{"id":2039,"date":"2017-03-13T11:00:17","date_gmt":"2017-03-13T09:00:17","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=2039"},"modified":"2021-01-08T13:43:22","modified_gmt":"2021-01-08T11:43:22","slug":"demographie-africaine-atout-handicap","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=2039","title":{"rendered":"La d\u00e9mographie africaine, atout ou handicap ?"},"content":{"rendered":"<p>Je ne suis certes pas sp\u00e9cialiste des questions d\u00e9mographiques. Mes comp\u00e9tences de statisticien et d\u2019\u00e9conomiste m\u2019autorisent toutefois \u00e0 souhaiter vous rendre compte d\u2019une pr\u00e9sentation \u00e0 laquelle j\u2019ai r\u00e9cemment assist\u00e9 dans le cadre d\u2019une conf\u00e9rence d\u00e9di\u00e9e aux investisseurs gouvernementaux africains. L\u2019orateur, David Bloom, professeur \u00e0 la Harvard T.H. Chan School of Public Health, a d\u00e9fendu sur cette question cl\u00e9 de la d\u00e9mographie africaine des informations utiles et id\u00e9es qui m\u2019ont sembl\u00e9 originales, et qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre partag\u00e9es dans le cadre de notre dossier consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019Afrique.<\/p>\n<p>Quelques donn\u00e9es pour commencer. <strong>En 2050, l\u2019Afrique, avec pr\u00e8s de 2,5 milliards d\u2019habitants, devrait repr\u00e9senter plus du quart de la population mondiale<\/strong>, alors que sa part n\u2019\u00e9tait que de 9,1 % en 1950 et de 16,1 % en 2015. Ceci s\u2019explique par une forte r\u00e9duction de la mortalit\u00e9 infantile &#8211; tant des nourrissons que des enfants-, et surtout par <strong>un taux de f\u00e9condit\u00e9 qui demeure sensiblement plus \u00e9lev\u00e9 qu\u2019ailleurs sur la plan\u00e8te<\/strong> (4,6 en moyenne \u00e0 l\u2019heure actuelle contre 2,1 dans le reste du monde), et l\u2019on pr\u00e9voit une persistance de cet \u00e9cart \u00e0 l\u2019horizon 2050 (3,0 contre 1,9). M\u00eame en retenant un sc\u00e9nario de baisse significative de la f\u00e9condit\u00e9, la pyramide des \u00e2ges continuera de conna\u00eetre une base importante pendant une p\u00e9riode prolong\u00e9e, alourdie par le taux \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9pendance des jeunes \u2013 rapport de la population de moins de 15 ans \u00e0 celle des 15-64 ans &#8211; en raison de l\u2019inertie des tendances d\u00e9mographiques. On restera donc tr\u00e8s loin du sch\u00e9ma id\u00e9al, bien illustr\u00e9 par la situation d\u2019Asie de l\u2019Est depuis les ann\u00e9es 1980, du python qui a englouti un animal, avec un pourcentage \u00e9lev\u00e9 des \u00e2ges interm\u00e9diaires par rapport aux moins de 15 ans et aux plus de 64 ans.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2040\" src=\"http:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/12.png\" alt=\"\" width=\"720\" height=\"540\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/12.png 720w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/12-300x225.png 300w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/12-600x450.png 600w\" sizes=\"(max-width: 720px) 100vw, 720px\" \/><\/p>\n<p>Il faut toutefois souligner <strong>la forte h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 entre les diff\u00e9rents pays africains<\/strong>. La croissance annuelle de la population varie ainsi sur le continent entre 0,9 % en Afrique du sud et 4 % au Niger, et le taux de f\u00e9condit\u00e9 entre 2,3 enfants par femme en \u00e2ge de procr\u00e9er en Afrique du sud et 7,6 au Niger. En mati\u00e8re d\u2019esp\u00e9rance de vie, c\u2019est le S\u00e9n\u00e9gal qui affiche les meilleurs r\u00e9sultats, avec 67 ans contre seulement 49 ans au Swaziland : rappelons que le SIDA demeure l\u2019une des principales causes de mortalit\u00e9, notamment en Afrique australe; dans cette zone d\u2019ailleurs, l\u2019\u00e9cart entre la part des populations masculine et f\u00e9minine est massif aux \u00e2ges les plus \u00e9lev\u00e9s.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2041\" src=\"http:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/13.png\" alt=\"\" width=\"720\" height=\"540\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/13.png 720w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/13-300x225.png 300w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/13-600x450.png 600w\" sizes=\"(max-width: 720px) 100vw, 720px\" \/><\/p>\n<p>Cette forte croissance d\u00e9mographique conduira logiquement \u00e0 une augmentation du poids de l\u2019Afrique dans l\u2019\u00e9conomie mondiale. <strong>Mais quel lien \u00e9tablir entre d\u00e9mographie et croissance?<\/strong><\/p>\n<p>David Bloom compare, pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, les \u00e9volutions observ\u00e9es au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies en Asie de l\u2019est et en Afrique. La croissance annuelle du PIB par t\u00eate s\u2019est ainsi \u00e9tablie \u00e0 pr\u00e8s de 7 % en Asie de l\u2019Est, contre un chiffre quasiment nul en Afrique pendant la p\u00e9riode de 1975 \u00e0 2005, conduisant aujourd\u2019hui \u00e0 un \u00e9cart massif de richesse entre deux continents qui se situaient \u00e0 des niveaux de d\u00e9veloppement \u00e9quivalents il y a quelques d\u00e9cennies. Pour David Bloom, <strong>cet \u00e9cart s\u2019explique essentiellement par des facteurs d\u00e9mographiques,<\/strong> en particulier par des \u00e9volutions tr\u00e8s divergentes en termes de ratio entre la population en \u00e2ge de travailler et celle qui ne l\u2019est pas. Parti d\u2019un point bas de 1,2 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, ce ratio a contin\u00fbment progress\u00e9 en Asie de l\u2019Est jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e8s de 2,6 en 2010 &#8211; on constatera avec int\u00e9r\u00eat qu\u2019il a depuis commenc\u00e9 \u00e0 se retourner \u00e0 la baisse, sous l\u2019effet d\u2019un d\u00e9but de vieillissement de la population- alors qu\u2019il demeurait autour de 1 sur l\u2019ensemble de la p\u00e9riode en Afrique -. Ceci, on l\u2019a vu, tient \u00e0 une f\u00e9condit\u00e9 tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e conduisant \u00e0 une part pr\u00e9pond\u00e9rante des moins de 15 ans dans la population totale et limitant le\u00a0processus d\u2019accumulation d\u2019\u00e9pargne.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2042\" src=\"http:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/14.png\" alt=\"\" width=\"720\" height=\"540\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/14.png 720w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/14-300x225.png 300w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/14-600x450.png 600w\" sizes=\"(max-width: 720px) 100vw, 720px\" \/><\/p>\n<p>Un autre point de d\u00e9bat int\u00e9ressant concerne <strong>la relation entre sant\u00e9 et revenu.<\/strong> Les pays \u00e0 revenu \u00e9lev\u00e9 ont g\u00e9n\u00e9ralement des populations en bonne sant\u00e9, parce qu\u2019ils ont des moyens importants \u00e0 consacrer aux politiques de sant\u00e9, \u00e0 travers des actions favorables \u00e0 une meilleure alimentation, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau potable et de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale aux soins de sant\u00e9. Le lien peut nous sembler \u00e9vident, mais David Bloom souligne que la causalit\u00e9 fonctionne dans les deux sens, et que <strong>la sant\u00e9 influe \u00e9galement sur le niveau de revenu d\u2019un pays, \u00e0 travers diff\u00e9rents vecteurs<\/strong> : une bonne sant\u00e9 est favorable \u00e0 la productivit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie (\u00e0 travers notamment un moindre absent\u00e9isme), au niveau d\u2019\u00e9ducation de la population et \u00e0 l\u2019investissement. L\u2019augmentation de l\u2019esp\u00e9rance de vie des individus am\u00e9liore les rendements \u00e0 long terme des d\u00e9penses d\u2019investissement et d\u2019\u00e9ducation. Ainsi, la litt\u00e9rature r\u00e9cente montre qu\u2019un gain de 10 ans d\u2019esp\u00e9rance de vie se traduit par jusqu\u2019\u00e0 un point entier de croissance annuelle du PIB par t\u00eate. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance \u00e0 attacher aux politiques de sant\u00e9.<\/p>\n<p>Les conclusions qu\u2019en tire David Bloom sont de deux ordres:<\/p>\n<ul>\n<li>un taux de f\u00e9condit\u00e9 tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 limite la capacit\u00e9 de croissance des revenus. <strong>Les politiques publiques doivent donc favoriser l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de la transition vers un r\u00e9gime de f\u00e9condit\u00e9 mieux ma\u00eetris\u00e9e<\/strong>, qui permettrait au continent africain de capter le \u00ab\u00a0dividende d\u00e9mographique\u00a0\u00bb dont a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 l\u2019Asie de l\u2019est \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980. Pour cela, des actions doivent \u00eatre men\u00e9es en mati\u00e8re de planning familial et de scolarisation des enfants.<\/li>\n<li>Si les \u00e9volutions d\u00e9mographiques constituent un facteur de croissance important, elles ne suffisent pas \u00e0 expliquer les performances d\u2019une \u00e9conomie, et <strong>doivent \u00eatre accompagn\u00e9es par des politiques publiques appropri\u00e9es, notamment en mati\u00e8re de sant\u00e9<\/strong>. David Bloom pr\u00e9conise ainsi des actions cibl\u00e9es sur la petite enfance, sur l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau potable, aux vaccinations et aux m\u00e9dicaments, ainsi que des politiques destin\u00e9es \u00e0 favoriser une alimentation saine.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Notes\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>Toutes les illustrations de cet article sont tir\u00e9es de la pr\u00e9sentation effectu\u00e9e par David Bloom lors de la conf\u00e9rence du Sovereign Investor\u00a0Institute qui s\u2019est tenue au Cap du 22 au 24 f\u00e9vrier 2017.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je ne suis certes pas sp\u00e9cialiste des questions d\u00e9mographiques. Mes comp\u00e9tences de statisticien et d\u2019\u00e9conomiste m\u2019autorisent toutefois \u00e0 souhaiter vous rendre compte d\u2019une pr\u00e9sentation \u00e0 laquelle j\u2019ai r\u00e9cemment assist\u00e9 dans le cadre d\u2019une conf\u00e9rence d\u00e9di\u00e9e aux investisseurs gouvernementaux africains. 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