{"id":3848,"date":"2019-01-28T08:45:55","date_gmt":"2019-01-28T06:45:55","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=3848"},"modified":"2019-12-18T12:24:22","modified_gmt":"2019-12-18T10:24:22","slug":"fourmi-de-18-metres-politique-migratoire-de-lue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=3848","title":{"rendered":"Une fourmi de 18 m\u00e8tres : la politique migratoire de l\u2019UE"},"content":{"rendered":"<p>Les immigr\u00e9s ne repr\u00e9sentent qu\u2019un peu plus de 10 % de la population europ\u00e9enne. S\u2019y ajoutent moins d\u2019un million de demandeurs d\u2019asile. Le bruit politique et m\u00e9diatique en relation avec ces personnes est sans commune mesure avec leur importance num\u00e9rique. Il importe de comprendre que la relative impuissance de l\u2019UE en mati\u00e8re migratoire r\u00e9sulte de deux faits majeurs. Le premier est l\u2019absence de politique communautaire en la mati\u00e8re. En effet les Etats consid\u00e8rent comme essentielle toute pr\u00e9rogative li\u00e9e \u00e0 la citoyennet\u00e9. Il en r\u00e9sulte, second fait, une grande diversit\u00e9 des politiques migratoires dans les Etats membres. Cependant des m\u00e9canismes de coordination et d\u2019incitation \u00e0 la convergence de ces politiques ont \u00e9t\u00e9 mis en place, ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9preuve, lors de crises r\u00e9centes.<\/p>\n<h3><strong>Un r\u00e9sident de l\u2019UE sur neuf n\u2019est pas n\u00e9 dans son pays de r\u00e9sidence<\/strong><\/h3>\n<p>L\u2019UE comptait au 1<sup>er<\/sup> janvier 2017 (derni\u00e8res donn\u00e9es publi\u00e9s par Eurostat) 512 millions d\u2019habitants dont 57 millions sont des immigr\u00e9s au sens \u00ab\u00a0international\u00a0\u00bb du terme (il s\u2019agit de r\u00e9sidents n\u00e9s dans un autre pays que celui de r\u00e9sidence), soit 11 %. Parmi ces immigr\u00e9s, 37 millions sont n\u00e9s dans un pays hors Union europ\u00e9enne \u00e0 28 (UE 28), soit 7 %. Ces moyennes ne rendent pas compte de l\u2019extr\u00eame diversit\u00e9 des situations par pays. Le Luxembourg compte 45 % d\u2019immigr\u00e9s, la Pologne 1,7 % (et la France 12 %). La Su\u00e8de compte 12 % d\u2019immigr\u00e9s non communautaires, la Slovaquie 0,6 % (et la France 8 %). Environ deux tiers des immigr\u00e9s sont non communautaires, cette part \u00e9tant sensiblement plus importante en France et aux Pays-Bas, moins importante en Belgique et en Autriche.<\/p>\n<h3><strong>L\u2019UE n\u2019est pas une grande zone d\u2019immigration, en comparaison des autres pays d\u00e9velopp\u00e9s<\/strong><\/h3>\n<p>Cette diversit\u00e9 conduit \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019immigration dans une perspective plus large. D\u2019abord, la part des immigr\u00e9s dans le monde d\u00e9passe de peu 3\u00a0%. Des pays comme le Luxembourg, et depuis assez r\u00e9cemment les pays nordiques, accueillent une immigration importante, plut\u00f4t bien int\u00e9gr\u00e9e sur le march\u00e9 du travail. Certains pays sont au contraire encore quasiment ferm\u00e9s, notamment les pays du centre et de l\u2019Est de l\u2019Europe, que l\u2019on rapprocherait sur ce sujet du Japon. Les premiers se rapprochent des grands pays d\u2019immigration (Australie, Canada, Etats-Unis, mais plus encore actuellement des pays de la p\u00e9ninsule arabique). La notion d\u2019immigration d\u00e9pend de la notion de fronti\u00e8re et celles-ci changent au cours du temps. Selon que l\u2019on distingue ou non les immigr\u00e9s communautaires des autres, en raison du principe de libre circulation des personnes, la part des immigr\u00e9s chute de 11 % \u00e0 7 %. Si l\u2019on tenait compte de toutes les mobilit\u00e9s int\u00e9rieures, l\u2019analyse serait tr\u00e8s diff\u00e9rente\u00a0: par exemple, la Chine compte \u00e0 elle seule autant de migrants int\u00e9rieurs que l\u2019on compte de migrants dans le monde\u2026 Pour en revenir \u00e0 la situation de l\u2019UE, les pays baltes accueillent une part de plus de 10\u00a0% d\u2019immigr\u00e9s, anciens ressortissants de la d\u00e9funte URSS.<\/p>\n<h3><strong>Les politiques migratoires reposent d\u2019abord sur des crit\u00e8res juridiques<\/strong><\/h3>\n<p>L\u2019approche pr\u00e9c\u00e9dente est essentiellement d\u00e9mographique. Les politiques se fondent davantage sur des crit\u00e8res de nationalit\u00e9, car la citoyennet\u00e9 du pays de r\u00e9sidence ouvre des droits sp\u00e9cifiques. Le projet europ\u00e9en porte nombre d\u2019originalit\u00e9s, parmi lesquelles une citoyennet\u00e9 europ\u00e9enne, qui entra\u00eene la libert\u00e9 de circulation et d\u2019installation pour ce qui concerne le sujet des migrations. Approches d\u00e9mographique et juridique se recouvrent mal. Les citoyens du pays de r\u00e9sidence ou d\u2019un autre pays de l\u2019UE ne font gu\u00e8re l\u2019objet de politiques migratoires. Ils circulent et s\u2019installent librement, qu\u2019ils aient acquis une citoyennet\u00e9 d\u2019un pays de l\u2019UE d\u00e8s la naissance ou par naturalisation. En revanche, la migration des personnes non communautaires est assez strictement r\u00e9gul\u00e9e. On ne compte que 22 millions de r\u00e9sidents n\u2019ayant pas la nationalit\u00e9 d\u2019un pays de l\u2019UE 28, soit environ 4\u00a0% du total. Certains ne sont pas des immigr\u00e9s au sens d\u00e9mographique (personnes n\u00e9es dans le pays de r\u00e9sidence, mais de parents \u00e9trangers, si le droit national ne comporte pas de possibilit\u00e9s d\u2019acquisition par \u00ab\u00a0droit du sol\u00a0\u00bb).<\/p>\n<h3><strong>Si la nationalit\u00e9 est \u00ab\u00a0structurante\u00a0\u00bb, cela est loin d\u2019\u00eatre le seul de ces crit\u00e8res<\/strong><\/h3>\n<p>Si l\u2019on examine les flux d\u2019immigration annuels de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le tableau se diversifie encore. Rappelons que ces flux sont traditionnellement d\u00e9compos\u00e9s en migrations \u00e9conomiques, humanitaires et familiales. Cela renvoie \u00e0 la l\u00e9gislation de chaque pays, qui d\u00e9finit ces notions et accorde les permis de s\u00e9jours. Pour ne rajouter qu\u2019une complexit\u00e9 (importante) \u00e0 ce tableau, circulation et installation sont des notions bien distinctes. On ne compte pas comme immigr\u00e9s les touristes ou autres voyageurs d\u2019affaires (cependant soumis \u00e0 visas s\u2019ils sont non communautaires). La fronti\u00e8re (!) est encore plus difficile \u00e0 appr\u00e9cier d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit des mobilit\u00e9s estudiantines. Non compt\u00e9s comme immigr\u00e9s car n\u2019ayant pas (tous) vocation \u00e0 s\u2019installer, les \u00e9tudiants \u00e9trangers font cependant l\u2019objet d\u2019une grande attention de la part des politiques. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab\u00a0brain drain\u00a0\u00bb se rapproche de politiques attractives pour les travailleurs tr\u00e8s qualifi\u00e9s par exemple.<\/p>\n<p>L\u2019UE a enregistr\u00e9 environ 2 millions de nouveaux r\u00e9sidents en 2017, originaires d\u2019un pays hors UE 28 et autoris\u00e9s \u00e0 r\u00e9sider plus d\u2019un an. Le motif d\u2019entr\u00e9e est le plus fr\u00e9quemment le motif familial (40 %), puis \u00e9conomique (25 %), enfin humanitaire (15 %), des motifs divers repr\u00e9sentant le reste. Cette r\u00e9partition change peu au cours du temps et des pays, \u00e9tant plus sensible \u00e0 des d\u00e9finitions juridiques locales qu\u2019au statut socio-\u00e9conomique r\u00e9el des personnes concern\u00e9es.<\/p>\n<h3><em>\u00a0<\/em><strong>De toutes fa\u00e7ons, ce qui pr\u00e9occupe le \u00ab\u00a0grand public\u00a0\u00bb, c\u2019est la \u00ab\u00a0crise de l\u2019asile\u00a0\u00bb<\/strong><\/h3>\n<p>Les bouleversements g\u00e9opolitiques de ces derni\u00e8res ann\u00e9es ont sensibilis\u00e9 beaucoup de citoyens au sujet des demandeurs d\u2019asile. Les demandeurs d\u2019asile ont un statut particulier\u00a0: ils n\u2019ont qu\u2019une autorisation provisoire de s\u00e9jour, le temps que leur demande d\u2019asile soit accept\u00e9e (ils seront alors compt\u00e9s comme migrants humanitaires) ou rejet\u00e9e (ils devraient alors quitter l\u2019UE 28, mais c\u2019est assez loin d\u2019\u00eatre le cas). La demande d\u2019asile rel\u00e8ve des politiques migratoires mais les demandeurs ne sont pas des immigr\u00e9s.<\/p>\n<p>De 2012 \u00e0 2014, la demande d\u2019asile adress\u00e9e \u00e0 l\u2019UE 28 a augment\u00e9, passant de 0,3 \u00e0 0,6 million. La rupture est forte en 2015, avec 1,3 million de demandes, le fl\u00e9chissement s\u2019amorce ensuite\u00a0: 1,25 million de demandes en 2016 puis 0,7 en 2017 (les donn\u00e9es de 2018 devraient \u00eatre proches de celles de 2017). La crise de 2015 concerne divers pays, l\u2019Allemagne, la Su\u00e8de, l\u2019Autriche et la Hongrie essentiellement. Les origines des demandeurs sont surtout moyen-orientales. Hormis l\u2019Allemagne, les pays cit\u00e9s restreignent la possibilit\u00e9 de demander l\u2019asile d\u00e8s 2016, tandis que l\u2019Italie et la Gr\u00e8ce voient affluer des demandeurs d\u2019asile, plut\u00f4t africains. L\u2019afflux de l\u2019automne 2015, avec une m\u00e9diatisation intense, est rest\u00e9 dans les esprits.<\/p>\n<h3><strong>La politique migratoire est un ensemble de \u00ab\u00a0sous-politiques\u00a0\u00bb, que l\u2019on d\u00e9crit ici \u00e0 grands traits <\/strong><\/h3>\n<p>Ces politiques rel\u00e8vent d\u2019abord de la \u00ab\u00a0police\u00a0\u00bb, soit de la gestion des entr\u00e9es suivant le motif (\u00e9conomique \/ familial \/ humanitaire) et des politiques de contr\u00f4le (conduisant \u00e0 des refus) d\u2019entr\u00e9es. Il y a g\u00e9n\u00e9ralement des politiques d\u2019int\u00e9gration (l\u2019exception fran\u00e7aise veut que l\u2019on parle plut\u00f4t d\u2019accueil) destin\u00e9es \u00e0 faciliter l\u2019installation et l\u2019insertion dans la vie \u00e9conomique et sociale des \u00e9trangers admis au s\u00e9jour. On donnera l\u2019exemple de cours de la langue du pays d\u2019accueil, attribu\u00e9s ou facilit\u00e9s dans de nombreux pays. Ces politiques restent g\u00e9n\u00e9ralement modestes, assez souvent confi\u00e9es \u00e0 des autorit\u00e9s locales ou \u00e0 des organisations non gouvernementales, donc tr\u00e8s diverses. Les politiques migratoires incluent encore les r\u00e8gles et dispositifs d\u2019attribution de la nationalit\u00e9 du pays de r\u00e9sidence. Assez fr\u00e9quemment, et c\u2019est le cas en France, la politique migratoire inclut un ensemble d\u2019actions et de relations avec certains pays d\u2019origine des migrants.<\/p>\n<h3><strong>Ces politiques n\u2019incluent que rarement les dispositifs d\u2019int\u00e9gration<\/strong><\/h3>\n<p>En revanche, les politiques migratoires n\u2019incluent que tr\u00e8s rarement des dispositifs facilitant l\u2019insertion socio-\u00e9conomique des descendants (n\u00e9s dans le pays d\u2019accueil, souvent de nationalit\u00e9 de ce pays) d\u2019immigr\u00e9s. Compte tenu de la forte croissance de ces populations et de leurs difficult\u00e9s sp\u00e9cifiques, il y a l\u00e0 une \u00ab\u00a0lacune\u00a0\u00bb potentiellement probl\u00e9matique. On voit la cons\u00e9quence de l\u2019approche fond\u00e9e sur la nationalit\u00e9\u00a0: des politiques d\u2019int\u00e9gration, davantage tourn\u00e9es vers des immigr\u00e9s install\u00e9s depuis plusieurs ann\u00e9es et \u00e0 vis\u00e9es sociales (emploi, \u00e9ducation sant\u00e9, \u2026) sont rarement mises en \u0153uvre.\u00a0 Or, le d\u00e9bat public fait souvent ressortir des r\u00e9ticences ou des rejets de l\u2019immigration li\u00e9s au d\u00e9faut d\u2019int\u00e9gration des populations allochtones install\u00e9es depuis de nombreuses ann\u00e9es.<\/p>\n<h3><strong>Elles concernent cependant les \u00e9trangers sans droit (d\u00e9finitif) au s\u00e9jour<\/strong><\/h3>\n<p>On ne parle jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent que d\u2019immigration l\u00e9gale. Un ensemble de politiques destin\u00e9es \u00e0 lutter contre l\u2019immigration ill\u00e9gale existe \u00e9galement\u00a0: reconduites d\u2019\u00e9trangers en situation irr\u00e9guli\u00e8re, pr\u00e9vention et sanction de fili\u00e8res d\u2019immigration ill\u00e9gale notamment. Dans l\u2019entre-deux, se situent \u00e9videmment les politiques de gestion de la demande d\u2019asile. Le demandeur d\u2019asile n\u2019est pas un immigr\u00e9 (puisqu\u2019on ne sait pas encore s\u2019il va rester). Il peut obtenir le statut de r\u00e9fugi\u00e9 suivant la convention internationale (\u00ab\u00a0de Gen\u00e8ve\u00a0\u00bb) ou un statut \u00e9quivalent, mais sp\u00e9cifique au pays d\u2019accueil. Il devient alors immigr\u00e9 humanitaire.<\/p>\n<h3><strong>La politique migratoire de l\u2019UE n\u2019existe pas&#8230; <\/strong><\/h3>\n<p>Une grande diversit\u00e9 de situations existe dans les diff\u00e9rents pays de l\u2019UE, pour chacune de ces sous-politiques. En effet les Etats membres restent souverains en ces mati\u00e8res. Cette diversit\u00e9 est accrue du fait que, dans certains pays, certaines de ces sous-politiques sont confi\u00e9es \u00e0 des instances infra-nationales. G\u00e9n\u00e9ralement, les politiques de gestion et de contr\u00f4le des entr\u00e9es rel\u00e8vent du minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur, mais il est assez courant que les sous-politiques d\u2019int\u00e9gration rel\u00e8vent des minist\u00e8res sociaux (emploi, affaires sociales, \u2026), l\u2019attribution de la nationalit\u00e9 du minist\u00e8re de la justice, les mesures bilat\u00e9rales ou multilat\u00e9rales du minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res, etc. Ces r\u00e9partitions de pr\u00e9rogatives sont variables dans l\u2019espace, mais aussi dans le temps, en fonction des orientations politiques de l\u2019Etat membre. Il arrive enfin, mais c\u2019est assez rare, qu\u2019un minist\u00e8re de l\u2019immigration chapeaute les diff\u00e9rentes politiques.<\/p>\n<p>Toutefois, diff\u00e9rents m\u00e9canismes de coop\u00e9ration voire de coordination se sont mis en place. De l\u2019avis g\u00e9n\u00e9ral, la \u00ab\u00a0politique migratoire\u00a0\u00bb de l\u2019UE n\u2019est pas satisfaisante, mais ne demande-t-on pas trop \u00e0 une politique qui n\u2019existe pas\u00a0\u2026 ?<\/p>\n<h3><strong>\u2026 mais on la rencontre fr\u00e9quemment<\/strong><\/h3>\n<p>Au niveau europ\u00e9en, la direction g\u00e9n\u00e9rale des affaires int\u00e9rieures (de la Commission europ\u00e9enne) assure notamment un r\u00f4le d\u2019animation, de coordination et de proposition en mati\u00e8re de politiques migratoires. Ces actions s\u2019appuient sur une mise en r\u00e9seau. Le r\u00e9seau europ\u00e9en des migrations rassemble quelques personnes sises dans les administrations nationales, dans chaque pays. Cela facilite les \u00e9changes d\u2019informations, fait \u00e9merger les bonnes pratiques et maintient une veille sur ces sujets. La Commission europ\u00e9enne s\u2019appuie beaucoup sur divers \u00ab\u00a0think tanks\u00a0\u00bb, l\u2019OCDE en premier lieu, ou des instances d\u00e9riv\u00e9es telles que le GDISC (<em>general directors of immigration services conference<\/em>). Les pays de l\u2019espace \u00e9conomique europ\u00e9en hors UE, soit la Suisse, la Norv\u00e8ge, l\u2019Islande et le Liechtenstein b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019accords sp\u00e9cifiques et sont des pays comportant une population immigr\u00e9e importante. Ils participent \u00e0 diverses instances (dont le GDISC). L\u2019OCDE rassemble un grand nombre de pays majeurs en termes d\u2019immigration et produit nombre d\u2019analyses et de recommandations bas\u00e9es sur l\u2019exp\u00e9rience, tant dans le domaine \u00e9conomique que politique.<\/p>\n<p>La Commission europ\u00e9enne rassemble un grand nombre de donn\u00e9es statistiques, et, en coop\u00e9ration \u00e9troite avec l\u2019OCDE, les diffuse et les analyse, apr\u00e8s d\u2019importants travaux d\u2019harmonisation. Une agence, Frontex,\u00a0 a pour mission de coordonner l\u2019information et les actions relatives au franchissement ill\u00e9gal des fronti\u00e8res ext\u00e9rieures de l\u2019UE 28. Une autre agence, l\u2019EASO (European asylum support office) rassemble les repr\u00e9sentants des Etats membres et vise \u00e0 coordonner les actions de ceux-ci en mati\u00e8re d\u2019asile. Il convient de noter qu\u2019une difficult\u00e9 majeure ressort du constat que les fronti\u00e8res sont au Sud (Gr\u00e8ce, Italie, \u2026) alors que les capacit\u00e9s d\u2019accueil ont davantage \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es dans les pays plus septentrionaux de l\u2019UE. Le \u00ab\u00a0m\u00e9canisme de Dublin\u00a0\u00bb illustre tr\u00e8s bien ces contradictions et difficult\u00e9s, en lien avec la \u00ab\u00a0crise\u00a0\u00bb de 2015, fait majeur des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<h3><strong>La crise de 2015 n\u2019a pas eu lieu \u2026<\/strong><\/h3>\n<p>En 2015, il semble qu\u2019une crise majeure de l\u2019asile se soit produite. Cela s\u2019observe surtout <em>via<\/em> les statistiques de demandes d\u2019asile, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crites. Il est paradoxal que les printemps arabes n\u2019aient produit que peu d\u2019\u00e9migration issue de l\u2019Afrique du Nord (Tunisie, Libye, Egypte) en d\u00e9pit de revendications d\u00e9mocratiques finalement non ou mal satisfaites, au tournant des ann\u00e9es 2010. En revanche, la d\u00e9stabilisation g\u00e9opolitique d\u2019un espace immense, incluant la Syrie, mais concernant assez largement l\u2019Afrique subsaharienne, produit des courants migratoires encore cons\u00e9quents aujourd\u2019hui. En 2015, du fait de la guerre en Syrie, un nombre important de \u00ab\u00a0r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0\u00bb gagne l\u2019Europe, par l\u2019Est et le Sud, chemine <em>via<\/em> l\u2019Europe centrale vers les pays r\u00e9put\u00e9s \u00ab\u00a0ouverts\u00a0\u00bb \u00e0 cette forme d\u2019immigration, Su\u00e8de et Allemagne en premier lieu. Ces deux pays affichent d\u2019abord une volont\u00e9 d\u2019accepter de nombreux demandeurs d\u2019asile, conform\u00e9ment \u00e0 une tradition humanitaire mise en place depuis les ann\u00e9es 1990 en Su\u00e8de, de fa\u00e7on peut-\u00eatre plus int\u00e9ress\u00e9e en Allemagne, o\u00f9 la faiblesse d\u00e9mographique est pr\u00e9occupante. De fin 2015 \u00e0 mi 2016, l\u2019Allemagne se pose en capacit\u00e9 d\u2019int\u00e9grer (\u00ab\u00a0Wir schaffen das\u00a0\u00bb) plus d\u2019un million de r\u00e9fugi\u00e9s. La Su\u00e8de se referme bien vite.<\/p>\n<h3><strong>\u2026 sauf dans les pays de transit et en Allemagne<\/strong><\/h3>\n<p>Les pays \u00ab\u00a0en premi\u00e8re ligne\u00a0\u00bb, soit les pays balkaniques dont la Gr\u00e8ce, devront g\u00e9rer un afflux de demandeurs d\u2019asile hors de leurs capacit\u00e9s d\u2019accueil. C\u2019est ainsi que des coop\u00e9rations sous l\u2019\u00e9gide de l\u2019EASO ont eu lieu. Tandis que ces aides se mettent en place, des n\u00e9gociations se tiennent pour r\u00e9partir les demandeurs dans les diff\u00e9rents pays (qui \u00e9choueront pour l\u2019essentiel). Puis un accord se construit pour que la Turquie se charge (la pression de son premier partenaire \u00e9conomique, l\u2019Allemagne n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 n\u00e9gligeable&#8230;) de g\u00e9rer comme Etat tampon les flux des \u00ab\u00a0r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0\u00bb syriens.<\/p>\n<p>Il convient de noter que la crise de 2015 a surtout concern\u00e9 l\u2019Allemagne, destination finale des demandeurs, et les pays de transit (les pays balkaniques, dans et hors de l\u2019UE) pendant environ un an. L\u2019accord UE-Turquie a \u00e9t\u00e9 un succ\u00e8s mais la demande d\u2019asile se situe maintenant \u00e0 un niveau plus \u00e9lev\u00e9 qu\u2019avant la crise, largement aliment\u00e9e par l\u2019instabilit\u00e9 g\u00e9opolitique en Afrique. On rel\u00e8ve encore que la France n\u2019a \u00e9t\u00e9 que marginalement impact\u00e9e par cette crise.<\/p>\n<h3><strong>Pourquoi \u00ab\u00a0Dublin\u00a0\u00bb est le pire syst\u00e8me \u00e0 l\u2019exclusion de tous les autres<\/strong><\/h3>\n<p>Le principe des accords de Dublin semble simple et de bon sens\u00a0: c\u2019est \u00e0 l\u2019\u00c9tat o\u00f9 la premi\u00e8re demande a \u00e9t\u00e9 adress\u00e9e qu\u2019il revient d\u2019accorder ou non l\u2019asile (soit un statut d\u2019immigr\u00e9 humanitaire, \u00ab\u00a0r\u00e9fugi\u00e9\u00a0\u00bb au sens du Haut commissariat aux r\u00e9fugi\u00e9s ou un statut national \u00e9quivalent). La configuration g\u00e9ographique de l\u2019UE met \u00e0 mal le principe de bon sens et les accords de Dublin, marginalement amend\u00e9s au fil du temps (le dernier accord, dit de \u00ab\u00a0Dublin III\u00a0\u00bb date de 2013), sont tr\u00e8s contest\u00e9s. Notamment, le m\u00e9canisme suppose une identification des demandeurs puis un transfert (la \u00ab\u00a0r\u00e9admission\u00a0\u00bb) si le demandeur a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 au pr\u00e9alable dans un premier pays d\u2019accueil. Ce m\u00e9canisme \u00e9tait peu effectif avant 2015. Il a pris de l\u2019ampleur depuis. En pratique, on lui reproche de dissuader de potentiels demandeurs d\u2019effectuer les d\u00e9marches dans le pays o\u00f9 ils arrivent s\u2019ils veulent rejoindre un autre pays (par exemple, un Nig\u00e9rian arriv\u00e9 en Italie, tout en souhaitant se r\u00e9fugier en Angleterre, car il est anglophone). Ce m\u00e9canisme cr\u00e9e alors des clandestins et g\u00e9n\u00e8re pr\u00e9carit\u00e9 pour les migrants, et nombre de difficult\u00e9s pour les autorit\u00e9s des pays de premier contact ou de transit. La \u00ab\u00a0jungle\u00a0\u00bb de Calais ou plus r\u00e9cemment les actions d\u2019activistes comme C\u00e9dric Herrou en sont les sympt\u00f4mes les plus marquants. Cependant, aucun m\u00e9canisme alternatif n\u2019a pu \u00eatre envisag\u00e9.<\/p>\n<h3><strong>Conclusion<\/strong><\/h3>\n<p>Le d\u00e9bat politique accorde une large place aux sujets d\u2019immigration. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, dans quelques pays, une part importante mais minoritaire de la population juge essentiels les sujets d\u2019immigration au point de voter pour des partis dont le programme fait une large part \u00e0 la lutte contre l\u2019immigration. Un enjeu des \u00e9lections europ\u00e9ennes sera bien s\u00fbr de \u00ab\u00a0compter les forces en pr\u00e9sence\u00a0\u00bb, soit de mesurer la popularit\u00e9 des partis \u00ab\u00a0x\u00e9nophobes\u00a0\u00bb (pris ici au sens tr\u00e8s att\u00e9nu\u00e9 d\u2019une simple r\u00e9ticence \u00e0 accueillir les \u00e9trangers). Un afflux tr\u00e8s important, mais loin d\u2019\u00eatre in\u00e9dit (crise des \u00ab\u00a0boat people\u00a0\u00bb des ann\u00e9es 1980, guerres balkaniques des ann\u00e9es 1990) a eu lieu en 2015-2016, exacerbant les tensions politiques, loin d\u2019\u00eatre apais\u00e9es \u00e0 l\u2019approche des \u00e9lections de 2019.<\/p>\n<p>Toutefois, il est peu probable qu\u2019une politique migratoire commune voie le jour dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. L\u2019attribution de la citoyennet\u00e9 et le droit au s\u00e9jour restent des pr\u00e9rogatives souveraines. La crise de 2015 a montr\u00e9 malgr\u00e9 tout que des m\u00e9canismes de solidarit\u00e9 sont dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous les Etats membres. De grand progr\u00e8s pourraient \u00eatre accomplis en renfor\u00e7ant l\u2019int\u00e9gration des immigr\u00e9s, mais ces politiques sont co\u00fbteuses dans l\u2019imm\u00e9diat et leurs b\u00e9n\u00e9fices ne sont perceptibles qu\u2019\u00e0 tr\u00e8s long terme. L\u2019immigration a jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue selon des dimensions \u00e9conomiques et humanitaires. Cons\u00e9quence des bouleversements g\u00e9opolitiques et des facilit\u00e9s de circulation tant de l\u2019information que des personnes, le monde actuel tol\u00e8re de moins en moins les barri\u00e8res. Il n\u2019est cependant pas prouv\u00e9 que les diff\u00e9rences culturelles soient totalement solubles dans les \u00e9changes, et ce dernier point \u00e9merge de plus en plus comme pierre d\u2019achoppement pour les politiques migratoires des pays d\u00e9velopp\u00e9s, celles de l\u2019UE en particulier.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les immigr\u00e9s ne repr\u00e9sentent qu\u2019un peu plus de 10 % de la population europ\u00e9enne. S\u2019y ajoutent moins d\u2019un million de demandeurs d\u2019asile. Le bruit politique et m\u00e9diatique en relation avec ces personnes est sans commune mesure avec leur importance num\u00e9rique. 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