{"id":5615,"date":"2021-08-02T01:40:55","date_gmt":"2021-08-01T23:40:55","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=5615"},"modified":"2021-08-02T02:11:06","modified_gmt":"2021-08-02T00:11:06","slug":"les-economistes-francais-et-lonanisme-conjugal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=5615","title":{"rendered":"Les \u00e9conomistes fran\u00e7ais et l\u2019onanisme conjugal"},"content":{"rendered":"<p>Malthus, pasteur anglais, publie son <em>Essai sur la population<\/em> en 1798 \u00e0 partir d\u2019un constat irr\u00e9futable\u00a0: dans un pays avanc\u00e9 comme l\u2019Angleterre, si chacun peut se marier quand il le veut et si chaque couple a autant d\u2019enfants que la morale religieuse lui commande d\u2019avoir, le nombre de la population d\u00e9passera forc\u00e9ment la quantit\u00e9 de denr\u00e9es n\u00e9cessaires \u00e0 son existence. L\u2019accroissement \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb de la population exc\u00e9dera donc l\u2019accroissement des denr\u00e9es disponibles. Si on n\u2019y prend garde, l\u2019\u00e9quilibre qui en r\u00e9sultera t\u00f4t ou tard sera assur\u00e9 par des m\u00e9canismes lugubres\u00a0; en cas de population trop importante, les ouvriers seront trop nombreux, d\u2019o\u00f9 des salaires trop bas pour faire vivre leurs familles\u00a0; beaucoup d\u2019enfants p\u00e9riront par la maladie, la malnutrition ou autrement. Malthus propose alors ce qu\u2019il appelle la \u00ab\u00a0contrainte morale\u00a0\u00bb\u00a0: retarder les unions, tant que la richesse attendue du m\u00e9nage ne permettrait pas d\u2019en nourrir la descendance naturelle attendue. Les raisonnements malthusiens valent pour la terre dans son ensemble, mais aussi pour une nation comme l\u2019Irlande avec ses famines, et pour des classes populaires frapp\u00e9es par la mis\u00e8re.<\/p>\n<p>Les \u00e9conomistes fran\u00e7ais admirent Malthus pour ses d\u00e9monstrations statistiques mais pas pour sa \u00ab\u00a0contrainte morale\u00a0\u00bb. Ils en retiennent que la mis\u00e8re ouvri\u00e8re s\u2019explique par le nombre inconsid\u00e9r\u00e9 de leurs enfants, c\u2019est-\u00e0-dire par leur comportement et non par la faute d\u2019un syst\u00e8me industriel injuste ou inefficace. Jean-Baptiste Say va jusqu\u2019\u00e0 se demander, \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019utilitarisme, s\u2019il ne vaudrait pas mieux tuer les enfants pauvres abandonn\u00e9s \u00e0 la porte des \u00e9glises plut\u00f4t que de les enfermer dans des orphelinats sordides, sans espoir raisonnable de mener une vie heureuse.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomiste suisse Sismondi, en 1819, incrimine le r\u00e9gime salarial. Le salaire de l\u2019ouvrier, \u00e9tant donn\u00e9 les lois de la concurrence, serait calcul\u00e9 pour le faire vivre, lui qui travaille, mais pas sa famille trop nombreuse ni lui-m\u00eame quand il serait malade, vieux ou au ch\u00f4mage. Il pr\u00e9conise donc de restreindre la libert\u00e9 de l\u2019ouvrier en \u00e9change d\u2019une sorte de protection sociale patronale et, pour commencer, on ne lui accorderait la permission de se marier que sous condition de ressources. Ses amis \u00e9conomistes fran\u00e7ais contestent ses analyses.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1830 en France, on d\u00e9couvre l\u2019ampleur du paup\u00e9risme et de grandes enqu\u00eates \u00e0 la fin de la d\u00e9cennie en montrent un visage effrayant, que l\u2019on croyait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l\u2019Angleterre. Le nom de Malthus va \u00eatre associ\u00e9 \u00e0 l\u2019analyse de ce paup\u00e9risme et aux moyens d\u2019y rem\u00e9dier. \u00c9conomistes et \u00e9crivains catholiques entament une querelle d\u2019un si\u00e8cle au moins.<\/p>\n<p>Dieu ayant ordonn\u00e9 : \u00ab\u00a0Croissez et multipliez\u00a0\u00bb, les lois de Malthus contrediraient la Providence, en obligeant les hommes \u00e0 mal se conduire. Elles seraient donc fausses. Villeneuve Bargemont, catholique mais admirateur de Malthus dans les ann\u00e9es 1830, est embarrass\u00e9. Il rapporte l\u2019injonction divine \u00ab\u00a0au commencement du monde\u00a0\u00bb, quand il fallait peupler la Terre. La situation aurait chang\u00e9 plus tard, Saint Paul mettant en garde \u00ab\u00a0les personnes qui se marient imprudemment\u00a0\u00bb. Retarder les mariages serait donc vertueux. Vertueuse ou pas, personne ne croit s\u00e9rieusement que cette solution soit r\u00e9aliste. Les catholiques vont donc simplement nier que la population puisse \u00eatre trop nombreuse, relativement aux moyens dont elle pourrait disposer\u00a0; ils refusent d\u2019envisager cette \u00e9ventualit\u00e9, pour la terre, pour une nation ou pour une famille.<\/p>\n<p>Dans le camp des \u00e9conomistes, on va remplacer l\u2019irr\u00e9aliste \u00ab\u00a0contrainte morale\u00a0\u00bb de Malthus par \u00ab\u00a0la prudence dans le mariage\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire par la contraception\u00a0; plus pr\u00e9cis\u00e9ment, par la m\u00e9thode du \u00ab\u00a0retrait\u00a0\u00bb car l\u2019usage d\u2019un pr\u00e9servatif reste tr\u00e8s marginal au XIXe si\u00e8cle en France. Le pr\u00e9fet Charles Dunoyer, \u00e9conomiste tr\u00e8s lib\u00e9ral par ailleurs, envoya, en 1833, une circulaire aux maires de la Somme concernant les indigents, et dont voici un extrait\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas, pour les familles pauvres, deux mani\u00e8res de se tirer d\u2019affaire\u00a0: ces familles ne peuvent s\u2019\u00e9lever qu\u2019\u00e0 force d\u2019activit\u00e9, de raison, d\u2019\u00e9conomie et de prudence\u00a0; de prudence surtout dans l\u2019union conjugale, et en \u00e9vitant, avec un soin extr\u00eame, de rendre leur mariage plus f\u00e9cond que leur industrie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dunoyer se justifiait en 1835 en d\u00e9non\u00e7ant les pr\u00eatres et leur encouragement \u00e0 la natalit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Que peut-on faire de mieux que de se conduire comme les animaux ? Croissez donc, et multipliez sans r\u00e9serve (\u2026) Que les malheureux croissent et multiplient \u00e0 outrance\u00a0! qu\u2019ils croissent pour la plus grande gloire de Dieu ! qu\u2019ils croissent pour le salut des \u00e2mes charitables qui font m\u00e9tier et marchandise de charit\u00e9 ! qu\u2019ils croissent pour l\u2019honneur des philanthropes, pour l\u2019illustration des bureaux de bienfaisance, pour la splendeur des hospices ! qu\u2019ils croissent pour les derniers et les plus rudes travaux de l\u2019industrie ! qu\u2019ils croissent pour la prosp\u00e9rit\u00e9 des lieux de d\u00e9bauche ! qu\u2019ils croissent pour la prison et pour le bagne ! qu\u2019ils croissent pour tout ce qui r\u00e9clame des malheureux !\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dunoyer \u00e9nonce une maxime utilitariste qu\u2019il oppose habituellement aux th\u00e9ologiens catholiques : \u00ab\u00a0ce que veulent le bon sens et la morale, ce n\u2019est pas tant qu\u2019on s\u2019abstienne de faire des actes vains que de faire des actes nuisibles\u00a0\u00bb. S\u2019unir sans procr\u00e9er ne serait pas immoral, car ce ne serait pas nuire \u00e0 autrui.<\/p>\n<p>En 1845, Joseph Garnier, alors leader des \u00e9conomistes lib\u00e9raux, \u00e9dite la traduction de <em>l\u2019Essai sur les principes de la population<\/em> de Malthus. Depuis, il ne cesse d\u2019en rappeler les lois de la population, m\u00eame si elles ne sont peut-\u00eatre pas rigoureusement exactes. Il en r\u00e9sulterait \u00e0 la fois une mortalit\u00e9 infantile effrayante et la pauvret\u00e9 des classes ouvri\u00e8res. Il faut convaincre les ouvriers d\u2019user de la contraception au sein de leurs m\u00e9nages : \u00ab\u00a0la pr\u00e9voyance comprend non seulement les mariages tardifs, non seulement le c\u00e9libat pour ceux qui peuvent le pratiquer, mais encore la prudence dans le mariage\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 catholique, on r\u00e9cuse naturellement la \u00ab\u00a0prudence dans le mariage\u00a0\u00bb, et on accuse injustement Malthus de l\u2019avoir sous-entendu comme rem\u00e8de. Gustave de Molinari, \u00e9conomiste furieusement anticl\u00e9rical, incrimine l\u2019ignorance de l\u2019\u00e9conomie politique par les pr\u00eatres\u00a0: \u00ab\u00a0On condamne volontiers ce qu\u2019on ignore. Il y a apparence que si les inquisiteurs de la foi avaient su un peu d\u2019astronomie, ils se seraient abstenus de condamner Galil\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La science est tr\u00e8s sollicit\u00e9e pour pr\u00e9ciser les cons\u00e9quences des rapports conjugaux et \u00e9viter une surpopulation. Les anciennes th\u00e9ories de Fourier, sur le liens entre la richesse de l\u2019alimentation et la f\u00e9condit\u00e9, sont justifi\u00e9es en partie par un auteur anglais, un certain Thomas Doubleday, qui croit d\u00e9montrer, en 1842, qu\u2019une nourriture abondante et <em>carn<\/em><em>\u00e9e<\/em> diminue la f\u00e9condit\u00e9 et inversement. \u00ab\u00a0La femme surcharg\u00e9e d\u2019embonpoint reste st\u00e9rile, tandis que la femme maigre qui n\u2019est pas suffisamment sustent\u00e9e, ou se marie \u00e0 la veille, pour ainsi dire, de ne pouvoir plus avoir d\u2019enfant, est au contraire celle qui a le plus de chances ou de probabilit\u00e9 de devenir promptement enceinte\u00a0\u00bb. Ainsi s\u2019expliqueraient la faible f\u00e9condit\u00e9 des mariages dans les classes sup\u00e9rieures de la soci\u00e9t\u00e9 et la forte f\u00e9condit\u00e9 dans les classes inf\u00e9rieures. Villerm\u00e9, charg\u00e9 par l\u2019Acad\u00e9mie des sciences morales et politiques, de rapporter sur ces th\u00e8ses, infirme les raisonnements de Doubleday. Par exemple, le lapin est certes prolifique, mais pas \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9l\u00e9phant, l\u2019hippopotame, le rhinoc\u00e9ros \u00bb alors qu\u2019ils sont tous autant amateurs de v\u00e9g\u00e9taux ; inversement, de nombreux carnivores s\u2019av\u00e8rent prolifiques, comme \u00ab l\u2019ours d\u2019Europe, le blaireau, la taupe, les musaraignes, le h\u00e9risson, le lion, le tigre, la panth\u00e8re, le putois, le furet, la belette, la marte, la fouine, la loutre, le loup, le renard, le chien, le chat \u00bb.<\/p>\n<p>Dans une veine optimiste, certains catholiques comptent sur de nouvelles <em>lois naturelles<\/em> pour r\u00e9concilier les lois de Malthus avec les prescriptions religieuses. Puisque les familles riches ont peu d\u2019enfants et que les pauvres en ont beaucoup, l\u2019\u00e9conomiste catholique Wolowski se rassure\u00a0: \u00ab La Providence a voulu que les hommes les plus avanc\u00e9s dans la carri\u00e8re de la civilisation relevassent les autres\u00a0; elle a voulu qu\u2019ils fussent int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 ce que le sort de tous les membres de la famille humaine dev\u00eent meilleur\u00a0\u00bb. Le polytechnicien Fontenay reste plus pr\u00e8s de l\u2019observation : \u00ab\u00a0le d\u00e9faut de prudence des classes inf\u00e9rieures est compens\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s par l\u2019exc\u00e8s de prudence des classes \u00e9lev\u00e9es\u00a0\u00bb. Mais il ne pr\u00e9cise pas de quelle \u00ab\u00a0prudence\u00a0\u00bb il s\u2019agit.<\/p>\n<p>Garnier ne compte pas sur la Providence pour vaincre le paup\u00e9risme. Il envisage un moment la m\u00e9thode de Loudon, sur l\u2019allaitement triennal et son impact sur la f\u00e9condit\u00e9 ; mais il lui oppose qu\u2019une naissance tous les trois ans suffirait \u00e0 d\u00e9passer les moyens des couples modestes. Il s\u2019oppose \u00e9galement, mais au nom de la morale, \u00e0 un certain Weinhold, un \u00e9crivain allemand, \u00ab\u00a0qui proposait il y a quelques ann\u00e9es, comme rem\u00e8de \u00e0 l\u2019exc\u00e8s de population, le moyen employ\u00e9 par l\u2019\u00c9glise pour obtenir certaines voix, et par les Turcs pour donner de fid\u00e8les gardiens \u00e0 la vertu de leurs femmes\u00a0\u00bb. Garnier s\u2019y oppose comme il s\u2019oppose aux infanticides et aux avortements. Une recherche plus prometteuse assure que la p\u00e9riode de f\u00e9condit\u00e9 de la femme ne serait que de dix \u00e0 douze jours par mois, nous y reviendrons.<\/p>\n<p>Les id\u00e9es de Garnier ne lui valent pas seulement l\u2019hostilit\u00e9 du monde catholique. Le socialiste Proudhon n\u2019est pas moins s\u00e9v\u00e8re\u00a0; il n\u2019admet pas que la mis\u00e8re soit imputable \u00e0 des comportements individuels, ni que l\u2019on puisse r\u00e9duire le mariage \u00e0 une entreprise de plaisirs sensuels. Garnier l\u2019accuse d\u2019avoir inspir\u00e9 une chanson dont le refrain rappelle une parabole malheureuse de Malthus :<\/p>\n<p><em>Qu<\/em><em>\u2019attendez-vous, enfants du prol\u00e9taire, <\/em><br \/>\n<em>Quand vous n\u2019avez ni travail ni cr\u00e9dit ? <\/em><br \/>\n<em>Celui qui ch\u00f4me est de trop sur la terre, <\/em><br \/>\n<em>Allez-vous-en, les malthusiens l\u2019ont dit.<\/em><\/p>\n<p>Un des couplets \u00e9tait plus pr\u00e9cis :<\/p>\n<p><em>Tu dois, rebelle aux lois de la nature,<\/em><br \/>\n<em>De par Malthus ossifier ton c\u0153ur.<\/em><br \/>\n<em>La faim s\u00e9vit sur la pl\u00e8<\/em><em>be inutile<\/em><br \/>\n<em>Et tord l\u2019enfant \u00e0 son coup suspendu.<\/em><br \/>\n<em>N\u2019approche plus ta femme trop fertile : <\/em><br \/>\n<em>Comme le pain, l\u2019amour t\u2019est d\u00e9fendu.<\/em><\/p>\n<p>Joseph Garnier s\u2019en prend \u00e0 la litt\u00e9rature cl\u00e9ricale sur les devoirs des \u00e9poux. Il accuse \u00ab\u00a0les casuistes\u00a0\u00bb de favoriser \u00e0 tout prix la procr\u00e9ation, en encourageant les mariages pr\u00e9coces et en obligeant les \u00e9poux \u00e0 rendre leur union aussi f\u00e9conde que possible. \u00ab\u00a0La seule r\u00e8gle prescrite a \u00e9t\u00e9 qu\u2019il fallait ou s\u2019abstenir de tout rapprochement, ou ne rien omettre de ce qui pourrait rendre l\u2019union f\u00e9conde\u00a0\u00bb. L\u2019abb\u00e9 Corbi\u00e8re, un peu \u00e9conomiste, lui r\u00e9pond en faisant valoir le c\u00e9libat des pr\u00eatres, l\u2019acceptation des mariages tardifs, la lic\u00e9it\u00e9 des rapports sexuels en dehors des p\u00e9riodes les plus f\u00e9condes et la possibilit\u00e9 de la chastet\u00e9 entre \u00e9poux.<\/p>\n<p>Gustave de Molinari sera directeur de la revue des \u00e9conomistes lib\u00e9raux, comme Garnier. Molinari est malthusien, il voudrait que les p\u00e8res \u00ab\u00a0incontinents\u00a0\u00bb soient moins secourus par la soci\u00e9t\u00e9, pour les inciter \u00e0 mieux se comporter, \u00e0 se marier plus tard ou \u00e0 faire preuve de \u00ab\u00a0prudence\u00a0\u00bb. Molinari justifie la m\u00e9thode du retrait, mais il la juge \u00ab\u00a0immorale\u00a0\u00bb et m\u00eame, \u00ab\u00a0elle engendre des d\u00e9sordres pathologiques souvent fort graves\u00a0\u00bb. Il privil\u00e9gie la chastet\u00e9 dans le mariage, qui ne serait n\u00e9cessaire que pendant une partie seulement du cycle f\u00e9minin\u00a0; elle ne serait donc plus si cruelle \u00e0 observer.<\/p>\n<p>Ces id\u00e9es lui viennent d\u2019un m\u00e9decin, Alexandre Mayer, qui a \u00e9crit le livre <em>Des rapports conjugaux, <\/em>en 1860.<\/p>\n<p>Mayer part en guerre contre la m\u00e9thode du retrait, qu\u2019il appelle, comme les eccl\u00e9siastiques, \u00ab\u00a0l\u2019onanisme conjugal\u00a0\u00bb. La m\u00e9thode du retrait serait nocive, \u00e0 la fois pour l\u2019homme et pour la femme. Pour l\u2019homme, cela serait d\u00e9montr\u00e9 par des observations pr\u00e9cises avec des individus myst\u00e9rieusement et soudainement fatigu\u00e9s, amaigris, sujets \u00e0 des maux de t\u00eate et \u00e0 d\u2019autres indispositions. Les femmes elles-m\u00eames ne seraient peut-\u00eatre pas \u00e9pargn\u00e9es, d\u2019o\u00f9 certains cas inexpliqu\u00e9s de \u00ab\u00a0sympt\u00f4mes hyst\u00e9riques\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mayer pr\u00e9conise donc l\u2019abstinence, pr\u00e9coce ou conjugale. Pour les \u00e9poux, selon des physiologistes anglais tr\u00e8s s\u00e9rieux, elle ne serait n\u00e9cessaire que quelques jours par mois. Pour les jeunes hommes, la pratique du sport et des activit\u00e9s intellectuelles intenses devrait dissiper leurs mauvaises pens\u00e9es. Proudhon avait lui-m\u00eame observ\u00e9 cette incompatibilit\u00e9 entre l\u2019\u00e9mission de la semence d\u2019une part, le sport ou l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale\u00a0d\u2019autre part :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le g\u00e9nie est donc la virilit\u00e9 de l\u2019esprit (\u2026) dont l\u2019enfant, l\u2019eunuque et la femme sont \u00e9galement d\u00e9pourvus. Et telle est la solidarit\u00e9 des deux organes que, comme l\u2019athl\u00e8te se sevrait de la femme pour conserver sa vigueur, le penseur s\u2019en s\u00e8vre aussi pour conserve son g\u00e9nie\u00a0: comme si la r\u00e9sorption de la semence n\u2019\u00e9tait pas moins n\u00e9cessaire au cerveau de l\u2019un qu\u2019aux muscles de l\u2019autre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mayer confirme scientifiquement cette observation :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On sait bien que les athl\u00e8tes, pour conserver leurs forces, et les penseurs leur g\u00e9nie, se condamnent \u00e0 la continence, parce que rien ne contribue plus puissamment que le commerce des femmes, \u00e0 \u00e9teindre l\u2019inspiration et \u00e0 \u00e9nerver le corps\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>A la fin du XIXe si\u00e8cle, les \u00e9conomistes fran\u00e7ais ne croient plus que le salaire soit d\u00e9termin\u00e9 par une sorte de \u00ab\u00a0minimum vital\u00a0\u00bb et la faible natalit\u00e9 en France inqui\u00e8te davantage que l\u2019inverse, relativement \u00e0 ses voisins. Pour ces raisons et pour d\u2019autres, les \u00e9conomistes abandonnent les questions de la population aux statisticiens et \u00e0 d\u2019autres sp\u00e9cialistes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Cet article a \u00e9t\u00e9 initialement publi\u00e9 le 14 janvier 2021.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Mots-cl\u00e9s : malthusien &#8211; n\u00e9o-malthusien &#8211; contraception &#8211; XIXe si\u00e8cle<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong><em>R\u00e9f\u00e9rence<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Etner et Claire Silvant<em>\u00a0: Histoire de la pens\u00e9e \u00e9conomique en France depuis 1789<\/em>, Economica, 2017.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Malthus, pasteur anglais, publie son Essai sur la population en 1798 \u00e0 partir d\u2019un constat irr\u00e9futable\u00a0: dans un pays avanc\u00e9 comme l\u2019Angleterre, si chacun peut se marier quand il le veut et si chaque couple a autant d\u2019enfants que la morale religieuse lui commande d\u2019avoir, le nombre de la population d\u00e9passera forc\u00e9ment la quantit\u00e9 de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":183,"featured_media":5619,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[236,9],"tags":[],"class_list":["post-5615","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-demographie-societe","category-economie","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5615","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/183"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5615"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5615\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/5619"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5615"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5615"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5615"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}