{"id":5129,"date":"2020-06-24T07:50:29","date_gmt":"2020-06-24T05:50:29","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=5129"},"modified":"2020-06-24T08:12:22","modified_gmt":"2020-06-24T06:12:22","slug":"breaking-the-climate-finance-doom-loop-casser-le-cercle-vicieux-du-financement-et-du-climat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=5129","title":{"rendered":"Breaking the climate-finance doom loop &#8211; Casser le cercle vicieux du financement et du climat"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.finance-watch.org\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Breaking-the-climate-finance-doom-loop_Finance-Watch-report.pdf\">How banking prudential regulation can tackle the link between climate change and financial instability<\/a><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/www.finance-watch.org\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Breaking-the-climate-finance-doom-loop_Finance-Watch-report.pdf\">A finance watch report \u2013 Thierry Philipponnat \u2013 juin 2020<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p>Le rapport que vient de publier Finance Watch, r\u00e9dig\u00e9 par son directeur de la recherche Thierry Philipponnat, est une brique essentielle parmi tout ce qui se publie sur le changement climatique, parce qu\u2019\u00e0 la diff\u00e9rence de la plupart des rapports il ne se limite pas \u00e0 des pr\u00e9visions alarmistes, mais donne une solution concr\u00e8te et rapide.<\/p>\n<p>Il pr\u00e9sente aussi l\u2019int\u00e9r\u00eat pour des statisticiens de faire r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 un cas concret et important o\u00f9 la demande de chiffres peut bloquer une action collective urgente.<\/p>\n<p>Enfin, le test en vraie grandeur de la crise du Covid 19 lui donne une r\u00e9sonance particuli\u00e8rement forte.<\/p>\n<h3><strong>Une catastrophe annonc\u00e9e depuis 30 ans<\/strong><\/h3>\n<p>Le rapport commence par d\u00e9crire ce qu\u2019il appelle le cercle vicieux de la finance et du climat.<\/p>\n<p>Depuis 1988, les travaux successifs du GIEC nous ont avertis d\u2019une probabilit\u00e9 croissante, aujourd\u2019hui tr\u00e8s proche de la certitude, que le r\u00e9chauffement climatique soit provoqu\u00e9 par l\u2019activit\u00e9 humaine, qu\u2019il passe par les gaz \u00e0 effet de serre, et entra\u00eene au-del\u00e0 d\u2019un certain niveau, une profonde d\u00e9gradation de la vie humaine sur terre. Les derni\u00e8res \u00e9tudes donnent toutes une fourchette de 10 \u00e0 15 ans pour \u00e9puiser la marge qu\u2019il reste de \u00ab\u00a0budget carbone\u00a0\u00bb\u00a0: c\u2019est-\u00e0-dire la quantit\u00e9 d\u2019\u00e9nergie carbon\u00e9e qu\u2019on peut encore br\u00fbler avant de rentrer \u00ab\u00a0dans le dur\u00a0\u00bb en poussant au-del\u00e0 de 50 % la probabilit\u00e9 d\u2019un r\u00e9chauffement climatique sup\u00e9rieur \u00e0 1,5 degr\u00e9s d\u2019ici la fin du si\u00e8cle. La menace est donc r\u00e9elle et urgente.<\/p>\n<p>Les projets technologiques de r\u00e9duction du carbone s\u2019appuient sur trois types de technologies\u00a0: la capture \u00e0 la production, la r\u00e9cup\u00e9ration dans l\u2019atmosph\u00e8re ou la combinaison de bio \u00e9nergie et de capture. Aucune n\u2019a donn\u00e9 de r\u00e9sultats suffisamment tangibles pour permettre d\u2019\u00e9valuer les conditions de leur faisabilit\u00e9, cela malgr\u00e9 28 milliards de dollars de fonds publics allou\u00e9s. Leur principal impact jusqu\u2019ici a \u00e9t\u00e9 de r\u00e9duire la mobilisation \u00e0 court terme sur le r\u00e9chauffement. Les investisseurs utilisent pour leurs pr\u00e9visions un sc\u00e9nario de l\u2019Agence Internationale de l\u2019Energie (AIE) dit de d\u00e9veloppement durable, qui s\u2019appuie sur des hypoth\u00e8ses de d\u00e9ploiement de ces nouvelles technologies que l\u2019AIE elle-m\u00eame juge irr\u00e9alistes. C\u2019est un simple rel\u00e8vement de ces hypoth\u00e8ses qui a permis \u00e0 l\u2019AIE de passer de son sc\u00e9nario pr\u00e9c\u00e9dent \u00e0 2\u00b0 de r\u00e9chauffement \u00e0 son sc\u00e9nario actuel \u00e0 1,5\u00b0. Les hypoth\u00e8ses sur les technologies de r\u00e9duction du carbone des compagnies p\u00e9troli\u00e8res sont encore moins r\u00e9alistes.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, les industries d\u2019\u00e9nergie fossile sont toujours sur le sentier d\u2019une croissance dont les experts annoncent qu\u2019elle est synonyme de catastrophe pour elles, pour la finance et pour tous les acteurs. 9 % des r\u00e9serves existantes en p\u00e9trole et 6 % des r\u00e9serves existantes en gaz sont d\u00e9j\u00e0 en exc\u00e8s par rapport au \u00ab\u00a0Budget carbone\u00a0\u00bb au seuil de 1,5\u00b0. Pourtant, les compagnies de p\u00e9trole et de gaz vont investir 4900 milliards de dollars dans les 5 ans qui viennent dans l\u2019accroissement des capacit\u00e9s de production de gaz et de p\u00e9trole, pour les deux tiers dans de nouveaux champs, notamment aux Etats-Unis, en Russie, au Kazakhstan et en Argentine. Et 638 milliards de dollars sont en cours d\u2019investissement dans des projets charbonniers.<\/p>\n<h3><strong>Le cercle vicieux du financement des \u00e9nergies fossiles<\/strong><\/h3>\n<p>On distingue traditionnellement les mesures agissant sur la demande, comme une taxe carbone ou des \u00e9conomies d\u2019\u00e9nergies, et les mesures agissant sur l\u2019offre, pour r\u00e9duire l\u2019offre d\u2019\u00e9nergie fossile et d\u00e9velopper celle d\u2019\u00e9nergie renouvelable. Le rapport souligne l\u2019importance d\u2019attaquer le probl\u00e8me par les deux bouts, tout en se concentrant sur l\u2019offre, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur le r\u00f4le de la finance dans le d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9nergie. Sur la p\u00e9riode 2016-2019, 35 grandes institutions financi\u00e8res, dont 11 ont leur si\u00e8ge en Europe, ont allou\u00e9 2700 milliards de financement aux \u00e9nergies fossiles.<\/p>\n<p>Un argument du secteur financier est d\u2019expliquer qu\u2019il finance le monde tel qu\u2019il est, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il suit la demande de ses clients.<\/p>\n<p>Le rapport rappelle les limites de cet argument. La finance rend les activit\u00e9s humaines possibles, ou impossibles. Et la collectivit\u00e9 a investi les banques d\u2019une responsabilit\u00e9 particuli\u00e8re en d\u00e9l\u00e9guant au cr\u00e9dit, donc aux banques, 97 % de la cr\u00e9ation mon\u00e9taire. La finance n\u2019est pas donc pas neutre. Surtout, en finan\u00e7ant les \u00e9nergies fossiles, la finance se met et nous met en risque.<\/p>\n<h3><strong>Est-ce que ce qu\u2019on fait en mati\u00e8re de r\u00e9glementation bancaire est suffisant\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>Les banquiers centraux ont pris conscience du lien entre finance et r\u00e9chauffement climatique \u00e0 partir de 2015 et d\u2019un discours du Gouverneur de la Banque d\u2019Angleterre. Depuis, le lien entre r\u00e9chauffement climatique et instabilit\u00e9 financi\u00e8re est reconnu par toutes les grandes banques centrales et les groupes de travail se multiplient.<\/p>\n<p>Les diff\u00e9rentes banques centrales conduisent des estimations des risques li\u00e9s au r\u00e9chauffement climatique et \u00e0 la capacit\u00e9 des bilans des banques \u00e0 y faire face. Le rapport les d\u00e9crit en observant qu\u2019ils n\u2019ont pratiquement aucune chance d\u2019aboutir \u00e0 des conclusions utilisables\u00a0dans des d\u00e9lais pratiques : chaque organisme national conduit ses propres stress tests, et ces tests ne prennent pas en compte les risques principaux.<\/p>\n<ul>\n<li>Ils prennent en compte essentiellement les risques dits \u00ab\u00a0de transition\u00a0\u00bb, induits par des politiques publiques d\u2019ajustement qui imposeraient la migration vers une \u00e9conomie bas carbone, risques qui apparaissent seconds.<\/li>\n<li>Ces tests prennent aussi en compte mais marginalement les risques plus r\u00e9els dits \u00ab\u00a0physiques\u00a0\u00bb, d\u2019\u00e9v\u00e8nements climatiques plus fr\u00e9quents et plus brutaux.<\/li>\n<li>Mais ces tests ignorent les risques dits \u00ab\u00a0de perturbation\u00a0\u00bb li\u00e9s aux perturbations politiques, sociales, g\u00e9opolitiques, engendr\u00e9es par le r\u00e9chauffement et dont les experts s\u2019accordent \u00e0 dire qu\u2019elles seront majeures\u00a0: tout ce qui a fait dire par exemple au Pr\u00e9sident du groupe Axa qu\u2019un monde r\u00e9chauff\u00e9 de 4\u00b0 ne serait plus assurable, avec tout ce que cela implique pour l\u2019activit\u00e9 humaine.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La crise du Covid 19 illustre d\u2019ailleurs le cas d\u2019un risque majeur pour nos syst\u00e8mes sociaux et financiers, qui n\u2019est ni un risque de transition, ni un risque physique, mais bien un risque de perturbation.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s europ\u00e9ennes ont \u00e9galement r\u00e9agi et elles ont donn\u00e9 mandat \u00e0 l\u2019agence de r\u00e9gulation, l\u2019Autorit\u00e9 Bancaire Europ\u00e9enne (ABE), de proposer les modifications \u00e0 apporter \u00e0 la r\u00e9glementation bancaire pour int\u00e9grer la menace du r\u00e9chauffement climatique. Mais l\u2019ABE ne doit ses propositions que pour 2025, ce qui signifie qu\u2019il n\u2019y aura pas de l\u00e9gislation avant 2027 ou 2028 et pas de mise en \u0153uvre avant 2030, quand le \u00ab\u00a0budget carbone\u00a0\u00bb sera pratiquement d\u00e9pens\u00e9.<\/p>\n<h3><strong>Une qu\u00eate vaine des chiffres\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>La crise du Covid 19 pr\u00e9sente une autre caract\u00e9ristique int\u00e9ressante, qui est qu\u2019elle \u00e9tait absolument impossible \u00e0 d\u00e9crire et \u00e0 quantifier avant qu\u2019elle survienne, y compris bien s\u00fbr quant \u00e0 son impact sur notre syst\u00e8me financier.<\/p>\n<p>Le rapport s\u2019interroge donc sur la logique qu\u2019il y a \u00e0 essayer de chiffrer des risques dont il est clair qu\u2019ils sont impossibles \u00e0 calculer. Il observe que les autorit\u00e9s financi\u00e8res reconnaissent cette impossibilit\u00e9. Il salue le livre sorti en janvier, publi\u00e9 par la Banque des R\u00e8glements Internationaux et la Banque de France, intitul\u00e9 <em>Le Cygne vert<\/em> (ce cygne vert et non noir \u00e9tant bien s\u00fbr la catastrophe climatique)\u00a0: il cite des extraits expliquant \u00ab\u00a0qu\u2019aucun mod\u00e8le ou sc\u00e9nario ne peut bien d\u00e9crire ce risque\u00a0\u00bb, qui est non lin\u00e9aire et non pr\u00e9visible.<\/p>\n<p>Les estimations statistiques attendues des stress tests ou de la r\u00e9flexion demand\u00e9e \u00e0 l\u2019ABE sont paradoxalement d\u00e9crites comme \u00e0 la fois quelque chose d\u2019impossible, et comme un pr\u00e9alable \u00e0 toute d\u00e9cision.<\/p>\n<p>J\u2019observe que ce paradoxe n\u2019a rien de nouveau et questionne les statisticiens. La gestion moderne des risques, invent\u00e9e par les banques et reprise par les assureurs avec Solvabilit\u00e9 2, les a \u00e9norm\u00e9ment renforc\u00e9s, en posant qu\u2019il n\u2019y avait pas de bonne gestion des risques sans mesure fine des probabilit\u00e9s d\u2019occurrence et des pertes en cas d\u2019occurrence. J\u2019ai pu observer en assurance-cr\u00e9dit les paradoxes auxquels cette approche conduit, comme quand le syst\u00e8me de provisionnement des risques pr\u00e9f\u00e8re se caler sur des mesures extraordinairement fines sur les 3 derni\u00e8res ann\u00e9es, plut\u00f4t qu\u2019int\u00e9grer l\u2019information selon laquelle \u00a0une vague avait tout emport\u00e9 il y a 10 ans.<\/p>\n<p>Les statisticiens sont les plus \u00e0 m\u00eame de rep\u00e9rer les absurdit\u00e9s de cette approche statistique du risque, mais ils ont rarement l\u2019int\u00e9r\u00eat ou la l\u00e9gitimit\u00e9 pour le faire\u2026<\/p>\n<h3><strong>Les autres actions sur la finance verte pilot\u00e9es par l\u2019Europe<\/strong><\/h3>\n<p>Le rapport fait ensuite un d\u00e9tour int\u00e9ressant par les autres mesures conduites par l\u2019Europe sur cette question de la finance verte, pour v\u00e9rifier si elles ne permettraient pas de s\u2019attaquer directement au cercle vicieux du financement de l\u2019\u00e9nergie. Il rel\u00e8ve tr\u00e8s diplomatiquement que ce qui est fait est s\u00fbrement n\u00e9cessaire mais ne rompra pas le cercle vicieux.<\/p>\n<p>Un observateur peut avoir aujourd\u2019hui le sentiment d\u2019une explosion de la finance verte, et donc penser que le secteur financier va de lui-m\u00eame chasser les activit\u00e9s brunes si l\u2019Europe m\u00e8ne \u00e0 bien ses chantiers pour mettre en place la bonne information, conduisant aux bonnes d\u00e9cisions\u00a0: la bonne taxonomie des activit\u00e9s, les bons labels verts&#8230; La finance verte est bien un segment important et croissant, que l\u2019industrie financi\u00e8re d\u00e9veloppe avec enthousiasme, mais nous sommes toujours dans la logique de financer le monde tel qu\u2019il est, et une partie du monde demande une finance verte. Mais parall\u00e8lement une autre partie demande et trouve le financement n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019\u00e9nergie carbone, et ce sont les m\u00eames institutions financi\u00e8res qui financent \u00e0 la fois l\u2019un et l\u2019autre segment. Le rapport cite Adam Smith pour rappeler que l\u2019int\u00e9r\u00eat priv\u00e9 ne peut pas prendre en compte l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Je comparerais \u00e0 cet \u00e9gard la finance \u00e0 la grande distribution, qui d\u00e9veloppe en parall\u00e8le son offre de produits traditionnels et de produits de l\u2019agriculture biologique, pour servir les deux demandes au mieux.<\/p>\n<p>Le rapport conclut qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019autres solutions que de d\u00e9finir des r\u00e8gles pour le financement de l\u2019\u00e9nergie carbon\u00e9e, un peu comme on l\u2019a fait pour la lutte contre le blanchiment ou contre le financement du terrorisme. Et puisqu\u2019il s\u2019agit bien d\u2019un risque grave d\u2019instabilit\u00e9 financi\u00e8re, la politique prudentielle est un instrument l\u00e9gitime pour d\u00e9finir ces r\u00e8gles.<\/p>\n<h3><strong>Quelles mesures prudentielles\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>Une partie du rapport n\u2019int\u00e9ressera que les sp\u00e9cialistes de la r\u00e9glementation europ\u00e9enne, mais elle est importante puisqu\u2019elle explique pr\u00e9cis\u00e9ment sur quelles bases juridiques la Commission, non seulement pourrait, mais devrait intervenir pour supprimer rapidement le cercle vicieux du financement de l\u2019\u00e9nergie carbon\u00e9e.<\/p>\n<p>En substance, l\u2019article 191 du Trait\u00e9 sur le fonctionnement de l\u2019Union fait \u00e0 la Commission une obligation d\u2019agir au nom du principe de pr\u00e9caution, en cas de risque environnemental grave. La R\u00e9glementation europ\u00e9enne des exigences en fonds propres permet de surpond\u00e9rer certains risques au bilan des banques, d\u00e8s lors qu\u2019on sait qu\u2019ils sont importants et m\u00eame si on ne sait pas les chiffrer pr\u00e9cis\u00e9ment. Enfin, cette m\u00eame R\u00e9glementation prudentielle permet \u00e0 la Commission d\u2019agir en urgence et pour un an renouvelable pour mettre en place d\u2019autorit\u00e9 ces coefficients.<\/p>\n<p>Pour le lecteur peu familier avec la r\u00e9glementation prudentielle des banques, rappelons qu\u2019elle d\u00e9finit des coefficients que les banques vont appliquer \u00e0 leurs pr\u00eats, pour consid\u00e9rer qu\u2019un pr\u00eat de 100 ne p\u00e8se pas 100 au bilan, mais moins, ou plus. Comme la banque est cens\u00e9e mettre en face un capital proportionnel \u00e0 ses pr\u00eats, all\u00e9ger le coefficient de certains pr\u00eats lui permet de les augmenter pour le m\u00eame montant de capital, alors que l\u2019alourdir oblige \u00e0 r\u00e9duire ces pr\u00eats, rendant le financement de l\u2019activit\u00e9 concern\u00e9e plus difficile.<\/p>\n<p>Concr\u00e8tement, le rapport sugg\u00e8re de consid\u00e9rer diff\u00e9remment les pr\u00eats permettant de d\u00e9velopper ou faire tourner les gisements actuels, de ceux permettant de d\u00e9velopper de nouveaux gisements. Il observe que tout le monde est d\u2019accord sur le concept de p\u00e9riode de transition, dans l\u2019attente d\u2019une mont\u00e9e en puissance d\u2019\u00e9nergies alternatives. Mais qu\u2019une p\u00e9riode de transition impose de traiter diff\u00e9remment les gisements nouveaux, sinon la p\u00e9riode de transition sera \u00e9ternelle.<\/p>\n<p>Pour les gisements actuels, il sugg\u00e8re une pond\u00e9ration augment\u00e9e de 50 % (un pr\u00eat de 100 est comptabilis\u00e9 pour 150), soit la pond\u00e9ration du capital risque ou de grosses op\u00e9rations immobili\u00e8res, au motif que ces pr\u00eats courent au moins deux risques aggrav\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>si les objectifs du Club de Paris sont tenus, une part significative des gisements actuels restera en terre\u00a0;<\/li>\n<li>s\u2019ils sont manqu\u00e9s, les d\u00e9sorganisations \u00e9voqu\u00e9es risquent de provoquer un effondrement pire de la consommation, comme nous venons de le constater avec la crise du Covid 19.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour les gisements futurs, le rapport sugg\u00e8re une pond\u00e9ration tr\u00e8s augment\u00e9e, au motif que ces gisements courent les risques pr\u00e9c\u00e9dents de fa\u00e7on aggrav\u00e9e, et qu\u2019ils imposent une action au titre de la politique financi\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, et pas seulement au titre du risque, puisqu\u2019ils mettent en danger, au-del\u00e0 de la banque concern\u00e9e, l\u2019ensemble de la finance et de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Le rapport propose pour ces cr\u00e9dits une pond\u00e9ration de 1250 %. Ce coefficient est le r\u00e9sultat d\u2019une simple r\u00e8gle de 3\u00a0: compte tenu d\u2019un coefficient de capital de 8 %, cette pond\u00e9ration (1 divis\u00e9 par 8 %) impose \u00e0 la banque 1 euro de capital pour 1 euro de pr\u00eat. Elle dit donc simplement que ces investissements extr\u00eamement risqu\u00e9s doivent se faire directement sur fonds propres. Et comme ce n\u2019est pas quelque chose que font les banques, elle dit encore plus simplement que ces financements sont exclus pour les banques.<\/p>\n<p>La formule est astucieuse, imm\u00e9diatement efficace, et rentre \u00e0 la fois dans la m\u00e9canique europ\u00e9enne et dans celle de la r\u00e9glementation bancaire. Elle ne traite que les banques europ\u00e9ennes\u00a0mais le rapport plaide pour une action de l\u2019Europe pour l\u2019\u00e9tendre aux autres banques.<\/p>\n<p>Elle illustre aussi la frustration d\u00e9mocratique qu\u2019engendre notre monde complexe\u00a0: chaque citoyen peut comprendre l\u2019absurdit\u00e9 de financer pour des milliers de milliards le d\u00e9veloppement de gisements qui violent directement l\u2019accord de Paris. Mais il est plus difficile d\u2019expliquer au citoyen pourquoi il faut passer par des instruments aussi complexes, simplement pour fermer les vannes de ces financements&#8230;<\/p>\n<p><em>Mots-cl\u00e9s : Climat &#8211; Accord de Paris &#8211; Energie &#8211; financement de l\u2019\u00e9nergie &#8211; r\u00e9glementation bancaire &#8211; finance verte &#8211; r\u00e9chauffement climatique &#8211; banque<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>How banking prudential regulation can tackle the link between climate change and financial instability A finance watch report \u2013 Thierry Philipponnat \u2013 juin 2020 Le rapport que vient de publier Finance Watch, r\u00e9dig\u00e9 par son directeur de la recherche Thierry Philipponnat, est une brique essentielle parmi tout ce qui se publie sur le changement climatique, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":96,"featured_media":5133,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[165],"tags":[],"class_list":["post-5129","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-finance-durable","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5129","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/96"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5129"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5129\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/5133"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5129"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5129"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5129"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}