{"id":4690,"date":"2020-02-06T07:05:28","date_gmt":"2020-02-06T05:05:28","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=4690"},"modified":"2020-02-06T08:24:05","modified_gmt":"2020-02-06T06:24:05","slug":"remunerations-patronales-et-dynamique-des-inegalites-de-remuneration","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=4690","title":{"rendered":"R\u00e9mun\u00e9rations patronales et dynamique des in\u00e9galit\u00e9s de r\u00e9mun\u00e9ration"},"content":{"rendered":"<p><em>Les donn\u00e9es du 20<sup>e<\/sup> rapport annuel Proxinvest<\/em><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><em><strong>[1]<\/strong><\/em><\/a><em> sur la r\u00e9mun\u00e9ration des dirigeants de soci\u00e9t\u00e9s fran\u00e7aises cot\u00e9es permettent une mesure des in\u00e9galit\u00e9s de r\u00e9mun\u00e9ration dans les tr\u00e8s grandes entreprises entre la base et le sommet, et une occasion d<\/em><em>\u2019<\/em><em>analyser leur double dynamique\u00a0: de contagion par imitation des r\u00e9mun\u00e9rations les plus \u00e9lev\u00e9es\u00a0; et de distribution aux actionnaires. Les ratios d<\/em><em>\u2019<\/em><em>in\u00e9galit\u00e9 augmentent mais ne sont pilot\u00e9s nulle part\u00a0: ils refl\u00e8tent simplement la divergence entre la logique de r\u00e9mun\u00e9ration des actionnaires et celle de r\u00e9mun\u00e9ration des salari\u00e9s. Ni le \u00ab\u00a0say on pay\u00a0\u00bb, ni le \u00ab\u00a0ratio d\u2019\u00e9quit\u00e9\u00a0\u00bb ne suffiront \u00e0 les rapprocher.<\/em><\/p>\n<p>Les donn\u00e9es du dernier Rapport Proxinvest sur la R\u00e9mun\u00e9ration des Dirigeants des Soci\u00e9t\u00e9s Fran\u00e7aises, le vingti\u00e8me, sont celles publi\u00e9es en 2019 relatives \u00e0 l\u2019exercice 2018. Le rapport analyse les r\u00e9mun\u00e9rations des num\u00e9ros un ex\u00e9cutifs des 120 principales soci\u00e9t\u00e9s cot\u00e9es \u00e0 la Bourse de Paris (celles de l\u2019indice SBF120), avec un coup de projecteur sur les 40 premi\u00e8res (celles de l\u2019indice CAC 40).<\/p>\n<p>Les r\u00e9mun\u00e9rations \u00e9tudi\u00e9es correspondent \u00e0 la totalit\u00e9 de ce qui est attribu\u00e9 \u00e0 chaque dirigeant par son entreprise, en 2018 ou au titre de 2018 : salaire fixe et variable, options et actions gratuites ou de performance, indemnit\u00e9s de d\u00e9part et de retraites et \u00e9l\u00e9ments divers. Elles sont retrait\u00e9es par Proxinvest qui a exclu des donn\u00e9es globales le co\u00fbt des r\u00e9gimes de retraites suppl\u00e9mentaires des dirigeants, faute de transparence suffisante de toutes les entreprises.<\/p>\n<p>Cette synth\u00e8se du rapport essaie en outre de cerner les ressorts d\u2019une dynamique d\u00e9sormais tr\u00e8s document\u00e9e\u00a0: l\u2019augmentation des \u00e9carts de r\u00e9mun\u00e9ration au sein des grandes entreprises.<\/p>\n<h3><strong>Une dynamique de contagion qui trouve son origine hors de la France<\/strong><\/h3>\n<p>Un \u00e9l\u00e9ment connu de cette dynamique est qu\u2019elle n\u2019est pas n\u00e9e en France mais qu\u2019elle s\u2019est largement transmise par contagion d\u2019autres pays, notamment des Etats-Unis.<\/p>\n<p>Le dernier rapport Proxinvest illustre cette contagion par une partie consacr\u00e9e aux \u00ab\u00a0mauvaises pratiques des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9trang\u00e8res cot\u00e9es en France\u00a0\u00bb dont il donne un floril\u00e8ge\u00a0: absence de votes sur les r\u00e9mun\u00e9rations, sur les conventions r\u00e9glement\u00e9es, de communication des r\u00e9mun\u00e9rations, cumul d\u2019une retraite et du b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une clause de non-concurrence, indemnit\u00e9 de d\u00e9part vers\u00e9e par une soci\u00e9t\u00e9 en situation d\u2019\u00e9chec, absence de conditions de performances sur des r\u00e9mun\u00e9rations en actions\u2026<\/p>\n<p>Il \u00e9pingle par exemple la r\u00e9mun\u00e9ration de 11,7 millions d\u2019euros attribu\u00e9e \u00e0 Douglas Pferdehirt, Pr\u00e9sident de Technip FMC, soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9sormais britannique, quaranti\u00e8me et dernier du CAC 40 par la taille de sa capitalisation mais troisi\u00e8me par le niveau de r\u00e9mun\u00e9ration de son dirigeant\u00a0: une r\u00e9mun\u00e9ration constitu\u00e9e principalement d\u2019une attribution d\u2019actions d\u2019une valeur de 8,5 millions sans conditions de performance, contrairement aux standards fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Ind\u00e9pendamment du mauvais exemple donn\u00e9 par les entreprises \u00e9trang\u00e8res cot\u00e9es \u00e0 Paris, l\u2019effet de contagion passe bien s\u00fbr par la simple comparaison de l\u2019\u00e9cart des r\u00e9mun\u00e9rations entre la bourse de Paris et celles des Etats-Unis. Carlos Ghosn, troisi\u00e8me r\u00e9mun\u00e9ration au classement Proxinvest de 2018, vient de rappeler l\u2019un de ses arguments, quand on lui reproche d\u2019avoir constamment cherch\u00e9 \u00e0 augmenter sa r\u00e9mun\u00e9ration\u00a0: il remarque que dans sa logique, il reste peu pay\u00e9 puisqu\u2019il aurait pu toucher davantage chez General Motors (en 2018\u00a0: 13 millions d\u2019euros pour lui, refus\u00e9s finalement par les actionnaires, et 20 millions d\u2019euros pour Mary Barra chez General Motors).<\/p>\n<h3><strong>Une dynamique de contagion par le sommet<\/strong><\/h3>\n<p>La r\u00e9mun\u00e9ration du dirigeant d\u2019une entreprise cot\u00e9e est propos\u00e9e par le comit\u00e9 de r\u00e9mun\u00e9ration du Conseil, qui s\u2019appuie sur des comparaisons avec ses pairs. Ce m\u00e9canisme de comparaison joue pour tous les autres salari\u00e9s, \u00e0 la diff\u00e9rence que les moyennes des r\u00e9mun\u00e9rations des dirigeants sont tir\u00e9es vers le haut par des points aberrants, des r\u00e9mun\u00e9rations extraordinairement \u00e9lev\u00e9es. L\u2019effet d\u2019\u00e9chelle de perroquet, bien connu pour toutes les fonctions, joue pour les dirigeants sur une distribution beaucoup plus ouverte.<\/p>\n<p>Le rapport permet de l\u2019illustrer facilement.<\/p>\n<p>La presse a essentiellement retenu deux chiffres du rapport\u00a0: la r\u00e9mun\u00e9ration moyenne annuelle d\u2019un patron du CAC 40 pour l\u2019exercice 2018 est de 5,8 millions d\u2019euros\u00a0; celle d\u2019un patron du SBF 120 est de 3,6 millions. Le lecteur oublie facilement que le CAC 40 est une partie du SBF 120 et retient deux chiffres pour des populations diff\u00e9rentes, d\u2019un niveau finalement assez homog\u00e8ne. Mais les donn\u00e9es de l\u2019enqu\u00eate Proxinvest permettent de distinguer trois cat\u00e9gories d\u2019entreprises\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Les 5 dirigeants les mieux pay\u00e9s, que le rapport analyse en d\u00e9tail (Dassault Syst\u00e8mes, Kering, Renault, L\u2019Or\u00e9al et Technip FMC) sont pay\u00e9s en moyenne 17 millions.<\/li>\n<li>Les dirigeants des 35 entreprises suivantes du CAC 40 sont pay\u00e9s en moyenne 4,2 millions\u00a0: de leur point de vue, ils sont donc pay\u00e9s 4 fois moins que les premiers.<\/li>\n<li>Les dirigeants des 80 entreprises les plus petites, celles du SBF 80 des entreprises du SBF 120 non-membres du CAC 40, sont pay\u00e9s en moyenne 2,5 millions d\u2019euros\u00a0: de leur point de vue, ils sont pay\u00e9s 7 fois moins que leurs coll\u00e8gues les mieux pay\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Une \u00e9chelle aussi ouverte facilite donc la contagion au sein des comit\u00e9s de r\u00e9mun\u00e9ration, d\u2019autant qu\u2019elle appara\u00eet arbitraire\u00a0: les dirigeants les mieux pay\u00e9s n\u2019apparaissent pas exceptionnels \u00e0 leurs pairs et leurs entreprises ne sont a priori ni les plus grosses, ni les plus rentables.<\/p>\n<p>Le rapport confirme ce caract\u00e8re arbitraire, en essayant comme chaque ann\u00e9e de tester un pr\u00e9dicteur qui paraitrait \u00e9conomiquement logique\u00a0: la performance \u00e9conomique des entreprises. Il conclut qu\u2019elle ne joue pas.<\/p>\n<ul>\n<li>Elle ne joue pas \u00e0 court terme. Le rapport constate qu\u2019en 2018, les soci\u00e9t\u00e9s du CAC 40 ont vu une baisse de leurs b\u00e9n\u00e9fices cumul\u00e9s de 6,2 % et une baisse de 8,0 % de leur cours, pendant que la r\u00e9mun\u00e9ration totale moyenne augmentait de +6,4 % (mais elle aurait baiss\u00e9 sans les cinq premi\u00e8res).<\/li>\n<li>La performance ne semble pas jouer non plus \u00e0 moyen terme. Le rapport calcule une performance \u00e9conomique et financi\u00e8re de l\u2019entreprise sur 5 ans entre 2013 et 2018, et n\u2019observe aucune corr\u00e9lation avec l\u2019\u00e9volution de la r\u00e9mun\u00e9ration des dirigeants sur la m\u00eame p\u00e9riode.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Une caract\u00e9ristique d\u2019un m\u00e9canisme de contagion est qu\u2019il s\u2019att\u00e9nue en s\u2019\u00e9loignant de son \u00e9picentre. L\u2019indice d\u2019une contagion par le haut est que le rythme d\u2019augmentation d\u00e9croit avec la taille des r\u00e9mun\u00e9rations. Le rapport permet de le mesurer sur dix ans (avec toutes les pr\u00e9cautions d\u2019usage, puisque les populations du CAC 40 et du SBF 80 sont mouvantes). Sur 10 ans, la r\u00e9mun\u00e9ration totale d\u2019un dirigeant a augment\u00e9 de 4 % l\u2019an pour les soci\u00e9t\u00e9s du SBF 80 et de 6 % l\u2019an pour les soci\u00e9t\u00e9s du CAC 40. Tout se passe comme si le fait d\u2019avoir une r\u00e9mun\u00e9ration \u00e9lev\u00e9e \u00e9tait le meilleur pr\u00e9dicteur du taux d\u2019augmentation de cette r\u00e9mun\u00e9ration.<\/p>\n<h3><strong>Une dynamique de distribution \u00e9galement par le sommet<\/strong><\/h3>\n<p>Le rapport pointe que l\u2019essentiel de la hausse des r\u00e9mun\u00e9rations du CAC 40 en 2018 s\u2019explique par un petit nombre de dirigeants, b\u00e9n\u00e9ficiaires d\u2019une compensation actionnariale que le rapport qualifie de \u00ab\u00a0d\u00e9rive\u00a0\u00bb. Il cite nomm\u00e9ment Bernard Charl\u00e8s \u00e0 Dassault Syst\u00e8mes, Fran\u00e7ois-Henri Pinaut \u00e0 Kering, Jean-Paul Agon \u00e0 l\u2019Or\u00e9al, Bernard Arnault \u00e0 LVMH et Douglas Pferdehirt \u00e0 Technip FMC, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9.<\/p>\n<p>Outre ce cinqui\u00e8me cas que le rapport explique par la nationalit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re de la soci\u00e9t\u00e9, les quatre autres rel\u00e8vent tous de groupes dits familiaux car contr\u00f4l\u00e9s par une famille. Le rapport ne fait pas ce lien, mais on peut faire l\u2019hypoth\u00e8se que la distinction entre patrimoine de l\u2019entreprise et patrimoine des dirigeants est sans doute moins nette dans ces entreprises familiales que dans des entreprises \u00e0 l\u2019actionnariat diffus, et cela m\u00eame dans le cas o\u00f9 le dirigeant est ext\u00e9rieur \u00e0 la famille\u00a0: il est vu comme un co-propri\u00e9taire plut\u00f4t que comme un salari\u00e9.<\/p>\n<p>Le rapport d\u00e9cortique en particulier la premi\u00e8re r\u00e9mun\u00e9ration de 2018, celle de Bernard Charl\u00e8s \u00e0 Dassault Syst\u00e8mes avec 33 millions d\u2019euros, pouvant atteindre 72 millions en cas de performances boursi\u00e8res excellentes, et qui s\u2019ajoute \u00e0 un portefeuille d\u2019actions de 400 millions d\u2019euros.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de ces cas particuliers, c\u2019est pour l\u2019ensemble des dirigeants du CAC 40 que la part actionnariale est de plus en plus importante dans la r\u00e9mun\u00e9ration.<\/p>\n<ul>\n<li>La r\u00e9mun\u00e9ration fixe repr\u00e9sente d\u00e9sormais un cinqui\u00e8me du total et la r\u00e9mun\u00e9ration variable, un quart\u00a0: ce qu\u2019on appelle souvent le bonus est donc pass\u00e9 en dix ans de 107 \u00e0 130 % du fixe.<\/li>\n<li>Mais le ph\u00e9nom\u00e8ne marquant est la hausse continue de la part en actions, pass\u00e9e en dix ans de 23,7 % \u00e0 42 % de la r\u00e9mun\u00e9ration (dont 2 % seulement pour les <em>stock options<\/em>, qui ont pratiquement disparu).<\/li>\n<\/ul>\n<p>La part de la r\u00e9mun\u00e9ration en actions augmente aussi pour le SBF 80, mais moins, et on peut faire l\u2019hypoth\u00e8se que c\u2019est la part actionnariale qui explique l\u2019\u00e9cart croissant avec le CAC 40.<\/p>\n<h3><strong>L<\/strong><strong>\u2019<\/strong><strong>absence de m\u00e9canismes stabilisateurs<\/strong><\/h3>\n<p>Proxinvest d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e d\u2019un certain \u00e9quilibre dans le niveau de r\u00e9mun\u00e9ration des dirigeants des soci\u00e9t\u00e9s cot\u00e9es, compar\u00e9 \u00e0 celui des autres salari\u00e9s. La partie du rapport consacr\u00e9e \u00e0 cet \u00e9quilibre illustre la difficult\u00e9 \u00e0 le d\u00e9finir et encore plus \u00e0 l\u2019atteindre.<\/p>\n<ul>\n<li>\n<h5><strong>La logique du <em>Say on Pay<\/em><\/strong><\/h5>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>Un premier niveau d\u2019analyse a \u00e9t\u00e9 de dire que l\u2019envol\u00e9e des r\u00e9mun\u00e9rations des dirigeants des grandes entreprises cot\u00e9es s\u2019expliquait par un d\u00e9faut de vigilance des actionnaires, ou leur manipulation par les dirigeants. Et donc qu\u2019un vote explicite des actionnaires sur la r\u00e9mun\u00e9ration des dirigeants introduirait un \u00e9l\u00e9ment de mod\u00e9ration.<\/p>\n<p>Les \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9sents dans le rapport sur cette question montrent que ce n\u2019est pas si simple. Les entreprises familiales peuvent se permettre d\u2019ignorer le m\u00e9contentement des actionnaires minoritaires. Ainsi la r\u00e9mun\u00e9ration de Bernard Charl\u00e8s d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crite n\u2019a \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9e que par 49 % des minoritaires. Celle de Fran\u00e7ois Pinault n\u2019a \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9e que par 35 % des minoritaires.<\/p>\n<p>Mais dans d\u2019autres entreprises, des r\u00e9mun\u00e9rations qualifi\u00e9es elles aussi de d\u00e9rive par Proxinvest peuvent \u00eatre massivement approuv\u00e9es par les actionnaires, s\u2019ils sont contents des r\u00e9sultats de l\u2019entreprise. Ainsi Jean-Paul Agon, le dirigeant de L\u2019Or\u00e9al, \u00e9pingl\u00e9 pour cumuler le revenu fixe et la rente de retraite les plus \u00e9lev\u00e9s du CAC 40 ainsi qu\u2019une attribution d\u2019actions de 5 millions, a-t-il vu sa r\u00e9mun\u00e9ration approuv\u00e9e par 94 % des actionnaires et 86 % des minoritaires. Leur analyse se place sur une logique d\u2019alignement des int\u00e9r\u00eats. Les actionnaires heureux d\u2019une grande entreprise n\u2019ont pas de raison objective de plafonner la r\u00e9mun\u00e9ration de leur dirigeant, compte tenu de l\u2019impact tr\u00e8s faible sur le \u00ab\u00a0g\u00e2teau\u00a0\u00bb \u00e0 se partager.<\/p>\n<p>Il est clair qu\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 du m\u00e9canisme de contagion d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crit, qui joue sur l\u2019imitation et un regard vers le haut des administrateurs (\u00ab\u00a0il vaut autant que tel tr\u00e8s bien pay\u00e9\u00a0\u00bb), un second m\u00e9canisme joue \u00e9galement, de distribution ou de ruissellement : c\u2019est un regard vers le bas de l\u2019actionnaire qui lui fait dire que le b\u00e9n\u00e9ficiaire \u00ab\u00a0m\u00e9rite une partie de ce que je gagne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<ul>\n<li>\n<h5><strong>La logique des ratios d\u2019\u00e9quit\u00e9<\/strong><\/h5>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>Proxinvest suit diff\u00e9rents indicateurs qu\u2019il qualifie d\u2019indicateurs de coh\u00e9sion sociale.<\/p>\n<p>Le premier compare les hausses des r\u00e9mun\u00e9rations des dirigeants et celles de leurs salari\u00e9s. Proxinvest constate \u00ab\u00a0un mauvais point de coh\u00e9sion sociale\u00a0\u00bb, d\u00e9j\u00e0 not\u00e9\u00a0aux \u00e9chelons sup\u00e9rieurs : plus on descend dans la hi\u00e9rarchie des r\u00e9mun\u00e9rations, et plus la croissance s\u2019affaiblit. La croissance en 2018 de la r\u00e9mun\u00e9ration des salari\u00e9s du CAC 40 n\u2019est que de 2,1 % contre 6,4 % pour leurs dirigeants, soit 3 fois plus. Le rapport de 3 est le m\u00eame si on calcule l\u2019\u00e9volution sur 4 ans, soit sur la p\u00e9riode 2014-2018\u00a0: 12,6 % en cumul\u00e9 pour les salari\u00e9s, 37,1 % pour les dirigeants.<\/p>\n<p>On voit ainsi s\u2019\u00e9baucher une pyramide r\u00e9guli\u00e8re des taux d\u2019augmentation qui confirme une double dynamique de contagion et de distribution\u00a0: +2 % l\u2019an pour les salari\u00e9s, +4 % pour le SBF 80, +6 % par le CAC 40, pyramide qu\u2019on peut compl\u00e9ter par\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>au sommet, le chiffre de +8 %, estimation que donne Thomas Piketty de la hausse du patrimoine des tr\u00e8s riches (qui sont tous propri\u00e9taires d\u2019une grande entreprise, et donc les d\u00e9cideurs ultimes des r\u00e9mun\u00e9rations des dirigeants),<\/li>\n<li>\u00e0 la base, par le chiffre de 0 %, correspondant \u00e0 la stagnation des salaires les plus faibles aux Etats-Unis, dans un pays ne connaissant pas ou peu la dynamique de sens inverse d\u2019un salaire minimum.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les analystes de Proxinvest calculent aussi ce qu\u2019ils appellent \u00ab\u00a0une r\u00e9mun\u00e9ration maximale socialement acceptable de 240 SMIC annuels\u00a0\u00bb soit un niveau de 5M\u20ac en 2018. Le rapport note que 22 dirigeants seulement le d\u00e9passent contre 29 en 2017, ce qu\u2019ils jugent une am\u00e9lioration. Le rapport n\u2019indique pas d\u2019o\u00f9 vient ce ratio de 240.<\/p>\n<p>Proxinvest s\u2019interroge sur l\u2019impact que pourra avoir le nouveau \u00ab Ratio d\u2019\u00e9quit\u00e9 \u00bb pr\u00e9vu par la Loi Pacte, et s\u2019il pourra devenir le nouveau r\u00e9f\u00e9rentiel interne \u00e0 l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Mais la Loi Pacte n\u2019introduit aucune norme, du type du ratio de 240 fois le SMIC de Proxinvest. Elle demande simplement aux entreprises de calculer chaque ann\u00e9e le rapport entre les r\u00e9mun\u00e9rations des mandataires sociaux et la moyenne (et la m\u00e9diane) de la r\u00e9mun\u00e9ration des salari\u00e9s\u00a0; puis de suivre ce rapport dans le temps.<\/p>\n<p>On voit assez mal en quoi ces informations, d\u00e9j\u00e0 connues des salari\u00e9s des entreprises cot\u00e9es, pourraient faire na\u00eetre naturellement un nouveau r\u00e9f\u00e9rentiel. Le rapport donne un avant-go\u00fbt du niveau moyen du ratio d\u2019\u00e9quit\u00e9, en notant qu\u2019un dirigeant du CAC 40 est pay\u00e9 en moyenne 90 fois la r\u00e9mun\u00e9ration moyenne de ses salari\u00e9s. Mais est-ce trop, pas assez, \u00ab\u00a0juste bien\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p>Et en imaginant m\u00eame qu\u2019il \u00e9merge un certain consensus sur un \u00ab\u00a0bon\u00a0\u00bb ratio d\u2019\u00e9quit\u00e9, on voit encore plus mal comment il pourrait cr\u00e9er une dynamique pour respecter cet \u00e9quilibre et lier entre elles les r\u00e9mun\u00e9rations des salari\u00e9s et celles des dirigeants. Du moins tant que la grande entreprise cot\u00e9e abrite deux gouvernances disjointes.<\/p>\n<ul>\n<li>Une enceinte de discussion associe les actionnaires (apporteurs de leurs capitaux) et le dirigeant. Elle d\u00e9cide de la r\u00e9mun\u00e9ration du dirigeant dans une logique de partage de la valeur actionnariale, sous pression d\u2019une contagion des plus hautes r\u00e9mun\u00e9rations et de dirigeants \u00e9trangers souvent mieux r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s.<\/li>\n<li>Une autre enceinte de discussion associe les salari\u00e9s (apporteurs de leur temps) et le dirigeant. Elle d\u00e9cide de la r\u00e9mun\u00e9ration des salari\u00e9s dans une logique de maitrise des co\u00fbts, sous pression de r\u00e9mun\u00e9rations salariales souvent plus faibles, chez des concurrents et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le rapport complet peut \u00eatre command\u00e9 \u00e0 la Librairie du d\u00e9lit &#8211; Justicia (ex LDEL\/JUSTICIA) -librairie.justicia@gmail.com<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Mots-cl\u00e9s : r\u00e9mun\u00e9ration des dirigeants &#8211; in\u00e9galit\u00e9s salariales &#8211; CAC 40 &#8211; SBF 120<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Proxinvest est une soci\u00e9t\u00e9 de conseil fran\u00e7aise qui assiste les investisseurs dans leurs votes aux assembl\u00e9es des soci\u00e9t\u00e9s dont ils sont actionnaires.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les donn\u00e9es du 20e rapport annuel Proxinvest[1] sur la r\u00e9mun\u00e9ration des dirigeants de soci\u00e9t\u00e9s fran\u00e7aises cot\u00e9es permettent une mesure des in\u00e9galit\u00e9s de r\u00e9mun\u00e9ration dans les tr\u00e8s grandes entreprises entre la base et le sommet, et une occasion d\u2019analyser leur double dynamique\u00a0: de contagion par imitation des r\u00e9mun\u00e9rations les plus \u00e9lev\u00e9es\u00a0; et de distribution aux actionnaires. [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":96,"featured_media":4692,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[198,133],"tags":[],"class_list":["post-4690","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-inegalites","category-themes","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4690","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/96"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4690"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4690\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4692"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4690"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4690"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4690"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}