{"id":4073,"date":"2019-04-24T08:30:54","date_gmt":"2019-04-24T06:30:54","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=4073"},"modified":"2019-04-24T08:42:23","modified_gmt":"2019-04-24T06:42:23","slug":"le-franco-allemand-dans-lue-un-axe-en-quete-de-renouveau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=4073","title":{"rendered":"Le franco-allemand dans l\u2019UE : un axe en qu\u00eate de renouveau"},"content":{"rendered":"<h3><strong>I<\/strong><strong>l ne faut pas attendre de l\u2019axe franco-allemand plus que ce qu\u2019il peut raisonnablement apporter\u00a0! <\/strong><\/h3>\n<p>Depuis les d\u00e9buts de l\u2019Union, cet axe a fait montre de son utilit\u00e9, et rien d\u2019important n\u2019aurait pu se faire sans lui. Il n\u2019est pas pour autant \u00e0 lui seul la martingale du succ\u00e8s, et il est bon d\u2019examiner comment il fonctionne v\u00e9ritablement.<\/p>\n<p>Une premi\u00e8re attente irr\u00e9aliste serait par exemple de croire que, suite \u00e0 la r\u00e9conciliation franco-allemande, les positions de ces deux pays seraient align\u00e9es d\u2019embl\u00e9e comme par enchantement, si bien qu\u2019il ne resterait plus qu\u2019\u00e0 inviter les autres membres de l\u2019Union, n\u00e9cessairement d\u2019accord, \u00e0 se rallier \u00e0 tant de sagesse. Une autre erreur serait de penser que l\u2019un ou l\u2019autre des protagonistes pourrait le manipuler \u00e0 son profit, faisant appel aux bons sentiments de l\u2019autre pour emporter la d\u00e9cision.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s l\u2019inverse qui se passe. Au d\u00e9part, les positions fran\u00e7aise et allemande sont souvent \u00e9loign\u00e9es l\u2019une de l\u2019autre, quand elles ne sont pas carr\u00e9ment antagoniques. Mais on se parle, anim\u00e9 par la volont\u00e9 d\u2019aboutir et d\u2019accepter des compromis, et sans \u00e9viter l\u2019\u00e9tape de n\u00e9gociations parfois difficiles. Quand une solution s\u2019esquisse finalement entre ces deux partenaires, il s\u2019est souvent v\u00e9rifi\u00e9 que celle-ci \u00e9tait acceptable pour beaucoup d\u2019autres Etats membres, quitte \u00e0 l\u2019enrichir. On peut alors enclencher la proc\u00e9dure d\u00e9cisionnelle avec de grandes chances de succ\u00e8s. Car il est vrai que France et Allemagne repr\u00e9sentent des sensibilit\u00e9s ou des int\u00e9r\u00eats diff\u00e9rents dans l\u2019Union. C\u2019est l\u2019id\u00e9e d\u2019un \u00ab\u00a0Nord\u00a0\u00bb suppos\u00e9 plus industrieux et vertueux quant au respect des r\u00e8gles de stabilit\u00e9 budg\u00e9taire et financi\u00e8re, le camp des \u00ab\u00a0fourmis\u00a0\u00bb qui ont moins de dette, moins de d\u00e9ficits, moins de ch\u00f4mage, plus de croissance, face au camp des \u00ab\u00a0cigales\u00a0\u00bb du \u00ab\u00a0Sud\u00a0\u00bb, parfois qualifi\u00e9es de pays du \u00ab\u00a0Club Med\u2019\u00a0\u00bb, mais qui ont souvent une approche plus holistique. Bien s\u00fbr, on est ici proche de la caricature, et il peut aussi y avoir dans l\u2019Union d\u2019autres lignes de fracture selon les sujets. Il n\u2019emp\u00eache, cette fracture-l\u00e0 semble structurelle parce qu\u2019elle proc\u00e8de de visions diff\u00e9rentes de l\u2019Union et de son avenir. D\u00e8s lors, la possibilit\u00e9 de la surmonter devient tr\u00e8s importante, et le franco-allemand aide \u00e0 faire des synth\u00e8ses.<\/p>\n<h3><strong>A l\u2019\u00e8re du soup\u00e7on, un carr\u00e9 d\u2019as difficile \u00e0 retrouver<\/strong><\/h3>\n<p>Le tournant des ann\u00e9es 80-90 fut une p\u00e9riode remarquablement propice aux progr\u00e8s de l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne, avec l\u2019Acte Unique, Schengen, le march\u00e9 int\u00e9rieur et la pr\u00e9paration de l\u2019Euro. Le tout dans le contexte de la r\u00e9unification allemande et de la d\u00e9-sovi\u00e9tisation de l\u2019Europe centrale et orientale. L\u2019Union d\u2019alors ne comptait que douze membres, tous situ\u00e9s en Europe de l\u2019Ouest, et le poids relatif de la France et de l\u2019Allemagne dans l\u2019ensemble y \u00e9tait encore pr\u00e9pond\u00e9rant. L\u2019optimisme portait aux avanc\u00e9es, qui semblaient n\u2019attendre que leur moment pour se concr\u00e9tiser, et le processus d\u00e9cisionnel paraissait encore raisonnable. C\u2019\u00e9tait aussi, au-del\u00e0 d\u2019in\u00e9vitables incompr\u00e9hensions, la bonne relation Kohl-Mitterrand accompagn\u00e9s, voire pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s, par le belge Dehaene et le Pr\u00e9sident de la Commission, Jacques Delors. M\u00eame si ces deux derniers n\u2019auraient pu \u00eatre moteurs \u00e0 eux seuls, ils \u00e9taient indispensables\u00a0: la Commission par construction, et la Belgique, par son int\u00e9r\u00eat de toujours \u00e0 ce que le franco-allemand fonctionne. Aussi par sa qualit\u00e9 rassurante de \u00ab\u00a0petit pays\u00a0\u00bb et de membre fondateur, qui permettait d\u2019\u00e9viter que le franco-allemand n\u2019apparaisse comme un directoire des \u00ab\u00a0grands\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour le moins, les conditions actuelles ne ressemblent pas \u00e0 celles de l\u2019\u00e9poque. Il y a eu quatre \u00e9largissements successifs, surtout \u00e0 l\u2019Est, qui ont fait passer l\u2019Union de douze \u00e0 vingt-huit membres et ont consid\u00e9rablement alourdi la prise de d\u00e9cision, toujours marqu\u00e9e par la r\u00e8gle de l\u2019unanimit\u00e9. Ces \u00e9largissements ont non seulement fait appara\u00eetre des disparit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales jamais vues au sein de l\u2019Union, mais ils ont surtout donn\u00e9 voix au chapitre \u00e0 des pays de traditions et d\u2019exp\u00e9riences diff\u00e9rentes de celles de l\u2019Europe de l\u2019Ouest. Des pays qui ne partageaient pas n\u00e9cessairement la vision de l\u2019Union comme une communaut\u00e9 de destin. Pour le dire vite, ils \u00e9taient d\u2019abord int\u00e9ress\u00e9s par l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019OTAN, puis par la manne des fonds structurels, \u00e9ventuellement par la possibilit\u00e9 de pratiquer le dumping fiscal ou social, mais pas toujours conscients des nouveaux devoirs\u00a0 li\u00e9s \u00e0 leur statut de membre.<\/p>\n<p>La crise de 2008, pas vraiment surmont\u00e9e, s\u2019est mu\u00e9e en crise des dettes souveraines qui, \u00e0 travers le paroxysme du cas grec, est all\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 menacer la survie de l\u2019euro. La crise des migrants, les diverses et rapides modifications des \u00e9quilibres traditionnels dans le monde, la transition \u00e9nerg\u00e9tique et le changement climatique, sont autant de facteurs qui ont mis en lumi\u00e8re de profondes diff\u00e9rences de situations et d\u2019int\u00e9r\u00eats entre les Etats, \u00e0 commencer par la France et l\u2019Allemagne. On a ainsi vu le ministre des finances Sch\u00e4uble pr\u00eat \u00e0 faire sortir la Gr\u00e8ce de la zone Euro avec l\u2019argument, pas absurde sur le fond, qu\u2019elle se redresserait mieux et plus vite en dehors, tandis que Fran\u00e7ois Hollande d\u00e9fendait au contraire fermement le maintien, par peur des effets de contagion et de \u00ab\u00a0d\u00e9tricotage\u00a0\u00bb qu\u2019il anticipait.<\/p>\n<p>Un autre exemple fut le r\u00f4le de la BCE qui, \u00e0 l\u2019initiative de Mario Draghi, accepta de fournir autant de liquidit\u00e9s qu\u2019il serait n\u00e9cessaire pour enrayer la sp\u00e9culation contre les Etats les plus vuln\u00e9rables. Les Fran\u00e7ais virent cette action d\u2019un bon \u0153il, tandis que beaucoup d\u2019Allemands pens\u00e8rent que la BCE outrepassait son mandat et mena\u00e7ait avec ses taux bas la r\u00e9mun\u00e9ration de leur \u00e9pargne<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Ces attitudes s\u2019opposent sur le fond, et ne peuvent se solder que par la victoire de l\u2019une sur l\u2019autre, grosse de ressentiment chez le \u00ab\u00a0perdant\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les Allemands, premiers contributeurs nets au budget de l\u2019Union, ont le d\u00e9sagr\u00e9able sentiment de devoir \u00ab\u00a0payer pour les autres\u00a0\u00bb, et rejettent toute id\u00e9e d\u2019une \u00ab\u00a0Union de transferts\u00a0\u00bb, qui ne se r\u00e9aliserait qu\u2019\u00e0 leur d\u00e9triment. Inversement, ils passent volontiers sous silence les avantages \u00e9conomiques substantiels que leur procure le march\u00e9 int\u00e9rieur, et les consid\u00e8rent comme des acquis. Ils sont rejoints par un groupe de huit pays dits de la \u00ab\u00a0Ligue Hans\u00e9atique\u00a0\u00bb, dont les Pays-Bas, souvent plus radicaux que les Allemands eux-m\u00eames. Ils professent que c\u2019est \u00e0 chaque pays de r\u00e9gler ses probl\u00e8mes de d\u00e9ficit et d\u2019endettement. Alors que la vision fran\u00e7aise consid\u00e8re que ch\u00f4mage et endettement freinent la croissance dans l\u2019Union, en effet \u00e0 la tra\u00eene du reste du monde, et qu\u2019un coup de pouce mutualis\u00e9 sur les dettes, m\u00eame partiel, serait b\u00e9n\u00e9fique et permettrait d\u2019enclencher pour tous une spirale vertueuse de croissance et de d\u00e9sendettement. Cet antagonisme ressemble au dilemme de la poule et l\u2019\u0153uf\u00a0: faut-il commencer par la relance, ou par l\u2019assainissement\u00a0?<\/p>\n<p>Notons que la vision fran\u00e7aise suppose que les causes structurelles des d\u00e9ficits auraient disparu \u00e0 l\u2019avenir, ce qui est loin d\u2019\u00eatre assur\u00e9 et ne peut que rendre m\u00e9fiantes les \u00ab\u00a0fourmis\u00a0\u00bb, tandis que la vision allemande refuse de voir l\u2019Union dans son ensemble et ne traite pas le probl\u00e8me des \u00e9normes exc\u00e9dents commerciaux accumul\u00e9s en partie au d\u00e9triment des \u00ab\u00a0cigales\u00a0\u00bb, et qui ob\u00e8rent la r\u00e9cup\u00e9ration de celles-ci. Plus d\u2019un en est venu \u00e0 penser en Allemagne qu\u2019il faudrait rendre de la flexibilit\u00e9 au carcan de la monnaie unique, en cr\u00e9ant un \u00ab\u00a0euro-nord\u00a0\u00bb et un \u00ab\u00a0euro-sud\u00a0\u00bb. Inacceptable pour les Fran\u00e7ais\u00a0!<\/p>\n<h3><strong>Une relance qui se cherche<\/strong><\/h3>\n<p>Depuis son \u00e9lection, E.\u00a0Macron s\u2019est adress\u00e9 \u00e0 au moins deux reprises aux citoyens de l\u2019Union\u00a0: dans son discours de la Sorbonne (septembre 2017), puis r\u00e9cemment dans sa lettre aux citoyens europ\u00e9ens qui les invitait \u00e0 se r\u00e9veiller et \u00e0 s\u2019unir. Ces adresses appelaient \u00e9videmment une r\u00e9action allemande, et l\u2019on a mesur\u00e9 \u00e0 quel point c\u2019\u00e9tait difficile. En d\u00e9pit de divers rappels exprim\u00e9s en Allemagne m\u00eame, A. Merkel n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 en mesure de r\u00e9agir officiellement au discours de la Sorbonne. Et ce n\u2019est \u00ab\u00a0que\u00a0\u00bb Annegret Kramp Karenbauer (AKK), la toute nouvelle secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale de la CDU, qui a r\u00e9agi \u00e0 la seconde adresse. Bien \u00e9videmment, la r\u00e9ponse d\u2019une cheffe de parti, f\u00fbt-ce le parti au pouvoir, ne peut avoir la m\u00eame valeur que celle des plus hautes autorit\u00e9s de l\u2019Etat. Ce silence officiel t\u00e9moigne d\u2019un malaise, puis en engendre aussi un chez les partenaires. Il ne signifie pas pour autant un refus frontal et global, car il y a des points d\u2019accord et de d\u00e9saccord. On per\u00e7oit la crainte que toute prise de position soit mal interpr\u00e9t\u00e9e et fasse le jeu des populistes de l\u2019AfD, qui ont le vent en poupe, et le d\u00e9sir de n\u2019avancer qu\u2019\u00e0 pas compt\u00e9s. AKK comme ballon d\u2019essai de Merkel.<\/p>\n<p>Se r\u00e9f\u00e9rant d\u2019embl\u00e9e aux propos de Macron, AKK commence par souligner la n\u00e9cessit\u00e9 que l\u2019Europe ne se fasse pas dicter sa loi par d\u2019autres, notamment ce duopole sino-am\u00e9ricain en gestation. Elle souhaite pr\u00e9server le mod\u00e8le soci\u00e9tal europ\u00e9en dans toute son originalit\u00e9. C\u2019est un appel \u00e0 rendre l\u2019Europe \u00ab\u00a0plus forte\u00a0\u00bb, et c\u2019est aussi une mani\u00e8re de dire que ce n\u2019est pas en se cramponnant sur le <em>statu quo<\/em> que l\u2019on donnera la meilleure r\u00e9ponse au chant des sir\u00e8nes populistes. Mais elle passe tout de suite \u00e0 la r\u00e9affirmation qu\u2019il faut commencer par produire avant de songer \u00e0 en r\u00e9partir les fruits, ainsi qu\u2019\u00e0 la critique d\u2019une vision centralisatrice et \u00e9tatiste qui serait celle de Macron, au rejet de la mutualisation des dettes, ainsi que de l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0europ\u00e9isation\u00a0\u00bb des syst\u00e8mes sociaux.<\/p>\n<p>Pour faire court, car chacun de ces sujets m\u00e9riterait un d\u00e9veloppement, c\u2019est oui \u00e0 l\u2019Union bancaire, qui permettrait d\u2019\u00e9viter qu\u2019une nouvelle et toujours possible crise des banques n\u2019accroisse encore des dettes souveraines devenues parfois insupportables, tout en garantissant les d\u00e9p\u00f4ts des particuliers \u00e0 hauteur de 100\u00a0000\u00a0\u20ac. Oui \u00e0 des avanc\u00e9es en mati\u00e8re de politique industrielle, comme la cr\u00e9ation de champions europ\u00e9ens, oui \u00e0 une lutte n\u00e9cessairement conjointe contre le r\u00e9chauffement, oui \u00e0 des projets communs de recherche, oui \u00e0 une imposition plus juste des multinationales et \u00e0 la protection des int\u00e9r\u00eats fiscaux des Etats, oui \u00e0 des avanc\u00e9es en mati\u00e8re de d\u00e9fense et s\u00e9curit\u00e9 (par exemple un avion de combat du futur qui se ferait sous leadership fran\u00e7ais) et en y associant le Royaume-Uni, oui \u00e0 la surveillance d\u2019une fronti\u00e8re ext\u00e9rieure commune, \u00e0 une actualisation de Schengen, \u00e0 une politique migratoire commune, \u00e0 une politique commune de d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique. C\u2019est m\u00eame oui, quoique du bout des l\u00e8vres et avec difficult\u00e9, \u00e0 un budget de la zone euro, mais avec des montants s\u00fbrement inf\u00e9rieurs \u00e0 ce qu\u2019avait esp\u00e9r\u00e9 Macron, et avec des conditions limitatives d\u2019utilisation.<\/p>\n<p>Mais non \u00e0 un ministre des finances et un parlement de la zone euro, non \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un salaire minimum europ\u00e9en, non \u00e0 ce qui pourrait ressembler de pr\u00e8s ou de loin \u00e0 toute forme de mutualisation des dettes. On peut en tirer l\u2019impression d\u2019un bilan en demi-teinte, mais s\u00fbrement pas celui d\u2019une porte ferm\u00e9e. Il faut plut\u00f4t comprendre que tout en continuant \u00e0 rechercher la convergence entre les diff\u00e9rentes \u00e9conomies de l\u2019Union, un exercice de longue haleine, les Allemands demandent \u00e0 leurs partenaires, en premier lieu aux Fran\u00e7ais, de ne pas leur rendre la vie trop difficile en risquant de provoquer des fractures au sein d\u2019une opinion publique inqui\u00e8te et sensible. Parce qu\u2019alors tout deviendrait durablement plus difficile, et que ce sont les forces du repli sur soi qui risqueraient de triompher. Et \u00e0 cela, personne ne peut avoir int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>Et puis il y a l\u2019hypoth\u00e8que du Brexit. Il ne s\u2019agit pas seulement de la sortie \u2013 ordonn\u00e9e ou non \u2013 du Royaume-Uni en dehors de l\u2019Union, avec tous les affaiblissements que cela suppose. Ce Brexit menace la survie m\u00eame de celle-ci, et cela arrangerait tellement les Britanniques qu\u2019elle \u00e9clate\u00a0! Ils avaient d\u2019ailleurs s\u00fbrement pens\u00e9 tirer profit dans la n\u00e9gociation de son \u00e9vidente h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 et des int\u00e9r\u00eats divergents des \u00ab\u00a027\u00a0\u00bb. Or, sous la houlette de M.\u00a0Barnier et de son \u00e9quipe, les 27 sont rest\u00e9s remarquablement unis, et c\u2019est en soi un grand succ\u00e8s. Il faudra voir si cette unit\u00e9 se maintient jusqu\u2019au final, car la messe n\u2019est pas encore dite. Toujours est-il que cette unit\u00e9 repr\u00e9sente un effort pour l\u2019Allemagne, qui a donc manifest\u00e9 ce faisant que la survie de l\u2019Union et de ses r\u00e8gles de fonctionnement lui \u00e9tait plus importante que certains int\u00e9r\u00eats particuliers ou plus imm\u00e9diats. Non seulement, par exemple, ceux de son industrie automobile, fortement exportatrice au Royaume Uni, ou la perte d\u2019un contributeur net important (9 milliards\u00a0\u20ac\/an), mais aussi le fait que les Britanniques jouaient parfois un r\u00f4le d\u2019alli\u00e9 non n\u00e9gligeable pour les th\u00e8ses ordo-lib\u00e9rales allemandes. Eux partis, le t\u00eate-\u00e0-t\u00eate avec la France risque de mettre davantage l\u2019Allemagne sous pression. Elle le sait et elle le redoute, mais n\u00e9anmoins joue le jeu loyalement\u00a0!<\/p>\n<h3><strong>En guise de conclusion <\/strong><\/h3>\n<p>Avec la politologue Constanze Stelzenm\u00fcller (Fondation Robert Bosch), on peut distinguer quatre p\u00e9riodes dans l\u2019\u00e9volution du dialogue franco-allemand au c\u0153ur de la construction europ\u00e9enne<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>\u00a0: (1) rendre effective la r\u00e9conciliation, (2) jeter les bases de la prosp\u00e9rit\u00e9, (3) r\u00e9aliser la transformation d\u00e9mocratique. Nous commen\u00e7ons tout juste la quatri\u00e8me, qui vise \u00e0 pr\u00e9server et d\u00e9velopper dans un monde difficile et changeant les acquis du mod\u00e8le europ\u00e9en\u00a0: d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative, \u00e9tat de droit, libert\u00e9 individuelle et \u00e9conomie sociale de march\u00e9. Plac\u00e9e au c\u0153ur de tous les flux &#8211; bons et moins bons &#8211; qui traversent l\u2019Europe, soci\u00e9t\u00e9 riche et vieillissante, l\u2019Allemagne est devenue un peu plus compliqu\u00e9e que jadis. L\u2019heure est peut-\u00eatre plus \u00e0 la patience et aux pas mesur\u00e9s qu\u2019aux grandes avanc\u00e9es, mais s\u00fbrement pas au renoncement, car son int\u00e9r\u00eat m\u00eame est bien trop d\u00e9pendant du progr\u00e8s de l\u2019Europe, et celui-ci implique une relation \u00e9troite avec la France. Quant \u00e0 celle-ci, sans perdre ni hauteur de vues ni ambition, en poursuivant un dialogue compr\u00e9hensif et proche avec son partenaire, il importe que l\u2019on y comprenne \u00e0 quel point la politique est \u00ab\u00a0l\u2019art du possible\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<p><em>Mots-cl\u00e9s : avenir de l\u2019Union &#8211; processus de d\u00e9cision<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><em><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> L\u2019\u00e9pargne des Allemands est plus sur un compte en banque et moins en biens immobiliers que celle des Fran\u00e7ais. Elle est donc plus sensible \u00e0 ce type de d\u00e9cisions.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Financial Times, 12 mars 2019\u00a0: \u00ab\u00a0A new Franco-German narrative for Europe\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il ne faut pas attendre de l\u2019axe franco-allemand plus que ce qu\u2019il peut raisonnablement apporter\u00a0! Depuis les d\u00e9buts de l\u2019Union, cet axe a fait montre de son utilit\u00e9, et rien d\u2019important n\u2019aurait pu se faire sans lui. Il n\u2019est pas pour autant \u00e0 lui seul la martingale du succ\u00e8s, et il est bon d\u2019examiner comment [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":222,"featured_media":4077,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[171,133],"tags":[],"class_list":["post-4073","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-europe","category-themes","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4073","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/222"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4073"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4073\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4077"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4073"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4073"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4073"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}