{"id":6368,"date":"2022-01-17T07:15:58","date_gmt":"2022-01-17T05:15:58","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=6368"},"modified":"2022-01-17T08:46:15","modified_gmt":"2022-01-17T06:46:15","slug":"leurope-des-regions-une-idee-utile-pour-aujourdhui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=6368","title":{"rendered":"L\u2019Europe des R\u00e9gions, une id\u00e9e utile pour aujourd\u2019hui ?"},"content":{"rendered":"<p>Toutes sortes de d\u00e9fis s&rsquo;accumulent aujourd&rsquo;hui aux portes de l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) : strat\u00e9giques, environnementaux, \u00e9conomiques&#8230; M\u00eame si l\u2019id\u00e9e europ\u00e9enne ne suscite pas chez tous le m\u00eame enthousiasme, la mise en avant du concept d\u2019\u00a0\u00bbEurope-puissance\u00a0\u00bb indique qu\u2019une r\u00e9ponse est recherch\u00e9e via la poursuite de son int\u00e9gration. Le r\u00e9cent contrat de coalition en Allemagne la mentionne explicitement, on peut s\u2019attendre \u00e0 ce qu\u2019elle sous-tende la pr\u00e9sidence fran\u00e7aise du Conseil (1<sup>er<\/sup> semestre 2022), et le tout nouveau trait\u00e9 franco-italien se place \u00e9galement dans cette perspective. Plus d&rsquo;Europe donc, oui mais laquelle, si l&rsquo;on veut convaincre les citoyens de ses bienfaits et les partenaires de sa r\u00e9activit\u00e9 ? Celle des Etats comme aujourd&rsquo;hui, avec ses proc\u00e9dures lentes et complexes, une Europe f\u00e9d\u00e9rale, souvent r\u00eav\u00e9e mais jamais trouv\u00e9e, ou l&rsquo;Europe des r\u00e9gions, la panac\u00e9e selon certains ?<\/p>\n<p>1. L&rsquo;Europe est d&rsquo;abord celle des Etats car ils sont signataires du Trait\u00e9 dont d\u00e9coule la l\u00e9gitimit\u00e9. M\u00eame si d\u2019autres institutions ont des pouvoirs d\u2019initiative et de contr\u00f4le (Commission, Parlement, Cour de Justice, ..) c\u2019est quand m\u00eame <em>in fine<\/em> la vue du Conseil, sur instruction des Etats membres, qui s\u2019impose. Certes, le dialogue interinstitutionnel peut faire \u00e9voluer cette vue, mais il est clair que rien ne peut aboutir s\u2019il y met son veto. Ne citons \u00e0 l\u2019appui que l&rsquo;adoption des perspectives financi\u00e8res, une fois tous les sept ans.<\/p>\n<p>Cette Europe des Etats frappe par sa complexit\u00e9 qui l&rsquo;a jusqu&rsquo;ici plut\u00f4t frein\u00e9e. Des questions de taille jouent, et le poids des \u00ab\u00a0grands\u00a0\u00bb Etats (France, Allemagne, Italie, Espagne, Pologne), face aux \u00ab\u00a0moyens\u00a0\u00bb (Roumanie, Portugal, Pays-Bas, ..) ou aux \u00ab\u00a0petits\u00a0\u00bb (Pays baltes, Slov\u00e9nie, Chypre, ..) en est une. Une surrepr\u00e9sentation all\u00e9gu\u00e9e des grands pays, par exemple \u00e0 travers le couple franco-allemand (pourtant vu comme indispensable \u00e0 tout progr\u00e8s) peut cr\u00e9er l\u2019impression, juste ou non, que les int\u00e9r\u00eats des autres ne sont pas correctement pris en compte. Mais un mod\u00e8le qui donnerait \u00e0 tous le m\u00eame poids serait lui aussi injuste (l\u2019Allemagne compte 82 millions d\u2019habitants, Malte 400 000). Le nombre de voix dont dispose chaque Etat au Conseil, ainsi que celui de ses repr\u00e9sentants au Parlement, vise \u00e0 trouver un \u00e9quilibre entre ces exigences contradictoires. Il en est de m\u00eame de la r\u00e8gle du vote \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, con\u00e7ue comme une sauvegarde, mais qui peut aussi paralyser l\u2019action ou favoriser les pressions et les marchandages. Des proc\u00e9dures qui proviennent d\u2019une UE \u00e0 six ont cess\u00e9 d\u2019\u00eatre optimales \u00e0 vingt-sept. On n\u2019a jamais bien r\u00e9solu le dilemme \u00e9largissement\/approfondissement, et l\u00e0 o\u00f9 il faudrait de la fluidit\u00e9, on a cr\u00e9\u00e9 lourdeur et complexit\u00e9.<\/p>\n<p>La complexit\u00e9 r\u00e9sulte aussi de l\u2019organisation propre \u00e0 chaque Etat. Certains, f\u00e9d\u00e9raux comme l\u2019Allemagne, l\u2019Autriche et la Belgique, ne le sont pas de mani\u00e8re identique, tandis que d\u2019autres comme l\u2019Espagne ou l\u2019Italie sont fortement r\u00e9gionalis\u00e9s, ou sont r\u00e9gionalis\u00e9s d\u2019une autre mani\u00e8re, comme la France ou la Pologne. D\u2019autres encore sont unitaires (Portugal, Irlande, \u2026), et pour d\u2019autres enfin leur petite taille, qui les apparente \u00e0 une r\u00e9gion, leur permet d\u2019\u00e9viter la question. Bref, la mani\u00e8re dont est adopt\u00e9e une d\u00e9cision est fondamentalement diff\u00e9rente d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre. La perception et la discussion des enjeux n\u2019y sont souvent pas comparables, ce qui rend d\u2019embl\u00e9e leur transposition au niveau europ\u00e9en assez complexe. Il existe une asym\u00e9trie entre le rapport de l&rsquo;UE aux Etats qui la composent, r\u00e9gl\u00e9 par un trait\u00e9 identique pour tous, et le rapport bien plus diversifi\u00e9 de chacun de ces Etats \u00e0 ses propres r\u00e9gions.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me et important facteur de complexit\u00e9 provient de l&rsquo;histoire m\u00eame des Etats, ainsi que de leurs particularit\u00e9s sociales et culturelles. Ces \u00e9l\u00e9ments se mat\u00e9rialisent par des mani\u00e8res de sentir et de comprendre qui s\u2019av\u00e8rent fort diff\u00e9rentes, voire d\u00e9synchronis\u00e9es. Que l\u2019on songe \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience des guerres, notamment les deux guerres mondiales, que tous n\u2019ont pas v\u00e9cues de la m\u00eame mani\u00e8re et n\u2019interpr\u00e8tent pas aujourd\u2019hui de fa\u00e7on identique. Une diff\u00e9rence heureusement \u00e0 nuancer par un rejet commun de la guerre pour parvenir \u00e0 ses fins. De m\u00eame, le fait d\u2019avoir subi ou non la dictature communiste et la suj\u00e9tion \u00e0 ce qui fut l\u2019URSS, m\u00eame si ces \u00e9v\u00e8nements s&rsquo;\u00e9loignent dans le temps, semble induire une appr\u00e9ciation diff\u00e9renci\u00e9e du rapport\u00a0 centre\/p\u00e9riph\u00e9rie ou quant \u00e0 la poursuite de l\u2019int\u00e9gration. On attend toujours l\u2019\u00e9mergence de partis v\u00e9ritablement transnationaux, d\u2019une opinion publique \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Union, ainsi qu&rsquo;une perception plus commune de certains enjeux tels que climat, d\u00e9fense et s\u00e9curit\u00e9, ou questions migratoires. Il y a un hiatus entre la lenteur des progr\u00e8s, r\u00e9els cependant, et la vitesse d\u2019accumulation des d\u00e9fis !<\/p>\n<p>2. Th\u00e9oriquement, une alternative \u00e0 l\u2019Europe des Etats serait une Europe f\u00e9d\u00e9rale. Dans l\u2019esprit des \u00ab\u00a0p\u00e8res fondateurs\u00a0\u00bb, la Commission pr\u00e9figurait ce qui, le moment venu, pourrait se transformer en matrice d\u2019un gouvernement f\u00e9d\u00e9ral. On sait qu\u2019il n\u2019en est rien, m\u00eame si l\u2019id\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale garde des partisans. Mais ceux-ci savent que cette question n\u2019est pas \u00e0 l\u2019ordre du jour. Des pays comme la France, et plus encore le Royaume-Uni jadis, et d\u2019autres encore, n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 dispos\u00e9s \u00e0 proc\u00e9der aux transferts de souverainet\u00e9 qu\u2019une telle perspective implique. C\u2019est du reste un dilemme analogue \u00e0 celui de la poule et de l\u2019\u0153uf : on ne peut proc\u00e9der \u00e0 de tels transferts que si l\u2019on est convaincu que le niveau sup\u00e9rieur assurera la m\u00eame protection et les m\u00eames services que ce qu\u2019assuraient les Etats auparavant. D\u2019une part, cela ne s\u2019improvise pas et, d\u2019autre part, il ne peut y avoir de place pour le doute. Le contrat social est en jeu.<\/p>\n<p>Pourtant, il y a d\u00e9j\u00e0 quelques \u00e9l\u00e9ments de f\u00e9d\u00e9ralisme, donnant \u00e0 l&rsquo;UE un caract\u00e8re in\u00e9dit et quelque peu hybride. Que l&rsquo;on songe \u00e0 la politique de la concurrence ou \u00e0 la politique commerciale, o\u00f9 c&rsquo;est bien la Commission qui est \u00e0 la man\u0153uvre. En outre, des \u00e9volutions sont possibles, par exemple sous la pression de la n\u00e9cessit\u00e9. Dans les ann\u00e9es 90, on opposait volontiers la d\u00e9marche communautaire \u00e0 la d\u00e9marche intergouvernementale. Depuis, cette derni\u00e8re s\u2019est impos\u00e9e. Pourtant, l\u2019Union ne peut se contenter d&rsquo;\u00eatre la somme des int\u00e9r\u00eats particuliers de ses membres, qui n\u2019est souvent qu\u2019un d\u00e9nominateur commun assez peu ambitieux. On a besoin qu\u2019un acteur prenne en charge l\u2019int\u00e9r\u00eat commun, lequel transcende les int\u00e9r\u00eats particuliers, notamment dans le contexte d&rsquo;une comp\u00e9tition \u00e9conomique mondiale et des nouveaux d\u00e9fis environnementaux. Ceux-ci imposent des r\u00e9ponses globales. Ce qui implique que de nouvelles comp\u00e9tences soient reconnues au fur et \u00e0 mesure \u00e0 l\u2019Union.<\/p>\n<p>L\u2019euro, \u00e2g\u00e9 de vingt ans, est un succ\u00e8s, m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;a pour l&rsquo;heure pas permis la convergence des \u00e9conomies, au contraire. Depuis le d\u00e9part des Britanniques, dix-neuf des vingt-sept Etats membres en font partie, mais six des huit autres y ont vocation de par leur trait\u00e9 d\u2019adh\u00e9sion. Le Danemark lui est li\u00e9 par un taux de change fixe, il ne reste donc que la Su\u00e8de qui soit v\u00e9ritablement en dehors. Il a r\u00e9duit les frais de transaction, favoris\u00e9 les \u00e9changes et le tourisme, et gr\u00e2ce aux comparaisons de prix plus ais\u00e9es, a contribu\u00e9 \u00e0 am\u00e9liorer la comp\u00e9titivit\u00e9. Son r\u00f4le international est certes moins affirm\u00e9 que ce que l\u2019on attendait et le dollar a gard\u00e9 sa force et ses privil\u00e8ges, mais le renforcement de l\u2019euro peut toujours survenir, si l\u2019on s\u2019en donne les moyens. C\u2019est cependant une construction incompl\u00e8te, donc fragile, dans la mesure o\u00f9 la politique mon\u00e9taire de la BCE ne s\u2019accompagne ni de politiques budg\u00e9taires communes, ni de fiscalit\u00e9s harmonis\u00e9es, et qu&rsquo;il y manque une v\u00e9ritable Union bancaire. La violente crise de 2011-2012, qui aurait pu lui \u00eatre fatale, a mis en \u00e9vidence ces fragilit\u00e9s, o\u00f9 tant l\u2019existence des d\u00e9ficits excessifs de certains, que la pratique du dumping fiscal ou social par d\u2019autres ont mis en p\u00e9ril la solidit\u00e9 de l\u2019ensemble. Si le \u00ab\u00a0<em>whatever it takes<\/em>\u00a0\u00bb du pr\u00e9sident de la BCE (Mario Draghi) a calm\u00e9 les assauts de la sp\u00e9culation, la n\u00e9cessit\u00e9 de consolider l\u2019\u00e9difice est apparue clairement, et subsiste. On fr\u00e9mit r\u00e9trospectivement \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de ce qui serait advenu des pays les plus endett\u00e9s, dont la France, si l\u2019euro avait sombr\u00e9. Par son existence m\u00eame, et par la n\u00e9cessit\u00e9 de sa sauvegarde, il est donc porteur de plus d\u2019int\u00e9gration. En effet, le fort endettement qui persiste chez de nombreux membres, ainsi que la difficult\u00e9 croissante de collecter des ressources fiscales suffisantes laissent aujourd\u2019hui moins de marges pour des pratiques non solidaires entre les membres du club. Dans ce domaine aussi, il faut s\u2019attendre \u00e0 des progr\u00e8s. Entre autres id\u00e9es, la perspective de doter l&rsquo;UE de ressources propres (par exemple la taxe carbone, ou taxe GAFAs) en fait partie.<\/p>\n<p>L\u2019adoption en 2021 d\u2019un plan de sauvetage post-Covid de 750 milliards d\u2019euros, qui autorise pour la premi\u00e8re fois la Commission \u00e0 s\u2019endetter pour le compte des Etats les plus vuln\u00e9rables, fut salu\u00e9e par Olaf Scholz, \u00e0 l\u2019\u00e9poque ministre allemand des finances, comme un \u00ab\u00a0moment hamiltonien\u00a0\u00bb de l\u2019Europe. Il se r\u00e9f\u00e9rait au moment o\u00f9 les treize premi\u00e8res colonies am\u00e9ricaines, au lendemain de la guerre d\u2019ind\u00e9pendance, d\u00e9cid\u00e8rent de mutualiser leur lourde dette, jetant ainsi les bases de ce qui allait devenir les Etats-Unis f\u00e9d\u00e9raux. Le premier ministre espagnol P. Sanchez d\u00e9clara lui aussi \u00e0 ce moment-l\u00e0 que l\u2019on pouvait d\u00e9sormais songer \u00e0 une Europe plus f\u00e9d\u00e9rale. Bien s\u00fbr, on est encore loin d&rsquo;une feuille de route, et personne ne jette de lumi\u00e8re sur la fa\u00e7on de r\u00e9soudre les consid\u00e9rables difficult\u00e9s qui subsistent. On doit plut\u00f4t consid\u00e9rer ces d\u00e9clarations comme des balises destin\u00e9es \u00e0 signaler qu\u2019en d\u00e9pit de tout, l&rsquo;option f\u00e9d\u00e9rale reste de mise.<\/p>\n<p>3. C\u2019est dans le contexte de cette tension dynamique entre une r\u00e9alit\u00e9 (Europe des Etats) et un projet non d\u00e9nu\u00e9 d\u2019utopie (Europe f\u00e9d\u00e9rale) que se place la discussion sur l\u2019Europe des r\u00e9gions. On aurait pu croire cette discussion close depuis les ann\u00e9es 90, avec la cr\u00e9ation du Comit\u00e9 des r\u00e9gions qui donne \u00e0 ces derni\u00e8res une place dans l\u2019architecture de l\u2019UE. Bizarrement, des forces politiques ne croient pas ce d\u00e9bat clos, et attendent leur heure. Leur maxime : \u00ab\u00a0l\u2019Europe sera celle des r\u00e9gions, ou ne sera pas\u00a0\u00bb repose sur l\u2019id\u00e9e que si le niveau europ\u00e9en se renforce, un autre deviendra n\u00e9cessairement superflu. Ce serait alors le niveau des Etats, vu leur efficacit\u00e9 et leur repr\u00e9sentativit\u00e9 insuffisantes. Les r\u00e9gions, dans leur ensemble dix fois plus nombreuses, deviendraient alors les \u00ab\u00a0<em>building blocks<\/em>\u00a0\u00bb et se partageraient les fonctions r\u00e9galiennes avec l\u2019UE dans une subsidiarit\u00e9 de bon aloi. L\u2019antagonisme grands \/ petits Etats dispara\u00eetrait, et si l\u2019exemple des USA montre qu\u2019il est possible de fonctionner \u00e0 50, alors pourquoi pas \u00e0 270 ? On gagnerait en proximit\u00e9 du citoyen ce que l\u2019on perdrait en bureaucratie et en doubles emplois.<\/p>\n<p>Les tenants de cette th\u00e8se se trouvent dans les pays o\u00f9 les r\u00e9gions ont un r\u00f4le important, telle l&rsquo;Allemagne, dont les L\u00e4nder sont caract\u00e9ris\u00e9s comme des r\u00e9gions \u00e0 \u00ab\u00a0pouvoir constitutionnel\u00a0\u00bb et, de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, dans les pays f\u00e9d\u00e9raux. Il convient de rappeler qu\u2019en Allemagne, la Constitution dispose que les L\u00e4nder sont les d\u00e9positaires de la souverainet\u00e9, la f\u00e9d\u00e9ration ne recevant de comp\u00e9tences que dans la mesure o\u00f9 ils les lui ont d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es. Cette particularit\u00e9 distingue l\u2019Allemagne d\u2019autres Etats tels la France, o\u00f9 les processus de d\u00e9volution de comp\u00e9tences sont \u00ab\u00a0descendants\u00a0\u00bb et non pas \u00ab\u00a0ascendants\u00a0\u00bb. Elle explique une vigilance particuli\u00e8re des L\u00e4nder, qui veulent \u00e9viter que leur r\u00f4le soit affaibli \u00e0 l\u2019occasion de possibles transferts de souverainet\u00e9 de leur Etat membre vers l\u2019UE. Et elle permet aussi de mieux cerner le d\u00e9bat entre pr\u00e9\u00e9minence ou non du droit communautaire sur le droit national, o\u00f9 le tribunal constitutionnel allemand s\u2019est r\u00e9cemment illustr\u00e9.<\/p>\n<p>Les nationalistes de la Nouvelle Alliance Flamande (NVA) en sont d\u2019autres repr\u00e9sentants. Parti le plus vot\u00e9 en Flandre, il y est au pouvoir, mais pas au niveau national, car son peu d\u2019app\u00e9tence au dialogue a pouss\u00e9 une improbable et cependant effective coalition de sept autres partis \u00e0 le contourner. Au niveau europ\u00e9en, ils sont de ceux qui d\u00e9plorent le moindre poids des \u00ab\u00a0petits\u00a0\u00bb Etats. En m\u00eame temps, ils n\u2019aiment pas le leur, la Belgique, qu\u2019ils per\u00e7oivent comme inutile, voire n\u00e9faste, car impos\u00e9 de l\u2019ext\u00e9rieur en 1830, et esp\u00e8rent son \u00ab\u00a0\u00e9vaporation\u00a0\u00bb. Ils sont aussi de chauds partisans de l\u2019ind\u00e9pendance catalane, dont ils prot\u00e8gent le leadeur Puigdemont dans sa fuite peu glorieuse, et o\u00f9 ils voient un autre exemple de la tyrannie des Etats, espagnol en l\u2019occurrence. Ils sont en faveur de l\u2019ind\u00e9pendance \u00e9cossaise, et voient dans le nationalisme corse, ainsi que dans le regain des langues r\u00e9gionales, quoique limit\u00e9, les signes avant-coureurs de la disparition de ce jacobinisme honni et centralisateur propre \u00e0 l&rsquo;Etat fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Dans le contexte de chacun de ces cas, on peut comprendre la pr\u00e9f\u00e9rence r\u00e9gionale de ces acteurs. Elle rappelle s\u2019il en \u00e9tait besoin l\u2019incroyable diversit\u00e9 institutionnelle et politique de l\u2019UE, et la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;en tenir compte. Il est en revanche plus difficile d\u2019imaginer que l\u2019Europe des r\u00e9gions soit une proposition valable pour l\u2019ensemble de l&rsquo;Union. Cette vision assez \u00e9go\u00efste, surtout port\u00e9e par des r\u00e9gions riches et puissantes parle peut-\u00eatre davantage d&rsquo;elles et de leurs ambitions que de l&rsquo;Union. Car les disparit\u00e9s de tous ordres sont plus grandes entre r\u00e9gions qu&rsquo;entre Etats, et cette formule pourrait aboutir \u00e0 drainer encore plus de pouvoir et de richesses vers les plus fortes, sans b\u00e9n\u00e9fice pour les plus faibles. Le niveau r\u00e9gional ne ferait probablement rien gagner en simplification, au contraire. Surtout, on ne voit pas pourquoi les Etats renonceraient \u00e0 leurs pr\u00e9rogatives actuelles au profit d\u2019un p\u00e9rilleux saut dans l\u2019inconnu.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, l\u2019UE fonctionne tant bien que mal, et souvent en mode crise, il semble donc indispensable de la rendre plus effective. Ses r\u00e9alisations ne sont cependant en rien n\u00e9gligeables. En revanche, une refondation en profondeur de ses institutions, par exemple via un nouveau trait\u00e9, exigerait un effort tellement d\u00e9mesur\u00e9 qu\u2019il semble hors de port\u00e9e. C\u2019est pourquoi, m\u00eame si dans l\u2019absolu on peut en reconna\u00eetre le besoin, il est peu probable que ce d\u00e9bat soit men\u00e9, car il y a plus de risques de s\u2019y enliser que de b\u00e9n\u00e9fices \u00e0 en attendre.<\/p>\n<p>Une solution, pr\u00e9conis\u00e9e par J. Habermas, serait peut-\u00eatre de se contenter de faire dialoguer et interagir les institutions des diff\u00e9rents niveaux telles qu\u2019elles sont et l\u00e0 o\u00f9 elles sont. Il faudrait alors seulement leur demander de gagner en pragmatisme et en flexibilit\u00e9 et, surtout apr\u00e8s l\u2019exp\u00e9rience d\u00e9solante du Brexit, d\u2019\u00e9viter \u00e0 tout prix d\u2019investir une \u00e9nergie consid\u00e9rable dans une entreprise de r\u00e9forme dont on peut si mal discerner les contours.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Mots-cl\u00e9s : Union europ\u00e9enne &#8211; Europe f\u00e9d\u00e9rale &#8211; Europe des r\u00e9gions &#8211; Euro &#8211; Changement climatique &#8211; Plan de r\u00e9cup\u00e9ration post Covid &#8211; R\u00e9forme des institutions<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Toutes sortes de d\u00e9fis s&rsquo;accumulent aujourd&rsquo;hui aux portes de l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) : strat\u00e9giques, environnementaux, \u00e9conomiques&#8230; M\u00eame si l\u2019id\u00e9e europ\u00e9enne ne suscite pas chez tous le m\u00eame enthousiasme, la mise en avant du concept d\u2019\u00a0\u00bbEurope-puissance\u00a0\u00bb indique qu\u2019une r\u00e9ponse est recherch\u00e9e via la poursuite de son int\u00e9gration. Le r\u00e9cent contrat de coalition en Allemagne la mentionne [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":222,"featured_media":6369,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[171],"tags":[],"class_list":["post-6368","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-europe","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6368","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/222"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6368"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6368\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6369"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6368"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6368"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6368"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}