{"id":2555,"date":"2017-10-06T11:05:55","date_gmt":"2017-10-06T09:05:55","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=2555"},"modified":"2017-10-06T11:07:52","modified_gmt":"2017-10-06T09:07:52","slug":"part-limmobilier-allocation-dactifs-institutionnelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=2555","title":{"rendered":"Quelle part pour l\u2019immobilier dans une allocation d\u2019actifs institutionnelle ?"},"content":{"rendered":"<p><em>Dans son article r\u00e9cemment publi\u00e9 dans variances.eu, Jo\u00ebl Prohin nous a expliqu\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019int\u00e9gration d\u2019actifs immobiliers dans une allocation d\u2019actifs, les pratiques des investisseurs institutionnels dans ce domaine, et a \u00e9voqu\u00e9 un certain nombre de probl\u00e8mes d\u2019impl\u00e9mentation. La question qui se pose \u00e0 pr\u00e9sent est celle du poids \u00e0 accorder \u00e0 ces actifs dans un portefeuille. Cet article propose un certain nombre de r\u00e8gles en la mati\u00e8re, applicables aux actifs alternatifs en g\u00e9n\u00e9ral, et plus particuli\u00e8rement aux actifs immobiliers physiques.<\/em><\/p>\n<h3><strong>Quels crit\u00e8res prendre en compte\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<h5><a name=\"_Toc399921564\"><\/a>Horizon d\u2019investissement et contraintes de passif<\/h5>\n<p>Avant toute chose, l\u2019investisseur doit s\u2019interroger sur l\u2019ad\u00e9quation de ces actifs \u00e0 sa philosophie d\u2019investissement, \u00e0 ses objectifs de rendement \/risque \/ diversification et \u00e0 ses contraintes de passif et de liquidit\u00e9. <strong>\u00a0<\/strong>Son horizon d\u2019investissement doit \u00eatre suffisamment long (au moins 7-8 ans) pour pouvoir justifier d\u2019allouer un poids significatif (au-del\u00e0 de 5 %) \u00e0 ces actifs. Il lui faut \u00e9galement s\u2019assurer de l\u2019absence d\u2019\u00e9cart marqu\u00e9 entre la liquidit\u00e9 de son portefeuille d\u2019actifs et l\u2019\u00e9ch\u00e9ancier pr\u00e9vu des d\u00e9caissements. Cette v\u00e9rification de l\u2019ad\u00e9quation entre actif et passif devra id\u00e9alement int\u00e9grer les engagements connus et ceux qui sont contingents : par exemple possibilit\u00e9 pour un fonds souverain de devoir soutenir les finances publiques ou le secteur bancaire de l\u2019\u00e9conomie sous-jacente en cas de crise.<\/p>\n<h5>Structure de l\u2019allocation d\u2019actifs<\/h5>\n<p>La structure de l\u2019allocation d\u2019actifs de l\u2019investisseur constitue \u00e9galement un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9terminant. L\u2019analyse d\u00e9velopp\u00e9e plus loin dans cet article des corr\u00e9lations entre d\u2019une part actifs alternatifs, immobiliers en particulier, et d\u2019autre part traditionnels, permet de diff\u00e9rencier l\u2019impact de l\u2019introduction de ces actifs dans un portefeuille suivant son allocation initiale entre actions et obligations. Nous en concluons que l\u2019immobilier physique apporte une meilleure diversification \u00e0 des portefeuilles \u00e0 dominante obligataire qu\u2019actions, en raison d\u2019une corr\u00e9lation proche de 0 entre immobilier et obligations. Le pouvoir diversifiant qui en r\u00e9sulte d\u00e9pend toutefois de l\u2019horizon consid\u00e9r\u00e9\u00a0: il est plus \u00e9lev\u00e9 sur un horizon court (trimestriel notamment) gr\u00e2ce \u00e0 un effet observ\u00e9 de lissage du risque sur le court terme. En revanche, l\u2019immobilier physique appara\u00eet moins diversifiant dans le cadre d\u2019un portefeuille \u00e0 dominante actions, en raison d\u2019une corr\u00e9lation positive, et souvent sous-estim\u00e9e par les investisseurs, entre immobilier et actions.<\/p>\n<h5>El\u00e9ments culturels et de moyens<\/h5>\n<p>M\u00eame si ce crit\u00e8re appara\u00eet peu scientifique, <strong>l\u2019affinit\u00e9 de l\u2019institution avec les actifs alternatifs<\/strong> \u2013 en particulier, le degr\u00e9 d\u2019acceptabilit\u00e9 de ces placements par les administrateurs \u2013\u00a0 et la pertinence de ces actifs dans le cadre de sa philosophie d\u2019investissement, ne peuvent \u00eatre n\u00e9glig\u00e9es. Par ailleurs, en<\/p>\n<p>termes pratiques, la sp\u00e9cificit\u00e9 et la complexit\u00e9 de ces actifs obligent les investisseurs \u00e0 s\u2019assurer qu\u2019ils <strong>disposent bien des moyens n\u00e9cessaires pour s\u00e9lectionner les placements les plus attrayants, <\/strong>correspondant bien \u00e0 leur cahier des charges,<strong> et pour les piloter dans le temps<\/strong>. Les investisseurs \u00a0peu exp\u00e9riment\u00e9s risquent ainsi de subir des d\u00e9convenues pendant une p\u00e9riode d\u2019apprentissage de ces classes d\u2019actifs. Ceci justifie une mont\u00e9e en charge progressive de ces actifs dans les portefeuilles, en fonction du d\u00e9veloppement de l\u2019expertise des investisseurs.<\/p>\n<p><strong>Ceux-ci peuvent \u00e9galement \u00eatre contraints par la taille des actifs qu\u2019ils g\u00e8rent<\/strong>, cet argument jouant d\u2019ailleurs dans les deux sens. Les plus grands fonds de pension ou fonds souverains mondiaux qui souhaiteraient investir une part importante de leurs actifs en immobilier, seraient ainsi contraints dans leurs ambitions par la taille du march\u00e9 concern\u00e9, et par le nombre limit\u00e9 d\u2019op\u00e9rations d\u2019acquisitions r\u00e9alisables et correspondant \u00e0 leurs crit\u00e8res d\u2019acquisition. A contrario, un investisseur de taille modeste souhaitant investir quelques millions d\u2019euros en immobilier une ann\u00e9e donn\u00e9e ne pourrait le faire que sous forme de co-investissement, ou bien en s\u00e9lectionnant des v\u00e9hicules mutualis\u00e9s, au co\u00fbt g\u00e9n\u00e9ralement plus \u00e9lev\u00e9, avec par cons\u00e9quent un impact n\u00e9gatif sur la rentabilit\u00e9 de l\u2019investissement envisag\u00e9.<\/p>\n<h3><strong>Comment quantifier le poids de ces actifs\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>Si l\u2019on essaie d\u2019aller plus loin et de quantifier le poids des actifs alternatifs en portefeuille, on peut en premi\u00e8re approche raisonner en termes de portefeuille de march\u00e9. En effet, la majeure partie des \u00a0investisseurs de long terme ne souhaiteront pas voir leur allocation strat\u00e9gique diverger de mani\u00e8re trop importante du \u00ab\u00a0portefeuille de march\u00e9\u00a0\u00bb, construit en fonction de la capitalisation des diff\u00e9rents march\u00e9s d\u2019actifs qui leur sont accessibles. Ils pourront \u00e9galement prendre en compte le choix d\u2019allocation de leurs pairs. Dans une \u00e9tude tr\u00e8s compl\u00e8te sur l\u2019immobilier<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, NBIM \u00e9voque ainsi un poids des actifs immobiliers dans les portefeuilles d\u2019investisseurs institutionnels internationaux qui s\u2019\u00e9tablit g\u00e9n\u00e9ralement entre 5 et 10% de leurs actifs totaux, avec une intention d\u2019accroitre ce poids vers un pourcentage plus \u00e9lev\u00e9, un peu sup\u00e9rieur \u00e0 10 % Ce chiffre est confirm\u00e9 par une \u00e9tude sur le portefeuille de march\u00e9<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, qui conclut \u00e0 une allocation d\u2019\u00e9quilibre en actifs immobiliers de 5,1 % en 2012.<\/p>\n<p>Reconnaissons malgr\u00e9 tout que bien des investisseurs souhaiteront s\u2019appuyer sur l\u2019approche traditionnelle de l\u2019allocation d\u2019actifs, consistant \u00e0 d\u00e9finir des pr\u00e9visions de rentabilit\u00e9, risque et corr\u00e9lation des diff\u00e9rentes classes d\u2019actifs consid\u00e9r\u00e9es, et \u00e0 utiliser une technique d\u2019optimisation pour proposer une structure de portefeuilles permettant de r\u00e9pondre au mieux \u00e0 leurs objectifs de rentabilit\u00e9 ou de risque. Cette approche se heurte cependant \u00e0 de nombreux probl\u00e8mes dans le cas d\u2019actifs dits alternatifs.<\/p>\n<p><strong>Le premier est relatif \u00e0 la disponibilit\u00e9 des donn\u00e9es.<\/strong> Il est en effet souvent difficile d\u2019obtenir des s\u00e9ries de prix non contestables pour estimer les param\u00e8tres de rentabilit\u00e9 et risque n\u00e9cessaires \u00e0 des travaux d\u2019optimisation.<\/p>\n<p>Dans le cas de l\u2019immobilier, des diff\u00e9rences importantes existent entre diff\u00e9rents indices de prix, suivant qu\u2019ils sont calcul\u00e9s sur la base d\u2019\u00e9valuations d\u2019experts ou de valeurs de transactions<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>. On peut notamment s\u2019interroger sur la capacit\u00e9 des investisseurs \u00e0 effectivement c\u00e9der leurs biens au prix de march\u00e9 estim\u00e9 \u00e0 un moment donn\u00e9 par les experts. Par ailleurs les indices qui reposent sur des transactions int\u00e8grent les prix des transactions effectu\u00e9es sur un intervalle de temps donn\u00e9\u00a0; or ces prix ont bien souvent \u00e9t\u00e9 fix\u00e9s lors de l\u2019accord intervenu plusieurs mois avant la finalisation des transactions. Ce type d\u2019indice pr\u00e9sente alors des retards et des ph\u00e9nom\u00e8nes de lissage par rapport \u00e0 ce que serait un prix de march\u00e9 cot\u00e9. Si l\u2019on se base sur la performance de fonds immobiliers, on peut \u00e9galement s\u2019interroger sur l\u2019existence d\u2019un biais de survivance, qui se manifesterait par la disparition de fonds : faute de performance suffisante, ceux-ci auraient \u00e9t\u00e9 liquid\u00e9s et ne figureraient plus dans les bases de donn\u00e9es. Ajoutons enfin que la structure des transactions n\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement pas homog\u00e8ne \u00e0 celle des actifs d\u00e9tenus par l\u2019investisseur.<\/p>\n<h6><strong>Si l\u2019on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019esp\u00e9rance des rentabilit\u00e9s des actifs immobiliers,\u00a0diff\u00e9rentes m\u00e9thodes d\u2019estimation peuvent \u00eatre envisag\u00e9es<\/strong><\/h6>\n<p>La simple extrapolation des rendements historiques\u00a0 est \u00a0g\u00e9n\u00e9ralement peu recommand\u00e9e sans appr\u00e9cier la pertinence des donn\u00e9es pass\u00e9es par rapport aux caract\u00e9ristiques des biens d\u00e9tenus par l\u2019investisseur, au contexte anticip\u00e9 pour la p\u00e9riode de pr\u00e9vision. Les s\u00e9ries de prix doivent par ailleurs bien correspondre aux actifs inclus ou envisag\u00e9s dans le portefeuille de l\u2019investisseur. Enfin, la fiabilit\u00e9 des donn\u00e9es peut \u00eatre questionn\u00e9e, de m\u00eame que leur disponibilit\u00e9 sur un historique suffisamment long pour qu\u2019une moyenne puisse \u00eatre calcul\u00e9e de mani\u00e8re significative.<\/p>\n<p>Puisque <strong>ces placements ont un fort caract\u00e8re idiosyncratique<\/strong> et que l\u2019on ne dispose pas de m\u00e9thode tr\u00e8s convaincante pour pr\u00e9voir leur rendement, <strong>pourquoi, alors, ne pas s\u2019appuyer sur les estimations des sp\u00e9cialistes de ces classes d\u2019actifs\u00a0? <\/strong>Cette solution a l\u2019avantage de l\u2019op\u00e9rationnalit\u00e9 dans de grandes organisations de gestion qui disposent de multiples comp\u00e9tences, mais avant d\u2019utiliser ces pr\u00e9visions de rendement dans une optimisation, il est n\u00e9cessaire de v\u00e9rifier leur coh\u00e9rence avec celles des classes d\u2019actifs cot\u00e9es classiques. Sinon, en l\u2019absence de m\u00e9thode homog\u00e8ne d\u2019estimation des rentabilit\u00e9s entre les diff\u00e9rentes classes d\u2019actifs, c\u2019est le degr\u00e9 d\u2019optimisme ou de r\u00e9alisme des experts qui risque de constituer le fondement principal de l\u2019attractivit\u00e9 apparente des classes d\u2019actifs consid\u00e9r\u00e9es. Ainsi, le biais d\u2019exc\u00e8s de confiance des g\u00e9rants et des investisseurs qui les s\u00e9lectionnent est bien document\u00e9, et on peut le v\u00e9rifier particuli\u00e8rement dans le domaine des placements alternatifs, o\u00f9 l\u2019\u00e9cart entre objectifs de rentabilit\u00e9 affich\u00e9s par les g\u00e9rants de portefeuille et performances r\u00e9alis\u00e9es est parfois important. Cet optimisme peut tenir au fait que l\u2019estimation de rentabilit\u00e9 prospective est li\u00e9e \u00e0 un sc\u00e9nario central supposant la v\u00e9rification des raisons qui justifient le choix : timing acceptable et s\u00e9lection du v\u00e9hicule judicieux. Pour obtenir une v\u00e9ritable esp\u00e9rance de rentabilit\u00e9 au sens statistique du terme, il convient de corriger la pr\u00e9vision en prenant en compte des sc\u00e9narios alternatifs accompagn\u00e9s d\u2019une probabilit\u00e9 de r\u00e9alisation.<\/p>\n<p>On peut \u00e9galement retenir l\u2019hypoth\u00e8se simple, pratique et acceptable dans un cadre normatif et \u00e0 un horizon de tr\u00e8s long terme, que tous les actifs r\u00e9mun\u00e8rent le risque de mani\u00e8re identique. Dans ce cadre, la rentabilit\u00e9 esp\u00e9r\u00e9e d\u2019un actif immobilier est simplement le r\u00e9sultat de l\u2019addition du taux sans risque<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> et du produit de la volatilit\u00e9 ex ante de cet actif par un ratio de Sharpe<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a> commun \u00e0 tous les actifs. Cette relation simple entre volatilit\u00e9 et rentabilit\u00e9 est toutefois perturb\u00e9e dans le cas des actifs alternatifs, car mesur\u00e9e sur la base de donn\u00e9es \u00e0 faible fr\u00e9quence et, comme nous l\u2019avons soulign\u00e9 plus haut, entach\u00e9es d\u2019incertitude. De plus, une partie du suppl\u00e9ment de la rentabilit\u00e9 attendue dans le cas d\u2019actifs alternatifs est la contrepartie d\u2019un risque suppl\u00e9mentaire de liquidit\u00e9 que l\u2019on ne peut pas mesurer via la volatilit\u00e9. La quantification de cette prime d\u2019illiquidit\u00e9 est \u00a0complexe et fait l\u2019objet de d\u00e9veloppements dans la litt\u00e9rature financi\u00e8re, qui d\u00e9passent le cadre de cet article.<\/p>\n<p>Une autre m\u00e9thode consiste \u00e0 repr\u00e9senter un investissement en actifs alternatifs comme une somme de briques \u00e9l\u00e9mentaires d\u2019exposition \u00e0 des classes d\u2019actifs traditionnelles, et \u00e0 justifier une diversification vers ces actifs en fonction de l\u2019exc\u00e8s de rentabilit\u00e9 qui y est anticip\u00e9. A titre d\u2019illustration, on peut repr\u00e9senter l\u2019immobilier par une composante actions &#8211; on peut en effet consid\u00e9rer que la rentabilit\u00e9 strat\u00e9gique des investissements immobiliers est li\u00e9e \u00e0 la croissance de long terme de l\u2019\u00e9conomie sous-jacente- et une composante taux li\u00e9e au rendement locatif. Attention toutefois \u00e0 ne pas oublier de d\u00e9duire de cette esp\u00e9rance de rentabilit\u00e9 normative une estimation des frais d\u2019entretien et de gestion des biens d\u00e9tenus, pour raisonner en rentabilit\u00e9 nette pour l\u2019investisseur.<\/p>\n<h6><strong>En mati\u00e8re de volatilit\u00e9 et de corr\u00e9lation, diff\u00e9rentes approches peuvent l\u00e0 encore \u00eatre envisag\u00e9es.<\/strong><\/h6>\n<p>Les volatilit\u00e9s et corr\u00e9lations des actifs immobiliers physiques peuvent \u00eatre approxim\u00e9es en utilisant\u00a0des s\u00e9ries de rentabilit\u00e9s relatives \u00e0 des actifs immobiliers cot\u00e9s. Il s\u2019agit bien s\u00fbr d\u2019une approximation grossi\u00e8re, car le comportement des titres cot\u00e9s se rapproche beaucoup plus de celui des actions en g\u00e9n\u00e9ral que des actifs physiques. Toutefois, si ces placements ne repr\u00e9sentent qu\u2019une faible part de l\u2019allocation de l\u2019investisseur, l\u2019impact de cette approximation sur les param\u00e8tres de risque de l\u2019ensemble du portefeuille demeurera modeste. Lorsque l\u2019on estime le risque et les corr\u00e9lations \u00e0 long terme, il est par ailleurs n\u00e9cessaire de retraiter les donn\u00e9es, soit en les \u00ab\u00a0d\u00e9lissant\u00a0\u00bb (les volatilit\u00e9s apparentes des classes alternatives calcul\u00e9es sur de faibles fr\u00e9quences sous-estiment le risque effectif), soit en tenant compte des retards et des autocorr\u00e9lations. Rappelons \u00e9galement que, comme pour toutes classes d\u2019actifs, corr\u00e9lations et volatilit\u00e9s peuvent significativement varier dans le temps et que leur relation, en particulier avec les conditions macro\u00e9conomiques, m\u00e9rite d\u2019\u00eatre prise en compte dans l\u2019analyse.<\/p>\n<p><strong>La fr\u00e9quence de valorisation<\/strong> retenue influence \u00e9galement la volatilit\u00e9 annualis\u00e9e observ\u00e9e. L\u2019\u00e9cart de volatilit\u00e9 entre actions fonci\u00e8res et immobilier physique<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a> appara\u00eet ainsi beaucoup plus important lorsque la fr\u00e9quence des observations est trimestrielle plut\u00f4t qu\u2019annuelle. De m\u00eame, en ce qui concerne les corr\u00e9lations, elles apparaissent relativement stables, autour de 40 %, entre immobilier physique et actions cot\u00e9es, si l\u2019on introduit un d\u00e9calage de deux trimestres entre les s\u00e9ries de rendements alors que la corr\u00e9lation sans d\u00e9calage est historiquement proche de 0, conduisant ainsi \u00e0 une surestimation du potentiel de diversification de l\u2019immobilier<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p><strong>Les estimations peuvent \u00e9galement \u00eatre bas\u00e9es sur les indications fournies par la r\u00e9glementation Solvabilit\u00e9 II<\/strong> qui s\u2019applique aux assureurs depuis janvier 2016. Cette approche repr\u00e9sente une sorte de mod\u00e8le simplifi\u00e9 de Var 99,5 % \u00e0 un an pour \u00e9valuer le chargement en capital des risques attach\u00e9s aux diff\u00e9rentes classes d\u2019actifs. Les hypoth\u00e8ses de VaR et de corr\u00e9lation retenues dans le cadre de cette r\u00e9glementation peuvent dans certains cas para\u00eetre \u00e9lev\u00e9es au regard des observations, mais il convient de noter qu\u2019elles sont \u00e9tablies dans une optique de prudence et tendent \u00e0 se focaliser sur les situations de stress, qui sont pr\u00e9cis\u00e9ment celles o\u00f9 les corr\u00e9lations entre actifs risqu\u00e9s ont tendance \u00e0 augmenter. Solvabilit\u00e9 II retient un param\u00e8tre de chargement en capital de 25 % pour l\u2019immobilier contre 39 % pour les actions, soit un ratio de risque relatif de l\u2019immobilier par rapport aux actions de 64 %. Certes, comme l\u2019a soulign\u00e9 Jo\u00ebl Prohin dans son article r\u00e9cent<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, de nombreux professionnels estiment qu\u2019un tel niveau de volatilit\u00e9 est excessif, notamment car les calculs effectu\u00e9s par l\u2019EIOPA l\u2019ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 partir de donn\u00e9es relatives au march\u00e9 immobilier britannique, particuli\u00e8rement volatil par rapport aux march\u00e9s d\u2019Europe continentale. Malgr\u00e9 tout, cet ordre de grandeur correspond bien \u00e0 celui fourni par le rapport des volatilit\u00e9s entre les indices actions et les indices immobiliers, m\u00eame si, comme on l\u2019a vu plus haut, l\u2019estimation exacte peut varier (entre 50 et 70 %) suivant la fr\u00e9quence des observations. Ainsi, si l\u2019on retient une volatilit\u00e9 des actions de l\u2019ordre de 17 %, une hypoth\u00e8se de volatilit\u00e9 de l\u2019immobilier voisine de 10% semble acceptable dans une approche conservatrice<\/p>\n<p>De m\u00eame, si l\u2019on se base sur la matrice de corr\u00e9lation fournie par l\u2019EIOPA<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>, il est possible, en tout cas pour l\u2019immobilier qui constitue l\u2019un des piliers de risque retenus par la r\u00e9glementation assurantielle, d\u2019estimer sa corr\u00e9lation avec les classes d\u2019actifs qui sont int\u00e9gr\u00e9es dans le portefeuille de l\u2019investisseur, en les d\u00e9composant en piliers de risque (taux, actions, immobilier, spread, devise) et en utilisant les variances et corr\u00e9lations de ces piliers.<\/p>\n<div id=\"attachment_2556\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/etb.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2556\" class=\"wp-image-2556 size-large\" src=\"http:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/etb-1024x241.png\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"241\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/etb-1024x241.png 1024w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/etb-300x71.png 300w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/etb-600x141.png 600w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/etb-1080x254.png 1080w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/etb-1320x311.png 1320w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/etb.png 1380w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2556\" class=\"wp-caption-text\">Source: EIOPA + calculs Amundi<\/p><\/div>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>En conclusion<\/strong>, on constate qu\u2019en acceptant un certain nombre d\u2019approximations, on peut parvenir \u00e0 des esp\u00e9rances de rentabilit\u00e9 et \u00e0 des hypoth\u00e8ses de volatilit\u00e9 et corr\u00e9lation des actifs immobiliers, dont l\u2019int\u00e9gration dans une optimisation moyenne-variance classique permet de proposer une allocation correspondant au profil de risque et\/ou \u00e0 l\u2019esp\u00e9rance de rentabilit\u00e9 de l\u2019investisseur.<\/p>\n<p>Cet exercice d\u2019optimisation, assorti de forts \u00e9l\u00e9ments d\u2019incertitudes, aura selon nous pour vertu principale de valider un objectif d\u2019allocation en actifs immobiliers que l\u2019investisseur aura pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9 sur la base d\u2019\u00e9l\u00e9ments qualitatifs, plut\u00f4t que de fournir une r\u00e9ponse absolue\u00a0:\u00a0 l\u2019investisseur doit exercer son jugement en la mati\u00e8re et non suivre aveugl\u00e9ment les r\u00e9sultats d\u2019un mod\u00e8le.<\/p>\n<hr \/>\n<p><em><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> \u00ab\u00a0The diversification potential of Real Estate\u00a0\u00bb, Norges Bank Investment Management, Discussion note, 01-2015<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Ronald Q. Doeswijk, Trevin W. Lam, Laurens Swinkels, \u00ab\u00a0The Global Multi-Asset Market Portfolio\u00a0 1959-2012\u00a0\u00bb, Financial Analysts Journal, January 2014<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Voir \u00e0 ce sujet S de Laguiche, A Russo et C Blanchard\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019immobilier physique dans l\u2019allocation d\u2019actifs \u00e0 long terme\u00a0: le cas de la France\u00a0\u00bb, Amundi Discussion Paper, Juillet 2014.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Voir S. de Laguiche, \u00ab\u00a0Actif sans risque\u00a0: quelle rentabilit\u00e9 normative \u00e0 long terme\u00a0?\u00a0\u00bb, Amundi Discussion Paper, Mars 2014<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Le ratio de Sharpe mesure le rapport entre la rentabilit\u00e9, en exc\u00e8s du taux sans risque, d\u2019un actif ou d\u2019un portefeuille, \u00e0 sa volatilit\u00e9\u00a0: c\u2019est donc la rentabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par unit\u00e9 suppl\u00e9mentaire de risque.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> Mesur\u00e9 par l\u2019indice CBRE<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Cf supra S de Laguiche et A Russo\u00a0: les corr\u00e9lations ont \u00e9t\u00e9 calcul\u00e9es entre les rentabilit\u00e9s de l\u2019immobilier de bureaux sur le march\u00e9 parisien, mesur\u00e9es par l\u2019indice CBRE, et l\u2019indice SBF 250 repr\u00e9sentatif du march\u00e9 fran\u00e7ais des actions.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Jo\u00ebl Prohin, \u201cL\u2019immobilier dans l\u2019allocation d\u2019un investisseur institutionnel\u201d, publi\u00e9 dans variances.eu en septembre 2017<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> European Insurance and Occupational Pensions Authority<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans son article r\u00e9cemment publi\u00e9 dans variances.eu, Jo\u00ebl Prohin nous a expliqu\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019int\u00e9gration d\u2019actifs immobiliers dans une allocation d\u2019actifs, les pratiques des investisseurs institutionnels dans ce domaine, et a \u00e9voqu\u00e9 un certain nombre de probl\u00e8mes d\u2019impl\u00e9mentation. 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