{"id":3837,"date":"2019-01-23T10:08:51","date_gmt":"2019-01-23T08:08:51","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=3837"},"modified":"2020-04-29T10:36:54","modified_gmt":"2020-04-29T08:36:54","slug":"calcul-economique-de-long-terme-actualisation-sociale-impartialite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=3837","title":{"rendered":"Le calcul \u00e9conomique de long terme : Actualisation sociale ou impartialit\u00e9 ?"},"content":{"rendered":"<p>Afin d\u2019introduire le sujet de mani\u00e8re plus vivante, permettez-moi d\u2019abord de vous raconter comment je m\u2019y suis trouv\u00e9 m\u00eal\u00e9. A l\u2019origine de mon int\u00e9r\u00eat pour le calcul \u00e9conomique de long terme, se trouve ma d\u00e9cision de me lancer, vers la fin des ann\u00e9es 90, dans l\u2019\u00e9tude des strat\u00e9gies de croissance \u00e9conomique optimale, d\u00e9cision li\u00e9e \u00e0 un besoin de revenir vers des choses plus \u00ab\u00a0r\u00e9elles\u00a0\u00bb puisque j\u2019avais plut\u00f4t travaill\u00e9 jusqu\u2019alors dans la finance.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me du crit\u00e8re d\u2019optimisation \u00e0 utiliser s\u2019est alors pos\u00e9 d\u2019embl\u00e9e. En bon \u00e9conomiste-math\u00e9maticien, il me fallait bien avoir quelque chose \u00e0 optimiser\u00a0! C\u2019est essentiellement cette question du crit\u00e8re intertemporel qui diff\u00e9rencie le calcul \u00e9conomique de long terme du reste de la th\u00e9orie \u00e9conomique.<\/p>\n<h3><strong>Ma d\u00e9couverte de Maurice Allais<\/strong><\/h3>\n<p>Le crit\u00e8re standard \u00e9tait, et est peut-\u00eatre encore, la somme actualis\u00e9e du flux intertemporel d\u2019utilit\u00e9s. Cependant, il se trouve que j\u2019ai toujours eu quelque m\u00e9fiance vis-\u00e0-vis de ce crit\u00e8re, car, autant il est indiscutable pour le financier qui fait face \u00e0 des int\u00e9r\u00eats mon\u00e9taires, autant il m\u2019est apparu difficile \u00e0 justifier en tant que crit\u00e8re d\u2019arbitrage entre les satisfactions pr\u00e9sentes et futures dans un contexte non al\u00e9atoire.<\/p>\n<p>Mes h\u00e9sitations \u00e0 recourir \u00e0 l\u2019actualisation ont \u00e9t\u00e9 confort\u00e9es par la lecture de l\u2019ouvrage de Maurice Allais \u00ab\u00a0Economie et int\u00e9r\u00eat\u00a0\u00bb<sup> <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/sup> o\u00f9 l\u2019on peut lire\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Indiquons que si l\u2019Etat prend en consid\u00e9ration la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9sente et les g\u00e9n\u00e9rations futures, c\u2019est-\u00e0-dire s\u2019il estime que toutes les g\u00e9n\u00e9rations sont identiques du point de vue de l\u2019estimation des accroissements et des diminutions de satisfaction, il sera n\u00e9cessairement conduit \u00e0 rechercher la maximation de la productivit\u00e9 sociale, quelque sacrifice qu\u2019il puisse en co\u00fbter pour la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9sente. Nous avons vu, en effet, que l\u2019\u00e9pargne suppl\u00e9mentaire n\u00e9cessaire une fois cr\u00e9\u00e9e permet une augmentation ind\u00e9finie du revenu collectif r\u00e9el de toutes les g\u00e9n\u00e9rations futures et qu\u2019ainsi, de toute politique d\u2019abaissement du taux d\u2019int\u00e9r\u00eat qui tient un \u00e9gal compte des g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9sente et future, la peine \u00e9ventuelle de la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9sente pour constituer l\u2019\u00e9pargne suppl\u00e9mentaire n\u00e9cessaire est ind\u00e9finiment compens\u00e9e par le suppl\u00e9ment de satisfaction dont b\u00e9n\u00e9ficieront les g\u00e9n\u00e9rations futures.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Fort de cette justification par un auteur aussi prestigieux, j\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 caract\u00e9riser le sentier optimal, au regard d\u2019un tel souci d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les g\u00e9n\u00e9rations, d\u2019une \u00e9conomie \u00e0 g\u00e9n\u00e9rations imbriqu\u00e9es o\u00f9 le lien entre les g\u00e9n\u00e9rations successives \u00e9tait l\u2019h\u00e9ritage (article \u00ab\u00a0Optimal growth path in an OLG economy without time-preference assumptions\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>\u00a0). A cette occasion, en me pla\u00e7ant dans le contexte d\u2019une fonction de choix social intertemporel continue et diff\u00e9rentiable, j\u2019ai pu me rendre compte de la difficult\u00e9 \u00e0 concilier efficacit\u00e9 et impartialit\u00e9<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>. Cette difficult\u00e9 provient du fait que l\u2019horizon temporel est infini, hypoth\u00e8se la plus op\u00e9rationnelle pour le calcul \u00e9conomique de long terme.<\/p>\n<h3><strong>Premier contact avec la litt\u00e9rature<\/strong><\/h3>\n<p>Il m\u2019a alors \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 que cette incompatibilit\u00e9 entre efficacit\u00e9 et impartialit\u00e9 \u00e9tait connue depuis l\u2019article de Tjalling Koopmans \u00ab\u00a0Stationary ordinal utility and impatience\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> et que le d\u00e9bat entre les partisans et d\u00e9tracteurs de l\u2019actualisation sociale (<em>social discounting<\/em>)<em>,<\/em> existe depuis assez longtemps. De fil en aiguille, j\u2019ai pu d\u00e9couvrir la litt\u00e9rature internationale sur ce sujet depuis l\u2019autrichien Eugen von Bohm-Bawerk \u00e0 la fin du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Je pr\u00e9cise bien qu\u2019il ne s\u2019agit pas\u00a0de l\u2019actualisation financi\u00e8re qui vise \u00e0 arbitrer, non pas les choix sociaux , mais les choix financiers. Les deux sont bien s\u00fbr li\u00e9s. Cependant le second consiste simplement en un calcul financier prenant en compte les int\u00e9r\u00eats servis ou factur\u00e9s par les banques afin de ramener un calcul sur diff\u00e9rentes p\u00e9riodes \u00e0 un calcul sur une seule p\u00e9riode. Alors que l\u2019actualisation sociale exprime la valorisation du futur par la soci\u00e9t\u00e9 en comparaison du pr\u00e9sent, valorisation qui r\u00e9sulte des caract\u00e9ristiques \u00e9thiques, psychologiques ou autres, hors du champ \u00e9conomique proprement dit mais ayant sur lui une influence d\u00e9terminante.<\/p>\n<h3><strong>La soci\u00e9t\u00e9 est-elle naturellement impatiente\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>Eugen von Bohm-Bawerk a argu\u00e9 en faveur de l\u2019existence d\u2019un penchant psychologique naturel tendant \u00e0 privil\u00e9gier la jouissance imm\u00e9diate d\u2019un bien plut\u00f4t que la reporter \u00e0 plus tard. Je cite \u00e0 ce sujet Ludwig von Mises, fervent d\u00e9fenseur du courant de pens\u00e9e repr\u00e9sent\u00e9 par Bohm-Bawerk, appel\u00e9 \u00e9cole autrichienne\u00a0(extrait traduit de son ouvrage \u00ab\u00a0The theory of money and credit\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>):<\/p>\n<p><em>Le temps pour l&rsquo;homme n\u2019est pas une substance homog\u00e8ne dont seule la longueur compte&#8230; C&rsquo;est un flux irr\u00e9versible dont les morceaux apparaissent dans des perspectives diff\u00e9rentes selon qu&rsquo;ils sont plus proches ou plus \u00e9loign\u00e9s de l\u2019instant d&rsquo;\u00e9valuation et de d\u00e9cision. La satisfaction d&rsquo;un besoin dans un avenir proche est, toutes choses \u00e9gales par ailleurs, pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 celle d\u2019un l&rsquo;avenir lointain.<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><sup><strong>[6]<\/strong><\/sup><\/a><\/em><\/p>\n<p>Cette caract\u00e9ristique suppos\u00e9e du comportement humain est baptis\u00e9e <em>pr\u00e9f\u00e9rence pour le pr\u00e9sent<\/em> ou <em>impatience.<\/em><\/p>\n<p>Il s\u2019av\u00e8re cependant qu\u2019il existe un courant de pens\u00e9e \u00e9conomique qui r\u00e9fute la n\u00e9cessit\u00e9 de cette caract\u00e9ristique, en tout cas pour un crit\u00e8re social normatif et dans un contexte non al\u00e9atoire. Par exemple Henry Sidgwick, dans \u00ab The method of ethics \u00bb<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>:<\/p>\n<p><em>Le moment o<\/em><em>\u00f9 un homme existe ne peut affecter la valeur de son bonheur d&rsquo;un point de vue universel.<\/em><\/p>\n<p>et Kenneth Arrow,\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Intergenerational equity and the rate of discount in long-term social investment \u00bb<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>:<\/p>\n<p><em>Pigou (1932, p.25) a d\u00e9<\/em><em>clar\u00e9 plut\u00f4t poliment que la pr\u00e9f\u00e9<\/em><em>rence temporelle pure \u00ab\u00a0implique que &#8230; notre facult\u00e9 t\u00e9lescopique est d\u00e9fectueuse\u00a0\u00bb. Ramsey et Harrod \u00e9taient plus moralement assertifs. Ramsey (1928, p. 261): \u00ab\u00a0\u2026 nous ne sous-\u00e9valuons pas les plaisirs ult\u00e9rieurs par rapport aux pr\u00e9c\u00e9dents, une pratique qui est \u00e9thiquement ind\u00e9fendable et provient simplement de la faiblesse de l&rsquo;imagination \u00ab\u00a0. Harrod (1948, p40):\u00a0\u00bb la pr\u00e9f\u00e9rence pour le pr\u00e9sent est une expression polie de rapacit\u00e9 et de conqu\u00eate de la raison par les passions\u00a0\u00bb\u2026. Robert Solow (1974, p. 40): \u00ab\u00a0R\u00e9unis en conclave solennel, pour ainsi dire, nous devrions agir comme si le taux social de pr\u00e9f\u00e9rence temporelle \u00e9tait nul.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<h3><strong>Trois prix Nobel pour les id\u00e9es d\u2019Allais<\/strong><\/h3>\n<p>Comme on l\u2019a vu ci-dessus, il convient d\u2019ajouter \u00e0 cette liste Maurice Allais, qui ne s\u2019est pas born\u00e9 \u00e0 sugg\u00e9rer l\u2019impartialit\u00e9 intertemporelle, mais qui a aussi pouss\u00e9 l\u2019analyse jusqu\u2019\u00e0 caract\u00e9riser l\u2019optimalit\u00e9 sous cette hypoth\u00e8se, en \u00e9non\u00e7ant la fameuse r\u00e8gle d\u2019or pour une croissance optimale: <em>le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9el doit \u00eatre \u00e9gal au taux de croissance asymptotique<\/em>. Cette r\u00e8gle a \u00e9t\u00e9 red\u00e9couverte sous une autre forme et popularis\u00e9e plus tard par Edmund Phelps, ce qui lui a valu le prix Nobel. Maurice Allais a \u00e9t\u00e9 un pr\u00e9curseur foisonnant d\u2019id\u00e9es, mais un peu m\u00e9connu car en avance sur ses pairs. Il a quand m\u00eame influenc\u00e9 des \u00e9conomistes et d\u00e9cideurs fran\u00e7ais par ses cours et ses \u00e9crits. En particulier, son ouvrage \u00ab\u00a0A la recherche d\u2019une discipline \u00e9conomique\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> a jet\u00e9 les bases des deux th\u00e9or\u00e8mes de bien-\u00eatre pour lesquels G\u00e9rard Debreu a re\u00e7u le prix Nobel d\u2019\u00e9conomie, avec Kenneth Arrow, gr\u00e2ce \u00e0 leur reformulation de ces th\u00e9or\u00e8mes avec des outils topologiques. Citons aussi l\u2019ant\u00e9riorit\u00e9 de Maurice Allais sur Paul Samuelson pour le mod\u00e8le \u00e0 g\u00e9n\u00e9rations imbriqu\u00e9es, mod\u00e8le qui a valu \u00e0 ce dernier le prix Nobel en 1970. L\u2019article d\u2019Edmond Malinvaud, X 1942-ENSAE et professeur \u00e0 l\u2019ENSAE, \u00ab\u00a0The overlapping model in 1947\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> a certainement contribu\u00e9 \u00e0 faire conna\u00eetre les travaux de Maurice Allais et \u00e0 lui rendre justice (prix Nobel en 1988). Ces observations sur l\u2019ant\u00e9riorit\u00e9 d\u2019Allais n\u2019enl\u00e8vent rien au m\u00e9rite de Debreu, Arrow, Phepls ou Samuelson. Bien au contraire, ils ont touch\u00e9 \u00e0 des questions tellement fondamentales et d\u2019une mani\u00e8re tellement limpide, qu\u2019il serait ingrat de ne pas reconna\u00eetre leurs apports.<\/p>\n<p>Il convient aussi probablement d\u2019ajouter Edmond Malinvaud \u00e0 la liste des sceptiques au sujet de la pr\u00e9f\u00e9rence sociale pour le pr\u00e9sent. En effet, Edmond Malinvaud a \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9l\u00e8ve de Maurice Allais, dont l\u2019ouvrage \u00ab\u00a0Economie et int\u00e9r\u00eat\u00a0\u00bb cit\u00e9 ci-dessus a contribu\u00e9 \u00e0 susciter son int\u00e9r\u00eat pour l\u2019\u00e9tude des dynamiques d\u2019accumulation capitalistique affranchies de la pr\u00e9f\u00e9rence pour le pr\u00e9sent (article \u00ab\u00a0Les croissances optimales\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>). Edmond Malinvaud y d\u00e9veloppe une m\u00e9thode pour calculer l\u2019optimum non actualis\u00e9.<\/p>\n<h3><strong>Les math\u00e9matiques au secours de l\u2019impatience<\/strong><\/h3>\n<p>Le terme \u00ab\u00a0impartialit\u00e9 intertemporelle\u00a0\u00bb est employ\u00e9 ici dans le sens de l\u2019invariance de l\u2019\u00e9valuation sociale si on permute quelques g\u00e9n\u00e9rations, notion d\u00e9sign\u00e9e par <em>anonymity<\/em> dans la litt\u00e9rature. Le terme \u00ab\u00a0efficacit\u00e9\u00a0\u00bb est employ\u00e9 ici dans le sens de la Pareto-optimalit\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce contexte de d\u00e9saccord entre les th\u00e9oriciens sur la n\u00e9cessit\u00e9 de la pr\u00e9f\u00e9rence sociale pour le pr\u00e9sent qu\u2019intervient, en 1960, l\u2019article de Koopmans \u00ab\u00a0Stationary ordinal utility and impatience\u00a0\u00bb d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9. Ce travail de Koopmans apporte un argument d\u00e9cisif aux d\u00e9fenseurs de l\u2019actualisation sociale. Celle-ci n\u2019aurait pas besoin de l\u2019hypoth\u00e8se de la pr\u00e9f\u00e9rence sociale pour le pr\u00e9sent pour \u00eatre justifi\u00e9e. Elle ne serait qu\u2019une cons\u00e9quence d\u2019axiomes math\u00e9matiques suppos\u00e9s \u00e9vidents pour l\u2019ordre de pr\u00e9f\u00e9rence sociale qui sert de fondement au crit\u00e8re d\u2019optimisation, et dont le lien a priori avec l\u2019actualisation est inattendu. Les deux axiomes les plus importants sur lesquels se base Koopmans sont l\u2019axiome d\u2019efficacit\u00e9, ou Pareto-dominance, et l\u2019axiome de continuit\u00e9 forte, c\u2019est-\u00e0-dire la continuit\u00e9 selon la norme <em>sup<\/em> dans l\u2019espace des suites r\u00e9elles born\u00e9es . Ce r\u00e9sultat est consid\u00e9r\u00e9 comme surprenant par Koopmans lui-m\u00eame (pages 288 et 306). Comment une propri\u00e9t\u00e9 qui appara\u00eet comme \u00e9tant purement math\u00e9matique, comme la continuit\u00e9, peut-elle participer \u00e0 imposer une justification morale de partialit\u00e9 en faveur des g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9sentes\u00a0?<\/p>\n<h3><strong>Le retour \u00e0 la contestation de l\u2019actualisation sociale<\/strong><\/h3>\n<p>Toujours est-il que ce r\u00e9sultat de Koopmans a assomm\u00e9 pour un long moment les d\u00e9tracteurs de l\u2019actualisation sociale. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019article de Lars-Gunnar Svensson en 1980 intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Equity among generations\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>. Svensson y remplace la topologie de la norme sup par une topologie plus forte sur l\u2019espace des suites d\u2019utilit\u00e9, induisant donc une exigence de continuit\u00e9 plus faible. Svensson est alors capable de construire un ordre de pr\u00e9f\u00e9rence sociale offrant toutes les qualit\u00e9s requises\u2026 ou presque! En effet, l\u2019ordre de Svensson respecte l\u2019impartialit\u00e9 intertemporelle, l\u2019efficacit\u00e9 et la continuit\u00e9. Mais il pr\u00e9sente deux faiblesses. D\u2019une part il n\u2019est pas repr\u00e9sentable par une fonction d\u2019utilit\u00e9, ce qui n\u2019est pas commode pour les calculs d\u2019optima, d\u2019autre part il n\u2019est pas totalement constructible, dans le sens o\u00f9 son existence n\u2019est pas prouv\u00e9e de mani\u00e8re constructive mais \u00e0 partir d\u2019un recours \u00e0 l\u2019axiome du choix. L\u2019article de Basu-Mitra en 2003 \u00ab\u00a0Aggregating Infinite Utility Streams with InterGenerational Equity: The Impossibility of Being Paretian\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>, a d\u00e9finitivement ferm\u00e9 l\u2019espoir d\u2019avoir un ordre ayant les qualit\u00e9s \u00e9thiques requises et qui soit repr\u00e9sentable par une fonction d\u2019utilit\u00e9. Par ailleurs, Marc Fleurbaey et Philippe Michel en 2003, dans un article analysant les limites de compatibilit\u00e9 entre les axiomes d\u2019efficacit\u00e9 et d\u2019impartialit\u00e9 intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Intertemporal equity and the extension of the Ramsey criterion\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>, ont formul\u00e9 la conjecture qu\u2019il n\u2019existe pas d\u2019ordre constructible, dans le sens o\u00f9 son existence puisse \u00eatre \u00e9tablie sans l\u2019axiome du choix, et qui v\u00e9rifie en m\u00eame temps l\u2019efficacit\u00e9 et l\u2019impartialit\u00e9. Cette conjecture a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e ensuite ind\u00e9pendamment par William R. Zame et Luc Lauwers (voir \u00ab\u00a0Intergenerational equity, efficiency and constructibility\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>).<\/p>\n<h3><strong>Un deuxi\u00e8me tort de l\u2019actualisation sociale<\/strong><\/h3>\n<p>A partir des ann\u00e9es 70, la question de la soutenabilit\u00e9 \u00e9conomique face \u00e0 un stock de ressources naturelles limit\u00e9es a \u00e9t\u00e9 une autre voie conduisant \u00e0 la remise en cause de l\u2019actualisation sociale. En effet, dans le mod\u00e8le Dasgupta-Heal-Solow, consistant \u00e0 introduire des ressources naturelles limit\u00e9es en tant que troisi\u00e8me facteur de production dans le mod\u00e8le uni-sectoriel n\u00e9oclassique usuel, l\u2019actualisation sociale conduit \u00e0 l\u2019extinction des g\u00e9n\u00e9rations futures. Ce deuxi\u00e8me tort de l\u2019actualisation sociale a contribu\u00e9 depuis au d\u00e9veloppement d\u2019une riche litt\u00e9rature proposant des crit\u00e8res alternatifs modulant les trois exigences inatteignables simultan\u00e9ment\u00a0: efficacit\u00e9, impartialit\u00e9 et constructibilit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"CorpsA\"><em>(\u00e0 suivre)<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><em><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Page 225, Librairie des Publications Officielles, Paris, 1947<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Annales Maghr\u00e9bines de l\u2019Ing\u00e9nieur, vol. 19, n\u00b02, Ecole Nationale d\u2019Ing\u00e9nieurs de Tunis, 2005<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Th\u00e9or\u00e8me 2 de l\u2019article ci-dessus<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Econometrica 28, pp.287-309, 1960<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Mises Institutes, Auburn, Alabama, 1912<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\"><sup><strong>[6]<\/strong><\/sup><\/a> Traduction par l\u2019auteur, comme toutes les autres citations en anglais.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> Macmillan, Londres 1907<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> IEA World Congress, December 1995<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Auto\u00e9dition, 1943<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Journal of Economic Litterature, vol. 25, pp. 103-105, Mars 1987<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Cahiers du s\u00e9minaire d\u2019\u00e9conom\u00e9trie, n\u00b08, Les programmes d\u2019expansion, pp.71-100, 1965<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Econometrica, vol 48, pp.1251-1256<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Econometrica, vol. 71, pp.1557-1563<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Journal of Mathematical Economics, 39, pp.777-802<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> L. Lauwers, Economic Theory, 49, 2012, pp.227-242<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Afin d\u2019introduire le sujet de mani\u00e8re plus vivante, permettez-moi d\u2019abord de vous raconter comment je m\u2019y suis trouv\u00e9 m\u00eal\u00e9. A l\u2019origine de mon int\u00e9r\u00eat pour le calcul \u00e9conomique de long terme, se trouve ma d\u00e9cision de me lancer, vers la fin des ann\u00e9es 90, dans l\u2019\u00e9tude des strat\u00e9gies de croissance \u00e9conomique optimale, d\u00e9cision li\u00e9e \u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":201,"featured_media":3843,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[11,135],"tags":[],"class_list":["post-3837","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-macroeconomie","category-tribune","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3837","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/201"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3837"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3837\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3843"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3837"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3837"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3837"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}