{"id":6151,"date":"2021-10-14T07:20:11","date_gmt":"2021-10-14T05:20:11","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=6151"},"modified":"2021-10-14T07:48:50","modified_gmt":"2021-10-14T05:48:50","slug":"a-nouveau-faut-il-se-soucier-de-la-dette-publique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=6151","title":{"rendered":"\u00c0 nouveau, faut-il se soucier de la dette publique ?"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"Aucun\">Le poids croissant de la dette publique est devenu le grand d\u00e9bat de politique macro\u00e9conomique du moment. C\u2019est le cas en France o\u00f9, suite au choc Covid, le ratio dette publique sur PIB atteint 120 %, et aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 les souhaits budg\u00e9taires du pr\u00e9sident Biden pourraient le porter plus haut encore. Selon certains, la dette serait sur un chemin incontr\u00f4lable et les g\u00e9n\u00e9rations futures nous reprocheront am\u00e8rement notre prodigalit\u00e9. Mais d\u2019autres r\u00e9pondent que la dette peut se financer toute seule dans le contexte de taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat extr\u00eamement bas que nous connaissons aujourd\u2019hui.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"Aucun\">Ce dernier discours se rattache \u00e0 <\/span><span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/youtube.com\/watch?v=7S59IjnUYdg\"><span class=\"Hyperlink0\">la d\u00e9sormais c\u00e9l\u00e8bre intervention<\/span><\/a><\/span><span class=\"Aucun\"> que fit Olivier Blanchard devant l\u2019Association am\u00e9ricaine d\u2019\u00e9conomie. On \u00e9tait en 2019, avant la crise Covid. Depuis lors, Blanchard est devenu un peu moins assur\u00e9 et fait partie des \u00e9conomistes qui ont jug\u00e9 excessif le plan de relance de Biden. <\/span><\/p>\n<p><span class=\"Aucun\">Que dit Blanchard ? Il part d\u2019une observation simple sur la dynamique de la dette dont le poids dans le PIB d\u00e9pend crucialement de deux variables, son taux d\u2019int\u00e9r\u00eat <i>r<\/i> et le taux de croissance nominal <i>g<\/i> de l\u2019\u00e9conomie. Si le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat est inf\u00e9rieur \u00e0 la croissance (<i>r &lt; g<\/i>), le poids de la dette va diminuant tant que le d\u00e9ficit public reste contenu. En effet, une dette qui ne donne lieu \u00e0 aucun remboursement ni augmentation de son principal ne cro\u00eet que du jeu de la capitalisation de ses int\u00e9r\u00eats, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 un rythme \u00e9gal \u00e0 <i>r<\/i>. Le ratio dette\/PIB s\u2019accro\u00eet alors par le num\u00e9rateur au rythme <i>r<\/i>, mais d\u00e9cro\u00eet davantage, via le d\u00e9nominateur, au rythme <i>g.<\/i> On peut m\u00eame s\u2019autoriser un certain d\u00e9ficit public sans que le ratio s\u2019accroisse, et ce d\u00e9ficit acceptable sera d\u2019autant plus grand que le niveau de la dette dans le PIB est \u00e9lev\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"Aucun\">C\u2019est vrai pour l\u2019\u00c9tat, c\u2019est vrai pour toute entreprise. Le directeur financier qui voudrait conserver un ratio constant entre sa dette et ses actifs au bilan serait, si jamais <i>r &lt; g,<\/i> \u00ab\u00a0oblig\u00e9\u00a0\u00bb de contracter sans cesse de nouveaux emprunts pour investir ou pour rendre de l\u2019argent aux actionnaires. Son flux de tr\u00e9sorerie (apr\u00e8s dividende) serait constamment n\u00e9gatif sans que l\u2019entreprise s\u2019en porte plus mal.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"Aucun\">Or, surprise, c\u2019est bien cette configuration heureuse qu\u2019on observe sur longue p\u00e9riode aux \u00c9tats-Unis, entre 1950 et aujourd&rsquo;hui\u00a0: le taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat effectif de la dette publique<a name=\"_ftnref1\"><\/a> (trait bleu dans le graphique qui suit) a \u00e9t\u00e9 presque toujours inf\u00e9rieur au taux de croissance nominal de l\u2019\u00e9conomie (trait rouge). Il en irait de m\u00eame, \u00e0 un moindre degr\u00e9, dans la plupart des pays d\u2019Europe, dont la France.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6153\" src=\"http:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/i1-1.jpg\" alt=\"\" width=\"824\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/i1-1.jpg 824w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/i1-1-300x122.jpg 300w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/i1-1-600x245.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 824px) 100vw, 824px\" \/><\/p>\n<p>O\u00f9 est le probl\u00e8me alors\u00a0? Si le pass\u00e9 \u00e9claire le futur, toute dette publique se remboursera d\u2019elle-m\u00eame, si grosse soit-elle, sans qu\u2019il soit n\u00e9cessaire de lever d\u2019imp\u00f4t ou r\u00e9duire les d\u00e9penses. Il suffit d\u2019\u00eatre patient. Il y a eu un choc en 2008, un nouveau choc en 2020, mais, foin de tout alarmisme, la dette reprendra apr\u00e8s ces bonds sa route obstin\u00e9e de d\u00e9croissance lente en proportion du PIB.<\/p>\n<h3><strong>L\u2019endettement public peut m\u00eame hausser le bien-\u00eatre commun<\/strong><\/h3>\n<p>Blanchard va plus loin\u00a0: dans cette configuration, non seulement l\u2019endettement public n\u2019est pas un probl\u00e8me financier, mais il joue favorablement sur le bien-\u00eatre collectif. L\u2019intuition est simple. Les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9sentes profitent de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 budg\u00e9taire, avec un co\u00fbt pour les g\u00e9n\u00e9rations futures qui feront face \u00e0 une dette publique plus importante. Mais qu\u2019importe pour ces derni\u00e8res si, beaucoup plus riches que leurs parents, la dette p\u00e8se moins pour elles en proportion. Et ceci reste vrai si la d\u00e9pense publique ne nourrit pas l\u2019investissement et est totalement consomm\u00e9e, comme l\u2019est par exemple un syst\u00e8me de retraite par r\u00e9partition ou le gros de l\u2019aide sociale, allant au total des jeunes vers les vieux.<\/p>\n<p>C\u2019est ici l\u2019occasion de r\u00e9gler son compte \u00e0 un sophisme trop souvent entendu, par lequel \u00ab\u00a0en cas de d\u00e9ficit public, la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9sente renvoie la dette \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration qui suit\u00a0\u00bb. Si l\u2019\u00c9tat s\u2019endette aujourd&rsquo;hui, c\u2019est qu\u2019il y a, aujourd&rsquo;hui et non demain, des gens qui acceptent, en pr\u00eatant \u00e0 l\u2019\u00c9tat, d\u2019\u00e9pargner plut\u00f4t que de consommer et qui le font pour transf\u00e9rer dans le futur leurs ressources, y compris pour leurs enfants\u00a0; et ces gens sont contents de trouver de la dette publique pour s\u2019occuper du transport (ce qu\u2019on appelle la liquidit\u00e9). Le camion qu\u2019est l\u2019\u00e9pargne voyage dans les deux dimensions que sont le temps et l\u2019espace, avec un risque en principe nul s\u2019il s\u2019agit d\u2019une dette publique. La dette financi\u00e8re, comme la cr\u00e9ance qui lui fait face, n\u2019est toujours et partout que le transfert d\u2019une poche \u00e0 l\u2019autre de droits sur une richesse qui reste identique en premi\u00e8re approche. C\u2019est ce qui distingue cette dette de la dette \u00e9cologique, quand la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9sente abuse de ressources \u00e9puisables\u00a0et spolie les g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n<p>On note \u00e0 cette occasion que la dette publique rend un service de liquidit\u00e9 essentiel, qui est d\u2019ailleurs factur\u00e9 aux m\u00e9nages par une baisse du taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat sur cette dette. Une \u00e9conomie sans une dette publique significative fonctionnerait aujourd\u2019hui nettement moins bien.<\/p>\n<h3><strong>Quelles sont les limites du raisonnement\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>Blanchard les signale lui-m\u00eame en grande partie. Il lui faut prendre en compte d&rsquo;abord un rendement du capital priv\u00e9 sup\u00e9rieur en g\u00e9n\u00e9ral au taux dit sans risque auquel se finance l\u2019\u00c9tat. Si l\u2019\u00c9tat ponctionne l\u2019\u00e9pargne priv\u00e9e par ses emprunts, c\u2019est souvent au d\u00e9triment de l\u2019investissement priv\u00e9 d\u2019aujourd&rsquo;hui. Il s\u2019agit d\u2019un manque \u00e0 gagner pour la g\u00e9n\u00e9ration future. Par exemple, si ce rendement du capital est de 6 % et le taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la dette publique de 0,15 %, comme c\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s le cas aujourd\u2019hui en France, c\u2019est bien un \u00e9cart de rendement de pr\u00e8s de 6 points qui est perdu pour la g\u00e9n\u00e9ration future (et de fa\u00e7on in\u00e9galitaire, car les riches gardent leur plein acc\u00e8s au capital priv\u00e9). Cet \u00e9cart, indique Blanchard, ne correspond qu\u2019en partie \u00e0 un surcro\u00eet de risque.<\/p>\n<p>Il faut donc peser deux effets de sens contraire\u00a0sur le bien-\u00eatre : un effet positif de l\u2019endettement public \u00e0 favoriser le revenu des moins riches g\u00e9n\u00e9rations d\u2019aujourd&rsquo;hui et un effet n\u00e9gatif \u00e0 faire perdre en opportunit\u00e9s de revenu par un meilleur usage de l\u2019\u00e9pargne. Blanchard fait ses simulations et conclut \u2013 avec prudence \u2013 que le bilan reste positif.<\/p>\n<p>Une deuxi\u00e8me limite est la nature de la d\u00e9pense publique. Si elle est \u00ab\u00a0non productive\u00a0\u00bb, il n\u2019y a pas forc\u00e9ment perte de bien-\u00eatre, on l\u2019a vu, mais le taux de croissance de l\u2019\u00e9conomie est quand m\u00eame p\u00e9nalis\u00e9. Si elle est cr\u00e9atrice de valeur \u2013 d\u2019une valeur sociale certes difficile \u00e0 mesurer \u2013, on en revient \u00e0 un calcul d\u2019entreprise\u00a0: peu importe la dette tant que son taux de rendement d\u00e9passe son co\u00fbt, un rendement social qui participe \u00e0 la croissance d\u2019ensemble de l\u2019\u00e9conomie et en retour \u00e0 la collecte d\u2019imp\u00f4ts. L\u2019efficacit\u00e9 de la d\u00e9pense publique importe donc au plus haut point. Et c\u2019est l\u00e0 que peut s\u2019enclencher un cercle vicieux : la facilit\u00e9 \u00e0 lever la dette et \u00e0 la rembourser, de m\u00eame que la facilit\u00e9 \u00e0 la d\u00e9cr\u00e9ter socialement rentable, facilite pr\u00e9cis\u00e9ment la mauvaise surveillance et donc la mauvaise d\u00e9pense. C\u2019est ce qui peut conduire \u00e0 un point o\u00f9 l\u2019investisseur n\u2019accepte de prendre la dette publique qu\u2019\u00e0 un taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9, battant en br\u00e8che l\u2019in\u00e9galit\u00e9 de d\u00e9part.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me limite apparait en poussant le raisonnement \u00e0 l\u2019extr\u00eame. Si tout d\u00e9ficit est autofinan\u00e7able, eh bien, allons-y et supprimons les imp\u00f4ts, le financement de l\u2019\u00c9tat ne se faisant plus que par dette. Mais on oublie au passage le c\u00f4t\u00e9 de la demande\u00a0: les investisseurs vont-ils accepter de placer une part croissante de leur \u00e9pargne en titres publics et au m\u00eame taux, au-del\u00e0 de cette frange d\u2019institutions financi\u00e8res oblig\u00e9e r\u00e9glementairement de placer en de tels titres\u00a0? M\u00eame si l\u2019on est bien en peine de d\u00e9finir quelle est la limite (apr\u00e8s tout, le Japon a un ratio dette sur PIB de 240 %), la r\u00e9ponse est non, le taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat va monter. Il peut m\u00eame le faire tr\u00e8s brutalement, de sorte qu\u2019on est face \u00e0 deux \u00e9quilibres\u00a0: l\u2019un de sagesse o\u00f9 le taux r\u00e9el de la dette reste tr\u00e8s bas, l\u2019autre o\u00f9 le taux devient volcanique et o\u00f9 l\u2019\u00c9tat est en cessation de paiement ou bien cherche la fuite dans l\u2019hyperinflation.<\/p>\n<h3><strong>L\u2019argument de la Th\u00e9orie Mon\u00e9taire Moderne<\/strong><\/h3>\n<p>Venue des \u00c9tats-Unis sous le nom de Modern Monetary Theory et popularis\u00e9e par Stephanie Kelton <a href=\"http:\/\/www.editionslesliensquiliberent.fr\/livre-Le_mythe_du_d%2525C3%2525A9ficit-9791020909732-1-1-0-1.html\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\">dans un livre r\u00e9cemment traduit en fran\u00e7ais<\/span><\/span>,<\/a> la proposition tient enti\u00e8re dans le titre du livre\u00a0: \u00ab Le Mythe du d\u00e9ficit \u00bb. On en lira une critique au final assez pond\u00e9r\u00e9e dans le <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/henri-sterdyniak\/blog\/170321\/propos-de-l-ouvrage-de-stephanie-kelton-le-mythe-du-deficit\">blog de Henri Sterdyniak<\/a><\/span>.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019argument pr\u00e9c\u00e9dent de l\u2019innocuit\u00e9 de la dette dans les conditions mon\u00e9taires actuelles, S. Kelton ajoute l\u2019id\u00e9e de son financement par la banque centrale, ceci afin de ne pas peser sur l\u2019\u00e9pargne priv\u00e9e qui doit aller \u00e0 l\u2019investissement. La dette publique deviendrait une dette mon\u00e9taire. (C\u2019est un peu plus compliqu\u00e9 en zone euro o\u00f9 la BCE n\u2019est pas un appendice d\u2019un \u00c9tat national, mais a une autorit\u00e9 supranationale). Des voix en France vont dans le sens de cette proposition, prenant pr\u00e9texte du d\u00e9fi \u00e9cologique. C\u2019est le cas d\u2019Alain Grandjean et Nicolas Dufresne <a href=\"https:\/\/alaingrandjean.fr\/2020\/02\/13\/livre-monnaie-ecologique-nicolas-dufrene-alain-grandjean\/\"><span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\">avec leur livre \u00ab\u00a0Une monnaie \u00e9cologique<\/span>\u00a0<\/a>\u00bb que critique, s\u00e9v\u00e8rement cette fois, le m\u00eame <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/henri-sterdyniak\/blog\/021220\/pour-en-finir-avec-la-pensee-monetaire-magique-38\">H. Sterdyniak<\/a><\/span>.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e est que la banque centrale finance le d\u00e9ficit, soit par rachat de titres, soit directement par des avances au Tr\u00e9sor. Cela a \u00e9videmment un effet inflationniste si jamais l\u2019\u00e9conomie est au plein emploi. Mais, nous dit Kelton, il est temps alors d\u2019op\u00e9rer un freinage en accroissant les imp\u00f4ts. En quelque sorte, l\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur est le financement mon\u00e9taire, le frein les imp\u00f4ts, et voil\u00e0 comment on conduit la voiture.<\/p>\n<p>La pr\u00e9conisation est dangereuse\u00a0car elle ignore les anticipations et les effets d\u2019inertie de l\u2019\u00e9conomie. Qu\u2019un d\u00e9ficit public relance l\u2019activit\u00e9 ou emp\u00eache sa chute est une banalit\u00e9 en p\u00e9riode de sous-emploi, comme l\u2019a encore attest\u00e9 le r\u00e9cent plan gouvernemental face \u00e0 la pand\u00e9mie\u00a0; mais qu\u2019on puisse en un instant arr\u00eater la machine d\u00e8s qu\u2019on arrive au plein-emploi ou d\u00e8s que pointe une menace inflationniste est une illusion, d\u2019autant plus qu\u2019on ne mesure qu\u2019imparfaitement l\u2019\u00e9cart d\u2019une \u00e9conomie au plein-emploi et la diff\u00e9rence entre une pouss\u00e9e ponctuelle sur les prix et une inflation structurelle (c\u2019est le cas en cette fin 2021 avec les rationnements qui affectent les \u00e9conomies et la mont\u00e9e du prix de l\u2019\u00e9nergie\u00a0: inflation renaissante ou choc ponctuel vite r\u00e9sorb\u00e9\u00a0?). \u00c0 ce propos, certains \u00e9conomistes ne seraient pas oppos\u00e9s \u00e0 ce que cette bouff\u00e9e de hausse des prix se cristallise en une inflation v\u00e9ritable, contr\u00f4l\u00e9e toutefois. Car, cela semble pour eux l\u2019issue unique au probl\u00e8me d\u2019endettement souverain que vit l\u2019\u00e9conomie mondiale en ce moment. Partant d\u2019une probl\u00e9matique quelque peu diff\u00e9rente, Charles Goodhart et Manoj Pradhan dans leur r\u00e9cent livre \u00ab <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.finance-gestion.com\/vox-fi\/lecture-de-the-great-demographic-reversal-par-charles-goodhart-et-manoj-pradhan\/\">The Great Demographic Reversal<\/a><\/span> \u00bb, font un plaidoyer efficace en ce sens.<\/p>\n<h3><strong>Une \u00e9conomie \u00ab\u00a0ricardienne\u00a0\u00bb\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>Dans <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/dash.harvard.edu\/bitstream\/handle\/1\/3451399\/Barro_AreGovernment.pdf\">un article de 1974<\/a><\/span><\/span> rest\u00e9 lui aussi c\u00e9l\u00e8bre, Robert Barro exhumait une id\u00e9e qu\u2019il rattachait un peu hardiment \u00e0 David Ricardo. La voici. Quand l\u2019\u00c9tat distribue des revenus non financ\u00e9s par l\u2019imp\u00f4t mais par le d\u00e9ficit public, des agents <em>rationnels<\/em> s\u2019interrogent et concluent assez rapidement qu\u2019un jour ou l\u2019autre l\u2019\u00c9tat devra lever des imp\u00f4ts pour rembourser la dette qui \u00e9t\u00e9 lev\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion (si <em>r &lt; g<\/em>, ce jour est certes lointain). Ils vont donc mettre de c\u00f4t\u00e9 les sommes re\u00e7ues pour, le moment venu, disposer des ressources pour payer l\u2019imp\u00f4t. Dans une telle configuration, on note que tout effort de relance par d\u00e9ficit public est neutralis\u00e9 par le comportement de pr\u00e9caution des agents priv\u00e9s. Le dit multiplicateur keyn\u00e9sien est nul, m\u00eame en situation de sous-emploi. L\u2019\u00c9tat a emprunt\u00e9, a distribu\u00e9 des ressources, et celles-ci demeurent sagement dans le bilan des agents priv\u00e9s sans \u00eatre d\u00e9pens\u00e9es. On peut donc dire qu\u2019en situation ricardienne, les agents priv\u00e9s r\u00e9agissent \u00e0 un d\u00e9ficit public comme si l\u2019\u00c9tat l\u2019avait financ\u00e9 par imp\u00f4t, avec le r\u00e9sultat \u00e9tonnant que l\u2019\u00c9tat n\u2019a nul besoin de se plier \u00e0 une r\u00e8gle d\u2019\u00e9quilibre budg\u00e9taire puisque les agents priv\u00e9s font le travail \u00e0 sa place parce qu\u2019indiff\u00e9rents au mode de financement public, imp\u00f4ts ou dette. Une sorte de r\u00e9sultat de Modigliani-Miller appliqu\u00e9 aux finances publiques.<\/p>\n<p>Inutile de dire que cette proposition est en g\u00e9n\u00e9ral d\u00e9nu\u00e9e de toute assise empirique. Quand l\u2019\u00c9tat d\u00e9pense, surtout en situation de sous-emploi, il s\u2019ensuit la majorit\u00e9 du temps un effet de relance par les d\u00e9penses priv\u00e9es, ce qui est bien le m\u00e9canisme du multiplicateur. Mais on ne peut s\u2019emp\u00eacher de lire la conjoncture financi\u00e8re pr\u00e9sente avec des yeux ricardiens. En 2020 et 2021, l\u2019\u00c9tat a \u00e9norm\u00e9ment d\u00e9pens\u00e9 au titre du soutien au revenu des entreprises et des m\u00e9nages pour \u00e9viter un plongeon de l\u2019\u00e9conomie. De l\u2019ordre de 150 Md\u20ac \u00e0 ce jour. Et l\u2019on observe que l\u2019\u00e9pargne des m\u00e9nages et de beaucoup d\u2019entreprises a cr\u00fb d\u2019un montant presque analogue, non pas que les m\u00e9nages aient \u00e9t\u00e9 les agents parfaitement rationnels de la th\u00e9orie, mais tout simplement en raison des divers rationnements subis les emp\u00eachant de d\u00e9penser.<\/p>\n<p>On peut ainsi poser un regard diff\u00e9rent sur une bonne part du surcro\u00eet d\u2019endettement public des grandes \u00e9conomies. Pour simplifier et omettre le r\u00f4le des banques centrales dans ce chass\u00e9-crois\u00e9, il y a des dettes accrues au passif de l\u2019\u00c9tat, mais une \u00e9pargne liquide gard\u00e9e en pr\u00e9caution \u00e0 l\u2019actif du secteur priv\u00e9. Ricardo dirait alors que des bras se tendent pour que cette \u00e9pargne soit un jour ou l\u2019autre ponctionn\u00e9e via un imp\u00f4t (sur le capital\u00a0?) pour assainir les comptes publics. De telles conjonctures se sont d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9es dans le pass\u00e9. C\u2019est le cas au sortir de la guerre en 1945-46, dans des \u00e9conomies europ\u00e9ennes tr\u00e8s fortement rationn\u00e9es\u00a0: les \u00c9tats \u00e9taient fortement endett\u00e9s et une partie des m\u00e9nages d\u00e9tenait une \u00e9pargne liquide tr\u00e8s abondante sans pouvoir la consommer. Un peu en France, beaucoup en Allemagne, cette \u00e9pargne a \u00e9t\u00e9 \u00e9pong\u00e9e par un imp\u00f4t forfaitaire sur la richesse financi\u00e8re.<\/p>\n<h3><strong>Conclusion<br \/>\n<\/strong><\/h3>\n<p>Nul ne sort de cette discussion sur des positions totalement camp\u00e9es : il faut de la dette publique parce qu\u2019elle rend des services utiles aux agents priv\u00e9s\u00a0; il ne faut pas faire de fixation sur le d\u00e9ficit public, notamment en promouvant d\u2019asphyxiantes r\u00e8gles d\u2019or d\u2019\u00e9quilibre des finances publiques. Mais il ne faut pas d\u2019une dette publique \u00ab\u00a0excessive\u00a0\u00bb, sans qu\u2019on sache bien fixer la limite entre le raisonnable et l\u2019excessif. Dans <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/scholar.harvard.edu\/files\/rogoff\/files\/growth_in_time_debt_aer.pdf\">un tr\u00e8s bon article de 2010<\/a><\/span><\/span>, rest\u00e9 h\u00e9las surtout c\u00e9l\u00e8bre pour une faute de calcul dans une feuille Excel, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff avaient fix\u00e9 \u00e0 90 % du PIB l\u2019entr\u00e9e dans une sorte de zone rouge pour l\u2019endettement public. On a bien oubli\u00e9 cela avec la crise Covid.<\/p>\n<p>S\u2019il est par contre une r\u00e8gle d\u2019or, une position ferme \u00e0 tenir, c\u2019est bien d\u2019avoir des d\u00e9penses publiques de bonne qualit\u00e9, dont le rendement social est attest\u00e9, dont l\u2019efficacit\u00e9 est surveill\u00e9e par des institutions de contr\u00f4le, le Parlement au premier chef, qui jouerait enfin, dans le cas fran\u00e7ais, pleinement son r\u00f4le.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le poids croissant de la dette publique est devenu le grand d\u00e9bat de politique macro\u00e9conomique du moment. C\u2019est le cas en France o\u00f9, suite au choc Covid, le ratio dette publique sur PIB atteint 120 %, et aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 les souhaits budg\u00e9taires du pr\u00e9sident Biden pourraient le porter plus haut encore. 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