{"id":5833,"date":"2021-04-08T07:25:51","date_gmt":"2021-04-08T05:25:51","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=5833"},"modified":"2021-04-08T07:55:05","modified_gmt":"2021-04-08T05:55:05","slug":"lannulation-des-creances-dune-banque-centrale-sur-letat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=5833","title":{"rendered":"L\u2019annulation des cr\u00e9ances d\u2019une banque centrale sur l\u2019Etat"},"content":{"rendered":"<p><em>Cet article reproduit celui publi\u00e9 par Fran\u00e7ois Ecalle sur\u00a0son site <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.fipeco.fr\/commentaire\/L%27annulation%20des%20cr%C3%A9ances%20d%27une%20banque%20centrale%20sur%20l%27Etat\">FIPECO, le 25 mars dernier<\/a><\/span><\/span>.<\/em><\/p>\n<p>Environ 25 % des dettes publiques des pays de la zone euro \u00e9taient d\u00e9tenues par la BCE et les banques centrales nationales \u00e0 la fin de 2020<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Un groupe d\u2019\u00e9conomistes europ\u00e9ens a demand\u00e9 leur annulation dans une <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/annulation-dette-publique-bce.com\/\">tribune<\/a><\/span><\/span><a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><u>[2]<\/u><\/a> publi\u00e9e au d\u00e9but de 2021, les gouvernements devant en contrepartie s\u2019engager \u00e0 \u00ab\u00a0investir les m\u00eames montants dans la reconstruction \u00e9cologique et sociale\u00a0\u00bb. L\u2019utilit\u00e9 \u00e9ventuelle et les risques d\u2019une telle annulation sont d\u2019abord examin\u00e9s de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale avant de pr\u00e9senter les particularit\u00e9s de la zone euro qui la rendraient encore plus risqu\u00e9e.<\/p>\n<h3>Une annulation inutile<\/h3>\n<p>La dette publique est \u00ab\u00a0soutenable\u00a0\u00bb si l\u2019Etat reste toujours capable d\u2019honorer les engagements pris lorsqu\u2019il contracte un emprunt, \u00e0 savoir en payer les int\u00e9r\u00eats et en rembourser le principal<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>Si un Etat pouvait emprunter sans limite aupr\u00e8s de sa banque centrale et lui r\u00e9emprunter automatiquement pour rembourser ses dettes, la dette publique serait toujours soutenable et l\u2019annulation des cr\u00e9ances de la banque centrale serait inutile. Elle serait \u00e9galement inutile si l\u2019Etat pouvait se financer en \u00e9mettant sans limite des obligations perp\u00e9tuelles souscrites par la banque centrale.<\/p>\n<p>Une banque centrale ne peut cependant pas financer ind\u00e9finiment un Etat, que ce soit en renouvelant automatiquement ses cr\u00e9ances sur celui-ci ou en souscrivant \u00e0 des obligations perp\u00e9tuelles. Elle a en effet pour mandat de lutter contre l\u2019inflation et, si celle-ci d\u00e9passe durablement sa cible, ce qui ne peut pas \u00eatre exclu \u00e0 plus ou moins long terme, elle doit r\u00e9duire ses cr\u00e9ances sur l\u2019\u00e9conomie, y compris sur l\u2019Etat.<\/p>\n<p>L\u2019annulation des cr\u00e9ances de la banque centrale pourrait donc avoir \u00e9ventuellement une utilit\u00e9 seulement parce que l\u2019inflation risquerait alors de repartir durablement.<\/p>\n<p>Un Etat doit, un jour ou l\u2019autre, se passer des financements de sa banque centrale et emprunter sur les march\u00e9s financiers. Il doit donc convaincre en permanence les acteurs de ces march\u00e9s que l\u2019endettement public est soutenable. Les conditions de cette soutenabilit\u00e9 sont multiples et varient d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre et d\u2019une p\u00e9riode \u00e0 l\u2019autre. La cr\u00e9dibilit\u00e9 des politiques publiques est particuli\u00e8rement n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Les \u00e9conomistes consid\u00e8rent n\u00e9anmoins en g\u00e9n\u00e9ral que, pour assurer la soutenabilit\u00e9 de son endettement, l\u2019Etat doit au moins convaincre ses cr\u00e9anciers priv\u00e9s que sa dette n\u2019augmentera pas ind\u00e9finiment en pourcentage du PIB. Celui-ci est en effet une mesure approximative de l\u2019assiette des pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires et la possibilit\u00e9 de les augmenter constitue la garantie ultime des cr\u00e9anciers de l\u2019Etat.<\/p>\n<p>Pour stabiliser la dette publique en pourcentage du PIB, ind\u00e9pendamment du niveau des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, il faut stabiliser le d\u00e9ficit public \u00e0 un niveau \u00e9gal au produit de la dette par le taux de croissance du PIB en valeur. Si, par exemple, celui-ci est de 3,0 %, le d\u00e9ficit doit \u00eatre stabilis\u00e9 \u00e0 3,6 % du PIB pour stabiliser la dette \u00e0 120 % du PIB<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>Pour stabiliser le d\u00e9ficit sans augmenter les pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires, il faut que les d\u00e9penses publiques n\u2019augmentent pas plus vite que le PIB. Ce sera m\u00e9caniquement le cas dans les ann\u00e9es 2021 et 2022, voire 2023, car la croissance du PIB sera forte du fait du rebond de l\u2019activit\u00e9 tandis que celle des d\u00e9penses sera faible du fait de la disparition des mesures ponctuelles d\u2019urgence et de relance. Il s\u2019agit donc de ma\u00eetriser les d\u00e9penses \u00e0 un horizon plus \u00e9loign\u00e9.<\/p>\n<p>Ce sera un objectif difficile \u00e0 atteindre en France pour des raisons politiques et sociales, parce que toute tentative de ma\u00eetrise des d\u00e9penses publiques y est pr\u00e9sent\u00e9e comme excessivement \u00ab\u00a0aust\u00e9ritaire\u00a0\u00bb. C\u2019est n\u00e9anmoins techniquement et \u00e9conomiquement possible et souhaitable dans un pays qui se situait en 2019 \u00e0 la premi\u00e8re place de l\u2019OCDE pour la part de ses d\u00e9penses publiques dans le PIB et o\u00f9 les \u00e9conomies envisageables sont nombreuses.<\/p>\n<p>Les partisans d\u2019une annulation des cr\u00e9ances des banques centrales sur les Etats craignent que la ma\u00eetrise des d\u00e9penses publiques fasse obstacle \u00e0 la hausse des investissements publics n\u00e9cessaire pour relever le potentiel de production de l\u2019\u00e9conomie et assurer la transition \u00e9nerg\u00e9tique. Toutefois, comme le montre une autre note publi\u00e9e sur le site FIPECO<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, les besoins d\u2019investissements publics suppl\u00e9mentaires, qui ne sont pas document\u00e9s en dehors du champ de la transition \u00e9nerg\u00e9tique, peuvent \u00eatre financ\u00e9s, d\u2019abord en \u00e9vitant de retenir des projets dont le b\u00e9n\u00e9fice socio-\u00e9conomique est insuffisant et ensuite en red\u00e9ployant des d\u00e9penses de fonctionnement vers les d\u00e9penses d\u2019investissement.<\/p>\n<p>En outre, l\u2019annulation des cr\u00e9ances actuelles de la banque centrale sur l\u2019Etat ne donnerait aucun moyen suppl\u00e9mentaire \u00e0 celui-ci pour financer des investissements, ou toute autre mesure budg\u00e9taire, dans les prochaines ann\u00e9es. La banque centrale a d\u00e9j\u00e0 cr\u00e9\u00e9 de la monnaie quand elle a pr\u00eat\u00e9 \u00e0 l\u2019Etat et n\u2019en cr\u00e9erait pas plus en annulant sa cr\u00e9ance.<\/p>\n<p>Cette annulation se traduirait par le jeu d\u2019\u00e9critures suivant dans les comptes de l\u2019Etat et de la banque centrale\u00a0: la dette de l\u2019Etat diminuerait mais la valeur de ses actifs (ses actions de la banque centrale dont il est l\u2019unique actionnaire) diminuerait d\u2019autant\u00a0(la <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.fipeco.fr\/fiche\/Les-d%C3%A9finitions-du-d%C3%A9ficit-et-de-la-dette-publics\">dette nette<\/a><\/span><\/span><a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><u>[6]<\/u><\/a> des administrations publiques ne changerait pas) ; les actifs de la banque centrale diminueraient \u00e9galement, tout comme ses fonds propres qui deviendraient fortement n\u00e9gatifs (si la banque centrale ne peut pas avoir des fonds propres n\u00e9gatifs, l\u2019Etat doit la recapitaliser en empruntant sur les march\u00e9s)\u00a0; le bilan consolid\u00e9 de l\u2019Etat et de la banque centrale ne changerait pas. La banque centrale recevrait moins d\u2019int\u00e9r\u00eats de l\u2019Etat au cours des ann\u00e9es suivantes mais lui verserait moins d\u2019imp\u00f4t sur les soci\u00e9t\u00e9s et de dividendes.<\/p>\n<p>Il est certes vrai que l\u2019Etat n\u2019aurait pas \u00e0 rembourser ses dettes envers la banque centrale, \u00e0 l\u2019\u00e9ch\u00e9ance de leur remboursement dans quelques ann\u00e9es, ce qui lui \u00e9viterait de faire appel au march\u00e9 financier si la reprise de l\u2019inflation conduisait la banque centrale \u00e0 ne plus lui pr\u00eater. L\u2019annulation des cr\u00e9ances de la banque centrale reste cependant inutile si la soutenabilit\u00e9 de la dette publique est pr\u00e9serv\u00e9e et si l\u2019Etat peut donc continuer \u00e0 emprunter et faire rouler sa dette sur les march\u00e9s financiers.<\/p>\n<h3>Une annulation dangereuse<\/h3>\n<p>Les partisans de l\u2019annulation avancent g\u00e9n\u00e9ralement qu\u2019elle serait exceptionnelle car justifi\u00e9e par une crise elle-m\u00eame exceptionnelle. Il n\u2019y a cependant aucune raison pour qu\u2019elle reste exceptionnelle. Les besoins d\u2019investissements (transition climatique, nouvelles technologies\u2026), de services publics (sant\u00e9, s\u00e9curit\u00e9, \u00e9ducation\u2026) et de prestations sociales en faveur des plus d\u00e9munis sont illimit\u00e9s. Si l\u2019Etat peut les financer en empruntant \u00e0 la banque centrale et si celle-ci peut annuler aussit\u00f4t cette dette par un simple jeu d\u2019\u00e9critures comptables, la pression politique et sociale sur la banque centrale sera irr\u00e9sistible pour financer ainsi une forte augmentation des d\u00e9penses publiques et une r\u00e9duction tout aussi forte des imp\u00f4ts, comme la TVA, qui aujourd\u2019hui financent les services publics.<\/p>\n<p>Cette forte aggravation du d\u00e9ficit public aurait certes un impact favorable \u00e0 court terme sur l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique mais les ressources suppl\u00e9mentaires vers\u00e9es aux m\u00e9nages et entreprises les conduiraient \u00e9galement \u00e0 acheter beaucoup plus de produits import\u00e9s. L\u2019endettement du pays vis-\u00e0-vis des non-r\u00e9sidents s\u2019accro\u00eetrait et il deviendrait difficile de leur emprunter en monnaie nationale, ce qui se traduirait en pratique par une hausse des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat et\/ou une d\u00e9pr\u00e9ciation du change.<\/p>\n<p>Celle-ci amplifierait les effets inflationnistes qu\u2019une telle politique risquerait d\u2019entra\u00eener plus ou moins vite. Si l\u2019inflation a \u00e9t\u00e9 ma\u00eetris\u00e9e dans les pays de l\u2019OCDE depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es et a pu para\u00eetre insuffisante au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, on ne peut pas exclure qu\u2019elle reparte fortement, en raison de politiques budg\u00e9taires tr\u00e8s expansionnistes mais aussi de facteurs plus structurels comme une r\u00e9duction de la pression concurrentielle des pays \u00e9mergents du fait de mesures protectionnistes. Si elle ne devait jamais repartir, l\u2019annulation des cr\u00e9ances de la banque centrale sur l\u2019Etat n\u2019aurait d\u2019ailleurs aucune utilit\u00e9 comme on l\u2019a vu plus haut.<\/p>\n<p>L\u2019anticipation des effets inflationnistes d\u2019une annulation des dettes publiques d\u00e9tenues par la banque centrale pourrait entra\u00eener tr\u00e8s vite une hausse des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat support\u00e9s par les entreprises et les m\u00e9nages, au d\u00e9triment de l\u2019investissement priv\u00e9.<\/p>\n<p>La perte de confiance dans la monnaie nationale pourrait faciliter le d\u00e9veloppement de moyens \u00e9lectroniques priv\u00e9s de paiement adoss\u00e9s \u00e0 un panier de monnaies internationales comme le propose Facebook.<\/p>\n<p>Les partisans de la \u00ab\u00a0th\u00e9orie mon\u00e9taire moderne\u00a0\u00bb, auxquels les d\u00e9fenseurs de l\u2019annulation se r\u00e9f\u00e8rent souvent, consid\u00e8rent que le gouvernement pourra toujours augmenter les imp\u00f4ts ou baisser les d\u00e9penses publiques pour r\u00e9duire le d\u00e9ficit budg\u00e9taire et ainsi ma\u00eetriser l\u2019inflation ou r\u00e9tablir l\u2019\u00e9quilibre de la balance des paiements. Ce \u00ab\u00a0tournant de la rigueur\u00a0\u00bb serait toutefois tr\u00e8s difficile \u00e0 faire accepter \u00e0 une population qui aurait pris l\u2019habitude de voir toutes les revendications sociales satisfaites en recourant \u00e0 la \u00ab\u00a0planche \u00e0 billets\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les banques centrales ont \u00e9t\u00e9 rendues ind\u00e9pendantes avec pour mandat de lutter contre l\u2019inflation parce que les Etats qui les contr\u00f4laient ont souvent \u00e9t\u00e9 incapables de prendre suffisamment vite les mesures n\u00e9cessaires pour arr\u00eater l\u2019inflation et la d\u00e9pr\u00e9ciation de la monnaie. Dans certains pays, cette \u00ab\u00a0domination budg\u00e9taire\u00a0de la politique mon\u00e9taire\u00a0\u00bb a provoqu\u00e9 une hyperinflation.<\/p>\n<p>L\u2019annulation des cr\u00e9ances de la banque centrale sur l\u2019Etat risque de conduire sur cette voie p\u00e9rilleuse.<\/p>\n<h3>Des risques particuliers dans la zone euro<\/h3>\n<p>Les banques centrales nationales des pays de la zone euro mettent en \u0153uvre la politique mon\u00e9taire d\u00e9cid\u00e9e par les instances dirigeantes de la BCE, conseil des gouverneurs et directoire, pour atteindre des objectifs et en respectant des r\u00e8gles qui ont \u00e9t\u00e9 fix\u00e9s par le trait\u00e9 de Maastricht. Une annulation des cr\u00e9ances d\u2019une banque centrale nationale sur un Etat, ou de toutes les banques centrales nationales sur leur Etat, devrait \u00eatre d\u00e9cid\u00e9e par la BCE et ne pourrait l\u2019\u00eatre que si elle \u00e9tait conforme au trait\u00e9.<\/p>\n<p>Une telle annulation n\u2019est pas express\u00e9ment interdite par le trait\u00e9, car ceux qui l\u2019ont n\u00e9goci\u00e9 et r\u00e9dig\u00e9 ne l\u2019avaient certainement pas imagin\u00e9e, mais elle est manifestement contraire \u00e0 son esprit. Le trait\u00e9 interdit en effet le financement d\u2019un Etat par sa banque centrale ou la BCE pour en \u00e9viter les effets inflationnistes. Or une premi\u00e8re annulation de dettes publiques conduirait in\u00e9vitablement \u00e0 une remise en cause de l\u2019ind\u00e9pendance de la BCE pour qu\u2019elle finance en permanence les Etats en annulant aussit\u00f4t ses cr\u00e9ances et pourrait conduire \u00e0 une inflation que la BCE n\u2019aurait plus les moyens de ma\u00eetriser, ce qui est incompatible avec le trait\u00e9.<\/p>\n<p>Les partisans de l\u2019annulation des dettes publiques font observer que les achats de titres publics par la BCE sur le march\u00e9 secondaire, \u00e9conomiquement \u00e9quivalents \u00e0 des souscriptions directes d\u2019emprunts publics, pourraient \u00e9galement para\u00eetre contraires \u00e0 l\u2019esprit du trait\u00e9 avant la crise de 2009 et ont finalement \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre \u00e0 tr\u00e8s grande \u00e9chelle.<\/p>\n<p>Cependant, en achetant des obligations publiques, la BCE garde la possibilit\u00e9 de ne pas renouveler cette op\u00e9ration lorsqu\u2019elles arrivent \u00e0 maturit\u00e9 et donc de r\u00e9duire ses cr\u00e9ances en fonction des perspectives d\u2019\u00e9volution de l\u2019inflation. En annulant ces cr\u00e9ances, elle se priverait d\u2019un instrument lui permettant de remplir son mandat et elle s\u2019exposerait \u00e0 une pression politique tr\u00e8s forte pouvant conduire \u00e0 remettre en cause son ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>En outre, les mesures non conventionnelles mises en \u0153uvre par la BCE ont souvent \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 la majorit\u00e9 de son conseil et malgr\u00e9 l\u2019opposition des gouverneurs des banques centrales d\u2019Allemagne et des pays dits frugaux. Elles sont souvent contest\u00e9es dans ces pays et la Cour de Karlsruhe, l\u2019\u00e9quivalent allemand du Conseil constitutionnel, a envoy\u00e9 un avertissement en 2020 \u00e0 la BCE et \u00e0 la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne en leur rappelant qu\u2019elles ne sont pas au-dessus du trait\u00e9 et qu\u2019elles doivent le respecter.<\/p>\n<p>Les Britanniques ont vot\u00e9 pour la sortie de l\u2019Union europ\u00e9enne, entre autres raisons, parce qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 convaincus de trop payer pour les autres pays europ\u00e9ens. Les provinces de certains pays demandent leur ind\u00e9pendance parce qu\u2019elles estiment trop payer pour les autres. On ne peut pas exclure que des pays du Nord veuillent sortir de la zone euro parce que leur population aura \u00e9t\u00e9 persuad\u00e9e que les dettes des pays du Sud ont \u00e9t\u00e9 effac\u00e9es \u00e0 leur d\u00e9triment. C\u2019est la France qui a voulu l\u2019euro parce que sa politique mon\u00e9taire devait suivre en permanence celle de l\u2019Allemagne pour \u00e9viter les d\u00e9valuations \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition. L\u2019Allemagne et les Pays-Bas n\u2019avaient pas besoin de l\u2019euro pour exporter avant sa cr\u00e9ation et n\u2019en ont probablement toujours pas besoin. La zone euro ne peut pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme \u00e9ternelle.<\/p>\n<p>Une n\u00e9gociation tr\u00e8s importante devrait avoir lieu dans les prochains mois sur les r\u00e8gles budg\u00e9taires europ\u00e9ennes. S\u2019il semble assez largement admis que la priorit\u00e9 devrait \u00eatre donn\u00e9e \u00e0 une r\u00e8gle d\u2019\u00e9volution des d\u00e9penses publiques tenant compte de la croissance potentielle et des mesures relatives aux pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires, c\u2019est-\u00e0-dire une r\u00e8gle d\u2019effort structurel, il reste \u00e0 d\u00e9cider ce que deviendront les seuils de 3 % et 60 % du PIB. Juridiquement, un effort structurel minimal doit en effet \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 si le d\u00e9ficit est sup\u00e9rieur \u00e0 3 % du PIB ou si la dette n\u2019est pas sur une pente descendante quand elle est sup\u00e9rieure \u00e0 60 %. Or une dette publique sup\u00e9rieure \u00e0 60 % du PIB peut \u00eatre soutenable et certains pays ne pourront jamais revenir au-dessous de ce seuil.<\/p>\n<p>Ces seuils de 3 et 60 % du PIB ne sont pas dans le trait\u00e9 mais dans un protocole qui lui est annex\u00e9 et dont la proc\u00e9dure de modification lui est particuli\u00e8re. Il reste qu\u2019une telle modification requiert l\u2019unanimit\u00e9 du Conseil de l\u2019Union europ\u00e9enne, qui sera tr\u00e8s difficile \u00e0 obtenir. Il serait contre-productif d\u2019engager ces n\u00e9gociations en irritant nos partenaires avec des propositions d\u2019annulation des dettes publiques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p><em><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\">https:\/\/www.ofce.sciences-po.fr\/blog\/dettes-publiques-les-banques-centrales-a-la-rescousse\/<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\">https:\/\/annulation-dette-publique-bce.com\/<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> La dette publique est la dette consolid\u00e9e de l\u2019ensemble des administrations publiques mais, par souci de simplification, on consid\u00e8re dans cette note qu\u2019elle est port\u00e9e par l\u2019Etat seul.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> La note <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/fipeco.fr\/fiche\/Lendettement-public-de-la-France-est-il-soutenable-%3F\">https:\/\/fipeco.fr\/fiche\/Lendettement-public-de-la-France-est-il-soutenable-%3F<\/a><\/span><\/span> d\u00e9veloppe plus pr\u00e9cis\u00e9ment les conditions de soutenabilit\u00e9 de la dette publique<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\">https:\/\/fipeco.fr\/fiche\/Faut-il-faire-plus-dinvestissements-publics-%3F#haut<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Voir <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.fipeco.fr\/fiche\/Les-d%C3%A9finitions-du-d%C3%A9ficit-et-de-la-dette-publics\">https:\/\/www.fipeco.fr\/fiche\/Les-d%C3%A9finitions-du-d%C3%A9ficit-et-de-la-dette-publics<\/a><\/span><\/span> pour une d\u00e9finition du d\u00e9ficit et de la dette publics<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article reproduit celui publi\u00e9 par Fran\u00e7ois Ecalle sur\u00a0son site FIPECO, le 25 mars dernier. Environ 25 % des dettes publiques des pays de la zone euro \u00e9taient d\u00e9tenues par la BCE et les banques centrales nationales \u00e0 la fin de 2020[1]. Un groupe d\u2019\u00e9conomistes europ\u00e9ens a demand\u00e9 leur annulation dans une tribune[2] publi\u00e9e au [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":193,"featured_media":5835,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[11],"tags":[],"class_list":["post-5833","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-macroeconomie","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5833","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/193"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5833"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5833\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/5835"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5833"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5833"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5833"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}