{"id":4089,"date":"2019-05-06T08:00:20","date_gmt":"2019-05-06T06:00:20","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=4089"},"modified":"2019-05-06T08:12:27","modified_gmt":"2019-05-06T06:12:27","slug":"lexperience-de-la-planification-suite-de-lentretien-avec-philippe-herzog-autour-de-son-livre-dune-revolution-a-lautre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=4089","title":{"rendered":"L\u2019exp\u00e9rience de la planification &#8211; Suite de l\u2019entretien avec Philippe Herzog  autour de son livre \u00ab D\u2019une r\u00e9volution \u00e0 l\u2019autre \u00bb*"},"content":{"rendered":"<p><em>Apr\u00e8s une <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"http:\/\/variances.eu\/?p=4043\">premi\u00e8re partie consacr\u00e9e aux perspectives de l\u2019Europe<\/a><\/span><\/span>, cet article reprend la partie de l\u2019entretien avec Philippe Herzog consacr\u00e9e \u00e0 son exp\u00e9rience de la planification et aux le<\/em><em>\u00e7ons qu\u2019il en tire pour les soci\u00e9t\u00e9s fran<\/em><em>\u00e7aise et europ\u00e9ennes d\u2019aujourd\u2019hui. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&#8212;<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">JF\u00a0:<em> Tu gardes de tes premi\u00e8res ann\u00e9es professionnelles une nostalgie profonde de la planification \u00e0 <\/em><em>la fran<\/em><em>\u00e7aise des trente glorieuses. On pourrait discuter longtemps de son bilan et des facteurs de son d\u00e9clin. Mais comment peut-on imaginer aujourd\u2019hui, \u00e0 la lumi\u00e8re de cette exp\u00e9rience qui s\u2019\u00e9loigne, la renaissance de politiques publiques mobilisant des capacit\u00e9<\/em><em>s prospectives\u00a0<\/em><em>?<\/em><\/span><\/p>\n<p>P.H : La planification fran\u00e7aise \u00e9tait une planification d&rsquo;Etat, mais avec cette sp\u00e9cificit\u00e9 qu&rsquo;elle \u00e9tait con\u00e7ue et mise en place avec la soci\u00e9t\u00e9 civile et les corps interm\u00e9diaires, lesquels disposaient, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, d&rsquo;une base sociale tr\u00e8s forte. Quand, en 1974, j&rsquo;ai d\u00e9battu avec Pierre Mend\u00e8s-France, Jacques Delors, Albin Chalandon, \u00e0 un moment o\u00f9 le risque de d\u00e9planification apparaissait, la premi\u00e8re question pos\u00e9e, c&rsquo;\u00e9tait : \u00ab la planification doit-elle \u00eatre d\u00e9mocratique ? \u00bb. Les corps interm\u00e9diaires et, avec eux, le peuple pouvaient participer \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration de choix et de politiques donnant lieu \u00e0 une programmation d&rsquo;investissements publics. L\u2019Etat y a renonc\u00e9 en m\u00eame temps qu\u2019\u00e0 la planification\u00a0: c\u2019est un lourd handicap aujourd\u2019hui face \u00e0 l\u2019\u00e9norme besoin d&rsquo;investissements de long terme pour changer le mode de croissance. J&rsquo;ai v\u00e9cu de pr\u00e8s le d\u00e9but de la d\u00e9planification, quand le minist\u00e8re des finances, log\u00e9 encore rue de Rivoli \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, a pris le pouvoir.<\/p>\n<p><strong>Je suis effectivement nostalgique de cette \u00e9poque et je reprends \u00e0 mon compte la formule de Claude Gruson : \u00ab\u00a0Programmer l&rsquo;esp\u00e9rance\u00a0\u00bb, une esp\u00e9rance populaire ! De Gaulle disait \u00ab\u00a0une ardente obligation\u00a0\u00bb. Voil\u00e0 ce qui nous manque.<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">J.F : Tu donnes un r\u00f4le important \u00e0 cette modification des rapports de force intra-\u00e9tatiques.<\/span><\/p>\n<p>P.H : Oui, l&rsquo;appareil de planification avait des racines dans l&rsquo;administration \u2013 comptable national, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 par l&rsquo;Insee au Service des Etudes Economiques et Financi\u00e8res, anc\u00eatre de la Direction de la pr\u00e9vision \u2013 mais l&rsquo;administration d&rsquo;Etat n&rsquo;avait pas le pouvoir dans l&rsquo;\u00e9laboration des Plans. Chalandon le regrettait et se voulait tr\u00e8s clair sur ce point : le minist\u00e8re des finances, directement confront\u00e9 aux tensions conjoncturelles, devait selon lui prendre le pouvoir en quelque sorte. Ce qui fut fait dans les ann\u00e9es 1970. Et l&rsquo;Etat a d\u00e9montr\u00e9 par la suite qu&rsquo;il naviguait sans boussole entre les politiques conjoncturelles. Il a renonc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ambition de forger l&rsquo;avenir par des investissements de long terme r\u00e9pondant, comme au cours des Trente Glorieuses, \u00e0 une strat\u00e9gie de plein emploi, d&rsquo;industrialisation, d&rsquo;am\u00e9nagement du territoire. Toutes ces composantes ont p\u00e9riclit\u00e9 en m\u00eame temps. <strong>A cet \u00e9gard, j&rsquo;accuse les dirigeants politiques qui se sont content\u00e9s de prendre appui sur l&rsquo;administration pour exercer un contr\u00f4le descendant sur l&rsquo;\u00e9conomie, sans s\u2019interroger sur le fait que cela emp\u00ea<\/strong><strong>che la soci\u00e9t\u00e9 de se projeter vers le long terme<\/strong>.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">J.F : Ce ne fut cependant pas un d\u00e9clin instantan\u00e9. Les plans t\u00e9lecommunications et nucl\u00e9aire sont intervenus dans les ann\u00e9es 1970, alors m\u00eame que l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise se confrontait \u00e0 des conditions ext\u00e9rieures consid\u00e9rablement modifi\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p>P.H : La planification a en effet continu\u00e9 dans les ann\u00e9es 1970, notamment mais pas seulement avec les plans d&rsquo;\u00e9quipement t\u00e9l\u00e9communications et nucl\u00e9aire, mais le changement s\u2019annon\u00e7ait d\u00e8s 1974. A partir du milieu des ann\u00e9es 1980 c&rsquo;est l&rsquo;arr\u00eat de la planification, quand les vannes de la financiarisation de l&rsquo;\u00e9conomie sont ouvertes et que le gouvernement, tel un apprenti sorcier, a donn\u00e9 un grand pouvoir aux march\u00e9s. Je fais le parall\u00e8le avec l\u2019actualit\u00e9 d\u2019aujourd&rsquo;hui : le gouvernement sollicite le financement de l\u2019investissement national par les plus fortun\u00e9s et les investisseurs ext\u00e9rieurs. C\u2019est typique du retournement de situation par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la planification.<\/p>\n<p>Comment faire aujourd&rsquo;hui ? <strong>J&rsquo;observerai d&rsquo;abord tout simplement que la planification n&rsquo;est pas morte dans le monde. Les grandes firmes font de la prospective et planifient. Ce passage du pouvoir au secteur priv\u00e9 est impressionnant.<\/strong> Pour les nouvelles technologies, l\u2019industrie financi\u00e8re permet \u00e0 des firmes innovantes d&rsquo;encaisser des pertes, sur une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, en comptant sur l&rsquo;explosion ult\u00e9rieure des profits. Le secteur priv\u00e9 r\u00e9alise des investissements de long terme et les GAFA en sont un exemple spectaculaire. Mais on voit aussi des exemples remarquables de planification r\u00e9gionale. A G\u00f6teborg, en Su\u00e8de, un plan r\u00e9gional \u00e9labor\u00e9 collectivement a permis de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer la capacit\u00e9 d&#8217;emploi et de cr\u00e9ation de richesses \u00e0 partir des ann\u00e9es 1990. Le re-d\u00e9veloppement des Asturies en Espagne est aussi tr\u00e8s int\u00e9ressant. L&rsquo;Allemagne n&rsquo;a pas de planification officielle mais les relations sont tellement soud\u00e9es entre les banques, les entreprises et les syndicats, gr\u00e2ce \u00e0 la co-d\u00e9termination, qu&rsquo;elle dispose de facto d&rsquo;une planification avec des bases r\u00e9gionales tr\u00e8s fortes et leur concertation r\u00e9ciproque \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du pays. Avec l&rsquo;industrie 4.0, l&rsquo;Allemagne essaie de se projeter vers l&rsquo;avenir en affrontant collectivement les enjeux de sa comp\u00e9titivit\u00e9. Sans parler de la capacit\u00e9 de planification et de d\u00e9veloppement \u00e0 long terme de la Chine. Donc, la France n&rsquo;a pas d&rsquo;alibi pour sa d\u00e9mission, cette abdication \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la capacit\u00e9 collective dont elle disposait pour se projeter vers l&rsquo;avenir gr\u00e2ce \u00e0 un plan collectif.<\/p>\n<p><strong>Comment rebondir en France ? La question est difficile car elle est li\u00e9e \u00e0 la probl\u00e9matique de changement du mod\u00e8le national, \u00e0 la n\u00e9<\/strong><strong>cessit\u00e9 d&rsquo;inventer des modes d&rsquo;engagement et de gestion qui se r\u00e9approprient les enjeux \u00e9conomiques, sans les s\u00e9parer des choix sociaux. <\/strong><\/p>\n<p>Dans le grand d\u00e9bat national en cours, les arbitrages mal pos\u00e9s entre la diminution des imp\u00f4ts et la priorisation des services publics enferment les gens dans les choix de redistribution secondaire. Les choix primaires portant sur la cr\u00e9ation d&#8217;emplois et de richesses font l&rsquo;objet de r\u00e9ponses bricol\u00e9es du pouvoir qui ne sont pas soumises \u00e0 d\u00e9lib\u00e9ration collective. Le manque de cr\u00e9ation d&#8217;emplois, la stagnation de la productivit\u00e9, l&rsquo;allocation de l&rsquo;\u00e9pargne \u00e0 l&rsquo;investissement sont des questions majeures qui ne sont pas pos\u00e9es collectivement. Commen\u00e7ons par nous emparer de ces enjeux de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration de l&rsquo;\u00e9conomie et de la comp\u00e9titivit\u00e9 dans les r\u00e9gions et les entreprises, y compris en allant vers une co-d\u00e9termination comparable \u00e0 celle qui a fait la force de l&rsquo;Allemagne ou des pays scandinaves.<\/p>\n<p>Nous n&rsquo;y arriverons cependant pas seuls, dans une \u00e9conomie mondiale pleinement globalis\u00e9e o\u00f9 la comp\u00e9tition r\u00e8gne. Aujourd&rsquo;hui, les Europ\u00e9ens manquent de strat\u00e9gie collective, comme par exemple pour l\u2019appropriation du num\u00e9rique : l&rsquo;Europe est d\u00e9pendante des super-puissances et des GAFA pour le traitement de donn\u00e9es vitales pour l\u2019industrie et l\u2019emploi. <strong>Sans strat\u00e9gie europ\u00e9enne commune de d\u00e9veloppement et de comp\u00e9<\/strong><strong>titivit\u00e9 industrielle, la France n&rsquo;arrivera pas \u00e0 s&rsquo;en sortir. Pour s&rsquo;extraire de la financiarisation et faire des choix de long terme en mati\u00e8re d&rsquo;investissements publics, le territoire europ\u00e9en sera le laboratoire des solutions.<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;insiste sur l&rsquo;enjeu financier: confier notre capacit\u00e9 d&rsquo;investissement \u00e0 une finance li\u00e9e principalement aux march\u00e9s financiers, c&rsquo;est choisir la myopie \u00e0 l\u2019encontre d\u2019une vision publique du long terme. Il faudrait demander au Pr\u00e9sident Macron : \u00ab donnez-nous les chiffres de la dur\u00e9e d&rsquo;engagement des investisseurs financiers dans nos entreprises ! \u00bb. Ces investisseurs ne sont pas les premiers de cord\u00e9e. Ils font r\u00e9gner aujourd&rsquo;hui la liquidit\u00e9, en pouvant se d\u00e9fausser facilement d\u2019engagements dans des investissements qui ne s\u2019av\u00e8rent pas assez rentables, alors que les investissements de long terme supposent une prise durable de risque qu\u2019il faudrait partager. Quand les Romains construisaient les infrastructures qui ont dur\u00e9 plus d\u2019un mill\u00e9naire, ils ne visaient pas la rentabilit\u00e9 financi\u00e8re !<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">J.F : La belle p\u00e9riode de la planification \u00e0 la fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 soutenue par une r\u00e9flexion \u00e9conomique pluraliste, anim\u00e9e par diverses \u00e9coles de pens\u00e9e. Par rapport \u00e0 cette p\u00e9riode, tu consid\u00e8res qu&rsquo;il y a eu \u00e0 la fois une sorte de chute de l&rsquo;\u00e9conomie politique vers des sciences \u00e9conomiques plus compartiment\u00e9es, mais tu consid\u00e8res aussi que les travaux d&rsquo;\u00e9conomie industrielle de Jean Tirole, pour prendre un exemple, sont dans la continuit\u00e9 de Maurice Allais.<\/span><\/p>\n<p>P.H : Je te remercie de me pousser dans mes retranchements, en m&rsquo;incitant \u00e0 dire comment je me situe par rapport aux \u00e9conomistes fran\u00e7ais. Il y a beaucoup de travaux int\u00e9ressants. Quand j&rsquo;\u00e9tais rapporteur au parlement europ\u00e9en sur les services publics, l&rsquo;enjeu \u00e9tait de savoir comment pr\u00e9server notre capacit\u00e9 de choix de services publics dans un univers europ\u00e9en hyper-comp\u00e9titif, o\u00f9 les r\u00e8gles de la concurrence ne prenaient pas en compte la sp\u00e9cificit\u00e9 des activit\u00e9s d&rsquo;int\u00e9r\u00eat public \u00e0 rendements croissants, explor\u00e9es par Maurice Allais. J&rsquo;avais besoin de r\u00e9f\u00e9rences th\u00e9oriques mises \u00e0 jour dans les domaines concern\u00e9s. A cet \u00e9gard, Jean Tirole a m\u00e9rit\u00e9 son prix Nobel : quand on cherche comment r\u00e9guler les march\u00e9s actuels, on va voir de son c\u00f4t\u00e9. Tirole est inspirant pour r\u00e9pondre \u00e0 des questions telles que les <em>trade-off<\/em> \u00e0 arbitrer entre int\u00e9r\u00eats publics et int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s, en observant les d\u00e9faillances de march\u00e9 qui font obstacle \u00e0 la r\u00e9alisation du bien commun. Mais son biais profond est de toujours pr\u00e9f\u00e9rer confier la r\u00e9gulation \u00e0 des agences publiques et \u00e0 de bons experts, m\u00e9fiant qu\u2019il est \u00e0 l\u2019encontre de toute intervention politique. Au contraire, en mati\u00e8re de politique macro\u00e9conomique et financi\u00e8re, dans un contexte marqu\u00e9 par la financiarisation de l&rsquo;\u00e9conomie et de ses cycles, les travaux pr\u00e9cieux de Michel Aglietta appellent une r\u00e9flexion sur le r\u00f4le du politique dans la conception des investissements publics avec une strat\u00e9gie de long terme.<\/p>\n<p>Mais les travaux des \u00e9conomistes \u2013 th\u00e9oriciens et experts \u2013 ne peuvent \u00eatre appliqu\u00e9s tels quels. Les soci\u00e9t\u00e9s ne sont pas neutres. Leurs exp\u00e9riences, leurs cultures et pr\u00e9f\u00e9rences collectives, leurs crit\u00e8res de gestion et d\u2019organisation, notamment en mati\u00e8re de choix publics jouent un r\u00f4le majeur. <strong>Ce que les \u00e9conomistes ne prennent pas assez en compte, c&rsquo;est la r\u00e9alit\u00e9 anthropologique des soci\u00e9t\u00e9s telles qu&rsquo;elles sont et le fait qu\u2019elles vivent dans des syst\u00e8mes technologiques et institutionnels extr\u00eamement pr\u00e9gnants, qui matricent les rapports et les choix socio-\u00e9conomiques. L&rsquo;anthropologie du travail et de la politique fait trop d\u00e9faut chez les \u00e9conomistes<\/strong>. Ainsi, il est impossible de faire des choix \u00e9conomiques se voulant rationnels sans prendre en compte le fait que l&rsquo;effectivit\u00e9 de leur r\u00e9alisation est entrav\u00e9e en France par une hyper-administration inhibant l&rsquo;implication de la soci\u00e9t\u00e9 civile.<\/p>\n<p><strong>Dans notre pays hyper-administr\u00e9, ignorant la cogestion dans les entreprises, les tensions entre les employeurs et les employ\u00e9s, entre l\u2019Etat et le \u00ab peuple <\/strong><strong>\u00bb, compromettent gravement la facult\u00e9 d&rsquo;investir \u00e0 <\/strong><strong>long terme. L\u2019appareil d&rsquo;Etat veille constamment au contr\u00f4le des comportements, mais il n\u2019est pas capable d&rsquo;\u00e9laborer par lui-m\u00eame les choix de long terme. La soci\u00e9t\u00e9 ne sait plus se projeter vers l&rsquo;avenir. Les \u00e9conomistes doivent s\u2019interroger sur les limites de pertinence de leur rationalit\u00e9<\/strong>. Tirole et Aglietta se r\u00e9f\u00e8rent tous deux \u00e0 John Rawls comme th\u00e9oricien des principes rationnels d&rsquo;un contrat social. Mais que dit Rawls ? Il faut selon lui imaginer des soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 les individus sont plac\u00e9s sous un voile d&rsquo;ignorance pour qu\u2019ils choisissent les fondements d\u2019un r\u00e9gime juste.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">J.F : C&rsquo;est une exp\u00e9rience de pens\u00e9e, le voile d&rsquo;ignorance&#8230;<\/span><\/p>\n<p>P.H : Mais elle est purement fictive ! Plac\u00e9s sous ce voile, selon Rawls les individus choisiraient une \u00e9galit\u00e9 d&rsquo;acc\u00e8s aux biens publics premiers \u2013 \u00e9ducation, march\u00e9 du travail, sant\u00e9 \u2013 dans l\u2019ignorance de leurs situations sociales. Mais dans la r\u00e9alit\u00e9 ce principe ne sert \u00e0 rien parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a jamais de voile d&rsquo;ignorance. Les individus ne sont ni ignorants ni incapables, leurs liens sociaux sont d\u00e9faits, mais ils doivent pourtant interagir pour forger une conscience du bien commun.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">J.F : La floraison, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale, des th\u00e9ories \u00e9conomiques de la justice est pass\u00e9e par d&rsquo;autres auteurs, plus attentifs aux r\u00e9alit\u00e9s humaines, comme Amartya Sen, dont les id\u00e9es portent sur le d\u00e9veloppement des opportunit\u00e9s et des capacit\u00e9s des personnes.<\/span><\/p>\n<p>Tout \u00e0 fait. Amartya Sen, c\u2019est beaucoup mieux que Rawls, m\u00eame s\u2019il reste encore dans un registre strictement rationnel. En fait les gens cultivent des valeurs et des convictions qui sont du registre de la foi, de la confiance en l\u2019avenir. Pour une conception de la justice qui a fait souche en Occident, il faut remonter \u00e0 J\u00e9sus-Christ : une soci\u00e9t\u00e9 juste est celle qui \u00e9l\u00e8ve les pauvres, qui inclut les exclus, et qui rabaisse les puissants. En mati\u00e8re de r\u00e8gles d&rsquo;\u00e9thique le rationalisme kantien a des qualit\u00e9s, mais sa r\u00e8gle d&rsquo;or, \u00ab ne fais pas \u00e0 autrui ce que tu ne voudrais pas qu&rsquo;on te fasse \u00e0 toi-m\u00eame \u00bb, reste bien faible. La responsabilit\u00e9 et l&rsquo;amour d&rsquo;autrui sont des valeurs ancestrales beaucoup plus fortes. Je suis plus int\u00e9ress\u00e9 par le personnalisme, par exemple, et par le philosophe juif Emmanuel Levinas qui appelle chacun \u00e0 assumer la responsabilit\u00e9 d\u2019autrui. Ce sera au c\u0153ur de l\u2019\u00e9thique du XXI<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. J&rsquo;ai pass\u00e9 ma vie \u00e0 essayer de r\u00e9habiliter les biens publics et de cr\u00e9er des biens publics europ\u00e9ens, sans que John Rawls m\u2019ait aid\u00e9 ! Il ne dit rien de la substance de ces biens, ni de la mani\u00e8re de faire soci\u00e9t\u00e9 avec eux. Par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9conomie politique classique, la science \u00e9conomique contemporaine s&rsquo;est souvent d\u00e9connect\u00e9e des sources spirituelles et anthropologiques. J\u2019appr\u00e9cie que des \u00e9conomistes comme Douglass North d\u00e9montrent qu\u2019on a besoin d&rsquo;une connaissance intime et d&rsquo;une th\u00e9orie concr\u00e8te des institutions parce qu&rsquo;elles interf\u00e8rent avec l&rsquo;\u00e9conomie. En France, Jean-Jacques Laffont s&rsquo;effor\u00e7ait de comprendre les institutions dans la tradition d&rsquo;Herbert Simon, th\u00e9oricien remarquable des organisations qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 assez diffus\u00e9 en France. A titre individuel, les \u00e9conomistes font des choix politiques, mais sont trop peu impliqu\u00e9s dans les mouvements de soci\u00e9t\u00e9s civiles \u00e0 la recherche du bien commun.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">J.F : La planification fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 non seulement une planification d&rsquo;Etat mais elle a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s jacobine et ce n\u2019est pas sans cons\u00e9quences jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. L\u2019am\u00e9nagement du territoire a eu ses rigidit\u00e9s ! Que pourrait \u00eatre une planification davantage girondine qui permette l\u2019expression des potentialit\u00e9s des territoires et leur d\u00e9veloppement endog\u00e8ne ? Michel Rocard entendait \u00ab d\u00e9coloniser la province \u00bb\u2026<\/span><\/p>\n<p>P.H : J&rsquo;ai connu Michel Rocard tr\u00e8s girondin, extr\u00eamement critique du mode de conduite de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, qui ne voulait rien voir entre l&rsquo;Etat et les individus : elle a \u00e9radiqu\u00e9 la capacit\u00e9 \u00e0 former des collectivit\u00e9s locales et r\u00e9gionales capables de b\u00e2tir leur avenir sur le terrain. Cette question a deux dimensions, politico-institutionnelle et \u00e9conomique. Il y a d&rsquo;abord la question de la participation, en carence dans un pays rest\u00e9 enferm\u00e9 dans un Etat jacobin.<\/p>\n<p><strong>Nos institutions portent encore la marque napol\u00e9onienne et les r\u00e9formes de d\u00e9centralisation sont en \u00e9chec. Ainsi aujourd\u2019hui il a fallu des mouvements sociaux tels que les gilets jaunes pour obliger \u00e0 voir la d\u00e9<\/strong><strong>sh\u00e9rence des p\u00e9<\/strong><strong>riph\u00e9ries du territoire national et la fragilit\u00e9 croissante de couches moyennes qui vivent l\u00e0<\/strong><strong>. La verticalit\u00e9 des institutions et les carences des corps interm\u00e9diaires contribuent \u00e0 cette d\u00e9<\/strong><strong>possession.<\/strong> Les syndicats ont trop privil\u00e9gi\u00e9 la n\u00e9gociation centrale avec l&rsquo;appareil d&rsquo;Etat alors que les gens auraient besoin d\u2019appuis pour s&rsquo;organiser dans les entreprises et les r\u00e9gions afin de s\u2019approprier les d\u00e9fis de la gestion et d\u2019\u00e9laborer une \u00e9conomie de proximit\u00e9. Quand je disais, au sein du PCF, qu&rsquo;il fallait des politiques portuaires r\u00e9gionales, je soulignais que les syndicats \u00e0 Boulogne, Calais, Dunkerque se faisaient concurrence dans des luttes non coordonn\u00e9es pour maintenir l\u2019activit\u00e9 locale. Mais les dirigeants du parti me r\u00e9pondaient qu&rsquo;il y avait surtout besoin d\u2019une grande politique maritime d&rsquo;Etat. Une d\u00e9centralisation r\u00e9ussie doit permettre la mise en place de capacit\u00e9s r\u00e9gionales d&rsquo;\u00e9laboration et de mise en \u0153uvre d\u2019investissements d\u2019int\u00e9r\u00eat commun. Des concertations interr\u00e9gionales et nationales doivent avoir lieu pour que les grands r\u00e9seaux \u2013 transports, universit\u00e9s, et autres \u2013 forgent une coh\u00e9rence dynamique \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du pays, au lieu de tout ramener au centre, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 Paris. Les collectivit\u00e9s r\u00e9gionales doivent pouvoir construire aussi des coop\u00e9rations transfronti\u00e8res. Celles-ci sont le plus souvent en jach\u00e8re. Si les carri\u00e8res politiques se focalisent toutes vers l&rsquo;exercice du pouvoir d&rsquo;Etat central, c&rsquo;est en contradiction avec le besoin de mobiliser les forces vives du pays et de partager les responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Je pense aussi que confier \u00e0 un seul homme, qui sera \u00e9lu pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, le pouvoir de programmer notre avenir \u00e0 notre place est absurde.<\/strong><\/p>\n<p>En ce qui concerne la dimension \u00e9conomique, l&rsquo;heure n&rsquo;est plus aux grands programmes d&rsquo;Etat descendants. Le secteur priv\u00e9 dispose d\u2019une intelligence cruciale en mati\u00e8re d\u2019investissement, mais qui r\u00e9pond aux int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s. Or, en dehors des investissements sociaux, r\u00e9gionalis\u00e9s mais soumis au contr\u00f4le central, l\u2019Etat n\u2019est plus un investisseur. C&rsquo;est une abdication. Dans un nouveau r\u00e9gime de croissance r\u00e9pondant aux imp\u00e9ratifs \u00e9cologiques et du bien-\u00eatre, il y a besoin d\u2019investissements publics humains et productifs qui appellent un nouveau r\u00f4le des collectivit\u00e9s publiques, non pas \u00e0 la place du priv\u00e9 mais en coop\u00e9ration \u00e9troite avec lui. Ce sera une nouvelle \u00e9conomie mixte. Une telle strat\u00e9gie devra mettre en place trois types d\u2019\u00e9cosyst\u00e8mes interd\u00e9pendants :<\/p>\n<ul>\n<li>un \u00e9cosyst\u00e8me industriel articulant recherche-formation-innovation-production, afin de relocaliser ou cr\u00e9er des cha\u00eenes de valeur entre les id\u00e9es et la production. On sait qu\u2019en France l\u2019offre de formation professionnelle et continue pour le d\u00e9veloppement des comp\u00e9tences est d\u00e9ficiente. D\u2019autre part alors que nous disposons, en Ile-de-France, en Rh\u00f4ne-Alpes ou ailleurs, de p\u00f4les de recherche importants, le d\u00e9veloppement et la production ne suivent pas : les grandes firmes pr\u00e9f\u00e8rent produire \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, la France n\u2019a pas mis en place des fili\u00e8res de production durables. Faute d\u2019universit\u00e9s technologiques accompagnant le d\u00e9veloppement des porteurs de projets, les petites entreprises ont le plus grand mal \u00e0 grandir et les start-up partent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/li>\n<li>un \u00e9cosyst\u00e8me de relations socio-industrielles, pour que ces infrastructures et fili\u00e8res de d\u00e9veloppement prennent vie. Par exemple, pour l\u2019appropriation du num\u00e9rique, il y a n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;infrastructures de proximit\u00e9 et de r\u00e9seaux permettant de traiter en pleine ma\u00eetrise les donn\u00e9es qui nourriront les applications industrielles, alors qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui les donn\u00e9es sont livr\u00e9es aux GAFA : c\u2019est une d\u00e9mission.<\/li>\n<li>un \u00e9cosyst\u00e8me financier qui impulse la transformation de l&rsquo;\u00e9pargne et des autres ressources financi\u00e8res en investissements, afin d\u2019accompagner les porteurs de projets industriels et d\u2019organiser le partage des co\u00fbts et des risques associ\u00e9s aux investissements de long terme.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Nous sommes confront\u00e9s \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une strat\u00e9gie industrielle qui fasse appel \u00e0 la compr\u00e9hension et \u00e0 la volont\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re. J\u2019observe que dans le Grand d\u00e9bat national, au d\u00e9but 2019, en dehors des questions du pouvoir d\u2019achat et des modalit\u00e9s institutionnelles de la d\u00e9mocratie, l\u2019emploi et l\u2019\u00e9conomie ont \u00e9t\u00e9 totalement n\u00e9glig\u00e9s. Les Etats-Unis, la Chine, les grandes soci\u00e9t\u00e9s multinationales ont conquis des positions de monopole dans les cha\u00eenes de cr\u00e9ation de valeur d\u00e9sormais mondialis\u00e9es. Certaines de ces cha\u00eenes devront \u00eatre bris\u00e9es, mais il s\u2019agit surtout de relocaliser les activit\u00e9s dans des \u00e9cosyst\u00e8mes locaux, r\u00e9gionaux et nationaux. Il ne doit pas s\u2019agir d\u2019une d\u00e9-mondialisation brutale mais d\u2019une recomposition.<\/p>\n<p><strong>L\u2019Europe est un territoire pertinent pour r\u00e9tablir une ma\u00eetrise collective, non pas dans le seul int\u00e9r\u00eat de l\u2019Allemagne (qui d\u00e9sormais aura besoin de coop\u00e9rations car sa puissance industrielle est menac\u00e9e) ou de la France, mais en incorporant tous les pays europ\u00e9ens. A cet effet une sorte de division intracommunautaire du travail est n\u00e9cessaire, avec une volont\u00e9 politique de consolidation de la coh\u00e9sion sociale et territoriale. Ce n\u2019est pas par l\u2019imposition de r\u00e8gles uniformes qu\u2019on obtiendra cette coh\u00e9sion, il faudra en passer par des coop\u00e9rations renforc\u00e9<\/strong><strong>es.<\/strong><\/p>\n<p>Actuellement les Etats europ\u00e9ens cultivent des int\u00e9r\u00eats nationaux divergents en mati\u00e8re industrielle, et les plus forts d\u00e9fendent leurs \u00ab champions \u00bb nationaux. Les asym\u00e9tries de puissance sur un march\u00e9 livr\u00e9 purement et simplement \u00e0 la concurrence divisent profond\u00e9ment les Europ\u00e9ens. Une politique industrielle europ\u00e9enne devra reposer sur des coop\u00e9rations entre les acteurs de terrain \u2013 entreprises et r\u00e9gions \u2013 pour g\u00e9n\u00e9rer une coh\u00e9sion du territoire europ\u00e9en, au lieu que s\u2019aggravent les diff\u00e9rences de puissance entre le centre et les p\u00e9riph\u00e9ries. Comment ne pas d\u00e9plorer le fait que des pays d\u2019Europe, en particulier ceux d\u2019Europe orientale, connaissent une h\u00e9morragie de leur population active jeune, en partance vers l\u2019Allemagne ? Cette question d\u2019une division intra-communautaire du travail prend tout son sens aussi dans la zone euro. Par exemple, au lieu d&rsquo;investir massivement dans l\u2019\u00e9nergie solaire chez eux, les Allemands auraient d\u00fb la d\u00e9velopper en Gr\u00e8ce. Je le r\u00e9p\u00e8te, l\u2019Allemagne ne pourra plus se passer de coop\u00e9rations intracommunautaires parce que son mod\u00e8le industriel est menac\u00e9 dans la nouvelle comp\u00e9tition mondiale \u00e0 l\u2019heure du num\u00e9rique. Faire valoir la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une concertation planifi\u00e9e des choix industriels r\u00e9gionaux et nationaux en Europe, ce pourrait annoncer un nouvel \u00e2ge de l\u2019ambition planificatrice.<\/p>\n<p><em>*\u00a0\u00ab D\u2019une r\u00e9volution \u00e0 l\u2019autre \u2013 M\u00e9moires \u00bb de Philippe Herzog,\u00a0<span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"https:\/\/www.editionsdurocher.fr\/livre\/fiche\/d-une-revolution-a-l-autre-9782268100951\">\u00e9ditions du Rocher<\/a><\/span><\/span><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s une premi\u00e8re partie consacr\u00e9e aux perspectives de l\u2019Europe, cet article reprend la partie de l\u2019entretien avec Philippe Herzog consacr\u00e9e \u00e0 son exp\u00e9rience de la planification et aux le\u00e7ons qu\u2019il en tire pour les soci\u00e9t\u00e9s fran\u00e7aise et europ\u00e9ennes d\u2019aujourd\u2019hui. &#8212; JF\u00a0: Tu gardes de tes premi\u00e8res ann\u00e9es professionnelles une nostalgie profonde de la planification \u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":120,"featured_media":4090,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[171,133],"tags":[],"class_list":["post-4089","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-europe","category-themes","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4089","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/120"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4089"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4089\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4090"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4089"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4089"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4089"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}