{"id":5355,"date":"2020-10-30T07:25:36","date_gmt":"2020-10-30T05:25:36","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=5355"},"modified":"2020-10-30T08:47:03","modified_gmt":"2020-10-30T06:47:03","slug":"de-griveaux-a-gibault-pour-une-ethique-de-la-vie-privee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=5355","title":{"rendered":"De Griveaux \u00e0 Gibault : pour une \u00e9thique de la vie priv\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00ab On reconna\u00eet la vie priv\u00e9e au bruit qu\u2019elle fait quand elle part<\/em>\u00a0\u00bb a dit l\u2019essayiste Denis Olivennes \u00e0 propos de l\u2019affaire Benjamin Griveaux. Ce fut m\u00eame un fracas, qui marquera durablement notre soci\u00e9t\u00e9 construite depuis les Lumi\u00e8res sur une s\u00e9paration \u00e9tanche entre vie publique et vie priv\u00e9e. Mais cette limite est en train de c\u00e9der sous les coups de boutoir de la m\u00e9diatisation \u00e0 outrance, de la voracit\u00e9 des cha\u00eenes d\u2019information continue et de l\u2019impudeur des r\u00e9seaux sociaux. \u00ab Heureusement que le monde de l\u2019entreprise est \u00e0 l\u2019abri de ces d\u00e9rives, \u00bb se rassure-t-on \u00e0 bon compte. Vraiment ? Cette s\u00e9paration a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 mal par l\u2019exp\u00e9rience de t\u00e9l\u00e9travail quasi-permanent que nous avons v\u00e9cue lors du \u00ab\u00a0grand confinement\u00a0\u00bb, lorsque vie priv\u00e9e et professionnelle s\u2019entre-d\u00e9vorent. Et d\u2019autres dispositifs sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre\u2026<\/p>\n<h3>Responsabilit\u00e9 sociale et \u00e9garements de la vie priv\u00e9e<\/h3>\n<p>Voici un \u00e9v\u00e9nement qui montre \u00e0 quel point la fronti\u00e8re a \u00e9t\u00e9 franchie. Une vid\u00e9o tourn\u00e9e dans un appartement lors d\u2019une soir\u00e9e priv\u00e9e pendant le r\u00e9veillon du Nouvel An est diffus\u00e9e sur les r\u00e9seaux sociaux. Elle met en sc\u00e8ne trois personnages dont une femme arborant une \u201cblack face\u201d et un homme d\u00e9guis\u00e9 en gorille. Bien qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une soir\u00e9e dans un lieu priv\u00e9, qu\u2019aucune marque ou entreprise ne soit cit\u00e9e dans la vid\u00e9o, des internautes d\u00e9voilent l\u2019identit\u00e9 des f\u00eatards et interpellent l\u2019employeur de deux d\u2019entre eux, la soci\u00e9t\u00e9 Le Slip fran\u00e7ais, pour r\u00e9clamer leur licenciement. Et la caisse de r\u00e9sonnance des r\u00e9seaux sociaux fonctionne \u00e0 plein, attis\u00e9e par un appel au boycott sous la banni\u00e8re du hashtag #boycottleslipfrancais.<\/p>\n<p>D\u00e8s le surlendemain, Le Slip fran\u00e7ais \u00e9met un communiqu\u00e9 officiel annon\u00e7ant une sanction \u00e0 l\u2019encontre de ces deux salari\u00e9s au motif que la vid\u00e9o ayant \u00e9t\u00e9 rendue publique, l\u2019image de l\u2019entreprise s\u2019en trouve ternie \u2013 m\u00eame si le d\u00e9voilement du nom de leur employeur ne r\u00e9sultait pas d\u2019eux.<\/p>\n<p>Ce faisant, Guillaume Gibault, pr\u00e9sident et fondateur (en 2011) du Slip Fran\u00e7ais, commet la m\u00eame erreur que Benjamin Griveaux : accepter le diktat des r\u00e9seaux sociaux et se soumettre sans combattre \u00e0 la vindicte publique, qui s\u2019abat sur des actes de la vie priv\u00e9e.<\/p>\n<p>Entendons-nous bien : l\u2019aventure du Slip Fran\u00e7ais est une belle <em>success story<\/em>, qui vaut d\u2019\u00eatre d\u00e9fendue. Cette marque de sous-v\u00eatements et accessoires fabriqu\u00e9s en France commercialise ses produits dans 22 magasins (un million de pi\u00e8ces vendues par an) et emploie 115 salari\u00e9s auxquels s\u2019ajoutent en e\u0301quivalent temps plein plus de 220 personnes dans les 29 ateliers qui fabriquent leurs produits. Malgr\u00e9 sa taille r\u00e9duite, elle a fait des efforts notables pour progresser en mati\u00e8re de responsabilit\u00e9 sociale, couronn\u00e9s par l\u2019obtention du label Lucie, qui contrairement \u00e0 un label \u00e0 la mode, n\u2019a rien d\u2019un troph\u00e9e complaisant. Plus r\u00e9cemment, cette entreprise s\u2019est fortement engag\u00e9e avec ses partenaires de l\u2019industrie textile fran\u00e7aise, pour r\u00e9pondre \u00e0 la demande de masques de protection et de blouses de protection dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, d\u00e8s la mi-mars 2020<a name=\"_ftnref1\"><\/a><a href=\"https:\/\/management-rse.com\/2020\/07\/02\/de-griveaux-a-gibault-pour-une-ethique-de-la-vie-privee\/?utm_source=wysija&amp;utm_medium=email&amp;utm_campaign=JeunesGriveauxRetourEteRSE#_ftn1\">[1]<\/a>. Selon Guillaume Gibault, la crise sanitaire doit devenir \u00ab <em>un point de d\u00e9part d\u2019une mode r\u00e9invent\u00e9e : locale, durable, innovante, ancr\u00e9e dans nos territoires<\/em> \u00bb, qui contribuera \u00e0 accroitre encore le rayonnement de la mode fran\u00e7aise sur tous les march\u00e9s.<\/p>\n<p>C\u2019est justement par le prisme de la responsabilit\u00e9 sociale que je voudrais analyser sa d\u00e9cision de mise \u00e0 pied de ses deux collaborateurs.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Chacun a droit au respect de sa vie priv\u00e9e. \u00bb<br \/>\nCode Civil (article 9), 1804<\/p><\/blockquote>\n<p>La justification de cette d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e par communiqu\u00e9 officiel de la soci\u00e9t\u00e9 le 3 janvier : \u00ab <em>nous avons une responsabilit\u00e9 morale face \u00e0 ces comportements racistes et discriminatoires qui sont aux antipodes de nos valeurs<\/em> \u00bb. Mais ceci supposerait que l\u2019employeur doive et puisse contr\u00f4ler les actes de ses salari\u00e9s jusque dans leur vie priv\u00e9e. Or depuis Voltaire, et pour reprendre la terminologie du Code Civil (article 9), \u00ab <em>chacun a droit au respect de sa vie priv\u00e9e<\/em> \u00bb, principe \u00e0 valeur constitutionnelle. Les seules limites autoris\u00e9es par la loi sont celles rendues strictement n\u00e9cessaires par le but poursuivi dans le cadre de la relation de travail, comme le pr\u00e9cise l\u2019article L1121-1 du Code du travail : \u00ab <em>Nul ne peut apporter au droit des personnes et aux libert\u00e9s individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifi\u00e9es par la nature de la t\u00e2che \u00e0 accomplir ni proportionn\u00e9es au but recherch\u00e9<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi, en principe, un motif issu de la vie priv\u00e9e ne peut justifier une sanction disciplinaire. Sanctionner le comportement d\u2019un salari\u00e9 suppose que soit constat\u00e9 un manquement \u00e0 une obligation d\u00e9coulant de son contrat de travail, ou un comportement cr\u00e9ant \u00ab <em>un trouble objectif caract\u00e9ris\u00e9 au sein de l\u2019entreprise rendant impossible son maintien dans l\u2019entreprise au regard de la fonction exerc\u00e9e<\/em> \u00bb. Ce dernier motif est celui invoqu\u00e9 dans l\u2019affaire de la ligue du LOL, dans laquelle des journalistes ont \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9s pour avoir organis\u00e9 un harc\u00e8lement \u00e0 l\u2019encontre de personnes choisies comme cibles. Mais dans notre cas, il faudrait d\u00e9montrer que cette vid\u00e9o a rendu impossible le fonctionnement normal du collectif de travail dans l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019elle ne g\u00eane pas celle des autres, la libert\u00e9 des personnes doit \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9e. On peut admettre que leurs droits peuvent \u00eatre limit\u00e9s pour ne pas nuire \u00e0 la vie de l\u2019entreprise, mais \u00e0 condition qu\u2019il s\u2019agisse de faits commis sur leur lieu de travail ou durant leurs horaires de travail et que les collaborateurs en soient inform\u00e9s. Ainsi, par exemple, l\u2019employeur ne peut pas installer la vid\u00e9osurveillance et la g\u00e9olocalisation pour suivre ses salari\u00e9s sans les en alerter au pr\u00e9alable. C\u2019est selon ce m\u00eame principe qu\u2019un employeur peut fouiller votre armoire de bureau ou consulter votre ordinateur m\u00eame en votre absence. Les mat\u00e9riels et documents mis \u00e0 votre disposition durant vos heures de travail et \u00e0 votre poste sont consid\u00e9r\u00e9s comme professionnels et \u00e0 ce titre, sont consultables \u00e0 tout moment par l\u2019employeur.<\/p>\n<p>Mais en revanche, votre vie priv\u00e9e vous appartient. D\u00e8s lors qu\u2019un document ou un mat\u00e9riel (t\u00e9l\u00e9phone portable, cl\u00e9 USB, \u2026) est clairement indiqu\u00e9 comme personnel, l\u2019employeur ne peut pas y acc\u00e9der. Il en va de m\u00eame pour les documents qui se r\u00e9v\u00e8lent \u00eatre de nature priv\u00e9e, m\u00eame en dehors de toute signalisation : l\u2019employeur peut en prendre connaissance mais ne peut pas les utiliser contre vous. M\u00eames principes pour la libert\u00e9 d\u2019expression des salari\u00e9s en ligne. Si vous tenez des propos peu aimables sur votre employeur sur Facebook, le juge d\u00e9termine s\u2019ils sont publics (si votre page est accessible \u00e0 tous) et donc sanctionnables ou bien priv\u00e9s (si elle est restreinte \u00e0 vos seuls amis), auquel cas l\u2019employeur ne peut vous sanctionner.<\/p>\n<p>Un r\u00e9cent article du tr\u00e8s lib\u00e9ral hebdomadaire britannique \u2018The Economist\u2019 s\u2019alarme dans une prise de position reproduite par le magazine fran\u00e7ais \u00ab\u00a0Challenges\u00a0\u00bb (du 12 mars 2020) intitul\u00e9e \u00ab\u00a0<em>Des salari\u00e9s contraints au silence<\/em>\u00a0\u00bb, qui nous rappelle que ce droit \u00e0 la vie priv\u00e9e est d\u00e9j\u00e0 bien \u00e9corn\u00e9 dans plusieurs pays d\u00e9velopp\u00e9s. \u00ab\u00a0<em>De plus en plus d\u2019employ\u00e9s sont licenci\u00e9s pour avoir exprim\u00e9 leurs opinions sur les r\u00e9seaux sociaux. Une d\u00e9rive dangereuse que le l\u00e9gislateur doit combattre,<\/em> \u00bb affirme cette tribune. Elle rappelle que selon l\u2019avocat n\u00e9erlandais Pascal Besselink, un licenciement sur dix aux Pays-Bas est li\u00e9 au comportement des employ\u00e9s sur un r\u00e9seau social. Certaines entreprises comme le g\u00e9ant am\u00e9ricain de l\u2019automobile General Motors ont \u00e9dict\u00e9 un code de conduite, qui contr\u00f4le la parole de leurs employ\u00e9s m\u00eame lorsqu\u2019ils ne sont pas au travail.<\/p>\n<p>Rappelant que \u00ab\u00a0<em>il y a une diff\u00e9rence entre ce que les gens font au travail et ce qu\u2019ils font \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur<\/em>\u00a0\u00bb, \u2018The Economist\u2019 \u00e9tablit une analogie int\u00e9ressante entre libert\u00e9 de parole et code vestimentaire et conclut sur une recommandation \u00e0 laquelle nous souscrivons pleinement\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">\u00ab\u00a0<em>Tout comme les entreprises peuvent exiger de leurs employ\u00e9s qu\u2019ils soient correctement v\u00eatus au travail, elles sont \u00e9galement en droit de fixer des limites \u00e0 ce qu\u2019ils peuvent y exprimer, \u00e0 condition que les r\u00e8gles soient claires et \u00e9quitables. Mais, une fois rentr\u00e9s chez eux, tout comme ils sont libres de se mettre en jean et T-shirt, les gens devraient pouvoir \u00eatre libres de s\u2019exprimer. Il faudrait voter des lois fermes qui emp\u00eachent les licenciements abusifs et prot\u00e8gent la libert\u00e9 d\u2019expression ; elles aideraient les entreprises \u00e0 faire face aux pol\u00e9miques qui enflamment parfois les r\u00e9seaux sociaux<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3>Est-ce bien responsable ?<\/h3>\n<p>Revenons vers nos contr\u00e9es bien fran\u00e7aises. Dans le cas du Slip fran\u00e7ais, l\u2019entreprise a agi non pas en droit et en responsabilit\u00e9 mais dans la pr\u00e9cipitation et pour \u00e9teindre la pol\u00e9mique. Mais il n\u2019y a pas de RSE sans \u00e9thique<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Un comportement a priori socialement responsable e\u00fbt \u00e9t\u00e9 de d\u00e9fendre les salari\u00e9s dans leur droit de conduire leur vie priv\u00e9e comme ils l\u2019entendent (m\u00eame si l\u2019entreprise d\u00e9sapprouve les propos qui, tenus en priv\u00e9, ne la concernent pas) et de r\u00e9sister aux pressions de l\u2019opinion publique.<\/p>\n<blockquote><p>La vie priv\u00e9e doit \u00eatre r\u00e9instaur\u00e9e comme ce qu\u2019elle<br \/>\nn\u2019aurait jamais d\u00fb cesser d\u2019\u00eatre : notre pr\u00e9 carr\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>A supposer que le comportement retrac\u00e9 par la vid\u00e9o incrimin\u00e9e soit raciste (ce qui reste \u00e0 d\u00e9montrer), cela ne suffit pas \u00e0 sanctionner professionnellement, et c\u2019est heureux. La vie priv\u00e9e doit \u00eatre r\u00e9instaur\u00e9e comme ce qu\u2019elle n\u2019aurait jamais d\u00fb cesser d\u2019\u00eatre : notre pr\u00e9 carr\u00e9. Sinon, dans la mesure o\u00f9 les enjeux de r\u00e9putation vont devenir essentiels pour les entreprises, voici ce qui finira par se passer : limiter la libert\u00e9 pour un salari\u00e9 d\u2019avoir dans sa vie priv\u00e9e une opinion politique, syndicale, les pr\u00e9f\u00e9rences sexuelles qu\u2019il souhaite, au pr\u00e9texte que cela pourrait entacher l\u2019image de son entreprise. Imposer partout, y compris chez vous, \u00e0 votre domicile, l\u2019hyst\u00e9rie d\u2019un anti-racisme fanatis\u00e9, la bien-pensance, la morale confite, le puritanisme et la tyrannie de la transparence.<\/p>\n<blockquote><p>L\u2019approche RSE (et celle de l\u2019\u00e9thique) invite \u00e0 bien cerner la responsabilit\u00e9 des salari\u00e9s et celle de l\u2019entreprise.<\/p><\/blockquote>\n<p>Vis-\u00e0-vis de ce type de situations probl\u00e9matiques, l\u2019approche RSE (et celle de l\u2019\u00e9thique) invite \u00e0 bien cerner la responsabilit\u00e9 des salari\u00e9s et celle de l\u2019entreprise. En effet, il ne s\u2019agit pas de pr\u00e9tendre que vie professionnelle et vie priv\u00e9e sont des compartiments \u00e9tanches \u2013 rappelons d\u2019ailleurs que la d\u00e9marche de qualit\u00e9 de vie au travail nous enjoint de \u00ab concilier \u00bb l\u2019une et l\u2019autre \u2013. Nous sommes des \u00eatres humains et nous nous exprimons dans l\u2019une et dans l\u2019autre. Lorsque nous rentrons chez nous apr\u00e8s une journ\u00e9e de travail, il n\u2019est pas toujours possible d\u2019accrocher les scories professionnelles \u00e0 la pat\u00e8re avec notre manteau. C\u2019est bien la responsabilit\u00e9 des parties qu\u2019il faut diff\u00e9rencier.<\/p>\n<p>Commen\u00e7ons par la responsabilit\u00e9 des salari\u00e9s. Elle est moins engag\u00e9e, par exemple, lorsqu\u2019ils ne sont pas des dirigeants qui incarnent les valeurs et le projet (bient\u00f4t : la raison d\u2019\u00eatre) de l\u2019entreprise. En 2011, le cr\u00e9ateur John Galliano avait \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9 par Dior apr\u00e8s la diffusion d\u2019une vid\u00e9o film\u00e9e \u00e0 son insu, dans laquelle le styliste prof\u00e9rait des insultes antis\u00e9mites \u00e0 la terrasse d\u2019un caf\u00e9 parisien. Mais Galliano, c\u2019\u00e9tait Dior\u2026 et cette incarnation ne concerne pas les deux salari\u00e9s sanctionn\u00e9s par le Slip Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Quid de la responsabilit\u00e9 de l\u2019entreprise ? Si le Slip fran\u00e7ais s\u2019est trouv\u00e9 aussi vuln\u00e9rable aux accusations de racisme, c\u2019est sans doute parce que la marque avait pr\u00e9alablement \u00e9t\u00e9 \u00e9pingl\u00e9e en septembre 2019 par les internautes pour son manque de diversit\u00e9, apr\u00e8s la publication par l\u2019entreprise d\u2019une photographie d\u2019\u00e9quipe sur laquelle ne figuraient que des personnes blanches. Cette controverse n\u2019est pas de la responsabilit\u00e9 des deux salari\u00e9s sanctionn\u00e9s.<\/p>\n<p>Pas plus qu\u2019ils ne sont responsables du contexte \u00e9conomique dans lequel elle s\u2019est inscrite. Sur le site francetvinfo, on trouve une interview de Guillaume Gibault (15 janvier 2020) \u00e0 propos de la sanction inflig\u00e9e aux deux salari\u00e9s, mentionnant un \u00ab <em>impact \u00e9conomique<\/em> \u00bb pour l\u2019entreprise : \u00ab <em>Le contexte \u00e9conomique est compliqu\u00e9. C\u2019est la gr\u00e8ve nationale depuis le 5 d\u00e9cembre. Pour nous, les f\u00eates et les soldes sont une p\u00e9riode tr\u00e8s importante (\u2026) Je ne suis pas inquiet mais forc\u00e9ment il y aura des cons\u00e9quences \u00e9conomiques<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>La responsabilit\u00e9 de l\u2019entreprise est aussi de pr\u00e9venir ce type de controverses. A ce titre, l\u2019initiative des entreprises qui travaillent \u00e0 la d\u00e9finition de leurs valeurs doit selon moi \u00eatre soutenue. Mais \u00e0 trois conditions :<\/p>\n<ul>\n<li>le caract\u00e8re participatif de la d\u00e9marche (afin que ces valeurs refl\u00e8tent effectivement celles de toute l\u2019entreprise et pas seulement une id\u00e9alisation construite par les seuls dirigeants)\u00a0;<\/li>\n<li>sa communication et diffusion \u00e0 tous les salari\u00e9s (afin que nul ne soit cens\u00e9 ignorer les r\u00e8gles que le collectif de travail s\u2019est donn\u00e9es)\u00a0;<\/li>\n<li>et sa limitation au domaine professionnel (afin d\u2019\u00e9viter le m\u00e9lange des genres).<\/li>\n<\/ul>\n<p>De m\u00eame, les chartes et codes de conduite peuvent exercer un impact tr\u00e8s positif, ne serait-ce que parce qu\u2019elles sont l\u2019occasion de mettre ces questions en d\u00e9bat, mais \u00e0 condition de respecter ces trois conditions, ce qui est somme toute assez rare, m\u00eame lorsque la direction de l\u2019\u00e9thique est \u00e0 la man\u0153uvre. Les conditions de respect du contradictoire, de loyaut\u00e9 et d\u2019auto-limitation (n\u2019imposer de limites \u00e0 la libert\u00e9 que lorsqu\u2019elles sont n\u00e9cessaires, justifi\u00e9es, efficaces et proportionn\u00e9es) ne sont pas toujours au rendez-vous.<\/p>\n<blockquote><p>Ce ne sont pas les r\u00e9seaux sociaux qui sont coupables<br \/>\nmais ceux qui c\u00e8dent \u00e0 leur diktat.<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans les deux cas, Griveaux et Gibault, les r\u00e9seaux sociaux ont \u00e9t\u00e9 accus\u00e9s pour la pression qu\u2019ils exercent. Effectivement, ils enferment chacun dans une bulle de conviction partag\u00e9e, chambre d\u2019\u00e9cho qui ne fait que porter les d\u00e9bats \u00e0 incandescence, renvoyer, amplifier et cliver les opinions de ceux qui pensent la m\u00eame chose. Mais dans les deux cas, la responsabilit\u00e9 de la cible de la vindicte \u00e9tait de se d\u00e9fendre, d\u2019argumenter, d\u2019opposer au vacarme m\u00e9diatique, la force de la loi et de la raison. Ce ne sont pas les r\u00e9seaux sociaux qui sont coupables mais ceux qui c\u00e8dent \u00e0 leur diktat.<\/p>\n<h3>Conclusion\u00a0(provisoire)\u00a0: sanctuariser la vie priv\u00e9e<\/h3>\n<p>Dans une interview \u00e0 Medium le 12 f\u00e9vrier 2020, Guillaume Gibault a d\u00e9fini les valeurs de son entreprise : \u00ab <em>Mes valeurs, celles du Slip, sont et seront toujours celles-ci, l\u2019audace, le courage, la joie de vivre, le respect, la libert\u00e9 et l\u2019ouverture<\/em> \u00bb. Cette d\u00e9cision t\u00e9moigne de leur exact contraire. Elle nous montre qu\u2019il faut toujours d\u00e9fendre ce \u00e0 quoi nous tenons vraiment : tenir bon face \u00e0 la pression exerc\u00e9e et sanctuariser la vie priv\u00e9e.<\/p>\n<p>Plus largement, le \u00ab retour \u00bb au travail, apr\u00e8s la phase de confinement<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\">[i]<\/a> est l\u2019opportunit\u00e9 de d\u00e9battre collectivement de ces questions \u00e9thiques trop souvent pass\u00e9es sous silence, d\u2019examiner au sein des \u00e9quipes les compromis \u00e0 passer dans le trilemme du Coronavirus (sant\u00e9, \u00e9conomie, libert\u00e9s), afin de d\u00e9terminer ensemble ce \u00e0 quoi nous tenons vraiment dans notre fonctionnement, ce qui fait notre attachement \u00e0 l\u2019entreprise.<\/p>\n<p><em>Ceci une version condens\u00e9e d\u2019un article initialement publi\u00e9 sur le site Management \u00a7 RSE, elle-m\u00eame issue d\u2019une chronique de Martin Richer publi\u00e9e par l\u2019hebdomadaire Entreprise &amp; Carri\u00e8res dans son n\u00b0 1471. Pour lire cette chronique en format PDF, cliquez ici\u00a0: \u00ab <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/management-rse.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/EC_EC1471_Griveaux-Gibault-\u00e9thique-et-vie-priv\u00e9e.pdf\">De Griveaux \u00e0 Gibault : les \u00e9garements de la vie priv\u00e9e<\/a><\/span><\/span> \u00bb<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Voir\u00a0notre article \u00ab <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/management-rse.com\/2015\/01\/07\/trois-pistes-daction-pour-mettre-en-jeu-lethique-professionnelle\/\">Trois pistes d\u2019action pour mettre en jeu l\u2019\u00e9thique professionnelle<\/a><\/span><\/span> \u00bb in Management \u00a7 RSE<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[i]<\/a> Voir notre article \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/management-rse.com\/2020\/06\/11\/les-enjeux-du-retour-au-travail-4-points-dattention\/\"><span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\">Les enjeux du retour au travail : 4 points d\u2019attention<\/span><\/a> \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab On reconna\u00eet la vie priv\u00e9e au bruit qu\u2019elle fait quand elle part\u00a0\u00bb a dit l\u2019essayiste Denis Olivennes \u00e0 propos de l\u2019affaire Benjamin Griveaux. Ce fut m\u00eame un fracas, qui marquera durablement notre soci\u00e9t\u00e9 construite depuis les Lumi\u00e8res sur une s\u00e9paration \u00e9tanche entre vie publique et vie priv\u00e9e. Mais cette limite est en train de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":322,"featured_media":5359,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[222],"tags":[],"class_list":["post-5355","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-societe","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5355","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/322"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5355"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5355\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/5359"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5355"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5355"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5355"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}