{"id":4414,"date":"2019-09-30T07:57:17","date_gmt":"2019-09-30T05:57:17","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=4414"},"modified":"2019-09-30T09:29:01","modified_gmt":"2019-09-30T07:29:01","slug":"trois-decennies-dinegalites-et-de-redistribution-en-france-1990-2018","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=4414","title":{"rendered":"Trois d\u00e9cennies d\u2019in\u00e9galit\u00e9s et de redistribution en France (1990-2018)"},"content":{"rendered":"<p><em>Cet article compare l\u2019\u00e9volution des in\u00e9galit\u00e9s avant et apr\u00e8s imp\u00f4ts en France et aux \u00c9tats-Unis depuis 1990, \u00e0 <\/em><em>partir d\u2019estimations issues de Bozio, Garbinti, Goupille-Lebert, Guillot et Piketty (2018). En France, les in\u00e9galit\u00e9s sont moins \u00e9lev\u00e9es qu\u2019aux Etats-Unis, que ce soit avant ou apr\u00e8s imp\u00f4<\/em><em>ts. Ce travail souligne et quantifie l\u2019importance des imp\u00f4ts et des transferts comme instrument de r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s. En particulier, il met en lumi\u00e8re que\u00a0 le plus faible niveau d\u2019in\u00e9galit\u00e9s apr\u00e8s imp\u00f4<\/em><em>ts observ\u00e9 en France relativement aux \u00c9tats-Unis s\u2019explique principalement par le fait que les in\u00e9galit\u00e9s avant imp\u00f4<\/em><em>ts y sont d\u00e9j\u00e0 relativement plus faibles. Nous soulignons ainsi \u00e0 quel point les politiques affectant les in\u00e9galit\u00e9s avant imp\u00f4<\/em><em>ts (acc\u00e8s et financement du syst\u00e8me de sant\u00e9, d\u2019\u00e9ducation, n\u00e9gociation salariale, \u2026) jouent un r\u00f4le primordial dans la lutte contre les in\u00e9galit\u00e9<\/em><em>s.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em>Avec l\u2019augmentation des in\u00e9galit\u00e9s de revenu au sein d\u2019un tr\u00e8s grand nombre de pays, les syst\u00e8mes fiscaux et sociaux nationaux jouent un r\u00f4le majeur dans les \u00e9volutions des in\u00e9galit\u00e9s. Dans ce contexte, il est fondamental de se donner les moyens de quantifier l\u2019ampleur de la redistribution op\u00e9r\u00e9e par les pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires et la d\u00e9pense publique. En combinant les donn\u00e9es fiscales, les comptes nationaux et les donn\u00e9es d\u2019enqu\u00eates, nous analysons de fa\u00e7on syst\u00e9matique l\u2019\u00e9volution des in\u00e9galit\u00e9s de revenus avant et apr\u00e8s redistribution au cours de la p\u00e9riode 1990-2018, en prenant en compte pour la premi\u00e8re fois l\u2019ensemble des imp\u00f4ts, cotisations et transferts.<\/p>\n<p>Nous comparons nos r\u00e9sultats avec ceux d\u2019une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e avec une m\u00e9thodologie similaire pour les \u00c9tats-Unis (Piketty, Saez et Zucman, 2018) avant de proposer pour la France une analyse plus d\u00e9taill\u00e9e de la mani\u00e8re dont les pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires et les transferts sociaux ont contribu\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire les in\u00e9galit\u00e9s depuis les ann\u00e9es 1990.<\/p>\n<h3><strong>L&rsquo;\u00e9volution des in\u00e9galit\u00e9s avant et apr\u00e8s redistribution<\/strong><\/h3>\n<p>La figure 1 met en perspective l\u2019\u00e9volution des in\u00e9galit\u00e9s de revenus avant et apr\u00e8s imp\u00f4ts aux \u00c9tats-Unis et en France sur la p\u00e9riode 1990-2018<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Deux indicateurs d\u2019in\u00e9galit\u00e9s y sont report\u00e9s : la part du revenu total (avant ou apr\u00e8s imp\u00f4t) poss\u00e9d\u00e9e par les 10 % des individus les plus riches (panel de gauche) et celle poss\u00e9d\u00e9e par les 50 % les plus pauvres (panel de droite). Plusieurs faits \u00e9mergent des graphiques.<\/p>\n<div id=\"attachment_4421\" style=\"width: 972px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4421\" class=\"size-full wp-image-4421\" src=\"http:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/76.png\" alt=\"\" width=\"962\" height=\"347\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/76.png 962w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/76-300x108.png 300w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/76-600x216.png 600w\" sizes=\"(max-width: 962px) 100vw, 962px\" \/><p id=\"caption-attachment-4421\" class=\"wp-caption-text\">FIGURE 1<\/p><\/div>\n<p>En premier lieu, les in\u00e9galit\u00e9s de revenu avant imp\u00f4ts et transferts ont augment\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1990 dans les deux pays, m\u00eame si l\u2019augmentation est beaucoup plus forte aux \u00c9tats-Unis. La part des revenus des 10 % des Fran\u00e7ais les plus riches a ainsi augment\u00e9 de 7 % environ (de 30 % \u00e0 32 %), alors que celle des 50% les plus modestes a diminu\u00e9 de 8% (de 24 % \u00e0 22 %). Aux \u00c9tats-Unis, l\u2019augmentation des in\u00e9galit\u00e9s avant imp\u00f4ts et transferts a \u00e9t\u00e9 bien plus prononc\u00e9e : la part des 50 % les plus pauvres a d\u00e9cru de 26\u00a0% (de 17 % \u00e0 12,5 %) alors que celle des 10 % les plus riches a augment\u00e9 de 20,5 %. Deuxi\u00e8mement, les in\u00e9galit\u00e9s de revenu apr\u00e8s imp\u00f4t sont plus faibles que celles des revenus avant imp\u00f4t, t\u00e9moignant de l\u2019impact qu\u2019a le syst\u00e8me social et fiscal sur la distribution des revenus. Dans les deux pays, la part de revenus disponibles<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> poss\u00e9d\u00e9e par les 50 % les plus pauvres est sup\u00e9rieure \u00e0 celle avant imp\u00f4ts et transferts alors qu\u2019elle y est inf\u00e9rieure pour les 10 % les plus riches. Enfin, les pr\u00e9l\u00e8vements et les transferts ont totalement absorb\u00e9 l\u2019augmentation des in\u00e9galit\u00e9s avant imp\u00f4ts et transferts en France, conduisant \u00e0 la stabilit\u00e9 des in\u00e9galit\u00e9s de revenu disponible. Ce n\u2019est pas le cas aux \u00c9tats-Unis o\u00f9 les in\u00e9galit\u00e9s de revenu disponible ont \u00e9t\u00e9 fortement croissantes. Ceci ne signifie pas pour autant que le syst\u00e8me socio-fiscal aux \u00c9tats-Unis redistribue moins que le syst\u00e8me fran\u00e7ais car les in\u00e9galit\u00e9s y sont initialement bien plus \u00e9lev\u00e9es. Pour comparer les deux pays, il est n\u00e9cessaire de quantifier la baisse des in\u00e9galit\u00e9s op\u00e9r\u00e9e par chacun des deux syst\u00e8mes.<\/p>\n<h3><strong>Quantifier l\u2019ampleur de la redistribution<\/strong><\/h3>\n<p>Pour mesurer la r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s induite par la redistribution secondaire<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, nous utilisons un indicateur permettant de comparer le r\u00f4le des syst\u00e8mes fiscaux entre pays et d\u2019\u00e9tudier leur \u00e9volution dans le temps. En divisant le revenu moyen des 10 % les plus riches par celui des 50% les plus pauvres, nous obtenons une mesure transparente et ais\u00e9ment compr\u00e9hensible. Par exemple, un ratio \u00e9gal \u00e0 10 signifie qu\u2019en moyenne les 10\u00a0% les plus riches gagnent 10 fois plus que les 50 % les plus pauvres. Comme le montre la figure 2, ce ratio calcul\u00e9 \u00e0 partir des revenus avant taxation et avant transferts a augment\u00e9 aux \u00c9tats-Unis comme en France sur la p\u00e9riode 1990-2018.<\/p>\n<div id=\"attachment_4416\" style=\"width: 752px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4416\" class=\"size-full wp-image-4416\" src=\"http:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Image2-1.png\" alt=\"\" width=\"742\" height=\"459\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Image2-1.png 742w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Image2-1-300x186.png 300w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Image2-1-600x371.png 600w\" sizes=\"(max-width: 742px) 100vw, 742px\" \/><p id=\"caption-attachment-4416\" class=\"wp-caption-text\">FIGURE 2<\/p><\/div>\n<p>En moyenne sur l\u2019ensemble de la p\u00e9riode 1990-2018, le revenu avant imp\u00f4ts et transferts des 10% les plus riches \u00e9quivaut \u00e0 7,1 fois celui des 50 % des plus pauvres en France. Pour le revenu disponible, ce rapport est de 5,5 et diminue donc de 23 %. Selon cet indicateur, la redistribution secondaire a donc contribu\u00e9 \u00e0 diminuer les in\u00e9galit\u00e9s de 23 % en moyenne sur la p\u00e9riode 1990-2018. Cet effet vient en grande partie d\u2019une r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s op\u00e9r\u00e9e sur le bas de la distribution des revenus. En outre, le r\u00f4le redistributif du syst\u00e8me socio-fiscal fran\u00e7ais a \u00e9t\u00e9 croissant depuis 1990 : la baisse des in\u00e9galit\u00e9s est ainsi pass\u00e9e de 17 % durant la d\u00e9cennie 1990-99 \u00e0 30 % en 2010-18, soit une hausse de plus 75 %.<\/p>\n<p>Le m\u00eame calcul effectu\u00e9 pour les \u00c9tats-Unis permet de conclure que la redistribution secondaire y a diminu\u00e9 les in\u00e9galit\u00e9s de 34 % en moyenne sur la p\u00e9riode. Cet indicateur de redistribution a augment\u00e9, comme en France, passant de 33 % en 1990-99 \u00e0 38 % en 2010-18. Le syst\u00e8me fiscal et social a donc op\u00e9r\u00e9 une baisse des in\u00e9galit\u00e9s plus importante aux \u00c9tats- Unis qu\u2019en France, m\u00eame si le syst\u00e8me fiscal fran\u00e7ais s\u2019est renforc\u00e9 plus fortement qu\u2019aux \u00c9tats-Unis. De fa\u00e7on frappante la plus faible in\u00e9galit\u00e9 des revenus disponibles en France par rapport aux \u00c9tats-Unis ne s\u2019explique donc pas par une plus forte redistribution secondaire, mais par une plus faible in\u00e9galit\u00e9 avant imp\u00f4ts et transferts. Ce r\u00e9sultat souligne ainsi, qu\u2019outre la politique fiscale et les transferts mon\u00e9taires directs, de nombreux leviers d\u2019action sont susceptibles de contribuer \u00e0 r\u00e9duire les in\u00e9galit\u00e9s\u00a0: acc\u00e8s et financement des syst\u00e8mes de sant\u00e9 et d\u2019\u00e9ducation, pouvoir de n\u00e9gociation des syndicats par exemple, mais aussi fiscalit\u00e9 dissuasive sur les tr\u00e8s hauts revenus ou imposition des successions et patrimoines.<\/p>\n<p>Nos r\u00e9sultats montrent que la redistribution primaire peut jouer en pratique un r\u00f4le plus important que la redistribution secondaire, dans le sens o\u00f9 c\u2019est la premi\u00e8re (et non la seconde) qui explique l\u2019essentiel de l\u2019\u00e9cart entre la France et les \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<h3><strong>L\u2019\u00e9volution de la redistribution en France de 1990 \u00e0 2018<\/strong><\/h3>\n<p>Le syst\u00e8me social et fiscal fran\u00e7ais op\u00e8re une redistribution des revenus avant imp\u00f4ts selon deux grands types de politiques. La premi\u00e8re est constitu\u00e9e de l\u2019ensemble des pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires que sont les cotisations sociales, les imp\u00f4ts directs et indirects. Les prestations familiales et logement et les minima sociaux (principalement RSA et\u00a0 allocation de solidarit\u00e9 aux personnes \u00e2g\u00e9es) forment le second pilier du syst\u00e8me. Afin de d\u00e9crire le profil redistributif du syst\u00e8me fiscal fran\u00e7ais, nous classons les individus en fonction de leur revenu individuel avant imp\u00f4t et calculons le taux global d\u2019imposition au sein de diff\u00e9rents groupes de revenus, allant des 10% des personnes avec les revenus les plus faibles aux 0,01% des individus les plus ais\u00e9s.<\/p>\n<h5><strong>L\u2019augmentation de la progressivit\u00e9 jusqu\u2019en 2016<\/strong><\/h5>\n<p>La figure 3 pr\u00e9sente les taux globaux de taxation en fonction du groupe de revenus avant imp\u00f4t pour la France en 1990, 2010, 2016 et 2018. Le taux de taxation est faiblement croissant avec le revenu jusqu\u2019au 0,5 % les plus riches pour lesquels il atteint son maximum, avant de d\u00e9cro\u00eetre. Derri\u00e8re cette observation g\u00e9n\u00e9rale se cachent de fortes \u00e9volutions. Le taux effectif de taxation des 50 % des Fran\u00e7ais les plus modestes a tout d\u2019abord diminu\u00e9 en prenant un profil de plus en plus progressif. Cette augmentation de la progressivit\u00e9 des pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires pour ces individus aux plus bas revenus est principalement due aux diff\u00e9rentes politiques de r\u00e9duction de cotisations sociales sur les bas salaires mises en place \u00e0 partir de 1993. L\u2019autre \u00e9volution majeure concerne le taux d\u2019imposition des 10 % les plus riches qui, apr\u00e8s avoir cr\u00fb de 1990 \u00e0 2013, est rest\u00e9 relativement constant jusqu\u2019en 2017, et a d\u00e9cr\u00fb en 2018. L\u2019augmentation a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement forte en 2012 et 2013 sous l\u2019effet des politiques mises en place sous Fran\u00e7ois Hollande. En particulier, l\u2019int\u00e9gration de certains revenus du capital au bar\u00e8me de l\u2019imp\u00f4t sur le revenu \u00e0 partir de 2012 (imp\u00f4t 2013) ainsi que la cr\u00e9ation d\u2019une nouvelle tranche d\u2019imp\u00f4t sur le revenu \u00e0 45% ont contribu\u00e9 \u00e0 faire passer le taux d\u2019imposition des 10 % les plus riches \u00e0 un niveau proche de 50% et \u00e0 supprimer la r\u00e9gressivit\u00e9 du taux d\u2019imposition pour les 1 % les plus riches. Les politiques d\u00e9velopp\u00e9es sous Emmanuel Macron depuis 2017, en particulier les r\u00e9formes de l\u2019imp\u00f4t sur la fortune et celles de la taxation du capital, ont au contraire r\u00e9introduit cette r\u00e9gressivit\u00e9 au sommet de la distribution.<\/p>\n<div id=\"attachment_4417\" style=\"width: 964px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4417\" class=\"size-full wp-image-4417\" src=\"http:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Image3-1.png\" alt=\"\" width=\"954\" height=\"560\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Image3-1.png 954w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Image3-1-300x176.png 300w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Image3-1-600x352.png 600w\" sizes=\"(max-width: 954px) 100vw, 954px\" \/><p id=\"caption-attachment-4417\" class=\"wp-caption-text\">FIGURE 3<\/p><\/div>\n<h5><strong>Les taxes indirectes et les cotisations sociales constituent les grandes forces r\u00e9<\/strong><strong>gressives<\/strong><\/h5>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>La d\u00e9composition du taux global de taxation en diff\u00e9rentes cat\u00e9gories d\u2019imp\u00f4ts permet de d\u00e9crire plus pr\u00e9cis\u00e9ment la structure des pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires par niveau de revenu ainsi que les \u00e9volutions de cette derni\u00e8re. Le syst\u00e8me fiscal fran\u00e7ais se caract\u00e9rise d\u2019abord par l\u2019importance du poids des taxes indirectes et des cotisations sociales non contributives (dont les taux g\u00e9n\u00e9ralement uniformes et donc non\u00a0 progressifs) dans les pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires. Ces dispositifs fiscaux sont fortement r\u00e9gressifs. En effet, les m\u00e9nages les plus modestes paient un taux effectif de taxes indirectes sup\u00e9rieur aux plus riches car ils consomment une plus grande part de leur revenu. La r\u00e9gressivit\u00e9 des cotisations sociales non contributives tient principalement au fait que les revenus du capital, par d\u00e9finition principalement pr\u00e9sents chez les plus riches, y sont soumis \u00e0 un taux plus faible que ceux du travail.<\/p>\n<p>Les taxes sur le capital et l\u2019imp\u00f4t sur le revenu sont les principaux vecteurs de la progressivit\u00e9 des pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires.\u00a0 N\u00e9anmoins, l\u2019imp\u00f4t sur le revenu devient r\u00e9gressif \u00e0 partir d\u2019un certain niveau de revenu<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>, qui est bien plus \u00e9lev\u00e9 en 2018 qu\u2019en 1990. De plus, l\u2019introduction de la Contribution Sociale G\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e (CSG) en 1991 ouvre la voie vers un imp\u00f4t sur le revenu proportionnel en France. La mont\u00e9e en puissance de la CSG depuis 1991, jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9cente augmentation dans le cadre du Projet de loi de finances 2018, vient contrecarrer la baisse des recettes fiscales de l\u2019imp\u00f4t sur le revenu tout en faisant porter l\u2019effort sur l\u2019ensemble des revenus et des individus de mani\u00e8re quasi-uniforme.<\/p>\n<h5><strong>Faible poids des prestations mon\u00e9taires relativement aux transferts en nature<\/strong><\/h5>\n<p>En plus des pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires, la redistribution fiscale s\u2019appuie sur un ensemble de transferts sociaux. Ces transferts repr\u00e9sentent environ 4 % du revenu national et donc une tr\u00e8s faible part des pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires (de l\u2019ordre de 40 % du revenu national pour les taxes hors cotisations sociales contributives). Ils se d\u00e9composent en trois grandes cat\u00e9gories : les prestations sociales (dont les minima sociaux), les prestations d\u00e9di\u00e9es au soutien des familles avec enfants (telles que les allocations familiales) ainsi que les allocations logement.\u00a0 Les prestations sociales ont contribu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9duction des in\u00e9galit\u00e9s de mani\u00e8re relativement stable depuis les ann\u00e9es 1990. Elles sont avant tout per\u00e7ues par les 50 % des individus les plus pauvres, dont elles repr\u00e9sentent environ 7 % du revenu national moyen. Les 40 % suivants dans la pyramide des revenus disposent de 3,5 % du revenu national moyen sous forme de prestations, un chiffre qui tombe \u00e0 2,5 % pour les 10 % les plus riches. Le principal vecteur de la progressivit\u00e9 des transferts vient des allocations logements et des prestations sociales, dont l\u2019attribution se fait sous condition de revenu. Les prestations familiales sont r\u00e9parties de mani\u00e8re plus uniforme selon le revenu.<\/p>\n<h3><strong>Vers une mesure de la redistribution primaire ?<\/strong><\/h3>\n<p>Comme le montre la comparaison entre la France et les \u00c9tats-Unis, le niveau d\u2019in\u00e9galit\u00e9s avant imp\u00f4ts et transferts explique en grande partie les diff\u00e9rences d\u2019in\u00e9galit\u00e9 de revenu disponible. La question fondamentale est alors de comprendre les facteurs et les politiques publiques qui conduisent \u00e0 de plus faibles in\u00e9galit\u00e9s avant redistribution.<\/p>\n<p>La part des pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires qui ne sert pas \u00e0 financer les prestations contribue au fonctionnement g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019\u00c9tat, mais \u00e9galement au financement d\u2019un ensemble de services publics. Ces d\u00e9penses, telles que celles d\u2019\u00e9ducation et de sant\u00e9, influencent \u00e9galement la distribution des revenus (avant imp\u00f4ts et transferts). Elles participent d\u2019un autre type de redistribution des revenus, op\u00e9r\u00e9 par un ensemble de politiques et d\u2019institutions. Il est n\u00e9anmoins beaucoup plus complexe de mesurer l\u2019ampleur de la redistribution induite par ces services publics, car ils affectent de fa\u00e7on plus indirecte les revenus des individus. Cette dimension primaire de la redistribution reste n\u00e9anmoins un \u00e9l\u00e9ment crucial \u00e0 prendre en compte pour mieux comprendre la formation et la dynamique des in\u00e9galit\u00e9s des revenus.<\/p>\n<p><em>Cet article reprend largement les \u00e9l\u00e9ments d\u00e9velopp\u00e9s dans la note th\u00e9matique 2018\/2 (Septembre 2018,\u00a0 WID.world Issue Brief). Les id\u00e9es expos\u00e9es dans ce document refl\u00e8tent l\u2019opinion personnelle de leurs auteurs et n\u2019expriment pas n\u00e9cessairement la position de la Banque de France. Les \u00e9ventuelles erreurs ou omissions sont de la responsabilit\u00e9 des auteurs.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em> Mots-cl\u00e9s : Revenus primaires, In\u00e9galit\u00e9s, Redistribution<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><em><strong>Bibliographie<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em>Bozio Antoine, Garbinti Bertrand, Goupille-Lebret Jonathan, Guillot Malka et Piketty Thomas (2018), \u201cInequality and Redistribution in France 1990-2018: Evidence from Post-Tax Distributional National Accounts (DINA)\u201d, Wid Working Paper<\/em><\/p>\n<p><em>Garbinti Bertrand, Goupille-Lebret Jonathan et Piketty Thomas (2018), \u201cIncome Inequality Dynamics in France 1900-2014: Evidence from Distributional National Accounts (DINA)\u201d, Journal of Public Economics,<\/em><\/p>\n<p><em>Piketty Thomas, Saez Emmanuel et Zucman Gabriel (2018), \u201cDistributional National Accounts: Methods and Estimates for the United States\u201d, Quarterly Journal of Economics, 133 (2): 553-609<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><em><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Le revenu (national) avant imp\u00f4t est le concept le plus large. Il est compos\u00e9 de l\u2019ensemble des revenus du travail, du capital et de remplacement (pensions de retraites et allocations ch\u00f4mage). Le revenu disponible correspond au revenu avant imp\u00f4t auquel on soustrait tous les imp\u00f4ts (directs et indirects) et les contributions de s\u00e9curit\u00e9 sociale et auquel on ajoute les transferts sociaux mon\u00e9taires. Les revenus sont consid\u00e9r\u00e9s au niveau individuel sous l\u2019hypoth\u00e8se que les revenus des couples sont partag\u00e9s \u00e9quitablement entre les deux membres du couple.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Le revenu disponible est d\u00e9fini ici comme le revenu apr\u00e8s imp\u00f4ts (sur le revenu, sur les soci\u00e9t\u00e9s, etc) et apr\u00e8s transferts mon\u00e9taires (allocations logement, familiales et minimum sociaux).<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> La redistribution secondaire d\u00e9signe la diff\u00e9rence entre les in\u00e9galit\u00e9s avant imp\u00f4ts et transferts et les in\u00e9galit\u00e9s apr\u00e8s prise en compte des imp\u00f4ts et transferts. La redistribution primaire, elle, d\u00e9signe l\u2019ensemble des politiques publiques qui r\u00e9duisent les in\u00e9galit\u00e9s de revenus avant imp\u00f4ts et transferts.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> en raison de pratiques d&rsquo;optimisation et d&rsquo;une fiscalit\u00e9 du capital souvent plus avantageuse.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article compare l\u2019\u00e9volution des in\u00e9galit\u00e9s avant et apr\u00e8s imp\u00f4ts en France et aux \u00c9tats-Unis depuis 1990, \u00e0 partir d\u2019estimations issues de Bozio, Garbinti, Goupille-Lebert, Guillot et Piketty (2018). En France, les in\u00e9galit\u00e9s sont moins \u00e9lev\u00e9es qu\u2019aux Etats-Unis, que ce soit avant ou apr\u00e8s imp\u00f4ts. Ce travail souligne et quantifie l\u2019importance des imp\u00f4ts et des [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":253,"featured_media":4420,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[198,133],"tags":[],"class_list":["post-4414","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-inegalites","category-themes","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4414","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/253"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4414"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4414\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4420"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4414"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4414"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4414"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}