{"id":2827,"date":"2018-01-17T11:27:51","date_gmt":"2018-01-17T09:27:51","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=2827"},"modified":"2018-01-17T11:27:51","modified_gmt":"2018-01-17T09:27:51","slug":"medias-de-leconomie-contact-a-leconomie-de-lattention","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=2827","title":{"rendered":"M\u00e9dias : de l\u2019\u00e9conomie du contact \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de l\u2019attention ?"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>R\u00e9sum\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>Depuis longtemps est pos\u00e9e la question de l\u2019attention \u00e0 un contenu, \u00e0 un message, \u00e0 une information, dans un environnement qui, alors, n\u2019\u00e9tait pourtant pas \u00e0 la limite de la saturation (H. Simon [22], J. Axelrod [2]). Les travaux de Micha\u00ebl Goldhaber [16], Yves Citton [4], [5], [6], Dominique Boullier [3] entre autres ont permis de faire avancer la discipline de l\u2019attention dans un contexte hyperconnect\u00e9. L\u2019\u00e9conomie des m\u00e9dias est, encore actuellement, majoritairement domin\u00e9e par la notion de contact avec un m\u00e9dia, un support, un contenu, selon un mod\u00e8le con\u00e7u dans le cadre d\u2019une offre bien plus r\u00e9duite qu\u2019actuellement. La convergence num\u00e9rique et la naissance des contenus de l\u2019Internet grand public nous ont fait entrer dans une multi-sollicitation permanente, qui permet non pas de supprimer la notion de contact, mais de le consid\u00e9rer comme une condition n\u00e9cessaire \u00e0 compl\u00e9ter par l\u2019attention ou l\u2019int\u00e9r\u00eat suscit\u00e9 par ce contact.\u00a0\u00a0\u00a0 <\/em><\/p>\n<h3><strong>1 \u2013 Introduction<\/strong><\/h3>\n<p>L\u2019\u00e9cosyst\u00e8me des m\u00e9dias est compos\u00e9 historiquement de six principales familles d\u2019acteurs\u00a0: les m\u00e9dias eux-m\u00eames, en tant qu\u2019\u00e9diteurs et agenceurs de contenus, leurs r\u00e9gies publicitaires, les producteurs et d\u00e9tenteurs de droits des contenus, les annonceurs publicitaires qui ach\u00e8tent l\u2019espace, leurs conseils que sont les agences (cr\u00e9ation et conception des spots de publicit\u00e9\u00a0; organisation pr\u00e9cise de la campagne), et enfin les distributeurs. M\u00eame si Internet et plus g\u00e9n\u00e9ralement le marketing digital ont favoris\u00e9 l\u2019arriv\u00e9e de nouveaux m\u00e9tiers autour des data et de leur exploitation, le cadre \u00e9conomique est ais\u00e9ment d\u00e9crit par les relations entre ces grandes familles d\u2019acteurs.<\/p>\n<p>Le contact avec un contenu est depuis longtemps \u00e0 la base de la mon\u00e9tisation de cette \u00e9conomie, le mot contenu \u00e9tant \u00e0 prendre au sens large\u00a0: \u00e9mission, \u0153uvre, s\u00e9rie, article, \u00e9v\u00e9nement, spectacle sportif, publicit\u00e9. C\u2019est l\u2019audience d\u2019un titre de presse ou d\u2019un moment pr\u00e9cis en radio ou \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision qui va donner la valeur en euros \u00e0 l\u2019espace achet\u00e9 par une agence pour le compte de son annonceur.<\/p>\n<h3><strong>2 \u2013 Les bases de l\u2019\u00e9conomie du contact<\/strong><\/h3>\n<p>Historiquement, les m\u00e9dias ont b\u00e2ti leur \u00e9conomie et leur valorisation sur la notion de contact, dont l\u2019indicateur publicitaire GRP <em>(Gross Rating Point) <\/em>est le symbole, en tant que mesure de la performance d\u2019une campagne ou m\u00eame d\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u2019arbitrage financier. Le calcul du GRP s\u2019appuie sur les r\u00e9sultats des dispositifs de mesure d\u2019audience, que ceux-ci soient \u00e9labor\u00e9s via un \u00e9chantillon probabiliste, un panel ou une approche hybride entre donn\u00e9es d\u2019\u00e9chantillonnage et <em>big data<\/em>. Certes la mesure d\u2019audience n\u2019est pas uniquement destin\u00e9e aux utilisations publicitaires, et l\u2019\u00e9conomie des contenus et des \u0153uvres de tout genre est b\u00e2tie \u00e9galement sur leurs performances lors de leur diffusion par les m\u00e9dias\u00a0; n\u00e9anmoins, le fait que la principale source de financement de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me m\u00e9dias soit les recettes publicitaires donne \u00e0 cette \u00e9valuation quantitative un r\u00f4le majeur.<\/p>\n<p>Pour les m\u00e9dias audiovisuels, il existe deux grandes familles d\u2019indicateurs, l\u2019une bas\u00e9e sur le contact, l\u2019autre sur la dur\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019indicateur de r\u00e9f\u00e9rence de la premi\u00e8re famille est l\u2019<em>audience cumul\u00e9e<\/em>. Ainsi, en radio, pour un segment C de population et une p\u00e9riode temporelle, la journ\u00e9e par exemple, l\u2019audience cumul\u00e9e du m\u00e9dia radio ou d\u2019une station est le nombre ou la proportion de personnes de C ayant \u00e9cout\u00e9 la radio ou la station quelle que soit la dur\u00e9e de cette \u00e9coute\u00a0: comptage des auditeurs ayant eu un contact avec le m\u00e9dia ou la station, sans tenir compte du temps de ce contact. Cet indicateur est g\u00e9n\u00e9ral\u00a0: nombre de t\u00e9l\u00e9spectateurs de la t\u00e9l\u00e9vision, d\u2019une cha\u00eene, d\u2019une \u00e9mission, d\u2019une tranche horaire, quelle que soit la dur\u00e9e de vision, nombre de \u00ab\u00a0visiteurs\u00a0\u00bb d\u2019un site ou d\u2019une application sur Internet, quel que soit le temps de surf, nombre d\u2019entrants en salle de cin\u00e9ma, nombre de lecteurs en presse.<\/p>\n<p>Pour la radio, la t\u00e9l\u00e9vision et internet, toujours pour une cat\u00e9gorie C de population, il est \u00e9galement possible de mesurer la dur\u00e9e de chaque contact, c\u2019est-\u00e0-dire le temps pass\u00e9 \u00e0 \u00e9couter une station de radio, \u00e0 regarder une \u00e9mission TV, \u00e0 surfer sur un site ou une application. La deuxi\u00e8me famille contient donc des indicateurs bas\u00e9s sur la dur\u00e9e\u00a0D(i) du contact de l\u2019individu i avec un m\u00e9dia (ou un programme, ou un moment) ou d(i), proportion du programme ou du moment vue ou \u00e9cout\u00e9e. D ou d repr\u00e9sentent en quelque sorte l\u2019intensit\u00e9 du contact, sa graduation.<\/p>\n<p>La moyenne des d(i) sur C s\u2019appelle <em>taux moyen<\/em> en t\u00e9l\u00e9vision, <em>quart d\u2019heure moyen<\/em> en radio. On calcule aussi la moyenne des dur\u00e9es D(i) sur tous les individus de C, conduisant \u00e0 la <em>dur\u00e9e moyenne d\u2019\u00e9coute par individu<\/em> (DEI) en radio ou en t\u00e9l\u00e9vision. En r\u00e9duisant C aux seules personnes ayant consomm\u00e9 le m\u00e9dia, on obtient la <em>dur\u00e9e moyenne d\u2019\u00e9coute par auditeur<\/em> (DEA) ou t\u00e9l\u00e9spectateur (DET), ou la dur\u00e9e moyenne de visite par internaute.<\/p>\n<h4><strong><em>Le contact publicitaire<\/em><\/strong><\/h4>\n<p>Le domaine des contenus publicitaires a donn\u00e9 naissance \u00e0 des indicateurs sp\u00e9cifiques, bien que li\u00e9s aux indicateurs pr\u00e9c\u00e9dents.<\/p>\n<p>Illustrons le principe pour la t\u00e9l\u00e9vision. Pour une campagne publicitaire d\u00e9finie par K diffusions d\u2019un spot, on consid\u00e8re la variable al\u00e9atoire X \u00e9gale au nombre de contacts avec la campagne\u00a0qu\u2019a eus un individu : 0 \u2264 X \u2264 K. Les probabilit\u00e9s p(x) = P(X = x), x allant de 0 \u00e0 K, d\u00e9finissent la loi de X, distribution de probabilit\u00e9 des contacts. L\u2019indicateur de r\u00e9f\u00e9rence d\u2019une campagne de publicit\u00e9 est le <em>GRP<\/em>, ou <em>Gross Rating Point<\/em>, \u00e9gal \u00e0 l\u2019esp\u00e9rance de X\u00a0: GRP = \u2211x.p(x), x = 0 \u00e0 K. Il mesure <em>a posteriori<\/em> la performance de la campagne publicitaire\u00a0; il est aussi l\u2019indicateur \u00e0 optimiser pour organiser <em>a priori<\/em> la campagne \u2013 c\u2019est le r\u00f4le du <em>mediaplanning.<\/em> La <em>couverture<\/em> de la campagne est 1 \u2013 p(0), c\u2019est-\u00e0-dire la proportion de la population \u00e9tudi\u00e9e ayant eu au moins un contact avec le spot.<\/p>\n<p>Deux approches coexistent pour quantifier le contact.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re est dichotomique, contact ou non contact. On peut la formaliser par une variable de Bernoulli Y \u00e0 valeurs dans {0, 1}, Y = 1 si contact et Y = 0 si non. L\u2019audience cumul\u00e9e est le comptage des personnes pour lesquelles Y = 1.<\/p>\n<p>La seconde consiste \u00e0 d\u00e9finir une intensit\u00e9 de contact, continue, variant sur l\u2019intervalle [0, 1], approche \u00e0 laquelle on peut associer une variable Z \u00e9gale, par exemple en t\u00e9l\u00e9vision, au rapport de la dur\u00e9e vue d\u2019un programme et de la dur\u00e9e totale de ce programme. Z est le taux de vision, et il en r\u00e9sulte le taux moyen.<\/p>\n<p>En presse papier, le contact est de premi\u00e8re nature, dichotomique. En t\u00e9l\u00e9vision, la variable utilis\u00e9e est une intensit\u00e9 de contact, \u00e9gale \u00e0 la proportion de l\u2019\u00e9cran publicitaire qui a \u00e9t\u00e9 vue\u00a0: un t\u00e9l\u00e9spectateur qui a regard\u00e9 le quart d\u2019un \u00e9cran sera affect\u00e9 de 0,25 contacts.<\/p>\n<p>Pour Internet, le contact a \u00e9t\u00e9 d\u2019abord d\u00e9fini de fa\u00e7on dichotomique par le t\u00e9l\u00e9chargement d\u2019une page HTML contenant un \u00e9l\u00e9ment publicitaire, quels qu\u2018aien0t \u00e9t\u00e9 la dur\u00e9e d\u2019exposition et le format publicitaire, et m\u00eame si cet \u00e9l\u00e9ment n\u2019est pas apparu sur l\u2019\u00e9cran utilis\u00e9. La diversit\u00e9 des formats de publicit\u00e9 sur Internet fait que la notion m\u00eame de dur\u00e9e n\u2019a pas forc\u00e9ment un sens. L\u2019apparition de spots vid\u00e9o, comme en TV, a favoris\u00e9 l\u2019apparition de la notion d\u2019intensit\u00e9 de contact.<\/p>\n<h3><strong>3 \u2013 Demain\u00a0: vers une \u00e9conomie de l\u2019attention\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<h4><strong><em>Premi\u00e8re \u00e9volution\u00a0: des \u00e9quipements digitaux de plus en plus pr\u00e9sents<\/em><\/strong><\/h4>\n<p>Le multi-\u00e9quipement est devenu la norme. Quelques chiffres sur les \u00e9quipements avec acc\u00e8s m\u00e9dias au sein des foyers fran\u00e7ais. Fin 2016, le m\u00e9nage moyen poss\u00e8de 6,5 \u00e9crans, dont 3,5 \u00e9crans mobiles\u00a0; ce nombre moyen d\u2019\u00e9crans passe \u00e0 9,5 pour les m\u00e9nages avec enfant. 94 % des foyers poss\u00e8dent au moins un t\u00e9l\u00e9viseur \u00e0 domicile, 43 % en sont multi-\u00e9quip\u00e9s, 60 % ont au moins un t\u00e9l\u00e9viseur connect\u00e9. En r\u00e9ception de cha\u00eenes TV, un tiers des m\u00e9nages est abonn\u00e9 \u00e0 une offre payante, donc \u00e0 un choix tr\u00e8s large. Pr\u00e8s de 9 foyers sur 10 ont acc\u00e8s \u00e0 Internet, 85 % des m\u00e9nages sont \u00e9quip\u00e9s d\u2019au moins un ordinateur, et plus de 40 % en sont multi-possesseurs. Pratiquement 80 % des foyers sont en haut d\u00e9bit. 45 % disposent au moins une tablette tactile, et seulement 5 % n\u2019ont pas de t\u00e9l\u00e9phone mobile. Le taux d\u2019\u00e9quipement des individus en smartphone d\u00e9passe 2\/3. Ces \u00e9crans mobiles permettent l\u2019acc\u00e8s hors domicile, et ouvrent des nouveaux lieux de sollicitation et de sociabilit\u00e9\u00a0: toujours fin 2016, 70 % des personnes de 15 ans et plus, soit 35 millions, sont inscrites sur au moins un r\u00e9seau social.<\/p>\n<h4><strong><em>Deuxi\u00e8me \u00e9volution\u00a0: un individu de plus en plus multi-sollicit\u00e9<\/em><\/strong><\/h4>\n<p>Herbert Simon, laur\u00e9at du prix Nobel d\u2019\u00e9conomie en 1978, a r\u00e9volutionn\u00e9 de multiples domaines allant de la micro-\u00e9conomie et du comportement individuel jusqu\u2019\u00e0 l\u2019usage de l\u2019ordinateur dans les proc\u00e9dures de d\u00e9cision, \u00e9tant l\u2019un des pionniers de l\u2019intelligence artificielle. Il a \u00e9crit un texte fondateur sur l\u2019attention, intitul\u00e9 <em>Designing Organizations for an Information-Rich World<\/em>, publi\u00e9 en 1971 [22]. Extrait : \u00ab\u00a0<em>a wealth of information creates a poverty of attention, and a need to allocate efficiently among the over-abundance of information sources\u2026<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On devine l\u2019approche micro-\u00e9conomique\u00a0de l\u2019allocation optimale des ressources rares que sont l\u2019attention et le temps disponible, et pourtant le contexte des m\u00e9dias en 1971 est limit\u00e9\u00a0: diffusion exclusivement analogique, domin\u00e9e par le mod\u00e8le \u00ab\u00a0un m\u00e9dia = un r\u00e9cepteur\u00a0\u00bb, sans micro-informatique, smartphones, tablettes, internet. En France, en 1971, en m\u00e9dias audiovisuels n\u2019existent que deux cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision appartenant \u00e0 l\u2019Etat (la \u00ab\u00a0une\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0deux\u00a0\u00bb, sans autre d\u00e9nomination), quatre stations de radio, Europe 1, RMC, RTL et Sud Radio, et les antennes du groupe public Radio France.<\/p>\n<p>Qu\u2019\u00e9crirait maintenant Herbert Simon \u00e0 propos du comportement de l\u2019individu ATAWAD<sup>\u00ae<\/sup> (<em>Any Time, Any Where, Any Device<\/em>), concept d\u2019avant-garde cr\u00e9\u00e9 et marque d\u00e9pos\u00e9e par Xavier Dalloz en 2002, repr\u00e9sentant un individu environn\u00e9 par une offre pl\u00e9thorique en radio avec l\u2019explosion de la bande FM, en t\u00e9l\u00e9vision avec le passage au num\u00e9rique, l\u2019apparition et le succ\u00e8s des multiples <em>devices<\/em> mobiles et la convergence num\u00e9rique, sans oublier la rapide diffusion d\u2019internet\u00a0et le d\u00e9veloppement des r\u00e9seaux sociaux ?<\/p>\n<p>En 1971, Herbert Simon fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 toutes les sollicitations re\u00e7ues par une personne, ce qui d\u00e9passe le seul cas des m\u00e9dias. De nombreux chercheurs ont tent\u00e9 d\u2019\u00e9valuer le nombre quotidien de contacts publicitaires, m\u00e9dias ou hors-m\u00e9dias. C\u2019est une t\u00e2che complexe, et les comptages d\u00e9pendent de la personne, de son activit\u00e9 \u2013 sort-elle de chez elle fr\u00e9quemment ou rarement\u00a0? \u2013, de son type d\u2019habitat \u2013 urbain, rurbain, rural \u2013, et m\u00eame de son niveau d\u2019attention. Les estimations vont de 500 \u00e0 2\u00a0000 par jour. A la r\u00e9ception de ces messages publicitaires m\u00e9dias ou hors-m\u00e9dias, il faut ajouter celle des messages non publicitaires, et, nouveaut\u00e9 par rapport aux ann\u00e9es soixante-dix, toutes les informations qu\u2019un individu envoie lui-m\u00eame en tant qu\u2019\u00e9metteur via son PC, son smartphone, sa tablette, en utilisant son r\u00e9pertoire personnel ou les r\u00e9seaux sociaux auxquels il appartient.<\/p>\n<h4><strong><em>Troisi\u00e8me \u00e9volution\u00a0: les mutations des investissements publicitaires<\/em><\/strong><\/h4>\n<p>En France, les recettes publicitaires nettes des m\u00e9dias historiques (publicit\u00e9 ext\u00e9rieure, cin\u00e9ma, presse, radio, t\u00e9l\u00e9vision) ont \u00e9t\u00e9 en 2016 de 7,5 milliards d\u2019euros, et de 11 milliards en y ajoutant internet (Source\u00a0: IREP 2016). Internet est le m\u00e9dia dominant, avec 3,45 milliards soit 31,4 % des recettes, suivi par la t\u00e9l\u00e9vision (3,25 Mds \u20ac, 29,6 %), puis la presse, toutes familles confondues (2,29 Mds \u20ac, 20,8 %).<\/p>\n<p>Pour comparer, en l\u2019an 2000, ann\u00e9e o\u00f9 Internet ne fait pas encore partie des m\u00e9dias mesur\u00e9s et n\u2019est qu\u2019un m\u00e9dia \u00e9mergent (seulement 5 % des foyers fran\u00e7ais ont alors acc\u00e8s \u00e0 Internet), le total des recettes publicitaires des m\u00e9dias historiques est voisin de 10,1 milliards d\u2019euros, la presse venant en premi\u00e8re position avec un peu plus de 5 milliards (50,4 %), la t\u00e9l\u00e9vision occupe la deuxi\u00e8me place avec 3 milliards (30,1 %) (Source\u00a0: IREP 2000).<\/p>\n<p>Le paysage fran\u00e7ais a bien chang\u00e9 en 16 ans\u00a0: globalement, les recettes sont rest\u00e9es presque stables, mais d\u2019une part les montants sont en euros courants, et, d\u2019autre part, cette apparente stabilit\u00e9 est due \u00e0 l\u2019int\u00e9gration d\u2019Internet aux cinq m\u00e9dias historiques. En outre, la hi\u00e9rarchie des investissements des annonceurs publicitaires a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9e. Pour la premi\u00e8re fois, en 2016, Internet a pris la premi\u00e8re place, devant la t\u00e9l\u00e9vision.<\/p>\n<p>Non seulement la diffusion digitale a boulevers\u00e9 les modes de consommation des et vers les individus, mais elle a modifi\u00e9 les pratiques du march\u00e9 et diversifi\u00e9 les modes de communication\u00a0: apparition des d\u00e9clinaisons num\u00e9riques des titres de presse et de l\u2019affichage, g\u00e9n\u00e9ralisation de la t\u00e9l\u00e9vision num\u00e9rique, pratiques de ciblage de l\u2019Internet bient\u00f4t \u00e9tendues \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision avec l\u2019achat programmatique et l\u2019emploi des cibles comportementales ou intentionnistes.<\/p>\n<h4><strong><em>Et donc en marche vers l\u2019attention\u00a0?<\/em><\/strong><\/h4>\n<p>Le monde actuel est celui de la multi-sollicitation \u00e0 haute fr\u00e9quence, de la multi-activit\u00e9, du multit\u00e2che. Par la convergence num\u00e9rique, nous voici \u00e9metteur et r\u00e9cepteur permanents d\u2019informations de toute nature. Nos ordinateurs ou smartphones se remplissent de notifications professionnelles ou personnelles via les r\u00e9seaux sociaux, de tout ordre\u00a0: mails, SMS, textes, images fixes, video, sans oublier toutes les sollicitations publicitaires \u00e9lectroniques ou non. Nous sommes bien loin de l\u2019oligo-offre m\u00e9diatique qui r\u00e9gnait lors de l\u2019\u00e9mergence de la notion de contact et du GRP.<\/p>\n<p>Il est donc majeur pour l\u2019\u00e9metteur d\u2019un message non pas de cr\u00e9er seulement un contact mais d\u2019attirer l\u2019attention et l\u2019int\u00e9r\u00eat du destinataire, lui donner envie d\u2019aller plus loin, d\u2019en prendre la plus grande connaissance. Si le contact doit toujours exister, condition n\u00e9cessaire de l\u2019efficacit\u00e9 \u00e9ventuelle du message, l\u2019augmentation pr\u00e9c\u00e9demment mentionn\u00e9e du nombre d\u2019\u00e9crans et d\u2019objets de communication, du double r\u00f4le d\u2019\u00e9metteur et de r\u00e9cepteur et de l\u2019effet de r\u00e9sonance des r\u00e9seaux sociaux, rend fondamental le r\u00f4le de l\u2019attention lors de la premi\u00e8re rencontre avec un message.<\/p>\n<p>Cette volont\u00e9 de capter rapidement l\u2019attention n\u2019est certes pas une cr\u00e9ation de notre \u00e9poque. Elle est pr\u00e9sente dans toute l\u2019histoire humaine. Ainsi, tout enseignant, du primaire au sup\u00e9rieur, a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 la difficult\u00e9 d\u2019attirer l\u2019attention et d\u2019\u00e9veiller l\u2019int\u00e9r\u00eat de ses \u00e9l\u00e8ves. Ce n\u2019est pas un concept nouveau\u00a0: Aristote, dans sa <em>Rh\u00e9torique, <\/em>a parfaitement d\u00e9crit les diverses dimensions d\u2019un discours, dont l\u2019exorde, \u00e9l\u00e9ment initial qu\u2019il compare au prologue d\u2019un po\u00e8me ou aux premi\u00e8res notes d\u2019un morceau de musique. Son objectif ultime est de garder la concentration de ses \u00e9l\u00e8ves, d\u2019\u00e9viter leur distraction, au sens fort du mot latin <em>distractio<\/em>, d\u00e9chirement, s\u00e9paration. Certains chercheurs \u00e9voquent m\u00eame une \u00e9ducation \u00e0 l\u2019attention (Lachaux, [18]).<\/p>\n<p>L\u2019Art est un domaine o\u00f9, par excellence, une \u00ab\u00a0\u0153uvre\u00a0\u00bb ne se contente pas d\u2019un simple contact et devient un \u00ab\u00a0chef d\u2019\u0153uvre\u00a0\u00bb lorsqu\u2019elle attire l\u2019attention, maintient cette attention dans la continuit\u00e9 temporelle et finit par susciter l\u2019\u00e9motion. Cette attention est m\u00eame souvent une condition fondamentale de la bonne compr\u00e9hension de l\u2019\u0153uvre. Trois illustrations prises \u00e0 la peinture, \u00e0 la musique et \u00e0 la chanson.<\/p>\n<p>Le visiteur de la <em>National Gallery<\/em> de Londres, qui passe devant le tableau intitul\u00e9 <em>Les \u00e9poux Arnolfini<\/em> du c\u00e9l\u00e8bre peintre flamand Jan van Eyck, peint en 1434, ne saurait le comprendre et l\u2019interpr\u00e9ter avec exactitude s\u2019il n\u2019y accorde pas une grande attention. Jean-Philippe Postel, dans son livre <em>L\u2019affaire Arnolfini <\/em>[21], d\u00e9taille chaque partie du tableau et en fait d\u00e9couvrir le sens cach\u00e9.<\/p>\n<p>Les grands compositeurs d\u2019op\u00e9ras travaillaient avec soin leurs exordes, leurs ouvertures, pour familiariser le public avec certaines phrases musicales destin\u00e9es \u00e0 \u00eatre reprises dans les actes ult\u00e9rieurs. Ainsi l\u2019ouverture de Lohengrin \u2013 le \u00ab\u00a0chevalier au cygne\u00a0\u00bb \u2013 de Richard Wagner (cr\u00e9\u00e9 en 1850) contient bri\u00e8vement le th\u00e8me musical du cygne qui revient r\u00e9guli\u00e8rement dans l\u2019\u0153uvre, au point que Piotr Tchaikovsky va l\u2019emprunter \u00e0 Wagner et le reprendre pour marquer les apparitions d\u2019Odile dans son Lac des cygnes (1877).<\/p>\n<p>En chanson, un auteur-compositeur conna\u00eet l\u2019importance de l\u2019introduction musicale. L\u2019harmonie des premi\u00e8res notes arp\u00e9g\u00e9es, \u00e0 la guitare, des accords \u00ab\u00a0La \u2013 La 4 \u2013 La\u00a0\u00bb du succ\u00e8s mondial <em>Suzanne<\/em> de Leonard Cohen (\u00e9crit en 1966) attirent imm\u00e9diatement l\u2019attention, l\u2019\u00e9motion \u00e9ventuelle \u00e9tant ult\u00e9rieurement produite par la voix du chanteur ou la beaut\u00e9 du po\u00e8me.<\/p>\n<h4><strong><em>Les approches de l\u2019attention<\/em><\/strong><\/h4>\n<p>Les travaux de recherche sur le processus de l\u2019attention sont souvent en amont du concept de m\u00e9morisation, les plus r\u00e9cents utilisant les apports des neurosciences ou du neuromarketing (Droulers &amp; Roullet, [12]).<\/p>\n<p>Dans le contexte de la publicit\u00e9 t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9s les effets de la cr\u00e9ation artistique au sens strict, du contexte d\u2019exposition, de l\u2019environnement de la personne expos\u00e9e \u2013 bruit ambiant, entourage \u2013, de la taille de l\u2019\u00e9cran, du choix volontaire ou non, actif ou subi (Davenport &amp; Beck [7]) et m\u00eame de l\u2019implication individuelle dans les programmes contenant ou entourant l\u2019\u00e9cran publicitaire (Nahon &amp; Tassi [20]).<\/p>\n<p>L\u2019objectif de beaucoup de ces recherches est de d\u00e9terminer les effets n\u00e9gatifs ou positifs des param\u00e8tres de chaque facteur sur l\u2019attention et la m\u00e9morisation d\u2019un spot publicitaire.<\/p>\n<p>En dehors des contenus publicitaires, est \u00e9tudi\u00e9e l\u2019existence de diff\u00e9rences dans l\u2019attention allou\u00e9e selon la nature du programme choisi, le genre du contenu ayant \u00e9ventuellement un effet sur l\u2019attention suscit\u00e9e, via les notions d\u2019implication et d\u2019engagement. Sur Internet, peut-on diff\u00e9rencier l\u2019attention \u00e0 un service ou \u00e0 un contenu vid\u00e9o ou m\u00e9dias\u00a0? Les dur\u00e9es d\u2019\u00e9coute, de vision, de surf sont-elles pr\u00e9dictives\u00a0de l\u2019attention, tant il semble cependant pertinent d\u2019\u00e9tudier l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle plus un contenu est consomm\u00e9 en dur\u00e9e et en fr\u00e9quence, plus il a attir\u00e9 l\u2019attention et \u00e9veill\u00e9 de l\u2019int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>Sur le plan des comportements, Davenport &amp; Beck ([7]) d\u00e9crivent le processus g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019attention comme une succession d\u2019\u00e9tapes\u00a0: prise de conscience par exposition \u00e0 de multiples sollicitations (\u00ab\u00a0<em>awareness<\/em>\u00a0\u00bb), tri ou filtrage d\u2019un sous-ensemble de sollicitations (\u00ab\u00a0<em>narrowing<\/em>\u00a0\u00bb), \u00e9ventuelles prises de d\u00e9cision et passage \u00e0 l\u2019action. Les auteurs d\u00e9finissent trois dimensions\u00a0: le choix (opposant l\u2019aspect volontaire de l\u2019exposition \u00e0 l\u2019aspect subi ou captif, comme la vision de spots publicitaires avant un film dans une salle de cin\u00e9ma), l\u2019intensit\u00e9 (opposant attention soutenue et attention banale), et l\u2019allocation, c\u2019est-\u00e0-dire la motivation d\u2019affecter, ou pas, de l\u2019attention \u00e0 une sollicitation.<\/p>\n<p>Au niveau de la th\u00e9orie \u00e9conomique, Georg Franck ([13]) consid\u00e8re l\u2019\u00e9conomie de l\u2019attention comme le quatri\u00e8me secteur apr\u00e8s l\u2019agriculture, l\u2019industrie et le tertiaire. Yves Citton prend du recul avec l\u2019expression \u00ab\u00a0\u00e9conomie de l\u2019attention\u00a0\u00bb\u00a0en remarquant que parler de l\u2019attention uniquement en termes \u00e9conomiques est un leurre, et qu\u2019il est pr\u00e9f\u00e9rable d\u2019aborder l\u2019attention avec un paradigme \u00e9cologique.<\/p>\n<p>Enfin, la dimension de l\u2019attention appara\u00eet \u00e9galement en psychologie individuelle ou en management, o\u00f9 il est montr\u00e9 qu\u2019une personne \u00e0 laquelle on accorde de l\u2019attention a plus de chances d\u2019en accorder aux autres, de fa\u00e7on quasi-sym\u00e9trique. Nous retrouvons ici le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019empathie (Tisseron [23], [24]).<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il en soit, analyser et d\u00e9cortiquer le processus de l\u2019attention ne dispense pas d\u2019essayer de la mesurer. Deux voies existent\u00a0: une premi\u00e8re bas\u00e9e sur la d\u00e9claration et faisant appel \u00e0 la m\u00e9moire individuelle, une seconde utilisant une technologie. L\u2019int\u00e9r\u00eat du d\u00e9claratif est de pouvoir \u00eatre d\u00e9ploy\u00e9 sur un \u00e9chantillon de grande taille, \u00e0 co\u00fbt mod\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<h4><strong><em>Les mesures d\u00e9claratives sur l\u2019attention<\/em><\/strong><\/h4>\n<p>Comme la plupart des domaines d\u2019observation, la mesure de l\u2019attention fait l\u2019objet de divers dispositifs d\u00e9claratifs, souvent associ\u00e9s \u00e0 une campagne publicitaire ou \u00e0 un contenu sp\u00e9cifique. Ils consistent \u00e0 interroger un \u00e9chantillon d\u2019individus et \u00e0 estimer la qualit\u00e9 d\u2019attention d\u2019une personne en lui faisant reconstituer ce qu\u2019elle a vu, \u00e9cout\u00e9, regard\u00e9, lu, consult\u00e9, cette interrogation pouvant avoir lieu en spontan\u00e9 ou en assist\u00e9. Pour une campagne publicitaire, on calculera alors un score de m\u00e9morisation ou un score d\u2019attribution d\u2019une marque ou d\u2019un contenu, ou m\u00eame un score d\u2019incitation. Les titres de presse recourent de leur c\u00f4t\u00e9 \u00e0 des \u00e9tudes vu\/lu de m\u00eame nature.<\/p>\n<h4><strong><em>Le cas de la radio en France<\/em><\/strong><\/h4>\n<p>En France, le m\u00e9dia radio a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9curseur de la mesure de l\u2019attention non pas dans une logique d\u2019\u00e9tude ad-hoc ou propri\u00e9taire, mais de fa\u00e7on collective, pour l\u2019ensemble des acteurs du march\u00e9. En 2002, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e9tude d\u2019audience de r\u00e9f\u00e9rence dont l\u2019objectif est de mesurer les indicateurs usuels du m\u00e9dia radio, M\u00e9diam\u00e9trie a men\u00e9 une \u00e9tude d\u00e9nomm\u00e9e EQAR\u00a0: Etude sur la Qualit\u00e9 d\u2019Attention \u00e0 la Radio, par sondage al\u00e9atoire t\u00e9l\u00e9phonique aupr\u00e8s d\u2019un \u00e9chantillon repr\u00e9sentatif de 23000 personnes de 13 ans ou plus. En compl\u00e9mentarit\u00e9 avec l\u2019audience, EQAR avait pour objectif de quantifier l\u2019attention port\u00e9e par les auditeurs aux programmes de radio, class\u00e9s selon une nomenclature simple de genres\u00a0: informations, musique, \u00ab\u00a0talk divertissement\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0talk soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0; connaissant la station \u00e9cout\u00e9e, les moments d\u2019\u00e9coute et les programmes, il \u00e9tait donc facile d\u2019attribuer un genre. Pour chacun des quarts d\u2019heure d\u2019\u00e9coute, chaque personne interrog\u00e9e mettait une note allant de 1 \u00e0 7 traduisant son attention au programme \u00e9cout\u00e9.<\/p>\n<p>Quelques r\u00e9sultats : en premier, les auditeurs n\u2019ont eu aucune difficult\u00e9 pour \u00e9valuer leur attention, les non-r\u00e9ponses ou \u00ab\u00a0je ne sais pas\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s rares puisque 98 % des sessions d\u2019\u00e9coute ont \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9es. La note moyenne par quart d\u2019heure a \u00e9t\u00e9 de 4,4\u00a0; 52 % des notes ont \u00e9t\u00e9 sup\u00e9rieures ou \u00e9gales \u00e0 5, ce qui est satisfaisant car si de nombreuses sessions d\u2019\u00e9coute de la radio sont choisies par l\u2019auditeur lui-m\u00eame, d\u2019autres peuvent ne pas l\u2019\u00eatre car choisies par l\u2019environnement \u2013 autre membre du foyer, conducteur en voiture, salles d\u2019attente de cabinets m\u00e9dicaux ou dentaires, etc. En outre, aucune diff\u00e9renciation femmes-hommes n\u2019a \u00e9t\u00e9 relev\u00e9e, les distributions et les moyennes des notes des auditeurs et auditrices \u00e9tant du m\u00eame ordre. Il existe cependant un \u00ab\u00a0effet \u00e2ge\u00a0\u00bb croissant pour le genre Informations, dont la note moyenne d\u2019attention passe de 4,3 pour les 13-24 ans \u00e0 5,1 pour les 60 ans et plus.<\/p>\n<p>En termes de genre de programme, l\u2019information a eu la meilleure note d\u2019attention, 4,8, suivi par les \u00e9missions de talk (que ce soit du divertissement ou des d\u00e9bats de soci\u00e9t\u00e9) avec 4,7. Les \u00e9missions musicales ont obtenu la note de 3,7, en l\u00e9ger retrait, la notion d\u2019accompagnement \u00e9tant une fonction historique de la radio.<\/p>\n<p>Cette \u00e9tude collective a eu lieu deux ann\u00e9es de suite, et a produit des r\u00e9sultats int\u00e9ressants sur les diff\u00e9rences d\u2019attention selon les moments, les genres d\u2019\u00e9missions, les cibles socio-d\u00e9mographiques. Peut-\u00eatre EQAR est-elle venue trop t\u00f4t\u00a0?<\/p>\n<h4><strong><em>Les technologies de mesure de l\u2019attention<\/em><\/strong><\/h4>\n<p>Au-del\u00e0 du d\u00e9claratif, l\u2019<em>eye tracking <\/em>ou \u00ab\u00a0suiveur de regard\u00a0\u00bb est un dispositif apparu dans les ann\u00e9es 1990. Un appareil, plac\u00e9 face \u00e0 l\u2019individu, suit et analyse les d\u00e9placements du regard sur une image fixe ou mobile. Il est alors possible de tracer le parcours visuel, de d\u00e9terminer les endroits de fixation du regard et leur dur\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce dispositif est, encore pour l\u2019instant, plus proche d\u2019un contexte \u00ab\u00a0laboratoire\u00a0\u00bb ou applicable \u00e0 un petit \u00e9chantillon, impossible \u00e0 d\u00e9ployer aupr\u00e8s d\u2019un panel en continu, dans la \u00ab\u00a0vraie vie\u00a0\u00bb, pour des questions de co\u00fbt.<\/p>\n<p>L\u2019IAB (<em>Internet Advertising Bureau<\/em>) emploie un syst\u00e8me analogue pour la mesure de l\u2019attention publicitaire sur une page d\u2019\u00e9cran internet.<\/p>\n<h4><strong><em>Approcher la mesure de l\u2019attention<\/em><\/strong><\/h4>\n<p>La mesure d\u2019audience quantitative de la t\u00e9l\u00e9vision par syst\u00e8me audim\u00e9trique peut \u00e9galement conduire \u00e0 des indicateurs qualitatifs approximant l\u2019int\u00e9r\u00eat ou l\u2019attention. Premier exemple\u00a0: pour un programme, le rapport de la dur\u00e9e vue et de sa dur\u00e9e totale est un ratio caract\u00e9risant l\u2019assiduit\u00e9 au programme diffus\u00e9, et est corr\u00e9l\u00e9 avec un score d\u2019attention ou d\u2019int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me exemple, pour une \u00e9mission r\u00e9p\u00e9titive quotidiennement ou hebdomadairement comme un feuilleton, une s\u00e9rie\u00a0: le nombre d\u2019\u00e9missions vues.<\/p>\n<p>Une troisi\u00e8me exemple pour approximer la mesure de l\u2019attention consiste \u00e0 classer les spectateurs d\u2019une \u00e9mission E en quatre cat\u00e9gories selon leur taux de vision de E, par exemple ceux qui en ont vu moins de 25 % (cat. 1), ceux qui ont vu entre 25 et 50 % (cat. 2), ou de 50 % \u00e0 75 % (cat. 3), ou enfin plus de 75 % (cat. 4). On attribue alors un score AI d\u2019Attention-Int\u00e9r\u00eat croissant \u00e0 chaque cat\u00e9gorie de t\u00e9l\u00e9spectateurs, respectivement 1, 2, 4, et 5, puis on calcule le score moyen de l\u2019\u00e9mission E :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">AI(E) = 20 [p(1) + 2p(2) + 4p(3) + 5p(4)]<\/p>\n<p>o\u00f9 le coefficient p(k), k allant de 1 \u00e0 4, est la proportion de la classe k. Le facteur multiplicatif 20 permet d\u2019avoir un indicateur AI norm\u00e9 dont les valeurs varient entre 0 (l\u2019\u00e9mission E n\u2019a eu aucun t\u00e9l\u00e9spectateur) et 100 (tous les t\u00e9l\u00e9spectateurs ont regard\u00e9 au moins 75 % de E).<\/p>\n<p>Il est alors int\u00e9ressant de croiser audience et score AI. L\u2019indicateur AI introduit une hi\u00e9rarchie diff\u00e9rente de celle de la part d\u2019audience. Il montre ainsi sa compl\u00e9mentarit\u00e9 avec l\u2019audience. Chaque case horaire, par jour nomm\u00e9, peut ainsi \u00eatre analys\u00e9e sous la double aune de l\u2019audience et du score d\u2019attention et d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9veill\u00e9 par chaque \u00e9mission et chaque genre, dans son contexte concurrentiel.<\/p>\n<h3><strong>4 \u2013 Pour conclure\u00a0: apr\u00e8s-demain, une \u00e9conomie de l\u2019\u00e9motion\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>Tous les messages, informations, contenus que nous recevons ne sont pas forc\u00e9ment destin\u00e9s \u00e0 susciter de l\u2019\u00e9motion. Prendre connaissance du temps qu\u2019il va faire en consultant une rubrique m\u00e9t\u00e9o n\u00e9cessite un contact et un minimum d\u2019attention, mais ne va probablement pas induire un trouble, une excitation. Ce n\u2019est pas forc\u00e9ment le cas pour une chanson, un d\u00e9bat politique, une \u00e9mission sportive, un morceau de musique, un livre, un tableau, une s\u00e9rie ou un film, etc. Un contact avec un contenu est donc \u00e0 la base de la cha\u00eene de r\u00e9action\u00a0: il est n\u00e9cessaire et non suffisant pour susciter de l\u2019attention, et si cette attention devient continue et se transforme en int\u00e9r\u00eat, peut survenir de l\u2019\u00e9motion selon le genre de contenu suivi.<\/p>\n<p>Le passage \u00e0 une \u00e9conomie de l\u2019\u00e9motion sera donc, par d\u00e9finition, partiel, r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 certains types de sollicitations. Des travaux apparaissent sur le sujet (Influencia, [17]), en marketing ou neuromarketing au niveau acad\u00e9mique (Giannelloni &amp; Le Nagard [14]), Giannelloni ([15]), Droulers, Lajante &amp; Lacoste-Badie [11]), parfois en lien avec la recherche sur la notion d\u2019engagement, en tentant des mesures physiques des r\u00e9actions \u00e9motionnelles. Deux principales approches\u00a0: la premi\u00e8re est physiologique par le biais de la paume de la main, du c\u0153ur, de la respiration, et plus g\u00e9n\u00e9ralement du cerveau\u00a0; la seconde est corporelle par l\u2019attitude globale du corps, les expressions du visage, ou l\u2019analyse s\u00e9mantique du langage verbal.<\/p>\n<p>Le marketing s\u2019est empar\u00e9 depuis longtemps des \u00e9motions consid\u00e9rant qu\u2019elles sont une variable fondamentale pour comprendre, sinon expliquer, les d\u00e9cisions des consommateurs. Une difficult\u00e9 majeure r\u00e9side dans leur mesure, qui peut \u00eatre contourn\u00e9e par les progr\u00e8s r\u00e9cents dus aux mesures \u00ab\u00a0appareill\u00e9es\u00a0\u00bb, comme l\u2019est l\u2019<em>eye tracking<\/em> pour l\u2019attention.<\/p>\n<p>En 1989 apparaissent les quatre dimensions de la mesure d\u2019une r\u00e9action affective\u00a0: intensit\u00e9, direction, contenu, degr\u00e9 de conscience du r\u00e9pondant. Une telle mesure doit \u00eatre neutre par rapport aux biais que sont la d\u00e9sirabilit\u00e9 sociale, la capacit\u00e9 limit\u00e9e de r\u00e9trospection et d\u2019introspection. Une \u00e9motion est un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe, et aucune mesure prise isol\u00e9e n\u2019est capable de traduire sa complexit\u00e9. La mesure \u00ab\u00a0id\u00e9ale\u00a0\u00bb de toute \u00e9motion se doit d\u2019\u00eatre spontan\u00e9e, objective, d\u00e9guis\u00e9e\u00a0et m\u00e9trique (Derbaix &amp; Poncin [10]).<\/p>\n<p>Les modes de mesure de l\u2019\u00e9motion ont \u00e9t\u00e9 cat\u00e9goris\u00e9s par Derbaix et alii ([8], [9], [10])\u00a0: la mesure auto-rapport\u00e9e subjective, proche du d\u00e9claratif des \u00e9tudes classiques, la mesure psychobiologique bas\u00e9e sur des caract\u00e9ristiques physiques comme l\u2019activit\u00e9 cardiaque, la pression art\u00e9rielle, l\u2019activit\u00e9 \u00e9lectrodermale, un \u00e9lectro-enc\u00e9phalogramme, et la mesure fond\u00e9e sur l\u2019observation d\u2019un comportement moteur (expressions faciales, mouvements corporels).<\/p>\n<p>Actuellement, les mesures les plus utilis\u00e9es sont auto-rapport\u00e9es, par questionnaire. On retrouve les points forts et faibles des m\u00e9thodes d\u00e9claratives\u00a0: op\u00e9rationnalit\u00e9, facilit\u00e9 de mise en \u0153uvre, co\u00fbt, sensibilit\u00e9 aux trois biais mentionn\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment. Les mesures psychobiologiques et de comportements moteurs, \u00e0 l\u2019inverse, ne r\u00e9clament pas d\u2019introspection ou de r\u00e9trospection, et semblent peu touch\u00e9es par la d\u00e9sirabilit\u00e9 sociale. Leur d\u00e9faut principal est que ces mesures n\u00e9cessitent des appareils, ce qui va de pair avec complexit\u00e9 d\u2019administration et prix, a fortiori pour une approche g\u00e9n\u00e9rale autre qu\u2019en laboratoire.<\/p>\n<p>Des avanc\u00e9es r\u00e9centes en mesure psychobiologique, rapprochant marketing et neurosciences, mettent en \u00e9vidence l\u2019activit\u00e9 \u00e9lectrodermale et l\u2019\u00e9lectromyographie faciale, en approche compl\u00e9mentaire (Lajante [19], Droulers, Lajante &amp; Lacoste-Badie, [11]), et particuli\u00e8rement les progr\u00e8s en portabilit\u00e9 des appareils, c\u2019est-\u00e0-dire en op\u00e9rationnalit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019identification des \u00e9motions par reconnaissance faciale existe depuis longtemps mais le co\u00fbt mat\u00e9riel diminue consid\u00e9rablement\u00a0: ordinateurs, tablettes, smarphones, cam\u00e9ras haute d\u00e9finition, logiciels de reconnaissance faciale, lunettes eye tracking, et un point fort\u00a0: la dimension non intrusive. La mesure des expressions faciales est cependant sujette \u00e0 caution en raison de la pr\u00e9dominance des \u00e9motions primaires et l\u2019absence du langage du corps.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de tout ceci, mesurer un concept non d\u00e9fini est difficile. Le travail des psychologues sur l\u2019\u00e9motion elle-m\u00eame est encore \u00e0 achever, sans oublier le contexte personnel, bien r\u00e9el car deux personnes plac\u00e9es dans la m\u00eame situation n\u2019ont pas les m\u00eames r\u00e9actions d\u00e9terministes. Les recherches en cours laissent pr\u00e9sager, \u00e0 un terme difficile \u00e0 pr\u00e9voir, des conclusions n\u00e9anmoins positives. La question se posera alors de leur d\u00e9ploiement, \u00e0 co\u00fbt admissible, aupr\u00e8s d\u2019\u00e9chantillons de grande taille, ou du recueil de donn\u00e9es massives en utilisant des objets connect\u00e9s.<\/p>\n<hr \/>\n<p><em><strong>Bibliographie<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em>[1] Aristote, Oeuvres, La Pl\u00e9\u00efade, 2014<\/em><\/p>\n<p><em>[2] Axelrod J., Induced moods and attitudes towards products, Journal of Advertising Research, 1963, n\u00b03<\/em><\/p>\n<p><em>[3] Boullier D., L\u2019attention : un bien rare en qu\u00eate de mesure, Sciences de la soci\u00e9t\u00e9, Presses Universitaires du Mirail, 2013<\/em><\/p>\n<p><em>[4] Citton Y., Poirson M., Le Qu\u00e9au P. (Org.), Colloque L&rsquo;\u00e9conomie de l&rsquo;attention au carrefour des disciplines\u00a0, Grenoble, octobre 2013<\/em><\/p>\n<p><em>[5] Citton Y., Pour une \u00e9cologie de l&rsquo;attention, \u00c9ditions du Seuil , Paris, 2014<\/em><\/p>\n<p><em>[6] Citton Y., L\u2019\u00e9cologie de l\u2019attention, culturemobile.net, 26 mai 2015<\/em><\/p>\n<p><em>[7] Davenport T., Beck J., The Attention Economy, Harvard Business Publishing, Boston, 2001<\/em><\/p>\n<p><em>[8] Derbaix, C., Filser, M.. L\u2019affectif dans les comportements d\u2019achat et de consommation, Economica, Paris, 2011<\/em><\/p>\n<p><em>[9] Derbaix, C., Pham, M. T., Pour un d\u00e9veloppement des mesures de l\u2019affectif en marketing\u00a0: synth\u00e8se des pr\u00e9requis, Recherche et Applications en Marketing, n\u00b04, 1989<\/em><\/p>\n<p><em>[10] Derbaix, C., Poncin, I., La mesure des r\u00e9actions affectives en marketing: \u00e9valuation des principaux outils, Recherche et Applications en Marketing, n\u00b02, 2005<\/em><\/p>\n<p><em>[11] Droulers O., Lajante M., Lacoste-Badie S., Apport de la d\u00e9marche neuroscientifique \u00e0 la mesure des \u00e9motions, D\u00e9cisions Marketing, oct.-d\u00e9c. 2013<\/em><\/p>\n<p><em>[12] Droulers O., Roullet B., Contexte de programme violent \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision et m\u00e9morisation des publicit\u00e9s, Recherche et Applications en Marketing, Janvier 2014<\/em><\/p>\n<p><em>[13] Franck G., \u00d6konomie der Aufmerksamkeit, Merkur, n\u00b0534, 1993\u00a0; traduction anglaise The Economy of Attention, Telepolis, d\u00e9c. 1999<\/em><\/p>\n<p><em>[14] Giannelloni J.-L., Le Nagard E., La mesure des \u00e9motions par la compl\u00e9mentarit\u00e9 des outils\u00a0: perspectives nouvelles, D\u00e9cisions Marketing, n\u00b079, juillet-septembre 2015<\/em><\/p>\n<p><em>[15] Giannelloni J.-L., La mesure de l\u2019\u00e9motion par la compl\u00e9mentarit\u00e9 des outils, S\u00e9minaire M\u00e9dias\u00a0 IREP, Paris, d\u00e9cembre 2015<\/em><\/p>\n<p><em>[16] Goldhaber M. H., The Attention Economy and the Net, First Monday, Vol. 2, n\u00b04, 7 avril 1997<\/em><\/p>\n<p><em>[17] Influencia (Revue), L\u2019\u00e9motion\u00a0: fiction ou v\u00e9rit\u00e9\u00a0?, n\u00b020, janvier-f\u00e9vrier-mars 2017<\/em><\/p>\n<p><em>[18] Lachaux J.-Ph., Le cerveau funambule, comprendre et apprivoiser son attention gr\u00e2ce aux neurosciences, Odile Jacob, Paris, 2015<\/em><\/p>\n<p><em>[19] Lajante, M., Contribution des neurosciences \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l\u2019\u00e9motion en persuasion publicitaire\u202f: concepts, m\u00e9thodes et mesures, Th\u00e8se pour le doctorat en sciences de gestion, Univ. Rennes 1, 2013<\/em><\/p>\n<p><em>[20] Nahon D., Tassi Ph., Le contexte d\u2019insertion des messages et la m\u00e9morisation de la publicit\u00e9 t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, D\u00e9cisions Marketing, n\u00b013, janvier-avril 1998<\/em><\/p>\n<p><em>[21] Postel, J.-Ph., L\u2019affaire Arnolfini, Actes Sud, 2016<\/em><\/p>\n<p><em>[22] Simon H., Designing Organizations for an Information-Rich World, in \u00ab\u00a0Computers, Communication, and the Public Interest\u00a0\u00bb, Martin Greenberger, Baltimore, Johns Hopkins Press, 1971<\/em><\/p>\n<p><em>[23] Tisseron S., L\u2019empathie au c\u0153ur du jeu social, Albin Michel, Paris, 2010<\/em><\/p>\n<p><em>[24] Tisseron S., Empathie et manipulation, Albin Michel, Paris, 2017<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9 Depuis longtemps est pos\u00e9e la question de l\u2019attention \u00e0 un contenu, \u00e0 un message, \u00e0 une information, dans un environnement qui, alors, n\u2019\u00e9tait pourtant pas \u00e0 la limite de la saturation (H. Simon [22], J. Axelrod [2]). Les travaux de Micha\u00ebl Goldhaber [16], Yves Citton [4], [5], [6], Dominique Boullier [3] entre autres ont [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":18,"featured_media":2829,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[142,133],"tags":[],"class_list":["post-2827","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-medias","category-themes","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2827","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/18"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2827"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2827\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2829"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2827"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2827"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2827"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}