{"id":3982,"date":"2019-03-14T17:07:02","date_gmt":"2019-03-14T15:07:02","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=3982"},"modified":"2019-03-15T09:45:53","modified_gmt":"2019-03-15T07:45:53","slug":"investir-afrique-opportunites-necessite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=3982","title":{"rendered":"Investir en Afrique : opportunit\u00e9s et n\u00e9cessit\u00e9"},"content":{"rendered":"<h3><strong><u>Investir en Afrique, des opportunit\u00e9s <\/u><\/strong><\/h3>\n<h4><strong><em>Les atouts du continent africain <\/em><\/strong><\/h4>\n<p>L\u2019engouement pour l\u2019investissement en Afrique s\u2019explique principalement par les fortes perspectives de rentabilit\u00e9 du continent. L\u2019Afrique est devenue un march\u00e9 prometteur pour les investisseurs en raison de sa <strong><em>d\u00e9mographie<\/em><\/strong>. Alors qu\u2019en 1930 le continent africain ne comptait qu\u2019environ 150\u00a0000 habitants, la conjonction de la baisse de la mortalit\u00e9 infantile, de l\u2019allongement de la dur\u00e9e de vie et du maintien d\u2019une natalit\u00e9 importante a permis en moins d\u2019un si\u00e8cle l\u2019explosion de la d\u00e9mographie africaine. Un terrien sur six (soit 1,2 milliard de personnes) vit aujourd\u2019hui sur le continent africain, en 2050, ce sera 1 sur 4. La croissance d\u00e9mographique d\u00e9c\u00e9l\u00e8re ou se stabilise partout dans le monde, sauf en Afrique. En 2050, selon le sc\u00e9nario moyen des projections de la division de la population des Nations Unies, il y aura sur terre 10 milliards d\u2019habitants, dont 2,4 en Afrique. En 2100, le continent africain devrait abriter 4,4 milliards de personnes, soit pr\u00e8s de 40 % de la population mondiale.<\/p>\n<p>Cette population, majoritairement jeune, ouvre une fen\u00eatre d\u2019opportunit\u00e9s connue sous l\u2019appellation de \u00ab\u00a0dividende d\u00e9mographique\u00a0\u00bb. Cette notion est d\u00e9finie comme le surplus de la croissance \u00e9conomique r\u00e9sultant de la sup\u00e9riorit\u00e9 en nombre des personnes actives sur les personnes ne travaillant pas. La jeunesse de la population contribue en effet \u00e0 l\u2019abondance de main-d\u2019\u0153uvre, qui repr\u00e9sente l\u2019un des potentiels les plus importants pour une industrialisation \u00e0 forte intensit\u00e9 de main-d\u2019\u0153uvre. Selon le site Africarenewal on line, le salaire horaire en Afrique est inf\u00e9rieur \u00e0 50\u00a0cents (il est par exemple de 0,27$ au Mozambique, 0,34$ au Nig\u00e9ria et 1,62$ au Maroc), \u00e0 comparer \u00e0 10,49$ au Royaume-Uni, 7,25$ aux \u00c9tats-Unis et 6,57$ au Japon. D\u2019apr\u00e8s la Harvard Business Review, l&rsquo;Afrique devrait capter la majeure partie des 85 \u00e0 100 millions d&#8217;emplois manufacturiers \u00e0 faible co\u00fbt et \u00e0 forte intensit\u00e9 de main-d&rsquo;\u0153uvre que la Chine perdrait d&rsquo;ici 2030. L\u2019Afrique pourrait ainsi, gr\u00e2ce \u00e0 sa d\u00e9mographie, suivre l\u2019exemple chinois du 20\u00e8 si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Outre la composante d\u00e9mographique, l\u2019importance des <strong><em>ressources naturelles<\/em><\/strong>, celle des <strong><em>terres cultivables<\/em><\/strong> et de l\u2019<strong><em>ensoleillement <\/em><\/strong>sont \u00e9galement des atouts sp\u00e9cifiques du continent africain, qui conduisent les investisseurs \u00e0 privil\u00e9gier des secteurs et des pays. Des <strong><em>secteurs cibles<\/em><\/strong>\u00a0: l\u2019\u00e9nergie tout d\u2019abord, suivie par les services financiers, puis par les transports, l\u2019agriculture, l\u2019industrie, la sant\u00e9, les t\u00e9l\u00e9coms et, enfin, le BTP et la grande distribution. Des <strong><em>pays cibles<\/em><\/strong><strong><em>\u00a0: <\/em><\/strong>cette ann\u00e9e selon une \u00e9tude d\u2019Havas-Horizons, les pays jug\u00e9s les plus prometteurs par les investisseurs sont, dans l\u2019ordre, la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire, le Kenya, le Nig\u00e9ria, le Ghana et l\u2019Afrique du Sud <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<h4><strong><em>Le r\u00e9cent succ\u00e8s des fonds de capital-investissement <\/em><\/strong><\/h4>\n<p>Autrefois seuls les <strong><em>fonds publics, multilat\u00e9raux ou bilat\u00e9raux<\/em><\/strong> assuraient le financement des investissements en Afrique. Or, le d\u00e9veloppement \u00e9conomique des pays d\u2019Afrique passe par celui des PME et des ETI, dont la taille \u00e9tait trop faible au regard des moyens \u00e0 mettre en \u0153uvre pour leur analyse financi\u00e8re. Les bailleurs de fonds se sont repos\u00e9s sur l\u2019interm\u00e9diation des <strong><em>banques de d\u00e9veloppement<\/em><\/strong> nationales, sans grand succ\u00e8s. Les banques de d\u00e9veloppement multilat\u00e9rales (BAD, BOAD, BDEAC), \u00e0 l\u2019instar des bailleurs internationaux, n\u2019\u00e9taient pas dimensionn\u00e9es non plus pour le financement et le suivi des projets de petite taille.\u00a0 Les <strong><em>institutions\u00a0 de microfinance<\/em><\/strong> ont contribu\u00e9 au financement de projets, mais la taille et le potentiel des projets concern\u00e9s relevaient davantage de la survie individuelle d\u2019une famille ou d\u2019une micro-entreprise que d\u2019une v\u00e9ritable strat\u00e9gie d\u2019investissement et de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Le paysage a consid\u00e9rablement chang\u00e9 ces quinze derni\u00e8res ann\u00e9es, gr\u00e2ce \u00e0 la multiplication des <strong><em>fonds de capital-investissement actifs<\/em><\/strong><strong><em>, <\/em><\/strong>organismes qui d\u00e9tiennent collectivement des actifs financiers, c\u2019est-\u00e0-dire de titres de propri\u00e9t\u00e9, des actions ou encore des contrats et peuvent rapporter des revenus ou des gains en capital \u00e0 leurs d\u00e9tenteurs, en contrepartie d&rsquo;une certaine prise de risque. Selon l&rsquo;Association africaine de capital-investissement et de capital risque (AVCA), les fonds de capital-investissement actifs en Afrique ont lev\u00e9 2,4 milliards de dollars durant le premier semestre 2018, 60 % de ces lev\u00e9es de fonds ayant \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es par des v\u00e9hicules d\u2019investissement d\u00e9di\u00e9s aux infrastructures. En Afrique de l\u2019Ouest, les principaux fonds actifs dans la r\u00e9gion sont, dans le d\u00e9sordre, Investisseurs &amp; Partenaires, Emerging Capital Partners, AfricInvest, Amethis Finance, Cauris Invest, Phoenix Capital Partners ou encore Adenia Partners. Mais il existe \u00e9galement des fonds multi-pays dont l\u2019activit\u00e9 africaine est significative\u00a0: Partech Africa, PAI Partners, les fonds d\u2019investissements climatiques, le FISEA, et en Allemagne le r\u00e9cent \u00ab\u00a0Compact with Africa\u00a0\u00bb, sans oublier les fonds de pension africains qui ont un bel avenir sur le continent, ni les plateformes de crowdfunding comme Afrikwity et Cofundy. Et Proparco, la filiale secteur priv\u00e9 de l\u2019Agence Fran\u00e7aise de D\u00e9veloppement, associ\u00e9e dans plusieurs fonds actifs, joue un r\u00f4le important dans le financement des <em>start-ups <\/em>\u00a0africaines.<\/p>\n<h4><strong><em>Une forte rentabilit\u00e9 potentielle,\u00a0 en relation avec un niveau de risque \u00e9lev\u00e9<\/em><\/strong><\/h4>\n<p>Un rapport de la Conf\u00e9rence des Nations Unies sur le commerce et le d\u00e9veloppement indique qu\u2019entre 2006 et 2011, <strong><em>l\u2019Afrique a enregistr\u00e9 le taux le plus \u00e9lev\u00e9 de rendement des investissements directs \u00e9trangers<\/em><\/strong>, soit 14\u00a0%, \u00e0 comparer aux taux de 9,1\u00a0% en Asie, 8,9\u00a0% dans la r\u00e9gion Am\u00e9rique Latine et Cara\u00efbes. Le taux \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale est de 7,1\u00a0%. Selon des donn\u00e9es conjointement produites par Ernst &amp; Young et l\u2019AVCA, en 2016 et 2017, le rendement de ces activit\u00e9s, pr\u00e9sent\u00e9 en valeur relative, a \u00e9t\u00e9 sup\u00e9rieur de 76 % \u00e0 celui de la r\u00e9f\u00e9rence des investissements boursiers en Afrique, qu&rsquo;est le <em>MSCI Emerging Markets Investable Markets Index<\/em>.<\/p>\n<p>Cette rentabilit\u00e9 va de pair avec <strong><em>un niveau de risque \u00e9lev\u00e9\u00a0<\/em><\/strong>:<\/p>\n<ul>\n<li>Tout d\u2019abord, bien s\u00fbr, le <strong><em>risque politique<\/em><\/strong> (tr\u00e8s nombreux coups d\u2019Etat) et <strong><em>de gouvernance<\/em><\/strong>, notamment l\u2019indice de corruption de Transparency International. Cet indice utilise une e\u0301chelle de 0 a\u0300 100 dans laquelle 0 correspond a\u0300 un pays extre\u0302mement corrompu et 100 a\u0300 un pays sans corruption. Selon son classement, repris par le site\u00a0de la revue Jeune Afrique, en 2017, le continent africain\u00a0reste la r\u00e9gion la plus mal class\u00e9een terme de perception de la corruption,\u00a0avec un score de 32. Et pour Transparency International, il y a un lien \u00ab\u00a0entre les niveaux de corruption, la d\u00e9fense des libert\u00e9s de journalistes, et l\u2019engagement de la soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb.\u00a0Un chiffre \u00e9loquent : en 2017, plus de 9 journalistes sur 10 tu\u00e9s dans le monde l\u2019ont \u00e9t\u00e9 dans des pays dont le score est inf\u00e9rieur ou \u00e9gal \u00e0 45.<\/li>\n<li>La <strong><em>volatilit\u00e9 des devises <\/em><\/strong>et la difficult\u00e9 de couvrir <strong><em>le risque de change<\/em><\/strong> aff\u00e9rent. A cet \u00e9gard, malgr\u00e9 des critiques dont il fait l\u2019objet \u00e0 juste titre, le franc CFA pr\u00e9sente des m\u00e9rites qui peuvent, entre autres, soutenir les investissements en C\u00f4te d\u2019Ivoire par exemple. A l\u2019inverse,\u00a0la volatilit\u00e9 du rand sud-africain et du naira nig\u00e9rian contribue \u00e0 fragiliser les investissements dans ces pays. Au Kenya, le shilling, stable jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment, subit actuellement une forte volatilit\u00e9.<\/li>\n<li><strong><em>Des obstacles culturels pouvant freiner l\u2019efficacit\u00e9 entrepreneuriale<\/em><\/strong><strong><em>. <\/em><\/strong>Mentionnons la lourdeur des proc\u00e9dures, la pr\u00e9gnance de l\u2019informel dans les relations interpersonnelles et commerciales, l\u2019acc\u00e8s difficile \u00e0 une information, notamment statistique, fiable, un contexte juridique souvent peu s\u00e9curis\u00e9, m\u00eame s\u2019il convient de souligner les efforts en la mati\u00e8re avec le droit de l\u2019OHADA (Organisation pour l\u2019Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires). Toutes ces particularit\u00e9s contribuent \u00e0 une certaine lenteur dans la mise en \u0153uvre des d\u00e9cisions et des actions. Il faut \u00ab\u00a0laisser le temps au temps\u00a0\u00bb pour \u00e9tablir la confiance, s\u00e9curiser les projets et les mettre en \u0153uvre.<\/li>\n<\/ul>\n<h3><strong><u>Investir en Afrique, une\u00a0 n\u00e9cessit\u00e9\u00a0! <\/u><\/strong><\/h3>\n<p>Auteur du livre provocateur <em>\u00abAfricanistan: l\u2019Afrique en crise va-t-elle se retrouver dans nos banlieues ?\u00bb<\/em>, Serge Michailof met en garde contre un <em>\u00abp\u00e9ril africain\u00bb<\/em> ou un <em>\u00abp\u00e9ril noir\u00bb<\/em>, en \u00e9cho au \u00abp\u00e9ril jaune\u00bb agit\u00e9 d\u00e8s la fin du 19<em><sup>\u00e8<\/sup><\/em> si\u00e8cle et qui s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre un fantasme. <em>\u00abA moins d\u2019une croissance industrielle \u00e0 la chinoise qui n\u2019est pas encore amorc\u00e9e dans les pays africains, il faut s\u2019attendre \u00e0 des migrations tr\u00e8s importantes vers l\u2019Europe d\u2019une population peu scolaris\u00e9e qu\u2019il sera difficile d\u2019int\u00e9grer\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>En 2050, le nombre des jeunes Africains devrait culminer \u00e0 840 millions, selon les pr\u00e9visions des Nations Unies. Au cours de cette m\u00eame ann\u00e9e, environ 19 millions de jeunes entreront sur le march\u00e9 du travail en Afrique subsaharienne et 4 millions en Afrique du Nord. Sur 15 ans, on recensera pr\u00e8s de 30 millions de jeunes actifs suppl\u00e9mentaires chaque ann\u00e9e sur l\u2019ensemble du continent, soit l\u2019\u00e9quivalent de trois fois la population de la Belgique. Selon l\u2019auteur pr\u00e9cit\u00e9, <em>\u00ab\u00a0Outre les violents troubles sociaux et politiques qu\u2019elle pourrait engendrer, la perte d\u2019espoir ne laissera pas beaucoup de choix aux centaines de millions de jeunes d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s. Une partie d\u2019entre eux se convertira au fondamentalisme religieux<\/em>\u00a0\u00bb. La Banque mondiale note en effet que 40\u00a0% des personnes qui adh\u00e8rent \u00e0 des mouvements extr\u00e9mistes sont motiv\u00e9es par le manque d\u2019opportunit\u00e9s \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Pour \u00e9viter ce tableau apocalyptique, que peut faire aujourd\u2019hui la communaut\u00e9 internationale\u00a0? Investir en Afrique, certes, mais pas de n\u2019importe quelle mani\u00e8re. Un certain nombre de <strong><em>mesures d\u2019accompagnement<\/em><\/strong> conditionnent le succ\u00e8s des investissements et le d\u00e9veloppement \u00e9conomique du continent. A notre sens, ces investissements seront couronn\u00e9s de succ\u00e8s sous trois conditions\u00a0: la formation d\u2019une \u00e9lite qui restera et investira sur place, la mise en place des infrastructures adapt\u00e9es partout sur le continent africain, et la mise en \u0153uvre d\u2019une strat\u00e9gie de long terme, visant \u00e0 tenir compte de certaines des pesanteurs culturelles, notamment de la situation des femmes.<\/p>\n<ul>\n<li>\n<h4><strong><em>La formation d\u2019une \u00e9lite qui restera et investira sur place<\/em><\/strong><\/h4>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans de nombreux pays africains francophones, il existe de longue date une \u00e9lite bien form\u00e9e, souvent issue de nos universit\u00e9s, voire m\u00eame de nos grandes \u00e9coles. H\u00e9las pour l\u2019Afrique, la plupart de ces personnalit\u00e9s, hormis en exer\u00e7ant des postes politiques ou administratifs importants, n\u2019ont gu\u00e8re travaill\u00e9 dans les entreprises de leur pays, faute de domaines professionnels \u00e0 leur mesure et d\u2019investissements en rapport. Les plus anciens avaient, en effet, re\u00e7u l\u2019h\u00e9ritage d\u2019une formation \u00ab\u00a0coloniale\u00a0\u00bb visant surtout \u00e0 les pr\u00e9parer \u00e0 des postes de haute administration. L\u2019Afrique du Sud a mieux r\u00e9ussi \u00e0 fixer ses \u00e9lites sur place, notamment gr\u00e2ce \u00e0 la politique volontariste du \u00ab\u00a0<em>Black empowerment<\/em>\u00a0\u00bb et des quotas introduits dans les grandes entreprises du pays.<\/p>\n<p>Une vraie politique de d\u00e9veloppement des entreprises africaines passe par le <strong><em>d\u00e9veloppement de\u00a0 formations africaines de haut niveau<\/em><\/strong>. Des universit\u00e9s r\u00e9put\u00e9es, parfois issues de grandes \u00e9coles ou universit\u00e9s europ\u00e9ennes, existent d\u00e9j\u00e0 de longue date dans plusieurs pays\u00a0: S\u00e9n\u00e9gal, Maroc, Tunisie notamment. Cependant, la formation qui y est dispens\u00e9e n\u2019est pas toujours adapt\u00e9e \u00e0 une carri\u00e8re en Afrique, car empreinte de la culture europ\u00e9enne. Les \u00e9coles de management ont eu peu de succ\u00e8s aupr\u00e8s des \u00e9lites africaines, sans doute car leurs enseignements ne sont pas adapt\u00e9s aux sp\u00e9cificit\u00e9s du continent. L\u2019INSEAD recrute peu d\u2019Africains et peine \u00e0 s\u2019implanter sur le continent africain comme elle l\u2019a largement fait en Asie et au Moyen Orient.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, l\u2019int\u00e9r\u00eat du monde \u00e9conomique pour l\u2019Afrique s\u2019accompagne de la mise en place de formations professionnelles de haut niveau, adapt\u00e9es au contexte africain et aux d\u00e9bouch\u00e9s de ce continent. Ainsi, Carnegie Mellon, Harvard ou Wharton lancent ou soutiennent des programmes pour former une \u00e9lite africaine destin\u00e9e \u00e0 rester sur place. Le Rwanda se veut \u00e0 la pointe\u00a0: la Tower House de Kigali est l\u2019une des t\u00eates de pont de la nouvelle \u00e9lite africaine. Cet immeuble, h\u00e9rit\u00e9 de l\u2019ancienne compagnie des t\u00e9l\u00e9coms du Rwanda, abrite en effet depuis 2011 l\u2019unique antenne africaine de l\u2019une des plus prestigieuses universit\u00e9s am\u00e9ricaines, la Carnegie Mellon University (CMU). Le cursus, pris en charge \u00e0 100\u00a0% par le gouvernement rwandais, permet \u00e0 trente \u00e9tudiants tri\u00e9s sur le volet de d\u00e9crocher un master en technologies de l\u2019information ou en ing\u00e9nierie informatique.<\/p>\n<p>En\u00a02019, deux autres initiatives dans ce domaine lanceront une nouvelle phase d\u2019op\u00e9rations\u00a0: le projet<em> Tuning Africa<\/em> est un processus collaboratif qui revoit et modernise les comp\u00e9tences et aptitudes, en adaptant davantage les programmes et l\u2019enseignement aux besoins des entreprises africaines et du march\u00e9 du travail.\u00a0Il concerne 104\u00a0universit\u00e9s dans 41\u00a0pays et couvre huit\u00a0domaines diff\u00e9rents, allant de l\u2019agriculture \u00e0 la m\u00e9decine. Plus de 1\u00a0600\u00a0\u00e9tudiants et membres du personnel ont d\u00e9j\u00e0 suivi des ateliers et des cours en ligne. L\u2019initiative \u00ab\u00a0Harmonisation de l\u2019assurance qualit\u00e9 et de l\u2019accr\u00e9ditation de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur africain\u00a0\u00bb renforce l\u2019assurance qualit\u00e9 dans l\u2019enseignement sup\u00e9rieur et instaure une confiance mutuelle, en soutenant la mobilit\u00e9 et la reconnaissance des qualifications, contribuant ainsi au programme d\u2019int\u00e9gration continentale.<\/p>\n<p>La formation des \u00e9lites africaines devra aussi \u00eatre assortie d\u2019une formation \u00e0 tous niveaux des personnels\u00a0: ing\u00e9nieurs et cadres interm\u00e9diaires dans les secteurs porteurs du d\u00e9veloppement des pays (NTIC, agronomie, sant\u00e9, \u00e9nergie etc\u2026), juristes OHADA et en droit international, etc. mais aussi mise en place de circuits de formations sp\u00e9cifiques\u00a0pour les apprentis et les ind\u00e9pendants. En outre, la force du continent que repr\u00e9sente sa main d\u2019\u0153uvre abondante, ne sera pleinement exploitable qu\u2019en association avec les progr\u00e8s de l\u2019Intelligence artificielle et de la robotisation. La <strong><em>combinaison technologie-main d\u2019\u0153uvre<\/em><\/strong> est en effet la cl\u00e9 de la comp\u00e9titivit\u00e9 future.<\/p>\n<p>Une fois form\u00e9s, les dirigeants devront <strong><em>\u00eatre incit\u00e9s \u00e0 investir dans leur pays, et accompagn\u00e9s, <\/em><\/strong>avec l\u2019appui des diasporas et des r\u00e9seaux d\u2019accompagnement. C\u2019est aussi \u00e0 ce niveau que les fonds de capital-investissement ont un r\u00f4le \u00e0 jouer, accompagn\u00e9s par des dispositifs qui peuvent s\u2019inspirer des n\u00f4tres\u00a0: BPI, r\u00e9seaux de <em>Business angels<\/em> issus de la diaspora, r\u00e9seaux d\u2019accompagnement entrepreneuriaux, incubateurs, p\u00e9pini\u00e8res, couveuses, boutiques de gestion,\u00a0 pr\u00eats d\u2019honneur, etc.<\/p>\n<p>Des m\u00e9canismes de d\u00e9fiscalisation des investissements sont \u00e9galement \u00e0 \u00e9tudier pays par pays pour permettre aux grandes entreprises et aux grandes fortunes d\u2019accompagner les <em>start-ups <\/em>et les ETI.<\/p>\n<ul>\n<li>\n<h4><strong><em>La n\u00e9cessit\u00e9 de mettre en place ou de renforcer les infrastructures, notamment num\u00e9riques<\/em><\/strong><\/h4>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les pays dot\u00e9s d\u2019infrastructures de transport, a\u00e9roportuaires, portuaires et routi\u00e8res ont une longueur d\u2019avance sur les pays enclav\u00e9s. Cette situation n\u2019emp\u00eache pas des petits pays comme le Rwanda de se positionner en pointe sur des secteurs plus immat\u00e9riels et sur l\u2019innovation.<\/p>\n<p>Les infrastructures de t\u00e9l\u00e9communications (internet et mobile), d\u00e9j\u00e0 bien d\u00e9velopp\u00e9es dans de nombreux pays, ont commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9volutionner le mode de vie des Africains. Le smartphone fait partie de la vie quotidienne des classes moyennes\u00a0: selon le cabinet Deloitte, le continent comptera 660\u00a0millions d\u2019habitants \u00e9quip\u00e9s d\u2019un \u00ab\u00a0t\u00e9l\u00e9phone intelligent\u00a0\u00bb en\u00a02020, soit deux fois plus qu\u2019en 2016.<br \/>\nL\u2019achat en ligne reste frein\u00e9 par les probl\u00e8mes de livraison et de stockage ainsi que par le co\u00fbt de l\u2019acheminement, mais aussi par les difficult\u00e9s de rep\u00e9rage local et d\u2019adressage. Jumia, cr\u00e9\u00e9 par deux fran\u00e7ais anciens de Mac Kinsey,\u00a0 se veut le leader du e-commerce africain. Apr\u00e8s un succ\u00e8s dans le domaine de la r\u00e9servation h\u00f4teli\u00e8re en ligne, Jumia se heurte aux difficult\u00e9s du e-commerce en Afrique\u00a0: infrastructures d\u00e9ficientes, probl\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9, sous-bancarisation de la population, faible p\u00e9n\u00e9tration d\u2019Internet\u2026 Pr\u00e9sent dans 14\u00a0pays africains, il couvre 80\u00a0% de la population ayant acc\u00e8s \u00e0 internet en Afrique et devrait d\u00e9passer le milliard d&rsquo;euros de volume d&rsquo;affaires en 2019. Son concurrent am\u00e9ricain Amazon \u00e9tant absent du march\u00e9, Jumia est surnomm\u00e9 parfois l&rsquo;\u00ab\u00a0Amazon africain\u00a0\u00bb ou encore l\u2019\u00ab\u00a0Alibaba africain\u00a0\u00bb. Plus de 3\u00a0000\u00a0personnes travaillent directement avec Jumia, et presque 100\u00a0000\u00a0personnes indirectement sur le continent africain. Jumia sert ainsi de relais africain aux grands distributeurs\u00a0: Jumia et Carrefour ont sign\u00e9 un partenariat global au mois de novembre 2018 pour vendre des produits Carrefour sur la plateforme Jumia. Le d\u00e9veloppement des moyens de paiement en ligne par mobile a offert \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9 une tr\u00e8s grande opportunit\u00e9 de croissance, et peut servir de mod\u00e8le pour d\u2019autres initiatives comme AfriMarket.<\/p>\n<ul>\n<li>\n<h4><strong><em>La mise en \u0153uvre d\u2019une strat\u00e9gie de long terme, visant \u00e0 tenir compte des pesanteurs culturelles et notamment l\u2019accompagnement des femmes entrepreneures<\/em><\/strong><\/h4>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 plus haut la n\u00e9cessit\u00e9 de relations interpersonnelles et de \u00ab\u00a0laisser le temps au temps\u00a0\u00bb en Afrique. Un autre enjeu est \u00e0 envisager dans une perspective de long terme\u00a0: le r\u00f4le crucial des femmes africaines. Bien qu\u2019encore trop souvent cantonn\u00e9es au foyer par une descendance nombreuse, elles d\u00e9tiennent le taux de cr\u00e9ation d\u2019entreprises le plus \u00e9lev\u00e9 au monde, selon une \u00e9tude publi\u00e9e du cabinet\u00a0de conseil en strat\u00e9gie Roland Berger\u00a0:\u00a0 24\u00a0% des femmes africaines cr\u00e9ent leur entreprise, soit un taux plus \u00e9lev\u00e9 qu\u2019en Am\u00e9rique latine et aux Cara\u00efbes (17 %), en Am\u00e9rique du Nord (12 %) et en Europe et Asie centrale (8 %). Le cabinet Roland Berger pr\u00e9cise cependant que l\u2019\u00e9cart est significatif dans le domaine de l\u2019entrepreneuriat f\u00e9minin \u00a0entre l\u2019Afrique subsaharienne (26 %), et l\u2019Afrique du Nord (8 %). L\u2019\u00e9tude estime par ailleurs que l\u2019apport de l\u2019entrepreneuriat f\u00e9minin \u00e0 l\u2019\u00e9conomie est consid\u00e9rable\u00a0: entre 150 et 200 milliards de dollars de valeur ajout\u00e9e sont cr\u00e9\u00e9s par ces femmes africaines, estime l&rsquo;\u00e9tude Roland Berger. Mais les obstacles ne manquent pas\u00a0: 39\u00a0% des entrepreneures cessent leur activit\u00e9 par manque de profitabilit\u00e9, et 15\u00a0% parce qu&rsquo;elles n&rsquo;ont pas acc\u00e8s aux financements n\u00e9cessaires pour se d\u00e9velopper. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;un meilleur accompagnement sp\u00e9cifique des entrepreneures africaines.<\/p>\n<p><strong>Pour conclure, <\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les perspectives de l\u2019investissement priv\u00e9 en Afrique sont importantes, \u00e0 condition de bien choisir les secteurs et les pays et d\u2019assortir l\u2019investissement d\u2019un certain nombre de mesures d\u2019accompagnement\u00a0en mati\u00e8re de formation, d\u2019infrastructures et d\u2019adopter un horizon de long terme. La rentabilit\u00e9 potentielle est \u00e0 la mesure du risque encouru, dont le principal demeure le risque politique.<\/strong><\/li>\n<li><strong>La communaut\u00e9 internationale s\u2019y int\u00e9resse aujourd\u2019hui fortement, et ce en d\u00e9pit du risque \u00e9lev\u00e9 encouru. La motivation de cet int\u00e9r\u00eat pour l\u2019investissement en Afrique est non seulement de tenter d\u2019obtenir des rendements \u00e9lev\u00e9s dans un contexte international de taux de rendement faibles, mais \u00e9galement la conscience qu\u2019en l\u2019absence de d\u00e9veloppement du continent africain, elle devra faire face \u00e0 des afflux migratoires consid\u00e9rables li\u00e9s \u00e0 l\u2019explosion d\u00e9mographique africaine.<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<hr \/>\n<p><em><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Selon le classement Forbes de 2019\u00a0: Maurice, Afrique du Sud, Maroc, Seychelles, Tunisie, Botswana, Rwanda, Kenya, Ghana, Egypte. Selon le classement de Rand Merchant Bank\u00a0: Egypte, Afrique du Sud, Maroc, Ethiopie, Kenya, Rwanda, Tanzanie, Nigeria, Ghana, C\u00f4te d\u2019Ivoire.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Investir en Afrique, des opportunit\u00e9s Les atouts du continent africain L\u2019engouement pour l\u2019investissement en Afrique s\u2019explique principalement par les fortes perspectives de rentabilit\u00e9 du continent. L\u2019Afrique est devenue un march\u00e9 prometteur pour les investisseurs en raison de sa d\u00e9mographie. 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