{"id":5935,"date":"2021-12-24T00:01:04","date_gmt":"2021-12-23T22:01:04","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=5935"},"modified":"2021-12-24T01:18:36","modified_gmt":"2021-12-23T23:18:36","slug":"les-geants-du-numerique-bigtechs-sont-ils-une-menace-pour-les-banques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=5935","title":{"rendered":"Les g\u00e9ants du num\u00e9rique (\u00ab Bigtechs \u00bb) sont-ils une menace pour les banques ?"},"content":{"rendered":"<p>Le paysage bancaire a consid\u00e9rablement chang\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es avec l&rsquo;apparition de nouveaux acteurs (banques en ligne, n\u00e9obanques, Fintechs, g\u00e9ants du net, op\u00e9rateurs t\u00e9l\u00e9coms) et l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration de la num\u00e9risation des processus. L\u2019irruption des g\u00e9ants du num\u00e9rique dans la sph\u00e8re financi\u00e8re, notamment dans le domaine des paiements, est devenue une r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette transformation, l\u2019Autorit\u00e9 de la concurrence s\u2019est saisie d\u2019office de cette probl\u00e9matique le 13 janvier 2020 afin de rendre un avis sur la situation concurrentielle du secteur des nouvelles technologies appliqu\u00e9es aux activit\u00e9s financi\u00e8res et, plus particuli\u00e8rement, aux activit\u00e9s de paiement. Apr\u00e8s plus d\u2019un an d\u2019enqu\u00eate, elle a rendu son avis le 29 avril 2021. A l\u2019occasion de sa parution, Isabelle de Silva, pr\u00e9sidente de l\u2019Autorit\u00e9 de la concurrence, a d\u00e9clar\u00e9 que\u00a0: \u00ab\u00a0<em>la vague qui arrive pourrait devenir, peut-\u00eatre pas un tsunami\u2026 mais il est certain que les \u00ab\u00a0<\/em><em>Bigtechs\u00a0\u00bb se positionnent tr\u00e8s fortement sur un secteur strat\u00e9gique\u00a0\u00bb. <\/em><\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e des Bigtechs dans le monde de la finance et, notamment le secteur bancaire, constitue un v\u00e9ritable d\u00e9fi pour les banques qui vont devoir affronter une rude concurrence.<\/p>\n<h3><strong>1. Les Bigtechs \u00e0 l\u2019assaut du march\u00e9 des paiements<\/strong><\/h3>\n<p>Les innovations technologiques et les changements apport\u00e9s \u00e0 la r\u00e9glementation europ\u00e9enne ont permis l\u2019arriv\u00e9e dans le secteur des paiements de nouveaux acteurs non bancaires que l\u2019on peut classer en deux cat\u00e9gories\u00a0: les Fintechs et les Bigtechs.<\/p>\n<p>Alain Clot, Pr\u00e9sident de France FinTech, d\u00e9finit les Fintechs comme des <em>\u00ab entreprises utilisant des mod\u00e8les op\u00e9rationnels, technologiques ou \u00e9conomiques innovants et visant \u00e0 traiter des probl\u00e9matiques existantes ou \u00e9<\/em><em>mergentes de l\u2019industrie des services financiers \u00bb<\/em>. Ces jeunes pousses de la finance sp\u00e9cialis\u00e9es dans les technologies financi\u00e8res se d\u00e9veloppent tr\u00e8s rapidement et se positionnent comme des concurrentes des banques classiques.<\/p>\n<p>Lors d\u2019une conf\u00e9rence du 12 novembre 2018, Denis Beau, premier sous-gouverneur de la Banque de France, d\u00e9clare\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Dans l\u2019ensemble, avec une capitalisation boursi\u00e8re de 125 milliards de dollars \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, les start-ups du secteur de la Fintech ont \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent davantage un compl\u00e9ment pour les acteurs financiers existants, par le biais d\u2019une int\u00e9gration ou partenariats, que de v\u00e9ritables rivaux pour les acteurs en place<\/em>\u00a0\u00bb. Cependant, il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0<em>les Fintechs font beaucoup parler mais l\u2019important ce sont les Bigtechs<\/em>\u00a0\u00bb. De m\u00eame, d&rsquo;apr\u00e8s une \u00e9tude sur la r\u00e9volution num\u00e9rique dans le secteur bancaire fran\u00e7ais (ACPR, 2018), il appara\u00eet que les banques traditionnelles redoutent davantage la concurrence des Bigtechs que celle des Fintechs . Ainsi, d\u2019apr\u00e8s Thomas Buberl, directeur d&rsquo;Axa, \u00ab\u00a0<em>nos concurrents de demain sont Amazon, Apple ou Facebook\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Les banques traditionnelles ayant r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019adapter au nouvel environnement technologique et concurrentiel r\u00e9sultant de l\u2019arriv\u00e9e des Fintechs \u2013 \u00e9ventuellement en les rachetant \u2013, le vrai danger ne vient pas des Fintechs mais de concurrents plus redoutables, les Bigtechs, qui menacent de s\u2019imposer fortement dans le secteur bancaire. C\u2019est pour ces raisons que nous avons fait le choix de nous limiter \u00e0 la concurrence des Bigtechs.<\/p>\n<h5><strong>1.1 Le concept de Bigtech<\/strong><\/h5>\n<p>Les Bigtechs sont \u00ab\u00a0<em>des grandes entreprises technologiques qui s\u2019\u00e9tendent \u00e0 la fourniture directe de services financiers ou de produits tr\u00e8s similaires aux produits financiers<\/em>\u00a0\u00bb (source\u00a0: Conseil de stabilit\u00e9 financi\u00e8re). Elles regroupent les grands acteurs du num\u00e9rique, les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft), pr\u00e9sents en Europe et aux Etats-Unis notamment, et les BATX (Baidu, Alibaba et Tencent et Xiaomi) qui ont acquis des positions fortes en Asie et qui amorcent leur d\u00e9veloppement en Europe et aux Etats-Unis. Le mod\u00e8le de plateforme des BATX incluant des services bancaires et financiers sur une plateforme g\u00e9n\u00e9raliste est actuellement le plus avanc\u00e9 au monde. Ces g\u00e9ants du net sont d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9s dans un large \u00e9ventail d\u2019activit\u00e9s financi\u00e8res, mais historiquement, les services de paiement ont \u00e9t\u00e9 l\u2019un des premiers services financiers qu\u2019ils ont propos\u00e9s.<\/p>\n<p>En France, Google a cr\u00e9\u00e9 Google Pay (d\u00e9cembre 2018)\u00a0qui regroupe tous les services de paiement Google\u00a0; Amazon a d\u00e9velopp\u00e9 Amazon Payments\u00a0; Facebook permet d\u2019effectuer des paiements sur Messenger, et Apple a \u00e9galement son syst\u00e8me de paiement sur mobile avec Apple Pay depuis juin 2016. Parmi les GAFA, certains s\u2019attaquent au c\u0153ur de m\u00e9tier des banques traditionnelles comme Amazon sur les activit\u00e9s de cr\u00e9dit (Amazon Lending). En Chine, Alibaba et Tencent ont profit\u00e9 de la fuite en avant technologique pour doubler les acteurs financiers. Ils repr\u00e9sentent aujourd\u2019hui plus de la moiti\u00e9 des \u00e9changes financiers en volume de paiements. Ils concurrencent les banques en s\u2019adressant \u00e0 une population largement non bancaris\u00e9e ou qui a des difficult\u00e9s d\u2019acc\u00e8s aux services bancaires traditionnels. Leurs filiales respectives AliPay et WeChatPay d\u00e9tiennent les plus grandes parts de march\u00e9 du paiement mobile sur le march\u00e9 chinois\u00a0: 520 millions d\u2019utilisateurs actifs pour AliPay contre 227 millions pour Paypal et 900 millions pour Tencent. En outre, les Bigtechs commencent \u00e0 proposer de nouvelles formes de monnaie.<\/p>\n<p>Les motivations qui ont incit\u00e9 les Bigtechs \u00e0 int\u00e9grer la sph\u00e8re financi\u00e8re sont les suivantes :<\/p>\n<ul>\n<li>diversifier leurs sources de revenus, en particulier via le commerce \u00e9lectronique ;<\/li>\n<li>accro\u00eetre leur capacit\u00e9 \u00e0 acqu\u00e9rir des donn\u00e9es\u00a0;<\/li>\n<li>ma\u00eetriser la totalit\u00e9 de la relation client, du service au paiement.<\/li>\n<\/ul>\n<h5><strong>1.2 Les Bigtechs ont profit\u00e9 de la suppression des barri\u00e8res \u00e0 l\u2019<\/strong><strong>entr\u00e9e<\/strong><\/h5>\n<p><strong><em>Au niveau r\u00e9glementaire, les directives sur les services de paiement ont permis aux g\u00e9ants du num\u00e9rique d\u2019<\/em><\/strong><strong><em>acc\u00e9der au march\u00e9 des paiements sans barri\u00e8re \u00e0 l\u2019<\/em><\/strong><strong><em>entr\u00e9<\/em><\/strong><strong><em>e. <\/em><\/strong><\/p>\n<p>En France, la mise \u00e0 disposition de la client\u00e8le et la gestion des moyens de paiement constituaient, depuis la loi bancaire de 1984, des op\u00e9rations de banque conform\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;article L. 311-1 du Code mon\u00e9taire et financier, au m\u00eame titre que la r\u00e9ception de fonds du public et l&rsquo;octroi de cr\u00e9dit. Cette activit\u00e9 \u00e9tait donc r\u00e9serv\u00e9e aux \u00e9tablissements de cr\u00e9dit. La premi\u00e8re directive sur les services de paiement (DSP1) adopt\u00e9e en avril 2007 et transpos\u00e9e en France en novembre 2009, red\u00e9finit le monopole bancaire et accro\u00eet la concurrence en autorisant la cr\u00e9ation d\u2019une nouvelle cat\u00e9gorie de prestataires de services de paiement. Ces derniers ont pris la forme d\u2019\u00e9tablissement de paiement, d\u2019\u00e9tablissement de monnaie \u00e9lectronique et d\u2019\u00e9tablissement de cr\u00e9dit.<\/p>\n<p>L&rsquo;apparition de nouveaux types de services de paiement, l&rsquo;augmentation rapide des paiements \u00e9lectroniques et mobiles <em>via<\/em> internet ainsi que la protection insuffisante des consommateurs ayant rendu cette premi\u00e8re directive inadapt\u00e9e, celle-ci a \u00e9t\u00e9 abrog\u00e9e par la directive 2015\/2366 du 25 novembre 2015 concernant les services de paiement dans le march\u00e9 int\u00e9rieur, dite DSP2.<\/p>\n<p>Cette deuxi\u00e8me directive est entr\u00e9e en vigueur le 13 janvier 2018. Alors que la directive DSP1 a pos\u00e9 les fondements du march\u00e9 unique des services de paiement, la directive DSP2 vise \u00e0 accro\u00eetre l&rsquo;efficacit\u00e9 du cadre l\u00e9gislatif en vigueur, \u00e0 assurer une concurrence \u00e9quitable entre tous les acteurs de paiement et \u00e0 int\u00e9grer les \u00e9volutions technologiques apparues sur le march\u00e9 depuis la mise en \u0153uvre de la directive DSP1.<\/p>\n<p>L\u2019adoption de la logique d\u2019un syst\u00e8me bancaire ouvert (\u00ab\u00a0<em>open banking<\/em>\u00a0\u00bb) par la DSP2 constitue une opportunit\u00e9 pour les Bigtechs. Elle ouvre le march\u00e9 des paiements aux nouveaux entrants en donnant acc\u00e8s aux informations par un canal de communication s\u00e9curis\u00e9, l\u2019interface de programmation applicative (API). La date d\u2019application, fix\u00e9e au 14 septembre 2019, a \u00e9t\u00e9 report\u00e9e. Cette deuxi\u00e8me directive oblige les banques \u00e0 fournir l\u2019acc\u00e8s aux donn\u00e9es de leurs clients, avec l\u2019accord de ces derniers, \u00e0 deux prestataires tiers de services de paiement\u00a0: le prestataire de \u00ab\u00a0services d\u2019initiation de paiement\u00a0\u00bb\u00a0(SoFort, Adyen, HiPay, PayPal) et le prestataire de \u00ab\u00a0service d\u2019agr\u00e9gation d\u2019informations\u00a0\u00bb. La DSP2 a mis fin au monopole bancaire sur le march\u00e9 des paiements.<\/p>\n<p><strong><em>Au niveau \u00e9conomique, l\u2019\u00e9conomie des plateformes r\u00e9duit fortement les barri\u00e8res \u00e0 l\u2019<\/em><\/strong><strong><em>entr\u00e9<\/em><\/strong><strong><em>e.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>L\u2019approche \u00e9conomique des plateformes s\u2019appuie \u00e0 l\u2019origine sur deux courants th\u00e9oriques\u00a0: l\u2019approche par les r\u00e9seaux et l\u2019approche par la fixation des prix sur un march\u00e9 biface. L\u2019approche par les r\u00e9seaux s\u2019int\u00e9resse au processus d\u2019interm\u00e9diation \u00e9conomique entre producteurs et utilisateurs. Les externalit\u00e9s positives de r\u00e9seaux apparaissent d\u00e8s lors que la satisfaction que retire un agent de son adh\u00e9sion \u00e0 un r\u00e9seau \u00e9conomique est positivement corr\u00e9l\u00e9e au nombre d\u2019utilisateurs de ce r\u00e9seau. Selon Katz et Shapiro (1985), les effets d\u2019externalit\u00e9s de r\u00e9seaux sont de deux ordres\u00a0: les effets de r\u00e9seau directs (t\u00e9l\u00e9phone, fax, courriels\u2026) et les effets de r\u00e9seau indirects\u00a0(Google, Uber\u2026)<\/p>\n<p>L\u2019approche par la fixation des prix sur un march\u00e9 biface est plus centr\u00e9e sur la fixation et la structure des prix apparaissant sur chaque face du march\u00e9 ainsi que la comp\u00e9tition entre plateformes. Les strat\u00e9gies des plateformes ont une incidence importante sur le fonctionnement des march\u00e9 bifaces, notamment en termes de tarification ou de r\u00e9gulation de la concurrence entre les agents. Un march\u00e9 biface est d\u00e9fini comme \u00ab\u00a0<em>un march\u00e9 o\u00f9 une plateforme permet des interactions entre des utilisateurs et tente de \u00ab\u00a0faire monter \u00e0 bord\u00a0\u00bb chaque face du march\u00e9, par une tarification appropri\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb (Rochet et Tirole, 2006). Une particularit\u00e9 des march\u00e9s bifaces est l\u2019asym\u00e9trie de la structure des prix entre chacune des deux faces du march\u00e9.<\/p>\n<h3><strong>2. Les Bigtechs face aux banques commerciales traditionnelles<\/strong><\/h3>\n<p>Les Bigtechs poss\u00e8dent un large pouvoir de march\u00e9 sur de nombreux pans de notre \u00e9conomie et des ressources financi\u00e8res colossales. Face \u00e0 ce constat, quelle est l\u2019ampleur de la menace de ces g\u00e9ants du num\u00e9rique pour les banques\u00a0?<\/p>\n<h5><strong>2.1 Un pouvoir de march\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent et une puissance financi\u00e8<\/strong><strong>re consid\u00e9rable sont les atouts principaux des Bigtechs<\/strong><\/h5>\n<p><strong><em>Les m\u00e9gadonn\u00e9es (\u00ab\u00a0big data\u00a0\u00bb)\u00a0sont un des leviers principaux des Bigtechs.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>La puissance des Bigtechs est consolid\u00e9e tout d\u2019abord par une des sp\u00e9cificit\u00e9s de l\u2019\u00e9conomie num\u00e9rique\u00a0: la collecte de donn\u00e9es personnelles \u00e0 grande \u00e9chelle et une mon\u00e9tisation de ces donn\u00e9es. Les Bigtechs se procurent chaque jour une immense quantit\u00e9 de donn\u00e9es personnelles provenant des requ\u00eates de recherche, des plateformes de commerce \u00e9lectronique ou encore de r\u00e9seaux sociaux. Ces donn\u00e9es portent sur les habitudes de consommation, de paiement, d\u2019achat, etc. Des Bigtechs comme Google ou Facebook tirent leurs revenus du ciblage consistant \u00e0 collecter des donn\u00e9es aupr\u00e8s de leurs utilisateurs pour fournir aux annonceurs des espaces publicitaires cibl\u00e9s. D\u2019abord gratuites, la plupart des donn\u00e9es sont maintenant payantes et constituent l\u2019actif principal de ces entreprises. De plus, gr\u00e2ce \u00e0 leur capacit\u00e9 technologique, les Bigtechs parviennent \u00e0 exploiter leurs importantes bases de donn\u00e9es et ainsi \u00e0 mettre en place des services de paiement parfaitement adapt\u00e9s aux attentes de leur client\u00e8le.<\/p>\n<p><strong><em>Les Bigtechs disposent de ressources financi\u00e8res colossales.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 leur pr\u00e9\u00e9minence dans certains secteurs et \u00e0 leurs r\u00e9serves de liquidit\u00e9s, elles sont en mesure de p\u00e9n\u00e9trer un march\u00e9, de le dominer et d\u2019utiliser la technologie pour instaurer des barri\u00e8res \u00e0 l\u2019entr\u00e9e. Leur situation financi\u00e8re leur permet d\u2019investir dans des technologies de pointe, des solutions de paiement innovantes et d\u2019\u00eatre toujours plus comp\u00e9titives. La ma\u00eetrise de leurs co\u00fbts marginaux leur permet d\u2019\u00eatre tr\u00e8s attractives, et m\u00eame de proposer des services gratuits.<\/p>\n<p>La capitalisation boursi\u00e8re des GAFA est 25 fois sup\u00e9rieure \u00e0 celle de l\u2019ensemble des Fintechs et trois fois sup\u00e9rieure \u00e0 toutes les entreprises du CAC 40 d\u2019apr\u00e8s le rapport \u00ab\u00a0GAFAnomics \u2013 Quaterly\u00a0\u00bb, publi\u00e9 par Fabernovel en f\u00e9vrier 2021.\u00a0 En 2020, les GAFA ont cumul\u00e9 un chiffre d\u2019affaires sup\u00e9rieur \u00e0 1\u00a0000 milliards de dollars (<strong>graphique<\/strong>).<\/p>\n<p><strong><em>La perc\u00e9e des Bigtechs dans les technologies de pointe<\/em><\/strong><\/p>\n<p>La fuite en avant technologique des Bigtechs comme les m\u00e9gadonn\u00e9es, l\u2019informatique en nuage (\u00ab\u00a0<em>cloud computing<\/em>\u00a0\u00bb), l\u2019intelligence artificielle et la blockchain leur conf\u00e8re des avantages concurrentiels importants et favorise leur incursion dans le secteur bancaire et financier.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00a0<\/strong><strong>Graphique : Chiffre d\u2019affaires des GAFAM en 2019 et 2020 <\/strong>&#8211; <em>En milliards de dollars US<\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_5936\" style=\"width: 1537px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-5936\" class=\"size-full wp-image-5936\" src=\"http:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/icn.png\" alt=\"\" width=\"1527\" height=\"997\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/icn.png 1527w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/icn-300x196.png 300w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/icn-1024x669.png 1024w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/icn-600x392.png 600w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/icn-1080x705.png 1080w\" sizes=\"(max-width: 1527px) 100vw, 1527px\" \/><p id=\"caption-attachment-5936\" class=\"wp-caption-text\">Sources\u00a0: Statista, rapports d\u2019entreprise<\/p><\/div>\n<h5><strong>2.2 La r\u00e9ponse des banques aux d\u00e9fis lanc\u00e9s par les Bigtechs<\/strong><\/h5>\n<p>Face \u00e0 la menace des Bigtechs, les banques traditionnelles ne sont pas cependant totalement d\u00e9munies. Elles disposent d&rsquo;atouts consid\u00e9rables face \u00e0 ces nouveaux acteurs\u00a0comme le rappelle Fran\u00e7ois Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France et Pr\u00e9sident de l\u2019ACPR\u00a0<em>: <\/em>\u00ab\u00a0<em>les banques disposent d&rsquo;une large client\u00e8le, de donn\u00e9es nombreuses et bien s\u00e9curis\u00e9es, d&rsquo;une forte exp\u00e9rience dans la gestion des risques et la conformit\u00e9 aux exigences r\u00e9glementaires<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Elles ont d\u2019abord une histoire longue qui inspire la confiance au consommateur. Elles restent des acteurs de confiance malgr\u00e9 la crise financi\u00e8re (Bouyala, 2015) et continuent \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une forte notori\u00e9t\u00e9 ainsi que d\u2019une bonne r\u00e9putation en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 et de protection des donn\u00e9es de leurs clients dans un contexte o\u00f9 les pratiques de certains grands acteurs du num\u00e9rique posent probl\u00e8me<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>.\u00a0 Par ailleurs, elles apportent aux clients de v\u00e9ritables conseils gr\u00e2ce \u00e0 une forte culture de l&rsquo;exp\u00e9rience client. Dans les banques traditionnelles, que certains qualifient de \u00ab\u00a0banques relationnelles\u00a0\u00bb, les conseillers accompagnent les projets de vie de leurs clients ou les projets d&rsquo;entreprises. Elles ont \u00e9galement une grande exp\u00e9rience en mati\u00e8re de conformit\u00e9 pour la lutte contre le blanchiment, la fraude et autres d\u00e9lits financiers. Par ailleurs, elles disposent d\u2019une forte implantation g\u00e9ographique \u00e0 travers le r\u00e9seau des agences et d\u2019une proximit\u00e9 avec le consommateur. Il y a 37 000 agences bancaires en France en 2016, soit 549 agences pour un million d&rsquo;habitants, et la France se situe ainsi largement au-dessus de la moyenne europ\u00e9enne juste apr\u00e8s l&rsquo;Espagne. Enfin, elles investissent dans la recherche et d\u00e9veloppement pour favoriser l\u2019int\u00e9gration d\u2019innovations dans leurs offres de services.<\/p>\n<p>Les banques fran\u00e7aises ont multipli\u00e9 les initiatives pour r\u00e9pondre aux d\u00e9fis de la r\u00e9volution num\u00e9rique. Leurs strat\u00e9gies s&rsquo;articulent autour de quatre axes : transformation de leurs mod\u00e8les d&rsquo;affaires (\u00ab\u00a0<em>business models<\/em>\u00a0\u00bb), am\u00e9lioration de la relation client, modernisation des syst\u00e8mes d&rsquo;information et r\u00e9orientation de la culture d&rsquo;entreprise vers l&rsquo;innovation.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9mergence des Bigtech ne signe pas la fin des banques, car ces derni\u00e8res ont su s&rsquo;adapter aux nouvelles technologies. La banque de demain sera une combinaison de num\u00e9rique et d&rsquo;humain, et non un simple acteur de la banque en ligne. A l&rsquo;instar de la grande distribution, le num\u00e9rique ne devra pas rel\u00e9guer au second plan l&rsquo;agence physique, et l&rsquo;enjeu sera d&rsquo;assurer un d\u00e9veloppement harmonieux des deux. La banque du futur sera \u00ab\u00a0phygitale\u00a0\u00bb, combinant num\u00e9rique et pr\u00e9sence physique.<\/p>\n<h3><strong>3. Conclusion<\/strong><\/h3>\n<p>Les banques doivent se transformer pour faire face \u00e0 la menace des Bigtechs. Cela suppose\u00a01) une \u00e9volution des m\u00e9tiers de la banque\u00a0; 2) une int\u00e9gration dans un nouvel \u00e9cosyst\u00e8me num\u00e9rique\u00a0: m\u00e9gadonn\u00e9es, syst\u00e8me bancaire ouvert, coop\u00e9ration plut\u00f4t que concurrence entre offreurs, \u00ab\u00a0plateformisation\u00a0\u00bb des mod\u00e8les \u00e9conomiques des banques, mod\u00e8le \u00ab\u00a0<em>banking as a service<\/em>\u00a0\u00bb\u2026, 3) la cr\u00e9ation d\u2019une banque \u00ab\u00a0omnicanal\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire une int\u00e9gration des diff\u00e9rents canaux de distribution et de communication.<\/p>\n<p>Les vell\u00e9it\u00e9s des Bigtechs constituent non seulement un d\u00e9fi majeur pour les banques traditionnelles mais \u00e9galement un risque pour la stabilit\u00e9 financi\u00e8re et un enjeu de souverainet\u00e9 pour l\u2019Europe dans la mesure o\u00f9 les principaux g\u00e9ants du num\u00e9rique sont non europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Le 9 d\u00e9cembre 2019, le Conseil de stabilit\u00e9 financi\u00e8re a publi\u00e9 un rapport qui examine les risques de l\u2019entr\u00e9e des Bigtechs pour la stabilit\u00e9 financi\u00e8re. De son c\u00f4t\u00e9, sans faire vraiment r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019affaire Wirecard<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>, le r\u00e9gulateur europ\u00e9en, en r\u00e9ponse \u00e0 une consultation de la Commission europ\u00e9enne sur les services financiers num\u00e9riques, a d\u00e9nonc\u00e9 \u00ab\u00a0<em>les risques li\u00e9s \u00e0 l\u2019utilisation de technologies innovantes<\/em>\u00a0\u00bb. Il rappelle que l\u2019incursion des soci\u00e9t\u00e9s de technologie dans les services financiers doit \u00ab\u00a0<em>inciter \u00e0 repenser la surveillance prudentielle<\/em>\u00a0\u00bb, d\u2019apr\u00e8s le principe \u00ab\u00a0<em>m\u00eame activit\u00e9, m\u00eame risque, m\u00eame surveillance, m\u00eame r\u00e9glementation<\/em>\u00a0\u00bb. Pour la Banque centrale europ\u00e9enne, la trop forte concentration sur quelques fournisseurs pourrait avoir \u00ab\u00a0<em>un impact syst\u00e9mique sur le syst\u00e8me financier, en cas de d\u00e9faillances op\u00e9rationnelles ou de cyberattaques cibl\u00e9es<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Enfin, les Bigtechs vont cr\u00e9er des syst\u00e8mes mon\u00e9taires qui vont concurrencer les banques centrales, voire les Etats, et porter atteinte \u00e0 la souverainet\u00e9 mon\u00e9taire europ\u00e9enne, comme le montre l\u2019exemple de la libra. Face \u00e0 cette menace, certaines banques europ\u00e9ennes travaillent \u00e0 la conception d\u2019une solution paneurop\u00e9enne des paiements dans le cadre du projet PEPS-I (<em>Pan European Payment System Initiative<\/em>) rebaptis\u00e9 <em>European Payments Initiative<\/em> (EPI)<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, qui pourrait \u00eatre reconnue comme une avanc\u00e9e majeure.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Cet article a \u00e9t\u00e9 initialement publi\u00e9 le 20 mai 2021.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><em><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Facebook a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 une grande crise de confiance apr\u00e8s une s\u00e9rie de scandales relatifs \u00e0 sa gestion des donn\u00e9es personnelles.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Wirecard est une jeune pousse (\u00ab\u00a0start-up\u00a0\u00bb) allemande qui proposait un service de paiement s\u00e9curis\u00e9 sur internet. Fond\u00e9e en 1999, elle \u00e9tait devenue une r\u00e9f\u00e9rence pour les paiements en ligne. Mais en juin 2020, Wirecard est accus\u00e9e d\u2019une fraude d\u2019environ 2 milliards d\u2019euros dans ses comptes, d\u00e9clenchant un scandale financier sans pr\u00e9c\u00e9dent dans le pays.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> EPI est une initiative d\u2019int\u00e9gration des paiements de la BCE ayant pour objectif de proposer une solution de paiement num\u00e9rique utilisable partout en Europe.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le paysage bancaire a consid\u00e9rablement chang\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es avec l&rsquo;apparition de nouveaux acteurs (banques en ligne, n\u00e9obanques, Fintechs, g\u00e9ants du net, op\u00e9rateurs t\u00e9l\u00e9coms) et l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration de la num\u00e9risation des processus. L\u2019irruption des g\u00e9ants du num\u00e9rique dans la sph\u00e8re financi\u00e8re, notamment dans le domaine des paiements, est devenue une r\u00e9alit\u00e9. 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