{"id":5648,"date":"2021-12-21T07:25:24","date_gmt":"2021-12-21T05:25:24","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=5648"},"modified":"2021-12-21T09:34:52","modified_gmt":"2021-12-21T07:34:52","slug":"la-bonne-fortune-du-juste-prix-lecture-du-livre-collectif-les-infortunes-du-juste-prix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=5648","title":{"rendered":"La bonne fortune du juste prix &#8211; Lecture du livre collectif \u00ab Les infortunes du juste prix \u00bb*"},"content":{"rendered":"<p>Les bons scolastiques du Moyen-\u00c2ge \u00e9taient hommes d\u2019\u00c9glise en m\u00eame temps que fins juristes. Et gens pragmatiques. Ils voyaient, nous sommes au 12e si\u00e8cle, l\u2019extraordinaire progression \u00e9conomique, d\u00e9mographique, institutionnelle et agricole de leurs soci\u00e9t\u00e9s, et la multiplication des \u00e9changes que cela provoquait. Il fallait comprendre, l\u00e9gif\u00e9rer, juger, orienter. Nombre d&rsquo;\u00e9crits sur le sujet des \u00e9changes \u00e9conomiques avaient un but pratique., par exemple publi\u00e9s sous la forme de guides pour aider les pr\u00eatres lors de la confession des fid\u00e8les, quand ceux-ci \u00e9taient de riches marchands. S\u2019agissant des \u00e9changes et des prix, ils en restaient \u00e0 cette r\u00e8gle venue du droit romain\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La valeur d<\/em><em>\u2019une chose est le prix auquel elle peut \u00eatre vendue, <\/em>sed communiter<em>\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>En simplifiant \u00e0 peine, l\u2019immense d\u00e9bat sur le \u00ab\u00a0juste prix\u00a0\u00bb tourne autour du sens \u00e0 donner \u00e0 cette simple phrase. La r\u00e9f\u00e9rence unique de prix est celle qui appara\u00eet lors des \u00e9changes sur un march\u00e9. Le juste prix est donc donn\u00e9 par le prix de march\u00e9, <em><u>sed<\/u><\/em><u> (mais\u00a0!) <em>communiter<\/em><\/u>. Pour marquer les choses de fa\u00e7on polaire, les uns diront \u00e0 propos de ce \u00ab\u00a0communiter\u00a0\u00bb\u00a0: 1- \u00e0 condition que l\u2019\u00e9change suive des proc\u00e9dures accept\u00e9es par la communaut\u00e9\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>; les autres diront\u00a0: 2- \u00e0 condition que l\u2019\u00e9change respecte des r\u00e8gles d\u2019\u00e9quit\u00e9 dans la communaut\u00e9\u00a0\u00bb, ceci obligeant l\u2019autorit\u00e9 publique \u00e0 suppl\u00e9er au march\u00e9 si l\u2019objectif d\u2019\u00e9quit\u00e9 n\u2019est pas rempli. Il y a bien s\u00fbr toutes les nuances interm\u00e9diaires entre ces deux lectures. Et le d\u00e9bat ira s\u2019\u00e9tendre sur environ cinq si\u00e8cles et concerner une multitude de march\u00e9s\u00a0: le bl\u00e9, les mati\u00e8res p\u00e9rissables, les biens durables et d\u2019investissement, etc., chacun d\u2019entre eux ob\u00e9issant \u00e0 une logique propre.<\/p>\n<p>[Pour pr\u00e9venir le lecteur de cette revue, je m\u2019inscrirais plut\u00f4t dans la lecture n\u00b01 signal\u00e9e ci-dessus, une lecture privil\u00e9gi\u00e9e par entre autres des auteurs comme Raymond de Roover ou Giacomo Todeschini. Voir pour r\u00e9f\u00e9rence <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.afse.fr\/fr\/news\/nouveau-billet-de-francois-meunier-2006\">ici sur le site de l\u2019AFSE<\/a><\/span><\/span> ou <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.finance-gestion.com\/vox-fi\/le-juste-prix-medieval-et-le-fonctionnement-des-marches\/\">l\u00e0 dans Vox-Fi<\/a><\/span>. \u00c0 noter aussi le marquage \u00ab\u00a0moral\u00a0\u00bb du terme fran\u00e7ais de juste prix, <em>justum pretium<\/em>, venu du latin. L\u2019anglais \u00ab\u00a0<em>fair price<\/em>\u00a0\u00bb est plus neutre axiologiquement, si l\u2019on se rappelle l\u2019\u00e9tymologie du mot <em>fair<\/em>, venu \u00e9galement, via l\u2019ancien fran\u00e7ais, du latin (<em>feriae<\/em>), qui a donn\u00e9 le mot \u00ab\u00a0foire\u00a0\u00bb en fran\u00e7ais. L\u2019ancrage marchand est imm\u00e9diatement affirm\u00e9.]<\/p>\n<p>On ne doit donc s\u2019\u00e9tonner \u2013 c\u2019est l\u2019un des apports du remarquable livre sous revue \u2013 qu\u2019il n\u2019y ait pas d\u2019interpr\u00e9tation univoque de cette notion de juste prix. Elle est marqu\u00e9e historiquement de multiples fa\u00e7ons, selon les auteurs, selon les probl\u00e9matiques concr\u00e8tes soulev\u00e9es et selon les p\u00e9riodes. Les r\u00e9flexions de l\u2019\u00e9poque de Thomas d\u2019Aquin (d\u00e9but du 13e si\u00e8cle) diff\u00e8rent de celles qu\u2019on peut lire apr\u00e8s la gigantesque crise ayant marqu\u00e9 le milieu du 14e si\u00e8cle ou plus encore de ce qu\u2019en disait la seconde scolastique au 16e si\u00e8cle. Avec ce point commun qu\u2019il s\u2019agit rarement de r\u00e9flexions purement th\u00e9oriques mais de r\u00e9ponses aux questions concr\u00e8tes que posait cette entr\u00e9e croissante dans une \u00e9conomie d\u2019\u00e9changes.<\/p>\n<p>Les contributeurs sont tous des historiens confirm\u00e9s, traitant de leur sujet avec une m\u00e9thodologie pointilleuse que les \u00e9conomistes seraient souvent bien venus de copier. V\u00e9ronique Chankowski, sp\u00e9cialiste de l\u2019\u00e9conomie sous l\u2019Antiquit\u00e9, fait ainsi une recension tr\u00e8s compl\u00e8te des d\u00e9bats et interpr\u00e9tations de ce qu\u2019\u00e9tait le prix de march\u00e9 dans la Gr\u00e8ce antique. Son regard est utile quand on sait l\u2019importance qu\u2019a eue Aristote dans les r\u00e9flexions sur le sujet au Moyen-\u00c2ge. Certaines lectures donnent au march\u00e9 de l\u2019\u00e9poque grecque la capacit\u00e9 naturelle d\u2019\u00e9tablir ce prix juste\u00a0; d\u2019autres soulignent la m\u00e9fiance qui pr\u00e9valait \u00e0 son endroit \u2013 c\u2019est le cas chez Aristote \u2013de sorte qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9cessaire de le contr\u00f4ler dans le sens du bien commun.<\/p>\n<p>Michela Barbot montre efficacement que beaucoup de biens, aux 17e et 18e si\u00e8cles, \u00e9chappaient \u00e0 la logique du march\u00e9, entendu comme proc\u00e9dure permettant l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un prix par l\u2019interaction de nombreux participants. Les exemples qu\u2019elle donne concernent souvent des biens uniques tel un actif immobilier pour lequel l\u2019\u00e9tablissement du prix suit une proc\u00e9dure d\u2019expertise, avec des r\u00e8gles de droit \u00e9tablies. Le lecteur se fait le commentaire qu\u2019ils ne sont pas en soi sp\u00e9cifiques de la p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e, ni ne sont en soi une critique devant \u00eatre port\u00e9e \u00e0 toute \u00e9conomie de march\u00e9. Il s\u2019agit ici de march\u00e9s tr\u00e8s particuliers, qu\u2019on observe aujourd\u2019hui encore par exemple pour les achats et ventes d\u2019entreprises ou pour les calculs de d\u00e9dommagement des compagnies d\u2019assurance en mati\u00e8re de risques industriels. Le prix ici ne surgit pas du jeu m\u00eame du march\u00e9, ind\u00e9pendamment des acteurs. Il est pilot\u00e9 et suppose des investigations pouss\u00e9es par des \u00e9valuateurs collectant les informations et s\u2019en servant comme armes dans une n\u00e9gociation contradictoire. Le march\u00e9 finit d\u2019ailleurs par devenir muet au-del\u00e0 d\u2019une certaine pr\u00e9cision, ce que les \u00e9conomistes appellent un monopole bilat\u00e9ral, o\u00f9 le vendeur dit 120 quand l\u2019acheteur dit 100, le prix d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9quilibre\u00a0\u00bb ne r\u00e9sultant que d\u2019un bras de fer au sein de cette fourchette.<\/p>\n<p>Guillaume Garner nous fait conna\u00eetre un moment fascinant de l\u2019histoire intellectuelle allemande, celui des \u00ab\u00a0sciences cam\u00e9rales\u00a0\u00bb. Il s\u2019agissait tout bonnement de la mise en place par le roi de Prusse de ce qu\u2019on appellerait aujourd\u2019hui des \u00e9coles sup\u00e9rieures de gestion, aux fins d\u2019une meilleure administration du royaume, ceci au 18e si\u00e8cle dans une Allemagne qui gardait encore le souvenir douloureux des d\u00e9vastations dues \u00e0 la guerre de Trente Ans. Par gestion, il fallait entendre gestion \u00e9conomique de la production, gestion administrative du territoire (ce qu\u2019on appelait \u00e9l\u00e9gamment \u00ab\u00a0police\u00a0\u00bb) et finances publiques. On \u00e9tait en plein mercantilisme o\u00f9 toute la r\u00e9flexion administrative consistait \u00e0 assurer la puissance du souverain non n\u00e9cessairement par des moyens militaires mais par optimisation des rentr\u00e9es fiscales de l\u2019\u00c9tat et des recettes d\u2019exportation du pays. Les r\u00e9flexions restaient assez brouillonnes (\u00e0 mes yeux) mais il y avait en quelque sorte le souci du juste milieu en mati\u00e8re de prix\u00a0: un prix trop \u00e9lev\u00e9 sur le march\u00e9 domestique par rapport \u00e0 l\u2019exp\u00e9dition sur les march\u00e9s lointains l\u00e9sait l\u2019habitant de la r\u00e9gion\u00a0; un prix trop bas dissuadait le producteur d\u2019investir, avec cette id\u00e9e force que le prix est en quelque sorte \u00e0 la commande de l\u2019administrateur (plut\u00f4t que du \u00ab\u00a0r\u00e9gulateur\u00a0\u00bb comme on dit aujourd\u2019hui) public et non pas des forces anonymes du march\u00e9. Il y a une id\u00e9e originale de \u00ab\u00a0bouclage \u00e9conomique\u00a0d\u2019ensemble\u00a0\u00bb qui pourrait \u00e9voquer les physiocrates fran\u00e7ais\u00a0: un prix des aliments trop \u00e9lev\u00e9 se r\u00e9percute dans les salaires et donc les co\u00fbts des producteurs\u00a0; m\u00eame chose pour les biens interm\u00e9diaires, tout cela avec la vision de la prosp\u00e9rit\u00e9 du royaume plus que de la justice distributive. L\u00e0 o\u00f9 les physiocrates s\u2019\u00e9cartent compl\u00e8tement de ces Allemands, comme le souligne Garner \u00e0 raison, c\u2019est dans leur vision d\u2019un vaste march\u00e9, qui doit n\u00e9cessairement b\u00e9n\u00e9ficier de la suppression de toute barri\u00e8re faisant obstacle \u00e0 l\u2019\u00e9change et \u00e0 la concurrence. Les prix \u00ab\u00a0cam\u00e9raux\u00a0\u00bb sont au contraire ancr\u00e9s dans des \u00e9changes locaux, pilot\u00e9s quand cela est possible par ces administrateurs bienveillants que sont les cam\u00e9ralistes.<\/p>\n<h3><strong>Les march\u00e9s comme m\u00e9canismes <\/strong><\/h3>\n<p>Les chapitres \u00e9crits par Cl\u00e9ment Lenoble, par Jean-Yves Grenier, et avec une approche diff\u00e9rente qu\u2019on verra plus loin, par Alain Guery et par J\u00e9r\u00f4me Maucourant, forment le c\u0153ur du livre. Je ne cherche pas \u00e0 les r\u00e9sumer ici. On y voit tr\u00e8s bien, au Moyen-\u00c2ge comme maintenant, que la notion de march\u00e9 \u00ab\u00a0libre\u00a0\u00bb n\u2019a tout simplement pas de sens. Un march\u00e9 ne peut exister qu\u2019en raison d\u2019un environnement institutionnel et juridique tr\u00e8s \u00e9troit. Un commentaire ici.<\/p>\n<p>Les scolastiques \u00e9taient bien s\u00fbr avertis des limites que rencontrait fr\u00e9quemment le march\u00e9. Le juste prix, c\u2019est le prix de march\u00e9, mais d\u2019un march\u00e9 qui fonctionne bien, \u00e0 tout le moins dans son partage de l\u2019information et dans la mise en relation de participants libres et non contraints<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. La notion plus abstraite de concurrence, mise au premier plan aujourd\u2019hui par les \u00e9conomistes, apparait plus tardivement, mais se lit en clair dans les textes de la grande \u00e9cole de Salamanque. Pour que le march\u00e9 exprime bien le prix (pour les biens qui le permettent, ajouterait-on aujourd\u2019hui), il fallait une multiplicit\u00e9 d\u2019acheteurs et de vendeurs, permettant une bonne circulation de l\u2019information, non soumis \u00e0 l\u2019obstruction de monopoles.<\/p>\n<p>Il me semble que la seule perspective par laquelle on peut comprendre le r\u00f4le du march\u00e9 est de le voir comme un m\u00e9canisme, ou m\u00eame un algorithme, d\u2019appariement\u00a0: comment s\u2019arranger, par quelles r\u00e8gles op\u00e9rer, pour que des biens et des services puissent passer d\u2019une main \u00e0 l\u2019autre\u00a0? On voit alors la complexit\u00e9 de la chose, la masse de d\u00e9tails et de points logistiques qu\u2019il faut \u00e9tablir, le plus souvent par essais et erreurs, pour que l\u2019allocation se r\u00e9alise plus ou moins \u00e0 la satisfaction des parties. Je tente ici plusieurs exemples.<\/p>\n<p>Le premier est celui des march\u00e9s ambulants du dimanche matin, o\u00f9 une grande part des produits \u00e9chang\u00e9s sont p\u00e9rissables. Pour qu\u2019un tel march\u00e9 fonctionne, il faut des r\u00e8gles imp\u00e9ratives, par exemple une heure du d\u00e9but du march\u00e9 et une heure de fin. Il est hors de question de laisser un commer\u00e7ant ouvrir son stand une heure avant les autres et glaner ainsi la bonne client\u00e8le, ce qui forcerait les autres marchands \u00e0 venir eux aussi une heure plus t\u00f4t. Il est imp\u00e9ratif qu\u2019on r\u00e9gule l\u2019entr\u00e9e des marchands qui ont le droit de leur stand, pour \u00e9viter la venue d\u2019opportunistes qui profitent d\u2019une aubaine dans l\u2019achat de marchandises pour casser les prix du moment et d\u00e9stabiliser les circuits d\u2019approvisionnement. Il est vital que les horaires d\u2019ouverture du march\u00e9 soient tr\u00e8s limit\u00e9s\u00a0: un jour ou deux par semaine, et uniquement le matin, de sorte qu\u2019il y ait une \u00ab\u00a0\u00e9paisseur \u00bb du march\u00e9 permettant que le jeu des prix puisse bien fonctionner et qu\u2019on limite les co\u00fbts pour les commer\u00e7ants tenus d\u2019ouvrir leurs stands quand les clients ne sont pas l\u00e0 tout en gardant une marchandise fraiche. Il faut que le march\u00e9 soit r\u00e9ellement \u00ab\u00a0ambulant\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire ouvre ici un lundi, l\u00e0 le mardi, etc., de sorte que les commer\u00e7ants aient toujours \u00e0 vendre et surtout pour \u00e9viter un pic d\u2019approvisionnement (par exemple le seul dimanche) qui obligerait \u00e0 des co\u00fbts logistiques prohibitifs en amont. On voit que certaines de ces r\u00e8gles proc\u00e8dent d\u2019un ordre spontan\u00e9\u00a0fixant la convention ; d\u2019autres d\u2019une autorit\u00e9 centrale fixant la loi<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>La probl\u00e9matique des d\u00e9lais de paiement entre acheteur et vendeur dans le commerce inter-entreprises proc\u00e8de aussi de r\u00e9gulations et conventions b\u00e2ties ou impos\u00e9es au fil du temps\u00a0: l\u2019acheteur veut \u00eatre prot\u00e9g\u00e9 contre la malfa\u00e7on ou l\u2019infraction \u00e0 un contrat. Quoi de mieux alors que de diff\u00e9rer le paiement le temps de la v\u00e9rification et donc, implicitement, de profiter d\u2019un cr\u00e9dit vendeur de son fournisseur (et de lui faire subir le risque de d\u00e9faut). C\u2019est un mode de partage du risque efficace mais qui peut se r\u00e9v\u00e9ler inadapt\u00e9 et donc injuste face \u00e0 des changements d\u2019organisation du commerce (la grande distribution face \u00e0 des producteurs dispers\u00e9s) ou des changements technologiques (le juste-\u00e0-temps des cha\u00eenes de valeur) qui couvrent mieux le risque de mauvaise ex\u00e9cution des contrats. Le d\u00e9lai de paiement apparait alors comme un pur m\u00e9canisme de cr\u00e9dit, priv\u00e9 de sa fonction assurantielle, et donc souvent abusif.<\/p>\n<p>Le march\u00e9 du grain est ch\u00e9ri par les historiens \u00e9conomistes en raison de son importance dans la vie des populations d\u2019alors et parce qu\u2019on en conna\u00eet assez bien les ressorts et les niveaux de prix. Il s\u2019agit d\u2019un bien dont l\u2019offre subit les chocs violents des saisons et du climat, mais stockable (\u00e0 un certain co\u00fbt). Il n\u2019y a pas de march\u00e9 possible sans une r\u00e9gulation tr\u00e8s forte, soit par convention soit par l\u2019autorit\u00e9 du prince. Les auteurs mentionn\u00e9s soulignent deux fa\u00e7ons dont une certaine r\u00e9gulation du prix a pu se mettre en place\u00a0: l\u2019annone, pratiqu\u00e9e au sud de l\u2019Europe, qui est une sorte de stock strat\u00e9gique g\u00e9r\u00e9 et financ\u00e9 par la puissance publique, et la r\u00e9gulation directe des prix, plus fr\u00e9quente au nord. Le march\u00e9 s\u2019organise comme un m\u00e9canisme \u2013 toujours fragile \u2013 d\u2019allocation cherchant \u00e0 minimiser les risques subis. On comprend parfaitement que les march\u00e9s du grain soient rest\u00e9s assez cloisonn\u00e9s jusqu\u2019en gros au 19e si\u00e8cle, ce qui choquait Turgot pour qui, dans l\u2019id\u00e9al, un march\u00e9 \u00ab\u00a0libre\u00a0\u00bb et sans frictions fournit automatiquement son service assurantiel : une r\u00e9gion peut conna\u00eetre une s\u00e9cheresse quand sa voisine a des pluies en abondance, de sorte que l\u2019\u00e9largissement du march\u00e9 garantit une meilleure stabilit\u00e9. En pratique, il n\u2019en allait pas ainsi\u00a0: les co\u00fbts de transport \u00e9taient prohibitifs (davantage que les co\u00fbts de stockage), le climat \u00e9tait relativement homog\u00e8ne sur le territoire et il y avait toutes les raisons qu\u2019une r\u00e9gion ne rende pas sa pareille si elle avait pu \u00eatre aid\u00e9e dans le pass\u00e9. Le stockage par r\u00e9gion devait probablement \u00eatre un pis-aller proche de l\u2019optimum. Turgot \u00e9tait visionnaire, mais sa lib\u00e9ralisation trop soudaine a \u00e9t\u00e9 une faute majeure de politique \u00e9conomique\u00a0et de politique tout court : les institutions \u2013 et probablement la technologie logistique \u2013 n\u2019\u00e9taient tout simplement pas en place pour cette ouverture soudaine. (Cela \u00e9voque les privatisations faites \u00e0 la h\u00e2te sous l\u2019emprise d\u2019une id\u00e9ologie sommaire et d\u2019int\u00e9r\u00eats ploutocratiques bien install\u00e9s dans les pays de l\u2019Est qui venaient de sortir du communisme.) On note ici que l\u2019\u00e9largissement spatial de l\u2019\u00e9change rend plus \u00ab\u00a0\u00e9pais\u00a0\u00bb le march\u00e9 et permet davantage d\u2019approcher un prix unique et concurrentiel, ce qui explique que le concept moderne de \u00ab\u00a0concurrence\u00a0\u00bb n\u2019a pu appara\u00eetre que tardivement, au tournant du 17\u00e8me si\u00e8cle, dans des \u00e9conomies plus sophistiqu\u00e9es (alors que la notion de \u00ab\u00a0monopole\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite \u00e0 des \u00e9poques bien ant\u00e9rieures, parce qu\u2019elle \u00e9tait v\u00e9cue \u2013 et subie \u2013 tr\u00e8s localement par l\u2019accapareur de la ville ou par le monast\u00e8re de la province).<\/p>\n<p>On voit pareillement que la stabilisation assur\u00e9e par l\u2019annone sous \u00e9gide publique a pu commencer \u00e0 \u00eatre assur\u00e9e par le priv\u00e9 au fil du d\u00e9veloppement des \u00e9conomies, par exemple via la mise en place de march\u00e9s notionnels du bl\u00e9 (un march\u00e9 financier \u00e0 terme). Mais quelles pr\u00e9cautions, quelles l\u00e9gislations faut-il pour que le sp\u00e9culateur joue proprement son r\u00f4le de stabilisateur du prix\u00a0! On a ici le c\u00e9l\u00e8bre apologue de Milton Friedman faisant de Joseph le saint-patron des sp\u00e9culateurs (le Joseph du Pharaon et non le Joseph de J\u00e9sus)\u00a0: il sait (par un \u00ab\u00a0tuyau\u00a0\u00bb obtenu de tr\u00e8s haut\u00a0!) qu\u2019il y a 7 ann\u00e9es de vaches grasses devant lui, suivies de 7 ann\u00e9es de vaches maigres. Il recommande au pharaon de stocker \u00e0 toute force pendant les 7 premi\u00e8res ann\u00e9es, quand le prix du bl\u00e9 est bas, pour revendre ensuite quand il est haut. Est-ce pour le bien public ou par simple avidit\u00e9\u00a0? Qu\u2019importe, dit Friedman. Car l\u2019achat pendant les ann\u00e9es grasses soutient le cours et la vente le d\u00e9prime pendant les ann\u00e9es maigres. En clair, un sp\u00e9culateur ne peut gagner de l\u2019argent que s\u2019il ach\u00e8te bas et revend haut, ce qui provoque le contre-effet sur le prix du march\u00e9 et donc sa stabilisation. Mais cette fonction s\u2019enraye quand le choc d\u2019offre sur le march\u00e9 est violent, car un sp\u00e9culateur laiss\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame ira provoquer la raret\u00e9 par ses achats, stimulant une ru\u00e9e d\u2019achats par panique chez les intervenants. C\u2019est le march\u00e9 alors qui s\u2019effondre, au d\u00e9triment de la partie la moins inform\u00e9e et la plus d\u00e9munie de la population. D\u2019o\u00f9 un des probl\u00e8mes \u00e9thiques du march\u00e9 dont on traite dans un instant.<\/p>\n<p>Un dernier exemple montre l\u2019interf\u00e9rence entre la technologie et la structuration de march\u00e9. La VPC ou vente \u00e0 distance est une chose ancienne, boulevers\u00e9e d\u00e9sormais par la combinaison d\u2019internet et du portable. L\u2019appariement est chose plus facile et cr\u00e9e parfois de nouveaux march\u00e9s ou remod\u00e8le ceux qui, comme la location temporaire de logement, ne fonctionnaient que gr\u00e2ce \u00e0 des agents sp\u00e9cialis\u00e9s assez co\u00fbteux. On devine bien que de tels march\u00e9s souffrent d\u2019une r\u00e9gulation encore inadapt\u00e9e, tant du point de vue social que m\u00eame en ce qui concerne la bonne formation du prix\u00a0: on sait d\u00e9sormais que les algorithmes de prix peuvent fonctionner sous forme collusive, permettant des surprofits aux places de march\u00e9 dont on voit qu\u2019elles captent une part \u00e9lev\u00e9e de la valeur.<\/p>\n<p>Tous ces sujets font partie de la recherche \u00e9conomique la plus active et une des plus fascinantes de la discipline, comme le montre bien un excellent petit ouvrage de Alvin Roth, Prix Nobel d\u2019\u00e9conomie<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<h3><strong>Le prix comme \u00e9quit\u00e9<\/strong><\/h3>\n<p>Alain Gu\u00e9ry et J\u00e9r\u00f4me Maucourant ont clairement la deuxi\u00e8me lecture du juste prix, un prix juste parce que r\u00e9mun\u00e9rateur et pr\u00e9servant l\u2019ordre social. Guery cherche, comme Michela Barbot, \u00e0 montrer que le march\u00e9 dans les soci\u00e9t\u00e9s f\u00e9odales est tr\u00e8s loin de repr\u00e9senter l\u2019ensemble des \u00e9changes de biens et services. Ceci ne doit pas surprendre puisqu\u2019il en va de m\u00eame de nos jours\u00a0: il suffit de voir la masse des \u00e9changes non marchands qui se font quotidiennement au sein de chaque entreprise, d\u2019un d\u00e9partement ou d\u2019un service \u00e0 l\u2019autre. L\u2019entreprise est le lieu par excellence du non-march\u00e9. Je suis l\u2019auteur plus difficilement quand il indique que l\u2019annone, d\u00e9crite plus haut, est en contradiction avec le march\u00e9 et indique le manque de confiance dont il souffre. On a vu qu\u2019elle est bien plut\u00f4t un service d\u2019assurance coupl\u00e9 au march\u00e9, qui lui en est ins\u00e9parable (\u00e0 d\u00e9faut, le prix qu\u2019offrirait l\u2019acheteur serait bien inf\u00e9rieur pour compenser le risque pris de variabilit\u00e9 du cours). De m\u00eame, il lui semble que le juste prix f\u00e9odal s\u2019attache avant tout \u00e0 d\u00e9fendre une r\u00e9mun\u00e9ration digne pour le producteur et qu\u2019\u00e0 d\u00e9faut c\u2019est le distributeur qui accapare la valeur. Il y a quantit\u00e9 d\u2019auteurs de l\u2019\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale qui sont plus cyniques, indiquant que la dignit\u00e9 n\u2019a rien \u00e0 voir avec la notion de \u00ab\u00a0juste r\u00e9mun\u00e9ration\u00a0\u00bb des parties si le prix est fix\u00e9 dans les bonnes r\u00e8gles d\u2019information et d\u2019\u00e9galit\u00e9 des co\u00e9changistes. Un producteur d\u2019un bien qui n\u2019a aucun usage ou qui n\u2019en a plus, ou encore qui n\u2019arrive pas \u00e0 vendre au m\u00eame prix que ses concurrents, doit accepter le prix courant, parce qu\u2019il s\u2019agit du prix d\u00e9termin\u00e9 par la collectivit\u00e9 du march\u00e9<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>Il y a bien pourtant un probl\u00e8me \u00e9thique qui peut surgir du march\u00e9, une opposition entre la justice du contrat (qui repose sur une \u00e9quivalence et en m\u00eame temps un b\u00e9n\u00e9fice mutuel des deux parties \u2013 sinon elles n\u2019\u00e9changeraient pas) et la justice de distribution (recevoir de quoi vivre dignement, en vendant ses produits ou son service de travail). La tension est nulle, pourrait-on dire, si tous les intervenants ont un revenu identique\u00a0: la r\u00e9partition se fait au mieux des besoins par le jeu du march\u00e9. Mais il en va diff\u00e9remment si les conditions \u00e9conomiques diff\u00e8rent, comme on le voit en cas de crise d\u2019offre. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Royaume-Uni avait du mal \u00e0 s\u2019approvisionner en th\u00e9, la boisson incontournable de tout Britannique. La logique du march\u00e9 fait que la p\u00e9nurie n\u2019affecte que les pauvres qui ne peuvent pas payer le prix d\u2019\u00e9quilibre spontan\u00e9 du march\u00e9. Au-del\u00e0 du th\u00e9, c\u2019est vrai pour tout bien dont l\u2019offre est tr\u00e8s peu \u00e9lastique au prix\u00a0: qu\u2019on pense aux logements en r\u00e9gion parisienne\u00a0! Le march\u00e9 est alors \u00ab\u00a0indigne\u00a0\u00bb puisqu\u2019il exclut certaines personnes de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des biens de base sur un seul crit\u00e8re de revenu. Il faut d\u2019autres proc\u00e9dures d\u2019allocation, par exemple les prix fixes (tax\u00e9s comme on disait sous l\u2019Ancien r\u00e9gime), ou des coupons ou des tickets de rationnement, ou des files d\u2019attente. Le march\u00e9 r\u00e8gle bien l\u2019allocation, mais ne respecte pas la dignit\u00e9 des intervenants. On sort de la question du bon \u00ab\u00a0m\u00e9canisme\u00a0\u00bb \u00e0 concevoir pour le march\u00e9\u00a0; il faut le mettre de c\u00f4t\u00e9. Les \u00e9conomistes r\u00e9pondent trop souvent ici qu\u2019il ne faut pas g\u00eaner le jeu du march\u00e9 et des prix dans ces cas-ci, il suffit d\u2019une compensation mon\u00e9taire\u00a0: des prestations sociales ou de moindres imp\u00f4ts, en quelque sorte une redistribution par l\u2019argent, alors que l\u2019enjeu est la dignit\u00e9, celle de pouvoir acheter ou vendre tel bien ou tel service (dont le travail) comme tout un chacun. Cette seconde acception est bien entendu contenue dans la notion de juste prix pour certains religieux du Moyen-\u00c2ge, mais elle se situe \u00e0 mon sens plut\u00f4t \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie. Ce n\u2019est pas ici la condamnation du principe de l\u2019\u00e9change marchand, mais simplement du fait que dans ce cas d\u2019esp\u00e8ce le march\u00e9 n\u2019est pas le bon instrument, comme on le voit plus encore s\u2019agissant de certains \u00ab\u00a0biens\u00a0\u00bb moraux (le droit de vote par exemple qui est non n\u00e9gociable) ou certains biens nocifs ou d\u00e9gradants (les drogues dures, les organes, etc.).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>Une petite ombre pour finir sur cet excellent livre. Pourquoi des universitaires de talent ont-ils besoin du patronage de Paul Jorion pour soutenir, via sa pr\u00e9face, la vente de leur livre\u00a0? Voici une s\u00e9rie de travaux qui montrent, sous de nombreux aspects, la complexit\u00e9 du fonctionnement des march\u00e9s et l\u2019actualit\u00e9 des r\u00e9flexions \u00e9rudites des si\u00e8cles pass\u00e9s. Et voici que Jorion arrive et, d\u2019une main n\u00e9gligente, balaie \u2013 ce qui est hors sujet \u2013 les formalisations rapides qu\u2019en donnent les manuels d\u2019initiation \u00e0 l\u2019\u00e9conomie, pour rentrer dans sa sempiternelle querelle \u00e9pist\u00e9mologique sur une science \u00e9conomique qui ne serait qu\u2019une id\u00e9ologie au service des puissants. Pour \u00eatre juste, J\u00e9r\u00f4me Maucourant succombe un peu \u00e0 la m\u00eame tentation dans le chapitre qu\u2019il traite, plus occup\u00e9 \u00e0 pourfendre l\u2019\u00e9conomie \u00ab\u00a0mainstream\u00a0\u00bb qu\u2019\u00e0 traiter de son sujet. Il est clair que tout \u00e9conomiste est conscient de l\u2019ancrage social des march\u00e9s, de leur \u00ab\u00a0encastrement\u00a0\u00bb pour user du mot un peu lourd qu\u2019on r\u00e9p\u00e8te \u00e0 l\u2019envi depuis les travaux de Polyani. Mais redire le mot ne suffit pas. On encastre, on encastre, et finalement on n\u2019a gu\u00e8re fait avancer les choses.<\/p>\n<p>Que cette g\u00eane, peut-\u00eatre personnelle, ne soit pas un frein \u00e0 acheter et lire ce livre novateur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Cet article a \u00e9t\u00e9 initialement publi\u00e9 le 11 f\u00e9vrier 2021.<\/em><\/p>\n<p><em>* \u00ab Les Infortunes du Juste Prix \u00bb, sous la direction de Chankowski, Lenoble et Maucourant, <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.editionsbdl.com\/produit\/les-infortunes-du-juste-prix-marches-justice-sociale-et-bien-commun-de-lantiquite-a-nos-jours\/\">\u00e9ditions Le bord de l\u2019eau<\/a><\/span><\/span>, 2020.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><em><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> C\u2019est \u00ab\u00a0le juste prix\u00a0comme proc\u00e9dure\u00a0\u00bb comme le dit tr\u00e8s bien Jean-Yves Grenier dans sa contribution au livre.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Une des voix les plus \u00e9cout\u00e9es au 16e\u00a0si\u00e8cle, le cardinal Cajetan, un thomiste averti, indiquait ainsi ce qu\u2019il fallait entendre par la notion de juste prix\u00a0: \u00ab\u00a0il s\u2019agit du prix qui, \u00e0 un moment donn\u00e9, peut \u00eatre obtenu des acheteurs, \u00e0 la condition d\u2019une information partag\u00e9e et d\u2019une absence de fraude et de coercition\u00a0\u00bb. Cit\u00e9 par de Roover.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Par de nombreux aspects, les march\u00e9s financiers, notamment les bourses de valeurs mobili\u00e8res, fonctionnent pareillement.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Voir \u00ab\u00a0Who Gets What \u2013 and Why. The New Economics of Matchmaking and Market Design\u201d, 2015, titre assez sottement traduit en fran\u00e7ais, avec une tonalit\u00e9 morale d\u00e9cal\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Les march\u00e9s o\u00f9 l\u2019argent ne fait pas la loi\u00a0\u00bb, De Boeck, 2017.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Le th\u00e9ologien dominicain Francisco de Vitoria, au d\u00e9but du XVIe si\u00e8cle, \u00e9tait plus clair encore : les co\u00fbts de production, les salaires ou le risque encouru ne sont pas un crit\u00e8re pour juger du bon prix (ceci contre l\u2019id\u00e9e qu\u2019un juste prix n\u2019est qu\u2019une marge raisonnable sur les co\u00fbts) : c\u2019est l\u2019offre et la demande qui dictent les conditions de la vente. Les producteurs inefficaces ou malchanceux n\u2019ont qu\u2019\u00e0 assumer les cons\u00e9quences de leur incomp\u00e9tence, malchance ou d\u00e9faut de pr\u00e9vision.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les bons scolastiques du Moyen-\u00c2ge \u00e9taient hommes d\u2019\u00c9glise en m\u00eame temps que fins juristes. Et gens pragmatiques. Ils voyaient, nous sommes au 12e si\u00e8cle, l\u2019extraordinaire progression \u00e9conomique, d\u00e9mographique, institutionnelle et agricole de leurs soci\u00e9t\u00e9s, et la multiplication des \u00e9changes que cela provoquait. Il fallait comprendre, l\u00e9gif\u00e9rer, juger, orienter. 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