{"id":4024,"date":"2019-04-05T07:45:44","date_gmt":"2019-04-05T05:45:44","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=4024"},"modified":"2019-04-05T07:53:19","modified_gmt":"2019-04-05T05:53:19","slug":"vers-renouveau-de-social-democratie-europe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=4024","title":{"rendered":"Vers un renouveau de la social-d\u00e9mocratie en Europe ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><em>R\u00e9flexion sur l\u2019exemple espagnol \u00e0 l\u2019approche des \u00e9lections europ\u00e9ennes de 2019<\/em><\/p>\n<p>Les partis traditionnels de gouvernement sont \u00e0 la peine en Europe, depuis plusieurs ann\u00e9es et de fa\u00e7on durable. C\u2019est vrai pour les conservateurs, lib\u00e9raux ou chr\u00e9tiens-d\u00e9mocrates, mais plus encore pour les sociaux-d\u00e9mocrates. Il y a \u00e0 chaque fois un contexte particulier qui explique par exemple comment le PS fran\u00e7ais s\u2019est \u00e9miett\u00e9 sous l\u2019effet conjugu\u00e9 des \u201cinsoumis\u201d, des \u201cfrondeurs\u201d, ou des \u201cmarcheurs\u201d, ou encore comment le SPD allemand a \u00e9t\u00e9 pris en tenaille entre son d\u00e9sir d\u2019opposition \u00e0 la politique d\u2019Angela Merkel et la n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas plonger l\u2019Allemagne dans l\u2019instabilit\u00e9. Et il n\u2019a r\u00e9\u00e9dit\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience de la \u201cgrande coalition\u201d qu\u2019au prix de tr\u00e8s forts doutes.<\/p>\n<p>Mais on voit bien qu\u2019il y a aussi un contexte g\u00e9n\u00e9ral d\u00e9favorable \u00e0 ces partis, qui ont souvent exerc\u00e9 des responsabilit\u00e9s gouvernementales au cours des cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es, et sont tenus pour responsables par les \u00e9lecteurs de leurs insatisfactions \u2013 souvent l\u00e9gitimes. La crise financi\u00e8re de 2008, dont tous les effets ne sont pas effac\u00e9s, la panne de \u201cl\u2019ascenseur social\u201d, les inqui\u00e9tudes li\u00e9es au terrorisme ou aux migrations, un changement climatique et une transition \u00e9nerg\u00e9tique mal ma\u00eetris\u00e9s, de nouveaux \u00e9quilibres mondiaux tout sauf rassurants, conjuguent leurs effets et aboutissent \u00e0 ce que, partout, les r\u00e9sultats \u00e9lectoraux des partis sociaux-d\u00e9mocrates soient en baisse, hypoth\u00e9quant leur retour au pouvoir. Parfois, c\u2019est leur survie m\u00eame qui est en jeu. Ce n\u2019est pas un moindre paradoxe, car plus que jamais les pr\u00e9conisations des sociaux-d\u00e9mocrates auraient besoin d\u2019\u00eatre entendues dans l\u2019espace public. Mais en politique o\u00f9 tout n\u2019est pas que raison, les peurs et les \u00e9motions ont aussi leur part. D\u2019o\u00f9 la question\u00a0: la social-d\u00e9mocratie a-t-elle encore un avenir en Europe comme parti de gouvernement\u00a0? On se gardera d\u2019y r\u00e9pondre directement, mais il semble n\u00e9anmoins int\u00e9ressant d\u2019examiner les \u00e9volutions tr\u00e8s particuli\u00e8res en cours en Espagne\u00a0: ne sont-elles li\u00e9es qu\u2019\u00e0 leur contexte propre, ou peut-on les voir comme une hirondelle annon\u00e7ant le renouveau\u00a0? L\u2019avenir ne devrait pas tarder \u00e0 nous apporter ses r\u00e9ponses\u00a0!<\/p>\n<h3><strong>Emergence de nouveaux partis suite \u00e0 la crise de 2008\u2026<\/strong><\/h3>\n<p>Depuis la \u00ab\u00a0transition\u00a0\u00bb qui, \u00e0 partir de 1978, mit fin au franquisme et permit ensuite l\u2019adh\u00e9sion de l\u2019Espagne \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne (1986), la vie politique s\u2019y caract\u00e9risa par l\u2019alternance au pouvoir du PSOE (socialiste) et du PP (droite), lesquels devaient parfois chercher l\u2019appoint de partis r\u00e9gionaux comme les basques ou les catalans. Mais la crise de 2008, qui vit l\u2019explosion d\u2019une \u00e9norme bulle immobili\u00e8re, frappa durement l\u2019Espagne. Le ch\u00f4mage, qui avait bien d\u00e9cru depuis les ann\u00e9es 90, remonta alors vers les sommets (27 % de la population active, 50 % chez les jeunes), le PIB chuta de 5 %, et les salaires de 25 %. Ce n\u2019est pas pour autant que les Espagnols enfil\u00e8rent des gilets jaunes et occup\u00e8rent les ronds-points, mais quand m\u00eame, il fallait que la repr\u00e9sentation politique puisse exprimer la col\u00e8re et la souffrance de la partie la plus vuln\u00e9rable de la population. Le mouvement des \u201cindign\u00e9s\u201d, n\u00e9 suite \u00e0 l\u2019expulsion de leurs logements par les banques de ceux qui ne pouvaient plus payer les hypoth\u00e8ques, trouva sa traduction politique avec Podemos, un parti d\u2019inspiration gaucho-libertaire, plut\u00f4t jeune et urbain, qui se situa d\u2019embl\u00e9e \u00e0 la gauche du PSOE, et avec pour but de supplanter ce dernier.<\/p>\n<p>A droite, le parti Ciudadanos naquit en r\u00e9action \u00e0 l\u2019effroyable corruption qui r\u00e9gnait \u2013 entre autres, mais notamment &#8211; dans le PP et dont les r\u00e9v\u00e9lations successives ne firent qu\u2019indigner toujours plus de nombreux Espagnols, plong\u00e9s dans des difficult\u00e9s au quotidien. Apr\u00e8s une p\u00e9riode consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9mergence, puis la consolidation des deux nouveaux venus, on arriva assez vite \u00e0 un partage de l\u2019\u00e9lectorat en quatre parties presque \u00e9gales, quoiqu\u2019avec des fluctuations, et toujours une certaine avance pour le PP, puis pour le PSOE. Chacun des deux nouveaux partis semblait grignoter inexorablement l\u2019avantage r\u00e9siduel du parti leader de son camp, et ils se situaient eux-m\u00eames dans cette logique du \u201csorpasso\u201d \u00e9lectoral, qu\u2019il voyaient comme leur voie privil\u00e9gi\u00e9e d\u2019acc\u00e9der au pouvoir, et qui les accaparait presque plus que tout le reste. On voit aujourd\u2019hui que c\u2019\u00e9tait assez pr\u00e9somptueux.<\/p>\n<h3><strong>\u2026 et alliances fragiles<\/strong><\/h3>\n<p>En tout cas, c\u2019en \u00e9tait fini d\u2019un bipartisme rassurant, mais failli. Or, tant la soci\u00e9t\u00e9 civile que la classe politique manquaient d\u2019exp\u00e9rience pour g\u00e9rer la nouveaut\u00e9 du multipartisme, et l\u2019on assista \u00e0 des moments de confusion. Ainsi, entre les deux l\u00e9gislatives de d\u00e9cembre 2015 et d\u2019octobre 2016, l\u2019Espagne connut dix mois sans pouvoir investir de gouvernement. Plus aucun parti n\u2019avait la majorit\u00e9 \u00e0 lui seul, ni ne s\u2019imposait indiscutablement. Et ce n\u2019\u00e9tait pas non plus le cas d\u2019une coalition de deux des quatre partis, \u00e0 l\u2019exception d\u2019un impensable accord PP-PSOE, dont personne ne voulait. Il fallut alors explorer la possibilit\u00e9 d\u2019une coalition tripartite, par nature plus difficile \u00e0 former et plus instable, et le PSOE de P.\u00a0Sanchez, qui avait n\u00e9goci\u00e9 avec Ciudadanos un pr\u00e9-accord de gouvernement, rechercha par deux fois l\u2019investiture. Cela aurait suppos\u00e9 sinon l\u2019appui explicite, du moins l\u2019abstention bienveillante de Podemos. Ce que ce parti refusa les deux fois, sans doute parce qu\u2019il ne voulait \u00e0 aucun prix de la victoire du PSOE. Les \u201cbarons\u201d r\u00e9gionaux du PSOE, inquiets du d\u00e9clin \u00e9lectoral de leur parti (84 d\u00e9put\u00e9s sur 350 en octobre 2016, soit pas m\u00eame 25 %) \u00e9cart\u00e8rent alors P.\u00a0Sanchez de la direction et permirent, par leur abstention, l\u2019investiture d\u2019un gouvernement minoritaire du PP, dirig\u00e9 par Rajoy, et appuy\u00e9 par Ciudadanos. Comme le PSOE n\u2019avait pas conclu d\u2019alliance avec ces deux partis, ce n\u2019\u00e9tait pas vraiment une tripartite, il n\u2019emp\u00eache que la survie du gouvernement d\u00e9pendait de son bon vouloir.<\/p>\n<p>Dans l\u2019intervalle, P.\u00a0Sanchez revint \u00e0 la t\u00eate du PSOE lors d\u2019un congr\u00e8s, contre l\u2019avis des \u201cbarons\u201d mais avec la pr\u00e9f\u00e9rence marqu\u00e9e des militants. Il mena une opposition d\u00e9termin\u00e9e au gouvernement de Rajoy, ce qui ne l\u2019emp\u00eacha pas de le rejoindre lors de la mise sous tutelle de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 de Catalogne (art. 155 de la Constitution) en octobre 2017, apr\u00e8s que les ind\u00e9pendantistes eurent fait voter au parlement r\u00e9gional des lois dites de d\u00e9connexion, aussit\u00f4t d\u00e9clar\u00e9es ill\u00e9gales par le Tribunal Constitutionnel, et proclam\u00e9 dans des conditions rocambolesques l\u2019ind\u00e9pendance de la Catalogne. Elle aussi imm\u00e9diatement d\u00e9clar\u00e9e ill\u00e9gale. Sanchez critiquait l\u2019immobilisme du gouvernement, qui en six ans n\u2019\u00e9tait parvenu \u00e0 aucun progr\u00e8s dans le r\u00e8glement de la crise catalane, et parce qu\u2019il ne la traitait que sous l\u2019angle judiciaire, sans faire aucun effort s\u00e9rieux de dialogue. Il critiquait aussi la poursuite d\u2019une aust\u00e9rit\u00e9 douloureuse, la faiblesse de l\u2019engagement europ\u00e9en, et affirmait la n\u00e9cessit\u00e9 de faire plus en mati\u00e8re de lutte contre les discriminations, notamment de genre, contre la violence machiste, et quant \u00e0 la crise des r\u00e9fugi\u00e9s. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une fa\u00e7on d\u2019indiquer ses propres priorit\u00e9s. Mais, instruit par ses m\u00e9saventures ant\u00e9rieures, il r\u00e9sistait aux demandes incessantes de Podemos de chercher \u00e0 faire tomber Rajoy par une motion de censure parlementaire, attendant son heure pour qu\u2019il tombe comme un fruit m\u00fbr.<\/p>\n<h3><strong>La justice permet de faire tomber Rajoy (PP)<\/strong><\/h3>\n<p>En quoi il fit bien car cette heure vint en mai 2018, lorsque le tribunal qui instruisait l\u2019un des cas de corruption li\u00e9 au PP, l\u2019affaire \u201cG\u00fcrtel\u201d, pronon\u00e7a des condamnations et signala que l\u2019affirmation de Rajoy selon laquelle il n\u2019\u00e9tait pas au courant des \u00e9normes malversations du tr\u00e9sorier de son parti, Luis Barcenas, n\u2019\u00e9tait pas cr\u00e9dible. Pour Sanchez, quelle meilleure confirmation de ses th\u00e8ses que celle d\u2019une justice lente mais opini\u00e2tre, lui qui d\u00e9j\u00e0 en 2015 reprochait \u00e0 Rajoy de couvrir la corruption au sein de son parti, et lui disait que c\u2019\u00e9tait une honte et qu\u2019il devait d\u00e9missionner? C\u2019est alors qu\u2019il d\u00e9clencha la motion de censure, et la gagna gr\u00e2ce \u00e0 une improbable coalition de son parti (84 si\u00e8ges) avec Podemos (71), les ind\u00e9pendantistes catalans (14), les nationalistes basques (7), et le parti canarien (1). Cette courte majorit\u00e9 de circonstance permit \u00e0 P.\u00a0Sanchez de devenir Premier Ministre d\u2019un gouvernement uniquement PSOE sans passer par la case \u201c\u00e9lections\u201d. Il annon\u00e7a tout d\u2019abord l\u2019organisation de prochaines l\u00e9gislatives, ainsi que beaucoup le lui demandaient (comme une compr\u00e9hensible v\u00e9rification de l\u00e9gitimit\u00e9). Assez vite cependant, il se ravisa et annon\u00e7a son intention de terminer la l\u00e9gislature, qui courait jusqu\u2019en 2020. Avec pour raisonnement politique\u00a0: dans le laps de temps relativement bref qui reste \u00e0 courir, tentons de convaincre un \u00e9lectorat d\u00e9sabus\u00e9 et r\u00e9ticent de ce dont les socialistes sont capables, et essayons alors de gagner plus confortablement. Apr\u00e8s la motion de censure, Podemos avait pens\u00e9 pouvoir monnayer son soutien et obtenir des postes minist\u00e9riels-cl\u00e9s, dont la vice-pr\u00e9sidence du gouvernement. Ce que Sanchez refusa sans ambages, conscient du fait que beaucoup d\u2019Espagnols associent Podemos avec le Venezuela et craignent la paup\u00e9risation du pays si ce parti parvenait de pr\u00e8s ou de loin au pouvoir. Il ne voulut donc leur promettre une alliance en bonne et due forme (in\u00e9vitable \u00e0 la longue), qu\u2019apr\u00e8s un temps aussi long que possible o\u00f9 le PSOE pourrait d\u00e9j\u00e0 faire ses preuves seul.<\/p>\n<h3><strong>L\u2019habilet\u00e9 de Sanchez <\/strong><\/h3>\n<p>Incontestablement, il y a une part de funambulisme dans la d\u00e9marche de Sanchez, bas\u00e9e sur une coalition aussi h\u00e9t\u00e9roclite que fragile, mais aussi de volontarisme\u00a0et d\u2019audace : celle de celui qui sait distinguer le temps de l\u2019attente de celui de l\u2019action, et de celui qui sait transformer en force politique une faiblesse initiale. Sans que cela n\u2019ait peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 suffisamment appr\u00e9ci\u00e9 \u00e0 sa juste valeur, P.\u00a0Sanchez a donn\u00e9 \u00e0 l\u2019Europe une le\u00e7on politique assez magistrale. Il commen\u00e7a par former un gouvernement rajeuni, comp\u00e9tent et tr\u00e8s f\u00e9minis\u00e9, dont la composition m\u00eame, visiblement peaufin\u00e9e \u00e0 l\u2019avance, r\u00e9sonnait comme autant de messages\u00a0: action sociale, prise en compte de la dimension environnementale et du changement climatique, lutte contre les discriminations et la violence machiste, renforcement de l\u2019ancrage europ\u00e9en, reprise du dialogue territorial, en premier lieu avec les Catalans, et recherche de la r\u00e9conciliation nationale pour refermer d\u00e9finitivement la page noire du franquisme. A l\u2019oppos\u00e9 par exemple du parti travailliste de J. Corbyn, qui semble un peu fossilis\u00e9, Sanchez cherche \u00e0 dessiner les contours de ce que pourrait \u00eatre une social-d\u00e9mocratie convaincante pour le XXI\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Comme il \u00e9tait parvenu au pouvoir en juin 2018, sagement il ne chercha pas \u00e0 modifier le budget que venait de faire approuver Rajoy juste avant sa chute. En revanche, il se mit tout de suite \u00e0 la pr\u00e9paration d\u2019un projet de budget pour 2019 plus conforme \u00e0 ses orientations. Hausse de 23 % du SMIC, qui passerait \u00e0 900\u20ac\/mois sur 14 mois, maintien de la progression des pensions, relance des investissements en infrastructures et dans la recherche, r\u00e9\u00e9quilibrage\u00a0 des investissements publics dans les r\u00e9gions, notamment au profit de la Catalogne, o\u00f9 le retard \u00e9tait manifeste. Le tout au prix d\u2019une l\u00e9g\u00e8re hausse du d\u00e9ficit, qui passerait ainsi de 1,4 \u00e0 1,8 % du PIB, en accord avec la Commission europ\u00e9enne, et toujours dans les clous du pacte de stabilit\u00e9 (r\u00e8gle des 3 %).<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, le poids de la dette publique, pass\u00e9e en dix ans de 60 % \u00e0 100 % du PIB sous l\u2019effet de la crise, ne donne pas au gouvernement de grandes marges, mais m\u00eame cette petite augmentation du d\u00e9ficit appara\u00eet comme contra-cyclique \u00e0 un moment o\u00f9 la croissance \u2013 3-4 % en moyenne en Espagne ces derni\u00e8res ann\u00e9es \u2013 donne quelques signes de fl\u00e9chissement. P.\u00a0Sanchez avait fait du vote de son projet de budget la pierre angulaire de sa survie politique \u00e0 court terme \u2013 on a vu qu\u2019elle \u00e9tait tout sauf \u00e9vidente \u2013 et si la reprise du dialogue avec les ind\u00e9pendantistes catalans avait bien pour but la recherche d\u2019une solution politique \u00e0 cette crise, le march\u00e9 leur fut clairement mis en main que cela devait passer par leur soutien au budget. Au passage, c\u2019\u00e9tait une fa\u00e7on de les faire rentrer dans le jeu habituel des institutions, dont ils ne cessaient de s\u2019exclure davantage. Cette \u00e9quation d\u00e9clencha de la part de la droite (PP et Ciudadanos) un pilonnage anti-Sanchez d\u2019une incroyable violence, o\u00f9 ils l\u2019accusaient de se mettre \u00e0 la main des ind\u00e9pendantistes et de leur vendre l\u2019unit\u00e9 de l\u2019Espagne en \u00e9change de sa suppos\u00e9e soif de pouvoir. Une sorte de version moderne du plat de lentilles de la Bible. En l\u2019occurrence, un discours choquant o\u00f9 l\u2019insulte le dispute au mensonge et que certains qualifi\u00e8rent \u201cde guerre civile\u201d. Par exemple, ils n\u2019h\u00e9sit\u00e8rent pas \u00e0 appeler Sanchez un tra\u00eetre au pays !<\/p>\n<h3><strong>Prochaine \u00e9tape : les \u00e9lections du 28 avril<\/strong><\/h3>\n<p>Or justement, les ind\u00e9pendantistes rejet\u00e8rent ce projet de budget, for\u00e7ant par l\u00e0 Sanchez \u00e0 organiser des l\u00e9gislatives anticip\u00e9es, pr\u00e9vues pour le 28 avril. En refusant la main tendue du Premier Ministre, ils apportaient certes un d\u00e9menti cinglant au discours chauvin et absurde de la droite, mais surtout ils donnaient \u00e0 penser qu\u2019ils voyaient plus d\u2019avantages \u00e0 un possible retour de cette m\u00eame droite au pouvoir \u00e0 Madrid (sous forme d\u2019une coalition PP-Ciudadanos soutenue par Vox, le nouveau parti d\u2019extr\u00eame droite) qu\u2019\u00e0 la poursuite de l\u2019exp\u00e9rience du gouvernement Sanchez et de sa politique de d\u00e9tente. L\u2019heure d\u2019un choix important pour l\u2019Espagne \u2013 et par cons\u00e9quent aussi pour l\u2019Europe \u2013 est donc proche. Le r\u00e9sultat s\u2019annonce serr\u00e9, et il n\u2019est pas s\u00fbr qu\u2019il puisse donner lieu \u00e0 la formation d\u2019une majorit\u00e9 nette et stable. L\u2019intelligence du pari de P.\u00a0Sanchez est qu\u2019il se pr\u00e9sente devant les \u00e9lecteurs en disant\u00a0: \u201cvoici ce que j\u2019aimerais faire, qui est bon pour vous et pour le pays, mais comme vous l\u2019avez vu, j\u2019en ai \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9. Donnez-moi donc une majorit\u00e9 cons\u00e9quente.\u201d S\u2019il ne le gagne pas, ce sont des partis qui dans les derniers mois ont tous donn\u00e9 un tr\u00e8s fort coup de barre \u00e0 droite qui viendront au pouvoir, avec les cons\u00e9quences que l\u2019on imagine ais\u00e9ment : un fort regain de la tension, et la poursuite des blocages. Comme cela n\u2019a rien de tr\u00e8s attrayant, il n\u2019est pas impossible que Sanchez gagne ce pari, en faisant revenir vers le PSOE (et accessoirement vers son probable alli\u00e9 Podemos, bien qu\u2019il soit manifestement en crise) des \u00e9lecteurs qui n\u2019en avaient plus envie et s\u2019\u00e9taient beaucoup r\u00e9fugi\u00e9s dans l\u2019abstention. S\u2019il le gagne, et les premi\u00e8res enqu\u00eates semblent montrer que ce n\u2019est pas impossible, cela voudra dire que son courage, sa d\u00e9termination et son astuce auront pay\u00e9. Ce serait une bonne nouvelle pour l\u2019Espagne, et peut-\u00eatre un exemple \u00e0 suivre ailleurs en Europe\u00a0!<\/p>\n<p><em>Mots cl\u00e9s : Espagne, Social-d\u00e9mocratie et Elections<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9flexion sur l\u2019exemple espagnol \u00e0 l\u2019approche des \u00e9lections europ\u00e9ennes de 2019 Les partis traditionnels de gouvernement sont \u00e0 la peine en Europe, depuis plusieurs ann\u00e9es et de fa\u00e7on durable. C\u2019est vrai pour les conservateurs, lib\u00e9raux ou chr\u00e9tiens-d\u00e9mocrates, mais plus encore pour les sociaux-d\u00e9mocrates. 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