{"id":3923,"date":"2019-02-25T15:13:31","date_gmt":"2019-02-25T13:13:31","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=3923"},"modified":"2019-12-18T12:25:19","modified_gmt":"2019-12-18T10:25:19","slug":"multinationales-rendent-pib-obsolete-pib-finances-publiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=3923","title":{"rendered":"Les multinationales rendent-elles le PIB obsol\u00e8te ? &#8211; Le PIB et les finances publiques"},"content":{"rendered":"<p>[et_pb_section transparent_background=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb allow_player_pause=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb inner_shadow=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb custom_padding=\u00a0\u00bb37.9063px|0px|0px|0px\u00a0\u00bb make_fullwidth=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb use_custom_width=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb width_unit=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb custom_width_px=\u00a0\u00bb1080px\u00a0\u00bb custom_width_percent=\u00a0\u00bb80%\u00a0\u00bb make_equal=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb use_custom_gutter=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb fullwidth=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb specialty=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb admin_label=\u00a0\u00bbsection\u00a0\u00bb disabled=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb][et_pb_row make_fullwidth=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb use_custom_width=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb width_unit=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb custom_width_px=\u00a0\u00bb1080px\u00a0\u00bb custom_width_percent=\u00a0\u00bb80%\u00a0\u00bb use_custom_gutter=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb gutter_width=\u00a0\u00bb3&Prime; custom_padding=\u00a0\u00bb18.9531px|0px|0px|0px\u00a0\u00bb allow_player_pause=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb make_equal=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_1=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method_1=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb parallax_2=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method_2=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb parallax_3=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method_3=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb parallax_4=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method_4=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb admin_label=\u00a0\u00bbrow\u00a0\u00bb disabled=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb][et_pb_column type=\u00a0\u00bb4_4&Prime; disabled=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb][et_pb_text background_layout=\u00a0\u00bblight\u00a0\u00bb text_orientation=\u00a0\u00bbleft\u00a0\u00bb admin_label=\u00a0\u00bbTexte\u00a0\u00bb use_border_color=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb border_style=\u00a0\u00bbsolid\u00a0\u00bb disabled=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb]<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3933 aligncenter size-full\" src=\"wp-content\/uploads\/2019\/02\/2.jpg\" alt=\"\" width=\"170\" height=\"211\" \/><\/p>\n<p><em>Cet article se situe dans la continuit\u00e9 du d\u00e9bat ouvert dans les colonnes de Variances par Didier Blanchet dans sa contribution du 15 f\u00e9vrier\u00a02019 : \u00ab <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"?p=3877\">Economie num\u00e9rique, globalisation\u00a0: de nouveaux probl\u00e8mes pour la mesure de la croissance\u00a0?<\/a><\/span><\/span> \u00bb. <\/em><\/p>\n<p>Beaucoup sont, comme moi, \u00e9blouis par les produits innovants et l\u2019efficacit\u00e9 des services qu\u2019offrent les GAFA\u2026 tout en \u00e9tant offusqu\u00e9s par leur optimisation fiscale, tout \u00e0 fait l\u00e9gale par ailleurs\u00a0! Peu savent que leur comportement a des cons\u00e9quences sur la qualit\u00e9 des statistiques macro-\u00e9conomiques. L\u2019optimisation fiscale des multinationales joue en effet sur trois registres\u00a0: des prix de transferts entre filiales, une localisation artificielle de leurs actifs intangibles, la cr\u00e9ation de soci\u00e9t\u00e9s-\u00e9cran \u00ab\u00a0coquilles vides\u00a0\u00bb sauf pour d\u2019\u00e9normes actifs et passifs financiers dont le r\u00f4le est de transf\u00e9rer des profits vers les paradis fiscaux. Le premier registre affecte directement le PIB qui n\u2019a de sens que si les transactions qui y sont incluses sont valoris\u00e9es \u00e0 leur prix de march\u00e9. Le deuxi\u00e8me, bas\u00e9 sur l\u2019extr\u00eame ubiquit\u00e9 de ces actifs intangibles (logiciels, brevets, licences), cr\u00e9e de la valeur ajout\u00e9e l\u00e0 o\u00f9 elle est la moins impos\u00e9e et non l\u00e0 o\u00f9 elle est g\u00e9n\u00e9r\u00e9e. Le troisi\u00e8me cr\u00e9e des flux d\u2019int\u00e9r\u00eats fictifs entre pays et biaise les statistiques d\u2019investissements directs.<\/p>\n<p>Les statisticiens sont depuis longtemps conscients de ces probl\u00e8mes. Mais \u00e9tant impuissants \u00e0 les corriger (leur acc\u00e8s aux donn\u00e9es strat\u00e9giques de ces entreprises \u00e9tant minimal), ils les ont donc ignor\u00e9s en pratique\u2026 jusqu\u2019au tremblement de terre statistique de juillet 2016 en Irlande quand on apprit que la croissance de 2015 du pays avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9vis\u00e9e \u00e0 + 26 %\u00a0! Ceci poussa Paul Krugman, prix Nobel d\u2019\u00e9conomie et chroniqueur au New York Times, \u00e0 tweeter d\u00e8s le lendemain : \u00ab\u00a0<em>Leprechaun economics\u00a0? Why are these in GDP\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb, ce qui, sachant que les \u00ab\u00a0Leprechauns\u00a0\u00bb sont des petits lutins de la mythologie celte (voir l\u2019image ci-dessus), refl\u00e9tait la stupeur de la plupart des commentateurs devant un chiffre qui peut para\u00eetre aberrant sachant que ni l\u2019emploi ni la consommation des m\u00e9nages n\u2019ont suivi. Sa r\u00e9action \u00e9tait un peu m\u00e9chante car le CSO est un institut de statistique tr\u00e8s professionnel confront\u00e9 \u00e0 une situation qui sort de l\u2019ordinaire\u00a0: d\u2019\u00e9normes multinationales et un petit pays\u2026<\/p>\n<p>L\u2019exacte origine de ce chiffre reste n\u00e9anmoins obscure et c\u2019est pourquoi j\u2019emploierai beaucoup le conditionnel dans cette tribune. Cette retenue est d\u2019ailleurs tout \u00e0 l\u2019honneur de nos coll\u00e8gues statisticiens irlandais. Le probl\u00e8me trouve en effet son origine dans les comptes d\u2019une (ou de quelques, ce n\u2019est pas clair) entreprise(s) et les statisticiens de tous les pays se font un devoir de pr\u00e9server la confidentialit\u00e9 des comptes individuels d\u2019entreprise. Tout le monde a cependant devin\u00e9 qu\u2019il s\u2019agit probablement de l\u2019une des GAFA bien connues pour adorer le climat irlandais. Son nom circule sous le manteau mais je respecterai ici le secret. Peu importe d\u2019ailleurs laquelle de ces multinationales est en cause car le probl\u00e8me est g\u00e9n\u00e9ral\u00a0: est-il encore possible de nos jours de calculer un PIB, indicateur \u00ab\u00a0territorial\u00a0\u00bb par construction, dans une \u00e9conomie mondialis\u00e9e o\u00f9 les multinationales jouent un r\u00f4le de plus en plus important\u00a0?<\/p>\n<p>Didier Blanchet, dans son article du 15 f\u00e9vrier, a le grand m\u00e9rite de mettre le probl\u00e8me sur la table et \u00ab\u00a0risque\u00a0une position dans ce d\u00e9bat \u00bb en concluant que l\u2019interpr\u00e9tation du PIB (sous-entendu, en volume) comme <em>indicateur d\u2019activit\u00e9<\/em> est \u00e0 remiser sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re des antiquit\u00e9s et que, dans nos \u00e9conomies mondialis\u00e9es, on est condamn\u00e9 \u00e0 concevoir le PIB (sous-entendu, \u00e0 prix courants) uniquement comme un <em>indicateur de revenu<\/em>. Dans le pr\u00e9sent article, je me \u00ab\u00a0risque\u00a0\u00bb \u00e0 continuer \u00e0 d\u00e9fendre le PIB comme indicateur d\u2019activit\u00e9\u00a0!<\/p>\n<h3><strong>Les trois approches du PIB<\/strong><\/h3>\n<p>Les comptables nationaux parlent volontiers \u00ab\u00a0des trois approches du PIB\u00a0\u00bb\u00a0: l\u2019approche \u00ab\u00a0production\u00a0\u00bb (somme des valeurs ajout\u00e9es), l\u2019approche \u00ab\u00a0demande\u00a0\u00bb (somme des demandes finales) et l\u2019approche \u00ab\u00a0revenu\u00a0\u00bb (somme des r\u00e9mun\u00e9rations des salari\u00e9s et des profits). Ils font de l\u2019\u00e9galit\u00e9 conceptuelle (et, le plus souvent, chiffr\u00e9e) de ces trois approches une sorte de postulat de base de la comptabilit\u00e9 nationale. Notons toutefois qu\u2019on oublie souvent que l\u2019approche \u00ab\u00a0revenu\u00a0\u00bb du PIB est incompl\u00e8te car elle correspond strictement aux revenus issus de la production <em>domestique<\/em>. Or il y a des revenus de la production domestique qui sont transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger (exemple\u00a0: les salaires vers\u00e9s aux travailleurs saisonniers) et des revenus de la production \u00e9trang\u00e8re qui s\u2019ajoutent aux revenus des m\u00e9nages nationaux (exemple\u00a0: les salaires des employ\u00e9s lorrains des banques luxembourgeoises). C\u2019est pourquoi on a cr\u00e9\u00e9 le concept du RNB, revenu national brut, qui tient compte de ces flux nets de revenus avec l\u2019\u00e9tranger. Le concept est moins connu que le PIB mais il est cependant plus adapt\u00e9 quand on veut comparer des revenus (par t\u00eate, par exemple)<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. C\u2019est ce concept qui est d\u2019ailleurs retenu, tr\u00e8s justement, pour le calcul du partage du fardeau du budget europ\u00e9en entre les pays membres et non le concept du PIB<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Pour moi, le PIB, dans sa version dite \u00ab\u00a0en volume\u00a0\u00bb, que les \u00e9conomistes appellent souvent \u00ab\u00a0PIB r\u00e9el\u00a0\u00bb, est et doit rester un outil essentiel pour mesurer la variation de la production globale d\u2019un pays (ou d\u2019une zone). Ce concept de \u00ab\u00a0production\u00a0\u00bb est propre aux \u00e9conomistes et est \u00e9tranger aux comptables d\u2019entreprise. Il est bas\u00e9 sur la fameuse \u00e9quation\u00a0: Y = f(K, L)*pmf, o\u00f9 Y est la valeur ajout\u00e9e (dont la somme est le PIB), f, la \u00ab\u00a0fonction de production\u00a0\u00bb, K, le capital, L, le travail, et pmf la \u00ab\u00a0productivit\u00e9 multi-factorielle\u00a0\u00bb. C\u2019est vrai que, pendant tr\u00e8s longtemps, les comptables nationaux (mais pas les comptables r\u00e9gionaux) ne se sont pas vraiment pos\u00e9 la question de savoir <u>o\u00f9<\/u> \u00e9tait g\u00e9n\u00e9r\u00e9e cette valeur ajout\u00e9e. Leur vision de l\u2019\u00e9conomie restait inspir\u00e9e d\u2019une image d\u00e9su\u00e8te\u00a0: des ouvriers travaillant sur des machines dans une usine. La valeur ajout\u00e9e \u00e9tait donc, par d\u00e9finition, l\u00e0 o\u00f9 \u00e9taient les ouvriers et\/ou les usines et les machines.<\/p>\n<h3><strong>Le capital intangible pose probl\u00e8me<\/strong><\/h3>\n<p>Mais l\u2019\u00e9conomie d\u2019aujourd\u2019hui est de plus en plus fond\u00e9e sur du capital \u00ab\u00a0intangible\u00a0\u00bb\u00a0: logiciels, brevets, recherche\/d\u00e9veloppement. Conscients de cette \u00e9volution fondamentale, les comptables nationaux ont int\u00e9gr\u00e9 ces \u00ab\u00a0machines\u00a0intangibles \u00bb dans le fameux \u00ab\u00a0K\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire dans le capital. La principale nouveaut\u00e9 de la derni\u00e8re version du syst\u00e8me mondial de comptes nationaux (le SCN 2008) a ainsi \u00e9t\u00e9 ce qu\u2019elle nomme la \u00ab\u00a0<em>capitalisation des d\u00e9penses de recherche\/d\u00e9veloppement<\/em>\u00a0\u00bb. Cette audacieuse innovation (les comptables d\u2019entreprise sont beaucoup plus prudents \u2013 et de loin \u2013 pour comptabiliser la R&amp;D en d\u00e9penses de capital\u2026<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>) a d\u2019ailleurs conduit \u00e0 un rehaussement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 du niveau du PIB de 2 \u00e0 4 % suivant les pays, lorsqu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 introduite, il y a quelques ann\u00e9es. Or il faut savoir que, dans cette \u00e9conomie mesur\u00e9e par les comptables nationaux, les flux mon\u00e9taires g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par ce capital d\u2019un genre nouveau sont consid\u00e9r\u00e9s comme de la \u00ab\u00a0production\u00a0\u00bb. Ainsi, par exemple, les royalties g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les brevets ou les logiciels sont assimil\u00e9s \u00e0 de la production et sont donc inclus dans le PIB.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me que le cas irlandais a mis sur le devant de la sc\u00e8ne est que ces actifs sont par nature \u00ab\u00a0transf\u00e9rables\u00a0\u00bb n\u2019importe o\u00f9 et souvent d\u2019un simple clic. Pour parler plus cr\u00fbment, les multinationales vont les d\u00e9clarer, d\u2019un point de vue l\u00e9gal, l\u00e0 o\u00f9 elles le veulent, c\u2019est-\u00e0-dire, l\u00e0 o\u00f9 les profits qu\u2019elles g\u00e9n\u00e8rent seront les moins expos\u00e9s \u00e0 l\u2019imp\u00f4t. L\u2019hypoth\u00e8se de base quant \u00e0 l\u2019origine de cet extraordinaire + 26 % est donc qu\u2019un beau jour de 2015, un avocat d\u2019une multinationale est entr\u00e9 dans les bureaux du registre du commerce de Dublin pour d\u00e9clarer que ses brevets\/logiciels\/licences \u00e9taient dor\u00e9navant l\u00e9galement la propri\u00e9t\u00e9 de leur filiale irlandaise. Ceci est d\u2019ailleurs confirm\u00e9 par une augmentation spectaculaire des actifs productifs du pays\u00a0mesur\u00e9s par le CSO : + 40 % d\u2019augmentation du stock de capital\u00a0! Les flux de royalties re\u00e7us de ses filiales \u00e9trang\u00e8res \u00e9tant dor\u00e9navant officiellement la propri\u00e9t\u00e9 de cette filiale, sa production \u00e9tait donc, par un coup de baguette magique, multipli\u00e9e par un \u00e9norme facteur.<\/p>\n<h3><strong>Un travail \u00e0 fa\u00e7on virtuel<\/strong><\/h3>\n<p>Ceci ne fait pas le tour de la question. En effet, une augmentation du PIB \u00ab\u00a0approche production\u00a0\u00bb doit forc\u00e9ment se traduire par une augmentation du PIB \u00ab\u00a0approche demande\u00a0\u00bb, du fait du postulat de base qu\u2019on a rappel\u00e9 ci-dessus. Cette coh\u00e9rence d\u2019ensemble a \u00e9t\u00e9 respect\u00e9e par le CSO via une augmentation spectaculaire des exportations de marchandises qui, comme le montre le tableau ci-dessous, passent de 114,5 Mds\u20ac \u00e0 200,3 Mds\u20ac, soit une quasi-multiplication par deux (un record absolu pour un pays de l\u2019OCDE). Si vous vous demandez comment les transporteurs maritimes ou a\u00e9riens irlandais ont pu g\u00e9rer cette explosion, vous \u00eates sur la mauvaise voie car cette augmentation est immat\u00e9rielle. Elle provient en grande partie d\u2019une ligne sp\u00e9ciale au libell\u00e9 abscons\u00a0: \u00ab\u00a0travail \u00e0 fa\u00e7on\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0goods for processing\u00a0\u00bb, en anglais).<\/p>\n<div id=\"attachment_3924\" style=\"width: 956px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3924\" class=\"size-full wp-image-3924\" src=\"wp-content\/uploads\/2019\/02\/pib.png\" alt=\"\" width=\"946\" height=\"423\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/pib.png 946w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/pib-300x134.png 300w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/pib-600x268.png 600w\" sizes=\"(max-width: 946px) 100vw, 946px\" \/><p id=\"caption-attachment-3924\" class=\"wp-caption-text\">Irlande, Commerce International de Marchandises, Mds d\u2019euros &#8211; Source : CSO<\/p><\/div>\n<p>Le \u00ab\u00a0travail \u00e0 fa\u00e7on\u00a0\u00bb dans sa forme basique consiste pour une entreprise \u00e0 faire faire \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur (du pays, dans notre contexte) une op\u00e9ration sur un de ses produits et \u00e0 le r\u00e9importer. Dans cette forme basique, il appara\u00eet judicieux de ne pas comptabiliser en exportation le produit brut envoy\u00e9 ni, en importation, le produit transform\u00e9 qu\u2019on rapatrie. On comptabilise uniquement en importation le co\u00fbt du service qu\u2019a r\u00e9alis\u00e9 l\u2019op\u00e9rateur \u00e9tranger. Ce genre d\u2019op\u00e9ration est assez courante, par exemple, dans l\u2019industrie p\u00e9troli\u00e8re ou a\u00e9ronautique. En la comptabilisant ainsi on \u00e9vite les doubles comptes dans les flux d\u2019exportations et d\u2019importations de produits p\u00e9troliers, tout en n\u2019affectant pas le solde.<\/p>\n<p>Mais l\u2019augmentation massive de ce poste en 2015 pour l\u2019Irlande provient d\u2019une interpr\u00e9tation plus syst\u00e9matique du concept qui s\u2019applique, depuis le SCN 2008, dans le cas o\u00f9 le produit transform\u00e9 ne revient pas dans le pays d\u2019origine. La diff\u00e9rence avec le transfert \u00e0 fa\u00e7on basique est que si l\u2019unit\u00e9 propri\u00e9taire des biens dans un pays A fait assembler son produit dans un pays B \u00e0 partir duquel les produits sont directement diffus\u00e9s dans le monde entier (sans \u00eatre rapatri\u00e9s dans le pays A), on comptabilisera ces exportations comme provenant du pays A m\u00eame si, physiquement, elles se font \u00e0 partir du pays B. C\u2019est donc un cas o\u00f9 les statistiques de comptabilit\u00e9 nationale (et de balance des paiements) diff\u00e8rent des statistiques douani\u00e8res qui, elles, continuent d\u2019\u00eatre calcul\u00e9es sur la base des flux physiques.<\/p>\n<h3><strong>Un exemple simple<\/strong><\/h3>\n<p>Prenons l\u2019exemple d\u2019une multinationale qui produirait des smartphones<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Imaginons que son organisation soit la suivante\u00a0: la maison m\u00e8re est en Irlande, la conception est faite en Californie, les \u00e9l\u00e9ments (propri\u00e9t\u00e9 de la maison m\u00e8re) sont fabriqu\u00e9s dans plusieurs pays et sont assembl\u00e9s en Chine d\u2019o\u00f9 le produit final (propri\u00e9t\u00e9 de la maison m\u00e8re) est envoy\u00e9 dans le monde entier pour \u00eatre vendu. Dans une conception traditionnelle des exportations, c\u2019est la Chine qui exporte ces smartphones. Dans la conception des recommandations du SCN, les \u00e9l\u00e9ments ainsi que le produit final restant toujours propri\u00e9t\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e8re, les smartphones ne sont pas export\u00e9s par la Chine (m\u00eame s\u2019ils le sont physiquement) mais par leur \u00ab\u00a0propri\u00e9taire \u00e9conomique\u00a0\u00bb, \u00e9tabli en Irlande. Le v\u00e9ritable exportateur des smartphones est donc l\u2019Irlande. Voici d\u2019o\u00f9 viendraient les 78,6 Mds\u20ac d\u2019exportations en 2015 (suivis de 67,6 Mds\u20ac en 2016) de \u00ab\u00a0travail \u00e0 fa\u00e7on\u00a0\u00bb par l\u2019Irlande. \u00c0 noter que le montant de ces \u00ab\u00a0exportations\u00a0\u00bb n\u2019est probablement pas \u00ab\u00a0invent\u00e9\u00a0\u00bb par les statisticiens\u00a0: les comptes de la maison m\u00e8re feront effectivement appara\u00eetre ces factures. Comme la production en comptabilit\u00e9 nationale est mesur\u00e9e en pratique par les ventes (plus les variations de stocks de produits finis), il para\u00eet donc logique qu\u2019elle augmente parall\u00e8lement aux exportations. Les comptes de l\u2019entreprise font aussi, tr\u00e8s probablement, appara\u00eetre la facture de l\u2019activit\u00e9 d\u2019assemblage de la filiale chinoise ainsi que, sous une forme ou une autre, le co\u00fbt du d\u00e9veloppement en Californie. Ces deux flux sont trait\u00e9s comme des importations de services intervenant en consommation interm\u00e9diaire, qui sont soustraits de la production pour aboutir \u00e0 la valeur ajout\u00e9e, laquelle forme le PIB. Mais, comme on le voit dans le tableau ci-dessus, il n\u2019y a pas d\u2019augmentation spectaculaire des importations de travail \u00e0 fa\u00e7on. En revanche, mais cela n\u2019appara\u00eet pas dans le tableau qui couvre seulement les \u00ab\u00a0marchandises\u00a0\u00bb, on constate effectivement une augmentation sensible des importations de services de \u00ab\u00a0Royalties\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0R&amp;D\u00a0\u00bb d\u2019environ 30 Mds\u20ac<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Cela ne compense cependant pas l\u2019explosion des exportations de travail \u00e0 fa\u00e7on. Faudrait-il attribuer cette situation \u00e0 une sous-estimation par l\u2019entreprise de ces flux, ce qui aurait pour effet de gonfler la localisation de ces profits en Irlande\u00a0?<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, le probl\u00e8me de fond provient de l\u2019extraordinaire don d\u2019ubiquit\u00e9 de ces droits de propri\u00e9t\u00e9. Qu\u2019est-il arriv\u00e9 concr\u00e8tement en 2015\u00a0pour provoquer cette extraordinaire hausse du PIB ? Probablement, comme on le disait plus haut, le simple fait qu\u2019un avocat ait d\u00e9clar\u00e9 que ces droits sont bas\u00e9s en Irlande. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 la question de la signification de la croissance du PIB se pose\u00a0: comment une simple d\u00e9claration administrative peut-elle provoquer une telle croissance\u00a0? De plus, il ne faut pas \u00eatre grand clerc pour en conclure qu\u2019il y a forc\u00e9ment un autre pays o\u00f9 il devrait y avoir une d\u00e9croissance sym\u00e9trique du PIB. Mais le myst\u00e8re s\u2019\u00e9paissit parce qu\u2019aucun statisticien n\u2019est en mesure de savoir o\u00f9 les droits de propri\u00e9t\u00e9 \u00e9taient auparavant d\u00e9clar\u00e9s<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. On en est l\u00e0 aujourd\u2019hui de ces conjectures\u2026 Avec un tr\u00e8s mauvais go\u00fbt dans la bouche\u00a0: que veut dire le PIB dans ces conditions\u00a0?<\/p>\n<h3><strong>Quelles solutions\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>On comprend donc particuli\u00e8rement bien le questionnement de Didier Blanchet. Sa conclusion est que l\u2019interpr\u00e9tation du PIB comme un indicateur d\u2019activit\u00e9 est condamn\u00e9e et qu\u2019il faut se r\u00e9soudre \u00e0 ne l\u2019interpr\u00e9ter que comme un indicateur de revenu. En effet, du point de vue du <em>revenu<\/em>, les + 32 %<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a> du PIB irlandais \u00e0 prix courants en 2015 peuvent tout \u00e0 fait se comprendre\u00a0:\u00a0 il est ind\u00e9niable que des milliards d\u2019euros et\/ou de dollars de revenus ont commenc\u00e9 subitement \u00e0 \u00eatre transf\u00e9r\u00e9s vers Dublin d\u00e8s lors que les droits y ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s.<\/p>\n<p>Ma conclusion est sensiblement diff\u00e9rente. Elle est triple. D\u2019abord, au risque de para\u00eetre vieux jeu, je persiste \u00e0 croire qu\u2019il y a place pour un indicateur global d\u2019activit\u00e9 pour mesurer la <em>croissance<\/em> et que cet indicateur doit continuer \u00e0 s\u2019appeler et \u00eatre calcul\u00e9 comme le traditionnel <em>PIB en volume<\/em>. En deuxi\u00e8me lieu, pour calculer une croissance qui ait un sens \u00e0 partir de cet indicateur, il faut retrouver un peu de bon sens\u00a0: les flux li\u00e9s aux royalties et\/ou aux purs droits de propri\u00e9t\u00e9 sont des flux financiers et non des \u00ab\u00a0productions\u00a0\u00bb. L\u2019unit\u00e9 irlandaise qui se d\u00e9clare propri\u00e9taire des droits des actifs intangibles de la multinationale ne \u00ab\u00a0produit\u00a0\u00bb pas des smartphones\u00a0! Elle \u00ab\u00a0produit\u00a0\u00bb des services financiers et de gestion de la multinationale. Le design des smartphones est \u00ab\u00a0produit\u00a0\u00bb dans la Silicon Valley et les smartphones physiques sont \u00ab\u00a0produits\u00a0\u00bb en Chine.<\/p>\n<p>Si, pour cela, on est oblig\u00e9 de revenir en arri\u00e8re sur la capitalisation de la R&amp;D et\/ou sur la g\u00e9n\u00e9ralisation du travail \u00e0 fa\u00e7on \u00ab\u00a0virtuel\u00a0\u00bb du SCN 2008, tant pis\u00a0! Comme on l\u2019a vu lors de la mise en place du nouveau syst\u00e8me, ces changements n\u2019affectent que le niveau du PIB, pratiquement pas sa variation. Or la croissance n\u2019est pas un concept en niveau mais en variation<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. En troisi\u00e8me lieu, je pense qu\u2019il faut connecter \u00ab\u00a0l\u2019approche revenu\u00a0\u00bb au RNB et non au PIB. Pourquoi ne pas utiliser ce dernier comme d\u00e9nominateur des ratios de d\u00e9ficit et de dette plut\u00f4t que le PIB\u00a0? Didier Blanchet parle de base taxable\u00a0: le RNB est probablement une meilleure base taxable que le PIB<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. Ainsi, en reclassifiant, comme le bon sens le r\u00e9clame, les flux de revenus transf\u00e9r\u00e9s en Irlande comme des revenus du patrimoine, c\u2019est-\u00e0-dire des revenus financiers, et non de la production, on augmentera le RNB, ce qui est tout \u00e0 fait compr\u00e9hensible, tout en \u00e9vitant d\u2019affecter le PIB.<\/p>\n<p>Allant bien au-del\u00e0 de la conclusion qui reste prudente de Didier Blanchet, certains vont jusqu\u2019\u00e0 affirmer que dans nos \u00e9conomies mondialis\u00e9es, calculer un PIB \u00ab\u00a0national\u00a0\u00bb est idiot et qu\u2019on est condamn\u00e9 \u00e0 calculer un PIB mondial. Ma r\u00e9ponse est cat\u00e9gorique\u00a0: ce serait une grave d\u00e9mission des statisticiens que de renoncer \u00e0 calculer un PIB national car c\u2019est un outil essentiel pour la politique \u00e9conomique. Il n\u2019y a pas de gouvernement mondial\u00a0; m\u00eame en Europe, la politique \u00e9conomique ne se fait pas \u00e0 Bruxelles. Elle reste l\u2019apanage des gouvernements nationaux. Il faut donc pr\u00e9server cet outil fondamental pour la conduite de nos \u00e9conomies avanc\u00e9es. Le probl\u00e8me est qu\u2019un PIB qui cro\u00eet de 26\u00a0% sans impact sur l\u2019emploi n\u2019est d\u2019aucune utilit\u00e9 pour le gouvernement irlandais. Il faut donc se donner les moyens de lui redonner du sens.<\/p>\n<p>[\/et_pb_text][\/et_pb_column][\/et_pb_row][et_pb_row make_fullwidth=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb use_custom_width=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb width_unit=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb custom_width_px=\u00a0\u00bb1080px\u00a0\u00bb custom_width_percent=\u00a0\u00bb80%\u00a0\u00bb use_custom_gutter=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb gutter_width=\u00a0\u00bb3&Prime; allow_player_pause=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb make_equal=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_1=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method_1=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb parallax_2=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method_2=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb parallax_3=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method_3=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb parallax_4=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method_4=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb disabled=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb][et_pb_column type=\u00a0\u00bb4_4&Prime; disabled=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb][et_pb_blurb title=\u00a0\u00bbLe PIB et les finances publiques \u00a0\u00bb url_new_window=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb use_icon=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb icon_color=\u00a0\u00bb#00a8ff\u00a0\u00bb use_circle=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb circle_color=\u00a0\u00bb#00a8ff\u00a0\u00bb use_circle_border=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb circle_border_color=\u00a0\u00bb#00a8ff\u00a0\u00bb icon_placement=\u00a0\u00bbtop\u00a0\u00bb animation=\u00a0\u00bbtop\u00a0\u00bb background_layout=\u00a0\u00bblight\u00a0\u00bb text_orientation=\u00a0\u00bbcenter\u00a0\u00bb use_icon_font_size=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb icon_font_size=\u00a0\u00bb96px\u00a0\u00bb background_color=\u00a0\u00bb#f2f2f2&Prime; use_border_color=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb border_color=\u00a0\u00bb#ffffff\u00a0\u00bb border_width=\u00a0\u00bb1px\u00a0\u00bb border_style=\u00a0\u00bbsolid\u00a0\u00bb disabled=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb]<\/p>\n<p><em>Cet article se situe dans la continuit&eacute; du d&eacute;bat ouvert dans les colonnes de Variances par les contributions de Didier Blanchet (&laquo; <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a href=\"?p=3877\" style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\">Economie num&eacute;rique, globalisation&nbsp;: de nouveaux probl&egrave;mes pour la mesure de la croissance&nbsp;?<\/a><\/span><\/span>&nbsp;&raquo;) et Fran&ccedil;ois Lequiller (&laquo;&nbsp;<span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\">Les multinationales rendent-elles le PIB obsol&egrave;te<\/span><\/span>&nbsp;&raquo;). <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Par Fran&ccedil;ois Ecalle, Pr&eacute;sident de FIPECO<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le PIB est un indicateur tr&egrave;s imparfait de la production ou des revenus dans un pays, ce que l&rsquo;on sait depuis toujours. Les critiques ont &eacute;t&eacute; &agrave; juste titre renouvel&eacute;es ces derni&egrave;res ann&eacute;es en raison du d&eacute;veloppement d&rsquo;une &eacute;conomie num&eacute;rique et globalis&eacute;e qu&rsquo;il mesure tr&egrave;s difficilement. L&rsquo;augmentation de 26 % du PIB de l&rsquo;Irlande en 2015, sans doute seulement parce qu&rsquo;un des GAFA y a soudain log&eacute; une partie de ses actifs intangibles, en est une tr&egrave;s belle illustration&nbsp;!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr&eacute; ses nombreux d&eacute;fauts, le PIB n&rsquo;est cependant pas forc&eacute;ment &agrave; jeter dans les poubelles de l&rsquo;histoire de la comptabilit&eacute;. Pour prendre sa d&eacute;fense, je vais me placer du point de vue que je connais le mieux, celui de l&rsquo;analyste et du pr&eacute;visionniste des finances publiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De ce point de vue, le PIB a pour grand avantage de mesurer surtout des transactions sur lesquelles sont assis la plupart des pr&eacute;l&egrave;vements obligatoires. En cons&eacute;quence, l&rsquo;&eacute;lasticit&eacute; du produit de ces pr&eacute;l&egrave;vements au PIB, &agrave; l&eacute;gislation inchang&eacute;e, est &agrave; peu pr&egrave;s &eacute;gale &agrave; l&rsquo;unit&eacute; en moyenne sur plusieurs ann&eacute;es, en France et dans les grands pays d&eacute;velopp&eacute;s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette &eacute;lasticit&eacute; n&rsquo;est bien s&ucirc;r pas unitaire chaque ann&eacute;e, notamment parce qu&rsquo;une partie des pr&eacute;l&egrave;vements obligatoires est assise sur des stocks, ou des plus-values, et parce que toutes les composantes du PIB ne sont pas tax&eacute;es au m&ecirc;me taux. Mais, &agrave; moyen terme, le PIB est un assez bon indicateur de la capacit&eacute; d&rsquo;un pays &agrave; pr&eacute;lever des imp&ocirc;ts et cotisations sociales. Il est donc justifi&eacute; de rapporter les agr&eacute;gats de finances publiques (d&eacute;ficit, dette&hellip;) au PIB.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;agissant de l&rsquo;Irlande, le produit en euros de l&rsquo;imp&ocirc;t sur les soci&eacute;t&eacute;s a augment&eacute; de 48 % en 2015 puis de 7 % en 2016 et 11 % en 2017 sans changement de son taux (12,5 %). A cet &eacute;gard, la hausse du PIB irlandais n&rsquo;est pas totalement fictive. Le taux des pr&eacute;l&egrave;vements obligatoires est certes malgr&eacute; tout pass&eacute; de 29,6 % en 2014 &agrave; 23,8 % en 2015. Cette diminution ne r&eacute;sulte probablement pas de mesures nouvelles de baisse des imp&ocirc;ts mais d&rsquo;une &eacute;lasticit&eacute; de ces pr&eacute;l&egrave;vements au PIB nettement inf&eacute;rieure &agrave; l&rsquo;unit&eacute;, ce qui tient vraisemblablement au fait que les b&eacute;n&eacute;fices des soci&eacute;t&eacute;s sont moins tax&eacute;s que les autres composantes du PIB et que les exportations de &laquo;&nbsp;travail &agrave; fa&ccedil;on&nbsp;&raquo; ne sont pas du tout tax&eacute;es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si ce GAFA avait log&eacute; ses actifs en France, les effets auraient &eacute;t&eacute; bien moindres, simplement parce que l&rsquo;&eacute;conomie fran&ccedil;aise est bien plus grande et diversifi&eacute;e que celle de l&rsquo;Irlande. Quelle que soit la mesure de la production ou du revenu national, elle sera toujours beaucoup plus affect&eacute;e par des &eacute;v&eacute;nements exceptionnels comme celui-l&agrave; dans un petit pays que dans un grand.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette observation me conduit &agrave; penser, sans l&rsquo;avoir v&eacute;rifi&eacute;, que le choix entre le PIB et le RNB est sans doute important pour l&rsquo;Irlande et le Luxembourg, beaucoup moins pour la France et l&rsquo;Allemagne, surtout s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;estimer des taux de croissance. Dans ces conditions, m&ecirc;me si le RNB est un concept plus pertinent que le PIB, je pr&eacute;f&egrave;re le statu quo. C&rsquo;est peut-&ecirc;tre le r&eacute;flexe d&rsquo;un Fran&ccedil;ais, que les organisations internationales doivent donc n&eacute;cessairement relativiser, mais la p&eacute;dagogie sur les sujets de finances publiques est n&eacute;cessaire et difficile en France. Si on commence &agrave; laisser entendre que le ratio dette \/ RNB est meilleur que dette \/PIB, je crains que beaucoup de nos concitoyens en concluent que l&rsquo;&eacute;quilibre des comptes publics est un faux probl&egrave;me puisqu&rsquo;on ne sait pas mesurer l&rsquo;endettement. Nous avons d&eacute;j&agrave; suffisamment de sujets de d&eacute;bat, par exemple sur le choix entre dette brute et dette nette, pour ne pas en ajouter d&rsquo;autres si les enjeux sont limit&eacute;s.<\/p>\n<p>[\/et_pb_blurb][\/et_pb_column][\/et_pb_row][et_pb_row make_fullwidth=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb use_custom_width=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb width_unit=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb custom_width_px=\u00a0\u00bb1080px\u00a0\u00bb custom_width_percent=\u00a0\u00bb80%\u00a0\u00bb use_custom_gutter=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb gutter_width=\u00a0\u00bb3&Prime; allow_player_pause=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb make_equal=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_1=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method_1=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb parallax_2=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method_2=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb parallax_3=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method_3=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb parallax_4=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method_4=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb disabled=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb][et_pb_column type=\u00a0\u00bb4_4&Prime; disabled=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb][et_pb_text background_layout=\u00a0\u00bblight\u00a0\u00bb text_orientation=\u00a0\u00bbleft\u00a0\u00bb use_border_color=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb border_style=\u00a0\u00bbsolid\u00a0\u00bb disabled=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb]<\/p>\n<hr \/>\n<p><em><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Il reste n\u00e9anmoins incomplet \u00e0 mes yeux d\u2019un strict point de vue de revenu car il ignore les revenus de plus-values (ou les pertes de moins-values) qui sont exclus par principe du concept de production en comptabilit\u00e9 nationale. Cela avait d\u2019ailleurs choqu\u00e9 Alan Greenspan lorsqu\u2019il s\u2019\u00e9tait aper\u00e7u que la comptabilit\u00e9 nationale soustrayait les taxes sur les plus-values du revenu des m\u00e9nages sans pourtant y ajouter la base taxable, c\u2019est-\u00e0-dire les plus-values elles-m\u00eames\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> L\u2019Irlande en b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019ailleurs grandement, puisque son RNB est sensiblement plus faible que son PIB.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> IAS 38.54: Charge all research cost to expense.\u00a0 IAS 38.57: Development costs are capitalised only after technical and commercial feasibility of the asset for sale or use have been established. This means that the enterprise must intend and be able to complete the intangible asset and either use it or sell it and be able to demonstrate how the asset will generate future economic benefits. If an enterprise cannot distinguish the research phase of an internal project to create an intangible asset from the development phase, the enterprise treats the expenditure for that project as if it were incurred in the research phase only.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Soyons clair\u00a0: il ne s\u2019agit que d\u2019un exemple, ce n\u2019est peut-\u00eatre pas la sp\u00e9cialit\u00e9 de la multinationale en question en Irlande\u2026<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> On notera le paradoxe de classer le \u00ab\u00a0travail \u00e0 fa\u00e7on\u00a0\u00bb dans le commerce international de marchandises\u2026<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> La rumeur court que ce serait \u00e0 Jersey (dont le PIB ne fait pas partie du PIB du Royaume Uni). Mais ce doit \u00eatre une rumeur car Jersey publie lui-m\u00eame un PIB qui ne baisse pas en 2015\u2026<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> 32 % \u00e0 prix courants, 26 % \u00e0 prix constants.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Les experts des comptes nationaux savent que le \u00ab\u00a0niveau\u00a0\u00bb du PIB en volume est arbitraire. En r\u00e9alit\u00e9, le PIB en volume est calcul\u00e9 comme une suite de taux de croissance.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Le RNB serait peut-\u00eatre encore meilleur comme base taxable si on y ajoutait les plus ou moins-values.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[\/et_pb_text][\/et_pb_column][\/et_pb_row][\/et_pb_section]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article se situe dans la continuit\u00e9 du d\u00e9bat ouvert dans les colonnes de Variances par Didier Blanchet dans sa contribution du 15 f\u00e9vrier\u00a02019 : \u00ab Economie num\u00e9rique, globalisation\u00a0: de nouveaux probl\u00e8mes pour la mesure de la croissance\u00a0? \u00bb. Beaucoup sont, comme moi, \u00e9blouis par les produits innovants et l\u2019efficacit\u00e9 des services qu\u2019offrent les GAFA\u2026 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":213,"featured_media":3930,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"on","_et_pb_old_content":"<p>Beaucoup sont, comme moi, \u00e9blouis par les produits innovants et l\u2019efficacit\u00e9 des services qu\u2019offrent les GAFA\u2026 tout en \u00e9tant offusqu\u00e9s par leur optimisation fiscale, tout \u00e0 fait l\u00e9gale par ailleurs\u00a0! Peu savent que leur comportement a des cons\u00e9quences sur la qualit\u00e9 des statistiques macro-\u00e9conomiques. L\u2019optimisation fiscale des multinationales joue en effet sur trois registres\u00a0: des prix de transferts entre filiales, une localisation artificielle de leurs actifs intangibles, la cr\u00e9ation de soci\u00e9t\u00e9s-\u00e9cran \u00ab\u00a0coquilles vides\u00a0\u00bb sauf pour d\u2019\u00e9normes actifs et passifs financiers dont le r\u00f4le est de transf\u00e9rer des profits vers les paradis fiscaux. Le premier registre affecte directement le PIB qui n\u2019a de sens que si les transactions qui y sont incluses sont valoris\u00e9es \u00e0 leur prix de march\u00e9. Le deuxi\u00e8me, bas\u00e9 sur l\u2019extr\u00eame ubiquit\u00e9 de ces actifs intangibles (logiciels, brevets, licences), cr\u00e9e de la valeur ajout\u00e9e l\u00e0 o\u00f9 elle est la moins impos\u00e9e et non l\u00e0 o\u00f9 elle est g\u00e9n\u00e9r\u00e9e. Le troisi\u00e8me cr\u00e9e des flux d\u2019int\u00e9r\u00eats fictifs entre pays et biaise les statistiques d\u2019investissements directs.<\/p><p>Les statisticiens sont depuis longtemps conscients de ces probl\u00e8mes. Mais \u00e9tant impuissants \u00e0 les corriger (leur acc\u00e8s aux donn\u00e9es strat\u00e9giques de ces entreprises \u00e9tant minimal), ils les ont donc ignor\u00e9s en pratique\u2026 jusqu\u2019au tremblement de terre statistique de juillet 2016 en Irlande quand on apprit que la croissance de 2015 du pays avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9vis\u00e9e \u00e0 + 26 %\u00a0! Ceci poussa Paul Krugman, prix Nobel d\u2019\u00e9conomie et chroniqueur au New York Times, \u00e0 tweeter d\u00e8s le lendemain : \u00ab\u00a0<em>Leprechaun economics\u00a0? Why are these in GDP\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb, ce qui, sachant que les \u00ab\u00a0Leprechauns\u00a0\u00bb sont des petits lutins de la mythologie celte (voir l\u2019image ci-dessus), refl\u00e9tait la stupeur de la plupart des commentateurs devant un chiffre qui peut para\u00eetre aberrant sachant que ni l\u2019emploi ni la consommation des m\u00e9nages n\u2019ont suivi. Sa r\u00e9action \u00e9tait un peu m\u00e9chante car le CSO est un institut de statistique tr\u00e8s professionnel confront\u00e9 \u00e0 une situation qui sort de l\u2019ordinaire\u00a0: d\u2019\u00e9normes multinationales et un petit pays\u2026<\/p><p>L\u2019exacte origine de ce chiffre reste n\u00e9anmoins obscure et c\u2019est pourquoi j\u2019emploierai beaucoup le conditionnel dans cette tribune. Cette retenue est d\u2019ailleurs tout \u00e0 l\u2019honneur de nos coll\u00e8gues statisticiens irlandais. Le probl\u00e8me trouve en effet son origine dans les comptes d\u2019une (ou de quelques, ce n\u2019est pas clair) entreprise(s) et les statisticiens de tous les pays se font un devoir de pr\u00e9server la confidentialit\u00e9 des comptes individuels d\u2019entreprise. Tout le monde a cependant devin\u00e9 qu\u2019il s\u2019agit probablement de l\u2019une des GAFA bien connues pour adorer le climat irlandais. Son nom circule sous le manteau mais je respecterai ici le secret. Peu importe d\u2019ailleurs laquelle de ces multinationales est en cause car le probl\u00e8me est g\u00e9n\u00e9ral\u00a0: est-il encore possible de nos jours de calculer un PIB, indicateur \u00ab\u00a0territorial\u00a0\u00bb par construction, dans une \u00e9conomie mondialis\u00e9e o\u00f9 les multinationales jouent un r\u00f4le de plus en plus important\u00a0?<\/p><p>Didier Blanchet, dans son article du 15 f\u00e9vrier, a le grand m\u00e9rite de mettre le probl\u00e8me sur la table et \u00ab\u00a0risque\u00a0une position dans ce d\u00e9bat \u00bb en concluant que l\u2019interpr\u00e9tation du PIB (sous-entendu, en volume) comme <em>indicateur d\u2019activit\u00e9<\/em> est \u00e0 remiser sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re des antiquit\u00e9s et que, dans nos \u00e9conomies mondialis\u00e9es, on est condamn\u00e9 \u00e0 concevoir le PIB (sous-entendu, \u00e0 prix courants) uniquement comme un <em>indicateur de revenu<\/em>. Dans le pr\u00e9sent article, je me \u00ab\u00a0risque\u00a0\u00bb \u00e0 continuer \u00e0 d\u00e9fendre le PIB comme indicateur d\u2019activit\u00e9\u00a0!<\/p><h3><strong>Les trois approches du PIB<\/strong><\/h3><p>Les comptables nationaux parlent volontiers \u00ab\u00a0des trois approches du PIB\u00a0\u00bb\u00a0: l\u2019approche \u00ab\u00a0production\u00a0\u00bb (somme des valeurs ajout\u00e9es), l\u2019approche \u00ab\u00a0demande\u00a0\u00bb (somme des demandes finales) et l\u2019approche \u00ab\u00a0revenu\u00a0\u00bb (somme des r\u00e9mun\u00e9rations des salari\u00e9s et des profits). Ils font de l\u2019\u00e9galit\u00e9 conceptuelle (et, le plus souvent, chiffr\u00e9e) de ces trois approches une sorte de postulat de base de la comptabilit\u00e9 nationale. Notons toutefois qu\u2019on oublie souvent que l\u2019approche \u00ab\u00a0revenu\u00a0\u00bb du PIB est incompl\u00e8te car elle correspond strictement aux revenus issus de la production <em>domestique<\/em>. Or il y a des revenus de la production domestique qui sont transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger (exemple\u00a0: les salaires vers\u00e9s aux travailleurs saisonniers) et des revenus de la production \u00e9trang\u00e8re qui s\u2019ajoutent aux revenus des m\u00e9nages nationaux (exemple\u00a0: les salaires des employ\u00e9s lorrains des banques luxembourgeoises). C\u2019est pourquoi on a cr\u00e9\u00e9 le concept du RNB, revenu national brut, qui tient compte de ces flux nets de revenus avec l\u2019\u00e9tranger. Le concept est moins connu que le PIB mais il est cependant plus adapt\u00e9 quand on veut comparer des revenus (par t\u00eate, par exemple)<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. C\u2019est ce concept qui est d\u2019ailleurs retenu, tr\u00e8s justement, pour le calcul du partage du fardeau du budget europ\u00e9en entre les pays membres et non le concept du PIB<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p><p>Pour moi, le PIB, dans sa version dite \u00ab\u00a0en volume\u00a0\u00bb, que les \u00e9conomistes appellent souvent \u00ab\u00a0PIB r\u00e9el\u00a0\u00bb, est et doit rester un outil essentiel pour mesurer la variation de la production globale d\u2019un pays (ou d\u2019une zone). Ce concept de \u00ab\u00a0production\u00a0\u00bb est propre aux \u00e9conomistes et est \u00e9tranger aux comptables d\u2019entreprise. Il est bas\u00e9 sur la fameuse \u00e9quation\u00a0: Y = f(K, L)*pmf, o\u00f9 Y est la valeur ajout\u00e9e (dont la somme est le PIB), f, la \u00ab\u00a0fonction de production\u00a0\u00bb, K, le capital, L, le travail, et pmf la \u00ab\u00a0productivit\u00e9 multi-factorielle\u00a0\u00bb. C\u2019est vrai que, pendant tr\u00e8s longtemps, les comptables nationaux (mais pas les comptables r\u00e9gionaux) ne se sont pas vraiment pos\u00e9 la question de savoir <u>o\u00f9<\/u> \u00e9tait g\u00e9n\u00e9r\u00e9e cette valeur ajout\u00e9e. Leur vision de l\u2019\u00e9conomie restait inspir\u00e9e d\u2019une image d\u00e9su\u00e8te\u00a0: des ouvriers travaillant sur des machines dans une usine. La valeur ajout\u00e9e \u00e9tait donc, par d\u00e9finition, l\u00e0 o\u00f9 \u00e9taient les ouvriers et\/ou les usines et les machines.<\/p><h3><strong>Le capital intangible pose probl\u00e8me<\/strong><\/h3><p>Mais l\u2019\u00e9conomie d\u2019aujourd\u2019hui est de plus en plus fond\u00e9e sur du capital \u00ab\u00a0intangible\u00a0\u00bb\u00a0: logiciels, brevets, recherche\/d\u00e9veloppement. Conscients de cette \u00e9volution fondamentale, les comptables nationaux ont int\u00e9gr\u00e9 ces \u00ab\u00a0machines\u00a0intangibles \u00bb dans le fameux \u00ab\u00a0K\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire dans le capital. La principale nouveaut\u00e9 de la derni\u00e8re version du syst\u00e8me mondial de comptes nationaux (le SCN 2008) a ainsi \u00e9t\u00e9 ce qu\u2019elle nomme la \u00ab\u00a0<em>capitalisation des d\u00e9penses de recherche\/d\u00e9veloppement<\/em>\u00a0\u00bb. Cette audacieuse innovation (les comptables d\u2019entreprise sont beaucoup plus prudents \u2013 et de loin \u2013 pour comptabiliser la R&D en d\u00e9penses de capital\u2026<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>) a d\u2019ailleurs conduit \u00e0 un rehaussement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 du niveau du PIB de 2 \u00e0 4 % suivant les pays, lorsqu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 introduite, il y a quelques ann\u00e9es. Or il faut savoir que, dans cette \u00e9conomie mesur\u00e9e par les comptables nationaux, les flux mon\u00e9taires g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par ce capital d\u2019un genre nouveau sont consid\u00e9r\u00e9s comme de la \u00ab\u00a0production\u00a0\u00bb. Ainsi, par exemple, les royalties g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les brevets ou les logiciels sont assimil\u00e9s \u00e0 de la production et sont donc inclus dans le PIB.<\/p><p>Le probl\u00e8me que le cas irlandais a mis sur le devant de la sc\u00e8ne est que ces actifs sont par nature \u00ab\u00a0transf\u00e9rables\u00a0\u00bb n\u2019importe o\u00f9 et souvent d\u2019un simple clic. Pour parler plus cr\u00fbment, les multinationales vont les d\u00e9clarer, d\u2019un point de vue l\u00e9gal, l\u00e0 o\u00f9 elles le veulent, c\u2019est-\u00e0-dire, l\u00e0 o\u00f9 les profits qu\u2019elles g\u00e9n\u00e8rent seront les moins expos\u00e9s \u00e0 l\u2019imp\u00f4t. L\u2019hypoth\u00e8se de base quant \u00e0 l\u2019origine de cet extraordinaire + 26 % est donc qu\u2019un beau jour de 2015, un avocat d\u2019une multinationale est entr\u00e9 dans les bureaux du registre du commerce de Dublin pour d\u00e9clarer que ses brevets\/logiciels\/licences \u00e9taient dor\u00e9navant l\u00e9galement la propri\u00e9t\u00e9 de leur filiale irlandaise. Ceci est d\u2019ailleurs confirm\u00e9 par une augmentation spectaculaire des actifs productifs du pays\u00a0mesur\u00e9s par le CSO : + 40 % d\u2019augmentation du stock de capital\u00a0! Les flux de royalties re\u00e7us de ses filiales \u00e9trang\u00e8res \u00e9tant dor\u00e9navant officiellement la propri\u00e9t\u00e9 de cette filiale, sa production \u00e9tait donc, par un coup de baguette magique, multipli\u00e9e par un \u00e9norme facteur.<\/p><h3><strong>Un travail \u00e0 fa\u00e7on virtuel<\/strong><\/h3><p>Ceci ne fait pas le tour de la question. En effet, une augmentation du PIB \u00ab\u00a0approche production\u00a0\u00bb doit forc\u00e9ment se traduire par une augmentation du PIB \u00ab\u00a0approche demande\u00a0\u00bb, du fait du postulat de base qu\u2019on a rappel\u00e9 ci-dessus. Cette coh\u00e9rence d\u2019ensemble a \u00e9t\u00e9 respect\u00e9e par le CSO via une augmentation spectaculaire des exportations de marchandises qui, comme le montre le tableau ci-dessous, passent de 114,5 Mds\u20ac \u00e0 200,3 Mds\u20ac, soit une quasi-multiplication par deux (un record absolu pour un pays de l\u2019OCDE). Si vous vous demandez comment les transporteurs maritimes ou a\u00e9riens irlandais ont pu g\u00e9rer cette explosion, vous \u00eates sur la mauvaise voie car cette augmentation est immat\u00e9rielle. Elle provient en grande partie d\u2019une ligne sp\u00e9ciale au libell\u00e9 abscons\u00a0: \u00ab\u00a0travail \u00e0 fa\u00e7on\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0goods for processing\u00a0\u00bb, en anglais).<\/p>[caption id=\"attachment_3924\" align=\"aligncenter\" width=\"946\"]<img class=\"size-full wp-image-3924\" src=\"http:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/pib.png\" alt=\"\" width=\"946\" height=\"423\" \/> Irlande, Commerce International de Marchandises, Mds d\u2019euros - Source : CSO[\/caption]<p>Le \u00ab\u00a0travail \u00e0 fa\u00e7on\u00a0\u00bb dans sa forme basique consiste pour une entreprise \u00e0 faire faire \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur (du pays, dans notre contexte) une op\u00e9ration sur un de ses produits et \u00e0 le r\u00e9importer. Dans cette forme basique, il appara\u00eet judicieux de ne pas comptabiliser en exportation le produit brut envoy\u00e9 ni, en importation, le produit transform\u00e9 qu\u2019on rapatrie. On comptabilise uniquement en importation le co\u00fbt du service qu\u2019a r\u00e9alis\u00e9 l\u2019op\u00e9rateur \u00e9tranger. Ce genre d\u2019op\u00e9ration est assez courante, par exemple, dans l\u2019industrie p\u00e9troli\u00e8re ou a\u00e9ronautique. En la comptabilisant ainsi on \u00e9vite les doubles comptes dans les flux d\u2019exportations et d\u2019importations de produits p\u00e9troliers, tout en n\u2019affectant pas le solde.<\/p><p>Mais l\u2019augmentation massive de ce poste en 2015 pour l\u2019Irlande provient d\u2019une interpr\u00e9tation plus syst\u00e9matique du concept qui s\u2019applique, depuis le SCN 2008, dans le cas o\u00f9 le produit transform\u00e9 ne revient pas dans le pays d\u2019origine. La diff\u00e9rence avec le transfert \u00e0 fa\u00e7on basique est que si l\u2019unit\u00e9 propri\u00e9taire des biens dans un pays A fait assembler son produit dans un pays B \u00e0 partir duquel les produits sont directement diffus\u00e9s dans le monde entier (sans \u00eatre rapatri\u00e9s dans le pays A), on comptabilisera ces exportations comme provenant du pays A m\u00eame si, physiquement, elles se font \u00e0 partir du pays B. C\u2019est donc un cas o\u00f9 les statistiques de comptabilit\u00e9 nationale (et de balance des paiements) diff\u00e8rent des statistiques douani\u00e8res qui, elles, continuent d\u2019\u00eatre calcul\u00e9es sur la base des flux physiques.<\/p><h3><strong>Un exemple simple<\/strong><\/h3><p>Prenons l\u2019exemple d\u2019une multinationale qui produirait des smartphones<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Imaginons que son organisation soit la suivante\u00a0: la maison m\u00e8re est en Irlande, la conception est faite en Californie, les \u00e9l\u00e9ments (propri\u00e9t\u00e9 de la maison m\u00e8re) sont fabriqu\u00e9s dans plusieurs pays et sont assembl\u00e9s en Chine d\u2019o\u00f9 le produit final (propri\u00e9t\u00e9 de la maison m\u00e8re) est envoy\u00e9 dans le monde entier pour \u00eatre vendu. Dans une conception traditionnelle des exportations, c\u2019est la Chine qui exporte ces smartphones. Dans la conception des recommandations du SCN, les \u00e9l\u00e9ments ainsi que le produit final restant toujours propri\u00e9t\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e8re, les smartphones ne sont pas export\u00e9s par la Chine (m\u00eame s\u2019ils le sont physiquement) mais par leur \u00ab\u00a0propri\u00e9taire \u00e9conomique\u00a0\u00bb, \u00e9tabli en Irlande. Le v\u00e9ritable exportateur des smartphones est donc l\u2019Irlande. Voici d\u2019o\u00f9 viendraient les 78,6 Mds\u20ac d\u2019exportations en 2015 (suivis de 67,6 Mds\u20ac en 2016) de \u00ab\u00a0travail \u00e0 fa\u00e7on\u00a0\u00bb par l\u2019Irlande. \u00c0 noter que le montant de ces \u00ab\u00a0exportations\u00a0\u00bb n\u2019est probablement pas \u00ab\u00a0invent\u00e9\u00a0\u00bb par les statisticiens\u00a0: les comptes de la maison m\u00e8re feront effectivement appara\u00eetre ces factures. Comme la production en comptabilit\u00e9 nationale est mesur\u00e9e en pratique par les ventes (plus les variations de stocks de produits finis), il para\u00eet donc logique qu\u2019elle augmente parall\u00e8lement aux exportations. Les comptes de l\u2019entreprise font aussi, tr\u00e8s probablement, appara\u00eetre la facture de l\u2019activit\u00e9 d\u2019assemblage de la filiale chinoise ainsi que, sous une forme ou une autre, le co\u00fbt du d\u00e9veloppement en Californie. Ces deux flux sont trait\u00e9s comme des importations de services intervenant en consommation interm\u00e9diaire, qui sont soustraits de la production pour aboutir \u00e0 la valeur ajout\u00e9e, laquelle forme le PIB. Mais, comme on le voit dans le tableau ci-dessus, il n\u2019y a pas d\u2019augmentation spectaculaire des importations de travail \u00e0 fa\u00e7on. En revanche, mais cela n\u2019appara\u00eet pas dans le tableau qui couvre seulement les \u00ab\u00a0marchandises\u00a0\u00bb, on constate effectivement une augmentation sensible des importations de services de \u00ab\u00a0Royalties\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0R&D\u00a0\u00bb d\u2019environ 30 Mds\u20ac<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Cela ne compense cependant pas l\u2019explosion des exportations de travail \u00e0 fa\u00e7on. Faudrait-il attribuer cette situation \u00e0 une sous-estimation par l\u2019entreprise de ces flux, ce qui aurait pour effet de gonfler la localisation de ces profits en Irlande\u00a0?<\/p><p>Quoi qu\u2019il en soit, le probl\u00e8me de fond provient de l\u2019extraordinaire don d\u2019ubiquit\u00e9 de ces droits de propri\u00e9t\u00e9. Qu\u2019est-il arriv\u00e9 concr\u00e8tement en 2015\u00a0pour provoquer cette extraordinaire hausse du PIB ? Probablement, comme on le disait plus haut, le simple fait qu\u2019un avocat ait d\u00e9clar\u00e9 que ces droits sont bas\u00e9s en Irlande. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 la question de la signification de la croissance du PIB se pose\u00a0: comment une simple d\u00e9claration administrative peut-elle provoquer une telle croissance\u00a0? De plus, il ne faut pas \u00eatre grand clerc pour en conclure qu\u2019il y a forc\u00e9ment un autre pays o\u00f9 il devrait y avoir une d\u00e9croissance sym\u00e9trique du PIB. Mais le myst\u00e8re s\u2019\u00e9paissit parce qu\u2019aucun statisticien n\u2019est en mesure de savoir o\u00f9 les droits de propri\u00e9t\u00e9 \u00e9taient auparavant d\u00e9clar\u00e9s<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. On en est l\u00e0 aujourd\u2019hui de ces conjectures\u2026 Avec un tr\u00e8s mauvais go\u00fbt dans la bouche\u00a0: que veut dire le PIB dans ces conditions\u00a0?<\/p><h3><strong>Quelles solutions\u00a0?<\/strong><\/h3><p>On comprend donc particuli\u00e8rement bien le questionnement de Didier Blanchet. Sa conclusion est que l\u2019interpr\u00e9tation du PIB comme un indicateur d\u2019activit\u00e9 est condamn\u00e9e et qu\u2019il faut se r\u00e9soudre \u00e0 ne l\u2019interpr\u00e9ter que comme un indicateur de revenu. En effet, du point de vue du <em>revenu<\/em>, les + 32 %<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a> du PIB irlandais \u00e0 prix courants en 2015 peuvent tout \u00e0 fait se comprendre\u00a0:\u00a0 il est ind\u00e9niable que des milliards d\u2019euros et\/ou de dollars de revenus ont commenc\u00e9 subitement \u00e0 \u00eatre transf\u00e9r\u00e9s vers Dublin d\u00e8s lors que les droits y ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s.<\/p><p>Ma conclusion est sensiblement diff\u00e9rente. Elle est triple. D\u2019abord, au risque de para\u00eetre vieux jeu, je persiste \u00e0 croire qu\u2019il y a place pour un indicateur global d\u2019activit\u00e9 pour mesurer la <em>croissance<\/em> et que cet indicateur doit continuer \u00e0 s\u2019appeler et \u00eatre calcul\u00e9 comme le traditionnel <em>PIB en volume<\/em>. En deuxi\u00e8me lieu, pour calculer une croissance qui ait un sens \u00e0 partir de cet indicateur, il faut retrouver un peu de bon sens\u00a0: les flux li\u00e9s aux royalties et\/ou aux purs droits de propri\u00e9t\u00e9 sont des flux financiers et non des \u00ab\u00a0productions\u00a0\u00bb. L\u2019unit\u00e9 irlandaise qui se d\u00e9clare propri\u00e9taire des droits des actifs intangibles de la multinationale ne \u00ab\u00a0produit\u00a0\u00bb pas des smartphones\u00a0! Elle \u00ab\u00a0produit\u00a0\u00bb des services financiers et de gestion de la multinationale. Le design des smartphones est \u00ab\u00a0produit\u00a0\u00bb dans la Silicon Valley et les smartphones physiques sont \u00ab\u00a0produits\u00a0\u00bb en Chine.<\/p><p>Si, pour cela, on est oblig\u00e9 de revenir en arri\u00e8re sur la capitalisation de la R&D et\/ou sur la g\u00e9n\u00e9ralisation du travail \u00e0 fa\u00e7on \u00ab\u00a0virtuel\u00a0\u00bb du SCN 2008, tant pis\u00a0! Comme on l\u2019a vu lors de la mise en place du nouveau syst\u00e8me, ces changements n\u2019affectent que le niveau du PIB, pratiquement pas sa variation. Or la croissance n\u2019est pas un concept en niveau mais en variation<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. En troisi\u00e8me lieu, je pense qu\u2019il faut connecter \u00ab\u00a0l\u2019approche revenu\u00a0\u00bb au RNB et non au PIB. Pourquoi ne pas utiliser ce dernier comme d\u00e9nominateur des ratios de d\u00e9ficit et de dette plut\u00f4t que le PIB\u00a0? Didier Blanchet parle de base taxable\u00a0: le RNB est probablement une meilleure base taxable que le PIB<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. Ainsi, en reclassifiant, comme le bon sens le r\u00e9clame, les flux de revenus transf\u00e9r\u00e9s en Irlande comme des revenus du patrimoine, c\u2019est-\u00e0-dire des revenus financiers, et non de la production, on augmentera le RNB, ce qui est tout \u00e0 fait compr\u00e9hensible, tout en \u00e9vitant d\u2019affecter le PIB.<\/p><p>Allant bien au-del\u00e0 de la conclusion qui reste prudente de Didier Blanchet, certains vont jusqu\u2019\u00e0 affirmer que dans nos \u00e9conomies mondialis\u00e9es, calculer un PIB \u00ab\u00a0national\u00a0\u00bb est idiot et qu\u2019on est condamn\u00e9 \u00e0 calculer un PIB mondial. Ma r\u00e9ponse est cat\u00e9gorique\u00a0: ce serait une grave d\u00e9mission des statisticiens que de renoncer \u00e0 calculer un PIB national car c\u2019est un outil essentiel pour la politique \u00e9conomique. Il n\u2019y a pas de gouvernement mondial\u00a0; m\u00eame en Europe, la politique \u00e9conomique ne se fait pas \u00e0 Bruxelles. Elle reste l\u2019apanage des gouvernements nationaux. Il faut donc pr\u00e9server cet outil fondamental pour la conduite de nos \u00e9conomies avanc\u00e9es. Le probl\u00e8me est qu\u2019un PIB qui cro\u00eet de 26\u00a0% sans impact sur l\u2019emploi n\u2019est d\u2019aucune utilit\u00e9 pour le gouvernement irlandais. Il faut donc se donner les moyens de lui redonner du sens.<\/p><hr \/><p><em><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Il reste n\u00e9anmoins incomplet \u00e0 mes yeux d\u2019un strict point de vue de revenu car il ignore les revenus de plus-values (ou les pertes de moins-values) qui sont exclus par principe du concept de production en comptabilit\u00e9 nationale. Cela avait d\u2019ailleurs choqu\u00e9 Alan Greenspan lorsqu\u2019il s\u2019\u00e9tait aper\u00e7u que la comptabilit\u00e9 nationale soustrayait les taxes sur les plus-values du revenu des m\u00e9nages sans pourtant y ajouter la base taxable, c\u2019est-\u00e0-dire les plus-values elles-m\u00eames\u00a0!<\/em><\/p><p><em><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> L\u2019Irlande en b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019ailleurs grandement, puisque son RNB est sensiblement plus faible que son PIB.<\/em><\/p><p><em><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> IAS 38.54: Charge all research cost to expense.\u00a0 IAS 38.57: Development costs are capitalised only after technical and commercial feasibility of the asset for sale or use have been established. This means that the enterprise must intend and be able to complete the intangible asset and either use it or sell it and be able to demonstrate how the asset will generate future economic benefits. If an enterprise cannot distinguish the research phase of an internal project to create an intangible asset from the development phase, the enterprise treats the expenditure for that project as if it were incurred in the research phase only.<\/em><\/p><p><em><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Soyons clair\u00a0: il ne s\u2019agit que d\u2019un exemple, ce n\u2019est peut-\u00eatre pas la sp\u00e9cialit\u00e9 de la multinationale en question en Irlande\u2026<\/em><\/p><p><em><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> On notera le paradoxe de classer le \u00ab\u00a0travail \u00e0 fa\u00e7on\u00a0\u00bb dans le commerce international de marchandises\u2026<\/em><\/p><p><em><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> La rumeur court que ce serait \u00e0 Jersey (dont le PIB ne fait pas partie du PIB du Royaume Uni). Mais ce doit \u00eatre une rumeur car Jersey publie lui-m\u00eame un PIB qui ne baisse pas en 2015\u2026<\/em><\/p><p><em><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> 32 % \u00e0 prix courants, 26 % \u00e0 prix constants.<\/em><\/p><p><em><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Les experts des comptes nationaux savent que le \u00ab\u00a0niveau\u00a0\u00bb du PIB en volume est arbitraire. En r\u00e9alit\u00e9, le PIB en volume est calcul\u00e9 comme une suite de taux de croissance.<\/em><\/p><p><em><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Le RNB serait peut-\u00eatre encore meilleur comme base taxable si on y ajoutait les plus ou moins-values.<\/em><\/p><hr \/><p>\u00a0<\/p>","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[185,203,133],"tags":[],"class_list":["post-3923","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-mesure-des-indicateurs-economiques","category-selection-2019-fevrier","category-themes","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3923","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/213"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3923"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3923\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3930"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3923"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3923"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3923"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}