{"id":4882,"date":"2020-04-14T07:40:39","date_gmt":"2020-04-14T05:40:39","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=4882"},"modified":"2020-04-29T09:56:03","modified_gmt":"2020-04-29T07:56:03","slug":"apres-le-corona-choc-comment-gerer-la-dette-publique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=4882","title":{"rendered":"Apr\u00e8s le Corona-choc, comment g\u00e9rer la dette publique ?"},"content":{"rendered":"<p>La pand\u00e9mie va laisser les grandes \u00e9conomies du monde dans une situation de dette publique terriblement aggrav\u00e9e. Voici un domaine parmi beaucoup o\u00f9 les responsables publics doivent assez vite penser \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019apr\u00e8s\u00a0\u00bb\u00a0: quelles politiques publiques devront \u00eatre adopt\u00e9s face \u00e0 des taux d\u2019endettement qui risquent de d\u00e9passer 130 % pour la France et les \u00c9tats-Unis, et s\u2019approcher des 160 % pour l\u2019Italie\u00a0? Les \u00e9conomistes divergent sur le degr\u00e9 de gravit\u00e9 d\u2019une telle situation \u2013d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9e dans l\u2019histoire, notamment aux termes des guerres militaires \u2013 mais s\u2019accordent \u00e0 penser qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un territoire tr\u00e8s mal explor\u00e9, o\u00f9 l\u2019on ne s\u2019aventure qu\u2019avec pr\u00e9caution.<\/p>\n<p>On tente ici une classification de la bo\u00eete \u00e0 outils \u00e0 disposition du politique. Pour ce faire, on use d\u2019une formule tr\u00e8s simple tir\u00e9e des premiers chapitres de tout manuel de finances publiques. En effet, le ratio dette publique \/ PIB \u00e9volue au num\u00e9rateur comme le fait la dette, c\u2019est-\u00e0-dire au rythme du taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat acquitt\u00e9 par l\u2019\u00c9tat, au d\u00e9nominateur comme le fait l\u2019assiette des d\u00e9penses et des imp\u00f4ts, \u00e0 savoir le PIB. Autrement dit, ce ratio progresse comme <em>r \u2013 g<\/em>, o\u00f9 <em>r<\/em> est le taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, <em>g<\/em> le taux de croissance de l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<p>Si l\u2019on multiplie ce terme <em>r \u2013 g<\/em> par le poids de la dette publique dans le PIB en d\u00e9but de p\u00e9riode, soit <em>d<\/em>, on obtient, en points de PIB, ce qu\u2019est le besoin de tr\u00e9sorerie de l\u2019\u00c9tat pour honorer cette dette. Si l\u2019\u00c9tat veut en garder constante la part, il doit \u00eatre capable de financer ce besoin de tr\u00e9sorerie sur ses ressources propres, c\u2019est-\u00e0-dire sur sa marge d\u2019autofinancement r\u00e9sultant du solde budg\u00e9taire (avant frais financiers, dit encore solde primaire). Appelant <em>s<\/em> le solde primaire de l\u2019\u00c9tat, on obtient donc la fameuse formule qui laisse inchang\u00e9 le poids de la dette publique dans le PIB\u00a0:<\/p>\n<p><strong> <img decoding=\"async\" class=\"mathtex-equation-editor\" src=\"http:\/\/chart.apis.google.com\/chart?cht=tx&amp;chl=s%3Dd%20%5Ctimes%20(%20r%20-g%20%20)\" alt=\"s=d \\times ( r -g  )\" align=\"absmiddle\" \/>.<\/strong><\/p>\n<p>Si <em>s <\/em>est sup\u00e9rieur au membre de droite, le poids de la dette dans le PIB ira d\u00e9croissant\u00a0; et croissant dans le cas inverse.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9l\u00e9gance de cette formule tient \u00e0 ce qu\u2019elle suffit, avec ces quatre seuls param\u00e8tres, \u00e0 \u00e9noncer de fa\u00e7on exhaustive les moyens \u00e0 disposition pour g\u00e9rer le poids de la dette. Certains s\u2019adressent \u00e0<em> g, <\/em>d\u2019autres \u00e0<em> r, <\/em>ou \u00e0<em> s, <\/em>ou enfin \u00e0<em> d, <\/em>sachant toutefois qu\u2019ils interagissent de fa\u00e7on complexe, ce qui est l\u2019objet de la th\u00e9orie macro\u00e9conomique. Prenons-les dans cet ordre.<\/p>\n<h3><strong>Piloter le taux de croissance\u00a0<em>g<\/em><\/strong><\/h3>\n<p>Si <em>g<\/em> augmente, la contrainte financi\u00e8re de l\u2019\u00c9tat s\u2019all\u00e8ge. \u00c0 solde budg\u00e9taire et \u00e0 taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat donn\u00e9s, la capacit\u00e9 spontan\u00e9e \u00e0 rembourser la dette s\u2019accro\u00eet. Malheureusement, la croissance se laisse mal piloter et la capacit\u00e9 d\u2019offre d\u2019une \u00e9conomie est plut\u00f4t affaire de long terme\u00a0: politique de l\u2019\u00e9ducation, de la recherche, de l\u2019organisation industrielle, de stimulation de l\u2019investissement, etc. Ce n\u2019est pas un instrument de court terme, et c\u2019est de plus un instrument qui mobilise des ressources budg\u00e9taires importantes\u00a0: il y a une sorte de courbe en J \u00e0 tol\u00e9rer sur le d\u00e9ficit public qu\u2019on creuse aujourd\u2019hui pour en tirer des recettes demain. Dans \u00ab\u00a0l\u2019avant\u00a0\u00bb du coronavirus, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 difficile, alors que l\u2019endettement public \u00e9tait tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9, de vendre ces projets, \u00e0 la fois politiquement et financi\u00e8rement sur les march\u00e9s internationaux de la dette. Qu\u2019en sera-t-il dans \u00ab\u00a0l\u2019apr\u00e8s\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<h3><strong>Piloter le taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat <em>r<\/em>\u00a0<\/strong><\/h3>\n<p>C\u2019est plut\u00f4t la banque centrale qui est sollicit\u00e9e ici par l\u2019action qu\u2019elle peut avoir sur les taux courts en politique mon\u00e9taire classique, sur l\u2019ensemble de la courbe des taux en politique mon\u00e9taire non conventionnelle. Baissant les taux de r\u00e9mun\u00e9ration de l\u2019\u00e9pargne, l\u2019\u00c9tat se finance \u00e0 moindres frais et profite de cet oxyg\u00e8ne pour g\u00e9rer comme il l\u2019entend les trois autres param\u00e8tres, dont la r\u00e9duction de la dette. On donne \u00e0 cette politique le nom de \u00ab\u00a0r\u00e9pression financi\u00e8re\u00a0\u00bb, qui est une sorte d\u2019imp\u00f4t sur le secteur priv\u00e9. Les \u00c9tats ont massivement utilis\u00e9 une telle arme apr\u00e8s le choc financier de 2008. L\u2019histoire \u00e9conomique r\u00e9cente indique que les banques centrales ont fait baisser en moyenne leurs taux courts de quatre points face aux r\u00e9cessions qu\u2019elles combattaient. Cette marge a disparu alors que s\u2019annonce un choc r\u00e9cessif d\u2019une ampleur bien plus grande. Ceci explique la nervosit\u00e9 pr\u00e9sente des banquiers centraux qui renvoient l\u2019\u00c9tat et sa politique budg\u00e9taire \u00e0 leurs responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>On attend prioritairement d\u2019une telle politique qu\u2019elle stimule la d\u00e9pense priv\u00e9e, notamment l\u2019investissement. \u00c9galement, sans trop le claironner, qu\u2019elle joue \u00e0 faire baisser le taux de la devise et ainsi, par comp\u00e9titivit\u00e9 externe plus favorable, grappiller de la croissance sur le dos de l\u2019\u00e9tranger. C\u2019est probablement ce canal qui a principalement permis que la croissance de la zone euro suite \u00e0 la r\u00e9cession de 2008, n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 plus an\u00e9mique qu\u2019observ\u00e9e\u00a0: la balance commerciale de la zone n\u2019a jamais connu des performances aussi bonnes, m\u00eame si elles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9, loin de l\u00e0, \u00e9quitablement r\u00e9parties entre les pays.<\/p>\n<p>On \u00e9tait pris de doute, avant le Corona-choc, sur la pertinence d\u2019une politique durable de taux bas\u00a0: son effet positif sur la d\u00e9pense priv\u00e9e commen\u00e7ait \u00e0 \u00eatre contest\u00e9, d\u00e8s lors que l\u2019\u00e9pargnant pouvait r\u00e9pondre \u00e0 une baisse du rendement par un surcroit d\u2019\u00e9pargne plut\u00f4t que par une hausse de ses d\u00e9penses, conduisant, selon l\u2019enchainement keyn\u00e9sien, \u00e0 une baisse du revenu national. Beaucoup parlaient ainsi d\u2019un exc\u00e8s d\u2019\u00e9pargne au niveau mondial.<\/p>\n<p>Si l\u2019exc\u00e8s d\u2019\u00e9pargne est av\u00e9r\u00e9, il pourra se rendre utile apr\u00e8s le Corona-choc devant les \u00e9normes besoins de financement des \u00c9tats qu\u2019il va provoquer. Or, point positif si l\u2019on peut en trouver, il y aura probablement plus d\u2019\u00e9pargne, du moins ponctuellement. En effet, les restrictions sanitaires emp\u00eachent les m\u00e9nages de consommer, alors que les filets de s\u00e9curit\u00e9 sociale, du moins en Europe, maintiennent un certain flux de revenu. On aura, par simple hausse du taux d\u2019\u00e9pargne, une progression des patrimoines financiers d\u2019une partie de la population, qui ira s\u2019immobiliser en emprunts d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<h3><strong>L\u2019inflation est une autre fa\u00e7on de piloter le param\u00e8tre <em>r<\/em> <\/strong><\/h3>\n<p>Il y avait une fausse ing\u00e9nuit\u00e9 chez les banquiers centraux quand ils baissaient leurs taux courts et ouvraient massivement le canal du cr\u00e9dit suite au choc de 2008. Sans le dire, ils n\u2019excluaient pas qu\u2019un tel assouplissement mon\u00e9taire aille accroitre l\u2019inflation, de sorte que le param\u00e8tre <em>r<\/em>, cette fois-ci en termes r\u00e9els, irait baisser. Certains proposaient m\u00eame d\u2019\u00eatre explicites et d\u2019annoncer que la norme d\u2019inflation des grandes banques centrales n\u2019\u00e9tait plus de 2 % mais passait par exemple \u00e0 4 %.<\/p>\n<p>En effet, la dette publique a l\u2019avantage, du point de vue poursuivi ici, d\u2019\u00eatre fix\u00e9e en termes nominaux sans indexation sur l\u2019inflation. L\u2019inflation a \u00e9t\u00e9 historiquement \u2013 t\u00e9moin l\u2019apr\u00e8s-Seconde Guerre mondiale \u2013 un moyen majeur et efficace de r\u00e9duire le poids des cr\u00e9anciers vis-\u00e0-vis des d\u00e9biteurs, alors que les historiens ont plut\u00f4t retenu que les difficult\u00e9s \u00e9conomiques de l\u2019Europe apr\u00e8s la Guerre de 14 sont venues en partie du refus, par la France et la Grande-Bretagne, d\u2019utiliser l\u2019imp\u00f4t inflationniste sur leurs \u00e9pargnants. L\u2019Allemagne de l\u2019entre-deux guerres s\u2019est quant \u00e0 elle fortement d\u00e9sendett\u00e9e en raison d\u2019une pouss\u00e9e d\u2019hyper-inflation et de la remise majeure de dette que les anciens Alli\u00e9s lui ont octroy\u00e9e un an avant l\u2019arriv\u00e9e des Nazis au pouvoir. Elle a ainsi \u00e9limin\u00e9 le fardeau venu de ses d\u00e9penses de guerre et des indemnit\u00e9s impos\u00e9es par Versailles. Un double cadeau dans les mains chanceuses de Hitler.<\/p>\n<p>Pourra-t-on user de cela dans la situation pr\u00e9sente\u00a0? La formule ci-dessus donne les limites de cette politique. Car si la dette existante est bien fix\u00e9e dans ses termes nominaux, la dette nouvelle sera \u00e9mise \u00e0 un taux qui prendra en compte l\u2019inflation. En clair, y aura-t-il ajustement imm\u00e9diat des taux nominaux \u00e0 l\u2019inflation, laissant inchang\u00e9 le terme <em>r\u00a0 &#8211; g <\/em>de la formule\u00a0? Cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le cas lors de l\u2019apr\u00e8s-guerre, et \u00e0 nouveau dans les ann\u00e9es 70, o\u00f9 l\u2019on a vu des taux r\u00e9els fortement n\u00e9gatifs. Mais c\u2019\u00e9tait dans un contexte de march\u00e9s financiers \u00e9troitement bord\u00e9s, en Europe du moins, et o\u00f9 le cr\u00e9dit bancaire \u00e9tait tr\u00e8s dominant \u2013 et tr\u00e8s contr\u00f4l\u00e9 \u2013 dans le financement de l\u2019\u00e9conomie. Avec des march\u00e9s financiers ouverts, et ayant acquis une place majeure dans le financement des \u00e9conomies, l\u2019ajustement sera beaucoup plus rapide. Le Corona-choc, si l\u2019on devait tol\u00e9rer une inflation plus haute, devra-t-il s\u2019accompagner non seulement d\u2019une \u00ab\u00a0r\u00e9pression financi\u00e8re\u00a0\u00bb, mais d\u2019une \u00ab\u00a0r\u00e9pression des march\u00e9s financiers\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p>Et encore faut-il que l\u2019inflation r\u00e9ponde. La r\u00e9alit\u00e9 de la sortie de crise de 2008 est que, malgr\u00e9 l\u2019\u00e9norme progression de l\u2019offre de monnaie des banques centrales, l\u2019inflation est rest\u00e9e obstin\u00e9ment muette. Le Corona-choc est d\u2019une nature particuli\u00e8re\u00a0: il implique certes une restriction de l\u2019offre des entreprises, propice \u00e0 des hausses de prix\u00a0; mais il limite tout autant la demande priv\u00e9e, ce qui joue en sens inverse. Quel en sera la r\u00e9sultante inflationniste\u00a0?<\/p>\n<h3><strong>Piloter le solde budg\u00e9taire <em>s<\/em><\/strong><\/h3>\n<p>R\u00e9duire les d\u00e9penses publiques\u00a0: voici maintenant la gestion de la dette par l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire. Il sera cependant d\u00e9licat de brider les d\u00e9penses budg\u00e9taires une fois le choc pass\u00e9, au moment o\u00f9 il importera prioritairement de sortir l\u2019\u00e9conomie du sommeil artificiel que le Covid-19 lui aura impos\u00e9.<\/p>\n<p>Augmenter les imp\u00f4ts, c\u2019est faire le pari que leur hausse ne va pas affecter les chances du rebond. Une aust\u00e9rit\u00e9 transversale, baissant les d\u00e9penses et relevant les imp\u00f4ts l\u00e0 o\u00f9 c\u2019est le plus facile politiquement, est condamn\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec. L\u2019Italie post-2000 en est l\u2019exemple le plus manifeste\u00a0: ses efforts budg\u00e9taires ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rables (son solde primaire est structurellement positif \u00e0 plus de 2 points de PIB), \u00e9puisant le pays et faisant le lit du populisme. Piketty d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e que la d\u00e9cision prise par la Grande-Bretagne de rembourser la dette issue des guerres napol\u00e9oniennes \u00ab\u00a0quoi qu\u2019il en co\u00fbte\u00a0\u00bb pour satisfaire les int\u00e9r\u00eats des classes \u00e9pargnantes a appauvri l\u2019\u00c9tat, limit\u00e9 au minimum ses fonctions non r\u00e9galiennes, dont l\u2019\u00e9ducation et la sant\u00e9, et sur la dur\u00e9e a fait perdre au pays la place premi\u00e8re qu\u2019il tenait dans l\u2019ordre des nations. Les param\u00e8tres <em>s<\/em> et <em>g<\/em> sont positivement reli\u00e9s \u00e0 court terme, n\u00e9gativement sur la longue dur\u00e9e.<\/p>\n<p>Il faut donc des imp\u00f4ts qui soient les plus neutres possibles sur les d\u00e9terminants de la croissance. Tant la th\u00e9orie de la fiscalit\u00e9 que l\u2019exp\u00e9rience historique indiquent que l\u2019instrument le plus neutre et le plus efficace est un pr\u00e9l\u00e8vement forfaitaire unique ou tr\u00e8s temporaire sur la richesse priv\u00e9e. Il ne modifie que marginalement les comportements s\u2019il est entendu qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une ponction en une fois. C\u2019est ainsi que l\u2019Allemagne a proc\u00e9d\u00e9 au sortir de 1945, plut\u00f4t que de choisir la voie de l\u2019inflation. \u00a0Mais, moins connu, la France \u00e9galement, ceci par un imp\u00f4t de solidarit\u00e9 nationale instaur\u00e9 en ao\u00fbt 1945, \u00e0 des taux pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 20 % du patrimoine<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Enfin, la fiscalit\u00e9 des revenus financiers peut \u00eatre revue : l\u2019\u00c9tat peut abaisser le co\u00fbt de sa ressource en accroissant l\u2019imp\u00f4t sur les revenus obligataires, car c\u2019est bien le taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat net d\u2019imp\u00f4t qui est son co\u00fbt d\u2019emprunt dans la formule ci-dessus. Agissant ici \u00e0 la fois sur <em>s<\/em> et sur <em>r<\/em> , on retrouverait ici le pr\u00e9l\u00e8vement \u00e0 la source de l\u2019\u00e9poque des Trente glorieuses. On rappellera sans doute un tel instrument fiscal si les taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat devaient \u00e0 nouveau grimper.<\/p>\n<h3><strong>Piloter le niveau d<\/strong><strong>\u2019endettement <em>d<\/em>\u00a0<\/strong><\/h3>\n<p>Une crise de surendettement se r\u00e8gle aussi par r\u00e9duction discr\u00e9tionnaire de la dette, que ce soit par d\u00e9faut pur et simple, ou par mon\u00e9tisation. Dans le premier cas, et \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019inflation qui n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019un d\u00e9faut en douceur, c\u2019est le contrat de dette qui est r\u00e9pudi\u00e9, ou ren\u00e9goci\u00e9 \u00e0 la baisse dans le cas de la restructuration. Cela a \u00e9t\u00e9 le cas pour la dette grecque en 2011, cela a surtout \u00e9t\u00e9 le cas en 1953 quand l\u2019Allemagne, guerre froide oblige, a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un abandon sur la moiti\u00e9 de sa dette et d\u2019un adoucissement des termes sur l\u2019autre moiti\u00e9. Dans le second cas, la banque centrale ach\u00e8te la dette publique sur le march\u00e9 ou bien finance directement le Tr\u00e9sor public par un cr\u00e9dit qu\u2019elle lui accorde<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Bien que la banque centrale ne soit rien d\u2019autre qu\u2019un bras de l\u2019\u00c9tat, la transformation purement comptable de la dette financi\u00e8re en une dette mon\u00e9taire permet de r\u00e9duire en affichage la dette publique, un affichage dont on esp\u00e8re qu\u2019il trompe les march\u00e9s financiers.<\/p>\n<p>On n\u2019envisage pas que les grands \u00c9tats aillent faire d\u00e9faut suite au Corona-choc m\u00eame si, rejouant exactement le sc\u00e9nario de 2010, une telle menace est bien r\u00e9elle au sein de la zone euro. La caract\u00e9ristique propre de la zone est en effet de disposer d\u2019une banque centrale quasi-f\u00e9d\u00e9rale mais sans v\u00e9ritables institutions politiques f\u00e9d\u00e9rales\u00a0: chaque budget national \u00e9met sa dette dans une monnaie dont il n\u2019a pas le contr\u00f4le, hors de port\u00e9e de la sph\u00e8re politique.<\/p>\n<p>S\u2019ajoute \u00e0 cela l\u2019\u00e9pineux probl\u00e8me de la r\u00e9partition de l\u2019effort, d\u00e8s lors que le coronavirus a eu la malice de frapper principalement les pays les plus endett\u00e9s de la zone, ouvrant de nouveau l\u2019\u00e9ternel d\u00e9bat au sein de l\u2019Union entre solidarit\u00e9 et responsabilit\u00e9, l\u2019al\u00e9a moral \u00e9tant comme toujours le mot \u00e9tendard pour justifier de son \u00e9go\u00efsme.<\/p>\n<p>Bien que mal \u00e9quip\u00e9e pour cela, la BCE a introduit progressivement des premiers instruments de mutualisation, notamment par des facilit\u00e9s de cr\u00e9dit cibl\u00e9es, via le M\u00e9canisme europ\u00e9en de solidarit\u00e9, dont on pourrait all\u00e9ger la conditionnalit\u00e9. Ceci ne r\u00e9duit pas l\u2019endettement, mais permet juste qu\u2019on puisse l\u2019accro\u00eetre \u00e0 des conditions financi\u00e8res plus favorables. On n\u00e9glige aussi que ce type de cr\u00e9dit rejette <em>de facto<\/em> ou <em>de jure<\/em> la dette ordinaire au rang de dette subordonn\u00e9e, dont le co\u00fbt va d\u00e8s lors s\u2019accro\u00eetre, un d\u00e9faut dont on pense qu\u2019il affecte pareillement les Corona-bonds<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>Il est donc pr\u00e9f\u00e9rable que la solidarit\u00e9 prenne la forme de transfert de patrimoine entre \u00c9tats de l\u2019Union. Ce serait le cas par exemple d\u2019un fonds de solidarit\u00e9, comme le pr\u00f4ne le gouvernement n\u00e9erlandais, abond\u00e9 discr\u00e9tionnairement par qui veut, mais qui aurait le d\u00e9faut de s\u2019assimiler \u00e0 une \u0153uvre de charit\u00e9 quelque peu humiliante pour les b\u00e9n\u00e9ficiaires. Un autre m\u00e9canisme serait d\u2019exon\u00e9rer pendant un temps certains pays de leur contribution de 1 % de leur PIB au budget europ\u00e9en<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 mon\u00e9taire, on pense \u00e0 une neutralisation de la dette acquise au cours des programmes de <em>quantitative easing<\/em>. Deux modalit\u00e9s alors\u00a0: la dette est continuellement rachet\u00e9e par la banque centrale, qui \u00ab\u00a0roule\u00a0\u00bb sa position au fur et \u00e0 mesure que les emprunts rachet\u00e9s viennent \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance\u00a0; ou bien la dette d\u00e9j\u00e0 acquise est tout simplement annul\u00e9e.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re solution ne diminue pas le ratio de dette publique, encore qu\u2019on pourrait soutenir qu\u2019il ne s\u2019agit que d\u2019une fa\u00e7ade comptable\u00a0: les \u00c9tats continueraient \u00e0 en acquitter le service, mais les int\u00e9r\u00eats pay\u00e9s leur reviendraient budg\u00e9tairement via l\u2019imp\u00f4t sur les b\u00e9n\u00e9fices et la captation de dividendes sur la banque centrale. La seconde solution a l\u2019avantage de r\u00e9duire les taux d\u2019endettement, mais a pour cons\u00e9quence de faire appara\u00eetre une perte \u00e0 proportion dans les comptes de la banque centrale. De par les statuts de la BCE, il faudrait alors que les \u00c9tats la recapitalisent m\u00eame si, d\u2019un point de vue \u00e9conomique, la notion de fonds propres est assez \u00e9vanescente s\u2019agissant d\u2019une banque centrale\u00a0: chez elle, les fonds propres ne sont rien d\u2019autre que le droit l\u00e9gal de cr\u00e9er monnaie sans limite, tant que son cr\u00e9dit propre n\u2019est pas menac\u00e9.<\/p>\n<p>Cet instrument est difficile \u00e0 manier dans le cadre de la zone euro puisque, faute de m\u00e9canismes f\u00e9d\u00e9raux suffisants, il ne r\u00e8gle pas en soi la question de la r\u00e9partition de l\u2019effort entre les pays de la zone soulev\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment, qu\u2019on ne peut \u00e9ternellement cacher par une ing\u00e9nierie de banque centrale, alors qu\u2019elle est fondamentalement d\u2019ordre politique.<\/p>\n<h3><strong>Conclusion\u00a0 <\/strong><\/h3>\n<p>La jolie \u00e9quation du haut n\u2019accorde pas h\u00e9las beaucoup de degr\u00e9 de libert\u00e9. Bouger dans le bon sens un des quatre param\u00e8tres provoque des effets de retour sur les trois autres. Au-del\u00e0 de la classification qu\u2019elle permet, elle semble toutefois enseigner que les deux voies les plus f\u00e9condes, en tout cas celles que l\u2019exp\u00e9rience historique a vues \u00e0 l\u2019\u0153uvre, r\u00e9sident dans le remboursement massif de dette via un imp\u00f4t forfaitaire sur les patrimoines et\/ou dans une mon\u00e9tisation massive de la dette, en esp\u00e9rant que le cycle qui sera d\u00e9clench\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019inflation pourra \u00eatre ma\u00eetris\u00e9 par la suite. La guerre sanitaire d\u2019aujourd\u2019hui restera peut-\u00eatre dans l\u2019histoire \u00e9conomique comme le retour des formules d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9es au sortir des guerres militaires.<\/p>\n<hr \/>\n<p><em><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Piketty en fait l\u2019analyse dans \u00ab\u00a0Capital et id\u00e9ologie\u00a0\u00bb, Seuil, 2019, p. 511. C\u2019est sur cette base que Landais, Saez et Zucman plaide aujourd\u2019hui pour une taxe progressive et temporaire sur le patrimoine. Voir <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/voxeu.org\/article\/progressive-european-wealth-tax-fund-european-covid-response\">\u00ab\u00a0A progressive European wealth tax to fund the European\u00a0\u00bb, Vox-Eu, 3 avril 20<\/a>.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Il y a un peu d\u2019hypocrisie \u00e0 cet \u00e9gard \u00e0 penser qu\u2019un rachat de dette publique sur le march\u00e9 secondaire n\u2019est qu\u2019un service de liquidit\u00e9 que rend la banque centrale aux march\u00e9s financiers, qui diff\u00e8rerait radicalement d\u2019un achat en direct au moment de l\u2019\u00e9mission par l\u2019\u00c9tat, ce qui serait, horreur\u00a0!, de la mon\u00e9tisation. C\u2019est pourtant ce qu\u2019affirme le tout nouveau gouverneur de la Bank of England dans le Financial Times du 6 avril\u00a0: <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.ft.com\/content\/3a33c7fe-75a6-11ea-95fe-fcd274e920ca?desktop=true&amp;segmentId=7c8f09b9-9b61-4fbb-9430-9208a9e233c8#myft:notification:daily-email:content\">\u00ab\u00a0Bank of England is not doing \u2018monetary financing\u2019\u00a0<\/a><\/span>\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> On retrouve ici le th\u00e9or\u00e8me de Modigliani-Miller appliqu\u00e9 \u00e0 la finance publique. Tant qu\u2019il n\u2019y a pas \u00ab\u00a0recapitalisation\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire baisse du levier d\u2019endettement, la structuration diff\u00e9rente de la dette en laisse inchang\u00e9 le co\u00fbt agr\u00e9g\u00e9.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Voir par exemple la proposition de <a href=\"https:\/\/voxeu.org\/article\/corona-transfers-instead-coronabonds\"><span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\">Daniel Gros, \u00ab\u00a0Corona transfers instead of Coronabonds\u00a0\u00bb, Vox-EU, 5 avril 20<\/span>.<\/a><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La pand\u00e9mie va laisser les grandes \u00e9conomies du monde dans une situation de dette publique terriblement aggrav\u00e9e. Voici un domaine parmi beaucoup o\u00f9 les responsables publics doivent assez vite penser \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019apr\u00e8s\u00a0\u00bb\u00a0: quelles politiques publiques devront \u00eatre adopt\u00e9s face \u00e0 des taux d\u2019endettement qui risquent de d\u00e9passer 130 % pour la France et les \u00c9tats-Unis, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":39,"featured_media":4885,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[11,135],"tags":[],"class_list":["post-4882","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-macroeconomie","category-tribune","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4882","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/39"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4882"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4882\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4885"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4882"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4882"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4882"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}