{"id":6181,"date":"2021-11-02T07:15:51","date_gmt":"2021-11-02T05:15:51","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=6181"},"modified":"2021-11-02T08:48:15","modified_gmt":"2021-11-02T06:48:15","slug":"deux-ou-trois-choses-que-le-temps-ma-dites-en-passant-episode-3-le-temps-lespace-le-mouvement-et-le-changement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=6181","title":{"rendered":"Deux ou trois choses que le temps m&rsquo;a dites en passant &#8211; Episode 3 : Le temps, l\u2019espace, le mouvement et le changement"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><em>Qu\u2019est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais.<\/em><br \/>\n<em>Mais si on me le demande et que je veuille l\u2019expliquer, alors je ne sais plus.<\/em><br \/>\nSaint-Augustin (Les Confessions)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 la manifestation de modestie et, dans le m\u00eame temps (!), l\u2019aveu d\u2019impuissance de Saint-Augustin, font \u00e9cho les vertigineuses questions que chacun de nous ne manque de se poser sur le temps de mani\u00e8re r\u00e9currente, sans jamais parvenir \u00e0 y apporter de r\u00e9ponses claires\u00a0: pourquoi et comment nous para\u00eet-il tant\u00f4t long, tant\u00f4t court\u00a0; tant\u00f4t lent, tant\u00f4t rapide\u00a0? Avant d\u2019approfondir ces questions ardues, d\u00e9j\u00e0 survol\u00e9es dans les deux chapitres pr\u00e9c\u00e9dents, il est pr\u00e9alablement utile d\u2019en clarifier une autre, <em>a priori<\/em> plus simple\u00a0: quelles places le temps et l\u2019espace\u00a0occupent-ils dans nos esprits et quels rapports y entretiennent-ils\u00a0?<\/p>\n<h3><strong>Jalons d\u2019espace et de temps<\/strong><\/h3>\n<p>Ce sont les objets meublant l\u2019espace, ou les \u00e9v\u00e8nements rythmant le temps, qui nous rendent perceptibles ces cat\u00e9gories abstraites. De m\u00eame que ce n\u2019est pas l\u2019espace en soi qui accroche notre attention, mais le d\u00e9cor qui l\u2019emplit, de m\u00eame ce n\u2019est pas le temps en soi qui importe en premier, mais l\u2019usage que nous en faisons\u00a0: tout est affaire d\u2019emploi du temps\u00a0! En creux, lorsque nous sommes confront\u00e9s \u00e0 des \u00ab\u00a0espaces vides\u00a0\u00bb ou \u00e0 des \u00ab\u00a0temps morts\u00a0\u00bb, il nous arrive de perdre la notion de l\u2019espace ou celle du temps. Les sp\u00e9l\u00e9ologues connaissent de telles sensations et le g\u00e9ologue Michel Siffre, pionnier des exp\u00e9riences de confinement souterrain, l\u2019exprime de mani\u00e8re limpide et frappante\u00a0: \u00ab\u00a0Sous terre, sans rep\u00e8re, c\u2019est le cerveau qui cr\u00e9e le temps.\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<p>S\u2019agissant de l\u2019espace, la mati\u00e8re qui l\u2019occupe nous procure une repr\u00e9sentation concr\u00e8te de son organisation, de ses \u00ab\u00a0lieux\u00a0\u00bb et des distances relatives qui les s\u00e9parent : cette chaise est plus pr\u00e8s de moi que cette table et cette table, plus proche que cet arbre au fond du jardin. Mais si j\u2019\u00e9tais perdu sur un radeau en pleine mer, ou jet\u00e9 en plein d\u00e9sert \u00ab\u00a0au milieu de nulle part\u00a0\u00bb, ou encore embarqu\u00e9 sur un vaisseau spatial plong\u00e9 dans le vide intersid\u00e9ral, alors, priv\u00e9 de jalons mat\u00e9riels permettant de me situer, l\u2019espace m\u2019appara\u00eetrait certainement beaucoup moins tangible.<\/p>\n<p>De m\u00eame, le temps est scand\u00e9 par une s\u00e9quence d\u2019\u00e9v\u00e8nements, constituant des marqueurs pertinents pour des individus comme pour des groupes sociaux.\u00a0 L\u2019occurrence, l\u2019ordonnancement et la fr\u00e9quence de ces marqueurs manifestent la \u00ab\u00a0substance\u00a0\u00bb temporelle. S\u2019il ne se passait strictement rien, si le temps \u00e9tait totalement vide d\u2019exp\u00e9riences, alors il \u00e9chapperait \u00e0 notre perception et s\u2019araserait pour ne plus former qu\u2019une plate \u00e9ternit\u00e9. Lorsque plus aucun ph\u00e9nom\u00e8ne ext\u00e9rieur ou int\u00e9rieur ne vient fixer notre attention, nos rep\u00e8res temporels s\u2019\u00e9vanouissent. L\u2019indissociabilit\u00e9 de la perception du temps et d\u2019un \u00ab\u00a0flux directeur\u00a0\u00bb qui la commande constitue le postulat fondamental et structurant sur lequel repose notre essai.<\/p>\n<h3><strong>Mouvement dans l\u2019espace et consommation temporelle<\/strong><\/h3>\n<p>Il existe une intrication forte entre l\u2019espace et le temps. Elle se manifeste \u00e0 travers les mouvements dans le premier que le second permet. Lisons \u00e0 cet \u00e9gard Am\u00e9lie Nothomb dans la <em>M\u00e9taphysique des tubes<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p><em>Le temps est une invention du mouvement.<\/em><br \/>\n<em>Celui qui ne bouge pas ne voit pas le temps passer.<\/em><\/p>\n<p>Le temps peut en effet \u00eatre regard\u00e9 comme la ressource n\u00e9cessaire, le consommable indispensable pour traverser l\u2019espace. L\u2019ubiquit\u00e9, ou d\u00e9placement imm\u00e9diat, sans dur\u00e9e, est une fiction hors d\u2019atteinte. La lumi\u00e8re elle-m\u00eame ne se d\u00e9place pas instantan\u00e9ment, il lui faut \u00e0 cet effet du temps\u2026 et elle le prend\u00a0: huit minutes, par exemple, pour parvenir jusqu\u2019\u00e0 nous depuis le soleil, m\u00eame si nous n\u2019avons pas pleinement conscience d\u2019accueillir sur nos r\u00e9tines des photons d\u00e9j\u00e0 forts d\u2019une certaine anciennet\u00e9 !<\/p>\n<p>Se mouvoir est chronophage, litt\u00e9ralement, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0mange\u00a0\u00bb du temps. Et m\u00eame si je n\u2019ai pas l\u2019impression de bouger moi-m\u00eame, je suis toujours li\u00e9 \u00e0 un support qui bouge et qui, donc, avale du temps : le TGV o\u00f9 je suis assis en \u00e9crivant ces lignes, une voiture qui m\u2019emporte sur l\u2019autoroute, la Terre que j\u2019habite et qui tourne sur elle-m\u00eame, ainsi qu\u2019autour du soleil.<\/p>\n<p>Tout m\u00e8tre franchi dans l\u2019espace implique une d\u00e9pense temporelle, \u00e0 savoir la dur\u00e9e n\u00e9cessaire pour parcourir ce m\u00e8tre. La consommation de temps d\u00e9pend \u00e9videmment de la technologie\u00a0de transport utilis\u00e9e : un TGV lanc\u00e9 \u00e0 pleine vitesse prend une heure pour effectuer 300 km, soit une consommation temporelle de 12 millisecondes par m\u00e8tre. Une voiture roulant \u00e0 120 km\/h parcourt 100 kilom\u00e8tres en 50\u00a0minutes, soit une consommation temporelle de 30 millisecondes par m\u00e8tre. Quant \u00e0 la lumi\u00e8re, tr\u00e8s \u00e9conome de son temps, elle ne consomme qu\u2019environ un trois-centi\u00e8me de microseconde par m\u00e8tre.<\/p>\n<p>La relation intime entre le temps et l\u2019espace pr\u00e9vaut \u00e0 tous les niveaux d\u2019observation : le temps est l\u2019artisan de mouvements dans l\u2019espace, que ce soit \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de nos vies humaines ou \u00e0 celle de l\u2019\u00e9volution. Seuls diff\u00e8rent les ordres de grandeur de la consommation temporelle. Ainsi aura-t-il fallu plusieurs millions d\u2019ann\u00e9es \u00e0 l\u2019homme primitif pour essaimer depuis son berceau africain originel vers l\u2019ensemble des r\u00e9gions du globe. \u00c0 raison d\u2019environ un million d\u2019ann\u00e9es pour migrer \u00e0 dix mille kilom\u00e8tres de distance, cela revient \u00e0 une consommation d\u2019un peu plus de trois millions de secondes par m\u00e8tre, certes bien sup\u00e9rieure \u00e0 celle d\u2019une seconde par m\u00e8tre qui m\u2019est n\u00e9cessaire pour rejoindre mon bureau depuis ma terrasse\u2026 mais la loi sous-jacente est fondamentalement la m\u00eame : il faut du temps pour se mouvoir !<\/p>\n<h3><strong>Vitesse apparente du temps<\/strong><\/h3>\n<p>Une consommation de temps, associ\u00e9e \u00e0 la travers\u00e9e d\u2019un espace, peut encore s\u2019interpr\u00e9ter comme une vitesse invers\u00e9e, une jauge de l\u2019avancement du temps par unit\u00e9 d\u2019espace parcouru. Install\u00e9 dans un TGV \u00e0 pleine vitesse et voyant r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9filer les bornes hectom\u00e9triques, la cadence de leur passage dans mon champ visuel devient pour moi un rep\u00e8re temporel alternatif\u00a0: je peux l\u00e9gitimement me demander quelle est la vitesse\u00a0de la trotteuse de ma montre, si je la \u00ab\u00a0m\u00e9ta-chronom\u00e8tre\u00a0\u00bb dans ce rep\u00e8re temporel singulier o\u00f9 l\u2019hectom\u00e8tre s\u00e9parant deux bornes successives s\u2019est mu\u00e9 d\u2019unit\u00e9 d\u2019espace en unit\u00e9 de dur\u00e9e. La r\u00e9ponse est simple : ma trotteuse sautille \u00e0 la \u00ab\u00a0vitesse\u00a0\u00bb de 1,2 seconde par hectom\u00e8tre, \u00e9gale \u00e0 la dur\u00e9e qui correspond \u00e0 1\u00a0hectom\u00e8tre sur la voie ferr\u00e9e.<\/p>\n<p>M\u2019exprimant de mani\u00e8re \u00e0 peine abusive, je peux m\u00eame affirmer : lorsque je suis li\u00e9 \u00e0 un mobile lanc\u00e9 dans l\u2019espace \u00e0 300 km\/h, la vitesse apparente du temps vaut pour moi 1,2 s\/hm, soit 12 s\/km. Si le TGV ralentit et roule d\u00e9sormais \u00e0 200 km\/h, le temps apparent, quant \u00e0 lui, a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 et il galope maintenant \u00e0 18 s\/km : plus j\u2019avance vite, plus le temps semble avancer lentement par unit\u00e9 de distance et <em>vice versa<\/em>. La vitesse apparente du temps, inverse de la vitesse du train, n\u2019est autre que la consommation temporelle par kilom\u00e8tre. La relativit\u00e9 des vitesses du train et du temps s\u2019exprime on ne peut plus clairement dans cet \u00e9merveillement d\u2019un passager :<\/p>\n<p>\u2013 Quoi, il est seulement 9h08 et le TGV entre d\u00e9j\u00e0 en gare Montparnasse\u00a0! Quelle performance de vitesse ! C\u2019est \u00e0 croire que les horloges ont ralenti depuis notre d\u00e9part \u00e0 7h en gare de Bordeaux Saint-Jean\u00a0!<\/p>\n<p>Descendons maintenant du TGV pour nous projeter hardiment dans une ascension de l\u2019Everest, par la voie n\u00e9palaise. L\u2019espace pertinent pour suivre le mouvement de notre cord\u00e9e est l\u2019\u00e9chelle des altitudes, s\u2019\u00e9tageant d\u2019environ 5 400 m au camp de base \u00e0 8 800\u00a0m au sommet. La consommation de temps, tout comme celle d\u2019oxyg\u00e8ne, n\u2019est pas homog\u00e8ne au fil de l\u2019ascension. Notamment, les derni\u00e8res centaines de m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9e seront sensiblement plus p\u00e9nibles \u00e0 gravir, et donc plus chronophages que les . Les passages les plus ardus laisseront \u00ab\u00a0filer le temps\u00a0\u00bb, tandis que d\u2019autres, plus ais\u00e9s, contiendront davantage sa course. Mesur\u00e9e en termes de dur\u00e9e r\u00e9elle consomm\u00e9e par m\u00e8tre d\u2019\u00e9l\u00e9vation, la vitesse apparente du temps augmente lorsque les grimpeurs progressent plus lentement et elle diminue lorsqu\u2019ils progressent plus rapidement. \u00c9coutons plut\u00f4t ces t\u00e9moignages \u00e9loquents, recueillis sur le vif\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 A\u00efe\u00a0! D\u00e9j\u00e0 5h du matin\u00a0? Comme la nuit a pass\u00e9 vite\u00a0! Il nous aura fallu plus de cinq heures pour traverser les 300 petits m\u00e8tres de la cascade de glace du Khumbu\u00a0!<\/p>\n<p>\u2013 Waouh\u00a0! On approche du col Sud et le camp IV est d\u00e9j\u00e0 en vue\u00a0! \u00c0 peine trois heures depuis le camp III pour franchir l\u2019\u00c9peron des Genevois et la Bande jaune\u00a0! Nous n\u2019avons vraiment pas tra\u00een\u00e9\u2026 ou alors, c\u2019est le temps qui ne s\u2019est pas press\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>\u2013 Apr\u00e8s deux heures d\u2019effort pour douze m\u00e8tres d\u2019escalade, nous voici \u00e0 peine d\u00e9gag\u00e9s du ressaut Hillary. Le temps file \u00e0 toute allure\u00a0! Atteindrons-nous le sommet\u00a0?<\/p>\n<h3><strong>Asym\u00e9trie entre l\u2019espace et le temps<\/strong><\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de la relation d\u2019inversion entre la vitesse d\u2019un mobile lanc\u00e9 dans l\u2019espace et la vitesse apparente du temps pour un occupant de ce mobile, le rapport entre l\u2019espace et le temps est empreint d\u2019une asym\u00e9trie essentielle. En termes de cha\u00eene alimentaire, c\u2019est en effet l\u2019espace qui mange le temps, et non pas l\u2019inverse. Parcourir l\u2019espace prend n\u00e9cessairement du temps et suppose habituellement le choix pr\u00e9alable d\u2019une destination. En revanche, parcourir le temps \u2013 pourvu, bien s\u00fbr, que ce soit du pass\u00e9 vers le futur\u00a0! \u2013, non seulement n\u2019exige aucune consommation de ressource d\u2019espace, mais encore se produit in\u00e9luctablement, ind\u00e9pendamment de notre volont\u00e9, en \u00e9chappant totalement \u00e0 notre libert\u00e9 d\u2019action.<\/p>\n<p>Paul Auster, faisant mentir Am\u00e9lie Nothomb, illustre magistralement cette id\u00e9e d\u2019un temps perceptible hors de tout d\u00e9placement physique. Un de ses personnages, Auggie Wren, apparaissant dans la nouvelle <em>Auggie Wren\u2019s Christmas Story<\/em> et dans le film <em>Smoke<\/em>, met \u00e0 ex\u00e9cution un \u00e9trange projet photographique\u00a0: prendre chaque jour, \u00e0 la m\u00eame heure, un clich\u00e9 de l\u2019angle de rue sur lequel s\u2019ouvre sa petite \u00e9choppe de cigares. Il classe ses photos par ordre chronologique et, au bout de douze ans, il a ainsi compos\u00e9 douze albums repr\u00e9sentant chacun une ann\u00e9e de travail. Feuilleter ces albums est pour lui comme contempler le temps qui passe \u00e0 l\u2019\u00e9tat brut, sans qu\u2019il ait \u00e0 en consommer une seule once pour se d\u00e9placer dans l\u2019espace. Alors que certains sillonnent le monde en laissant une forte empreinte spatiale (et carbone\u00a0!), lui s\u2019abandonne \u00e0 un bain de temps pur, en un seul et m\u00eame lieu. Il y voit couler l\u2019eau du temps, au gr\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements que ses albums lui laissent deviner\u00a0: tel familier du quartier dispara\u00eet un jour d\u00e9finitivement des images\u00a0; telle personne, au contraire jusque-l\u00e0 invisible, fait son apparition\u00a0; tel jeune couple qui, sur les premi\u00e8res photos s\u2019embrasse, sur les suivantes pousse un landau\u2026<\/p>\n<p>Une formule ramass\u00e9e traduit \u00e0 la perfection l\u2019asym\u00e9trie de l\u2019espace et du temps\u00a0:<\/p>\n<p><em>L\u2019espace est grand et le temps est petit.<\/em><\/p>\n<p>Pour d\u00e9coder cet \u00e9nonc\u00e9 lapidaire, imaginez que vous ayez rendez-vous et qu\u2019il vous manque une de ces deux informations critiques\u00a0: soit la date, soit le lieu. Si vous savez o\u00f9 mais ne savez quand, il vous suffit de vous rendre au lieu convenu, au prix d\u2019une certaine consommation de temps, ma\u00eetrisable. \u00c0 la seule condition que vous arriviez en avance, il ne vous restera plus qu\u2019\u00e0 attendre sur place et votre contact vous y rejoindra, \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre. En revanche, si vous savez quand mais ne savez o\u00f9, alors vous manquerez quasi-certainement votre rendez-vous, apr\u00e8s avoir explor\u00e9 l\u2019espace en tous sens, emport\u00e9 par la qu\u00eate d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de retrouver votre contact quelque part, au prix d\u2019une d\u00e9pense temporelle incontr\u00f4l\u00e9e\u00a0! Seul un ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab\u00a0focalisation\u00a0\u00bb est susceptible de vous sauver la mise\u00a0: s\u2019il s\u2019agit par exemple de retrouver un \u00eatre cher, alors il existe un lieu infiniment plus probable que tout autre\u00a0: celui de votre premi\u00e8re rencontre\u00a0!<\/p>\n<h3><strong>Temps et changement<\/strong><\/h3>\n<p>Un mouvement dans l\u2019espace physique n\u2019est qu\u2019un cas particulier d\u2019une notion beaucoup plus g\u00e9n\u00e9rale\u00a0: le \u00ab\u00a0changement\u00a0\u00bb. Cette notion peut \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e de mani\u00e8re rigoureuse en raisonnant sur un espace abstrait, descriptible par une collection \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9tats\u00a0\u00bb. Le lien entre temps et changement est d\u00e8s lors \u00e9tabli\u00a0: au sein de l\u2019espace abstrait, transiter d\u2019un \u00e9tat vers un autre r\u00e9clame du temps. Selon ce sch\u00e9ma conceptuel \u00e9largi, le temps appara\u00eet comme le \u00ab\u00a0carburant\u00a0\u00bb du changement, comme la ressource indispensable \u00e0 toute transition. Dans le cas o\u00f9 l\u2019espace abstrait se confond avec l\u2019espace concret, un \u00e9tat s\u2019identifie \u00e0 une localisation physique et un changement d\u2019\u00e9tat correspond \u00e0 un d\u00e9placement ordinaire. Consid\u00e9rons maintenant un espace alternatif complexe\u00a0: celui des \u00e9tats de mon ordinateur\u00a0!<\/p>\n<p>Au cours d\u2019une mise \u00e0 jour, le syst\u00e8me d\u2019exploitation entreprend une s\u00e9rie de t\u00e2ches \u00e9l\u00e9mentaires, menant la machine d\u2019un \u00e9tat informatique vers un autre. Le degr\u00e9 d\u2019avancement de ce processus, chiffr\u00e9 sur une \u00e9chelle s\u2019\u00e9tendant de 0 % \u00e0 100 %, est figur\u00e9 sur l\u2019\u00e9cran par le d\u00e9ploiement d\u2019une barrette lumineuse. Le cartouche dans lequel d\u00e9file cette barrette manifeste visuellement l\u2019espace des \u00e9tats. Tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ralement, la progression n\u2019est pas r\u00e9guli\u00e8re : passer de l\u2019\u00e9tat \u00ab\u00a054 % r\u00e9alis\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9tat \u00ab\u00a055 % r\u00e9alis\u00e9\u00a0\u00bb peut parfois consommer deux fois plus de temps que passer de 0 % \u00e0 30 %. Qui n\u2019en a jamais fait l\u2019exp\u00e9rience stressante\u00a0?<\/p>\n<p>\u00c0 des intervalles d\u2019\u00e9gales mesures dans l\u2019espace des \u00e9tats, que ce dernier soit l\u2019espace r\u00e9el, comme dans le cas de l\u2019ascension himalayenne, ou un espace virtuel, comme dans le cas de la mise \u00e0 jour informatique\u00a0, correspondent le plus souvent des intervalles de dur\u00e9es in\u00e9gales sur la ligne du temps naturel. Au voisinage d\u2019un \u00e9tat donn\u00e9, tout se passe comme si l\u2019espace des \u00e9tats se montrait plus ou moins \u00ab\u00a0r\u00e9sistant\u00a0\u00bb au changement, la consommation temporelle instantan\u00e9e \u00e9tant l\u2019indicateur de cette r\u00e9sistance. Plus la r\u00e9sistance est forte, plus la consommation temporelle est intense, plus le temps d\u00e9file vite aux yeux de l\u2019alpiniste ou \u00e0 ceux, imaginaires, du processeur informatique\u00a0: une grande p\u00e9riode de temps s\u2019\u00e9coule au regard de la modeste progression du grimpeur ou du processeur, figurant celle de leurs temps propres.<\/p>\n<p>Inversement, pour un observateur ext\u00e9rieur, les yeux riv\u00e9s sur une barrette informatique qui semble ne pas vouloir avancer, le temps para\u00eet faire du surplace, allant jusqu\u2019\u00e0 faire na\u00eetre l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 qu\u2019il ne se bloque \u00e0 jamais\u00a0! D\u2019o\u00f9 provient ce paradoxe d\u2019un temps tout \u00e0 la fois rapide, pour un ordinateur qui travaille, et lent pour celui qui le regarde travailler\u00a0? C\u2019est que l\u2019observ\u00e9 et l\u2019observateur sont stimul\u00e9s par des flux directeurs radicalement oppos\u00e9s : s\u2019il \u00e9tait dot\u00e9 d\u2019une conscience, l\u2019observ\u00e9, concentr\u00e9 sur la r\u00e9alisation du tr\u00e8s grand nombre de micro-op\u00e9rations d\u00e9licates qui jalonnent son temps propre, ne sentirait pas d\u00e9filer le temps naturel qui lui semblerait donc passer vite\u00a0; tandis que l\u2019observateur, passif et press\u00e9 de voir l\u2019aboutissement d\u2019une activit\u00e9 laborieuse sur laquelle il n\u2019a pas de prise, s\u2019alarme de la lente progression qu\u2019il visualise \u00e0 l\u2019\u00e9cran et ressent le temps comme terriblement lent.<\/p>\n<p>De cette analyse, il ressort que si le temps \u00ab\u00a0objectif\u00a0\u00bb est unique et se confond avec le temps naturel, c\u2019est-\u00e0-dire le temps de la Nature, il donne lieu en revanche \u00e0 de multiples perceptions subjectives, selon qui le ressent et dans quelles circonstances (<em>cf.<\/em> tableau).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6184\" src=\"http:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/ncf4.png\" alt=\"\" width=\"947\" height=\"365\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/ncf4.png 947w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/ncf4-300x116.png 300w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/ncf4-600x231.png 600w\" sizes=\"(max-width: 947px) 100vw, 947px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Tableau. Le temps naturel des horloges <em>versus<\/em> plusieurs temps ressentis<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><strong>Chrono-perception et accumulation exp\u00e9rientielle<\/strong><\/h3>\n<p>Toute temporalit\u00e9 ressentie peut \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 un espace d\u2019\u00e9tats particulier. Les \u00e9tats de cet espace sont des m\u00e9ta-instants et les distances entre ces m\u00e9ta-instants sont des m\u00e9ta-dur\u00e9es. Percevoir psychologiquement le passage du temps naturel, c\u2019est consommer des dur\u00e9es r\u00e9elles pour traverser des m\u00e9ta-dur\u00e9es, autrement dit pour se d\u00e9placer dans l\u2019espace du temps ressenti. \u00c0 un tel d\u00e9placement correspond un changement dans le champ psychique, une transition n\u00e9cessitant un incontournable ingr\u00e9dient\u00a0: le temps naturel.<\/p>\n<p>De cette conceptualisation spatiale du temps ressenti, il ressort que Auggie Wren, le photographe \u00ab\u00a0st\u00e9r\u00e9otypiste\u00a0\u00bb de Paul Auster, \u00e0 d\u00e9faut de se d\u00e9placer physiquement, puisqu\u2019il reste \u00e0 demeure devant sa boutique, se d\u00e9place virtuellement en observant des changements dans l\u2019espace fictif que d\u00e9finissent les \u00ab\u00a0\u00e9tats\u00a0\u00bb successifs de son angle de rue, saisis \u00e0 intervalles r\u00e9guliers par son appareil. Auggie est exactement dans la m\u00eame position d\u2019observateur que le touriste scrutant l\u2019\u00e9volution d\u2019une cord\u00e9e sur une paroi rocheuse ou que l\u2019utilisateur informatique surveillant l\u2019avancement d\u2019une mise \u00e0 jour logicielle. La temporalit\u00e9 qu\u2019il ressent est induite par un flux directeur, \u00e0 savoir les tribulations des acteurs du roman photo que portent ses albums, le roman du temps qui passe. D\u2019une page d\u2019album \u00e0 la suivante, le temps peut sembler se pr\u00e9cipiter aux yeux d\u2019Auggie, si la pellicule r\u00e9v\u00e8le plusieurs faits nouveaux dignes d\u2019int\u00e9r\u00eat\u00a0; ou bien au contraire marquer le pas si, \u00e0 quelques d\u00e9tails insignifiants pr\u00e8s les photos se ressemblent.<\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience d\u2019Auggie nous ouvre la voie d\u2019une compr\u00e9hension plus globale de la chrono-perception. Selon le contexte, notre subjectivit\u00e9 a la capacit\u00e9 \u2013 parfois souffrance endur\u00e9e, parfois plaisir recherch\u00e9\u00a0\u2013, de l\u00e2cher la bride du temps ou de la tenir au contraire.\u00a0 Dans le premier cas, d\u2019\u00e9gales dur\u00e9es ressenties consomment de plus en plus de temps naturel, qui semble donc acc\u00e9l\u00e9rer, tandis que d\u2019\u00e9gales dur\u00e9es r\u00e9elles produisent de moins en moins de temps ressenti, qui donc se contracte selon un profil concave de chrono-perception compressive. Il en va inversement dans le second cas\u00a0: d\u2019\u00e9gales dur\u00e9es ressenties consomment de moins en moins de temps naturel, qui semble donc ralentir, tandis que d\u2019\u00e9gales dur\u00e9es r\u00e9elles produisent de plus en plus de temps ressenti, qui donc s\u2019\u00e9tire selon un profil convexe de chrono-perception expansive.<\/p>\n<p>Compl\u00e9tons ce tableau, en y introduisant la notion de flux directeur. Selon notre postulat fondamental, un temps per\u00e7u comme acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 (ralenti) est la cons\u00e9quence d\u2019un flux directeur croissant (d\u00e9croissant), c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une amplification (mod\u00e9ration) de l\u2019accumulation exp\u00e9rientielle. Il est important de bien noter le contraste des formes entre le profil de chrono-perception, respectivement compressif ou expansif, et l\u2019accumulation exp\u00e9rientielle, respectivement amplifi\u00e9e ou mod\u00e9r\u00e9e\u00a0: quand le graphe de croissance de l\u2019une de ces grandeurs est concave, celui de l\u2019autre est convexe (<em>cf<\/em>.\u00a0Figure). Qui surfe sans mod\u00e9ration la vague exp\u00e9rientielle \u00e9touffe la dur\u00e9e\u00a0; qui navigue pos\u00e9ment en eau calme lib\u00e8re la dur\u00e9e\u00a0!<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6183\" src=\"http:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/ncf5.png\" alt=\"\" width=\"1066\" height=\"628\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/ncf5.png 1066w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/ncf5-300x177.png 300w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/ncf5-1024x603.png 1024w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/ncf5-600x353.png 600w\" sizes=\"(max-width: 1066px) 100vw, 1066px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Figure. Chrono perception et accumulation exp\u00e9rientielle<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le contemplatif, le patient, le zen, l\u2019oisif, ou encore le \u00ab\u00a0vieux\u00a0\u00bb de l\u2019adage, mod\u00e8rent l\u2019accumulation de leurs exp\u00e9riences <em>via<\/em> la d\u00e9croissance de leur flux directeur\u00a0; cultivant la qui\u00e9tude, ils sont adeptes d\u2019une r\u00e9duction de leur chrono-consommation, d\u2019un ralentissement apparent du temps et d\u2019un \u00e9tirement des dur\u00e9es ressenties. Le press\u00e9, l\u2019impatient, le <em>speed<\/em>, l\u2019hyperactif, ou encore le \u00ab\u00a0jeune\u00a0\u00bb de l\u2019adage, amplifient au contraire l\u2019accumulation de leurs exp\u00e9riences <em>via<\/em> la croissance de leur flux directeur\u00a0; en qu\u00eate d\u2019aventure, ils go\u00fbtent un accroissement de leur chrono-consommation, une acc\u00e9l\u00e9ration apparente du temps et une contraction des dur\u00e9es ressenties.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">****<\/p>\n<p>\u00c0 ce stade, nous avons d\u00e9j\u00e0 significativement progress\u00e9 dans notre entreprise, sans doute autant qu\u2019il est possible de mani\u00e8re informelle, sans math\u00e9matisation. Une relative difficult\u00e9 \u00e0 d\u00e9sembrouiller les paradoxes et \u00e0 construire des raisonnements non contradictoires nous a donn\u00e9 toute la mesure du constat augustinien\u00a0: rien n\u2019est moins simple que r\u00e9fl\u00e9chir sur le temps tout en \u00e9vitant que la pens\u00e9e ne se mette \u00e0 tourner en rond, entra\u00een\u00e9e dans le cercle vicieux du \u00ab\u00a0plus je me demande ce qu\u2019est le temps, moins je le sais\u00a0!\u00a0\u00bb. Voici un r\u00e9sum\u00e9 de nos principaux acquis, en cinq points\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Un changement de calendrier n\u2019alt\u00e8re pas la chrono-perception.<\/li>\n<li>Le temps naturel est unique, les temps ressentis sont multiples.<\/li>\n<li>Postulat fondamental\u00a0: quand le flux directeur des \u00e9v\u00e8nements et des exp\u00e9riences s\u2019accro\u00eet, le temps semble passer plus vite\u00a0; quand ce flux d\u00e9cro\u00eet, le temps semble passer plus lentement.<\/li>\n<li>Quand le flux directeur s\u2019accro\u00eet, c\u2019est-\u00e0-dire quand le rythme de l\u2019accumulation exp\u00e9rientielle s\u2019amplifie, les dur\u00e9es ressenties se contractent ; quand le flux directeur d\u00e9cro\u00eet, c\u2019est-\u00e0-dire quand le rythme de l\u2019accumulation exp\u00e9rientielle se mod\u00e8re, les dur\u00e9es ressenties s\u2019\u00e9tirent.<\/li>\n<li>Pour d\u00e9terminer le sens des variations de la vitesse apparente du temps (sans commettre d\u2019erreur ni devenir fou), il faut pr\u00e9alablement se poser trois questions\u00a0: qui est le sujet chrono-percevant, quel est son flux directeur, ce flux est-il croissant ou d\u00e9croissant\u00a0? Entra\u00eenez-vous\u00a0!<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il reste maintenant \u00e0 construire en bonne et due forme une th\u00e9orie de la chrono-perception, que les trois \u00e9pisodes de cette minis\u00e9rie ont abord\u00e9e d\u2019une mani\u00e8re, certes rigoureuse, mais qualitative. \u00c0 cet effet, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 Henri Bergson qui ne cachait gu\u00e8re son scepticisme face \u00e0 une telle ambition, nous b\u00e9n\u00e9ficions d\u2019un s\u00e9rieux avantage sur Saint-Augustin\u00a0: celui que nous procurent les progr\u00e8s depuis accomplis en mati\u00e8re de g\u00e9om\u00e9trie, d\u2019alg\u00e8bre et d\u2019analyse ! Le lecteur int\u00e9ress\u00e9 pourra prochainement acc\u00e9der \u00e0 ces d\u00e9veloppements sur mon site <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"http:\/\/ncurien.fr\">http:\/\/ncurien.fr<\/a><\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Mots-cl\u00e9s : temps &#8211; espace &#8211; vitesse apparente &#8211; changement &#8211; Saint-Augustin &#8211; Paul Auster<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qu\u2019est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais. Mais si on me le demande et que je veuille l\u2019expliquer, alors je ne sais plus. 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