{"id":4648,"date":"2020-01-13T07:10:23","date_gmt":"2020-01-13T05:10:23","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=4648"},"modified":"2020-01-13T08:24:52","modified_gmt":"2020-01-13T06:24:52","slug":"les-descendants-dimmigres-des-francais-un-peu-moins-egaux-que-dautres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=4648","title":{"rendered":"Les descendants d\u2019immigr\u00e9s, des Fran\u00e7ais un peu moins \u00e9gaux que d\u2019autres ?"},"content":{"rendered":"<p>Un Fran\u00e7ais sur huit est \u00ab\u00a0descendant d\u2019immigr\u00e9\u00a0\u00bb. Cette population est \u00ab\u00a0un angle obscur\u00a0\u00bb de l\u2019analyse statistique. Force est de constater une absence de prise en compte des besoins l\u00e9gitimes de ces personnes, largement d\u00e9laiss\u00e9es. Sans parler de terrorisme, de radicalisme, comme cons\u00e9quences lointaines mais dramatiques de cet abandon, la rel\u00e9gation de ces populations dans des trappes \u00e0 ch\u00f4mage, \u00e0 pauvret\u00e9 et leur mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart des acc\u00e8s aux principaux services publics laissent indiff\u00e9rent, battant en br\u00e8che les principes fondamentaux de fraternit\u00e9 et d\u2019\u00e9galit\u00e9, ceux-l\u00e0 m\u00eames que l\u2019on invoque pour ne pas \u00ab\u00a0stigmatiser\u00a0\u00bb ces Fran\u00e7ais d\u2019origine allochtone.<\/p>\n<h3><strong>De qui parle-t-on\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>On posera en pr\u00e9ambule une d\u00e9finition arbitraire quoiqu\u2019en usage tant \u00e0 l\u2019Insee qu\u2019\u00e0 l\u2019Ined, des \u00ab\u00a0descendants d\u2019immigr\u00e9s\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit de personnes fran\u00e7aises, n\u00e9es en France, et dont l\u2019un au moins des parents est immigr\u00e9. Il faut alors pr\u00e9ciser qu\u2019un immigr\u00e9 est une personne n\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, de nationalit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re \u00e0 sa naissance. Ces d\u00e9finitions ne sont pas universellement partag\u00e9es, mais permettent aux d\u00e9mographes et statisticiens de cr\u00e9er une caract\u00e9ristique intangible des personnes. Un immigr\u00e9 peut devenir Fran\u00e7ais. Il restera immigr\u00e9. Un descendant d\u2019immigr\u00e9 est Fran\u00e7ais. Il gardera des origines allochtones. Signalons enfin que l\u2019on rattache le descendant d\u2019immigr\u00e9 \u00e0 l\u2019origine (pays de naissance) de son parent immigr\u00e9, son p\u00e8re s\u2019il a deux parents immigr\u00e9s (un peu plus de la moiti\u00e9 des descendants ont un parent non immigr\u00e9).<\/p>\n<h3><strong>L\u2019assignation aux origines\u00a0: quand la science requiert des statistiques ethniques<\/strong><\/h3>\n<p>D\u00e9nombrer les descendants d\u2019immigr\u00e9s ne va pas de soi. Il s\u2019agit, sans aucune ambigu\u00eft\u00e9, de statistiques ethniques. Le statut de ces derni\u00e8res est tout autant incompris que complexe (voir <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"http:\/\/variances.eu\/?p=2173\">lien 1<\/a><\/span> ou <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"http:\/\/variances.eu\/?p=3325\">lien 2<\/a><\/span>). On a coutume de dire en France que ces statistiques sont interdites. Ce n\u2019est pas compl\u00e8tement faux\u00a0: elles le sont &#8230;, sauf exception. Dans beaucoup d\u2019autres pays europ\u00e9ens, elles sont autoris\u00e9es, pourvu qu\u2019elles se fassent dans le respect de r\u00e8gles tr\u00e8s contraignantes. N\u2019ironisons pas sur le vocabulaire. En pratique, la richesse des statistiques sur cette deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration est cons\u00e9quente en France, bien plus que dans la plupart des autres pays de l\u2019UE. La raison principale en est que cette population est, en nombre et en proportion, bien plus importante que dans les autres pays d\u2019Europe.<\/p>\n<h3><strong>L\u2019assignation aux origines\u00a0: une violation du principe constitutionnel d\u2019\u00e9galit\u00e9\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>Il n\u2019en reste pas moins que distinguer les Fran\u00e7ais, parce qu\u2019ils ont des ascendants \u00e9trangers, ne va pas de soi. Jusqu\u2019o\u00f9 remonter pour invoquer les origines comme facteur sociod\u00e9mographique pour des analyses\u00a0? La pol\u00e9mique de 2016 sur la d\u00e9ch\u00e9ance de nationalit\u00e9 montre que le sujet n\u2019est pas anodin. D\u00e9choir des Fran\u00e7ais de leur nationalit\u00e9 est interdit par la Constitution s\u2019ils deviennent apatrides, en revanche, cela deviendrait possible pour les binationaux. Rupture majeure d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre mononationaux et les autres. Or une partie notable des descendants d\u2019immigr\u00e9s sont binationaux. On montrera que les descendants d\u2019immigr\u00e9s diff\u00e8rent nettement des autres Fran\u00e7ais d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation ou \u00e0 l\u2019emploi, plus largement \u00e0 des conditions de vie ordinaires. Faut-il pour autant cibler ces populations comme b\u00e9n\u00e9ficiaires de politiques publiques\u00a0? D\u2019un c\u00f4t\u00e9, reconna\u00eetre que les origines sont causes de d\u00e9savantages sociaux revient manifestement \u00e0 commettre l\u2019erreur la plus redout\u00e9e du statisticien\u00a0: confondre corr\u00e9lation et cause. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, ignorer ces corr\u00e9lations au motif du refus de distinguer les Fran\u00e7ais sur des crit\u00e8res d\u2019origine conduit \u00e0 la fois \u00e0 laisser certains de nos compatriotes sur le bord du chemin, tout en mettant en place des politiques co\u00fbteuses, inefficaces car mal cibl\u00e9es. Les multiples avatars de la politique de la ville en sont un triste exemple.<\/p>\n<h3><strong>Une population qui d\u00e9passe les 10 % des Fran\u00e7ais<\/strong><\/h3>\n<p>La population des \u00ab\u00a0descendants d\u2019immigr\u00e9s\u00a0\u00bb compte, selon l\u2019Insee, en 2018, 7,5 millions de personnes, soit pr\u00e8s de 12 % de la population fran\u00e7aise. Le simple comptage de ces populations est r\u00e9cent. Au mieux dispose-t-on d\u2019estimations depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. En cause, comme on vient de le voir, des r\u00e9ticences \u00e0 \u00e9tablir des statistiques ethniques, mais aussi une prise de conscience tardive de l\u2019importance de cette population, en forte croissance. En 2007 (<span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.immigration.interieur.gouv.fr\/fr\/content\/download\/69640\/508245\/file\/infosmigrations_66_.pdf\">lien 3<\/a><\/span><\/span>), ils n\u2019\u00e9taient que 6 millions. Encore convient-il de s\u00e9parer ces populations en au moins deux groupes bien distincts. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les descendants d\u2019immigr\u00e9s d\u2019origine europ\u00e9enne, principalement espagnole, portugaise et italienne. Cette population est relativement stable et de l\u2019ordre de 3 millions de personnes. L\u2019\u00e9quilibre d\u00e9mographique est atteint, et ces descendants se distinguent assez peu des autres Fran\u00e7ais suivant les indicateurs usuels (\u00e2ge, sexe, niveau de vie, emploi, \u2026). Leurs parents sont arriv\u00e9s en France au milieu des ann\u00e9es 1970 ou avant.<\/p>\n<h3><strong>La population des descendants d\u2019immigr\u00e9s d\u2019origine africaine est en forte croissance et jeune &#8230;<\/strong><\/h3>\n<p>De l\u2019autre, la population des descendants d\u2019immigr\u00e9s d\u2019origine africaine (DIOA) \u00e9tait d\u2019un peu plus de 2 millions en 2007, et d\u00e9passe maintenant largement les 3 millions. Pour les trois quarts, ces origines sont maghr\u00e9bines, une proportion comparable de ces personnes ayant moins de 30 ans. Le taux de croissance est de peu inf\u00e9rieur \u00e0 5 % par an. Les origines sont tr\u00e8s majoritairement de pays anciennement colonis\u00e9s par la France.<\/p>\n<h3><strong>\u2026 et massivement d\u00e9savantag\u00e9es<\/strong><\/h3>\n<p>Ces personnes sont massivement d\u00e9savantag\u00e9es au regard de la plupart des indicateurs socio-\u00e9conomiques. Elles ne font l\u2019objet d\u2019aucune mesure de politique publique directe visant \u00e0 r\u00e9duire leurs d\u00e9savantages. Les analyses sociologiques montrent m\u00eame qu\u2019il est fortement probable que ces in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9sultent de comportements discriminatoires. Certes, ces in\u00e9galit\u00e9s n\u2019ont pas l\u2019ampleur de celles qui affectent les femmes ou les personnes en situation de handicap (on n\u2019ose imaginer la situation des descendantes d\u2019immigr\u00e9s en situation de handicap).<\/p>\n<h3><strong>Des in\u00e9galit\u00e9s d\u00e9mographiques li\u00e9es aux origines et aux parcours migratoires<\/strong><\/h3>\n<p>L\u2019explication de la croissance de ces \u00ab\u00a0DIOA\u00a0\u00bb par la f\u00e9condit\u00e9 de leurs m\u00e8res, immigr\u00e9es, issues de pays o\u00f9 la natalit\u00e9 est \u00e9lev\u00e9e est tr\u00e8s insuffisante. Certes, les taux de f\u00e9condit\u00e9 observ\u00e9s dans les pays d\u2019origine sont de l\u2019ordre de 3 \u00e0 5 , contre un peu moins de 2 en France. Les immigr\u00e9es en France auront moins d\u2019enfants que les femmes rest\u00e9es au pays d\u2019origine. Deux raisons principales, d\u2019abord un biais de s\u00e9lection\u00a0: les migrantes sont relativement \u00e9duqu\u00e9es et ainsi enclines \u00e0 avoir moins d\u2019enfants. Ensuite\u00a0les migrants arrivent majoritairement \u00e2g\u00e9s de 25 \u00e0 35 ans. Les femmes ont souvent retard\u00e9 leurs maternit\u00e9s pour migrer. Elles auront en moyenne un enfant de moins que leurs homologues non migrantes. La surrepr\u00e9sentation des personnes en \u00e2ge d\u2019avoir des enfants conduit math\u00e9matiquement \u00e0 augmenter le taux de natalit\u00e9. Enfin, comme l\u2019on compte comme descendants d\u2019immigr\u00e9s les enfants de couple \u00ab\u00a0mixte\u00a0\u00bb (un immigr\u00e9 et un non immigr\u00e9), ce qui est d\u2019abord un ph\u00e9nom\u00e8ne de bonne assimilation contribue \u00e0 la croissance de cette population. La concentration des \u00ab\u00a0DIOA\u00a0\u00bb dans les premi\u00e8res tranches d\u2019\u00e2ge est li\u00e9e \u00e0 la reprise de l\u2019immigration depuis la fin des ann\u00e9es 1990, tr\u00e8s li\u00e9e \u00e0 la mondialisation.<\/p>\n<h3><strong>Une in\u00e9gale r\u00e9partition g\u00e9ographique<\/strong><\/h3>\n<p>Les descendants d\u2019immigr\u00e9s s\u2019installent de pr\u00e9f\u00e9rence dans les \u00ab\u00a0villes\u00a0\u00bb\u00a0: 58\u00a0% habitent dans une unit\u00e9 urbaine de plus de 200 000 habitants (<span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.insee.fr\/fr\/statistiques\/2575541\">lien 4<\/a><\/span><\/span>). C\u2019est un peu moins que les immigr\u00e9s (63 %), mais beaucoup plus que les autres Fran\u00e7ais (36 %) habitant dans ces unit\u00e9s. Inversement, 11\u00a0% des descendants habitent une commune rurale, contre 27\u00a0% des autres Fran\u00e7ais. Ils s\u2019installent pr\u00e9f\u00e9rentiellement dans certaines r\u00e9gions (les immigr\u00e9s africains se retrouvent davantage au Sud ou en \u00cele-de-France). La \u00ab\u00a0diffusion\u00a0\u00bb est lente, et les descendants sont surrepr\u00e9sent\u00e9s dans les aires o\u00f9 les immigr\u00e9s le sont, quoique de fa\u00e7on moindre. Une \u00e9tude de 2012 (<span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.insee.fr\/fr\/statistiques\/1374013\">lien 5<\/a><\/span>, page 222-223) avait montr\u00e9 que la concentration dans les zones urbaines sensibles (ZUS), anc\u00eatres des quartiers prioritaires de la ville, est tr\u00e8s forte pour les immigr\u00e9s d\u2019origine africaine, et pour les descendants de m\u00eame origine. La surrepr\u00e9sentation atteint un facteur 7\u00a0! Toutefois, il convient de pr\u00e9ciser qu\u2019il est rare qu\u2019une ZUS soit majoritairement peupl\u00e9e d\u2019immigr\u00e9s et la majorit\u00e9 des immigr\u00e9s \u2013 ou des descendants d\u2019immigr\u00e9s\u00a0\u2013 ne vivaient pas dans des ZUS. N\u00e9anmoins, on comprend la tentation de confondre politique de la ville et politique d\u2019int\u00e9gration de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<h3><strong>L\u2019apparente \u00e9galit\u00e9 de niveau d\u2019\u00e9tudes cache d\u2019importantes in\u00e9galit\u00e9s<\/strong><\/h3>\n<p>En premi\u00e8re analyse, les descendants d\u2019immigr\u00e9s ont les \u00ab\u00a0m\u00eames chances\u00a0\u00bb que les autres Fran\u00e7ais d\u2019atteindre un niveau de dipl\u00f4me \u00e9lev\u00e9 (on prendra ici le niveau \u00ab\u00a0bac+2\u00a0\u00bb). Cette apparente \u00e9galit\u00e9 doit s\u2019\u00e9tudier \u00e0 la lumi\u00e8re du biais d\u2019\u00e2ge caract\u00e9ristique de cette population. D\u2019une part, les descendants d\u2019immigr\u00e9s sont plus jeunes, d\u2019autre part les jeunes g\u00e9n\u00e9rations acc\u00e8dent beaucoup plus fr\u00e9quemment aux \u00e9tudes sup\u00e9rieures que leurs a\u00een\u00e9es. Pour les personnes de 30 \u00e0 34 ans (un \u00e2ge o\u00f9 l\u2019on a ordinairement fini ses \u00e9tudes), la proportion de descendants d\u2019immigr\u00e9s ayant plus d\u2019un bac+2 est de l\u2019ordre de 30\u00a0% de moins que pour les non immigr\u00e9s <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.immigration.interieur.gouv.fr\/fr\/content\/download\/69640\/508245\/file\/infosmigrations_45_.pdf\">lien 6<\/a><\/span> . Et divers autres indicateurs montrent les difficult\u00e9s \u00e0 mener des \u00e9tudes longues (surrepr\u00e9sentation dans les fili\u00e8res techniques ou professionnelles, redoublements ou interruption, proportion de jeunes \u2013 moins de 25 ans \u2013 \u00ab\u00a0NEET\u00a0\u00bb \u2013 ni en emploi ni en \u00e9tudes \u2013, etc). Diverses causes ont \u00e9t\u00e9 cherch\u00e9es pour expliquer ces difficult\u00e9s.<\/p>\n<h3><strong>L\u2019origine sociale, plus que g\u00e9ographique est un ressort de ces in\u00e9galit\u00e9s<\/strong><\/h3>\n<p>L\u2019une ressort particuli\u00e8rement\u00a0: la cat\u00e9gorie socio-professionnelle des parents. En effet, si l\u2019on tient compte de la surrepr\u00e9sentation des parents (immigr\u00e9s) parmi les ouvriers ou employ\u00e9s, notamment non qualifi\u00e9s, et des taux de r\u00e9ussite par cat\u00e9gorie socioprofessionnelle des parents, une grande partie de l\u2019\u00e9cart de r\u00e9ussite scolaire dispara\u00eet. Le syst\u00e8me \u00e9ducatif ne compense pas plus les in\u00e9galit\u00e9s sociales pour les immigr\u00e9s que pour les autres.<\/p>\n<h3><strong>Les descendantes d\u2019immigr\u00e9s r\u00e9ussissent mieux les \u00e9tudes que les descendants<\/strong><\/h3>\n<p>Comme pour les autres Fran\u00e7ais, la r\u00e9ussite des \u00e9tudes diff\u00e8re notablement selon le sexe chez les descendants d\u2019immigr\u00e9s avec un avantage cons\u00e9quent pour les femmes. Cela est vrai quelle que soit l\u2019origine. Cependant, les descendantes d\u2019immigr\u00e9s, sont, \u00e0 \u00e2ge comparable, moins dipl\u00f4m\u00e9es que les autres Fran\u00e7aises. Ces descendantes, jeunes, sont plus fr\u00e9quemment inactives que les descendants car \u00e9levant des enfants en bas \u00e2ge. On pr\u00e9cisera ici que la f\u00e9condit\u00e9 des descendantes est similaire, voire un peu inf\u00e9rieure \u00e0 celle des autres Fran\u00e7aises. Par ailleurs, le comportement d\u2019inactivit\u00e9 des femmes est souvent transmis de m\u00e8re en fille. Cette transmission est moins forte entre immigr\u00e9es et leurs descendantes. Ceci confirme que l\u2019int\u00e9gration de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration est plus avanc\u00e9e pour les femmes que pour les hommes.<\/p>\n<h3><strong>Le ch\u00f4mage affecte plus fr\u00e9quemment les \u00ab\u00a0DIOA\u00a0\u00bb &#8230;<\/strong><\/h3>\n<p>L\u2019in\u00e9galit\u00e9 la plus marquante est peut-\u00eatre celle des taux de ch\u00f4mage. Les \u00ab\u00a0DIOA\u00a0\u00bb ont, de fa\u00e7on assez permanente, un taux de ch\u00f4mage d\u2019environ trois fois celui des autres Fran\u00e7ais. Ce taux de ch\u00f4mage est tr\u00e8s proche de celui des immigr\u00e9s d\u2019origine africaine. Il n\u2019y a donc pas d\u2019am\u00e9lioration entre premi\u00e8re et seconde g\u00e9n\u00e9ration. Situation particuli\u00e8re, car g\u00e9n\u00e9ralement, les descendants sont moins fr\u00e9quemment au ch\u00f4mage que les immigr\u00e9s, \u00e0 \u00ab\u00a0origine donn\u00e9e\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9tude cit\u00e9e <em>supra<\/em> montre encore que la surrepr\u00e9sentation des \u00ab\u00a0DIOA\u00a0\u00bb (et des immigr\u00e9s de m\u00eame origine) est de l\u2019ordre 3 ou 4 fois (en comparaison de la moyenne nationale) dans les quartiers les plus frapp\u00e9s par le ch\u00f4mage.<\/p>\n<h3><strong>\u2026, \u00e9cart de situation mal compris<\/strong><\/h3>\n<p>Le surch\u00f4mage des immigr\u00e9s est assez bien expliqu\u00e9 par des diff\u00e9rences de niveau de dipl\u00f4me, un manque d\u2019exp\u00e9rience de la vie en France et leur moindre ma\u00eetrise du fran\u00e7ais. Ce dernier facteur est aussi en jeu pour expliquer le d\u00e9classement des immigr\u00e9s pourtant qualifi\u00e9s (<span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.insee.fr\/fr\/statistiques\/2122739?sommaire=2122750\">lien 7<\/a><\/span>). Pour les \u00ab\u00a0DIOA\u00a0\u00bb, seul le niveau de dipl\u00f4me, effectivement plus bas en g\u00e9n\u00e9ral, peut rentrer en ligne de compte. La jeunesse de cette population est encore un facteur explicatif. Les analyses \u00ab\u00a0toutes choses \u00e9gales par ailleurs\u00a0\u00bb r\u00e9v\u00e8lent qu\u2019une large part de ces in\u00e9galit\u00e9s est \u00ab\u00a0inexpliqu\u00e9e\u00a0\u00bb (<span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.insee.fr\/fr\/statistiques\/4175267\">lien 8<\/a><\/span>) .<\/p>\n<h3><strong>Quand l\u2019arrogance s\u2019ajoute \u00e0 l\u2019ignorance<\/strong><\/h3>\n<p>Une mauvaise compr\u00e9hension de l\u2019outil d\u2019analyse \u00ab\u00a0toutes choses \u00e9gales par ailleurs\u00a0\u00bb conduira \u00e0 une erreur grossi\u00e8re. Si toutes les choses sont \u00e9gales par ailleurs, sexe, \u00e2ge, niveau de dipl\u00f4me, et que seule l\u2019origine diff\u00e8re, ce serait donc celle-ci qui \u00ab\u00a0expliquerait\u00a0\u00bb les \u00e9carts. Et l\u2019on attribuerait \u00e0 l\u2019ethnie, la culture, \u2026, une incapacit\u00e9 \u00e0 trouver un emploi. L\u2019analyse statistique ne conduit en aucun cas \u00e0 ces conclusions. Les \u00e9carts sont attribuables \u00e0 tous les facteurs inobservables, dont certains sont identifiables et la plupart inconnus. Parmi les facteurs inobservables, la prise en compte de la s\u00e9gr\u00e9gation urbaine ou g\u00e9ographique constitue un cas d\u2019\u00e9cole. En effet, on pourrait la prendre en compte si l\u2019on identifiait les descendants d\u2019immigr\u00e9s dans le recensement. Le faire rel\u00e8verait clairement de statistiques ethniques tr\u00e8s pr\u00e9cises. Faut-il franchir la ligne, pour simplement am\u00e9liorer notre compr\u00e9hension des m\u00e9canismes d\u2019in\u00e9galit\u00e9s pour ces populations\u00a0? L\u2019enqu\u00eate sp\u00e9cifique (r\u00e9alis\u00e9e en 2008, actuellement reconduite par l\u2019Ined et l\u2019Insee) permet d\u00e9j\u00e0 d\u2019identifier des causes et m\u00e9canismes de ce \u00ab\u00a0surch\u00f4mage\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3><strong>Les descendants d\u2019immigr\u00e9s sont discrimin\u00e9s<\/strong><\/h3>\n<p>Ce serait une autre erreur, h\u00e9las tentante, que d\u2019attribuer \u00ab\u00a0\u00e0 une cause \u00e9vidente\u00a0\u00bb mais inobservable les in\u00e9galit\u00e9s. Or celle-ci est fr\u00e9quemment commise. On attribue ainsi \u00e0 la discrimination envers les \u00ab\u00a0DIOA\u00a0\u00bb les \u00e9carts de taux de ch\u00f4mage \u00ab\u00a0inexpliqu\u00e9s\u00a0\u00bb. La discrimination est mise en \u00e9vidence par d\u2019autres m\u00e9thodes, telles les \u00ab\u00a0testings\u00a0\u00bb (par exemple <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/dares.travail-emploi.gouv.fr\/IMG\/pdf\/2008.02-06.3-2.pdf\">lien 9<\/a><\/span> ). L\u2019analyse \u00ab\u00a0toutes choses \u00e9gales par ailleurs\u00a0\u00bb ne peut mesurer les facteurs inobserv\u00e9s. <em>A fortiori<\/em>, attribuer une cause \u00e0 un facteur inconnu est une mauvaise pratique. Cependant, des \u00e9carts inexpliqu\u00e9s importants doivent inciter \u00e0 chercher des causes, avec d\u2019autres m\u00e9thodes.<\/p>\n<h3><strong>Cette discrimination est d\u2019abord \u00ab\u00a0institutionnelle\u00a0\u00bb<\/strong><\/h3>\n<p>Les analyses sociologiques ne laissent gu\u00e8re de doutes sur l\u2019existence de discriminations. Encore faut-il, si l\u2019on veut y rem\u00e9dier, distinguer ce qui rel\u00e8ve de la malveillance contraire \u00e0 la Loi, de ce qui rel\u00e8ve de la \u00ab\u00a0discrimination institutionnelle\u00a0\u00bb. Il est par exemple douteux que les difficult\u00e9s qu\u2019\u00e9prouvent les \u00ab\u00a0DIOA\u00a0\u00bb dans leurs parcours scolaires ou universitaires, r\u00e9sultent d\u2019une discrimination qu\u2019exerceraient des enseignants. Pour autant, les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs et universitaires s\u2019av\u00e8rent tr\u00e8s discriminants vis-\u00e0-vis de cette population. Il est aussi peu probable que la concentration des descendants d\u2019immigr\u00e9s dans les zones d\u2019habitat mal desservies par les transports, services publics, \u2026 r\u00e9sulte d\u2019un comportement d\u00e9lictueux, mais le r\u00e9sultat est l\u00e0.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019information permettant une bonne compr\u00e9hension des in\u00e9galit\u00e9s qui affectent les descendants d\u2019immigr\u00e9s existe en quantit\u00e9 et qualit\u00e9 suffisantes. Elle devrait permettre la mise en place de politiques publiques correctrices mieux cibl\u00e9es. L\u2019obstacle est id\u00e9ologique, fonder des mesures publiques sur l\u2019origine des personnes pourrait \u00eatre contraire \u00e0 nos principes r\u00e9publicains. Serait-il vraiment impossible de trouver la voie \u00e9troite qui concilierait le refus d\u2019un renvoi aux origines et les principes d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de fraternit\u00e9\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un Fran\u00e7ais sur huit est \u00ab\u00a0descendant d\u2019immigr\u00e9\u00a0\u00bb. Cette population est \u00ab\u00a0un angle obscur\u00a0\u00bb de l\u2019analyse statistique. Force est de constater une absence de prise en compte des besoins l\u00e9gitimes de ces personnes, largement d\u00e9laiss\u00e9es. Sans parler de terrorisme, de radicalisme, comme cons\u00e9quences lointaines mais dramatiques de cet abandon, la rel\u00e9gation de ces populations dans des [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":48,"featured_media":4650,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[198,133],"tags":[],"class_list":["post-4648","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-inegalites","category-themes","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4648","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/48"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4648"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4648\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4650"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4648"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4648"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4648"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}