{"id":5309,"date":"2020-10-01T07:35:45","date_gmt":"2020-10-01T05:35:45","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=5309"},"modified":"2020-10-01T07:56:02","modified_gmt":"2020-10-01T05:56:02","slug":"la-cigale-et-la-cigale-ou-comment-nous-avons-plus-besoin-dun-assureur-central-que-dune-banque-centrale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=5309","title":{"rendered":"La cigale et la cigale ou comment nous avons plus besoin d\u2019un Assureur central que d\u2019une Banque centrale"},"content":{"rendered":"<p>De premi\u00e8res le\u00e7ons \u00e9mergent de notre gestion \u00e9conomique des deux derni\u00e8res crises mondiales et elles ne sont pas rassurantes.<\/p>\n<h3><strong>Une gestion des crises par la dette publique<\/strong><\/h3>\n<p>2008 et 2020 confirment ce que j\u2019ai pu constater comme assureur cr\u00e9dit\u00a0: les crises \u00e9conomiques sont r\u00e9currentes depuis 1945 et de causes vari\u00e9es : souvent financi\u00e8res comme en 2008 mais aussi \u00e9conomiques, politiques, ou sanitaires comme en 2020. Elles sont de plus en plus synchronis\u00e9es dans les diff\u00e9rents pays, ce qui est normal pour des \u00e9conomies de plus en plus interconnect\u00e9es, et leur gravit\u00e9 s\u2019accroit du fait de cette synchronisation\u00a0: les entreprises sont principalement touch\u00e9es indirectement, par la contraction contagieuse de l\u2019activit\u00e9.<\/p>\n<p>Notre gestion des crises repose sur la notion d\u2019alternance entre des p\u00e9riodes dites normales\u00a0au cours desquelles nous poursuivons librement nos activit\u00e9s marchandes, et de crises \u00ab\u00a0anormales\u00a0\u00bb. Nous nous tournons alors vers les autorit\u00e9s publiques pour faire valoir notre droit\u00a0\u00e0 des aides qui maintiennent notre revenu des bonnes ann\u00e9es\u00a0; les autorit\u00e9s publiques consid\u00e8rent qu\u2019elles ont le droit et le devoir de distribuer ces aides pratiquement sans contr\u00f4le, au nom de l\u2019urgence et parce que les fonds sont gratuits, avanc\u00e9s \u00e0 cr\u00e9dit par les Banques centrales. La r\u00e9partition largement improvis\u00e9e de sommes gigantesques b\u00e9n\u00e9ficie logiquement aux institutions les plus puissantes ou les mieux organis\u00e9es\u00a0: aux grandes entreprises plus qu\u2019aux ind\u00e9pendants, aux salari\u00e9s avant les personnes sans emploi, aux d\u00e9tenteurs d\u2019actifs financiers.<\/p>\n<p>Cette construction intellectuelle est arbitraire (peut-on vraiment qualifier d\u2019anormales des crises qui reviennent tous les dix ans ?) mais est-elle vertueuse ?<\/p>\n<h3><strong>La fable de la cigale et de la cigale<\/strong><\/h3>\n<p>Un signal clair d\u2019alerte est que notre gestion des crises ne respecte pas du tout notre fable nationale de la cigale et de la fourmi, puisqu\u2019elle se ram\u00e8ne \u00e0 un dialogue entre cigales\u00a0: les cigales priv\u00e9es m\u00e8nent tranquillement leur vie les bonnes ann\u00e9es et affectent la surprise \u00e0 chaque crise\u00a0venue ; elles frappent alors \u00e0 la porte des cigales publiques leurs voisines qui leur donnent tout ce qu\u2019il faut pour reprendre chants et danses, aid\u00e9es par une Banque centrale \u00e9minemment pr\u00eateuse ! Sans valoriser particuli\u00e8rement les fourmis, La Fontaine nous rappelle pourtant clairement les risques d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de cigales.<\/p>\n<p>Une Banque centrale plus fourmi que cigale nous aiderait \u00e0 pr\u00e9parer le prochain hiver pendant la belle saison, ou la prochaine crise pendant les bonnes ann\u00e9es. Elle raisonnerait ainsi comme un assureur. Pour l\u2019assureur, la crise -le sinistre dans son jargon- fait partie du jeu, comme l\u2019hiver fait partie du cycle des saisons. Il n\u2019oppose pas des p\u00e9riodes anormales\u00a0\u00e0 des p\u00e9riodes normales, mais des p\u00e9riodes avec ou sans sinistre. Chaque sinistre provoque une indemnisation par la prime des bonnes ann\u00e9es, et une r\u00e9vision de la gestion des risques pour limiter le prochain sinistre, en faisant payer plus cher les activit\u00e9s plus risqu\u00e9es ou en leur imposant des mesures de protection.<\/p>\n<h3><strong>Une Banque centrale raisonnant comme un assureur <\/strong><\/h3>\n<p>Qu\u2019apporterait une Banque centrale raisonnant comme un assureur, et qu\u2019on pourrait appeler une Banque-assureur centrale ou Bac ?<\/p>\n<p>En cas de crise, la Bac n\u2019indemnise pas celui qui crie le plus fort \u00e0 l\u2019oreille des pouvoirs publics, mais applique comme un assureur des r\u00e8gles convenues \u00e0 l\u2019avance qui respectent le principe, largement oubli\u00e9 aujourd\u2019hui, que les plus touch\u00e9s sont les mieux indemnis\u00e9s. Comme pour l\u2019assurance ch\u00f4mage, ou l\u2019assurance accidents professionnels, les primes sont pay\u00e9es par chaque secteur en fonction des risques de crise majeure qu\u2019il engendre, directement ou par contagion\u00a0; et les indemnit\u00e9s vont aux personnes touch\u00e9es.<\/p>\n<p>Chaque fois que des fragilit\u00e9s apparaissent, et notamment apr\u00e8s chaque crise, la Bac et l\u2019ensemble de la collectivit\u00e9 les analysent pour ajuster primes et politique de pr\u00e9vention. La pr\u00e9vention repose sur deux leviers\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Des primes ou des r\u00e8gles de provisionnement bancaires, modul\u00e9es en fonction des concentrations de risque que repr\u00e9sente chaque secteur, de fa\u00e7on par exemple \u00e0 freiner la surproduction de combustibles fossiles (voir dans Variances: Casser le cercle vicieux de la finance et du climat, <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"http:\/\/variances.eu\/?p=5129\">http:\/\/variances.eu\/?p=5129<\/a><\/span><\/span>).<\/li>\n<li>Des mesures de protection pour r\u00e9duire la probabilit\u00e9 ou l\u2019ampleur de prochaines crises\u00a0: exactement comme un assureur conditionne la couverture d\u2019une usine au plafonnement des mati\u00e8res dangereuses qui y sont stock\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La Bac \u00e9vite ainsi de m\u00e9langer dans un \u00ab\u00a0plan de relance\u00a0\u00bb fourre-tout l\u2019indemnisation et la pr\u00e9vention. Il est logique d\u2019indemniser les salari\u00e9s d\u2019Air France comme les autres personnes touch\u00e9es par la crise\u00a0; mais pas forc\u00e9ment d\u2019aider Air France, si cela aggrave ou ne r\u00e9duit pas les crises suivantes.<\/p>\n<p>Il y a peu de chances que nous nous mettions d\u2019accord sur cette approche 100 % fourmi : la cigale en chacun de nous a trop envie de croire que les crises ne co\u00fbtent rien et n\u2019imposent aucun changement \u00e0 nos habitudes. Mais peut-\u00eatre pourrions-nous dans un premier temps ne devenir qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9 fourmi\u00a0: garder la gratuit\u00e9 (apparente) des crises, mais accepter d\u2019ajuster nos m\u00e9thodes de production.<\/p>\n<h3><strong>Endetter toujours plus nos institutions publiques<\/strong><\/h3>\n<p>Nous n\u2019arriverons pas \u00e0 nous sevrer \u00e0 court terme de notre financement des crises par la dette. Nous continuerons \u00e0 accepter un discours \u00e9conomique contradictoire, qui impose un plafond strict de la dette les bonnes ann\u00e9es, et un laxisme total en p\u00e9riode de crise. Apr\u00e8s 2008, il \u00e9tait admis qu\u2019il serait impossible de g\u00e9rer la crise suivante par la dette publique, compte tenu du niveau atteint. Et quand la dette a de nouveau \u00e9t\u00e9 la solution pour 2020, les experts ont parl\u00e9 d\u2019une dette \u00ab\u00a0diff\u00e9rente\u00a0\u00bb qu\u2019on mettrait \u00ab\u00a0sur \u00e9tag\u00e8re\u00a0\u00bb pour une trentaine d\u2019ann\u00e9es, m\u00eame s\u2019il para\u00eet paradoxal d\u2019endetter la collectivit\u00e9 pour 30 ans \u00e0 chaque crise d\u00e9cennale&#8230; Un nouvel argument sera facilement trouv\u00e9 pour la prochaine crise, autorisant une nouvelle hausse \u00ab\u00a0exceptionnelle\u00a0\u00bb de l\u2019endettement public.<\/p>\n<p>La gestion des crises par la dette publique est donc probablement reproductible, sinon \u00e0 l\u2019infini, du moins longtemps, aussi longtemps que nous restons d\u2019accord pour laisser dans le vague la question de savoir si le co\u00fbt de la crise sera ind\u00e9finiment report\u00e9, ou qui paiera\u00a0sinon : contribuables (pour la dette rembours\u00e9e), cr\u00e9anciers publics (pour la dette annul\u00e9e), ou d\u00e9tenteurs d\u2019actifs (si l\u2019inflation red\u00e9marre).<\/p>\n<p>Attention quand m\u00eame : les accumulations de dette sont des accumulations de risque, elles rendent plus probables de nouvelles crises ; et les contradictions de l\u2019argumentaire \u00e9conomique sur l\u2019existence d\u2019un plafond \u00e0 la dette pourraient devenir politiquement intenables, surtout s\u2019il appara\u00eet que ceux qui gagnent le plus les bonnes ann\u00e9es, sont aussi les mieux indemnis\u00e9s pendant les crises.<\/p>\n<h3><strong>Priorit\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9vention<\/strong><\/h3>\n<p>L\u2019autre d\u00e9rive de cigale de notre gestion de crise est que personne ne se sent responsable de r\u00e9duire la probabilit\u00e9 ou la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des prochaines crises. Les autorit\u00e9s publiques sont concentr\u00e9es sur comment produire plus, y compris les bonnes ann\u00e9es\u00a0: une approche dangereuse si notre fa\u00e7on de produire explique une part croissante des crises. Une \u00e9conomie de march\u00e9 cr\u00e9e structurellement des crises. En valorisant les biens et services marchands, mais pas les biens et services collectifs, elle produit naturellement ce que les \u00e9conomistes appellent des externalit\u00e9s, comme des risques financiers, des pollutions chimiques ou des facteurs de r\u00e9chauffement climatique. Avec la taille croissante de l\u2019activit\u00e9 humaine, ces externalit\u00e9s s\u2019accumulent et provoquent p\u00e9riodiquement des ajustements massifs, c\u2019est-\u00e0-dire des crises. Scientifiques et assureurs pr\u00e9disent leur multiplication.<\/p>\n<p>Notre ambition collective de pr\u00e9vention se limite aux causes directes de la crise la plus r\u00e9cente. Nous nous f\u00e9licitons par exemple que la crise de 2008 ne soit pas venue de la bulle internet, comme en 2001, ni celle de 2020 d\u2019un ass\u00e8chement de la tr\u00e9sorerie des banques g\u00e9antes, comme en 2008\u00a0; et nous sentons bien que la prochaine a tr\u00e8s peu de chances d\u2019\u00eatre provoqu\u00e9e par un coronavirus. Mais nous sentons aussi qu\u2019elle aura lieu, que les grands d\u00e9s\u00e9quilibres sont nombreux et augmentent, et que tous les m\u00e9canismes de contagion d\u2019une crise demeurent.<\/p>\n<p>Une pr\u00e9vention syst\u00e9matique ne signifierait pas la d\u00e9croissance. Si la croissance marchande est de 1,5 % l\u2019an et qu\u2019une crise co\u00fbte 15 % du PIB tous les 10 ans, nous sommes d\u00e9j\u00e0 en croissance marchande nulle, donc en croissance REELLE n\u00e9gative\u00a0: il faut en effet retirer de notre production marchande ses externalit\u00e9s n\u00e9gatives, par exemple le co\u00fbt pour nettoyer \u00ab\u00a0un jour\u00a0\u00bb les gaz \u00e0 effet de serre rejet\u00e9s dans l\u2019atmosph\u00e8re ou les bouteilles plastiques rejet\u00e9es dans la M\u00e9diterran\u00e9e. La Bac, en faisant la chasse \u00e0 cette dette r\u00e9elle que nous creusons joyeusement, augmenterait en fait notre croissance r\u00e9elle.<\/p>\n<p>Nous, les cigales du 21<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, sommes dans une situation fort diff\u00e9rente de nos anc\u00eatres, puisque nous savons que nos fa\u00e7ons de chanter vont directement influencer le retour de l\u2019hiver et sa s\u00e9v\u00e9rit\u00e9. Nous avons besoin qu\u2019une fourmi nous le rappelle tout au long de la belle saison.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Mots-cl\u00e9s : Banque centrale &#8211; crise \u00e9conomique &#8211; Covid 19 &#8211; plan de relance &#8211; crise climatique &#8211; assurance<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De premi\u00e8res le\u00e7ons \u00e9mergent de notre gestion \u00e9conomique des deux derni\u00e8res crises mondiales et elles ne sont pas rassurantes. 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