autres activit\u00e9s op\u00e9rationnelles. Ensuite, une attention tr\u00e8s soutenue vis-\u00e0-vis des sous-traitants. Enfin, la poursuite des actions de sensibilisation \u00e0 la cybers\u00e9curit\u00e9 aupr\u00e8s des utilisateurs, acteurs-cl\u00e9s d\u2019un dispositif de protection efficace.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, pour lutter contre ce grand banditisme num\u00e9rique, il faut faire de la cybers\u00e9curit\u00e9 une priorit\u00e9 et y consacrer le budget n\u00e9cessaire afin que les banques soient mieux arm\u00e9es pour anticiper et se prot\u00e9ger des menaces qui augmentent de fa\u00e7on exponentielle et qui \u00e9voluent constamment.<\/p>\n<h5><em><strong>Les r\u00e9ponses apport\u00e9es au niveau national<\/strong><\/em><\/h5>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 la cybercriminalit\u00e9 qui p\u00e8se sur le secteur bancaire, les autorit\u00e9s de supervision ont renforc\u00e9 progressivement leur action.<\/p>\n<p>L\u2019Agence nationale de la s\u00e9curit\u00e9 des syst\u00e8mes d&rsquo;information (ANSSI) et l\u2019Autorit\u00e9 des march\u00e9s financiers (AMF) se sont engag\u00e9es en f\u00e9vrier 2018 pour une coop\u00e9ration renforc\u00e9e dans le domaine de la protection des syst\u00e8mes d\u2019information. En outre, face \u00e0 la forte augmentation et \u00e0 la sophistication des cyberattaques et \u00e0 leurs impacts, l\u2019ANSSI a pour mission d\u2019accompagner les op\u00e9rateurs d\u2019importance vitale dans la s\u00e9curisation de leurs syst\u00e8mes d\u2019information particuli\u00e8rement sensibles. \u00ab\u00a0<em>Un op\u00e9rateur d\u2019importance vitale (OIV) est un op\u00e9rateur pour lequel l\u2019atteinte au fonctionnement ou \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019une de ses installations sur le territoire national peut avoir un impact important sur la Nation, notamment sur le fonctionnement de l\u2019\u00e9conomie. Les OIV sont r\u00e9partis en 12 secteurs d\u2019activit\u00e9 d\u2019importance vitale, parmi lesquels le secteur des finances, qui inclut les activit\u00e9s bancaires<\/em>\u00a0\u00bb, rappelle le minist\u00e8re de l\u2019\u00e9conomie. Le dispositif des OIV est pr\u00e9vu par le code de la d\u00e9fense (articles L.1332-1 et suivants).<\/p>\n<p>En juillet 2016, la F\u00e9d\u00e9ration bancaire fran\u00e7aise (FBF) et la Police judiciaire ont sign\u00e9 un accord de partenariat. Ainsi, au travers de cette collaboration, une banque victime d&rsquo;une cyberattaque ou ayant d\u00e9tect\u00e9 un tel risque, pourra transmettre, en toute s\u00e9curit\u00e9 et confidentialit\u00e9, les informations aff\u00e9rentes aux services de police pour analyse. Cette analyse permettra de mieux comprendre les attaques et de pouvoir prendre des mesures ad\u00e9quates afin d&rsquo;en limiter les impacts dommageables.<\/p>\n<p>Face \u00e0 l&rsquo;augmentation des cyberattaques, l&rsquo;Autorit\u00e9 de contr\u00f4le prudentiel et de r\u00e9solution (ACPR) a souhait\u00e9 apporter un cadre aux banques et assurances. A cet effet, en mars 2018, elle a \u00e9dit\u00e9 un document de r\u00e9flexion sur le risque informatique qui a \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 remarques et commentaires jusqu&rsquo;au mois de juin 2018. Par ailleurs, la F\u00e9d\u00e9ration bancaire fran\u00e7aise (FBF) et le Comit\u00e9 fran\u00e7ais d\u2019organisation et de normalisation bancaires (CFONB) \u00e9mettent r\u00e9guli\u00e8rement des recommandations pour lutter contre la fraude sur les moyens de paiement. Ces recommandations sont relay\u00e9es par les banques aupr\u00e8s de leurs clients.<\/p>\n<h5><em><strong>La coop\u00e9ration europ\u00e9enne et internationale, clef de vo\u00fbte de la lutte contre la cybercriminalit\u00e9<\/strong><\/em><\/h5>\n<p>Face \u00e0 des attaques de plus en plus virulentes, l\u2019urgence d\u2019une coop\u00e9ration des banques \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne et internationale se fait sentir. En effet, la menace de cyberattaques ne s\u2019arr\u00eatant pas aux fronti\u00e8res, les actions des superviseurs doivent s\u2019inscrire dans un cadre europ\u00e9en et international afin de garantir la coordination des initiatives.<\/p>\n<p><strong><em>Coop\u00e9ration europ\u00e9enne\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s europ\u00e9ennes ont cherch\u00e9 \u00e0 renforcer la r\u00e9silience des institutions financi\u00e8res. Dans ce contexte, la Commission europ\u00e9enne a pr\u00e9sent\u00e9 le 24 septembre 2020 des propositions l\u00e9gislatives pour soutenir la r\u00e9silience op\u00e9rationnelle num\u00e9rique dans le secteur financier qu\u2019elle d\u00e9finit comme \u00e9tant \u00ab\u00a0<em>la capacit\u00e9 des entreprises \u00e0 s<\/em>\u2019<em>assurer<\/em> <em>qu\u2019elles peuvent r\u00e9sister \u00e0 tous types de perturbations et de menaces li\u00e9es aux technologies de l<\/em>\u2019<em>information et de la communication (TIC)<\/em>\u00a0\u00bb. Parmi ces propositions l\u00e9gislatives figure le projet de R\u00e8glement sur la r\u00e9silience op\u00e9rationnelle num\u00e9rique \u00ab\u00a0Digital Operational Resilience Act\u00a0\u00bb ou DORA qui vise \u00e0 mettre en place un cadre d\u00e9taill\u00e9 et complet sur la r\u00e9silience op\u00e9rationnelle num\u00e9rique pour les institutions financi\u00e8res de l\u2019Union europ\u00e9enne. Par ailleurs, Mastercard Europe et Europol ont sign\u00e9 un partenariat afin de coordonner les objectifs de lutte contre la cybercriminalit\u00e9 en Europe. Enfin, le 16 d\u00e9cembre 2021, la Commission europ\u00e9enne a publi\u00e9 un \u00ab\u00a0paquet cyber\u00a0\u00bb articul\u00e9 autour d\u2019une \u00ab\u00a0strat\u00e9gie europ\u00e9enne de cybers\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><strong><em>Coop\u00e9ration internationale<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Les pays membres du G7 plaident pour l\u2019instauration d\u2019actions coordonn\u00e9es et d\u2019un partage d\u2019informations entre les institutions financi\u00e8res. De son c\u00f4t\u00e9, dans une \u00e9tude intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Cyber Risk and Financial Stability\u00a0\u00bb de Frank Adelmann et al. du 7 d\u00e9cembre 2020, le Fonds mon\u00e9taire international souligne que \u00ab\u00a0<em>le cyber-risque est un probl\u00e8me de stabilit\u00e9 financi\u00e8re mondiale qui exige un effort mondial unifi\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb. Il sugg\u00e8re les domaines prioritaires suivants pour la poursuite des travaux\u00a0: 1) <em>Am\u00e9lioration de l&rsquo;analyse du cyber risque et de son int\u00e9gration dans l&rsquo;analyse de la stabilit\u00e9 financi\u00e8re\u00a0; 2) Convergence des r\u00e9glementations\u00a0; 3) Am\u00e9lioration de la r\u00e9silience op\u00e9rationnelle\u00a0et de la capacit\u00e9 de riposte\u00a0; 4) Renforcement du partage de l<\/em>\u2019<em>information\u00a0; 5) Renforcement des mesures de dissuasion\u00a0; 6) D\u00e9veloppement des capacit\u00e9<\/em><em>s.<\/em><\/p>\n<p>Cette hausse vertigineuse de la cybercriminalit\u00e9 prouve que la croissance des TIC ne s\u2019accompagne pas toujours de mesures de s\u00e9curit\u00e9 pr\u00e9ventives pour riposter aux attaques. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse d\u2019adopter le principe de \u00ab\u00a0pr\u00e9caution num\u00e9rique\u00a0\u00bb que la soci\u00e9t\u00e9 appelle de ses v\u0153ux. Alex T\u00fcrk, ancien pr\u00e9sident de la Commission nationale de l&rsquo;informatique et des libert\u00e9s, utilise la m\u00e9taphore de la \u00ab grenouille \u00e9bouillant\u00e9e \u00bb pour justifier et r\u00e9clamer la mise en \u0153uvre du principe de pr\u00e9caution num\u00e9rique. Une grenouille plong\u00e9e dans une casserole d\u2019eau bouillante essaiera de se d\u00e9battre et de s\u2019enfuir. Le m\u00eame batracien plong\u00e9 dans de l\u2019eau ti\u00e8de se sentira bien. Si l\u2019on augmente la temp\u00e9rature, il se laissera engourdir et finira par mourir \u00e9bouillant\u00e9, sans avoir jamais r\u00e9agi. Interrogeons-nous sur le fait de savoir si nous ne trouvons pas parfois dans ce type de situation, faute d\u2019avoir pris des mesures pr\u00e9ventives.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div>\n<div><em>Mots-cl\u00e9s : Cybercriminalit\u00e9 &#8211; Banques &#8211; Stabilit\u00e9 financi\u00e8re &#8211; Phishing &#8211; Ransomware.<\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div><em>Cet article a \u00e9t\u00e9 initialement publi\u00e9 le 14 f\u00e9vrier 2022.<\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> D-rating\u00a0: agence de notation des performances num\u00e9riques des entreprises.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis le Far West jusqu\u2019aux cyberattaques, en passant par les casses m\u00e9morables, les banques, gestionnaires de l\u2019argent, ont, depuis leur cr\u00e9ation, suscit\u00e9 l\u2019avidit\u00e9 et la cr\u00e9ativit\u00e9 des escrocs et constitu\u00e9 une cible privil\u00e9gi\u00e9e. 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