{"id":4433,"date":"2019-10-09T07:55:56","date_gmt":"2019-10-09T05:55:56","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=4433"},"modified":"2019-10-09T08:08:19","modified_gmt":"2019-10-09T06:08:19","slug":"que-doit-faire-leurope-face-a-la-nouvelle-crise-du-capitalisme-globalise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=4433","title":{"rendered":"Que doit faire l&rsquo;Europe face \u00e0 la nouvelle crise du capitalisme globalis\u00e9 ?"},"content":{"rendered":"<p><em>Initialement publi\u00e9 le 2 septembre 2019 :<\/em> <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.entretiens-europeens.org\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/QUE-DOIT-FAIRE-LEUROPE....pdf\">Cahiers d&rsquo;Europe 21 &#8211;\u00a0 ASCPE-Les Entretiens Europ\u00e9ens<\/a><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><em>Ceci est un document de travail, fruit d\u2019une r\u00e9flexion m\u00fbrie cet \u00e9t\u00e9. Plaidoyer pour une compr\u00e9hension syst\u00e9mique de la r\u00e9cession d\u00e9sormais in\u00e9luctable, il pr\u00e9sente et organise un ensemble de questions et de principes en vue de solutions viables et partag\u00e9es.<\/em><\/p>\n<p>Il ne faut pas se voiler la face : la r\u00e9cession est in\u00e9luctable [1] . Ce sera la deuxi\u00e8me grande crise de l\u2019\u00e9conomie globale, la premi\u00e8re ayant \u00e9clat\u00e9 en 2008. Les professionnels des march\u00e9s l\u2019anticipent, les politiques n\u2019alertent pas encore l\u2019opinion publique mais l\u2019angoisse va se nouer. Les moyens d\u2019\u00e9viter une catastrophe existent, mais l\u2019on peut craindre que la r\u00e9cession ne soit de longue dur\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\"><em>Les moyens d\u2019\u00e9viter une catastrophe existent, mais on peut craindre que la r\u00e9cession ne soit de longue dur\u00e9e.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 2008 les banques centrales ont bien r\u00e9agi pour stabiliser le syst\u00e8me bancaire et financier, et les Etats-Unis et la Chine ont lanc\u00e9 sans retard de grands plans de relance. Aujourd\u2019hui ces capacit\u00e9s de r\u00e9action sont beaucoup plus limit\u00e9es, et la culture, les principes qui ont permis aux institutions de faire face \u00e0 la crise en 2008 n\u2019ont pas sensiblement chang\u00e9. Or le contexte n\u2019est plus du tout le m\u00eame. Les conflits g\u00e9opolitiques engendrent des ruptures dans les cha\u00eenes internationales de production et de commerce qui semblaient stables, des processus de d\u00e9-globalisation apparaissent, qui plongent les investissements productifs dans l\u2019incertitude. L\u2019imp\u00e9ratif \u00e9cologique et la r\u00e9volution num\u00e9rique affectent tous les anciens business models, et heureusement la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un nouveau r\u00e9gime de croissance se fait jour. Mais elle exigera des investissements d\u2019int\u00e9r\u00eat public massifs pour les infrastructures des biens communs qui ne sont pas compatibles avec les exigences de rentabilit\u00e9 financi\u00e8re, et que les Etats auront bien du mal \u00e0 mettre en place. L\u2019Europe est particuli\u00e8rement expos\u00e9e parce que tr\u00e8s ouverte au march\u00e9 mondial et en raison de ses divisions et risques de d\u00e9sint\u00e9gration interne ; si cette situation perdure, l\u2019Union ne pourra pas \u00eatre la force de coop\u00e9ration internationale qu\u2019elle souhaiterait. Des r\u00e9formes structurelles sont indispensables, tout le monde le dit, mais le plus souvent avec pour but de sauvegarder le syst\u00e8me actuel. Une grande transformation du capitalisme en Europe doit \u00eatre envisag\u00e9e et pr\u00e9par\u00e9e, qui remettra en cause la doctrine et les comportements n\u00e9o-lib\u00e9raux pr\u00e9dominants.<\/p>\n<blockquote><p><em>Une grande transformation du capitalisme en Europe doit \u00eatre envisag\u00e9e et pr\u00e9par\u00e9e, qui remettra en cause la doctrine et les comportements n\u00e9o-lib\u00e9raux pr\u00e9dominants.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<h3><strong>Les signaux sont au rouge, les solutions sont loin d\u2019\u00eatre pr\u00eates <\/strong><\/h3>\n<p>La suraccumulation st\u00e9rile du capital financier qui \u00e9tait au c\u0153ur de la crise d\u2019il y a dix ans s\u2019est poursuivie depuis, elle est le facteur principal de la nouvelle crise globale. Les actions am\u00e9ricaines sont sur\u00e9valu\u00e9es, \u00e0 un niveau sans pr\u00e9c\u00e9dent depuis 150 ans [2]. Les profits, dividendes et rachats d\u2019actions des soci\u00e9t\u00e9s multinationales battent des records tandis que les salaires sont d\u00e9prim\u00e9s et les investissements \u00e0 long terme en rade. La dette bancaire \u00e9tait le foyer de la crise de 2008, maintenant c\u2019est l\u2019enflure des dettes obligataires plus encore que publiques qui est patente.<\/p>\n<blockquote><p><em>La dette bancaire \u00e9tait le foyer de la crise de 2008, maintenant c\u2019est l\u2019enflure des dettes obligataires plus encore que publiques qui est patente.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Anticipant la r\u00e9cession globale, les investisseurs se ruent vers des valeurs-refuges et des placements de s\u00e9curit\u00e9. Le stock des obligations \u00e0 taux d\u2019int\u00e9r\u00eat n\u00e9gatif a doubl\u00e9 depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e pour atteindre 16 trillions d\u2019euros, soit un tiers du march\u00e9 obligataire globa [3]. Parall\u00e8lement les investisseurs se d\u00e9barrassent des actifs qui pourraient subir ult\u00e9rieurement des pertes importantes. L\u2019instabilit\u00e9 financi\u00e8re est g\u00e9n\u00e9rale. Ce sont les banques centrales qui ont \u00e9cras\u00e9 les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat pour les placements \u00e0 long terme autant qu\u2019\u00e0 court terme. Il se dit tous les jours que ceci cr\u00e9e l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019investir, mais certains particuliers peuvent en b\u00e9n\u00e9ficier pour l\u2019immobilier, tandis que la paup\u00e9risation qui a gagn\u00e9 les couches moyennes ne le leur permet pas et plus g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019\u00e9pargne de pr\u00e9caution est \u00e0 haut niveau. D\u2019autre part quand les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat sont bas, les marges des banques sont \u00e9cras\u00e9es ; en m\u00eame temps, celles-ci sont sous la pression d\u2019une concurrence nouvelle venue des g\u00e9ants du num\u00e9rique ; elles licencient et ferment des agences. D\u2019autre part les assureurs et fonds de pension qui auraient pu investir \u00e0 long terme en contrepartie des engagements qu\u2019ils ont pris pour l\u2019avenir envers le public sont maintenant sous pression et vuln\u00e9rabilis\u00e9s.<\/p>\n<p>Le capitalisme occidental s\u2019est export\u00e9 partout dans le monde et longtemps ses investissements ont pu se diversifier tranquillement. Ce temps est r\u00e9volu. En dix ans la Chine est devenue une super-puissance dans tous les domaines et menace la supr\u00e9matie am\u00e9ricaine, et de nombreux pays qui avaient \u00e9merg\u00e9 sont de nouveau en grande difficult\u00e9. Le commerce mondial s\u2019est ralenti avant m\u00eame que Donald Trump n\u2019engage la guerre des tarifs et ne fixe l\u2019objectif d\u2019une relocalisation de la production des firmes multinationales am\u00e9ricaines aux Etats-Unis.<\/p>\n<blockquote><p><em>Le capitalisme occidental s\u2019est export\u00e9 partout dans le monde et longtemps ses investissements ont pu se diversifier tranquillement. Ce temps est r\u00e9volu.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Dans ces conditions des ruptures sont engag\u00e9es dans les cha\u00eenes de production internationalis\u00e9es, alors qu\u2019une \u00e2pre comp\u00e9tition affecte particuli\u00e8rement les entreprises des secteurs des industries classiques faisant face \u00e0 la perc\u00e9e des g\u00e9ants du num\u00e9rique. Les risques-pays s\u2019ajoutent aux risquestechnologiques pour compliquer singuli\u00e8rement les choix d\u2019investissement [4]; c\u2019est criant par exemple dans le secteur automobile. Des licenciements sont annonc\u00e9s et les risques \u00ab souverains \u00bb sont visibles pour des pays comme l\u2019Argentine. Face \u00e0 la r\u00e9cession les Etats pourront-ils socialiser les pertes ? L\u2019exp\u00e9rience de la crise de 2008 ne doit pas \u00eatre oubli\u00e9e, des r\u00e9actions sociales majeures auront lieu, il sera difficile de toujours les qualifier de \u00ab populistes \u00bb. Beaucoup accuseront les Etats-Unis, non sans raison, mais la plupart des Etats europ\u00e9ens n\u2019ont-ils pas fait preuve de n\u00e9gligence face aux r\u00e9alit\u00e9s du monde capitaliste ? Leurs politiques \u00e9conomiques ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 la tra\u00eene des march\u00e9s financiers et elles ont largement abaiss\u00e9 les imp\u00f4ts en faveur des grandes soci\u00e9t\u00e9s. L\u2019analyste Rana Forrohar [5] est tr\u00e8s claire sur ces questions, attestant un renouveau de la pens\u00e9e critique du capitalisme aux Etats-Unis.<\/p>\n<h3><strong>Le capitalisme et sa transformation sont indissociables de choix de soci\u00e9t\u00e9<\/strong><\/h3>\n<p>La volont\u00e9 de sauver le lib\u00e9ralisme et la d\u00e9mocratie anime \u00e0 bon droit nombre de dirigeants politiques et d\u2019intellectuels, mais peu nombreux sont ceux qui s\u2019en prennent au capitalisme financier globalis\u00e9 qui a perverti les id\u00e9aux et la vitalit\u00e9 de la d\u00e9mocratie. Cela \u00e9tant, et \u00e0 la d\u00e9charge de ses dirigeants, le capitalisme n\u2019est pas dissociable de choix de soci\u00e9t\u00e9 car il r\u00e9pond \u00e0 des besoins vitaux. C\u2019est un syst\u00e8me \u00e9conomique o\u00f9 certains peuvent facilement faire de l\u2019argent avec de l\u2019argent, mais c\u2019est aussi et surtout un mode de cr\u00e9ation et de production de richesses propre \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s industrielles o\u00f9 nous sommes tous d\u00e9pendants, acteurs et addicts de ce r\u00e9gime, quels que soient les conflits et les r\u00e9voltes.<\/p>\n<p>Le capitalisme a une histoire. Invent\u00e9 en Europe, il repose sur la science et l\u2019innovation technologique qu\u2019il a fortement stimul\u00e9es. Certes il engendre des crises \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, et les int\u00e9r\u00eats du capital et du travail n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 vraiment align\u00e9s (l\u2019\u00e9cart entre eux n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi grand qu\u2019aujourd\u2019hui), mais il a \u00e9t\u00e9 corrig\u00e9 par l\u2019intervention publique. L\u2019Etat a s\u00e9curis\u00e9 le syst\u00e8me capitaliste et garanti l\u2019ordre marchand, mais il a aussi pacifi\u00e9 les conflits en se faisant Providence sociale. Jusque dans les ann\u00e9es 1980 on a compar\u00e9 les diff\u00e9rents capitalismes nationaux en Europe \u2013 anglo-saxon, rh\u00e9nan, fran\u00e7ais \u2013 et l\u2019on se posait la question du choix du mod\u00e8le le plus efficace. Mais la globalisation a boulevers\u00e9 ces sch\u00e9mas, nous sommes tous interd\u00e9pendants dans un capitalisme globalis\u00e9 \u00e0 dominante anglo-saxonne ; et la pr\u00e9dominance des grandes entreprises multinationales s\u2019est b\u00e2tie avec et par le soutien des Etats. D\u2019ailleurs ceux-ci d\u00e9fendent toujours leurs champions nationaux, qui sont pourtant eux-m\u00eames des vecteurs des id\u00e9ologies et des pratiques manag\u00e9riales en vigueur, au point qu\u2019elles sont bien souvent int\u00e9gr\u00e9es dans l\u2019administration des services publics et au sein des gouvernements comme le souligne Pierre Musso. Finance, management et marketing ont \u00e9touff\u00e9 le monde du travail avec l\u2019implication des \u00e9lites.<\/p>\n<blockquote><p><em>Le capitalisme a une histoire. Invent\u00e9 en Europe, il repose sur la science et l\u2019innovation technologique qu\u2019il a fortement stimul\u00e9es. Certes il engendre des crises \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, les int\u00e9r\u00eats du capital et du travail n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 vraiment align\u00e9s mais il a \u00e9t\u00e9 corrig\u00e9 par l\u2019intervention publique.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>En son temps conscient du choc cr\u00e9\u00e9 par la mondialisation, Jacques Delors a voulu y faire face en dotant l\u2019Union d\u2019un socle d\u2019\u00e9conomie sociale de march\u00e9 et d\u2019une capacit\u00e9 de politique macro\u00e9conomique. Mais l\u2019\u00e9chec de cette tentative est av\u00e9r\u00e9, et en d\u00e9pit de la cr\u00e9ation de l\u2019euro qui engendre une solidarit\u00e9 de fait, l\u2019int\u00e9gration sociale et industrielle entre les diff\u00e9rents Etats s\u2019est rompue. Transformer le syst\u00e8me capitaliste et relancer l\u2019int\u00e9gration doivent aller de pair et faire l\u2019objet de choix explicites des soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Rien ne se fera sans les peuples. Les luttes sociales et le renouvellement de la soci\u00e9t\u00e9 civile doivent gagner en cr\u00e9ativit\u00e9 et imp\u00e9rativement prendre une dimension europ\u00e9enne. Quelques probl\u00e8mes fondamentaux font surface, \u00e0 commencer par les in\u00e9galit\u00e9s et l\u2019\u00e9cologie. La paup\u00e9risation des couches moyennes dans les secteurs de base des industries et des services classiques et sur les territoires et bassins de vie correspondants, engendre des r\u00e9actions massives et parfois violentes. Les gens ont bien per\u00e7u que l\u2019accumulation de capital sp\u00e9culative a \u00e9t\u00e9 appuy\u00e9e par les politiques publiques. Imagine-t-on ce qui va se passer dans une situation de crise o\u00f9 ces politiques seront sollicit\u00e9es pour renflouer le capital tandis que la population laborieuse serait frapp\u00e9e ? Imagine-t-on les cons\u00e9quences de choix d\u2019investissement pour l\u2019\u00e9cologie et l\u2019innovation technologique associ\u00e9es \u00e0 la r\u00e9volution num\u00e9rique qui seraient con\u00e7us en creusant les in\u00e9galit\u00e9s ? Toute politique de relance devrait viser des objectifs de meilleur emploi pour la population et de r\u00e9duction de l\u2019accumulation improductive, viser des investissements d\u2019int\u00e9r\u00eat public et non pas s\u2019en remettre \u00e0 ceux que choisiront les soci\u00e9t\u00e9s multinationales.<\/p>\n<blockquote><p><em>Toute politique de relance devrait viser des objectifs de meilleur emploi pour la population et de r\u00e9duction de l\u2019accumulation improductive, viser des investissements d\u2019int\u00e9r\u00eat public et non pas s\u2019en remettre \u00e0 ceux que choisiront les soci\u00e9t\u00e9s multinationales.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Peut-on esp\u00e9rer forger un consensus social en ce sens ? En Europe on a compartiment\u00e9 les probl\u00e8mes \u00e0 r\u00e9soudre et s\u00e9par\u00e9 depuis longtemps les r\u00f4les et les responsabilit\u00e9s entre les acteurs du social et les acteurs \u00e9conomiques. On a ainsi creus\u00e9 les dissensions. Les r\u00e9formes sociales n\u00e9cessaires en sont rendues de plus en plus difficiles. Ainsi un rejet de la mobilit\u00e9 est visible, qui fait suite aux exc\u00e8s de la flexibilit\u00e9 du travail qui a engendr\u00e9 la pr\u00e9carit\u00e9, alors que la formation tout au long de la vie active et la revalorisation du travail ont \u00e9t\u00e9 cruellement n\u00e9glig\u00e9es. Des d\u00e9bats voient le jour sur le r\u00f4le social de l\u2019entreprise et la nature du capitalisme, ils sont les bienvenus mais ils sont loin d\u2019aboutir \u00e0 de nouveaux choix collectifs. Pour les uns, l\u2019entreprise doit rester centr\u00e9e sur l\u2019accumulation de capital et les investissements rentables, comme l\u2019exige aussi la comp\u00e9tition qui fait rage ; pour d\u2019autres elle doit d\u00e9ployer ses ressources vers les objectifs sociaux, au risque qu\u2019\u00ab un petit nombre de leaders du business non repr\u00e9sentatifs finissent par disposer d\u2019un pouvoir immense pour fixer des choix de soci\u00e9t\u00e9 dans des domaines allant bien au-del\u00e0 des int\u00e9r\u00eats imm\u00e9diats de leur firme [6]\u00bb (le concept de RSEE n\u2019ayant rien d\u2019\u00e9vident).<\/p>\n<p>Ceci est sous-jacent \u00e0 l\u2019interrogation sur le choix d\u2019un capitalisme partenarial (qui ne reproduirait pas une version du capitalisme corporatiste de l\u2019apr\u00e8s-guerre), au lieu du capitalisme actionnarial exigeant que la valeur soit cr\u00e9\u00e9e en fonction directe de l\u2019int\u00e9r\u00eat des actionnaires. Ce d\u00e9bat est-il bien centr\u00e9 ? Si, comme c\u2019est le cas, la priorit\u00e9 politique doit reposer sur les investissements en infrastructures sociales, \u00e9cologiques et productives dans les domaines de biens communs fondamentaux (\u00e9nergie, transports, formation, sant\u00e9\u2026), alors il faut mettre en place une vaste coop\u00e9ration entre les acteurs des collectivit\u00e9s publiques et du secteur priv\u00e9, de la soci\u00e9t\u00e9 civile en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<blockquote><p><em>Le choix d&rsquo;un capitalisme partenarial, au lieu du capitalisme actionnarial exigeant que la valeur soit cr\u00e9\u00e9e en fonction directe de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des actionnaires, doit faire l&rsquo;objet d&rsquo;un d\u00e9bat approfondi dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Des exp\u00e9riences de grande envergure m\u00e9riteraient de faire \u00e9cole, en particulier en Scandinavie, \u00e0 Malmoe par exemple. Il faudrait cr\u00e9er une institution publique europ\u00e9enne pour observer et valoriser ces initiatives d\u00e9centralis\u00e9es et recueillir les propositions. Une sorte de contrat \u00e9conomique, social et \u00e9cologique europ\u00e9en est n\u00e9cessaire, impliquant un bouleversement des syst\u00e8mes de r\u00e9gulation et de contr\u00f4le en vigueur dans le capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral actuel, et des responsabilit\u00e9s et des moyens tout autres pour la soci\u00e9t\u00e9 civile.<\/p>\n<h3><strong>Une politique macro\u00e9conomique : repenser stabilit\u00e9 et relance <\/strong><\/h3>\n<p>Dans l\u2019urgence il va falloir inventer et d\u00e9ployer de nouveaux moyens d\u2019intervention macro\u00e9conomique. Laisser les solutions \u00e0 la technostructure serait \u00e0 mon sens une d\u00e9mission civique et politique. Faire surgir une dynamique d\u2019investissement de long terme pour relancer l\u2019\u00e9conomie appelle une vision beaucoup plus compl\u00e8te que celle qui a inspir\u00e9 les incitations publiques du pass\u00e9. D\u2019ailleurs la question de la politique budg\u00e9taire est d\u00e9sormais pos\u00e9e au niveau europ\u00e9en ; elle a fait l\u2019objet d\u2019un combat civique depuis 25 ans au moins, qui jusqu\u2019ici n\u2019a pas obtenu de r\u00e9sultat significatif.<\/p>\n<blockquote><p><em>Dans l\u2019urgence il va falloir inventer et d\u00e9ployer de nouveaux moyens d\u2019intervention macro\u00e9conomique. Laisser les solutions \u00e0 la technostructure serait \u00e0 mon sens une d\u00e9mission civique et politique.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>La presse fait \u00e9cho de la probabilit\u00e9 d\u2019un assouplissement des r\u00e8gles contraignant l\u2019endettement des Etats, ce qui est positif mais bien trop peu. Il y a besoin d\u2019un v\u00e9ritable budget europ\u00e9en tant pour la stabilit\u00e9 que pour la relance. La discussion de la programmation budg\u00e9taire de l\u2019Union europ\u00e9enne est une priorit\u00e9 dans l\u2019agenda des institutions issues des \u00e9lections, c\u2019est un rendez-vous \u00e0 ne pas manquer. Et ceci d\u2019autant plus que la politique mon\u00e9taire a peu de nouvelles cartouches dans son fusil. Elle fera de son mieux pour stabiliser l\u2019\u00e9conomie, mais ses dirigeants eux-m\u00eames alertent depuis des ann\u00e9es sur le manque d\u2019un pilier budg\u00e9taire pour l\u2019Union. La nature m\u00eame de la politique mon\u00e9taire devra \u00eatre reconsid\u00e9r\u00e9e et l\u00e0 encore, il y a mati\u00e8re \u00e0 conflit. Ainsi les dirigeants du plus grand gestionnaire d\u2019actifs financiers du monde, Black Rock, sugg\u00e8rent carr\u00e9ment que les banques centrales ach\u00e8tent des actions des grandes entreprises priv\u00e9es. Vive le renflouement du capital ! Au contraire, cr\u00e9er une capacit\u00e9 d\u2019emprunt public de l\u2019Union europ\u00e9enne serait souhaitable. Elle offrirait aux investisseurs institutionnels l\u2019attrait d\u2019un actif s\u00fbr mais pour des choix d\u2019int\u00e9r\u00eat public.<\/p>\n<p>La proposition de cr\u00e9er une banque pour l\u2019environnement fait du chemin, mais est-ce bien fond\u00e9 ? Il faut s\u2019interroger d\u2019abord sur la s\u00e9lection des projets. Une croissance durable doit reposer sur des choix qui imbriquent la r\u00e9habilitation de l\u2019environnement et celle des ressources humaines et productives. L\u2019Union europ\u00e9enne a d\u00e9j\u00e0 l\u2019exp\u00e9rience du plan Juncker, qui malheureusement n\u2019a pas encore fait l\u2019objet d\u2019une \u00e9valuation publique transparente, alors qu\u2019il connait des d\u00e9faillances notoires. Ce plan consiste \u00e0 offrir des garanties budg\u00e9taires pour des projets d\u2019investissement choisis par les Etats-nations et la BEI, la banque europ\u00e9enne d\u2019investissement, or ces choix ignorent largement le financement des infrastructures sociales, en particulier pour la formation des travailleurs ainsi que pour les projets susceptibles de d\u00e9velopper l\u2019int\u00e9gration transfronti\u00e8res. Il manque clairement de l\u2019\u00e9clairage qu\u2019apporterait une strat\u00e9gie europ\u00e9enne pour l\u2019innovation sociale et productive. Une bonne nouvelle est annonc\u00e9e : la Commission europ\u00e9enne proposerait de lancer un \u00ab fonds souverain europ\u00e9en \u00bb de 100 milliards d\u2019euros qui impliquerait un renouvellement des concepts \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le plan Juncker. La comparaison avec les fonds souverains chinois et norv\u00e9giens est impressionnante [7]. Il faut s\u2019interroger sur une doctrine propre \u00e0 l\u2019Union. Il est inqui\u00e9tant d\u2019apprendre que ce projet de fonds europ\u00e9en serait focalis\u00e9 sur l\u2019achat d\u2019actions \u00e0 long terme dans des grandes soci\u00e9t\u00e9s bas\u00e9es en Europe. Certes il s\u2019agirait d\u2019entreprises actives dans des secteurs strat\u00e9giquement importants, mais faut-il retenir l\u2019optique de responsables politiques qui confondent strat\u00e9gie industrielle et soutien de \u00ab champions europ\u00e9ens \u00bb ?<\/p>\n<h3><strong>Quelle probl\u00e9matique pour une strat\u00e9gie industrielle europ\u00e9enne ?<\/strong><\/h3>\n<p>Il est heureux que l\u2019objectif d\u2019une strat\u00e9gie industrielle int\u00e9gr\u00e9e pour l\u2019Union europ\u00e9enne se fasse jour. Beaucoup d\u2019efforts et de propositions en ce sens ont jalonn\u00e9 l\u2019histoire de l\u2019association Confrontations Europe [8] ; elles ont \u00e9t\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9es mais l\u2019Union n\u2019a pas pour autant mis en place une politique industrielle. L\u2019Allemagne a longtemps refus\u00e9 cet objectif, tandis que la France ne le sugg\u00e9rait qu\u2019en fonction de ses int\u00e9r\u00eats nationaux. Aujourd\u2019hui c\u2019est le ministre allemand de l\u2019\u00e9conomie, Peter Altmaier, qui pr\u00e9conise la cr\u00e9ation de structures europ\u00e9ennes de traitement des donn\u00e9es pour les industriels, en particulier pour mettre en \u0153uvre des solutions bas\u00e9es sur l\u2019intelligence artificielle. Il est clair que l\u2019Allemagne, inqui\u00e8te de constater que sa puissance industrielle est \u00e9branl\u00e9e, a d\u00e9sormais besoin d\u2019une coop\u00e9ration. Il faut engager le dialogue. Nos dirigeants politiques et nombre d\u2019\u00e9conomistes s\u2019activent depuis longtemps pour demander \u00e0 l\u2019Allemagne de relancer son \u00e9conomie en dirigeant ses ressources budg\u00e9taires abondantes en investissements en infrastructures chez elle. Mais c\u2019est bien trop peu, et c\u2019est ignorer que tous les pays europ\u00e9ens ont besoin de d\u00e9velopper leurs infrastructures. Il y a donc besoin d\u2019une politique transeurop\u00e9enne de coop\u00e9ration ; tous les pays membres, toutes les entreprises et collectivit\u00e9s territoriales, et non pas seulement les grandes, doivent pr\u00e9senter leurs int\u00e9r\u00eats et objectifs ; et il faudra les accorder. Cette strat\u00e9gie doit reposer sur une dynamique d\u00e9centralis\u00e9e et solidaire dans tous les secteurs essentiels et sur tous les territoires.<\/p>\n<blockquote><p><em>Il y a besoin d\u2019une politique transeurop\u00e9enne de coop\u00e9ration ; tous les pays membres, toutes les entreprises et collectivit\u00e9s territoriales, et non pas seulement les grandes, doivent pr\u00e9senter leurs int\u00e9r\u00eats et objectifs ; et il faudra les accorder<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Dans des soci\u00e9t\u00e9s devenues hyper-industrielles, comme les d\u00e9nomme Pierre Veltz, au lieu d\u2019accumulation au sein des grands monopoles il y a besoin de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer les domaines des biens communs, ce qui implique de cr\u00e9er des r\u00e9seaux d\u2019infrastructures et de services. Des relations socio-industrielles doivent s\u2019organiser au sein de ces r\u00e9seaux et des territoires locaux et r\u00e9gionaux, au lieu de s\u2019en remettre aux transactions sur les march\u00e9s ; il y a besoin de cr\u00e9er des communaut\u00e9s humaines et non pas simplement d\u2019offrir des services ax\u00e9s sur la consommation individuelle. Ceci implique une r\u00e9vision difficile de la politique de concurrence, dont \u00e0 l\u2019\u00e9vidence le r\u00f4le sera encore plus important. L\u2019Europe doit \u00eatre trait\u00e9e comme le territoire pertinent o\u00f9 les r\u00e8gles de la concurrence devront inciter \u00e0 des solidarit\u00e9s industrielles visant la cr\u00e9ation d\u2019une valeur ajout\u00e9e europ\u00e9enne. La politique de concurrence de la Commission s\u2019est pr\u00e9occup\u00e9e de la protection des donn\u00e9es personnelles et des libert\u00e9s, elle devrait tout autant r\u00e9duire la d\u00e9pendance que nous creusons en livrant nos donn\u00e9es aux grandes soci\u00e9t\u00e9s am\u00e9ricaines et demain chinoises. Elle a entrepris de taxer les g\u00e9ants du num\u00e9rique mais c\u2019est trop peu, il faut encadrer et r\u00e9duire leur facult\u00e9 de d\u00e9velopper leurs propres applications dans tous les domaines.<\/p>\n<blockquote><p><em>La politique de la concurrence, dont \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence le r\u00f4le sera encore plus important, devra \u00eatre r\u00e9vis\u00e9e. L\u2019Europe doit \u00eatre trait\u00e9e comme le territoire pertinent o\u00f9 les r\u00e8gles de la concurrence devront inciter \u00e0 des solidarit\u00e9s industrielles visant la cr\u00e9ation d\u2019une valeur ajout\u00e9e europ\u00e9enne.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Une concertation des projets d\u2019int\u00e9r\u00eat europ\u00e9en doit se mettre en place par la cr\u00e9ation d\u2019une structure de prospective et de planification au niveau de la Commission. Le choix des projets pertinents pour le d\u00e9veloppement des infrastructures doit se pr\u00e9parer en faisant appel \u00e0 des r\u00e9seaux europ\u00e9ens d\u2019agences publiques sectorielles et territoriales. En m\u00eame temps la cr\u00e9ation d\u2019une union de financement implique d\u2019aller au-del\u00e0 de la finition de l\u2019Union bancaire et de l\u2019Union des march\u00e9s de capitaux : une doctrine pour la structuration de l\u2019industrie financi\u00e8re europ\u00e9enne doit faire place \u00e0 la coop\u00e9ration des banques publiques d\u2019investissement et \u00e0 la multiplication de fonds d\u2019investissement d\u00e9centralis\u00e9s avec impulsion du fonds souverain europ\u00e9en. Encore faut-il veiller \u00e0 cr\u00e9er des conditions politiques beaucoup plus favorables \u00e0 la solidarit\u00e9 entre les pays europ\u00e9ens. L\u2019Europe du Sud et l\u2019Europe de l\u2019Est ont \u00e9t\u00e9 maltrait\u00e9es, et l\u2019on ne peut plus se satisfaire de la logique simpliste des aides fournies par les guichets d\u2019acc\u00e8s aux fonds structurels. La concertation des int\u00e9r\u00eats entre les pays membres et leur convergence impliquent la vision <em>d\u2019une division intracommunautaire du travail et de la cr\u00e9ation<\/em>.<\/p>\n<h3><strong>A la recherche d\u2019une autonomie europ\u00e9enne d\u2019action g\u00e9opolitique<\/strong><\/h3>\n<p>Les enjeux g\u00e9opolitiques et g\u00e9o\u00e9conomiques sont maintenant inextricablement m\u00eal\u00e9s parce que la bataille pour la recomposition des rapports de puissance est engag\u00e9e. Le choix \u00ab America first \u00bb des Etats-Unis et leur volont\u00e9 de s\u2019en prendre \u00e0 la Chine avant qu\u2019elle ne devienne la premi\u00e8re puissance mondiale semble durable. Pour beaucoup d\u2019analystes il marquera la sc\u00e8ne internationale pendant plusieurs d\u00e9cennies, m\u00eame si les d\u00e9mocrates reviennent au pouvoir. Dans l\u2019imm\u00e9diat il est positif que la France ait contribu\u00e9 \u00e0 la stabilit\u00e9 au niveau du G7 et qu\u2019elle privil\u00e9gie encore une approche multilat\u00e9rale des probl\u00e8mes, mais cette stabilit\u00e9 ne peut \u00eatre que tr\u00e8s provisoire. En fait l\u2019Union europ\u00e9enne va devoir se doter de sa propre vision et capacit\u00e9 g\u00e9ostrat\u00e9giques pour devenir un acteur global. La gestion du Brexit complique les choses mais de toute fa\u00e7on il faudra vite discuter des futures relations avec le Royaume-Uni et les situer dans cette vision globale.<\/p>\n<blockquote><p><em>L\u2019Union europ\u00e9enne va devoir se doter de sa propre vision et capacit\u00e9 g\u00e9ostrat\u00e9giques pour devenir un acteur global.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>En 2008 l\u2019alpha et l\u2019om\u00e9ga de la politique europ\u00e9enne \u00e9taient d\u2019adopter des r\u00e8gles multilat\u00e9rales pour la stabilit\u00e9 bancaire et financi\u00e8re (\u00e0 l\u2019\u00e9poque au sein du G20) ; aujourd\u2019hui on ne peut plus s\u2019en tenir \u00e0 cette doctrine quand l\u2019affirmation des choix collectifs des Etats est indispensable face aux impacts des conflits de puissances. De plus, la volont\u00e9 pour l\u2019Union de disposer d\u2019un v\u00e9ritable budget et de s\u2019en servir au b\u00e9n\u00e9fice de sa propre strat\u00e9gie industrielle d\u2019int\u00e9r\u00eat public ne sera pas sans impacter sa diplomatie fiscale, financi\u00e8re et commerciale. Par exemple l\u2019ostracisation de l\u2019intervention publique dans la conception des r\u00e8gles commerciales et de concurrence n\u2019est plus tenable, il faudra lui donner une place en cherchant \u00e0 privil\u00e9gier la coop\u00e9ration d\u2019int\u00e9r\u00eat mutuel, sans pour autant alimenter des ambitions de puissances. Plus facile \u00e0 dire qu\u2019\u00e0 faire ! De m\u00eame la coop\u00e9ration en mati\u00e8re de politique mon\u00e9taire devra \u00eatre repens\u00e9e. Il faudrait par exemple s\u2019accorder pour endiguer la mont\u00e9e des crypto monnaies, g\u00e9r\u00e9es par des clubs de dirigeants priv\u00e9s disposant de pouvoirs exorbitants, comme Facebook, alors que les monnaies devraient demeurer des biens publics.<\/p>\n<p>Face \u00e0 la volatilit\u00e9 et au risque patent de guerre des monnaies, le r\u00f4le international de l\u2019euro devrait \u00eatre promu (au-del\u00e0 d\u2019instrument de r\u00e9serve) comme moyen de paiement et de financement. Les chocs mon\u00e9taires associ\u00e9s \u00e0 la domination du dollar ne sont plus acceptables. Mais un monde polycentrique sera instable et les propositions de nouvelles solutions globales ne sont pas encore prises en compte. Michel Aglietta, Jacques de Larosi\u00e8re apportent beaucoup \u00e0 ce sujet, et l\u2019on apprend que le gouverneur Mac Carney propose la cr\u00e9ation d\u2019une monnaie mondiale \u00e9lectronique.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, s\u2019agissant des r\u00e8gles commerciales on a pr\u00e9tendu associer le free trade et le fair trade. Mais comme l\u2019expose David Pilling [9], le commerce international est profond\u00e9ment in\u00e9gal, domin\u00e9 par des quasi-monopoles, et il propose que tous les biens portent d\u00e9sormais un label obligatoire : \u00ab Unfairly Traded \u00bb. De plus les choix \u00e9cologiques percutent d\u00e9j\u00e0 les choix commerciaux, comme on le voit \u00e0 propos du refus de l\u2019accord sur le Mercosur.<\/p>\n<p>Dans ces conditions l\u2019Union europ\u00e9enne ne peut plus rester simplement une bonne \u00e9l\u00e8ve se voulant motrice des r\u00e8gles occidentales \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du monde. Il ne suffit plus de se d\u00e9clarer pour le multilat\u00e9ralisme et de critiquer l\u2019unilat\u00e9ralisme am\u00e9ricain. L\u2019OMC, toutes les institutions financi\u00e8res internationales devront \u00eatre r\u00e9form\u00e9es, mais pas simplement par la voie de tractations inter\u00e9tatiques puisque d\u00e9sormais il va falloir prioriser la mise en place de biens publics mondiaux et r\u00e9gionaux.<\/p>\n<blockquote><p><em>Il ne suffit plus de se d\u00e9clarer pour le multilat\u00e9ralisme et de critiquer l\u2019unilat\u00e9ralisme am\u00e9ricain. L\u2019OMC, toutes les institutions financi\u00e8res internationales devront \u00eatre r\u00e9form\u00e9es.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>A cet \u00e9gard le multilat\u00e9ralisme doit donc s\u2019accompagner de partenariats plurinationaux durables dans les secteurs cl\u00e9s. Aussi l\u2019Union devra-t-elle repenser ses modes de coop\u00e9ration, en prenant en compte les r\u00e9alit\u00e9s du monde actuel. Elle devra, que cela plaise ou non, tenter de passer des accords de coop\u00e9ration avec des r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques jug\u00e9s illib\u00e9raux ou autocratiques. Elle doit rattraper son retard massif de liens avec l\u2019Afrique, continent o\u00f9 elle se situe tr\u00e8s loin derri\u00e8re la Chine et prend du retard par rapport \u00e0 la Turquie, l\u2019Inde, le Br\u00e9sil, la Russie, les pays du Golfe et le Japon. Elle doit aussi \u00e9tablir des relations de coop\u00e9ration durable avec la Russie et s\u2019\u00e9tablir comme un acteur \u00e0 part enti\u00e8re dans l\u2019espace Arctique, ne serait-ce que pour servir l\u2019imp\u00e9ratif \u00e9cologique. L\u2019Europe a \u00e9t\u00e9 complice des dysfonctionnements et des d\u00e9r\u00e8glements que nous connaissons, cela aussi m\u00e9rite d\u2019\u00eatre reconnu. Elle doit repenser ses alliances et mettre en coh\u00e9rence ses objectifs proclam\u00e9s et ses actes effectifs.<\/p>\n<h3><strong>Sans la participation des peuples, les solutions ne seront pas viables<\/strong><\/h3>\n<p>Les gens ne sont pas inform\u00e9s ni pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 accomplir des choix collectifs aussi difficiles, mais ils sont conscients de la mont\u00e9e des difficult\u00e9s. Beaucoup de jeunes font preuve d\u2019angoisse face aux perspectives \u00e9cologiques dramatiques qui se conjuguent avec le risque de d\u00e9gradation des conditions du bien-\u00eatre personnel. Entre parenth\u00e8ses et par contraste, des \u00ab milleniums \u00bb sont pr\u00eats \u00e0 prendre plus de risques que les anciennes g\u00e9n\u00e9rations pour s\u2019assurer de gains financiers \u00e9lev\u00e9s. D\u00e9cid\u00e9ment, chez les jeunes aussi la soci\u00e9t\u00e9 est fractur\u00e9e. Les r\u00e9actions sociales et civiques face \u00e0 la r\u00e9cession v\u00e9cue reproduiront et accentueront les cultures et les clivages d\u2019hier. Il faut imp\u00e9rativement endiguer ce risque et cr\u00e9er des anticipations positives pour que le monde du travail et de la cr\u00e9ation puisse se r\u00e9unir et s\u2019engager. Cela implique de grandes responsabilit\u00e9s pour les m\u00e9dias, les familles, les pouvoirs publics. Aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019\u00e9ducation, l\u2019importance de l\u2019imaginaire collectif compte \u00e9norm\u00e9ment. La puissance am\u00e9ricaine est indissociable du lien intime qui s\u2019est cr\u00e9\u00e9 entre Hollywood, la Silicon Valley et le Pentagone. Or la conscience europ\u00e9enne s\u2019est profond\u00e9ment am\u00e9ricanis\u00e9e. Serons-nous capables de restaurer le r\u00eave europ\u00e9en en le dirigeant vers le d\u00e9veloppement humain plut\u00f4t que vers la guerre des \u00e9toiles ?<\/p>\n<blockquote><p><em>La conscience europ\u00e9enne s\u2019est profond\u00e9ment am\u00e9ricanis\u00e9e. Serons-nous capables de restaurer le r\u00eave europ\u00e9en en le dirigeant vers le d\u00e9veloppement humain plut\u00f4t que vers la guerre des \u00e9toiles ?<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Les ressources cr\u00e9atives et culturelles doivent accompagner une renaissance de l\u2019\u00e9thique. Demander comme aujourd\u2019hui \u00e0 des g\u00e9ants du num\u00e9rique d\u2019introduire euxm\u00eames des crit\u00e8res de v\u00e9rit\u00e9 et de justice dans leurs algorithmes, au lieu de les obliger \u00e0 respecter des crit\u00e8res d\u00e9finis par les acteurs des collectivit\u00e9s publiques, n\u2019est-ce pas un signe de d\u00e9mission ? La lev\u00e9e des carences d\u2019auto\u00e9thique, de socio-\u00e9thique et de cosmo-\u00e9thique mises en \u00e9vidence par Edgard Morin [10] nous incombe \u00e0 tous. Il est temps de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer la politique au sens d\u2019Hannah Arendt, c\u2019est-\u00e0-dire de partager des paroles, des projets et des actes. La soci\u00e9t\u00e9 civile doit se prendre en mains, au lieu seulement de d\u00e9plorer les dysfonctionnements des institutions de repr\u00e9sentation politique et de gouvernement.<\/p>\n<hr \/>\n<p><em>[1] Jean-Claude Trichet est un de ceux qui l\u2019ont dit au JDD en ce mois d\u2019ao\u00fbt.<\/em><\/p>\n<p><em>[2] Source ulf Lindahl, AG Bisset Associates Currencey research.<\/em><\/p>\n<p><em>[3] Source David Riley, Blue Bay Asset Management.<\/em><\/p>\n<p><em>[4] Cf les travaux de La Fabrique de l\u2019Industrie.<\/em><\/p>\n<p><em>[5] R\u00e9dactrice en chef adjointe du Financial Times.<\/em><\/p>\n<p><em>[6] Editorial de la revue The Economist, ao\u00fbt 2019.<\/em><\/p>\n<p><em>[7] La valeur de march\u00e9 du Fonds Souverain Norv\u00e9gien est de pr\u00e8s d\u2019un trillion d\u2019euros, source Norges Bank Investment Management, \u00e0 la date du 3 septembre 2019. Ses investissements ont lieu dans le monde entier, ceux du Fonds Souverain Europ\u00e9en devront par contre \u00eatre mobilis\u00e9s principalement sur notre continent.<\/em><\/p>\n<p><em>[8] Une strat\u00e9gie industrielle europ\u00e9enne fond\u00e9e sur la coop\u00e9ration, six piliers et vingt-cinq propositions de Philippe Herzog 2012.<\/em><\/p>\n<p><em>[9] Consumers want fair trade, but not its price, F.T. ao\u00fbt 2019.<\/em><\/p>\n<p><em>[10] Ethique, La M\u00e9thode, Tome 5.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Initialement publi\u00e9 le 2 septembre 2019 : Cahiers d&rsquo;Europe 21 &#8211;\u00a0 ASCPE-Les Entretiens Europ\u00e9ens Ceci est un document de travail, fruit d\u2019une r\u00e9flexion m\u00fbrie cet \u00e9t\u00e9. Plaidoyer pour une compr\u00e9hension syst\u00e9mique de la r\u00e9cession d\u00e9sormais in\u00e9luctable, il pr\u00e9sente et organise un ensemble de questions et de principes en vue de solutions viables et partag\u00e9es. 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