{"id":2637,"date":"2017-11-10T13:30:30","date_gmt":"2017-11-10T11:30:30","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=2637"},"modified":"2017-11-17T10:36:31","modified_gmt":"2017-11-17T08:36:31","slug":"medias-publicite-audience-origines-paysage-actuel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=2637","title":{"rendered":"M\u00e9dias, publicit\u00e9 et audience : les origines du paysage actuel"},"content":{"rendered":"<p><em>Les m\u00e9dias existent depuis longtemps. Destin\u00e9s initialement \u00e0 diffuser des contenus d\u2019information &#8211; au sens large du mot -, y compris pour l\u2019affichage, ils ont int\u00e9gr\u00e9 peu \u00e0 peu des contenus de nature publicitaire, sous des formes de plus en plus vari\u00e9es. Cette cohabitation a conduit \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019<\/em><em>un int<\/em><em>\u00e9ressant mod\u00e8le \u00e9conomique mixte.<\/em><\/p>\n<p><em>Vue \u00e0 travers le filtre de l\u2019audience et de sa mesure, la publicit\u00e9 est un genre de contenu comme un autre. Elle poss\u00e8de n\u00e9anmoins des caract\u00e9ristiques qui lui sont propres\u00a0: les indicateurs bas\u00e9s sur la mesure d\u2019audience sont diff\u00e9rents, et en outre la quantification des expositions publicitaires varie de m\u00e9<\/em><em>dia en m<\/em><em>\u00e9dia, selon les dispositifs de mesure et les conventions qui leur sont associ\u00e9<\/em><em>es.<\/em><\/p>\n<p><em>Cet article est en deux parties\u00a0: la premi\u00e8re aborde les origines de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me des m\u00e9<\/em><em>dias<\/em><em>\u00a0; la seconde est consacr\u00e9e au <span style=\"color: #0000ff;\"><a href=\"http:\/\/variances.eu\/?p=2677\">paysage actuel<\/a><\/span>.<\/em><\/p>\n<h2 style=\"text-align: left;\"><strong>Partie 1\u00a0: les origines du paysage actuel<\/strong><\/h2>\n<h3><strong>Un peu d\u2019histoire<\/strong><\/h3>\n<p>Dans l\u2019histoire des m\u00e9dias, la cohabitation de contenus de divertissement ou d\u2019information, au sens large du mot, et de publicit\u00e9s est ancienne. Mis \u00e0 part l\u2019affichage enti\u00e8rement d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la publicit\u00e9, les autres m\u00e9dias conjuguent une mixit\u00e9 entre contenus \u00ab\u00a0classiques\u00a0\u00bb et insertions publicitaires\u00a0: en presse, il s\u2019agit de surface, pour la radio et la t\u00e9l\u00e9vision, du temps, pour internet de la surface et des impressions.<\/p>\n<p>La presse est le premier m\u00e9dia historique, d\u00e9fini en tant que produit p\u00e9riodique r\u00e9sultant d\u2019un processus \u00ab\u00a0industriel\u00a0\u00bb, n\u00e9 apr\u00e8s l\u2019apparition de l\u2019imprimerie, au milieu du XV\u00e8me si\u00e8cle. Les premi\u00e8res initiatives datent du XVI\u00e8me si\u00e8cle, dans certaines villes d\u2019Allemagne, des Pays-Bas, d\u2019Angleterre, de France ou d\u2019Italie. La Gazette de Venise, hebdomadaire, en est un exemple historique\u00a0; le nom de \u00ab\u00a0gazette\u00a0\u00bb vient de la <em>gazeta<\/em>, nom d\u2019une monnaie v\u00e9nitienne existant depuis 1538, le prix du journal \u00e9tant d\u2019une <em>gazeta<\/em>.<\/p>\n<p>En France, des annonces de particuliers font fugitivement partie de la Gazette de Th\u00e9ophraste Renaudot, lanc\u00e9e fin mai 1631. En Angleterre, une publicit\u00e9 pour un dentifrice est ins\u00e9r\u00e9e dans le <em>Mercurius Politicus<\/em>, \u00e9dit\u00e9 de 1650 \u00e0\u00a01660. Plus pr\u00e8s de nous, dans la foul\u00e9e du New York Globe (1832) et du New York Herald (1835), quotidiens bon march\u00e9 financ\u00e9s par les ventes et les abonnements mais aussi par les inserts publicitaires, Emile de Girardin lance le journal \u00ab\u00a0La Presse\u00a0\u00bb en 1836 selon ce mod\u00e8le de financement mixte.<\/p>\n<p>L\u2019autre ancien m\u00e9dia, par nature d\u00e9di\u00e9 int\u00e9gralement \u00e0 la publicit\u00e9, est l\u2019affichage.<\/p>\n<p>L\u2019ordonnance de Villers-Cotteret, proclam\u00e9e par Fran\u00e7ois 1<sup>er<\/sup> en 1539, est consid\u00e9r\u00e9e comme fondatrice de ce mode de communication. Elle impose le fran\u00e7ais comme langue de r\u00e9f\u00e9rence et fait afficher les ordonnances sur des tableaux de publication. D\u2019abord moyen de transmission de d\u00e9cisions de nature politique, nationales ou locales, l\u2019affiche change de nature avec le d\u00e9veloppement de l\u2019alphab\u00e9tisation et surtout avec la R\u00e9volution Industrielle, qui ajoute l&rsquo;image au texte. C\u2019est le d\u00e9but de l&rsquo;affiche comme support publicitaire.<\/p>\n<p>L&rsquo;affichage publicitaire appara\u00eet le long des routes de France d\u00e8s le d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, alors que le parc automobile est tr\u00e8s limit\u00e9, mais poss\u00e9d\u00e9 par des classes sociales tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es. A noter enfin que l\u2019affichage est un m\u00e9dia gratuit.<\/p>\n<p>En 1895 na\u00eet le cin\u00e9ma\u00a0; si tout le monde a vu les images de \u00ab\u00a0L\u2019entr\u00e9e d\u2019un train en gare de La Ciotat\u00a0\u00bb des fr\u00e8res Auguste et Louis Lumi\u00e8re, il est moins connu que, d\u00e8s 1897, ils tournent le premier film publicitaire. En 1900, Georges M\u00e9li\u00e8s produit un film publicitaire pour la moutarde Bornibus, entreprise du 19<sup>\u00e8me<\/sup> arrondissement parisien. Dans les ann\u00e9es 1920, les films courts des annonceurs publicitaires, d\u2019ailleurs appel\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00ab\u00a0annonciers\u00a0\u00bb, se g\u00e9n\u00e9ralisent pendant l\u2019entracte. Cependant l\u2019homme qui va r\u00e9volutionner la publicit\u00e9 au cin\u00e9ma est Jean Mineur (1902-1985)\u00a0: il con\u00e7oit en 1924 les premiers rideaux-r\u00e9clame en salle, puis cr\u00e9e l\u2019activit\u00e9 de r\u00e9gie publicitaire. Sa soci\u00e9t\u00e9 Jean Mineur Publicit\u00e9, qui deviendra M\u00e9diavision, est toujours identifi\u00e9e par le \u00ab\u00a0petit mineur\u00a0\u00bb, apparu en 1951. Le petit mineur lance son piolet dans une cible qu\u2019il touche en plein centre\u00a0: le \u00ab\u00a0c\u0153ur de cible\u00a0\u00bb est n\u00e9.<\/p>\n<p>Au milieu de la deuxi\u00e8me partie du XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, le physicien et math\u00e9maticien \u00e9cossais James C.\u00a0 Maxwell publie les quatre \u00e9quations de sa th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale des ondes, quelle qu\u2019en soit la nature. En v\u00e9rit\u00e9, Maxwell a d\u2019abord \u00e9crit vingt \u00e9quations, puis huit. C\u2019est le physicien anglais Oliver Heaviside, l\u2019un des p\u00e8res de l\u2019alg\u00e8bre vectorielle, qui a r\u00e9duit \u00e0 quatre les c\u00e9l\u00e8bres \u00e9quations de Maxwell, utilisant les op\u00e9rateurs divergence et rotationnel. Quoiqu\u2019il en soit, ces travaux sont une r\u00e9volution fondamentale et un \u00e9v\u00e9nement majeur pour la science et ses applications, ainsi que pour les m\u00e9dias. Maxwell meurt en 1874 mais ses successeurs, Branly, Popov, Marconi, Hertz, vont s\u2019emparer de ces ondes, cr\u00e9er les concepts d\u2019\u00e9metteur, de r\u00e9cepteur, et les fabriquer\u00a0; de nombreux travaux vont s\u2019attacher \u00e0 pouvoir ins\u00e9rer dans ces ondes continues un signal sonore (la future radio) ou des images mobiles (la future t\u00e9l\u00e9vision).<\/p>\n<p>La Radio arrive, en tant que m\u00e9dia de divertissement, apr\u00e8s la Grande Guerre, \u00e9poque o\u00f9 les ondes radio ont \u00e9t\u00e9 employ\u00e9es largement pour la communication \u00e0 distance. Le 24\u00a0d\u00e9cembre 1921 commencent les premi\u00e8res \u00e9missions du poste d\u2019Etat de la Tour Eiffel. Puis les stations locales, souvent dues \u00e0 des initiatives priv\u00e9es, se d\u00e9veloppent\u00a0: Radiola, 1922, le Petit Parisien ou Radio-Lyon, 1924.<\/p>\n<p>La radio est un m\u00e9dia gratuit, alors que la presse et le cin\u00e9ma sont payants. La publicit\u00e9 est tr\u00e8s vite admise comme mode de financement, sauf pour les antennes publiques, et d\u00e8s la fin des ann\u00e9es trente, la radio devient le m\u00e9dia familial dominant \u00e0 domicile. En 1954, 72 % des foyers fran\u00e7ais ont au moins un poste r\u00e9cepteur de radio\u00a0; le taux d\u2019\u00e9quipement est de 85 % en 1962.<\/p>\n<p>Le mot t\u00e9l\u00e9vision \u2013 le pr\u00e9fixe \u00ab\u00a0t\u00e9l\u00e9\u00a0\u00bb est un mot grec qui signifie \u00ab\u00a0\u00e0 distance\u00a0\u00bb \u2013 a \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 pour la premi\u00e8re fois le 25 ao\u00fbt 1900 par le physicien russe Constantin Perskyi dans sa communication \u00ab\u00a0T\u00e9l\u00e9vision au moyen de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9\u00a0\u00bb lors du Congr\u00e8s international d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 de Paris. De nombreuses exp\u00e9riences de t\u00e9l\u00e9vision ont eu lieu avant la guerre\u00a0: transmission \u00e0 distance d\u2019images mobiles par l\u2019\u00e9cossais John Baird \u00e0 Londres en 1926, grand succ\u00e8s de l\u2019ing\u00e9nieur fran\u00e7ais Ren\u00e9 Barth\u00e9l\u00e9my dans les locaux de l\u2019ancienne Sup\u2019Elec \u00e0 Malakoff le 14 avril 1931, premi\u00e8res \u00e9missions r\u00e9guli\u00e8res \u00e0 partir de 1935. Cependant, ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s la guerre de 1939 \u2013 1945 que la t\u00e9l\u00e9vision \u00e9merge au niveau du grand public.<\/p>\n<p>L\u2019ann\u00e9e 1949 marque la naissance officielle de la t\u00e9l\u00e9vision en France : le 9 f\u00e9vrier, l\u2019organisme public qui g\u00e9rait la radio \u2013 \u00a0RDF, RadioDiffusion Fran\u00e7aise \u2013 devient la RTF, RadioT\u00e9l\u00e9vision Fran\u00e7aise, et le 29 juin \u00e0 20h est diffus\u00e9 le premier journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9. N\u00e9anmoins, la t\u00e9l\u00e9vision va mettre du temps pour devenir un m\u00e9dia de masse\u00a0: en effet, il faut construire des \u00e9metteurs. Le premier \u00e9metteur en province est achev\u00e9 en 1950, et en 1954, \u00e0 peine 1 % des m\u00e9nages ont un t\u00e9l\u00e9viseur. Ce taux est de 23 % en 1962.<\/p>\n<p>Il n\u2019existe qu\u2019une cha\u00eene, qui n\u2019a pas de nom, et son financement est strictement public. La deuxi\u00e8me cha\u00eene, toujours d\u2019Etat, arrive en 1964, et la troisi\u00e8me cha\u00eene publique voit le jour en 1972. Le mod\u00e8Ie \u00e9conomique de la t\u00e9l\u00e9vision, m\u00e9dia gratuit comme la radio, est simple\u00a0: la redevance est la base du financement. Cette redevance TV est une taxe parafiscale ancienne, puisque d\u00e9cid\u00e9e en 1933 comme ressource pour construire les \u00e9metteurs Radio. Il faut attendre le 1<sup>er<\/sup> octobre 1968\u00a0pour voir \u00e9voluer ce mod\u00e8le avec un \u00e9v\u00e9nement important\u00a0: l\u2019introduction de la publicit\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise, mais uniquement sur la premi\u00e8re cha\u00eene. La deuxi\u00e8me cha\u00eene n\u2019y aura acc\u00e8s qu\u2019en 1971, et les \u00e9crans publicitaires n\u2019arrivent sur la troisi\u00e8me cha\u00eene qu\u2019en 1983. Pour comparaison, la publicit\u00e9 est autoris\u00e9e en Allemagne depuis 1959, en Italie depuis 1957 et 1955 en Grande-Bretagne avec ITV.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le \u00e9conomique actuel repose toujours sur la redevance, pour les cha\u00eenes du groupe France T\u00e9l\u00e9visions, sur les recettes publicitaires, et aussi sur l\u2019abonnement aupr\u00e8s d\u2019op\u00e9rateurs de distribution.<\/p>\n<p>Dernier m\u00e9dia \u2013 ou plut\u00f4t le plus r\u00e9cent \u00ab\u00a0interm\u00e9diaire\u00a0\u00bb\u00a0? \u2013 : Internet. Son id\u00e9e fondatrice date du d\u00e9but des ann\u00e9es 60, au moment de la guerre froide entre les Etats-Unis et l\u2019URSS et la crise des fus\u00e9es de Cuba. Le Pr\u00e9sident John Kennedy constate la faiblesse d\u2019un syst\u00e8me informatique centralis\u00e9, potentiellement facile \u00e0 d\u00e9truire. En 1964, Paul Baran \u00e9met l\u2019id\u00e9e d\u2019un r\u00e9seau d\u00e9centralis\u00e9, moins vuln\u00e9rable. En ao\u00fbt 1969 appara\u00eet le r\u00e9seau exp\u00e9rimental Arpanet qui relie quelques universit\u00e9s am\u00e9ricaines. L\u2019e-mail est cr\u00e9\u00e9 en 1971, le protocole TCP est d\u00fb \u00e0 Vinton Cerf au milieu des ann\u00e9es soixante-dix. L\u2019ann\u00e9e 1983 voit la scission d\u2019Arpanet en Milnet (int\u00e9gr\u00e9 au r\u00e9seau du Minist\u00e8re de la D\u00e9fense des Etats-Unis) et un nouvel Arpanet universitaire, qui prendra le nom d\u2019Internet en 1986.<\/p>\n<p>C\u2019est au milieu des ann\u00e9es quatre-vingt dix que d\u00e9butera la commercialisation des services vers le grand public, donnant le d\u00e9part du passage au \u00ab\u00a0tout num\u00e9rique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3><strong>Le march\u00e9 de l\u2019<\/strong><strong>audience<\/strong><\/h3>\n<p>Dans beaucoup de pays, l\u2019apparition de la mesure d\u2019audience est li\u00e9e au d\u00e9sir des responsables d\u2019antenne ou d\u2019\u00e9dition d\u2019avoir un retour quantifi\u00e9 sur les performances des contenus qu\u2019ils ont propos\u00e9s \u00e0 l\u2019antenne\u00a0: \u00e9missions, journaux, etc. A cette demande l\u00e9gitime s\u2019est ajout\u00e9e, parfois en d\u00e9calage temporel, la volont\u00e9 du monde publicitaire \u2013 annonceurs, agences \u2013 de disposer d\u2019indicateurs sur les performances de leurs campagnes de publicit\u00e9.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re exp\u00e9rience de mesure audim\u00e9trique de la radio est mise au point en 1936, aux Etats-Unis, par la soci\u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par Arthur Nielsen, en raison de l\u2019\u00e9mergence de la publicit\u00e9 sur les radios priv\u00e9es locales. La mesure est de nature \u00e9lectronique \u00e0 l\u2019aide d\u2019un dispositif technique appel\u00e9 audim\u00e8tre, branch\u00e9 au r\u00e9cepteur, et analysant l\u2019\u00e9tat \u00e9lectrique du r\u00e9cepteur radio.<\/p>\n<p>En 1949, en France, est r\u00e9alis\u00e9e la premi\u00e8re enqu\u00eate sur l\u2019audience de la radio par la soci\u00e9t\u00e9 IFOP-ETMAR. Cette enqu\u00eate n\u2019est pas audim\u00e9trique, mais d\u00e9clarative, par interrogation d\u2019un \u00e9chantillon de personnes\u00a0; elle sera \u00e9tendue \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vison en 1961. C\u2019est le d\u00e9but des premi\u00e8res applications de la th\u00e9orie des sondages, bas\u00e9e sur les travaux de Jerzy Neyman en 1934.<\/p>\n<p>En 1954\u00a0ont lieu les premi\u00e8res et seules enqu\u00eates de l\u2019INSEE, cr\u00e9\u00e9 en 1946. Une commission sur le r\u00f4le et les missions de l\u2019INSEE conclut que le champ de l\u2019Institut est la mesure de l\u2019\u00e9conomie, au sens large, et non de l\u2019opinion.<\/p>\n<p>A partir du milieu des ann\u00e9es cinquante, le march\u00e9 fran\u00e7ais des m\u00e9dias va commencer \u00e0 s\u2019organiser et se structurer.<\/p>\n<p>Le CESP (Centre d\u2019Etude des Supports de Publicit\u00e9), organisme interprofessionnel regroupant annonceurs, agences et centrales, diffuseurs, est fond\u00e9 en 1957 d\u2019abord pour la mesure d\u2019audience de la presse.<\/p>\n<p>La professionnalisation du march\u00e9 fran\u00e7ais se poursuit avec la naissance en 1958\u00a0de l\u2019IREP (Institut de Recherche et d\u2019Etudes en Publicit\u00e9), \u00e9galement organisme interprofessionnel.<\/p>\n<p>C\u2019est cependant aux Etats-Unis que se produit un virage majeur\u00a0: le premier audim\u00e8tre TV y voit le jour en 1959, appareil permettant de savoir instantan\u00e9ment si la t\u00e9l\u00e9vision est allum\u00e9e et si oui sur quelle cha\u00eene. Il ne permet cependant pas de d\u00e9nombrer les t\u00e9l\u00e9spectateurs, car, fid\u00e8les au concept de l\u2019audim\u00e8tre radio de 1936, les ing\u00e9nieurs de Nielsen s\u2019int\u00e9ressent seulement \u00e0 l\u2019\u00e9tat du t\u00e9l\u00e9viseur.<\/p>\n<p>Le CESP produit en 1961\u00a0sa premi\u00e8re \u00e9tude sur l\u2019affichage, puis en 1964 ses enqu\u00eates annuelles sur la presse quotidienne, la presse magazine et le cin\u00e9ma, qui perdureront jusqu\u2019en 1988\u00a0; en 1968, le CESP int\u00e8gre dans ses \u00e9tudes les m\u00e9dias audiovisuels.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de ces syst\u00e8mes d\u00e9claratifs, en 1966-67 a lieu la premi\u00e8re exp\u00e9rience de mesure d\u2019audience de la t\u00e9l\u00e9vision en France par audim\u00e8tre, via un panel de 400 personnes, sans suite imm\u00e9diate.<\/p>\n<p>Dans le cadre du service public, le Service d\u2019Etude de l\u2019Audience de la RTF lance en 1967 un panel postal par carnet d\u2019\u00e9coute, actif jusqu\u2019en 1984. Ce n\u2019est qu\u2019en 1981 que le CEO &#8211; Centre d\u2019Etude d\u2019Opinion \u2013, h\u00e9ritier du SEA, passe \u00e0 une mesure audim\u00e9trique, le c\u00e9l\u00e8bre Audimat, sous-trait\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 SECODIP ; de 650 foyers \u00e0 l\u2019origine, l\u2019Audimat passe \u00e0 1000 foyers en 1984. Il pr\u00e9sente les m\u00eames manques que le syst\u00e8me de Nielsen de 1959\u00a0: il d\u00e9nombre les t\u00e9l\u00e9viseurs allum\u00e9s sur une cha\u00eene, mais pas les t\u00e9l\u00e9spectateurs et leur profil.<\/p>\n<p>La privatisation croissante du secteur audiovisuel, r\u00e9elle depuis 1982 \u2013 cr\u00e9ation de cha\u00eenes priv\u00e9es, privatisation de TF1, lib\u00e9ralisation de la bande FM en radio et apparition de nouvelles stations, privatisation d\u2019Europe 1 \u2013 incite le gouvernement \u00e0 mettre fin au r\u00f4le du CEO\u00a0; appara\u00eet donc en 1985 M\u00e9diam\u00e9trie, soci\u00e9t\u00e9 anonyme qui va d\u00e9velopper des dispositifs de mesure d\u2019audience de la radio et de la t\u00e9l\u00e9vision, puis plus tard d\u2019Internet.<\/p>\n<p>En 1992 les acteurs de l\u2019Affichage se regroupent pour la mesure de leur m\u00e9dia dans le GIE Affim\u00e9trie. Et en 2007, toutes les familles de presse \u2013 presse quotidienne, nationale ou r\u00e9gionale, presse magazine, presse gratuite \u2013 se regroupent dans une SAS d\u00e9nomm\u00e9e AudiPresse, qui devient l\u2019ACPM (Alliance pour les Chiffres de la Presse et des M\u00e9dias) en 2016.<\/p>\n<p>M\u00e9diam\u00e9trie, Affim\u00e9trie et AudiPresse\/ACPM r\u00e9unissent les acteurs de leurs march\u00e9s respectifs\u00a0: groupes m\u00e9dias, mais aussi annonceurs et agences m\u00e9dias. Leurs dispositifs sont des mesures march\u00e9, au sens o\u00f9 les r\u00e9sultats sont accessibles \u00e0 tous, et non de fa\u00e7on propri\u00e9taire ou sp\u00e9cifique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les m\u00e9dias existent depuis longtemps. Destin\u00e9s initialement \u00e0 diffuser des contenus d\u2019information &#8211; au sens large du mot -, y compris pour l\u2019affichage, ils ont int\u00e9gr\u00e9 peu \u00e0 peu des contenus de nature publicitaire, sous des formes de plus en plus vari\u00e9es. Cette cohabitation a conduit \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019un int\u00e9ressant mod\u00e8le \u00e9conomique mixte. 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