{"id":6019,"date":"2021-06-17T07:25:34","date_gmt":"2021-06-17T05:25:34","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=6019"},"modified":"2021-06-17T07:53:06","modified_gmt":"2021-06-17T05:53:06","slug":"clubs-de-football-des-entreprises-comme-les-autres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=6019","title":{"rendered":"Clubs de football : des entreprises comme les autres ?"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00ab Un club de football, c\u2019est une entreprise comme une autre <\/em><em>! <\/em><em>\u00bb<\/em> Parfois \u00e9gren\u00e9e par quelques consultants comme ponctuation orale des d\u00e9bats sur l\u2019omnipr\u00e9sence de l\u2019argent dans le sport, cette phrase n\u2019est-elle pas un \u00e9ni\u00e8me troph\u00e9e \u00e0 ranger sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re \u00e0 poncifs\u00a0? Le but de cet article est de montrer, m\u00eames aux personnes d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9es par le jeu, que les clubs (et leur \u00e9cosyst\u00e8me en g\u00e9n\u00e9ral) sont des <em>ovnis<\/em> \u00e9conomiques.<\/p>\n<h3><strong><em>\u00ab\u00a0Si tu veux du spectacle, va au cirque\u00a0<\/em><\/strong><strong><em>!<\/em><\/strong><strong><em>\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/h3>\n<p>S\u2019il fallait trouver une raison \u00e0 un club de football d\u2019exister au plus haut niveau, ce serait, intuitivement, d\u2019\u00eatre une entreprise de spectacle. Les spectateurs assistent \u00e0 un match pour voir du jeu ou de l\u2019enjeu, avoir des \u00e9motions, d\u00e9couvrir des phases tactiques ou des gestes techniques encore jamais vus. Si tel est le cas, comment comprendre (voir [SO FOOT (2007)]) Pablo Correa, entra\u00eeneur de Nancy, qui d\u00e9clarait il y a presque 15 ans\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Si tu veux du spectacle, va au cirque\u00a0<\/em><em>!<\/em><em>\u00a0\u00bb<\/em> ?<\/p>\n<p>Si la phrase peut pr\u00eater \u00e0 sourire, elle porte une double charge s\u00e9mantique. Elle porte d\u2019abord la marque de son temps, tant les entra\u00eeneurs fran\u00e7ais eurent une f\u00e2cheuse tendance \u00e0 glorifier l\u2019aspect d\u00e9fensif du jeu dans les ann\u00e9es 2000, corollaire malencontreux de la victoire de France 98 (ou comment bien d\u00e9fendre\u00a0 peut permettre d\u2019esp\u00e9rer des r\u00e9sultats). Cette phrase fut cependant reprise presque mot pour mot par Massimiliano Allegri (entra\u00eeneur de la Juventus Turin) en 2017, et par Thierry Laurey (entra\u00eeneur de Strasbourg) en 2021. Mais elle trahit aussi une dimension \u00e9conomique qui nous int\u00e9resse bien plus ici.<\/p>\n<h3><strong>Une entreprise\u2026 vuln\u00e9rable<\/strong><\/h3>\n<p>Si un club est une entreprise, c\u2019est une entreprise vuln\u00e9rable. Le premier risque\u00a0, non diversifiable, pour un club \u00e9voluant dans un championnat national ouvert (1) est son risque sportif, qui peut se traduire ultimement par sa rel\u00e9gation. Avec 38 matches dans l\u2019ann\u00e9e, 40 points n\u00e9cessaires le plus souvent pour se maintenir dans la division, un club qui ne ferait que des matches nuls et quelques exploits (une victoire rapporte 3 points, un match nul 1, une d\u00e9faite 0) ne terminerait statistiquement pas dans les 2 ou 3 derniers (les malheureux rel\u00e9gu\u00e9s). Ceci faisait dire \u00e0 Christophe Galtier, alors entra\u00eeneur de Saint-Etienne : \u00ab\u00a0<em>On a fini \u00e0 0-0. On a pr\u00e9serv\u00e9 le point que nous avions au d\u00e9part. C\u2019est bien.\u00a0<\/em>\u00bb Pas tr\u00e8s enthousiasmant pour une entreprise de spectacle\u00a0! Mais le fait de monter ou descendre d\u2019une division est en fait crucial. Se maintenir, c\u2019est pr\u00e9server ses revenus, garantir une ann\u00e9e suppl\u00e9mentaire de stabilit\u00e9 aux salari\u00e9s. L\u00e0 est le sel du sport\u00a0: le droit \u00e0 \u00e9voluer au plus haut niveau garantit les meilleurs revenus, mais se base sur le verdict du terrain.<\/p>\n<p>Pourquoi une rel\u00e9gation est si probl\u00e9matique\u00a0? Premi\u00e8rement, la rel\u00e9gation occasionne une chute des recettes des droits de retransmission, principale ressource financi\u00e8re des clubs.\u00a0On peut estimer qu\u2019il y a environ un facteur 10 sur l\u2019enveloppe totale des droits entre la Ligue 1 et la Ligue 2 (de niveau inf\u00e9rieur). Ensuite, les recettes de billetterie du stade sont moins int\u00e9ressantes car les oppositions sont moins passionnantes (donc les billets moins chers) qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9chelon sup\u00e9rieur. Les horaires des matches ne sont pas les m\u00eames et sont potentiellement moins attractifs\u00a0: assister au match est plus compliqu\u00e9 pour les supporters qui travaillent. Enfin, de nombreux joueurs ont des clauses de d\u00e9part en cas de rel\u00e9gation. Moralit\u00e9\u00a0: quand le club n\u00e9gocie dans l\u2019\u00e9lite au prix fort des contrats, il voit en cas de rel\u00e9gation ses revenus coup\u00e9s, ses forces vives partir, et ceux qui restent continuent \u00e0 jouer au prix fort. Autrement dit, la recette est beaucoup plus \u00e9lastique que la d\u00e9pense, qui elle est certaine.<\/p>\n<p>Nous en sommes r\u00e9duits \u00e0 ce paradoxe\u00a0: un club de football est une entreprise de (potentiel) spectacle o\u00f9 les clubs doivent lutter pour leur survie en remettant chaque ann\u00e9e en jeu leur droit \u00e0 participer. Avec pour 2 ou 3 d\u2019entre eux une rel\u00e9gation qui est une catastrophe quand les clubs n\u2019y sont pas pr\u00e9par\u00e9s. C\u2019est du reste une nouvelle bien plus grave pour un gros club (moins pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 la rel\u00e9gation) que pour un petit club qui n\u2019avait pas vocation \u00e0 rester dans l\u2019\u00e9lite. Les exemples sont nombreux\u00a0: Nantes en 2007 et Monaco en 2011 en France\u00a0; Leeds United en Angleterre en 2004 ; les \u00ab\u00a0Knappen\u00a0\u00bb de Schalke 04 (Allemagne) qui descendront en fin de saison 2020-2021, deux ans apr\u00e8s avoir lutt\u00e9 au plus haut niveau europ\u00e9en (et vendu aux grands clubs leurs meilleurs espoirs).<\/p>\n<h3><strong>Les supporters, \u00e9galement<\/strong>\u00a0<strong> garants de la valeur du club<\/strong><\/h3>\n<p>Ainsi, avant le spectacle, beaucoup d\u2019entra\u00eeneurs pr\u00e9f\u00e8rent assurer la survie en se basant sur des principes simples\u00a0: coh\u00e9sion d\u00e9fensive, \u00e9tat d\u2019esprit guerrier. Ceci induit (tr\u00e8s sch\u00e9matiquement) de l\u2019\u00e9moi et des sensations pour les plus petits clubs\u00a0; mais suscite de l\u2019ennui chez les supporters des plus grands, irrit\u00e9s du manque d\u2019ambition sportive. Dans ce cas, la r\u00e9troaction du manque de spectacle devrait entra\u00eener ennui et d\u00e9samour des spectateurs\u00a0: c\u2019est en cela qu\u2019un club de football n\u2019est pas une entreprise. Les supporters ont tendance \u00e0 suivre leur club quoi qu\u2019il en co\u00fbte, ou quelle que soit la qualit\u00e9 du spectacle sur le terrain. Les \u00ab\u00a0<em>b\u0153ufs avin\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb auxquels on a tendance \u00e0 assimiler les ultras, sont en fait des suiveurs patients qui donnent ferveur et continuit\u00e9 d\u2019identit\u00e9 au club qu\u2019ils soutiennent\u00a0. L\u2019\u00e9lasticit\u00e9 aux r\u00e9sultats du d\u00e9samour du supporter est donc beaucoup plus faible. C\u2019est un facteur important pour la survie des clubs \u00e0 long terme. Notons la phrase d\u00e9sormais culte des supporters de Chelsea qui pour protester en avril 2021 contre le projet de <em>Super League<\/em>, ont scand\u00e9 \u00ab\u00a0<em>We want our cold nights in Stoke\u00a0<\/em><em>!<\/em><em>\u00bb<\/em> signifiant que les supporters ne voulaient pas voir leurs d\u00e9placements contre des \u00e9quipes comme Stoke City \u00eatre remplac\u00e9s par des matches r\u00e9guliers contre les meilleures \u00e9quipes europ\u00e9ennes. Stoke City, club de la ville de Stoke-on-Trent dans le Staffordshire, est un club plus r\u00e9put\u00e9 pour la rugosit\u00e9 et l\u2019ennui de son jeu que pour la beaut\u00e9 de la ville\u00a0\u00a0 : c\u2019est dire si l\u2019attachement des supporters frise parfois le masochisme.<\/p>\n<p>Le lien club-supporter est donc double. Le club est une entit\u00e9 qui fixe une identit\u00e9 et un support projectif pour le supporter mais ce dernier, contrairement au spectateur de cin\u00e9ma, est l\u00e0 m\u00eame quand le film est mauvais. Si les supporters d\u00e9sertaient au moindre mauvais match, \u00ab\u00a0l\u2019entreprise football\u00a0\u00bb ne durerait pas longtemps\u00a0. C\u2019est ce qui faisait dire \u00e0 Marcelo Bielsa que \u00ab\u00a0<em>le plus important dans un club de football, ce sont les supporters\u00a0\u00bb. <\/em>Et \u00e0 Bill Shankly, le l\u00e9gendaire manager de Liverpool\u00a0: <em>\u00ab\u2009<\/em><em>Dans un club de football, il y a une sainte trinit\u00e9 : les joueurs, le manager et les supporters. Les pr\u00e9sidents n&rsquo;ont rien \u00e0 voir l\u00e0-dedans. Ils sont juste l\u00e0 pour signer les ch\u00e8<\/em><em>ques.<\/em><em>\u2009\u00bb <\/em>Une question tr\u00e8s profonde est en jeu. A qui appartient, philosophiquement, le club\u00a0? Un propri\u00e9taire ne peut gagner de l\u2019argent que si le club est une marque forte, fonction de son degr\u00e9 de notori\u00e9t\u00e9, lui-m\u00eame fonction directe de l\u2019affection des supporters. Le propri\u00e9taire ne peut donc pas totalement n\u00e9gliger les supporters (2) car le club leur appartient <em>moralement<\/em> et historiquement. Le propri\u00e9taire passe, le stade peut changer, mais pas le palmar\u00e8s ni les chansons. La r\u00e9ponse est encore plus difficile si l\u2019on se rappelle que ce sont g\u00e9n\u00e9ralement les pouvoirs publics qui financent le stade et les moyens d\u2019acc\u00e8s (route, tram, m\u00e9tro) pour y acc\u00e9der, ou poss\u00e8dent les terrains d\u2019entra\u00eenement.<\/p>\n<h3><strong>Un lien social<\/strong><\/h3>\n<p>Cette ferveur se cultive donc, mais pas que par le jeu. A ce titre, la diff\u00e9rence culturelle entre pays est enrichissante. Par exemple, le club anglais d\u2019Everton, rival historique du Liverpool FC, est un pionnier de l\u2019action sociale, allant jusqu\u2019\u00e0 soutenir 20\u00a0000 personnes dans ses programmes \u00e9ducatifs et sociaux (voir [LE TEMPS (2017)]). En avril 2020, les joueurs du club de Tottenham, ne pouvant pas s\u2019entra\u00eener, ont \u00e9t\u00e9 missionn\u00e9s pour appeler au t\u00e9l\u00e9phone (un par un\u00a0!) les supporters abonn\u00e9s et les anciens joueurs du club pour s\u2019assurer qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas en danger ou isol\u00e9s en pleine crise de la Covid. En France, le club du Havre, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s impliqu\u00e9 dans la formation des jeunes, est aussi tr\u00e8s pr\u00e9sent sur le plan social (voir [ECOFOOT (2021b)]). Tout l\u2019argent ne va donc pas dans les poches de nos milliardaires en short.<\/p>\n<h3><strong>La mutation du mod\u00e8le global<\/strong><\/h3>\n<p>Comme on peut le lire fort justement dans [DRUT (2011)], il y a toutefois eu un glissement du mod\u00e8le \u00e9conomique global. Il y a encore quelques ann\u00e9es, il existait un mod\u00e8le global de recettes assez universel. Les recettes des clubs \u00e9taient aliment\u00e9es par les sponsors, les subventions et la billetterie. Dans les ann\u00e9es 2000, une rotation est apparue dans le mod\u00e8le de recettes, d\u00e9sormais constitu\u00e9es des droits de retransmission (3), du <em>merchandising<\/em> et toujours des sponsors et de la billetterie.<\/p>\n<p>Les chiffres officiels, que l\u2019on peut lire dans [DNCG (2019)] sont \u00e9clairants. En France, en 2019, les recettes se d\u00e9composaient comme suit\u00a0: 36 % viennent des droits de retransmission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, 16 % de la publicit\u00e9 et du <em>sponsoring<\/em>, 8\u00a0 % des recettes des jours de matches, et 25\u00a0 % des gains sur les transferts (le reste \u00e9tant ventil\u00e9 sur d\u2019autres effets). Un quart des recettes se mat\u00e9rialise gr\u00e2ce au flux circulant des joueurs entre les clubs. \u00a0Ces chiffres peuvent varier en fonction de l\u2019exposition m\u00e9diatique du club. Quant aux d\u00e9penses, elles sont simples\u00a0: 55 % des d\u00e9penses sont en charges et salaires, 5 % en r\u00e9mun\u00e9ration des agents (4), 15 % en transferts et mutations, le reste \u00e9tant r\u00e9parti entre les autres charges comme la location du stade ou les d\u00e9penses pour les d\u00e9placements (m\u00eame source).<\/p>\n<p>La crise de la Covid n\u2019a pas provoqu\u00e9 mais a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 des mutations n\u00e9cessaires. Elle a mis face \u00e0 leur propre r\u00e9alit\u00e9 des clubs d\u00e9j\u00e0 conscients depuis longtemps des risques inh\u00e9rents \u00e0 la fin de l\u2019augmentation perp\u00e9tuelle des droits de retransmission. Quant au <em>sponsoring<\/em>, les choses ont d\u00e9j\u00e0 chang\u00e9 depuis longtemps avec une polarisation sur les grands clubs. Un sponsor verse typiquement entre 40 et 70 millions d\u2019euros par an pour appara\u00eetre sur le maillot d\u2019un club du top 10 europ\u00e9en (voir [FOOTPACK (2021)]) et s\u2019engage typiquement pour une dur\u00e9e de 5 \u00e0 7 ans. Si les contrats de <em>sponsoring<\/em> sont \u00e9normes pour les grands clubs, ils peuvent \u00eatre beaucoup plus r\u00e9duits, m\u00eame ramen\u00e9s \u00e0 leur taille, pour les clubs plus modestes. On trouve (toujours dans [DRUT 2019]) l\u2019anecdote suivante\u00a0: en 2017, Adidas aurait d\u00e9pens\u00e9 environ un milliard d\u2019euros en partenariats dans le football, ce qui semblait repr\u00e9senter pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de ses d\u00e9penses de marketing<em>, <\/em>soit un vingt\u00a0-cinqui\u00e8me de son chiffre d\u2019affaires. La compagnie a utilis\u00e9 cette formule\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Mean more by doing less.<\/em>\u00a0\u00bb Plut\u00f4t que de tenter d\u2019\u00e9quiper tous les clubs (comme c\u2019\u00e9tait le cas au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000), elle se recentre d\u00e9sormais sur les plus gros clubs et les joueurs les plus c\u00e9l\u00e8bres, en signant des contrats de tr\u00e8s longue dur\u00e9e incluant des clauses de non-performance. Il s\u2019agit du reste d\u2019une tendance lourde\u00a0: soutenir un joueur permet de le suivre ind\u00e9pendamment de son club, ce qui correspond plus aux nouveaux modes de consommation des plus jeunes, plus int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 supporter une <em>star<\/em> qu\u2019un club.<\/p>\n<h3><strong>Mais quel est l\u2019objectif \u00e9conomique poursuivi\u00a0<\/strong><strong>?<\/strong><\/h3>\n<p>Dans les faits, les clubs ont tendance \u00e0 augmenter leurs d\u00e9penses apr\u00e8s leurs plus grands succ\u00e8s. Voici pourquoi. Outre les primes de r\u00e9sultat, une r\u00e8gle tacite est que pour avoir les meilleurs r\u00e9sultats, il faut avoir les meilleurs joueurs\u2026 qui co\u00fbtent cher. Payer cher les meilleurs joueurs serait donc le meilleur moyen d\u2019atteindre le succ\u00e8s. Apr\u00e8s un succ\u00e8s, un club a tendance \u00e0 r\u00e9utiliser la manne issue des r\u00e9compenses pour prolonger et augmenter ses meilleurs \u00e9l\u00e9ments pour les retenir et \u00e0 aller chercher des joueurs renomm\u00e9s pour compl\u00e9ter son effectif. Le fait est que pour beaucoup de clubs, payer plus est le meilleur espoir de gagner plus sur le terrain. Corr\u00e9lation\u00a0? Causalit\u00e9\u00a0? Endog\u00e9n\u00e9it\u00e9\u00a0? Illusion\u00a0? La pratique est en tout cas tenace, et il y a en g\u00e9n\u00e9ral une corr\u00e9lation importante entre la puissance financi\u00e8re et la domination sportive. On estime qu\u2019il faut environ au moins 250 millions d\u2019euros de budget pour atteindre les huiti\u00e8mes de finale de ligue des champions, et 500 millions pour atteindre les quarts et\/ou les demi-finales. La glorieuse incertitude du sport fait (heureusement, parfois) mentir ces chiffres mais les plus hauts sommets ne sont atteints que par \u00ab\u00a0les plus gros\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0.<\/p>\n<h3><strong>Les r\u00e9seaux sociaux, nouvelle terre de conqu\u00eates<\/strong><\/h3>\n<p>En lien avec l\u2019attrait des <em>sponsors<\/em>, le poids accord\u00e9 \u00e0 la visibilit\u00e9 sur les r\u00e9seaux sociaux est de plus en plus important, non pas tant pour les recettes directes qu\u2019ils g\u00e9n\u00e8rent que pour l\u2019instauration du club comme une marque mondiale. A la fin des ann\u00e9es 90, P\u00e9rouse enr\u00f4lait le japonais Nakata pour attirer journalistes et supporters nippons. D\u00e9sormais ce sont les superstars avec un impact en Asie mesur\u00e9 via Instagram ou Weibo qui permettent de rendre le club visible en Chine ou en Indon\u00e9sie\u00a0; le Real Madrid et le FC Barcelone se pr\u00e9valent d\u2019environ 250 millions d\u2019abonn\u00e9s sur Instagram.<\/p>\n<h3><strong>Y-a-t-il une valeur fondamentale\u00a0<\/strong><strong>?<\/strong><\/h3>\n<p>Nous reviendrons dans un autre article sur le fait que les clubs ne gagnent pas structurellement d\u2019argent, et sur la sp\u00e9cificit\u00e9 de leur compte de r\u00e9sultat. Ce seront deux \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse qui ach\u00e8veront de montrer que les clubs ne sont pas des entreprises classiques. Du reste, contre-intuitivement, les montants engag\u00e9s ne sont \u00e9conomiquement pas si importants. Un club valoris\u00e9 \u00e0 5 milliards d\u2019euros avec 1 milliard de revenus par an serait probablement le club le plus riche du monde. En termes de revenus, cela ne repr\u00e9sente pourtant qu\u2019un tiers du chiffre d\u2019affaires total d\u2019une entreprise comme Bonduelle, et en valeur, cela est inf\u00e9rieur \u00e0 la capitalisation de march\u00e9 d\u2019Atos, plus petite capitalisation du CAC40. Et ce sans profit ni versement de dividende \u00e0 esp\u00e9rer. Cet aspect est d\u2019autant plus perturbant pour un \u00e9conomiste que, comme le pr\u00e9cise [SZYMANSKI, KUPER (2015)], il n\u2019y a pas \u00e0 se pr\u00e9occuper du renouvellement du <em>core business\u00a0<\/em>: le jeu de football et ses r\u00e8gles ne changent pas\u00a0! Un nouveau club ne peut pas \u00eatre pr\u00e9dateur d\u2019un club existant puisqu\u2019un nouvel entrant dans une ville devrait avoir un stade et partir d\u2019une division tr\u00e8s basse. Il n\u2019y a pas de surprise sur la structure ou la dynamique de la concurrence\u00a0: il n\u2019y a que de la concurrence sportive, mais peu ou pas de concurrence \u00e9conomique locale.<\/p>\n<h3><strong>Conclusion\u00a0: un \u00e9cosyst\u00e8me d\u00e9pendant de ses flux<\/strong><\/h3>\n<p>La crise de la Covid\u00a0 a montr\u00e9 une chose\u00a0: le football reste une \u00e9conomie de flux. Une rupture dans les recettes (stades vides, retrait ou faillite d\u2019un op\u00e9rateur) et toute la machine se grippe. Le deuxi\u00e8me m\u00e9canisme qui grippe encore plus la machine, est que la chute des recettes fait se resserrer le march\u00e9 des transferts. Or, ce march\u00e9 est vital pour les clubs, soit pour convertir des actifs intangibles en revenus exceptionnels, soit pour mat\u00e9rialiser un gain sur un joueur, soit pour se d\u00e9lester des joueurs les plus co\u00fbteux et \u00e9conomiser des salaires. Si elle peut para\u00eetre facile, la comparaison de la crise actuelle avec une d\u00e9flagration atomique est appropri\u00e9e\u00a0: la chute des recettes est un <em>blast<\/em> destructeur, mais l\u2019interruption du cycle des transferts agirait comme le lent poison des radiations.<\/p>\n<hr \/>\n<h3><strong>Notes<\/strong><\/h3>\n<p>(1) Un championnat ouvert est un championnat fait d\u2019une suite de divisions hi\u00e9rarchis\u00e9es. Les plus m\u00e9ritants montent dans la division sup\u00e9rieure (on ne peut pas monter plus haut que la premi\u00e8re division), plus expos\u00e9e m\u00e9diatiquement et de meilleur niveau. Les derniers du classement sont rel\u00e9gu\u00e9s \u00e0 l\u2019issue de la saison dans la division inf\u00e9rieure. A l\u2019oppos\u00e9,dans une ligue \u00ab ferm\u00e9e \u00bb comme dans les sports am\u00e9ricains (basket en NBA, hockey en NFL\u2026), il n\u2019y a pas de rel\u00e9gation, il existe un syst\u00e8me de limite salariale et les meilleurs nouveaux joueurs sont guid\u00e9s vers les clubs les plus faibles.<\/p>\n<p>(2) Le pr\u00e9sident de l\u2019OM, Jacques-Henri Eyraud l\u2019a appris \u00e0 ses d\u00e9pens. En conflit avec les supporters, il doit quitter la pr\u00e9sidence en 2021 alors que les supporters incitaient au boycott des produits des sponsors du club.<\/p>\n<p>(3) Le livre de [MAES (2019)], s\u2019il est un peu technique, donne un panorama complet de l\u2019histoire et de l\u2019\u00e9volution des droits t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s en Europe.<\/p>\n<p>(4) On estime \u00e0 800 millions d\u2019euros par an le montant total des commissions vers\u00e9es aux agents, repr\u00e9sentants et interm\u00e9diaires (cens\u00e9s initialement r\u00e9duire l\u2019asym\u00e9trie d\u2019information entre un club et un joueur). Source : [DRUT (2011)]).<\/p>\n<hr \/>\n<h3><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/h3>\n<p>[AFTER (2021a)] \u2013 AFTER FOOT \u2013 Podcast du 22 avril 2021<\/p>\n<p>[DRUT (2019)] <em>&#8211; <\/em><em>Mercato : l&rsquo;\u00e9conomie du football au 21\u00e8me si\u00e8cle<\/em> \u2013 BREAL, 2<sup>e<\/sup> \u00e9dition (2019)<\/p>\n<p>[DRUT (2011)] \u2013 <em>Economie du football professionnel<\/em> \u2013 La D\u00e9couverte (2011)<\/p>\n<p>[BANCEL et al. (2019)] &#8211; <em>Cr\u00e9er de la valeur dans le football, <\/em><em>Comment \u00e9valuer les clubs et leurs actifs \u2013 <\/em>Revue Banque (2019)<\/p>\n<p>[MAES (2019)] &#8211; <em>Le business des droits TV du foot. Enqu\u00eate sur une bulle explosive <\/em>\u2013 FYP (2019)<\/p>\n<p>[AFTER FOOT (2021)] \u2013 <em>Foot et Fric, L\u2019amour \u00e0 Mort <\/em>\u2013 No. 1, Et\u00e9 2021<\/p>\n<p>[L\u2019OPINION (2021)] \u2013 <em>Football\u00a0: toute une fili\u00e8re \u00e9conomique mise hors jeu<\/em> \u2013 Mai 2020 &#8211; <span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"https:\/\/www.lopinion.fr\/edition\/economie\/football-toute-filiere-economique-mise-hors-jeu-217906\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\">https:\/\/www.lopinion.fr\/edition\/economie\/football-toute-filiere-economique-mise-hors-jeu-217906<\/span><\/a><\/span><\/p>\n<p>[SO FOOT (2007)] \u2013 <em>Pablo Correa : \u00ab\u00a0Si tu veux du spectacle, va au cirque\u00a0\u00bb <\/em>&#8211; Septembre 2007 &#8211; <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.sofoot.com\/pablo-correa-si-tu-veux-du-spectacle-va-au-cirque-447291.html\">https:\/\/www.sofoot.com\/pablo-correa-si-tu-veux-du-spectacle-va-au-cirque-447291.html<\/a><\/span><\/span><\/p>\n<p>[LE TEMPS (2017)] \u2013 <em>Everton, portrait d\u2019un club responsable<\/em> \u2013 Mai 2017 &#8211; <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/sport\/everton-portrait-dun-club-responsable\">https:\/\/www.letemps.ch\/sport\/everton-portrait-dun-club-responsable<\/a><\/span><\/span><\/p>\n<p>[SZYMANSKI, KUPER (2015)] &#8211; <em>Les attaquants les plus chers ne sont pas ceux qui marquent le plus<\/em> \u2013 DE BOECK SUP (2015)<\/p>\n<p>[ECOFOOT (2021a)] &#8211; <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.ecofoot.fr\/city-football-group-investissement-capital-risque-4474\/\">https:\/\/www.ecofoot.fr\/city-football-group-investissement-capital-risque-4474\/<\/a><\/span><\/span><\/p>\n<p>[ECOFOOT (2021b)] &#8211; <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.ecofoot.fr\/interview-clement-calvez-politique-rse-hac-5156\/\">https:\/\/www.ecofoot.fr\/interview-clement-calvez-politique-rse-hac-5156\/<\/a><\/span><\/span><\/p>\n<p>[FOOTPACK (2021)] &#8211; <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.footpack.fr\/125728-quels-sont-les-plus-gros-sponsors-maillots-dans-le-foot\">https:\/\/www.footpack.fr\/125728-quels-sont-les-plus-gros-sponsors-maillots-dans-le-foot<\/a><\/span><\/span><\/p>\n<p>[DNCG (2019)] \u2013 Rapport de la DNCG, LFP (2018-2019) &#8211; <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.lfp.fr\/DNCG\/rapports\">https:\/\/www.lfp.fr\/DNCG\/rapports<\/a><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Un club de football, c\u2019est une entreprise comme une autre ! \u00bb Parfois \u00e9gren\u00e9e par quelques consultants comme ponctuation orale des d\u00e9bats sur l\u2019omnipr\u00e9sence de l\u2019argent dans le sport, cette phrase n\u2019est-elle pas un \u00e9ni\u00e8me troph\u00e9e \u00e0 ranger sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re \u00e0 poncifs\u00a0? 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