{"id":3640,"date":"2018-11-14T08:15:08","date_gmt":"2018-11-14T06:15:08","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=3640"},"modified":"2018-12-07T08:45:44","modified_gmt":"2018-12-07T06:45:44","slug":"grand-pari-villes-moyennes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=3640","title":{"rendered":"Le grand pari des villes moyennes"},"content":{"rendered":"<p>Sous l\u2019effet conjugu\u00e9 du \u00ab\u00a0retrait de l\u2019\u00c9tat des territoires\u00a0\u00bb (Aust et Cret, 2012), de la d\u00e9sindustrialisation et de l\u2019\u00e9talement urbain, les villes moyennes<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> connaissent aujourd\u2019hui une crise sans pr\u00e9c\u00e9dent. Cons\u00e9quence de la r\u00e9organisation des processus de production ainsi que de la red\u00e9finition des modes de vie, concomitantes \u00e0 l\u2019essor de la mondialisation, la fragilisation de ces territoires constitue un d\u00e9fi pour les pouvoirs publics. Le plan <em>Action C\u0153ur de Ville<\/em> en faveur des villes moyennes, pr\u00e9sent\u00e9 par le gouvernement en d\u00e9cembre dernier, qui apporte des moyens financiers et humains nouveaux pour aider ces territoires, r\u00e9pond en partie \u00e0 l\u2019urgence de la situation, mais \u00e9lude l\u2019essentiel\u00a0: les questions li\u00e9es \u00e0 la gouvernance, en particulier \u00e0 l\u2019\u00e9chelon local, et celles relatives au r\u00f4le et aux responsabilit\u00e9s de la puissance publique dans ces territoires. On montrera \u00e9galement que dans le contexte actuel, favorable aux m\u00e9tropoles, il serait vain pour les villes petites et moyennes de tenter de les copier ou, pire, de chercher \u00e0 s\u2019y confronter.<\/p>\n<h3><strong>De l\u2019id\u00e9al d\u2019\u00e9galit\u00e9 des territoires \u00e0 l\u2019\u00e9loge de leur diversit\u00e9 <\/strong><\/h3>\n<p>L\u2019ann\u00e9e 1973 fut marqu\u00e9e par le choc p\u00e9trolier. Le mod\u00e8le productiviste, sur lequel reposait la croissance depuis le sortir de la guerre, trouvait pour la premi\u00e8re fois ses limites. Peu \u00e0 peu, et de plus en plus s\u00fbrement, les pouvoirs publics ont assist\u00e9, impuissants, \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne nouveau, auquel ils n\u2019\u00e9taient pas pr\u00e9par\u00e9s, de stagnation \u00e9conomique. Partout dans l\u2019Hexagone, des usines ferment leurs portes et sont d\u00e9localis\u00e9es vers des pays o\u00f9 la main-d\u2019\u0153uvre est bon march\u00e9 et les ressources moins on\u00e9reuses. Si ce mouvement ne doit pas \u00eatre exag\u00e9r\u00e9<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, il n\u2019en demeure pas moins que le recul de l\u2019activit\u00e9 industrielle marque tr\u00e8s profond\u00e9ment la structure de la soci\u00e9t\u00e9 (l\u2019industrie a perdu 36 % de ses effectifs entre 1980 et 2007, soit 1,9 millions d\u2019emplois, et la contribution de ce secteur au PIB est pass\u00e9e de 24 % \u00e0 14 % sur la p\u00e9riode).<\/p>\n<p>\u00c0 cette crise structurelle s\u2019est ajout\u00e9e, en 2008, une crise conjoncturelle. Pour sauver les \u00e9tablissements bancaires et, plus globalement, pour soutenir l\u2019activit\u00e9, les \u00c9tats ont eu tr\u00e8s fortement recours \u00e0 l\u2019emprunt, \u00e9rodant ainsi la confiance des pr\u00eateurs. Face \u00e0 l\u2019envol\u00e9e des taux, les \u00c9tats, confront\u00e9s \u00e0 une crise de la dette, se sont vus contraints de tailler dans leurs d\u00e9penses et de repenser leurs strat\u00e9gies de d\u00e9veloppement. C\u2019est dans ce contexte que l\u2019id\u00e9al d\u2019\u00e9galit\u00e9 des territoires comme principe structurant des politiques d\u2019am\u00e9nagement, auquel tout le monde \u00ab\u00a0au moins en parole\u00a0(\u2026) se dit attach\u00e9\u00a0\u00bb (Est\u00e8be, 2015), va \u00eatre r\u00e9interrog\u00e9. Cet id\u00e9al, selon lequel chaque citoyen doit pouvoir acc\u00e9der aux m\u00eames services partout o\u00f9 il se trouve sur le territoire fran\u00e7ais \u00e0 un co\u00fbt \u00e9quivalant, est jug\u00e9 obsol\u00e8te par de nombreux chercheurs et d\u00e9cideurs qui voient en lui \u00ab\u00a0une promesse intenable, sympt\u00f4me d\u2019un amour des territoires \u00ab\u00a0quasi-maladif\u00a0\u00bb et d\u2019une certaine forme de nostalgie vis-\u00e0-vis d\u2019un pass\u00e9 glorieux dont rien ne dit pourtant qu\u2019il ait jamais exist\u00e9\u00a0\u00bb (Cordob\u00e8s, 2017).<\/p>\n<p>Plus encore, l\u2019\u00e9galit\u00e9 des territoires, par les redistributions financi\u00e8res et fiscales qu\u2019elle suppose, brimerait la croissance des m\u00e9tropoles, seules \u00e0 m\u00eame de s\u2019inscrire efficacement dans la comp\u00e9tition internationale des territoires et de tirer, <em>in fine<\/em>, la croissance de l\u2019ensemble du pays. De fait, les redistributions des territoires \u00e0 forte densit\u00e9 vers les territoires \u00e0 faible densit\u00e9, sont extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9es dans notre pays. Ainsi, l\u2019\u00e9conomiste Laurent Davezies estimait qu\u2019en 2012 l\u2019\u00cele-de-France redistribuait vers la province 5 % de son budget, soit environ 25 milliards d\u2019euros. Un chiffre plus important encore si on y ajoute les d\u00e9penses relatives \u00e0 la S\u00e9curit\u00e9 sociale (Davezies, 2012).<\/p>\n<p>Dans le sillage de ces travaux, de nombreux chercheurs plaident en faveur d\u2019un d\u00e9veloppement diff\u00e9renci\u00e9 des territoires, chacun devant tirer parti de ses sp\u00e9cificit\u00e9s, sources potentielles d\u2019autant d\u2019opportunit\u00e9s (Bouba-Olga, 2017). Voil\u00e0 la th\u00e9orie des avantages comparatifs, introduite en 1817 par l\u2019\u00e9conomiste britannique David Ricardo dans son ouvrage majeur <em>Principes de l\u2019\u00e9conomie politique et de l\u2019imp\u00f4t<\/em>, remise au go\u00fbt du jour. Si tenir compte de la diversit\u00e9 des territoires ne signifie pas n\u00e9cessairement que l\u2019\u00c9tat doit s\u2019y retirer, les gouvernements successifs vont s\u2019appuyer sur ces \u00e9l\u00e9ments pour promouvoir un nouveau mod\u00e8le de d\u00e9veloppement. D\u2019inspiration plus lib\u00e9rale, celui-ci induit un repositionnement de l\u2019\u00c9tat,\u00a0qui d\u2019am\u00e9nageur devient strat\u00e8ge et animateur. Les cons\u00e9quences de ces transformations appellent deux remarques.<\/p>\n<h3><strong>La m\u00e9tropolisation contre les villes moyennes\u00a0? <\/strong><\/h3>\n<p>La <em>premi\u00e8re remarque<\/em>, c\u2019est qu\u2019au traditionnel triangle \u00ab\u00a0chemin de fer\/usines\/villes moyennes\u00a0\u00bb, s\u2019en est substitu\u00e9 un nouveau\u00a0: le triangle \u00ab\u00a0avion\/m\u00e9tropoles\/service et digital\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, bas\u00e9 sur une logique du laisser-faire et sur le principe, vivement critiqu\u00e9 pour son absence de fondements scientifiques (Bouba-Olga, 2018), de \u00ab\u00a0ruissellement\u00a0\u00bb des dynamiques \u00e9conomiques. <em>Polarisation<\/em> et <em>comp\u00e9tition<\/em> deviennent ainsi les ma\u00eetres mots de l\u2019action publique en mati\u00e8re d\u2019organisation des territoires. Des ma\u00eetres mots qui reposent sur deux hypoth\u00e8ses.<\/p>\n<ul>\n<li>Premi\u00e8re hypoth\u00e8se\u00a0: la concentration des hommes et des activit\u00e9s permettrait de d\u00e9gager des gains de production\u00a0dont les fruits pourraient \u00eatre ensuite redistribu\u00e9s sur l\u2019ensemble du territoire.<\/li>\n<li>Deuxi\u00e8me hypoth\u00e8se\u00a0: en mettant les territoires en concurrence les uns avec les autres, on esp\u00e8re pouvoir les stimuler afin que chacun puisse tirer profit de ce syst\u00e8me de d\u00e9veloppement, via notamment des jeux de compl\u00e9mentarit\u00e9s et de r\u00e9ciprocit\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans ce contexte, les m\u00e9tropoles, mieux arm\u00e9es pour faire face \u00e0 la comp\u00e9tition globale des territoires, se renforcent quand d\u2019autres territoires peinent \u00e0 s\u2019adapter, \u00e0 l\u2019image des villes petites et moyennes \u00e9loign\u00e9es des grands p\u00f4les urbains. En favorisant les centres aux d\u00e9pens des p\u00e9riph\u00e9ries, ce mod\u00e8le creuse ainsi les in\u00e9galit\u00e9s \u00e0 toutes les \u00e9chelles\u00a0: \u00e0 la fois sur le plan national mais aussi \u00e0 l\u2019\u00e9chelon local. Bien entendu, ces villes moyennes connaissent des situations g\u00e9ographiques et des configurations territoriales vari\u00e9es comme l\u2019a r\u00e9cemment rappel\u00e9 le Commissariat g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 des territoires (CGET). Conform\u00e9ment aux vieilles in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9gionales, celles du Nord\/Est et du Centre sont, dans l\u2019ensemble, davantage fragilis\u00e9es que leurs cons\u0153urs de l\u2019Ouest et du Sud. De m\u00eame, celles situ\u00e9es \u00e0 proximit\u00e9 des grands p\u00f4les urbains s\u2019en sortent g\u00e9n\u00e9ralement mieux que celles qui en sont \u00e9loign\u00e9es (Gu\u00e9raut, 2018).<\/p>\n<p>De fait, deux tiers des villes moyennes se situaient dans des aires urbaines dynamiques entre 2009 et 2014 d\u2019apr\u00e8s le CGET. Si ces chiffres permettent de relativiser l\u2019ampleur de la crise qui touche ces territoires, ils ne disent rien de la situation que connaissent leurs villes-centres car, au niveau de l\u2019aire urbaine, si la ville centre perd<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a> des habitants mais que les communes p\u00e9riph\u00e9riques en gagnent, la ville n\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9e comme une\u00a0<em>shrinking city<\/em><a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a><em> (Razemon, 2016)<\/em><em>. <\/em>Ainsi, \u00e0 y regarder de plus pr\u00e8s, 54 % des villes moyennes ont perdu des habitants entre 2009 et 2014, dans un moment o\u00f9, pourtant, la France en gagnait pr\u00e8s de 2 millions.<\/p>\n<p>Trois <em>sympt\u00f4mes<\/em> et trois <em>causes<\/em> peuvent r\u00e9sumer la crise que la majorit\u00e9 de ces villes traversent.<\/p>\n<p>Les trois <em>sympt\u00f4mes<\/em> d\u2019abord\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li><em>D\u00e9croissance<\/em>. Ces villes voient pour la plupart leur population baisser. Si les p\u00e9riph\u00e9ries s\u2019en sortent g\u00e9n\u00e9ralement mieux, le ph\u00e9nom\u00e8ne peut \u00eatre particuli\u00e8rement marqu\u00e9 au niveau de la ville-centre.<\/li>\n<li><em>Vacances<\/em>. M\u00e9caniquement, ce repli d\u00e9mographique engendre une hausse du nombre de logements vacants. Souvent mal adapt\u00e9es \u00e0 la demande et difficiles \u00e0 r\u00e9nover, les habitations situ\u00e9es en centre-ville, qui subissent en outre la concurrence des nouveaux lotissements pavillonnaires en p\u00e9riph\u00e9ries, peinent \u00e0 trouver preneur. De la m\u00eame mani\u00e8re, confront\u00e9s \u00e0 l\u2019extension des grandes surfaces en entr\u00e9es de villes, \u00e0 l\u2019essor du num\u00e9rique et \u00e0 la baisse de la population, les commerces install\u00e9s en centre-ville peinent \u00e0 trouver leur place, entra\u00eenant une hausse de la vacance commerciale.<\/li>\n<li><em>Paup\u00e9risation<\/em>. Enfin, du fait de la perte d\u2019attractivit\u00e9 de ces territoires, ceux-ci ont tendance \u00e0 s\u2019appauvrir. Les plus dipl\u00f4m\u00e9s s\u2019en vont tenter leurs chances ailleurs quand les plus pr\u00e9caires, attach\u00e9s au \u00ab\u00a0capital d\u2019autochtonie\u00a0\u00bb (Renahy, 2010\u00a0; Reti\u00e8re, 2003) dont ils peuvent disposer localement, n\u2019ont pas les ressources suffisantes pour \u00e9migrer. Cela sans compter que les mieux lotis, quand ils ne partent pas dans la <em>grande ville<\/em>, choisissent de plus en plus souvent d\u2019habiter en p\u00e9riph\u00e9rie afin d\u2019\u00e9chapper \u00e0 des imp\u00f4ts locaux jug\u00e9s trop \u00e9lev\u00e9s\u00a0en raison des charges de centralit\u00e9s qui p\u00e8sent sur ces villes. La d\u00e9gradation est alors \u00e9conomique et symbolique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les trois <em>causes<\/em> ensuite\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li><em>\u00c9talement<\/em>. Avec la d\u00e9mocratisation de l\u2019automobile et l\u2019\u00e9volution de la consommation dans les ann\u00e9es 1950\/1960, les villes vont peu \u00e0 peu s\u2019\u00e9taler. Des grandes surfaces et des lotissements pavillonnaires vont faire leur apparition en p\u00e9riph\u00e9ries des villes. Le ph\u00e9nom\u00e8ne devient probl\u00e9matique dans les ann\u00e9es 1970 au moment o\u00f9 la population des villes moyennes cesse de cro\u00eetre dans beaucoup d\u2019entre elles. Au-del\u00e0 de consid\u00e9rations environnementales et esth\u00e9tiques mobilis\u00e9es par certains<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, l\u2019extension du tissu urbain va acc\u00e9l\u00e9rer le d\u00e9clin des villes-centres et, par effet ricochet, de leurs agglom\u00e9rations tout enti\u00e8res. De fait, l\u2019essentiel des services offerts \u00e0 la population sont traditionnellement assur\u00e9s par la ville-centre. Or, pour compenser la perte du nombre d\u2019habitants et l\u2019appauvrissement de leur tissu \u00e9conomique, les centres urbains sont contraints, pour contenir le r\u00e9tr\u00e9cissement de leur assiette fiscale, d\u2019augmenter les imp\u00f4ts locaux, poussant les contribuables les mieux lotis \u00e0 s\u2019installer en p\u00e9riph\u00e9rie. C\u2019est un cercle vicieux.<\/li>\n<li><em>D\u00e9sindustrialisation<\/em>. \u00c0 l\u2019\u00e9talement urbain s\u2019ajoute, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970, un processus de d\u00e9sindustrialisation, qui touche la France comme l\u2019ensemble des \u00e9conomies d\u00e9velopp\u00e9es. Cette remise en cause brutale des secteurs traditionnels de l\u2019industrie (sid\u00e9rurgie, textile, chantiers navals, automobile, etc.) a impact\u00e9 en premier lieu les villes petites et moyennes qui, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1950 et 1960, avaient su profiter de la baisse du co\u00fbt des transports, devenus n\u00e9gligeables dans les co\u00fbts finaux de production, pour accueillir des entreprises en provenance des grandes villes et en particulier de la r\u00e9gion-capitale. La dissociation technique, impos\u00e9e par la r\u00e9organisation taylorienne de la production, avait alors rendu possible la diss\u00e9mination territoriale des usines sp\u00e9cialis\u00e9es et des usines de montage. Ainsi, dans les ann\u00e9es 1960, la production quitte les m\u00e9tropoles. Or, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette fonction, g\u00e9n\u00e9ralement faible en valeur ajout\u00e9e, qui va faire les frais de la d\u00e9sindustrialisation et de la tertiarisation de l\u2019\u00e9conomie lors des d\u00e9cennies suivantes. Une situation tr\u00e8s d\u00e9favorable de fait aux villes petites et moyennes, y compris dans celles o\u00f9 il existait une longue tradition industrielle et donc un savoir-faire.<\/li>\n<li><em>D\u00e9sengagement de l\u2019\u00c9tat<\/em>. Face \u00e0 la crise de la dette, l\u2019\u00c9tat cherche \u00e0 se retirer progressivement des territoires (Aust et Cret, <em>op<\/em>. <em>cit<\/em>.), un mouvement illustr\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es par la r\u00e9vision g\u00e9n\u00e9rale des politiques publiques (RGPP \u2013 2007-2012), la modernisation de l\u2019action publique (MAP \u2013 2012-2017) ou bien encore par le programme Action publique 2022, actuellement en cours d\u2019\u00e9laboration, ainsi que par les fortes baisses de dotations aux collectivit\u00e9s locales entre 2014 et 2017 et l\u2019encadrement des d\u00e9penses de ces derni\u00e8res depuis 2018. Or, un tel mouvement impacte en premier lieu les territoires les plus d\u00e9pendants de la puissance publique\u00a0dont font partie de tr\u00e8s nombreuses villes moyennes (les principaux employeurs locaux sont en effet g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019h\u00f4pital, la pr\u00e9fecture, la mairie et le conseil d\u00e9partemental).<\/li>\n<\/ul>\n<h3><strong>Cro\u00eetre \u00e0 tout prix\u2026 mais pour quoi\u00a0faire ? <\/strong><\/h3>\n<p>La <em>seconde remarque<\/em> consiste \u00e0 affirmer que, face \u00e0 cette situation, les \u00e9lus de ces territoires vont chercher, non pas \u00e0 imaginer des mod\u00e8les de d\u00e9veloppement alternatifs, mais \u00e0 \u00ab\u00a0copier\u00a0\u00bb les m\u00e9tropoles et les recettes qui ont fait leur \u00ab\u00a0r\u00e9ussite\u00a0\u00bb. De fait, des strat\u00e9gies urbaines \u00ab\u00a0alternatives\u00a0\u00bb visant non plus \u00e0 renouer avec la croissance d\u00e9mographique mais \u00e0 accompagner les dynamiques de d\u00e9croissance, comme il en existe par exemple aux \u00c9tats-Unis ou en Allemagne (Cauchi-Duval, B\u00e9al, Rousseau, 2016), peinent chez nous \u00e0 \u00e9merger (Popper et Popper, 2002\u00a0; Schilling et Logan, 2008). Plut\u00f4t que de chercher \u00e0 accompagner la baisse de la population, les \u00e9lus locaux font de l\u2019inversion de la courbe d\u00e9mographique une priorit\u00e9 sur la base de laquelle devront \u00eatre jug\u00e9es leurs actions<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a> alors m\u00eame que ces politiques urbaines \u00ab\u00a0entrepreneuriales\u00a0\u00bb, visant \u00e0 attirer des firmes et des cat\u00e9gories sociales cibl\u00e9es (Harvey, 2011 et 2015), apparaissent le plus souvent inadapt\u00e9es puisqu\u2019\u00e0 la fois \u00e9conomiquement inefficaces et socialement injustes (Rousseau, 2008\u00a0et 2011\u00a0; Miot, 2012)<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p>\u00c0 la concurrence avec les m\u00e9tropoles \u00e0 armes in\u00e9gales, s\u2019ajoute alors, du fait de l\u2019\u00e9miettement communal, une comp\u00e9tition locale entre des communes voisines qui ont pourtant des int\u00e9r\u00eats communs. Or, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle locale, cela est particuli\u00e8rement le cas des villes moyennes. La mise en concurrence des territoires \u00a0a des effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res. En effet, le manque de mutualisation et l\u2019absence d\u2019une solidarit\u00e9 forte \u00e0 cette \u00e9chelle, rendent difficile la r\u00e9sorption des in\u00e9galit\u00e9s. D\u00e8s lors, ces in\u00e9galit\u00e9s entretiennent les rivalit\u00e9s qui nuisent \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de projets structurants et entretiennent de ce fait le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019\u00e9talement urbain. Tant que cette probl\u00e9matique continuera d&rsquo;\u00eatre ignor\u00e9e, une \u00e9ventuelle sortie de crise ne semblera pas d\u2019actualit\u00e9\u00a0: les grandes surfaces continueront de s&rsquo;\u00e9tendre en p\u00e9riph\u00e9rie des villes, les habitants continueront de quitter les villes-centres pour leurs voisines et les projets structurants et f\u00e9d\u00e9rateurs, susceptibles de redynamiser durablement les villes moyennes, continueront de se faire attendre.<\/p>\n<p>L\u2019ensemble de ces consid\u00e9rations nous conduisent \u00e0 formuler \u00e0 ce stade pr\u00e9liminaire de nos r\u00e9flexions trois <em>convictions<\/em>\u00a0:<\/p>\n<ol>\n<li><strong>Le r\u00f4le jou\u00e9 par l\u2019\u00c9tat dans l\u2019am\u00e9nagement du territoire doit \u00eatre repens\u00e9<\/strong>: le retrait de l\u2019\u00c9tat ne doit plus se faire aux d\u00e9pens des territoires les plus fragiles ;<\/li>\n<li><strong>La gouvernance locale doit \u00eatre r\u00e9invent\u00e9e<\/strong>: l\u2019\u00e9chelon intercommunal doit \u00eatre renforc\u00e9 et d\u00e9mocratis\u00e9 ;<\/li>\n<li><strong>L\u2019injonction \u00e0 la croissance d\u00e9mographique doit \u00eatre r\u00e9interrog\u00e9e<\/strong>: la diversit\u00e9 des territoires doit \u00eatre reconnue, les villes petites et moyennes doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es au m\u00eame titre que les m\u00e9tropoles comme des espaces d\u2019exp\u00e9rimentations et d\u2019innovations, et la d\u00e9croissance d\u00e9mographique doit cesser d\u2019\u00eatre envisag\u00e9e exclusivement sous l\u2019angle de la contrainte.<\/li>\n<\/ol>\n<hr \/>\n<p><em><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> S\u2019il n\u2019existe pas de d\u00e9finition consensuelle, nous reprenons ici la d\u00e9finition du CGET qui d\u00e9finit les villes moyennes \u00e0 partir d\u2019un croisement statistiques bas\u00e9 sur les crit\u00e8res suivants\u00a0:<\/em><\/p>\n<ul>\n<li><em>Une unit\u00e9 urbaine de plus de 20\u00a0000 habitants\u00a0;<\/em><\/li>\n<li><em>De type \u00ab\u00a0grand p\u00f4le urbain\u00a0\u00bb au sens de l\u2019Insee\u00a0;<\/em><\/li>\n<li><em>Non incluses dans une des 22 aires urbaines englobant les m\u00e9tropoles institutionnelles.<\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p><em><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> 25 % des pertes d\u2019emplois dans l\u2019industrie entre 1980 et 2007 pouvant \u00eatre, selon le Tr\u00e9sor, imputables \u00e0 l\u2019externalisation vers les secteurs des services d\u2019une partie des activit\u00e9s industrielles.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Voir le rapport consacr\u00e9 aux villes moyennes que j\u2019ai co\u00e9crit avec David Dja\u00efz, haut fonctionnaire, \u00e0 paraitre prochainement.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> La ville centre ne doit pas \u00eatre confondue avec le centre-ville. Elle correspond \u00e0 la ville principale de l\u2019aire urbaine et pas uniquement \u00e0 son centre historique.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> \u00ab Le terme de shrinking city, traduit par ville r\u00e9tr\u00e9cissante, d\u00e9signe un ph\u00e9nom\u00e8ne de r\u00e9tr\u00e9cissement urbain qui touche les villes sur trois plans : d\u00e9mographique, par la perte de population ; \u00e9conomique, par la perte d\u2019activit\u00e9s, de fonctions, de revenus et d\u2019emplois ; et social, par le d\u00e9veloppement de la pauvret\u00e9 &#8230; \u00bb. Source : G\u00e9oconfluences.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> On pense ici au num\u00e9ro de T\u00e9l\u00e9rama intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Halte \u00e0 la France moche\u00a0!\u00a0\u00bb (02\/2010) traitant de la probl\u00e9matique de l\u2019\u00e9talement urbain.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas un hasard si, \u00e0 intervalle r\u00e9gulier, cette question est port\u00e9e au c\u0153ur des d\u00e9bats locaux, pouvant donner lieu \u00e0 des passes d\u2019armes houleuses entre partisans et opposants au pouvoir municipal en place.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Se rapporter \u00e0 l\u2019article de Nicolas Cauchi-Duval, Vincent B\u00e9al et Max Rousseau intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La d\u00e9croissance urbaine en France\u00a0: des villes sans politique\u00a0\u00bb paru dans la revue Espace, populations, soci\u00e9t\u00e9s.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>Aust J., Cret B., \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9tat entre retrait et r\u00e9investissement des territoires\u00a0\u00bb, Revue fran\u00e7aise de sociologie, 2012\/01 (Vol. 53), pp. 3-33.<\/p>\n<p>Bouba-Olga O., <em>Dynamiques territoriales\u00a0: Eloge de la diversit\u00e9<\/em>, Poitier, Atlantique, 2017, 100 p.<\/p>\n<p>Bouba-Olga O., Grossetti M., \u00ab\u00a0La mythologie CAME (Comp\u00e9titivit\u00e9, Attractivit\u00e9, M\u00e9tropolisation, Excellence)\u00a0: comment s\u2019en d\u00e9sintoxiquer\u00a0?\u00a0\u00bb, <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><em>hal.archives-ouvertes.fr<\/em><\/span>, 2018, 19 p.<\/p>\n<p>Cauchi-Duval N., B\u00e9al V., Rousseau M., \u00ab La d\u00e9croissance urbaine en France : des villes sans politique \u00bb, <em>Espace populations soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, 2015\/03 (URL : <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\">http:\/\/eps.revues.org\/6112<\/span>).<\/p>\n<p>Commissariat g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 des territoires (CGET), <em>Regards crois\u00e9s sur les villes moyennes\u00a0: des trajectoires diversifi\u00e9es au sein des syst\u00e8mes territoriaux<\/em>, Paris, La documentation Fran\u00e7aise, 2018, 79 p.<\/p>\n<p>Cordob\u00e8s S., \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9galit\u00e9 des territoires, cinq ans apr\u00e8s\u00a0\u00bb, <em>Tous urbains<\/em>, 2017\/01 (n\u00b0 17), pp. 6-7.<\/p>\n<p>Davezies L., <em>La crise qui vient, la nouvelle fracture territoire<\/em>, Seuil, La r\u00e9publique des id\u00e9es, 2012, 111 p.<\/p>\n<p>Est\u00e8be P., <em>L\u2019\u00e9galit\u00e9 des territoires\u00a0: une passion fran\u00e7aise<\/em>, Paris, PUF, La ville en d\u00e9bat, 2015, 88 p.<\/p>\n<p>Gu\u00e9raut E., Ascension et fragilisation d&rsquo;une petite bourgeoisie culturelle. Une enqu\u00eate ethnographique dans une ville moyenne en d\u00e9clin, Th\u00e8se de doctorat, Paris, Universit\u00e9 Paris Descartes, 2018, 519 p.<\/p>\n<p>Harvey D., <em>Le capitalisme contre le droit \u00e0 la ville\u00a0: n\u00e9olib\u00e9ralisme, urbanisation, r\u00e9sistances<\/em>, Paris, Editions Amsterdam, 2011, 93 p.<\/p>\n<p>Harvey D., <em>Villes rebelles, du droit \u00e0 la ville \u00e0 la r\u00e9volution urbaine<\/em>, Paris, Buchet-Chastel, Essai, 2015 (2012), 295 p.<\/p>\n<p>Miot Y., \u00ab\u00a0La s\u00e9gr\u00e9gation socio-spatiale dans la m\u00e9tropole Lilloise et \u00e0 Roubaix\u00a0: l\u2019apport des mobilit\u00e9s r\u00e9sidentielles\u00a0\u00bb, Lavoisier, <em>G\u00e9ographie, \u00e9conomie, soci\u00e9t\u00e9<\/em>, 2012\/02 (Vol. 14), pp. 171-195.<\/p>\n<p>Popper D. E., Popper F. J., \u00ab\u00a0Small can be beautiful \u00bb, Planning 68, pp. 20-23.<\/p>\n<p>Razemon O., <em>Comment la France a tu\u00e9 ses villes<\/em>, Paris, Rue de l\u2019\u00e9chiquier, 2016, 187 p.<\/p>\n<p>Rousseau M., \u00ab \u00ab Bringing politics back in \u00bb : la gentrification comme politique de d\u00e9veloppement urbain ? \u00bb, <em>Espaces et soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, 2008\/01 (n\u00b0 132-133), pp. 75-90<\/p>\n<p>Renahy N., <em>Les gars du coin. Enqu\u00eate sur une jeunesse rurale<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, 2010, p. 286.<\/p>\n<p>Reti\u00e8re J.-N., \u00ab\u00a0Autour de l\u2019autochtonie. R\u00e9flexions sur la notion de capital social populaire\u00a0\u00bb, Politix, 2003 (Vol 16 \/ n\u00b0 63), pp. 121-143.<\/p>\n<p>Schilling J., Logan J., \u00ab\u00a0Greening the Rust Belt: A Green Infrastructure Model for Right Sizing America\u2019s Shrinking Cities \u00bb, <em>Journal of the American Planning Association<\/em>, pp. 451-466.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sous l\u2019effet conjugu\u00e9 du \u00ab\u00a0retrait de l\u2019\u00c9tat des territoires\u00a0\u00bb (Aust et Cret, 2012), de la d\u00e9sindustrialisation et de l\u2019\u00e9talement urbain, les villes moyennes[1] connaissent aujourd\u2019hui une crise sans pr\u00e9c\u00e9dent. Cons\u00e9quence de la r\u00e9organisation des processus de production ainsi que de la red\u00e9finition des modes de vie, concomitantes \u00e0 l\u2019essor de la mondialisation, la fragilisation de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":188,"featured_media":3642,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[168,133],"tags":[],"class_list":["post-3640","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-metropoles","category-themes","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3640","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/188"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3640"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3640\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3642"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3640"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3640"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3640"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}