{"id":5297,"date":"2020-09-21T07:35:48","date_gmt":"2020-09-21T05:35:48","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=5297"},"modified":"2020-09-21T07:56:04","modified_gmt":"2020-09-21T05:56:04","slug":"note-de-lecture-essai-politique-sur-le-royaume-de-la-nouvelle-espagne-par-alexandre-humboldt","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=5297","title":{"rendered":"Note de lecture : \u00ab Essai politique sur le Royaume de la Nouvelle-Espagne \u00bb par Alexandre Humboldt*"},"content":{"rendered":"<p><em>Le confinement a parfois \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion d\u2019exhumer de sa biblioth\u00e8que des ouvrages anciens qui y \u00e9taient enfouis. J\u2019avais ainsi longtemps repouss\u00e9 la lecture de ces 800 pages fort denses et riches en tableaux statistiques un peu indigestes. Certaines descriptions de la g\u00e9ographie de la Nouvelle-Espagne, des processus d\u2019exploitation des mines ou de la structure du commerce entre ce territoire et la m\u00e9tropole peuvent elles aussi para\u00eetre fastidieuses, mais l\u2019ouvrage n\u2019en est pas moins int\u00e9ressant \u00e0 bien des titres. <\/em><\/p>\n<p><em>D\u2019abord parce que la formidable \u00e9tendue des comp\u00e9tences d\u2019un \u00e9minent savant d\u2019il y a deux si\u00e8cles suscite l\u2019admiration. Humboldt se r\u00e9v\u00e8le ainsi g\u00e9ographe, ing\u00e9nieur en hydraulique, astronome, botaniste, chimiste &#8211; lorsqu\u2019il explique longuement le processus de fabrication de l\u2019argent \u00e0 partir de son minerai, et notamment la mani\u00e8re dont le mercure pourrait \u00eatre amalgam\u00e9 de mani\u00e8re plus parcimonieuse dans ce processus -, \u00e9pid\u00e9miologiste dans sa description des ravages du \u00ab\u00a0vomito negro\u00a0\u00bb, la fi\u00e8vre jaune qui touche tant de voyageurs \u00e0 leur arriv\u00e9e sur le port de Veracruz, \u00e9conomiste,\u2026<\/em><\/p>\n<p><em>Enfin, l\u2019ouvrage r\u00e9sonne d\u00e9j\u00e0 de th\u00e9matiques actuelles, lorsqu\u2019il met en \u00e9vidence l\u2019impact de l\u2019homme sur son environnement, s\u2019\u00e9l\u00e8ve contre les \u00e9normes in\u00e9galit\u00e9s au sein de la population mexicaine qu\u2019il identifie clairement comme un obstacle \u00e0 la croissance de la colonie, contre les entraves \u00e0 la libert\u00e9 du commerce impos\u00e9es par la m\u00e9tropole avec le soutien des \u00e9lites locales, ou lorsqu\u2019il identifie clairement la mal-gouvernance comme un obstacle au d\u00e9veloppement. <\/em><\/p>\n<p><em>Il nous montre enfin, lorsqu\u2019il propose des estimations de la population locale, de la productivit\u00e9 agricole dans diff\u00e9rents territoires, ou des revenus tir\u00e9s par la couronne d\u2019Espagne de ses colonies en Am\u00e9rique, comment un bon statisticien doit analyser avec soin les rares donn\u00e9es disponibles, croiser les sources d\u2019information et ne pas h\u00e9siter \u00e0 confronter diff\u00e9rentes m\u00e9thodes.\u00a0 <\/em><\/p>\n<p><em>Bien que non sp\u00e9cialiste de l\u2019histoire coloniale de l\u2019Am\u00e9rique espagnole, j\u2019esp\u00e8re dans cette synth\u00e8se montrer l\u2019\u00e9tendue des savoirs de ce grand scientifique et mettre en valeur l\u2019actualit\u00e9 de certaines de ses id\u00e9es.<\/em><\/p>\n<h3><strong><em>Un p\u00e9riple de cinq ans en Am\u00e9rique<\/em><\/strong><\/h3>\n<p><em>N\u00e9 \u00e0 Berlin en 1769, issu d\u2019une famille noble, Alexandre de Humboldt devient intendant des mines en 1792 apr\u00e8s de brillantes \u00e9tudes universitaires. Au d\u00e9c\u00e8s de sa m\u00e8re quatre ans plus tard, il dispose d\u2019une fortune suffisante pour abandonner ses fonctions et se consacrer \u00e0 la recherche. Avec le botaniste Aim\u00e9 Bonpland qu\u2019il rencontre alors \u00e0 Paris, il forme des projets de lointains voyages, qui finissent par aboutir en 1799, lorsque les deux hommes embarquent \u00e0 la Corogne pour se rendre en Am\u00e9rique. Ils d\u00e9barquent au V\u00e9n\u00e9zuela, visitent Cuba, puis la Nouvelle-Grenade (Colombie actuelle), le P\u00e9rou, et c\u2019est en mars 1803 qu\u2019ils passent de Guayaquil \u00e0 Acapulco, en \u00ab\u00a0Nouvelle-Espagne\u00a0\u00bb &#8211; c\u2019est ainsi que se nomme alors le Mexique -. Il s\u2019agit alors de la principale colonie espagnole, tant par sa population que par son \u00e9tendue (de l\u2019Am\u00e9rique centrale jusqu\u2019\u00e0 San Francisco), sa richesse mini\u00e8re et son r\u00f4le de carrefour commercial entre Asie et Europe. Les deux hommes y passeront une ann\u00e9e durant laquelle ils visiteront diff\u00e9rentes r\u00e9gions et sites industriels, prendront toutes sortes de mesures et consulteront \u00e0 Mexico tous documents, archives et recensements auxquels le vice-roi leur donnera libre acc\u00e8s. De retour \u00e0 Paris en ao\u00fbt 1804, Humboldt consacrera les ann\u00e9es suivantes \u00e0 exploiter toutes les donn\u00e9es accumul\u00e9es pendant ces cinq ann\u00e9es. Il adressera respectueusement son Essai politique sur la Nouvelle-Espagne au roi d\u2019Espagne, esp\u00e9rant que ce dernier puiserait dans ses id\u00e9es sur le \u00ab\u00a0perfectionnement des institutions sociales\u00a0\u00bb. Mais la publication de l\u2019ouvrage intervient en 1808, ann\u00e9e o\u00f9 les troupes napol\u00e9oniennes envahissent l\u2019Espagne et o\u00f9 l\u2019empereur fran\u00e7ais met son fr\u00e8re Joseph sur le tr\u00f4ne d\u2019Espagne. C\u2019est donc plut\u00f4t la toute jeune r\u00e9publique du Mexique, n\u00e9e d\u00e8s 1821 apr\u00e8s une guerre d\u2019ind\u00e9pendance d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es, qui aura la possibilit\u00e9 de suivre les recommandations de Humboldt. Le gouvernement mexicain lui adressera d\u2019ailleurs en 1823 \u00ab\u00a0la gratitude de la nation tout enti\u00e8re pour ses travaux\u00a0\u00bb et un historien mexicain de l\u2019\u00e9poque verra dans cet Essai l\u2019acte de naissance de la nouvelle nation. <\/em><\/p>\n<h3><strong>Humboldt g\u00e9ographe<\/strong><\/h3>\n<p>Parmi les nombreux talents de Humboldt, on retiendra en premier lieu celui de g\u00e9ographe. Pour lui, \u00ab\u00a0la physionomie d\u2019un pays, le groupement des montagnes, l\u2019\u00e9tendue des plateaux, l\u2019\u00e9l\u00e9vation qui en d\u00e9termine la temp\u00e9rature, tout enfin ce qui constitue la construction du globe\u00a0\u00bb est en rapport \u00e9troit avec \u00ab\u00a0les progr\u00e8s de la population et le bien-\u00eatre des habitants\u00a0\u00bb. Or la nature a accord\u00e9 de nombreux avantages \u00e0 la Nouvelle-Espagne : un vaste territoire dont les deux tiers b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un climat temp\u00e9r\u00e9, aux temp\u00e9ratures comparables \u00e0 celles du midi de l\u2019Espagne ou de l\u2019Italie ; une capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des vari\u00e9t\u00e9s autochtones, de nombreuses cultures issues du continent europ\u00e9en ; et un territoire tellement vaste et peu dense qu\u2019il est, consid\u00e8re Humboldt, beaucoup moins sujet que l\u2019Europe \u00e0 la loi des rendements d\u00e9croissants. Cort\u00e8s lui-m\u00eame, dans une lettre \u00e0 son souverain Charles-Quint peu apr\u00e8s le si\u00e8ge de Tenochtitlan, l\u2019ancienne capitale des Azt\u00e8ques, \u00e9crivait : \u00ab\u00a0Toutes les plantes d\u2019Espagne viennent admirablement bien dans cette terre\u00a0\u00bb et ajoutait : \u00ab\u00a0Nous ne ferons point ici ce que nous avons fait aux \u00eeles, o\u00f9 nous avons n\u00e9glig\u00e9 la culture et d\u00e9truit les habitants. Une triste exp\u00e9rience doit nous rendre plus prudents\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Certes, ses c\u00f4tes sont inhospitali\u00e8res et offrent tr\u00e8s peu de possibilit\u00e9s de ports bien prot\u00e9g\u00e9s, mais c\u2019est aussi un atout car le Mexique est ainsi peu vuln\u00e9rable \u00e0 de futures invasions. Et si la r\u00e9gularit\u00e9 de l\u2019altitude sur le vaste haut plateau autour de Mexico y favorise les communications, le dynamisme du commerce b\u00e9n\u00e9ficierait de la construction de routes permettant de le relier aux c\u00f4tes, vers Acapulco d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et Veracruz de l\u2019autre. Humboldt observe ainsi que la situation physique de la ville de Mexico offre des \u00ab\u00a0avantages inappr\u00e9ciables sous le rapport de ses communications avec les continents europ\u00e9en et asiatique\u00a0\u00bb et que \u00ab\u00a0Mexico para\u00eet ainsi destin\u00e9e \u00e0 exercer une grande influence sur les \u00e9v\u00e9nements politiques qui agitent les deux continents\u00a0\u00bb. Et lorsqu\u2019il s\u2019int\u00e9resse au potentiel du commerce maritime sur le \u00ab\u00a0Grand oc\u00e9an<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb , Humboldt d\u00e9crit \u00e9galement les puissants courants qui remontent du sud au nord le long des c\u00f4tes d\u2019Am\u00e9rique m\u00e9ridionale et rendent la navigation longue et p\u00e9rilleuse d\u2019Acapulco, principal port de la c\u00f4te Pacifique du Mexique vers le port p\u00e9ruvien de Callao, alors que le trajet inverse b\u00e9n\u00e9ficie de conditions favorables<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>V\u00e9ritable visionnaire, il rel\u00e8ve la d\u00e9gradation de l\u2019environnement du plateau de Mexico sous l\u2019action des colons, qui \u00ab\u00a0n\u2019ont pas seulement d\u00e9truit sans planter, mais en dess\u00e9chant artificiellement de grandes \u00e9tendues de terrain, ont\u2026\u00a0contribu\u00e9 \u00e0 rapidement r\u00e9pandre diff\u00e9rentes substances salines couvrant l\u2019\u00e9tendue du sol, provoquant ainsi son aridit\u00e9\u00a0\u00bb. Humboldt rel\u00e8ve aussi que \u00ab\u00a0ces derni\u00e8res ann\u00e9es, les pluies sont devenues plus rares et plus tardives\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il commente \u00e9galement les diff\u00e9rentes localisations possibles pour le percement d\u2019un canal en Am\u00e9rique centrale, relevant toutefois le besoin de relev\u00e9s d\u2019altitude plus s\u00e9rieux que ceux effectu\u00e9s jusqu\u2019ici afin de d\u00e9terminer le trajet le plus appropri\u00e9.<\/p>\n<h3><strong>Les relations entre la m\u00e9tropole et les colonies<\/strong><\/h3>\n<p>Humboldt est un lib\u00e9ral et d\u00e9nonce \u00e0 de nombreuses reprises dans son Essai les entraves que subit la Nouvelle-Espagne pour d\u00e9velopper tout son potentiel agricole et industriel. Gr\u00e2ce \u00e0 son climat temp\u00e9r\u00e9, la vigne et l\u2019olivier pourraient notamment \u00eatre cultiv\u00e9s mais le vice-roi re\u00e7ut durant m\u00eame le s\u00e9jour de Humboldt, l\u2019ordre de la cour de faire arracher les vignes dans les provinces septentrionales du Mexique, suite aux plaintes du commerce de Cadix<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>. Le monopole de Madrid s\u2019exerce aussi sur le commerce du tabac, qui pourrait pourtant \u00eatre produit localement. Dans le domaine minier, le monopole de Madrid porte sur le commerce de mercure pourtant indispensable \u00e0 l\u2019exploitation de l\u2019argent, alors que selon Humboldt la Nouvelle-Espagne pourrait d\u00e9velopper sa propre production de cette mati\u00e8re premi\u00e8re. Il cite \u00e9galement les nombreuses entraves au d\u00e9veloppement de plusieurs branches de l\u2019industrie manufacturi\u00e8re qui b\u00e9n\u00e9ficieraient pourtant du talent des indig\u00e8nes. C\u2019est notamment le cas de la fabrication d\u2019ouvrages de bimbeloterie en bois, en os ou en cire qui pourraient devenir un article important d\u2019exportation pour l\u2019Europe<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>, Humboldt mentionnant \u00e0 ce sujet les revenus importants tir\u00e9s de ce type d\u2019activit\u00e9 par les habitants de Nuremberg ou du Tyrol. Fort de son expertise des processus de production industrielle acquise en Allemagne, il propose aussi un certain nombre d\u2019am\u00e9liorations de productivit\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019\u00e9quipement (notamment pour la fabrication des monnaies) et regrette dans ce domaine l\u2019insuffisance de ce que nous appelons aujourd\u2019hui les transferts de technologie.<\/p>\n<p>Adepte de la lib\u00e9ralisation du commerce international, il affirme combien les relations commerciales entre le Mexique et l\u2019Europe pourront devenir importantes \u00ab\u00a0lorsqu\u2019elles seront d\u00e9livr\u00e9es des entraves d\u2019un monopole odieux et d\u00e9savantageux pour la m\u00e9tropole m\u00eame\u00a0\u00bb. Des obstacles qui ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre lev\u00e9s tardivement gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9dit du commerce libre\u00a0\u00bb sign\u00e9 par le roi Charles III en 1778, qui a notamment mis fin au monopole dont b\u00e9n\u00e9ficiaient un nombre limit\u00e9 de maisons de commerce bas\u00e9es \u00e0 Mexico. Humboldt appuie d\u2019ailleurs de mani\u00e8re convaincante son affirmation selon laquelle \u00ab\u00a0 la concurrence est utile \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb sur une comparaison tr\u00e8s parlante des quantit\u00e9s export\u00e9es et des prix d\u2019un certain nombre de produits (de la cochenille \u00e0 l\u2019indigo ou au bois de camp\u00e8che) avant et apr\u00e8s la lib\u00e9ralisation du commerce. Malgr\u00e9 tout, l\u2019argent reste alors de tr\u00e8s loin le principal produit d\u2019exportation du Mexique vers l\u2019Espagne, la cochenille, l\u2019indigo ou le sucre venant loin derri\u00e8re.<\/p>\n<p>Humboldt propose une analyse solidement argument\u00e9e des b\u00e9n\u00e9fices que tire l\u2019Espagne de ses colonies, la Nouvelle-Espagne au premier chef puisqu\u2019il estime qu\u2019elle repr\u00e9sente plus des deux tiers du produit net des colonies espagnoles en Am\u00e9rique et en Asie. Il \u00e9tablit ainsi les revenus de la Nouvelle Espagne<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> \u00e0 environ 20 millions de piastres par an<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> dont 6 millions sont revers\u00e9s au Tr\u00e9sor espagnol et 3,5 millions aux autres colonies (principalement Cuba), laissant environ 10,5 millions de d\u00e9penses locales, dont 4 consacr\u00e9es \u00e0 la D\u00e9fense (un chiffre qu\u2019il juge extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9 \u00e9tant donn\u00e9 la protection naturelle dont b\u00e9n\u00e9ficie le territoire<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>), 2 millions d\u2019appointements et 3,5 millions de frais d\u2019administration.<\/p>\n<p>Au cours de l\u2019ouvrage sont mentionn\u00e9es toutes sortes de taxes qui gr\u00e8vent l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique locale, dont, \u00e0 titre anecdotique, le droit de 5 % auquel \u00e9taient soumises jusqu\u2019en 1803 les marchandises embarqu\u00e9es sur le rio Coatzacoalcos (\u00ab\u00a0<em>derecho de tierra caliente\u00a0\u00bb<\/em>) ou le \u00ab\u00a0produit de la ferme des neiges\u00a0\u00bb que les indig\u00e8nes pr\u00e9l\u00e8vent sur les sommets des volcans pour les acheminer vers la c\u00f4te de Veracruz au climat chaud et insalubre, o\u00f9 la consommation de sorbets est conseill\u00e9e par les m\u00e9decins pour lutter contre le <em>vomito negro<\/em>. Il s\u2019\u00e9l\u00e8ve particuli\u00e8rement contre le tribut d\u00fb par les Indiens, une capitation qu\u2019il juge tr\u00e8s injuste, et contre l\u2019ampleur du pr\u00e9l\u00e8vement que subit la Nouvelle-Espagne au titre du monopole de la couronne espagnole sur les tabacs<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>. Des imp\u00f4ts d\u2019autant plus lourds que leur gestion est particuli\u00e8rement inefficace, puisqu\u2019il estime les \u00ab\u00a0frais de perception\u00a0\u00bb entre 16 et 18 % du produit de ces imp\u00f4ts. Il d\u00e9plore \u00e9galement le z\u00e8le des administrateurs des colonies, pour qui \u00ab\u00a0le moyen le plus s\u00fbr de soutenir leur cr\u00e9dit \u00e0 la cour et de conserver leur place est de faire passer le plus d\u2019argent possible \u00e0 la Tr\u00e9sorerie royale de Madrid\u00a0\u00bb plut\u00f4t que de favoriser le d\u00e9veloppement local. Il souligne \u00e0 ce sujet l\u2019importance d\u2019une bonne gouvernance &#8211; m\u00eame s\u2019il admet que la Nouvelle-Espagne a \u00e9t\u00e9 mieux gouvern\u00e9e que le P\u00e9rou -, affirmant qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0en gouvernant avec \u00e9quit\u00e9, on parviendrait \u00e0 resserrer pour longtemps les liens qui unissent les colonies \u00e0 la m\u00e9tropole\u00a0\u00bb. Un avertissement d\u2019autant plus pertinent que les Etats-Unis ont pris leur ind\u00e9pendance il y a quelques ann\u00e9es, une ind\u00e9pendance que les anciens esclaves ha\u00eftiens viennent eux aussi de conqu\u00e9rir en 1804, suite \u00e0 des soul\u00e8vements sanglants, comme le rappelle Humboldt.<\/p>\n<p>Il se livre par ailleurs de mani\u00e8re ambitieuse \u00e0 une estimation de l\u2019ensemble des richesses mini\u00e8res export\u00e9es vers l\u2019Espagne depuis le d\u00e9but de la colonisation des Am\u00e9riques<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>. En bon \u00e9conomiste, il \u00e9tablit alors une relation entre les quantit\u00e9s d\u2019argent export\u00e9es et l\u2019\u00e9volution du prix du bl\u00e9 en Europe, mettant ainsi en lumi\u00e8re l\u2019impact de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire issue des colonies sur l\u2019inflation dans la m\u00e9tropole. Pour lui, l\u2019exploitation mini\u00e8re n\u2019influe pas su4r la prosp\u00e9rit\u00e9 publique, seules les activit\u00e9s agricoles et industrielles constituent de v\u00e9ritables sources de richesse.<\/p>\n<p>Il estime enfin que l\u2019impact d\u2019une perte des colonies pour le Royaume d\u2019Espagne serait consid\u00e9rable \u00e0 travers une baisse des recettes directes mais aussi de l\u2019activit\u00e9 commerciale (les colonies constituant un d\u00e9bouch\u00e9 naturel des produits espagnols) et donc des droits de douane li\u00e9s bien s\u00fbr \u00e0 l\u2019activit\u00e9 de l\u2019industrie espagnole. Sans compter que le Royaume d\u2019Espagne, tr\u00e8s endett\u00e9, a recouru \u00e0 des emprunts forc\u00e9s sur l\u2019\u00e9pargne locale, encore r\u00e9cemment en 1797, une occasion suppl\u00e9mentaire pour la m\u00e9tropole de capter des ressources qui auraient \u00e9t\u00e9 utiles au d\u00e9veloppement de la colonie. Preuve aussi pour Humboldt que cette richesse facile tir\u00e9e des colonies a emp\u00each\u00e9 l\u2019Espagne de d\u00e9velopper une \u00e9conomie comp\u00e9titive. Une sorte de \u00ab\u00a0<em>Dutch disease<\/em>\u00a0\u00bb avant l\u2019heure, pourrait-on dire\u2026.<\/p>\n<h3><strong>Humboldt statisticien<\/strong><\/h3>\n<p>Humboldt d\u00e9plore que le gouvernement local, depuis la mort du comte de Revillagigedo (vice-roi de Nouvelle-Espagne, de 1789 \u00e0 1794, et r\u00e9put\u00e9 pour son action en mati\u00e8re de propret\u00e9, d\u2019\u00e9ducation, de lutte contre la corruption) ait si peu favoris\u00e9 les recherches statistiques, tant en mati\u00e8re de d\u00e9mographie que de production agricole ou de commerce. Ceci le conduit \u00e0 effectuer ses propres estimations dans bon nombre de domaines, sur la base d\u2019une d\u00e9marche qui le voit croiser diff\u00e9rentes sources et comparer ses observations avec celles qu\u2019il a glan\u00e9es dans d\u2019autres parties de l\u2019Am\u00e9rique espagnole ou aux donn\u00e9es europ\u00e9ennes. C\u2019est lui qui estime autour de 6 millions la population de la Nouvelle Espagne en 1803, r\u00e9partie selon la classification ethnique alors retenue : 2,5 millions d\u2019Indiens, 600 000 Espagnols, et diff\u00e9rentes castes de \u00ab\u00a0sang m\u00eal\u00e9\u00a0\u00bb. Les Noirs sont en revanche quasiment absents, alors que leur proportion est importante aux Etats-Unis et dans les colonies des Antilles, notamment \u00e0 Cuba dont l\u2019\u00e9conomie largement tourn\u00e9e vers la production de la canne \u00e0 sucre s\u2019est appuy\u00e9e sur l\u2019exploitation d\u2019esclaves import\u00e9s d\u2019Afrique. En relevant que \u00ab\u00a0la culture de la canne \u00e0 sucre exige des avances \u00e9normes pour l\u2019achat des esclaves, leur entretien et la construction des ateliers\u00a0\u00bb, Humboldt montre par contraste les bienfaits d\u2019une agriculture diversifi\u00e9e comme celle de la Nouvelle-Espagne. En mettant en \u00e9vidence le co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 de la canne \u00e0 sucre cubaine par rapport celle du Bengale, il fournit \u00e9galement une critique \u00e9conomique, et pas seulement humaniste, du mod\u00e8le de production esclavagiste, qu\u2019il juge non comp\u00e9titif.<\/p>\n<p>En mati\u00e8re agricole, il se targue d\u2019indiquer village par village les quantit\u00e9s de ma\u00efs r\u00e9colt\u00e9es, et d\u00e9veloppe dans le chapitre consacr\u00e9 aux cultures de la Nouvelle-Espagne des consid\u00e9rations sur la productivit\u00e9 du ma\u00efs suivant les r\u00e9gions, les altitudes et les temp\u00e9ratures, concluant sur le r\u00f4le directeur de cette c\u00e9r\u00e9ale, qui constitue la base de l\u2019alimentation de la population indig\u00e8ne, sur toute l\u2019\u00e9conomie locale : \u00ab\u00a0le prix de cette denr\u00e9e modifie celui de toutes les autres dont il est pour ainsi dire la mesure naturelle \u00bb. Il critique \u00e0 ce sujet les m\u00e9thodes d\u2019estimation de la production agricole bas\u00e9es sur la consommation par t\u00eate, en mettant en avant la forte h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des estimations de productivit\u00e9 en fonction des caract\u00e9ristiques physiques des territoires de production, revendiquant une approche statistique plut\u00f4t bas\u00e9e sur l\u2019agr\u00e9gation de micro-donn\u00e9es.<\/p>\n<p>Humboldt critique par ailleurs les explications fournies par Adam Smith dans \u00ab\u00a0La Richesse des Nations\u00a0\u00bb sur la proportion variable entre la valeur des m\u00e9taux pr\u00e9cieux. Il montre en particulier que le rapport entre la production d\u2019argent des Am\u00e9riques et celle d\u2019Europe et d\u2019Asie bor\u00e9ale n\u2019est gu\u00e8re diff\u00e9rent du ratio \u00e9quivalent dans le cas de l\u2019or : l\u2019Am\u00e9rique fournit ainsi 90 % de l\u2019or et 91 % de l\u2019argent produits au niveau mondial. L\u00e0 ne se situe donc pas selon lui la cause de la hausse observ\u00e9e du cours relatif de l\u2019or par rapport \u00e0 l\u2019argent (de 1 \u00e0 11 ou 12 \u00e0 la fin du 15\u00e8me si\u00e8cle \u00e0 1 \u00e0 14,5 au d\u00e9but du 18\u00e8me)<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Soucieux d\u2019exhaustivit\u00e9, il lit tous les documents \u00e9crits par ceux qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans ce pays depuis la conqu\u00eate au d\u00e9but du 16\u00e8me si\u00e8cle, mais n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 les critiquer lorsque certaines estimations lui semblent irr\u00e9alistes ou certains r\u00e9cits exag\u00e9r\u00e9s. La richesse de son analyse tient aussi aux nombreuses comparaisons qu\u2019il \u00e9tablit, tant avec l\u2019Europe (son exp\u00e9rience dans les mines de Saxe lui est utile pour analyser les processus de production des mines d\u2019argent de Guanajuato) qu\u2019avec les autres colonies d\u2019Am\u00e9rique m\u00e9ridionale qu\u2019il a eu le loisir de visiter ou m\u00eame avec les tout jeunes Etats-Unis d\u2019Am\u00e9rique o\u00f9 il s\u2019est bri\u00e8vement rendu avant son retour en Europe &#8211; nouant d\u2019ailleurs alors une relation durable avec le Pr\u00e9sident Jefferson -.<\/p>\n<h3><strong>Une conqu\u00eate d\u2019une extr\u00eame brutalit\u00e9<\/strong><\/h3>\n<p>Humboldt souligne que le niveau de civilisation, avant l\u2019arriv\u00e9e des Espagnols, \u00ab\u00a0\u00e9tait bien sup\u00e9rieur \u00e0 ce que l\u2019on estime g\u00e9n\u00e9ralement\u00a0\u00bb et que les colonisateurs ont pu s\u2019appuyer sur les structures administratives existantes, b\u00e2tissant Mexico \u00e0 l\u2019emplacement m\u00eame de Tenochtitlan ou en b\u00e9n\u00e9ficiant notamment des connaissances des indig\u00e8nes en mati\u00e8re d\u2019am\u00e9nagement hydraulique. Pour autant, Humboldt n\u2019id\u00e9alise pas l\u2019Am\u00e9rique pr\u00e9-coloniale et rel\u00e8ve que le sort de la plus grande partie de la population \u00e9tait mis\u00e9rable du temps des Azt\u00e8ques : \u00ab\u00a0Lorsque les Espagnols firent la conqu\u00eate du Mexique, ils trouv\u00e8rent le peuple dans cet \u00e9tat d\u2019abjection et de pauvret\u00e9 qui accompagne partout le despotisme et la f\u00e9odalit\u00e9\u2026\u00a0\u00bb. Mais il ne manque pas d\u2019ajouter que \u00ab\u00a0la conqu\u00eate rendit l\u2019\u00e9tat du bas-peuple bien plus d\u00e9plorable encore : on arracha le cultivateur au sol pour le tra\u00eener dans des montagnes o\u00f9 commen\u00e7ait l\u2019exploitation des mines\u2026 Toute propri\u00e9t\u00e9 indienne, soit mobili\u00e8re, soit fonci\u00e8re, \u00e9tait regard\u00e9e comme appartenant au vainqueur\u2026\u00a0<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>\u00bb. Humboldt cite par exemple les mines de Potosi (dans l\u2019actuelle Bolivie), principal gisement argentif\u00e8re de l\u2019Am\u00e9rique espagnole avant les d\u00e9couvertes de Guanajuato et de Zacatecas, qui recouraient \u00e0 la fin du 16\u00e8me si\u00e8cle au travail forc\u00e9 de 15.000 Indiens.\u00a0 L\u2019ouvrage contient aussi plusieurs anecdotes qui montrent bien les terribles conditions de travail que subissent les Indiens, mentionnant des noyades par dizaines lors de la construction d\u2019ouvrages hydrauliques ou l\u2019extr\u00eame duret\u00e9 du travail dans les mines. Et bien que se livrant \u00e0 des g\u00e9n\u00e9ralisations que nous jugeons aujourd\u2019hui hasardeuses sur \u00ab\u00a0la paresse ou l\u2019indolence des Indiens\u00a0\u00bb ou leur \u00ab\u00a0vice de l\u2019ivrognerie\u00a0\u00bb li\u00e9e \u00e0 une forte consommation de \u00ab\u00a0<em>pulque<\/em>\u00a0\u00bb, alcool tir\u00e9 de l\u2019agave, Humboldt rel\u00e8ve qu\u2019il est difficile d\u2019appr\u00e9cier avec justesse les qualit\u00e9s morales de cette \u00ab\u00a0caste souffrante sous une longue tyrannie\u00a0\u00bb, d\u2019autant qu\u2019au commencement de la conqu\u00eate, \u00ab\u00a0les Indiens les plus ais\u00e9s, chez lesquels on pouvait supposer une certaine culture intellectuelle, p\u00e9rissaient, victimes de la f\u00e9rocit\u00e9 des Europ\u00e9ens\u00a0\u00bb. Autrement dit, ce sont essentiellement selon lui les \u00ab\u00a0basses castes\u00a0\u00bb qui ont surv\u00e9cu \u00e0 la conqu\u00eate. La religion a d\u2019ailleurs jou\u00e9 son r\u00f4le dans ce que nous qualifierions de g\u00e9nocide : Humboldt rappelle que le fanatisme chr\u00e9tien a particuli\u00e8rement s\u00e9vi contre les pr\u00eatres azt\u00e8ques et d\u00e9clare que la religion \u00ab\u00a0qui, par ses principes, devrait favoriser la libert\u00e9, fut avilie en profitant elle-m\u00eame de la servitude du peuple\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p>Humboldt cr\u00e9dite certes la couronne d\u2019Espagne d\u2019une action correctrice face aux ravages de la conqu\u00eate sur la population autochtone, \u00ab\u00a0mais l\u2019avarice et la ruse des conqu\u00e9rants retourn\u00e8rent les mesures prises contre ceux dont on se flattait de soulager les malheurs, et l\u2019esclavage se poursuivit sous d\u2019autres formes l\u00e9gales<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a><a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb. Ce n\u2019est selon lui que depuis le d\u00e9but du 18\u00e8me si\u00e8cle que l\u2019\u00e9tat des cultivateurs commence \u00e0 devenir progressivement plus heureux. La d\u00e9mographie des indig\u00e8nes suit d\u2019ailleurs cette \u00e9volution de la politique men\u00e9e \u00e0 leur \u00e9gard, puisque m\u00eame si les estimations divergent tr\u00e8s largement sur son ampleur, la forte diminution de la population autochtone est ind\u00e9niable au cours des 16\u00e8me et 17\u00e8me si\u00e8cles, avant qu\u2019un rebond soit observ\u00e9 \u00e0 partir du si\u00e8cle suivant.<\/p>\n<p>Fort d\u2019une opinion que les \u00e9conomistes actuels approuveraient, Humboldt indique clairement que l\u2019\u00e9norme concentration de la propri\u00e9t\u00e9 et l\u2019extr\u00eame pauvret\u00e9 de la population indienne constituent des obstacles au d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9conomie locale. Il remarque d\u2019ailleurs que l\u2019Eglise n\u2019est pas en reste en mati\u00e8re d\u2019in\u00e9galit\u00e9s : en d\u00e9crivant les magnifiques ornements de la cath\u00e9drale de Puebla, il rel\u00e8ve le montant consid\u00e9rable des rentes dont b\u00e9n\u00e9ficie l\u2019\u00e9v\u00eaque de cette ville, et souligne la richesse du clerg\u00e9 mais aussi l\u2019ampleur des in\u00e9galit\u00e9s entre les \u00e9v\u00eaques des grandes villes et les moines des campagnes.<\/p>\n<h3><strong>Humboldt, un esprit des Lumi\u00e8res<\/strong><\/h3>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Humboldt appara\u00eet dans ce texte, par l\u2019\u00e9tendue de sa curiosit\u00e9, la diversit\u00e9 de ses savoirs, mais aussi par son humanisme et en particulier sa sensibilit\u00e9 aux malheurs des indig\u00e8nes, comme un brillant esprit des Lumi\u00e8res. La derni\u00e8re phrase de l\u2019ouvrage est d\u2019ailleurs \u00e9difiante sur la n\u00e9cessit\u00e9 selon lui d\u2019une croissance que nous qualifierions d\u2019inclusive, lorsqu\u2019il affirme que \u00ab\u00a0\u2026le bien-\u00eatre des blancs est intimement li\u00e9 \u00e0 celui de la <em>race cuivr\u00e9e<\/em>, et \u2026 qu\u2019il ne peut y avoir de bonheur durable dans les deux Am\u00e9riques qu\u2019autant que cette race humili\u00e9e, mais non avilie par une longue oppression, participera \u00e0 tous les avantages qui r\u00e9sultent des progr\u00e8s de la civilisation et du perfectionnement de l\u2019ordre social\u00a0\u00bb. On ne saurait mieux dire !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>* Je remercie Thierry M\u00e9rienne, Fran\u00e7ois Meunier et Alain Minczeles pour leur relecture attentive et leurs commentaires judicieux.\u00a0<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Dont le qualificatif de \u00ab\u00a0Pacifique\u00a0\u00bb lui semble inappropri\u00e9<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Le nom de Humboldt est toujours c\u00e9l\u00e8bre pour le courant remontant la c\u00f4te Pacifique de l\u2019Am\u00e9rique m\u00e9ridionale<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Humboldt pr\u00e9cise tout de m\u00eame que cet ordre absurde ne fut pas ex\u00e9cut\u00e9<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> Cort\u00e8s, dans sa lettre cit\u00e9e plus haut \u00e0 Charles-Quint, admirait \u00e9galement \u00ab\u00a0l\u2019industrie que les Mexicains d\u00e9ployaient dans le jardinage\u00a0\u00bb, et citait \u00e0 cet effet \u00ab\u00a0l\u2019ornementation fleurie, renouvel\u00e9e tous les jours, de toutes les boutiques sur les march\u00e9s de Tenochtitlan<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> Une forme de Produit Int\u00e9rieur Brut de cette colonie<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> Il est dommage que la r\u00e9\u00e9dition de l\u2019ouvrage ne nous donne pas d\u2019indication sur la valeur actuelle d\u2019une piastre du d\u00e9but du 19\u00e8me si\u00e8cle<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> La remarque n\u2019est bien s\u00fbr gu\u00e8re pertinente s\u2019agissant de la fronti\u00e8re Nord du territoire mexicain, tr\u00e8s peu peupl\u00e9, comme l\u2019histoire le montrera tr\u00e8s rapidement<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> Il cite \u00e9galement les droits exorbitants pr\u00e9lev\u00e9s sur le commerce des peaux de loutres (commerce actif dans les r\u00e9gions actuelles s\u2019\u00e9tendant de Vancouver \u00e0 l\u2019Alaska), montrant \u00e0 cette occasion que le Royaume d\u2019Espagne, en n\u00e9gligeant pendant plusieurs si\u00e8cles les territoires situ\u00e9s au nord de la Nouvelle-Espagne, a laiss\u00e9 passer l\u2019occasion d\u2019\u00e9largir son emprise au Nord du continent am\u00e9ricain. On r\u00e9alise \u00e0 la lecture de cet Essai que la pr\u00e9sence espagnole le long de la c\u00f4te de l\u2019actuelle Californie, qui faisait alors partie de la Nouvelle-Espagne, ne se mat\u00e9rialisait que par quelques camps militaires et missions (jusqu\u2019\u00e0 San Francisco) \u00e0 peine habit\u00e9s.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> Relevons toutefois l\u2019absence d\u2019actualisation dans cette estimation qui semble tout simplement additionner les richesses du 16\u00e8me au 18\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> On se reportera \u00e0 ce sujet \u00e0 l\u2019int\u00e9ressant article <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.finance-gestion.com\/vox-fi\/le-ratio-or-argent-et-ce-quil-dit-de-la-premiere-mondialisation\/\">https:\/\/www.finance-gestion.com\/vox-fi\/le-ratio-or-argent-et-ce-quil-dit-de-la-premiere-mondialisation\/<\/a><\/span><\/span> publi\u00e9 sur le site Vox-Fi<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a> Humboldt rapporte que Cort\u00e8s lui-m\u00eame sembla manifester de tardifs remords en demandant \u00e0 ses fils \u00ab\u00a0que la valeur des tributs exig\u00e9s en son nom, en sus des imp\u00f4ts anciennement usit\u00e9s, soit restitu\u00e9e aux indig\u00e8nes\u00a0\u00bb\u2026 qui devaient \u00eatre d\u00e9dommag\u00e9s<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> Il s\u2019agit des \u00ab\u00a0<em>encomiendas<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a> De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, comme le rel\u00e8ve Humboldt \u00e0 plusieurs reprises, les \u00e9lites cr\u00e9oles de la Nouvelle-Espagne se sont le plus souvent efforc\u00e9es de freiner la mise en oeuvre de mesures de lib\u00e9ralisation \u00e9conomique ou politique \u00e0 l\u2019initiative de Madrid.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le confinement a parfois \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion d\u2019exhumer de sa biblioth\u00e8que des ouvrages anciens qui y \u00e9taient enfouis. J\u2019avais ainsi longtemps repouss\u00e9 la lecture de ces 800 pages fort denses et riches en tableaux statistiques un peu indigestes. 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