{"id":4368,"date":"2019-09-16T07:50:23","date_gmt":"2019-09-16T05:50:23","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=4368"},"modified":"2019-09-16T08:04:29","modified_gmt":"2019-09-16T06:04:29","slug":"il-faut-beaucoup-beaucoup-investir-dans-les-comptes-nationaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=4368","title":{"rendered":"Il faut beaucoup, beaucoup investir dans les comptes nationaux"},"content":{"rendered":"<p>Ce sont de v\u00e9ritables g\u00e9ants, Wassily Leontieff, Simon Kuznets, Richard Stone et Colin Clark, qui dans les ann\u00e9es 40 ont mis sur pied les concepts et les premiers r\u00e9sultats en mati\u00e8re de comptes nationaux. On est surpris, quelque 80 ans apr\u00e8s les publications de r\u00e9f\u00e9rence, de voir \u00e0 quel point le cadre conceptuel tient la route. Au vrai, il n\u2019a \u00e9t\u00e9 que tr\u00e8s modestement chang\u00e9. Les progr\u00e8s qui ont suivi tiennent davantage \u00e0 la profusion des sources statistiques par rapport \u00e0 ces temps pionniers et bien s\u00fbr \u00e0 l\u2019outil informatique qui permet de brasser des montagnes de chiffres en simultan\u00e9<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Il y a eu des avanc\u00e9es, par exemple s\u2019agissant des comptes de patrimoine ou des comptes trimestriels, mais rien de bouleversant. C\u2019est un hommage \u00e0 la qualit\u00e9 de l\u2019\u00e9difice con\u00e7u par les p\u00e8res fondateurs, mais peut-\u00eatre aussi le signe d\u2019un manque d\u2019int\u00e9r\u00eat ou surtout de moyens pour mettre la comptabilit\u00e9 nationale au go\u00fbt du 21\u00e8me si\u00e8cle. Il y a \u00e0 ce jour peu encore de recherche sp\u00e9cialis\u00e9e sur ce domaine dans le monde acad\u00e9mique. Les propositions et les appels \u00e0 un investissement important dans le domaine sont pourtant l\u00e0\u00a0: par exemple en 1972 par <a href=\"https:\/\/www.nber.org\/chapters\/c7620.pdf\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\"><em>William Nordhaus et James Tobin (\u00ab\u00a0Is Growth Obsolete\u00a0?<\/em>)<\/span><\/span>,<\/a> ou en 2019 par le rapport \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.ladocumentationfrancaise.fr\/var\/storage\/rapports-publics\/094000427.pdf\"><span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\">Stiglitz-Sen-Fitoussi<\/span>\u00a0<\/a>\u00bb. Ils restent \u00e0 ce jour largement sans suite, m\u00eame s\u2019ils figurent dans \u00ab\u00a0l\u2019agenda de recherche\u00a0\u00bb du futur syst\u00e8me de comptabilit\u00e9 nationale. Quelle d\u00e9ception si l\u2019on garde \u00e0 l\u2019esprit l\u2019utilit\u00e9 majeure de l\u2019outil\u00a0!<\/p>\n<p>On \u00e9num\u00e8re ici quelques-uns des champs qui sont prioritairement concern\u00e9s.<\/p>\n<h3><strong>1- Le partage volume \u2013 prix.<\/strong><\/h3>\n<p>L\u2019\u00e9conomie num\u00e9rique et la rapidit\u00e9 des innovations qu\u2019elle entra\u00eene sont le casse-t\u00eate du statisticien, comme le confirme Didier Blanchet <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"http:\/\/variances.eu\/?p=3877\">dans son article de Variances de f\u00e9vrier 2019<\/a><\/span>. Ainsi, Waze met \u00e0 la poubelle les cartes Michelin qu\u2019on gardait dans les vide-poches de nos voitures\u00a0: voici une innovation majeure sur un produit dont le service s\u2019am\u00e9liore (c&rsquo;est-\u00e0-dire fournit un service plus grand) et dont le prix baisse, jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre nul ou pay\u00e9 par la publicit\u00e9. Quelle est la hausse de volume\u00a0? Quelle est la baisse du prix\u00a0? Cela a des incidences majeures sur la mesure de la croissance et de l\u2019inflation, deux statistiques centrales dans la conduite de la politique \u00e9conomique. Rien ne garantit que l\u2019erreur sur la croissance soit constante (apr\u00e8s tout, une horloge toujours en avance d\u2019un quart d\u2019heure garde son utilit\u00e9) parce que les vagues d\u2019innovation vont et viennent. La t\u00e2che est particuli\u00e8rement redoutable concernant les biens d\u2019\u00e9quipement, sachant que l\u2019investissement des entreprises prend un caract\u00e8re de plus en plus immat\u00e9riel. On n\u2019est pas s\u00fbr aujourd&rsquo;hui que les instituts statistiques appliquent des r\u00e8gles identiques en mati\u00e8re de mesure de l\u2019innovation et de l\u2019immat\u00e9riel, de sorte qu\u2019on risque de perdre \u00e0 la fois la coh\u00e9rence \u00e0 travers le temps et dans les comparaisons internationales.<\/p>\n<h3><strong>2- La mesure du commerce ext\u00e9rieur<\/strong><\/h3>\n<p>Il y a un contraste toujours \u00e9tonnant dans l\u2019\u00e9quation de base de la comptabilit\u00e9 nationale, celle qui \u00e9galise offre et demande au niveau agr\u00e9g\u00e9. Pour user des acronymes courants\u00a0: PIB + M = C + I + G + X. Car le PIB est mesur\u00e9 en valeur ajout\u00e9e (on omet la production des biens interm\u00e9diaires qui disparaissent dans le processus de production) mais on ne le fait pas s\u2019agissant des flux avec l\u2019ext\u00e9rieur, importation (M) et exportation (X). Quand on dit que l\u2019Allemagne exporte la moiti\u00e9 de son PIB (46 %), le chiffre impressionne, mais est-il fid\u00e8le \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, d\u00e8s lors qu\u2019on divise choux et carottes\u00a0? Quand on pointe l\u2019immense d\u00e9s\u00e9quilibre de la balance commerciale \u00c9tats-Unis \/ Chine, ne regarde-t-on pas que la partie \u00e9merg\u00e9e des flux commerciaux, oubliant que les deux pays sont pris dans les cha\u00eenes de valeur traversant de multiples pays<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Si l\u2019on devait fabriquer de neuf un PIB de l\u2019Union europ\u00e9enne comme le font les instituts statistiques nationaux pour le leur, tomberait-on sur le m\u00eame chiffre qu\u2019en additionnant les PIB de chaque pays\u00a0? Il y a des premi\u00e8res tentatives, dont le programme TiVA de l\u2019OCDE \u00e9voqu\u00e9 par un <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"http:\/\/variances.eu\/?p=3813\">r\u00e9cent article d\u2019Aliette Cheptisky dans Variances<\/a><\/span>, pour isoler, en utilisant des matrices input-output, la partie \u00ab\u00a0valeur ajout\u00e9e\u00a0\u00bb des flux de commerce ext\u00e9rieur. On rend ainsi homog\u00e8ne l\u2019\u00e9quilibre emploi-ressource au niveau agr\u00e9g\u00e9, les biens interm\u00e9diaires, int\u00e9rieurs ou \u00e9trangers, n\u2019apparaissant que dans les \u00e9quilibres de branches d\u2019activit\u00e9.<\/p>\n<p>Il y a un bien interm\u00e9diaire d\u2019une importance vitale ces temps-ci\u00a0: les carburants fossiles. On ne dispose pas v\u00e9ritablement de matrice input-output mesur\u00e9e en contenu CO<sub>2<\/sub> \u00a0Quand on met en place la taxe carbone, on se rabat par force sur les seuls flux qu\u2019on sait appr\u00e9hender, \u00e0 savoir les consommations d\u2019essence, de diesel, etc. En clair, la taxe carbone n\u2019est qu\u2019un autre nom pour l\u2019actuelle TICPE en France, alors que ce qui importe, c\u2019est de frapper le produit final selon son contenu carbone. Les gilets jaunes nous ont utilement rappel\u00e9 qu\u2019une bonne taxation environnementale ne veut pas dire mettre taxe sur taxe sur les produits p\u00e9troliers, oubliant en plus ceux qui sont consomm\u00e9s par le transport maritime ou a\u00e9rien.<\/p>\n<h3><strong>3- La sous-utilisation des sources d\u2019entreprises<\/strong><\/h3>\n<p>Si la comptabilit\u00e9 nationale est rest\u00e9e fig\u00e9e dans sa splendeur de cath\u00e9drale, les normes comptables priv\u00e9es ont \u00e9norm\u00e9ment \u00e9volu\u00e9. Il y a eu un travail conceptuel consid\u00e9rable pour construire les normes les plus r\u00e9centes, <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.ifrs.org\/\">IFRS pour l\u2019Europe<\/a><\/span>, US Gaap pour les \u00c9tats-Unis, avec une tentative cahin-caha de convergence de ces deux r\u00e9f\u00e9rentiels. Ce qui est r\u00e9f\u00e9rence au march\u00e9, ce qui est immat\u00e9riel, ce qui est consolidation\u2026 tout cela a fait l\u2019objet de traitements tr\u00e8s diff\u00e9rents depuis quelques d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Mais plus encore, les syst\u00e8mes d\u2019information ont fait des progr\u00e8s stup\u00e9fiants\u00a0au sein des entreprises : les plus avanc\u00e9es d\u2019entre elles arrivent \u00e0 clore des comptes au jour le jour, et publient r\u00e9guli\u00e8rement des comptes trimestriels \u00e9labor\u00e9s. Or, cette source statistique n\u2019est \u00e0 ce jour que peu utilis\u00e9e. On a potentiellement des comptes de secteur en continu. On objectera que les comptes des entreprises couvrent souvent un territoire plus vaste que le pays, ou consolident des filiales ayant des m\u00e9tiers tr\u00e8s diff\u00e9rents, d\u2019o\u00f9 le d\u00e9fi face aux concepts de <em>r\u00e9sidence<\/em> et de <em>branche d\u2019activit\u00e9<\/em>. C\u2019est vrai, mais deux choses ici\u00a0: d&rsquo;abord, ce type de difficult\u00e9s fait normalement le miel des bons statisticiens\u00a0; ensuite, il est de la responsabilit\u00e9 de la puissance publique, au travers de son institut statistique d\u2019imposer aux agents priv\u00e9s la fourniture d\u2019informations compl\u00e9mentaires, dans le protocole appropri\u00e9. Il faut saluer le <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.oecd.org\/fr\/fiscalite\/beps\/actions-beps.htm\">programme BEPS qu\u2019a lanc\u00e9 l\u2019OCDE<\/a><\/span>, demandant aux multinationales de fournir aux Tr\u00e9sors nationaux certaines de ces donn\u00e9es. Les instituts de statistique devraient en profiter. Ce pourrait \u00eatre une \u00e9tape d\u00e9cisive dans l\u2019am\u00e9lioration du traitement de ces entreprises dans les comptes nationaux, pour \u00e9viter par exemple l\u2019aberration du fameux chiffre irlandais de croissance en 2015, +26 %, bien expliqu\u00e9 <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"http:\/\/variances.eu\/?p=3923\">par Fran\u00e7ois Lequiller dans un r\u00e9cent article de Variances<\/a><\/span>\u00a0! Une chose est certaine\u00a0: le co\u00fbt de confection de ces donn\u00e9es est quasiment nul du c\u00f4t\u00e9 des directions comptables des grandes entreprises. Dans ce domaine, l\u2019INSEE a su habilement imposer aux grands distributeurs, Carrefour et autres, de fournir leurs bases de donn\u00e9es sortie de caisse, ce qui est un saut copernicien dans la confection des indices de prix et de consommation, en qualit\u00e9 et en co\u00fbt.<\/p>\n<p>Comme il en va pareillement pour les comptes de l\u2019\u00c9tat, on voit un renversement possible dans la hi\u00e9rarchie des comptes nationaux\u00a0: les comptes de biens et services, avec les difficult\u00e9s mentionn\u00e9es sur le partage volume-prix et la localisation de la production des entreprises multinationales, deviennent plus complexes \u00e0 b\u00e2tir que les comptes (aux prix courants) des secteurs institutionnels. Et les comptes trimestriels deviendraient progressivement la base de r\u00e9f\u00e9rence plut\u00f4t que les comptes annuels, au lieu de la place junior qu\u2019ils occupent aujourd&rsquo;hui, fabriqu\u00e9s qu\u2019ils sont par calage sur des donn\u00e9es annuelles du profil trimestriel d\u2019un indicateur pertinent.<\/p>\n<h3><strong>4- Les institutions financi\u00e8res et les comptes de patrimoine<\/strong><\/h3>\n<p>Les statisticiens ont vu avec d\u00e9solation la suppression dans la plupart des pays des principaux imp\u00f4ts sur le patrimoine. On perdait ainsi une source statistique de premi\u00e8re importance sur la r\u00e9partition des patrimoines, un sujet social et \u00e9conomique majeur. Mais voici qu\u2019un secours arrive. Pour un motif de lutte contre le blanchissement et l\u2019\u00e9vasion fiscale, les institutions financi\u00e8res, celles qui g\u00e8rent les patrimoines et les revenus financiers, disposent d\u2019une information croissante en qualit\u00e9 et en volume. Il devient possible de raffiner les comptes de patrimoines et d\u2019am\u00e9liorer consid\u00e9rablement la mesure des flux financiers. D\u2019o\u00f9 un chantier ouvert par quelques \u00e9conomistes\u00a0courageux, et suivi par certains instituts statistiques comme l\u2019INSEE : faire des comptes nationaux du secteur des m\u00e9nages selon le niveau de revenu et de patrimoine, ce qui permet un regard plus fin sur une cat\u00e9gorie devenue tr\u00e8s disparate, celle des m\u00e9nages.<\/p>\n<p>On voit \u00e0 cette occasion l\u2019int\u00e9r\u00eat du cadrage qu\u2019offrent les comptes nationaux\u00a0: un flux sortant \u00e9quivaut ailleurs dans le syst\u00e8me \u00e9conomique \u00e0 un flux entrant, une offre \u00e9quivaut ailleurs \u00e0 une demande, un revenu \u00e9quivaut ailleurs \u00e0 une d\u00e9pense, etc. Les statistiques sociales, dans le cas d\u2019esp\u00e8ce, acqui\u00e8rent un ancrage solide dans la boucle \u00e9conomique.<\/p>\n<h3><strong>5- Le traitement des ressources rares ou non renouvelables<\/strong><\/h3>\n<p>Fran\u00e7ois Quesnay peut \u00eatre vu comme l\u2019anc\u00eatre \u00e9loign\u00e9 de Kuznets et de ses compagnons. On lui doit l\u2019invention du tableau \u00e9conomique d\u2019ensemble. Il est notable qu\u2019il ne consid\u00e9rait comme vraie richesse, en dehors du facteur travail, que la terre. Cette bonne notion a \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9e par la suite et les ressources rares (qualit\u00e9 de la terre, de l\u2019eau, de l\u2019air, ressources mini\u00e8res, halieutiques, etc.) ont pendant tr\u00e8s longtemps disparu du champ de vision des \u00e9conomistes. Il a fallu le c\u00e9l\u00e8bre rapport du <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Club_de_Rome#Le_rapport_The_Limits_to_Growth_(Les_limites_%C3%A0_la_croissance)\">Club de Rome (\u201c<em>The Limits to Growth<\/em>\u201d) de 1972<\/a><\/span> pour qu\u2019un r\u00e9veil s\u2019op\u00e8re, comme l\u2019attestent <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"http:\/\/pombo.free.fr\/solow1974.pdf\">Robert Solow en 1974<\/a><\/span> ou Nordhaus-Tobin d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9. On a ainsi le <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"http:\/\/iariw.org\/c2015oecd.php\">rapport sur la soutenabilit\u00e9 environnementale au sein des s\u00e9minaires de l\u2019OCDE<\/a><\/span> ou encore les <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.insee.fr\/fr\/information\/4191118\">travaux de l\u2019Association de Comptabilit\u00e9 Nationale fran\u00e7aise<\/a><\/span>. Mais autant de rapports sans r\u00e9ponse bien concr\u00e8te aujourd&rsquo;hui. Il n\u2019y a pas de myst\u00e8re\u00a0: il faut investir, il faut que les enjeux budg\u00e9taires de ces sujets importants soient compris.<\/p>\n<p>Voyons ce que cet oubli implique dans la mesure de ce roc qu\u2019est le concept de PIB. Soit une des innovations majeures de ces derniers temps, celle du LED dans l\u2019\u00e9clairage, qui efface la lumi\u00e8re de source thermique. On imagine les statisticiens se pencher sur le partage volume \u2013 prix\u00a0de la production de lumi\u00e8re : le LED fournit des lumens de meilleure qualit\u00e9. Mais il occasionne aussi une chute drastique du prix. Quel est l\u2019effet sur le PIB\u00a0en volume ? Celui-ci s\u2019accroit du montant de l\u2019innovation introduite, il s\u2019accro\u00eet aussi d\u2019une consommation accrue li\u00e9e \u00e0 la baisse du prix\u00a0; mais il va d\u00e9cro\u00eetre parce que les branches produisant du gaz et donc de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, ou produisant du tungst\u00e8ne vont conna\u00eetre une baisse d\u2019activit\u00e9. Int\u00e9ressant\u00a0: voici une innovation qui \u00e9conomise de l\u2019\u00e9nergie et qui pourtant se traduit potentiellement par une baisse du PIB.<\/p>\n<p>Cela vient bien s\u00fbr de l\u2019oubli que la moindre consommation d\u2019une ressource rare signifie la moindre destruction d\u2019un patrimoine qui a une valeur. On ouvre ici un chantier d\u2019une complexit\u00e9 redoutable, puisqu\u2019une bonne comptabilit\u00e9 demanderait qu\u2019on connaisse par avance le stock de gaz ou de tungst\u00e8ne au niveau mondial, et qu\u2019on soit certain que le stock gardera dans le futur sa valeur marchande. Mais une comptabilit\u00e9 patrimoniale ne peut s\u2019en d\u00e9sint\u00e9resser, pas plus qu\u2019une comptabilit\u00e9 des revenus, si l\u2019on admet que le revenu tir\u00e9 d\u2019un actif n\u2019est que le flux th\u00e9orique qu\u2019on peut en extraire sans en changer la valeur, c&rsquo;est-\u00e0-dire la somme du flux mon\u00e9taire distribu\u00e9 et de la plus-value latente.<\/p>\n<h3><strong>6- Les plus-values sont-elles du revenu\u00a0? <\/strong><\/h3>\n<p>\u00c0 ce propos et par incidente, la comptabilit\u00e9 nationale connait des affres dans le traitement des plus ou moins-values. Sont-elles des revenus, des variations de prix\u00a0? Ce dilemme va \u00eatre d\u2019une fr\u00e9quence croissante sachant l\u2019inventivit\u00e9 financi\u00e8re. Le comptable national pr\u00e9f\u00e9rait en rester au seul flux mon\u00e9taire, mais le voici par force tenu de faire des exceptions. Pour ne prendre qu\u2019un exemple, mais majeur, il lui faut mettre sur une base comparable les syst\u00e8mes de retraite selon qu\u2019ils sont sur une base de r\u00e9partition ou de capitalisation. Il devra alors mettre dans le revenu du m\u00e9nage la variation de valeur de ses fonds de pension.<\/p>\n<h3><strong>7- Le statut de l\u2019investissement et l\u2019actualisation<\/strong><\/h3>\n<p>Il y a au moins un domaine o\u00f9 les comptables nationaux nous apportent des certitudes\u00a0: il y a des biens qui sont des consommations interm\u00e9diaires, d\u2019autres qui sont des biens d\u2019\u00e9quipement. On distingue la farine qui rentre dans le pain, et le four qui le cuit. Vraiment\u00a0?<\/p>\n<p>Il faut voir que la distinction n\u2019a de sens qu\u2019au regard d\u2019une certaine temporalit\u00e9. Si mon four dure quatre ans, et que je fasse des comptes quadriennaux plut\u00f4t qu\u2019annuels, mon four aura \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement consomm\u00e9 dans le processus de production. Et si je fais des comptes trimestriels plut\u00f4t qu\u2019annuels, le bl\u00e9 plant\u00e9 au premier trimestre donnera lieu \u00e0 une production au troisi\u00e8me. Le voici devenu un bien d\u2019investissement. Si enfin j\u2019en reste aux comptes annuels, ai-je raison de mesurer pareillement l\u2019intrant selon qu\u2019il est inject\u00e9 dans la production au premier ou au dernier\u00a0trimestre ?<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me soulev\u00e9 ici est fondamentalement un probl\u00e8me d\u2019actualisation, <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.nber.org\/papers\/w25826.pdf\">comme le rappelle r\u00e9cemment Robert Barro<\/a><\/span> qui fait des propositions en ce sens. \u00c0 traiter les biens d\u2019investissement comme des biens finals, \u00e0 l\u2019\u00e9gal des biens de consommation, on introduit en quelque sorte un double compte. Si je re\u00e7ois, moi m\u00e9nage, un euro de plus tir\u00e9 de la production, voici le revenu national et le PIB qui s\u2019accroissent. Mais si j\u2019investis cet euro et qu\u2019il me rapporte un certain rendement dans le futur, voici qu\u2019il viendra encore accro\u00eetre le revenu national. Cette convention est acceptable, mais elle est statique. Elle oublie la dynamique de l\u2019actualisation qui fait que l\u2019euro demain n\u2019est pas \u00e9gal \u00e0 l\u2019euro d\u2019aujourd&rsquo;hui. Il faudrait d\u00e9falquer du revenu national futur ce qui dans le rendement de mon euro investi n\u2019est que le jeu de la capitalisation, ou \u00e0 l\u2019inverse r\u00e9duire l\u2019investissement d\u2019aujourd&rsquo;hui. On garderait ainsi l\u2019\u00e9galit\u00e9 fondamentale, \u00e0 un niveau intertemporel, entre la consommation et le revenu. L\u2019investissement n\u2019est \u00e0 cet \u00e9gard que le d\u00e9placement dans le temps d\u2019une ressource.<\/p>\n<p>On reviendrait ainsi au v\u0153u formul\u00e9 par Kuznets dans la mesure des flux \u00e9conomiques et rappel\u00e9 dans le rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi cit\u00e9. <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/econpapers.repec.org\/bookchap\/nbrnberbk\/kuzn41-1.htm\">Il recommandait\u00a0en 1941<\/a><\/span> : \u00ab Est-ce la valeur des biens produits qui conduit \u00e0 la meilleure appr\u00e9ciation du contenu positif de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique\u00a0? Puisque le but final est de satisfaire les besoins ultimes des consommateurs, on ferait tout aussi bien de concentrer son attention sur la consommation finale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h3><strong>8- Le traitement du travail<\/strong><\/h3>\n<p>Cette phrase de Kuznets reste bien ancr\u00e9e dans le mode de pens\u00e9e habituel de l\u2019\u00e9conomiste, pour qui seuls comptent, comme mesure de la satisfaction des m\u00e9nages, les biens qu\u2019ils sont en mesure, aujourd&rsquo;hui ou demain, de consommer. Le travail est l\u2019envers de la m\u00e9daille\u00a0: il est p\u00e9nible et ne vaut que par le revenu qu\u2019il fournit et les biens que ce revenu permet d\u2019acheter. L\u2019\u00e9l\u00e9ment de satisfaction, de cr\u00e9ation de richesse personnelle qu\u2019apporte le travail, y compris du point de vue de l\u2019investissement en capital humain pour faire le lien avec les comptes de patrimoine, est n\u00e9glig\u00e9. Les probl\u00e8mes conceptuels et de mesure sont consid\u00e9rables, mais l\u2019importance du sujet m\u00e9rite qu\u2019une attention statistique lui soit port\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>Voici, redit modestement, l\u2019esquisse d\u2019un programme de travail. Il faudrait que les professionnels le pr\u00e9cisent et le compl\u00e8tent. Et sur cette base persuader les politiques, les chercheurs universitaires, les instituts statistiques d\u2019investir les ressources \u00e0 la hauteur de l\u2019enjeu. Actualis\u00e9 ou pas, cet investissement a une valeur sociale immense.<\/p>\n<hr \/>\n<p><em><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> L\u2019auteur se souvient, jeune administrateur INSEE, des soir\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 faire \u00e0 la main les comptes nationaux du Cameroun, cherchant improbablement \u00e0 \u00e9quilibrer les lignes et les colonnes du tableau \u00e9conomique d\u2019ensemble du pays. Deux ans plus tard, venaient sur le march\u00e9 les anc\u00eatres de Excel. L\u2019exercice devenait trivial.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> On estime qu\u2019il faut r\u00e9duire de moiti\u00e9 les importations chinoises des \u00c9tats-Unis si on les mesure en valeur ajout\u00e9e chinoise.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce sont de v\u00e9ritables g\u00e9ants, Wassily Leontieff, Simon Kuznets, Richard Stone et Colin Clark, qui dans les ann\u00e9es 40 ont mis sur pied les concepts et les premiers r\u00e9sultats en mati\u00e8re de comptes nationaux. On est surpris, quelque 80 ans apr\u00e8s les publications de r\u00e9f\u00e9rence, de voir \u00e0 quel point le cadre conceptuel tient la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":39,"featured_media":4370,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[185,133],"tags":[],"class_list":["post-4368","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-mesure-des-indicateurs-economiques","category-themes","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4368","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/39"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4368"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4368\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4370"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4368"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4368"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4368"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}